Robert BAKEWELL (1725-1795)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Robert BAKEWELL

Robert BAKEWELL

http://www.bbc.co.uk/history/historic_figures/bakewell_robert.shtml

Bakewell was an 18th century English agriculturalist who introduced stockbreeding methods that transformed the quality of Britain's cattle, horses and sheep.

Robert Bakewell was born near Loughborough in Leicestershire into a family of tenant farmers. As a young man he travelled extensively in Europe, learning about other farming methods. On his return home he served his apprenticeship under his father until he took control of the farm in 1760 when his father died. One quarter of the farm was given over to arable farming, with the rest set aside for grass. Bakewell pioneered grassland irrigation, diverting rivers and building canals to flood the fields, and establishing experimental plots to test different manure and flooding methods.

However, Bakewell's great innovation was to begin breeding 'in-and-in'. Previously livestock of both sexes were kept together in the fields with random breeding resulting in many different breeds with their own unique, but random, characteristics. Bakewell separated males from females, allowing mating only deliberately and specifically. Furthermore, by inbreeding his livestock he fixed and exaggerated those traits he thought were desirable.

He started with the old Lincolnshire breed of sheep that he turned into the New Leicester. These sheep were big and delicately boned, had good quality fleece and fatty fore quarters, in keeping with the popular taste for fatty shoulder mutton. He also began the practice of hiring out his prize rams to farmers to improve their own stock. He established the Dishley Society to maintain the purity of the New Leicester breed, but after his death taste in meat changed and the New Leicester consequently died out. Newer breeds retain a lineage that is founded on Bakewell's sheep.

With cattle, Bakewell had noticed that the Longhorn breed appeared to be the most efficient meat producers. They ate less and put on more weight than any other breed. As with the sheep, he began breeding in-and-in to enhance their characteristics and enable him to 'grow' more meat, more efficiently. By the time he had finished, his cattle were fat and meaty but, like the New Leicester sheep, the Longhorns went out of fashion when one of his apprentices, Charles Colling, created the shorthorn breed. While few cattle today are based on Bakewell's breeds, his methods have become accepted practice world-wide.

Bakewell died in October 1795.

 

Journal d'Agriculture pratique. N° 5, Novembre 1839
p. 193-201
DES RÉFORMATEURS AGRICOLES EN ANGLETERRE.
BAKEWELL. - ARTHUR YOUNG. - SIR JOHN SINCLAIR. - COKE

POUSSOU Jean-Pierre. La terre et les paysans de France et en Grande-Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles. CNED CAPES-Agrégation d’histoire et géographie SEDES. Ed. Bertrand Thévenot. 1999. 607 p.
p. 210, encadré :


Un grand comté d’élevage : le Leicestershire.
« […] Ce Comté tout entier s’adonne aux affaires, telle la manufacture [de bas de Leicester], dont il vient d’être parlé, et surtout à l’élevage et à l’engraissement du bétail ; les plus grands moutons et chevaux d’Angleterre sont ici, et on va bien au-delà car, en conséquence de tout cela, il est devenu un vaste magasin de laine pour le reste de la nation ; d’ailleurs la plupart des gentlemen sont des éleveurs, et, dans plusieurs endroits les éleveurs sont si riches qu’il deviennent gentlemen : il n’est pas rare que des éleveurs louent des fermes de 500 à 2000 livres par an.
Les moutons élevés dans ce comté et dans le Lincolnshire voisin, qui en est limitrophe, sont, sans comparaison possible, les plus grands ; non seulement ils portent les plus gros poids de viande sur leurs os, mai encore ils ont sur leur dos les plus grandes toisons de laine de toute l’Angleterre. Or, non seulement la finesse de cette laine ne diminue pas avec la quantité, mais encore elle a la fibre la plus longue (comme disent les drapiers), de telle sorte que c’est la plus belle laine de toute l’île, à l’exception de quelques endroits, dont la production est petite et insignifiante, en comparaison de celle du comté. Ils sont les grands fournisseurs de la ville de Londres en y envoyant leurs grandes bêtes en si incroyables quantité. »
D. De Foë, A Tour Through the Whole Island of Great Britain, Penguin, 1971, p. 408-409.
 

DIGARD Jean-Pierre, L'homme et les animaux domestiques, Fayard. 1990.
Extrait : p. 47-49

Car, cette fois, c'est d'Angleterre, et non de la France, qu'arriva d'impulsion du progrès. Les causes de l'avance, confortable, enregistrée par la première sur la seconde et sur les autres pays d'Europe dans le domaine agricole sont multiples et anciennes. 
D'une part, à la différence de l'aristocratie française qui, dès la Renaissance mais surtout après Richelieu, était devenue essentiellement une noblesse de cour, la gentry anglaise conserva toujours un fort ancrage rural. Chassée par la république de Cromwell en 1649, l'aristocratie royaliste anglaise n'eut pas de mal à faire "de nécessité vertu en exaltant les mérites de la champêtre". Plus tard, alors que la France se remettrait de la Révolution et des guerres napoléoniennes, le changement était depuis longtemps amorcé dans les campagnes anglaises : déjà au milieu du XVIIIe siècle, le système des enclosures commença à l'emporter sur celui des openfields indivis et la culture et l'élevage de profits (surtout de la laine) à susciter un vif enthousiasme. 
D'autre part et - tous les auteurs s'accordent sur ce point -, si l'agriculture anglaise marqua une telle avance, c'est parce que la première révolution industrielle eut lieu en Angleterre. Plusieurs grandes crises agricoles (1790, 1793, 1797, 1813) et les pénuries qui en résultèrent pour la population des villes (qui avait doublé en quelques décennies seulement) imposèrent la nécessité d'un changement radical, aussi bien dans les techniques agricoles que dans le système foncier. Les grands propriétaires prirent la tête du mouvement, soutenus par la véritable croisade qu'avaient lancée plusieurs agronomes et fermiers éclairés comme Jethro Tull (1674-1740), Lord Townshend (1674-1738), Robert Bakewell de Dishley (1725-1795), Arthur Young (1741-1820), et Thomas Coke de Norfolk (1754-1842). Pour tous ceux-là, le slogan était : "Ne jamais faire une culture si l'on n'a pas les moyens de la faire magnifique."
Dans le domaine de l'élevage, systématisant et améliorant les premiers essais de Tull et de Townshend, Bakewell apporta une véritable révolution. Jusqu'alors, les moutons étaient surtout produits pour leur laine ; quant aux bovins et aux chevaux, ils n'étaient jugés que pour leur taille et leur puissance de trait. Au contraire, sacrifiant la laine à la viande, la taille à la conformation et la rusticité à la précocité, Bakewell chercha à "obtenir des animaux qui pèsent le plus lourd dans les meilleurs morceaux, et qui paient le plus rapidement pour la nourriture absorbée". Autrement dit : "Petite taille et grande valeur." Inventeur de l'élevage capitaliste et possédant un sens aigu du marché. "Bakewell fut l'opportuniste en agriculture, qui vit le changement imminent, et surtout y pourvoir. En fournissant la viande à des millions d'individus, il contribua autant à la richesse du pays [l'Angleterre] que Watt ou Arkwright."
Quant à la méthode, Bakewell considérait les croisements de races plutôt comme un abâtardissement que comme un progrès. Il préféra croiser les plus beaux spécimens, à l'intérieur [in and in] non seulement d'une même race indigène et d'une même lignée, mais d'une même famille, de manière à reproduire et renforcer les caractéristiques qu'il avait choisies. Bien qu'un autre cas, "sans doute exceptionnel, et peut-être unique", de méthode de reproduction consanguine soit signalé pour le cheval en France entre 1766 et 1780, Bakewell doit être considéré comme le véritable inventeur de la technique dite de l'inbreeding. Spécialiste des ovins, il fut le créateur direct ou indirect des New Leicesters, des South Dows et des Lincoln, et l'améliorateur des Cheviots. Moins heureux avec le gros bétail, il contribua cependant aussi à l'amélioration des Black Horses des comtés des Midlands et pour les bovins, à celle des Longhorns, des Herefords et des North Devons. Valorisées par l'accroissement de la demande en viande, les méthodes de Bakewell connurent immédiatement un immense retentissement et suscitèrent une foule d'imitateurs. "L'élevage devint à la mode et le pedigree une manie chez les gens riches" dès le début du XIXe siècle. Des herd-books [registres de troupeaux] furent compilés et publiés (le premier fût celui des Herefords en 1846), des associations d'élevage veillant à la reproduction et à la standardisation des "races pures" furent créées (Shorthorn Society en 1875), les expositions et les concours de bétail se multiplièrent, avec une apogée entre 1885 et 1890.
La pénétration en France des progrès de l'Angleterre fut servie par un courant intellectuel et politique favorable à ce pays, courant dont l'existence remonte au milieu du XVIIIe siècle. L'Anglophilie de Buffon, qui datait d'un voyage effectué en 1731 dans le sud de la France et d'Italie en compagnie du jeune duc de Kingston est connue. Pour des raisons aisément compromettantes, les sentiments anglophiles furent très répandus dans la noblesse d'Ancien Régime après la Révolution et se développèrent encore, en réaction contre l'Empire, sous la Restauration. Les Orléanistes, surtout, se montrèrent de fervents admirateurs du système politique anglais. Mais les acquis agricoles de l'Angleterre et la mode qu'ils suscitèrent ne se répandirent vraiment en France que vers le milieu du XIXe siècle. Dans les milieux de l'élevage, l'anglophilie se muant alors en une véritable anglomanie qui dominera toute la seconde moitié du XVIIIe siècle et même une partie du XIXe.

Publié dans Personnage, Agronomes

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