Domaine agricole de LA BRICHE à Rillé (Indre-et-Loire)

Publié le par DESBONS Pierre

Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)
Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)
Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)
Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)
Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)

Feme de la Briche (Les Grandes usines, Tome 7, par Julien Turgan, 1870)

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/09/le-domaine-de-la-briche-la-revolution-industrielle-dans-la-bassin-de-savigne-indre-et-loire.html

Le domaine de la Briche : La révolution industrielle dans la bassin de Savigné, Bulletin de la Société Archéologique de Touraine, Tome LXIII, 2017, p. 157-168

par Joël THIBAULT, membre de la Société Archéologique de Touraine

Introduction, (extrait) :

Pourtant, la plus importante et peut-être la plus connue des fermes industrielles du département voit le jour dans le nord-ouest de l'Indre-et-Loire, sous l'impulsion de Jean-François CAIL, dans la petite région naturelle dénommée "bassin de Savigné" : c'est le domaine de la Briche.

Jean-François CAIL

né le 8 février 1804 à Chef-Boutonne (Deux-Sèvres)

décédé le 22 mai 1871 à Ruffec (Charente)

Industriel

Propriétaire de la ferme modèle de la Briche, commune de Rillé (Indre-et-Loire)

Informations détaillées sur la ferme de la Briche, sur wikipedia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferme_de_la_Briche

Visite de la ferme de la Briche par une délégation de la Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire en juillet 1851

 

Annales de la Société d'Agriculture Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome XXX, 1851, p. 159-164

(Excursion agronomique dans le département d'Indre-et-Loire. Rapport de la commission d'examen lu dans la séance publique du 31 août 1851, par M. Bonnebault.)

 

La Briche.

Une demande de M. G. Colaux, garde à La Briche, nous a amenés dans la commune d'Hommes, pour y reconnaître la pratique des irrigations sur une grande échelle. Ce domaine devenu la propriété de M. Ferino, receveur général à Marseilles qui en a confié la surveillance à M. Hely d'Oisel conseiller d'Etat, son gendre, présente une surface de six cents hectares, composé pour la plus grande partie de l'ancien étang d'Hommes dont dessèchement ne remonte pas au-delà de quinze années (1835). Epuisé dans les premiers temps par l'abus de ses forces, le nouveau possesseur, en présence d'un sol appauvri, a éprouvé plus d'un insuccès dans ses tentatives d'appropriation. Des semis de chêne ont trouvé la terre rebelle et n'ont pu se soutenir ; d'immenses plantations de peupliers imaginées par les précédents propriétaires, languissantes, malgré les soins qui leur avaient été donnés, ont dû être supprimés avant le temps, sous peine de les voir mourir sur place. La terre, d'une nature argileuse, difficile à manier l'hiver par son imperméabilité et celle du sous-sol qui laisse séjourner l'eau à la surface, se dessèche pendant l'été en se crevassant, et cette action après avoir contribué à la décomposition des racines, des plantes par l'excès de l'humidité les tue ensuite par sa privation. Ces observations de longue haleine ont conduit à créer dans la partie basse de la propriété la plus sujette à ces inconvénients des prairies permanentes avec un système d'irrigation artificiellement établi. Au point le plus central, le sol a été coupé directement par un large canal, laissant un libre cours à une source insignifiante et aux eaux provenant tant de l'étendue du domaine que des terrains supérieurs qui s'y réunissent. Une forte pise élevée au niveau des plus hautes inégalités, à l'aide d'un barrage et de vannes mobiles, conduit l'eau par des ramification d'embranchement dans des directions différentes, qui servent à la fois d'écoulement et d'assainissement en allant rejoindre l'artère principale. Sur leur parcours, d'autres appareils simplifiés, fixés suivant les dispositions du terrain, font à propos obstacle au courant et le déversent dans les rigoles d'irrigation qui, par une communication calculée, l'épandent sur toutes les parties du sol façonné en larges planches.

Cette disposition de l'arrosement en même temps que l'écoulement superflu, nous a semblé parfaitement entendue, et nous avons dû penser qu'elle émanait d'un homme de l'art profondément versé dans la science des nivellements.  Nous avons appris, en effet, que le plan, après de longues études, avait été dressé par MM. Simon de Paris, ingénieurs irrigateurs qui se rendent à la Briche plusieurs fois dans l'année, pour prolonger successivement le tracé dont les travaux sont suivis en leur absence, par le sieur Colaux, qui, outre l'entente de l'exécution, leur donne aussi des indications utiles. Cette irrigation subordonnée à la chute des pluies n'est donc ordinairement praticable que pendant la saison d'hiver, où le terrain doit être submergé pendant un certain temps de suite, et au printemps pendant une moindre durée ; jamais en automne, même avec la possibilité de le faire. L'eau réchauffe le sol l'hiver, dit Colaux, ce qui s'explique pour nous, par la soustraction des plantes à la rigueur d'une température trop basse. Par la raison contraire l'irrigation en arrière-saison refroidit le sol, dit-il encore, et nous trouvons la justification de cette opinion dans le développement inopportun de la végétation rendu plus sensible à l'action du froid qui retarde celle du printemps. Cinquante hectares, aujourd'hui, sont irrigués avec une dépense totale, y compris la rémunération de l'ingénieur, de huit mille francs, dont six mille applicables aux trente premiers hectares avec les frais d'établissement, et qui s'amoindrit d'autant plus qu'on prolonge la surface. La corrélation à l'aide de laquelle l'eau couvre le sol, ou s'écoule naturellement, a pour effet de faire disparaître les plantes aquatiques produit d’un fonds marécageux et de les remplacer par des graminées choisies, dont la fécondité est en quelque sorte, à la discrétion de l'exploitant. Dès lors, celui-ci peur régler d'une manière normale le nombre de ses troupeaux, déterminer l'importance du commerce qui doit en résulter, et par la somme d'engrais dont il peut évaluer la mesure, obtenir sur les terres conservées, des récoltes largement fumées. Le sol, dans ce repos productif, récupérera les forces qui lui ont été imprudemment enlevées et dispensera les nouvelles richesses agglomérées dans son sein. Cinq corps de ferme, péniblement travaillés doivent à l'expiration des baux, rentrer dans l'arrangement des dispositions précitées. Seules les terres arables non soumises encore au nouveau régime, nous avons vu des vesces mélangées de seigle, d'orge et d'avoine destinées à la consommation en vert ; ailleurs du sarrazin pour l'usage de la basse-cour ; dans les terres fortes, de l'orge, de l'avoine d'hiver et de printemps, du blé dit poulard, et dans des terres très légères, le petit blé dit baluchon ; l'aspect général est tout ce qu'on est en droit d'espérer. Les instruments aratoires sont tous de bons modèles : charrue de Dombasle, charrue américaine, extirpateurs, etc. Ici, seulement, nous avons vu pratiquer un moyen préconisé, mais peu répandu, pour la conservation du fourrage. Lors de son transport à la grange, on l'accumule en poil, et par chaque fraction de deux mille kilog. environ, on répand vingt kilog. de sel qui, en neutralisant l'humidité surabondante, lui donne une saveur très recherchée du bétail. Dans cette contrée plus arriérée sans doute qu'au temps de Philippe-le-Bel et la reine de Navarre l'ont honoré de leur présence, un homme éminent vient de nouveau interroger le sol, et par l'application des calculs de la science, démontre aux populations que la terre, notre mère nourrice, recèle partout dans ses flancs des sources de richesse et le mérite du cultivateur est de les en faire jaillir. En nous éloignant à regret de la Briche, sous l'impression des travaux gigantesques dont nous venions d'être témoins, nous traversions lentement la commune d'Hommes, lorsque notre attention a été éveillée par la perspective de plantations étendues que nous avons de suite reconnues pour une richesse territoriale particulière au pays : nous voulons parler de l'orme tortillard dit de malfeute qu'on ne trouve nulle part dans le département avec les mêmes qualités, et dont la venue ne demande que du temps. Après un moment d'arrêt, consacré à examiner les formes bizarres de ces végétaux, et à rechercher en vain, les causes d'une production dont la terre seule sait le secret, nous nous sommes acheminés à Ambillou, où nous nous sommes arrangés comme nous l'avons pu faire pour y passe la nuit.

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