HAENTJENS Charles (1791-1836)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

BOURRIGAUD René, Innovations étrangères dans les campagnes nantaises au début du XIXe siècle. In : Etudes rurales, n° 135-136, 1994. Etre étranger à la campagne, pp. 161-173 ; doi 10.3406/rural. 1994.3493.

http://www.perse.fr/doc/rural_0014-2182_1994_nim_135_1_3493

 

Extrait :

Charles HAENTJENS :

un grand bourgeois pionnier de l'agriculture.

Avec Charles, nous pénétrons dans un autre monde : celui d'une famille hollandaise qui s'implante à Nantes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le père, Mathias, est représentant d'une maison de commerce à Brême. Charles naît en 1790. DE sa jeunesse, on sait seulement qu'il a beaucoup voyagé ; en Suisse, en Hollande, en Angleterre et même aux Etats-Unis. Il parle plusieurs langues et est régulièrement en contact avec de nombreux correspondants étrangers.

En 1822, ayant fait l'acquisition à Nozay du domaine de Grand-Jouan (500 ha pour la plupart en landes, avec quelques fermiers ne sachant que produire des céréales de façon traditionnelle), il se lance dans l'aventure agricole et entreprend d'importer les méthodes qu'il a observées à l'étranger : une agriculture fondée sur la rotation des cultures variées, les prairies artificielle, les plantes sarclées fournissant des fourrages verts pour les animaux (choux à moelle, à mille têtes, citrouilles, pommes de terre, rutabagas, navets).

Trop confiant dans ces nouvelles techniques, il connaît quelques déboires avec une alimentation exclusive trop riche en élément azotés, et "invente" un procédé intéressant mais sûrement coûteux en travail : il fait mélanger (par ses ouvriers), dans de grandes cuves, de la paille hachée avec des fourrages verts, mélange qu'il laisse macérer deux heures avant de distribuer. Désireux de créer des brise vent dans ce landes trop exposées, il plante des confères, n'hésitant pas à faire venir des bords de la Baltique 700 jeunes pins de Riga. Bousculant la méthode ancestrale de la moisson à la faucille, il fait appel, vers 1827, à des ouvriers de la Beauce formés à la moisson à la faux. Selon lui, ceux-ci font quatre fois plus d'ouvrage que les moissonneurs à la faucille.

En 1828-1829, le domaine de Grand-Jouan comporte déjà trois métairies de 25 à 30 hectares entourée d'une large bordure de pins, mises en culture et tenue par des fermiers, et une "exploitation réservée" de 100 hectares, défrichée aux deux tiers. Son objectif est de servir de son exploitation personnelle comme point d'appui pour la mise en valeur des quelques 400 hectares de landes que comporte encore le domaine : cette exploitation doit lui permettre de nourrir ses attelages pour tirer les lourdes charrues de défrichement.

Selon les rapports de la Société académique, dans cette grande exploitation, "tout est marqué au coin de l'économie et de l'utilité" et, louange suprême pour ce milieu lié aux affaires, "le propriétaire n'est point de ceux qui font de l'agriculture à force d'argent ; il cherche au contraire avec l'agriculture à faire de l'argent".

Mais son plus grand mérite, qui fait de lui un précurseur au sens propre du terme, est d'avoir compris qu'il ne pouvait plus diriger seul ce grand domaine en pleine expansion. L'expérience engagée nécessite de plus en plus la présence quotidienne d'un dirigeant sur place et Haentjens, tout passionné d'agriculture qu'il est, n'est sûrement pas prêt à s'installer au milieu des landes de Nozay. Il lui faut trouver un collaborateur jeune, dynamique, compétent et prêt à ce sacrifice. C'est alors que va commencer une expérience capitale pour le développement de tout l'Ouest de la France, avec un nouvel étranger qui vient cette fois-ci d'Alsace.

Jules Rieffel et l'expérience de Grand-Jouan.

C'est à l'occasion d'une fête agricole (1) en Anjou en 1829 que Charles Haentjens voit pour la première fois Jules Rieffel, un jeune Alsacien de 23 ans, formé à l'école de Roville (Lorraine) dirigée par l'agronome français le plus célèbre l'époque, Mathieu de Dombasle. Cette rencontre est décisive. Grâce aux compétences et au talent de ce nouveau jeune directeur, le domaine va rapidement devenir l'expérience-phare du développement agricole de la Bretagne au XIXe siècle.

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/06/jules-rieffel-1806-1886.html

(1) Concours de labour au Verneuil (Maine-et-Loire) le 22 juin 1829. (Voir Institut de Verneuil)

Les protestants bretons : Cinq siècles de protestantisme en Bretagne, par Jean-Yves Carluer

http://protestantsbretons.fr/protestants/les-haentjens-hommes-daffaires-et-protestants-nantais-1780-vers-1850/

Charles HAENTJENS

Les Haentjens, hommes d’affaires et protestants nantais (1780 -vers 1850).

Des protestants hollandais.

Matthias Haentjens est né à Cologne le 8 mars 1756 dans une famille de négociants d’ascendance hollandaise. Établi à Nantes à partir de 1780, il se rattache à la communauté protestante non encore officielle qui se réunit sur les rives de la Loire autour du pasteur Barre. Il fait bientôt fortune dans le négoce, l’assurance et l’armement, et même la traite négrière. Il épouse en 1785 Marie Anne Provenchère. Le couple a eu de nombreux enfants, dont quelques-uns décèdent en bas-âge, comme Jean-Henry, porté sur le registre protestant en janvier 1786. Matthias Haentjens est agrégé comme adjoint au premier consistoire réformé qui se constitue à Nantes le 25 brumaire an XII. Notre armateur en est élu diacre le 15 pluviôse an XIII, soit le 4 février 1805. Matthias Haentjens achète en 1803 le vaste domaine de Gesvres sur la commune de Treillières, non loin de l’Erdre qui avait été, avant la Révocation, la voie fluviale des huguenots vers le temple de Sucé. Il partagera avant sa mort en 1839 ses affaires financières entre ses garçons et son domaine foncier entre ses filles. Matthias Haentjens, dont la nationalité française avait été contestée lors d’une tentative électorale, a été confirmé dans ses droits civiques et politiques par un arrêt de la cour de Rennes du 12 février 1824. La plupart des enfants de Matthias Hentjens, quoique baptisés dans l’Église réformée, suivent progressivement des trajectoires de sortie du protestantisme à la suite de mariages fortunés avec des conjoints de confession catholique.

Des notables du Grand Ouest

Notons, parmi ses fils et filles :

– Gérard Guillaume Haentjens (1786-1847).

Chrétien Charles Haentjens (1790-1836), plus connu sous son deuxième prénom, Charles. Armateur et négociant comme son père, il se passionne pour la recherche scientifique. Il est secrétaire de la Société académique de Nantes et s’intéresse surtout à l’agronomie.

(Né le 4 mai 1791 à Nantes, Décédé le 3 janvier 1836 à Paris, à l’âge de 44 ans, source : http://gw.geneanet.org)

 

Il achète en 1822 le domaine de Gand-Jouan, rassemblant 500 hectares de landes et de friches à Nozay en Loire-inférieure, et s’associe à l’Alsacien Jules Rieffel (1806-1886) pour l’exploiter. Grand-Jouan devient le complexe agro-industriel de référence dans l’ouest de la France, ferme-école dont la modernité et le rayonnement soutiennent ce que l’on a appelé la révolution agricole en Bretagne. Charles Haentjens épouse Adélaïde Martin-Lavallée. Un de leurs fils, Alphonse-Alfred Haentjens, patron de presse (le Monde Illustré…) devint député (droite bonapartiste) de la Sarthe de 1863 à 1882. Il fonda et présida le groupe parlementaire dit de l’Appel au peuple.

– Marie Elisabeth Eugénie (1791-1860), épouse de l’armateur et raffineur nantais Joseph Guillet de la Brosse, dont un des petit-fils, Eugène (1857-1939), grand industriel de Loire-Inférieure, militant du catholicisme social, est un pionnier des caisses de prévoyance et d’allocations familiales.

– Élise (1795-1857), épouse de Pierre Maes (1787-1873), négociant et armateur nantais dont la famille était d’origine hollandaise, colonel de la garde nationale, député (libéral) de Loire-inférieure de 1830 à 1838. Un de ses gendres, Antoine Dufour (1808-1885), est maire de Nantes de 1866 à 1870.

La fragilité de l’affiliation religieuse des descendants de Matthias Haentjens est assez caractéristique d’une partie de la grande bourgeoisie protestante nantaise du début du XIXe siècle, novatrice sur le plan économique, volontiers libérale sur le plan politique, mais qui est en quelque sorte absorbée par son environnement social.

Publié dans Agronomes, Personnage

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