FERME-ECOLE DE L'ESPINASSE (près Châtellerault, Vienne) 1848-1852

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Louis MOLL (1809-1880) et domaine de l'Espinasse
Louis MOLL (1809-1880) et domaine de l'Espinasse

Louis MOLL (1809-1880) et domaine de l'Espinasse

Ferme-école de l'Espinasse (Vienne)

Créée en 1848

Situation en 1850

Ministère de l'Agriculture et du Commerce. Compte rendu de l'exécution du décret du 3 octobre 1848, relatif à l'Enseignement professionnel de l'agriculture. Paris. Imprimerie nationale. Janvier 1850. 826 p

VIENNE

Arrondissement de Châtellerault, canton de Dangé. [commune de Oyré]

FERME-ECOLE DE L'ESPINASSE

 

Cette ferme-école, créée le 19 avril 1848, a ouvert le 1er juin suivant. La direction en a été confiée à M. Moll, propriétaire de l'Espinasse, auquel a été adjoint un sous-directeur.

Ce fut d'abord M. Pouillet, puis M. Hogard, qui le remplaça à sa mort, et fut obligé, pour motif de santé, de donner sa démission.

M. Antoine [ANTOINE François-Joseph] remplit aujourd'hui les fonctions de sous-directeur.

Elle est située à 7 km de Châtellerault, et occupe le haut d'un plateau et le fond de deux petites vallées.

Sa contenance est de 220 hectares dont 53 hectares en bois de diverses essences et de divers modes d'aménagement, taillis sous futaie, futaies et pins de divers âges, 52 hectares de terres arables, 5 en prés naturels, 3 en vignes ; le reste en jardins, pièces d'eau, bruyères, pâtis, chemins d'exploitation, cours et bâtiments.

Placée sur la limite du terrain crétacé et du terrain jurassique, cette propriété renferme des sols de nature très varié, depuis le sol sablonneux jusqu'à l'argile compacte, depuis la terre argilo-siliceuse privée de calcaire jusqu'à la marne pure, qui, sur plusieurs points, vient affleurer la surface.

Le bétail est assez considérable, et comprend des bêtes à laine, des chevaux, des mulets et des bêtes bovines.

Une fromagerie est établie sur la propriété.

La durée d'apprentissage est de trois ans.

Chaque promotion est de 10 apprentis nouveaux.

En 1848, 10 apprentis ont été reçus ;

En 1849, 7 apprentis, dont l'un n'a que quinze ans.

Outre les apprentis boursiers, la ferme-école est autorisée à recevoir 8 élèves payant 300 francs de pension.

L'école compte 17 apprentis.

11 candidats se sont présentés à l'examen d'admission.

 

Autre source :
http://geneablog86.over-blog.com/2016/04/decouverte-de-la-premiere-classe-agricole-de-la-vienne.html

 

1848

Juillet

Annales de l'agriculture française, T19, (avril) 1849.
p. 121-129


Extrait p. 121
Défrichements.
Visite de la culture de M. Dubreuil-Chambardel, au château de Marolles, commune de Genillé, arrondissement de Loches, à 2 lieues de cette ville, autant de Montrésor, et à 6 lieues de Montrichard, département d'Indre-et-Loire, faite par M. Conrad de Gourcy, le 20 juillet 1848
M. Dubreuil, docteur de la faculté de médecine de Paris, s'est fait agriculteur en se mariant, etc...................................................................................................................................................................................................

Extrait p. 122
J'ai vu une partie d’un champ de deuxième année que j'eusse pris pour 40 hl/ha : c'était du froment rouge de Kent, importé en France par M. Malingié..................................

Extrait p. 124
Je vis plus tard, chez M. Moll, dans sa terre de l'Espinasse, près Châtellerault, une excellente bruyère, défichée au moyen de la pioche semée en avoine mêlée à du noir, dont la récolte était fort belle, excepté sur un coin où l'on avait répandu, pour expérience, de la chaux vive qui avait gâté cette partie du champ. Enfin les défrichements d'excellentes bruyères, faits au moyen de l'écobuage, qui coûte à M. Moll 125 fr. au lieu de 80 fr. pour le piochage, ne lui ont produit que 12 à 16 hl de froment par ha, quoiqu'il ait ajouté 4 hl de noir en sus de l'écobuage.
Il faut donc, d'après ces différentes expériences, se rendre à l'évidence ; on pourrait croire que la chaux détruit en grande partie le bon effet du noir.
Le 22 juillet j'allai chez M. Gaulier de la Selle fils, dont la jolie habitation touche le bourg de la Selle [la Celle Guenand] : il eut la bonté de me conduire dans sa belle ferme, qui est située à environ 1 km de son habitation, et me fit parcourir sa grande exploitation, qui est fort bien dirigée etc...
 

Extrait p. 203
Le 27 juillet, je me rendis à la Charmoise, près Pontlevoy, département de Loir-et-Cher. M. Malingié, un de nos plus grands cultivateurs français était en pleine moisson....
 

 

VISITE de quelques fermes du centre de la France, en 1848 [vers le 25 juillet 1848] ; par M. le comte Conrad de Gourcy.


Extrait p. 320-322
Je me suis rendu depuis la Selle [La Celle Guenand, Indre-et-Loire] à Châtellerault, où j'ai couché, et le lendemain, de bonne heure, je suis allé à l'Espinasse [commune de Oyré], propriété que M. Moll, professeur d'agriculture au Conservatoire des arts et métiers, a acheté il y a deux ans [1846], et qui est à 8 kilomètres de Châtellerault. Il s'occupe d'établir la ferme-école que le ministre vient de lui confier. Il a un ancien élève de Dombasle, qui a été régisseur dans plusieurs grandes propriétés de différentes parties de la France et qui est très bon agriculteur, pour sous-directeur [POUILLET] ; car M. Moll ne reçoit pas les 2 400 francs attachés à la direction des fermes-écoles. Il vient de construire un bâtiment assez considérable pour loger ses élèves, qui ne sont encore que peu nombreux. La terre de L'Espinasse se compose d'une petite maison de maître, deux fermes, 5 ha de prés, 2,5 ha de vignes, 50 ha de terres labourables, autant de taillis ; enfin 113 ha d'un excellent fond, encore en bruyères, comme il y en a encore une grande étendue dans ses environs, M. Moll ayant fait entourer cette étendue de bruyères, qui se trouve traversée par plusieurs chemins, par des fossés larges de 1,66 m et ayant près de 1 m de profondeur, ce qui lui coûte 15 centimes le mètre. J'ai pu ainsi juger la qualité du terrain, que je regarde comme étant bien meilleur que celui qui a été défriché par MM. Chambardel [à Genillé en Indre-et-Loire] et de la Selle [à la Celle-Guenand en Indre-et-Loire] ; la vigueur des plantes qui couvrent ce terrain annonce aussi sa bonne qualité. M. Moll a déjà fait défricher une vingtaine d'ha de ces bruyères, ce qu'il a fait principalement au moyen de l'écobuage, qui ne lui coûte que 125 fr., ce qui est fort bon marché ; car cela revient dans le centre, ordinairement de 150 à 180 fr., et même 200 fr. l'ha. Le simple piochage à tranche ouverte ne lui coûte que 80 fr.. J'ai été étonné de voir, sur d'aussi bons défrichements, des récoltes moitié inférieures à celles que j'avais tant admirées chez MM. Chambardel et de la Selle, et je n'ai pu attribuer cette immense différence qu'à l'écobuage ; car M. Moll avait ajouté à celui-ci une application de 4 hl de noir animal. Il m'a dit ne compter que sur un produit de 12 à 16 hl de froment par ha, ayant des champs qui sont meilleurs les uns que les autres. Il faut que ce soient les parties calcaires qui se trouvent dans les cendres d'écobuage, qui neutralisent l'effet si puissant du noir animal.
M. Moll a défriché, au moyen de la pioche et sans écobuage, une bruyère qu'il a semée en avoine, il lui a donné 4 hl de noir et elle est fort belle ; mais, ayant fait semer un peu de chaux sur un coin de ce champ, l'avoine n'y a rien valu. Il a semé aussi, comme essai, un rayon d'avoine sur le haut d'un jet de fossé fait le long de ce dernier défrichement, fossé qui avait été fait récemment, et dont le jet, formé avec un sous-sol de très mauvaise qualité sortant de près de 1 mètre de profondeur, n'a pas permis à l'avoine semée sans engrais de se former ; une partie de cet essai, semée avec deux fois autant de noir que d'avoine, ne donnera que peu de produit dans la partie où l'on a mis cinq fois autant de noir que de semence ; il y a une assez bonne récolte.
M. Moll a semé, comme expérience, une trentaine de plantes fourragères de différentes variétés ou espèces. Sur un écobuage de bruyère, il n'y a que la houlque laineuse et le ray-grass d'Italie qui aient réussi d'une manière satisfaisante : ce dernier a donné à sa première coupe 2 400 kg/ha ; mais la seconde coupe ne sera pas fort abondante. La houlque a donné une bonne coupe, mais n'a fourni qu'un pâturage ensuite. Quelques grains d'avoine qui tombèrent dans ces essais de fourrages ont produit chacun plus de cent épis volumineux, les tiges ayant plus de 1 m de longueur et étant très grosses. M. Moll m'a fait voir une carrière de craie ou marne qui contient de beaux coquillages ; on prétend, dans ce pays, que, pour qu'un marnage soit efficace, il faut mettre 400 mètres cubes par hectare. La chaux, coûtant 2,75 fr./hl, reviendrait aussi trop cher pour chauler les terres, à moins d'en faire soi-même, ce qui ne coûterait pas cher ; car on peut acheter des fagots de bruyère tant qu'on en veut à 4 fr. le cent, et, comme on n'est qu'à 2 lieues du chemin de fer qui va s'ouvrir, on pourra se procurer le charbon de Commentry à bon marché ; alors, avec un four à chaux continu, elle ne reviendra pas à plus de 1 fr./hl. M. Moll a obtenu de fort belles avoines et une belle récolte de millet pour fourrage sur ses écobuages ; il y a des navets sur écobuage qui promettent d'être beaux. J'ai vu un fort beau champ de trèfle dans les anciennes terres. Le trèfle incarnat et la spergule n'y ont pas prospéré. Il s'y trouve de fort beaux noyers.
M. Moll a un troupeau de brebis de pays qu'il compte croiser avec un bélier southdown. Son berger lui coûte 200 fr. et lui a été envoyé de la Prusse rhénane par M. Villeroy ; il en est fort content, mais cet homme ne sait pas un mot de français.
M. Moll a semé aussi, dans une de ses anciennes terres, des betteraves, et en a repiqué dans une partie de ce champ ; celles-ci valent mieux que les autres. Quand M. Moll aura défriché toutes ses bruyères et la partie de ses taillis qui a été dégarnie par le pâturage, qu'il aura assaini des terres qui en ont le plus grand besoin, qu'il les aura marnées ou chaulées, il aura une excellente propriété

1850

 

Ministère de l'Agriculture et du Commerce. Compte rendu de l'exécution du décret du 3 octobre 1848, relatif à l'Enseignement professionnel de l'agriculture. Paris. Imprimerie nationale. Janvier 1850. 826 p.,

 

p. 52

 

Année 1850

 

Candidats à l'admission : 13

Apprentis admis en 1850 : 10

Total des apprentis au 31 décembre 1850 : 20

Observations pour l'année 1850 : La ferme-école de Lespinasse est en plein roulement.

 

p. 24

Classement des apprentis admis en 1850 d'après les professions exercées par leurs parents : 10 fils de cultivateurs
Age des apprentis lors de leur admission : 2 (16 ans), 2 (17 ans), 1 (18 ans), 1 (19 ans), 2 (20 ans), 1 (24 ans), 1 (29 ans)

 

p. 133

Comptes financiers de l'exercice 1850 (allocation annuelle du gouvernement)
L'Espinasse : 9 674.73 francs

 

Recensement de la commune de Oyré en 1851, ferme-école de l'Espinasse : 22 élèves, personnel enseignant etc...

1851-1852

Annales de l'agriculture française, T1, 1853.
Promenades agricoles dans le centre de la France (suite) [par le comte Conrad de Gourcy]
Extrait :
p. 468-470
De l'exploitation de la Selle [Celle-Guenand, Indre-et-Loire], je me suis rendu chez M. Moll, à la ferme-école de l'Espinasse ; je ne l’ai pas trouvé chez lui ; il était pour le moment à Londres. En son absence, le sous-directeur de l'école M. Antoine, a bien voulu me montrer sa culture. Les terres anciennement cultivées sorties récemment des mains d'un métayer du pays, sont tellement usées, que même les meilleures, d'une nature calcaire, ne manquant pas de profondeur, n'ont pu, avec une fumure de 30 000 kg de fumier par ha, produire une récolte passable de froment, tandis que dans les 110 ha de bruyères dont M. Moll a défriché environ la moitié, il obtient, avec une fumure de noir animal, des froments superbes et des avoines d'hiver plus belles que toutes celles que j'ai vues dans le voyage. M. Moll se propose de ne plus semer dorénavant que cette variété d'avoine ; car elle gèle fort rarement dans ce pays, et son produit est presque le double de celui de l'avoine commune de printemps. On n'emploie pas, dans les défrichements, d'autre engrais que du noir pour les quatre premières récoltes ; plus tard, les terres seront fumées avec du fumier ou du guano, car ce dernier a été essayé et a donné des résultats très satisfaisants. On ne sème que du froment de mars que sur la partie du sol occupée par des récoltes sarclées, qui n'a pu être rendue libre à temps pour recevoir une semaille de froment d'hiver.
J'ai vu là une charrue le Bachelet du dernier modèle, dont on est fort content ; elle m'a paru excellente. On se sert ici de la grande charrue de Grignon pour labourer les bruyères ; elle exécute on ne peut mieux cette besogne avec un attelage de six bœufs, qui emploient quatre jours à retourner 1 ha. La tranche épaisse de 0,22 m est renversée complètement. Je n'ai encore vu nulle part de défrichements de bruyères aussi bien exécutés. Il est à regretter que cette exploitation ne possède pas le fameux rouleau Croskyll et scarificateur de lord Ducie, dont on peut faire, à volonté, la herse de Norwège. Ce rouleau, que la forge de Mazière, près Bourges, fabrique actuellement au prix de 500 fr francs, avec dix-huit disques, et du poids d'environ 1 500 kg, servirait à rasseoir parfaitement les tranches de bruyères retournées contre terre, de manière à ne laisser subsister aucun vide entre elles et la terre ; l'instrument formerait en même temps de petits trous à la surface du labour pour recevoir la semence, que la herse recouvrirait parfaitement.
M. Moll vient de faire construire un four à chaux, afin de pouvoir chauler ses terres ; car ma marne, qu'il possède en grande abondance dans sa propriété, pour produire un bon effet, doit être employée à raison de 200 mètres cubes au moins par hectare.
M. Antoine vient de passer un marché avec les vidangeurs de Châtellerault, dont la ferme-école n'est éloignée que de 8 km : ils s'engagent à livrer sur les terres de l'exploitation toutes les vidanges, moyennant 1 franc l'hectolitre.
Le troupeau est formé de brebis solognotes et berrichonnes croisées avec des béliers southdowns. Les bêtes d'élève provenant des brebis berrichonnes sont trouvées de beaucoup supérieurs aux autres. On croise des truies du pays avec un verrat blanc de race anglaise. J'ai vu l'un de ces truies accompagnée de douze petits ; une autre en avait huit. Il y a à l'exploitation quatre vaches laitières, huit élèves, douze bœufs de travail, quatre chevaux et deux cents bêtes à laine.
On se sert ici du scarificateur de Dombasle ; c'est, à mon avis le meilleur instrument de ce genre qui a été inventé en France. Une partie des échantillons de grains et de graines diverses, que j'ai rapporté de mon voyage de 1850, a été semé ici à titre d'essai.
M. Antoine, sous-directeur de l'Espinasse, a fait venir une ruche à la de Beauvoys ; il a fait de ce modèles de ruche plusieurs modifications qui m'ont paru de véritables améliorations.
(La suite au prochain numéro.) Comte Conrad de Gourcy.

 

1852

Fermeture de la ferme-école de l'Espinasse.

Journal d’Agriculture pratique, 1ère quinzaine octobre 1852, page 352.

« Notre excellent collaborateur, M. Moll, professeur d'agriculture au Conservatoire des arts et métiers, a donné sa démission de directeur de la ferme-école de l'Espinasse, arrondissement de Châtellerault [Commune de Oyré, Vienne]. C'est un malheur pour l'enseignement agricole. Mais nous ajouterons encore que la constitution des fermes-écoles est telle, que bien peu de personnes voudront accepter cette charge ; tout y est dévouement, sans compensation. »

1862

 

Annales de l'agriculture française, T20, 1862

Séance du 30 juillet 1862
Présidence de M. Chevreul


Extrait p. 279-280
M. Moll apprécie la valeur des races françaises ; mais il pense, néanmoins que les races anglaises sont réellement supérieures aux nôtres au point de vue de l'engraissement. Aucune de nos races, dans les espèces bovine et ovine, ne peut entrer en comparaison avec les durhams, les devons, les west-higlands, les dishleys, les southdowns. Au reste, le climat de l'Angleterre explique cette supériorité, et s'il est peu favorable à la constitution de races énergiques, il convient parfaitement, au contraire, à des animaux lymphatiques et les prédispose à l'engraissement.
Sur sa ferme de l'Espinasse, dans la Vienne, M. Moll possédait un troupeau composé de southdowns, et de quelques spécimens de toutes les races qu'il avait pu trouver sur les marchés du pays, depuis les champenois, les berrychons et les vendéens, jusqu'à une race désignée sous le nom de moutons de Valence, et composée d'animaux hauts sur pattes et aussi mauvais pour la laine que pour la viande. Tout le troupeau était soumis au même régime. Les bêtes de Valence sont littéralement mortes de faim, et ont successivement disparu, tandis que les berrychons et les vendéens se maintenaient dans le même état et que les southdowns augmentaient de poids et engraissaient.

 

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