THAËR Albrecht Daniel (1752-1828)

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THAËR Albrecht Daniel (1752-1828)

Annales agricoles de Roville, par C. J. A. Mathieu de Dombasle, Cinquième livraison, A Paris chez Madame Huzard, Libraire, 1829, 507 p, ; p. 381-385.

Nécrologie.

Note sur THAËR ; par M. DE DOMBASLE

Albrecht Thaër, né à Celle en Hanovre, le 14 mai 1752, est mort le 26 octobre 1828, Mögelin, domaine situé près de l'Oder, et dont le célèbre agronome avait fait un des établissements agricoles les plus remarquable de l'Europe. Lejeune Thaër, fils d'un médecin, fut d'abord destiné à la même profession, et il s'y livra avec une grande distinction, puisqu'il devint, encore jeune, médecin du roi d'Angleterre. Mais son goût naturel pour l'agriculture ne tarda pas à l'éloigner de cette profession, qu'il quitta entièrement pour venir se livrer à l'exploitation d'un domaine qu'il possédait dans le Hanovre.

Le séjour que Thaër avait fait en Angleterre, lui avait révélé toute la supériorité à laquelle les procédés de l'art agricole étaient parvenus dans ce pays, et il en avait fait l'objet d'une étude approfondie. De retour dans sa patrie, le but constant de toute sa vie, fut d'introduire en Allemagne les améliorations agricoles dont il avait bien étudié les moyens et les résultats. Sa première publication fit l'Introduction à l'Agriculture anglaise, ouvrage qui n'a pas été traduit en français, et dont l'apparition fit, en 1794, la plus vive sensation en Allemagne. C'est de la publication de cet ouvrage, que date l'introduction sur le Continent, des procédés de l'agriculture anglaise.

Le gouvernement prussien sut apprécier le mérite de Thaër, et lui fit proposer en 1804, le don d'un domaine d'une assez haute valeur, sous la condition qu'il viendrait se fixer dans les états prussiens, et qu'il y établirait sur une plus grande échelle, un institut agricole sur le modèle de celui qu'il avait déjà formé dans son domaine de Hanovre. La propriété que le gouvernement prussien lui donna à cet effet, n'ayant pas paru à Thaër, propre à remplir son but, il la vendit, et fit l'acquisition du domaine de Mögelin où il ouvrit en 1806, l'institut agricole qui a servi de modèle à un grand nombre d'établissements du même genre, qui ont été formés depuis dans diverses parties de l'Allemagne. Cet institut réunissait plusieurs professeurs salariés par le gouvernement prussien et choisis par Thaër, pour diverses branches de connaissances le plus utiles aux agriculteurs.

Ce fut en 1810 que Thaër publia ses Principes raisonnés d'Agriculture, dont nous devons une très bonne traduction française, à M. le baron Crud ; peu d'années auparavant il avait publié sa Description des nouveaux Instruments d'Agriculture les plus utiles, que j'ai essayé de faire connaître à mes concitoyens par une traduction.

Thaër a publié aussi, depuis son retour en Allemagne jusque dans les dernières années de sa vie, sous le titre d'Annales de l'Agriculture, un recueil périodique dans lequel on rencontre une multitude d'articles d'un haut intérêt.

Le gouvernement de la Prusse ne cessa de témoigner combien il sentait le prix des travaux de cet illustre agronome. Nommé d'abord conseillé privé, il fut élevé, en 1807, au rang de conseiller d'Etat, et chargé du rapport des objets concernant l'agriculture, près du ministre de l'intérieur. Dès le moment de son établissement en Prusse, il fut nommé membre de l'académie de Berlin, et en 1810, lorsque l'université de Berlin fut formée, il y fut attaché en qualité de professeur d'agriculture. Un grand nombre de sociétés savantes de l'Europe ont cru s'honorer en inscrivant le nom de Thaër sur ma liste de leurs membres.

Doué d'un jugement très doit, d'un esprit d'observation très remarquable, écrivant avec clarté et précision, et toujours sous l'influence des faits, de l'observation et de la pratique, Thaër a donné à tous ses écrits, un caractère particulier qui les rend éminemment utiles aux praticiens, parce que, sur chaque point, ils y trouvent des directions sûrs et dictées par l'expérience. En décrivant une méthode, il va toujours droit au point essentiel, et il n'oublie aucune des considérations qui doivent exercer de l'influence sur le succès. Ses Principes raisonnés sont peut-être le meilleur traité méthodique d'agriculture qui existe chez toutes les nations d'Europe ; et comme écrivain agricole, le nom de Thaër sera certainement placé à côté de notre Olivier de Serre et d'Arthur Young.

Thaër était d'un extérieur simple et modeste ; entouré d'une famille qui le chérissait, il vivait aussi au milieu de ses élèves, comme un père au milieu de ses enfants. Il fut excellent citoyen, et l'on peut même dire patriote enthousiaste. C'était au moment même où l'Allemagne était écrasée par les invasions continuelles, qu'il s'efforçait, en améliorant la culture de sa patrie, de la mettre en état de se relever après de longs malheurs, et son cœur a pu jouir du fruit de ses travaux, en voyant l'immense développement d'industrie agricole qui a été l'effet de l'impulsion qu'il lui avait donnée. Si l'on décernait des palmes aux hommes qui ont le plus puissamment concouru à la prospérité de l'Allemagne depuis la fin du dernier siècle, une des premières couronnes viendrait certainement se placer sur le buste de Thaër.

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