MOLL Louis (1809-1880)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Louis MOLL

Louis MOLL

BIOGRAPHIE

 

1809

Louis Constantin Eugène MOLL nait le 22 novembre 1809 à Wissembourg (Bas-Rhin). Son père, Jacques Antoine MOLL, alors âgé de 47 ans, est magistrat de sûreté de l'arrondissement de Wissembourg. (Archives départementales en ligne du Bas-Rhin).

 

1828-1829

Apprentissage de l’agriculture en Allemagne (Saxe).

Il est influencé par l'enseignement du célèbre agronome allemand Albrecht Thaër.

 

1830-1835

Professeur d’agriculture à l’Institut de Roville sous la direction de Mathieu de Dombasle

Publications :

Excursion agricole dans quelques départements du Nord de la France, entreprise aux frais du gouvernement dans l'automne 1834 et achevée dans l'hiver 1835. par L. MOLL ex-professeur d'agriculture à l'Institut de Roville. Paris 1836, 69 p. Extrait : « Lorsqu'en 1830, à mon retour d'Allemagne, où j'avais fait mon apprentissage agricole, je fus appelé par M. de Dombasle, à professer l'agriculture à l'institut de Roville, j'éprouvais de graves difficultés dans la rédaction de mon cours par le défaut total de données topographiques sur la culture des diverses contrées de France. »

Manuel d'agriculture ou traité élémentaire de la science agricole pour les écoles rurales du nord-est de la France, par M. L. Moll, cultivateur, ancien professeur d'agriculture à l'Institut de Roville. Ouvrage couronné par la Société d'Agriculture de Nancy, 1835 Nancy. 204 p.

 

1836

Professeur d’agriculture générale au Conservatoire des arts et métiers.

Journal d'agriculture pratique. 44e année, Tome II. 24, n° 50, 9 décembre 1880, p. 823-824. Extrait « En 1836, le ministère de l'agriculture lui confia une mission en Corse et dans les départements du sud-est, à la suite de laquelle il fut nommé professeur au Conservatoire le 13 octobre de la même année. »

 

 

1842

Mission agronomique en Algérie.

Publication : Colonisation et agriculture de l'Algérie par L. MOLL, Professeur au Conservatoire royal des Arts et Métiers, Membre de la Société royale et centrale d'Agriculture, Membre correspondant de l'Académie des Sciences de Madrid, des Société d'Agriculture de Besançon, Colmar, Evreux, Nancy, Nevers etc. Paris Lib. Agr. de la Maison Rustique, 1845, 412 p. Extrait : "C'est ainsi que j'ai pu passer les mois de juillet, août et septembre 1842 à parcourir les diverses provinces d'Algérie etc."

 

1843

Elu membre de l'Académie Royale d'Agriculture.

Le 18 janvier 1843, Louis Moll est élu membre de l’Académie Royale d’Agriculture de France comme membre associé ordinaire, section Sciences de l'homme et de la société.(Index biographique des membres 1761-2011, de l'Académie d'Agriculture de France, 18 rue de Bellechasse 75007 Paris)

 

1845 

Il épouse Angélique Suzanne SMITH

Il acquiert le domaine de l'Espinasse (commune de Oyré située à 8 km de Châtellerault dans la Vienne)

Il est décoré de la croix de Chevalier de la Légion d’honneur, le 10 octobre 1845 (Base Léonore dossier LH/1900/1)

 

1846

Naissance de sa première fille, Marie-Pauline-Léonie (1846- décédée après 1911)

Il siège au Conseil de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

1847

Naissance de sa deuxième fille, Joséphine Pauline (1847- ?)

 

1848

En janvier 1848, dans le Journal d’Agriculture Pratique, il publie un article de 8 pages où il donne son opinion sur l’utilité des Fermes-écoles.

 

Il créé une ferme-école sur son domaine de l'Espinasse en Poitou. 

Par décret ministériel du 19 avril 1848, une ferme-école est créée sur le domaine de l’Espinasse. Elle ouvre le 1er juin suivant. La direction est confiée à M. Moll, propriétaire de l'Espinasse, auquel a été adjoint un sous-directeur. 

 

Louis Moll est nommé professeur d’agriculture générale à l'Institut national agronomique créé à Versailles la même année.

 

1851

Naissance de sa troisième fille Marie-Joséphine-Amélie (1851- ?)

 

1852

Louis Moll donne sa démission de directeur de la ferme-école de l'Espinasse. L’établissement ferme en octobre.

 

1857

Ferme de Vaujours à Gennevilliers.

Louis Moll et M. Mille (ingénieur des Ponts-et-Chaussée) demandent au Préfet de la Seine, de créer une ferme pour démontrer l’utilité économique de l’épandage des vidanges parisiennes. Les expérimentations sont conduites sur la ferme de Vaujours à Gennevilliers sous la direction de Louis Moll. (Journal d'agriculture pratique 1857).

 

1864

Eugène GAYOT (directeur des Haras et membre de la Société impériale d’agriculture) et Louis MOLL publient l’Encyclopédie générale de l'agriculture, Paris 1864 en 13 volumes.

 

1865

Louis Moll est élu pour un an, Président de la Société impériale d’agriculture de France.

 

1867

Il fait partie de la Liste des 600 premières adhésions à la Société des Agriculteurs de France. (Journal d'agriculture pratique 1867).

Le 8 août 1867, Louis Moll est décoré de la croix d’Officier de la Légion d’honneur. (Base Léonore dossier LH/1900/1).

 

1868

Le 31 mars 1868, il est décoré de la Croix de Chevalier des Saint- Maurice de Lazare. (Base Léonore dossier LH/1900/1).

 

1871

Fin janvier 1871, après le rattachement l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, Louis Moll opte pour la nationalité française. (Base Léonore)

 

1880

Louis Moll décède le 29 novembre 1880 à son domicile parisien, Boulevard Saint-Martin n° 19.

Il est inhumé le 2 décembre au cimetière du Père-Lachaise.

Voir nécrologies ci-dessous : Société nationale d'Agriculture de France et Journal d'Agriculture pratique.

 

 

 


Nécrologie

 

 

Bulletin des séances de la Société nationale d'agriculture de France. Compte rendu mensuel rédigé par M. J.-A. BARRAL, Secrétaire perpétuel. Tome 40 depuis la fondation du bulletin, en 1837. Paris, Imp. et Lib. d'agriculture et d'horticulture, Année 1880.

 

p. 745

Séance du 1er décembre 1880. Présidence de M. Chevreul.

Sur la mort de M. Moll.

M. le Secrétaire perpétuel (M. Jean-Augustin BARRAL) donne lecture d'une lettre de M. Hervé Mangon qui annonce la mort de M. Moll, décédé le 29 novembre à 7 heures du soir. Notre regretté et éminent confrère, ajoute M. le Secrétaire perpétuel, était né à Wissembourg le 22 novembre 1809, il avait donc 71 ans ; il était professeur d'agriculture au Conservatoire des arts et métiers depuis 1837 et membre de la Société nationale d'agriculture depuis 1843. M. le Président exprime les vifs regrets de la Société pour la perte douloureuse qu'elle vient de faire.

 

p. 760-769

Séance du 8 décembre 1880

Sur les obsèques de M. Moll.

M. le Secrétaire perpétuel (M. Jean-Augustin BARRAL) rend compte des obsèques de M. Moll qui ont eu lieu le 2 décembre à midi. La Société était représentée par MM. Barral, Dailly, Bella, Tisserand, Peligot, Passy, Delesse, Hervé Mangon, Tresca, Lecouteux, Heuzé, Muret, Bertin, Bouquet de la Grye, Prillieux, Duchartre, Becquerel, Risler, membres titulaires ; MM. d'Esterno, Eugène Marie et Dutertre, membres associés nationaux ; M. Bignon, correspondant de la Société, et M. Laverrière, archiviste et correspondant de la Société.

 

M. le Secrétaire perpétuel donne lecture du discours qu'il a prononcé, au nom de la Société, sur la tombe de M. Moll. Ce discours est ainsi conçu :

 

Messieurs,

La mort, a dit Sénèque, est une loi sévère. Combien est dure cette vérité ! Notre Compagnie l'éprouve cruellement, car, dans le cours de moins d'une année, elle vient d'être inexorablement décimée. Bourgeois, Léonce de Lavergne, le général Morin, Nadaut de Buffon, Victor Borie, sont, en quelques mois, descendus dans la tombe, et voici que Louis Moll nous quitte à son tour et tout d'un coup. Il a disparu alors que nous nous réjouissions de le voir revenir prendre place parmi nous, à la rentrée des vacances, au retour des champs où nous espérions qu'il avait été prendre de nouvelles forces pour continuer cette vie de lutte qui fut toujours la sienne, lutte pour le progrès agricole et le triomphe du bien qu'il poursuivait avec passion. C'est un hommage que lui rendent tous les compagnons de ses longs travaux.

Né à Wissembourg, le 22 novembre 1809, Louis Moll a passé la plus grande partie de son enfance, puis de sa jeunesse, au milieu des populations rurales de l'Alsace et de la Lorraine ; il y avait, dès ses premiers pas dans le monde, appris l'amour de la culture du sol ; cet amour grandit en lui sous Mathieu de Dombasle dont il fut, à Roville, successivement l'élève et le collaborateur.

A l'âge de vingt ans (1829), il était déjà professeur. Dès 1831, il publiait le récit animé de ses premières observations agricoles ; c'était d'un voyage dans les Vosges qu'il rendait compte, dans ce style clair, chaleureux, souvent charmant, qui depuis a toujours caractérisé ses écrits. Il quitta alors l'enseignement agricole de Roville pour devenir cultivateur à ses risques et périls. Mail il était dans sa destinée d'enseigner. Il lui a été donné d'appartenir à la première école d'agriculture établies en France, et à la dernière qui y avait été créée ; s'il a vu périr Roville, il a eu la satisfaction de laisser en pleine prospérité l'Institut national agronomique. Dès 1835, il faisait œuvre d'enseignement général, d'une grande portée pour l'époque, dans une forme modeste, en publiant, sous les auspices de la Société d'agriculture de Nancy et du Conseil général du département de la Meurthe, un Traité élémentaire de la science agricole pour les écoles rurales du nord-est de la France.

Nous avons relu les leçons qu'il a ainsi composées, il y aura bientôt un demi-siècle ; son âme s'y trouve tout entière. "Pour réussir, disait-il alors, le cultivateur doit posséder la moralité qui est la première base de succès dans toute entreprise. S'il est religieux, probe, laborieux, rangé, bon, serviable envers tout le monde, ceux qui l'entourent l'imiteront ; il n'aura que de bons voisins et de bons serviteurs. Il doit être avec ses domestiques et ses ouvriers, comme un père avec ses enfants ; passer sur les fautes involontaires ou provenant d'étourderies, d'ignorance ou de maladresse ; mais être inexorable pour toutes celles qui montrent de la corruption ou qui partent d'un mauvais cœur, comme les mauvais traitements envers les animaux. Dans les gens, il doit considérer beaucoup plus la moralité que l'habileté." Ces paroles le peignent. On peut dire qu'il a toujours prêché l'exemple.

Appelé à occuper, dès l'âge de vingt-huit ans, au Conservatoire des arts et métiers, comme vous l'a dit mon confrère, M. Hervé Mangon, qu'aujourd'hui a la bonne fortune de diriger ce grand établissement national, la première chaire d'agriculture du monde, M. Moll ne tarda pas à être élu membre de la Société nationale d'agriculture. Il entra dans notre Compagnie en 1843 ; il y a fait partie de la Section d'économie, de statistique et de législation agricoles. Il revenait de faire un voyage en Algérie et quelques temps après il publia sur la colonisation et l'agriculture de nos possessions en Afrique, un livre plein de vues remarquables et de conseils excellents dont heureusement beaucoup ont été suivis.

Les nombreux rapports, les communications incessantes de M. Moll sur les sujets les plus variés, la part considérable qu'il prenait à toutes nos délibérations, sont présents à nos esprits. En évoquer le souvenir, c'est aviver nos regrets et notre douleur ; car nous aimions à l'entendre et à suivre ses conseils pleins de sagesse et de bienveillance, lors même que nous n'adoptions pas ses opinions.

En 1865, ses confrères l'élirent à la présidence de notre Compagnie. Le discours qu'il a prononcé à ce titre dans notre séance solennelle annuelle est un modèle. Nous sortions d'une longue discussion sur la question douanière ; il avait voté contre la solution libérale qui fut adoptée. Eh bien ! Il n'hésitait pas à dire, du haut du fauteuil de la présidence : "Quoique j'ai été du petit nombre des opposants, mon devoir est aujourd'hui de maintenir haut et ferme le drapeau que notre Compagnie a adopté. Au fond, d'ailleurs, j'étais d'accord avec la majorité ; je n'en différais que sur l'opportunité. Je reconnais que je m'étais trompé." Et il ajoutait cette phrase, bien digne d'être méditée : "Tandis qu'autrefois une récolte médiocre et même mauvaise était presque toujours plus avantageuse pour le cultivateur qu'une bonne récolte, par la raison toute simple qu'un déficit d'un dixième dans le produit élevait souvent le prix de moitié en sus, aujourd'hui la pleine récolte seule peut nous donner du bénéfice." C'était battre la charge pour exciter les agriculteurs à monter à l'assaut du progrès. Mais, en même temps, M. Moll demandait avec instance que l'agriculture fût mieux armée et débarrassée des charges et des entraves qui, trop souvent, empêchent ses mouvements.

Notre confrère fut toujours en marche, sans trêve ni merci. Heureux ou malheureux, plus souvent malheureux, il ne se découragea jamais. Parmi ses titres à l'estime publique, il faut rappeler ses efforts pour faire adopter l'emploi des engrais liquides ; il se mit lui-même à l'œuvre afin de donner l'exemple ; si le succès n'est pas encore complet, il a préparé les voies à une bonne solution d'un problème difficile.

A la Société d'encouragement pour l'industrie nationale où il fut appelé à faire partie du Conseil d'administration dès 1846, il ne se montra pas moins laborieux et utile qu'à la Société d'agriculture. De très nombreux et excellents rapports l'attestent hautement.

La publication de l'Encyclopédie pratique de l'agriculteur qu'il a faite en collaboration avec notre confrère, M. Gayot, a été aussi une œuvre de labeur intrépide.

Il avait légitimement conquis la grande autorité qui s'attachait à tous ses écrits, tant en France qu'à l'étranger. Son dévouement désintéressé à la chose publique, à la patrie, à l'agriculture, restera dans la mémoire de tous ; c'est le glorieux héritage de sa famille.

Nous disons donc, au bord de cette tombe, un dernier adieu à un véritable ami du bien, à un cœur chaud, généreux, qui mérite d'être pleuré.

 

M. Hervé MANGON, au nom du Conservatoire des arts et métiers, s'est exprimé en ces termes :

 

Messieurs, je viens au nom du Conservatoire national des arts et métiers, rendre un dernier hommage au professeur distingué et à l'homme excellent dont nous déplorons la perte

M. Moll était le plus ancien professeur du Conservatoire. Il appartenait, depuis 1836, à notre grande Ecole des sciences appliquées. Quarante-trois générations s'auditeurs ont écouté successivement, avec une religieuse attention, son enseignement sérieux, sa parole facile et toujours si convaincue. Sa mort laisse parmi ses collègues des regrets profonds et un vide difficile à remplir.

M. Moll, en effet, occupera certainement une place à part et des plus honorables parmi les agronomes français. L'âge et les souffrances avaient rendu son rôle militant un peu moins actif depuis quelques années, mais les hommes de mon âge se souviennent et plaisent à rappeler l'éclat de ses débuts, ses nombreux écrits, le succès de son enseignement et son autorité au sein des Sociétés savantes dont il faisait partie.

M. Moll (Louis-Constantin-Eugène) est né à Wissembourg (Bas-Rhin), le 22 novembre 1809. Enfant de notre chère Alsace, il n'a pas hésité à opter, après nos malheurs, pour la nationalité française. Il avait passé en Saxe ses années d'études ; l'impression des doctrines agricoles qui régnaient alors en Allemagne ne s'est jamais complètement effacée de son esprit.

Tout jeune encore, de 1830 à 1835, M. Moll fut chargé, à l'Ecole de Roville, du cours d'agriculture, sous la direction de l'illustre Mathieu de Dombasle.

En 1836, le Ministre de l'agriculture lui confia une mission en Corse et dans les départements du Sud-Est, à la suite de laquelle il fut nommé professeur au Conservatoire le 13 novembre de la même année.

De 1836 à 1842, M. Moll fut chargé de plusieurs missions en France et en Algérie. Les rapports écrits à la suite de ces voyages forment autant d'excellent Mémoires. En 1845, il publia l'ouvrage, en deux volumes, intitulé : Colonisation et agriculture en Algérie qui, malgré sa date ancienne, est toujours consulté avec un vif intérêt. On doit aussi à M. Moll : L'Encyclopédie de l'agriculteur, treize volumes, en collaboration avec M. Gayot ;

Des moyens d'atténuer les désastres causés par la guerre à l'agriculture ;

L'assainissement des villes par la fertilisation des campagnes ;

La femme en agriculture, page exquise, où l'on rencontre les idées les plus justes et les sentiments du père le plus tendre ; Et, enfin, un très grand nombre d'ouvrages, de rapports et d'articles qu'il serait impossible d'énumérer en ce triste moment ;

A la suite de l'Exposition de 1867, M. Moll reçut la croix d'officier de la légion d'honneur. Il siégeait depuis 1843, à la Société nationale d'agriculture, et depuis 1846 dans le Conseil de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Il faisait également partie de la Commission des valeurs et de plusieurs autres Commissions importantes.

M. Moll a été nommé membre de tous les jurys des grandes expositions depuis 1844 jusqu'à 1867. En 1855, nous fûmes appelés à faire en commun le rapport sur les machines à battre le grain. Notre amitié datait de cette époque, déjà bien éloignée, et ne s'est jamais démentie.

Les partisans des idées protectionnistes, que partagent encore certains agriculteurs, comptaient M. Moll parmi leurs alliés. Mais après les discussions les plus vives nous pouvions, de grand cœur, tendre la main à ce redoutable adversaire, car ses convictions, à cet égard, invariables sous tous les régimes, étaient absolument sincères et dégagées de tout pensée d'intérêt personnel ou de passion politique.

Les spéculations agricoles de M. Moll, comme celles de son célèbre maître Mathieu de Dombasle, furent rarement heureuses. Pour lutter avec succès contre sol ingrat, il faut l'âpre énergie du travailleur manuel ou un capital disponible et considérable ; M. Moll, privé de ressources suffisantes et retenu à Paris une partie de l'année, se trouvait dans des conditions particulièrement difficiles. Cependant, à force de persévérance, il est parvenu, avec le temps, à mettre sa propriété de l'Espinasse en très bon état de culture.

Frappé à plusieurs reprises dans ses affections les plus tendres, entouré de difficultés nombreuses, M. Moll a connu l'amertume des plus pénibles épreuves Mais au milieu de ces tristesses de la vie de chaque jour, notre ami poursuivait avec courage son œuvre d'enseignement agricole et conservait toujours cette inaltérable bonté qui le faisait aimer de tous ceux qui l'approchaient.

La santé de M. Moll avait été fortement ébranlée pendant l'été dernier ; il voulut cependant revenir à Paris, dans l'espoir de reprendre bientôt ses leçons interrompues. Samedi dernier, je le trouvais encore levé, mais dans un état qui ne pouvait laisser d'espoir. Samain serra fortement la mienne, sa voix mourante m'adressa une dernière parole d'affection... Nous ne devions plus nous revoir ! Adieu, cher et excellent confrère, nous conserverons toujours, comme un précieux exemple, le souvenir de votre zèle pour l'enseignement de l'agriculture, de votre résignation dans l'adversité et de la bonté infinie de votre cœur.

 

M. RISLER, au nom de l'Institut national agronomique, s'est exprimé en ces termes :

Je viens au nom de l'Institut national agronomique dire encore un dernier adieu à notre excellent professeur. Nous avions tous une profonde vénération pour note bien-aimé doyen.

Nous nous rattachions par lui à l'Alsace et nous retrouvions dans sa physionomie et dans son caractère les traits distinctifs de ses enfants : la droiture, l'énergie, l'attachement au devoir ! Nous nous rattachions aussi par lui à la Lorraine. Il avait été professeur à Roville, notre premier institut agricole. C'était un véritable Alsacien-Lorrain ! Il venait de ces provinces qui nous ont donné tant d'agronomes illustres : François de Neuf-Château, Dombasle, Bella, Rieffel, etc.

MM. Hervé Mangon et Barral vous ont retracé, mieux que je ne pourrais le faire, cette longue carrière de professorat. Elle a été si longue et les progrès de la science ont été si rapides depuis quelques temps, que nous avons de la peine aujourd'hui à nous rendre compte des services rendus par les pionniers qui nous ont frayé la première voie. M. Moll aimait, dans ses cours, à donner de longs détails sur les défrichements. Eh bien ! on peut dire qu'il a été un des premiers défricheurs de la science agricole. Lorsqu’il est entré dans sa carrière, ce n'était qu'un fouillis inextricable de faits mal observés et encore plus mal classés. La chimie, la physiologie, n'existaient pas encore ou du moins elles n'avaient pas fait assez de progrès pour nous rendre les services qu'elles nous ont rendus depuis. C'est M. Moll et ses contemporains qui pratiquèrent les premières éclaircies. Quelques-uns des principes qui nous sont aujourd'hui les plus familiers, par exemple, la distinction entre l'agriculture extensive et l'agriculture intensives, nous les lui devons. Ce ne sont que des mots, mais ce sont des mots qui résument tout un ensemble d'idées précises et fécondes, et le fait même qu'elles sont universellement adoptées prouve que ces idées sont devenues les bases de notre science. On serait tenté de les appeler des lieux communs, mais cela ne veut-il pas dire qu'elles sont devenues le patrimoine commun de tous les agriculteurs ?

Jusqu'à ces dernières années, M. Moll avait conservé l'enthousiasme, l'enthousiasme presque naïf du progrès agricole, et peut-être ce caractère a-t-il été la cause de quelques difficultés qu'il a hélas ! rencontrées dans la vie pratique. Quand il était question d'une nouvelle méthode, quand il y avait un nouveau progrès à réalise, il ne pouvait pas résister à la tentation d'en faire l'essai à ses risques et périls. Il a beaucoup travaillé, mais il a toujours plus travaillé pour les autres que pour lui-même.

Pendant cette longue carrière, au milieu de toutes ces vicissitudes, il avait acquis une grande expérience, et cette expérience, il venait vous la communiquer, mes jeunes amis, dans ces leçons ou plutôt ces conversations paternelles où il cherchait à vous prémunir contre les peines qu'il avait eues lui-même. Nous n'entendrons plus ses leçons, mais nous en conserverons précieusement le souvenir. Notre Institut est destiné à former des professeurs d'agriculture : ce professorat d'un demi-siècle, toujours rempli avec le plus grand dévouement, est pour vous le meilleur modèle à suivre.

Adieu, cher professeur, ton nom sera inscrit avec celui de Léonce de Lavergne, en tête des annales de notre Institut !

 

Nécrologie

 

Journal d'agriculture pratique. 44e année, Tome II. 24, n° 50, 9 décembre 1880, p. 823-824.

LOUIS MOLL

Jeudi dernier, 2 décembre, s'arrêtait devant une tombe du Père-Lachaise un nombreux cortège qui accompagnait à sa dernière demeure un homme de bien, un maître vénéré, un agronome dont la longue et laborieuse carrière fut consacrée à l'enseignement agricole sous toutes ses formes, sur le terrain, dans la presse, dans la chaire. Cet agronome, c'était Louis Moll, qui fut l'un des premiers professeurs dont le talent et le dévouement contribuèrent puissamment au succès de l'école de Roville dirigée par Mathieu de Dombasle. Dans le cortège figuraient, à côté des directeurs, professeurs, répétiteurs, auditeurs et élèves du Conservatoire des arts et métiers et de l'Institut national agronomique, des délégations de la Société nationale d'agriculture de France, de la Société d'encouragement et de plusieurs autres sociétés savantes.

M. Mangon a prononcé sur la tombe le discours d'adieu à son ancien confrère et ami du Conservatoire des arts et métiers. Il a dit ce que fut Moll comme talent et caractère, comme professeur studieux suivant toujours sa ligne droite comme voyageur agricole ayant parcouru à pied presque toute l'Europe, comme écrivain recherchant surtout les faits et laissant souvent à d'autre le soin d'en dégager la portée générale. Il y a mieux à faire que d'analyser ce discours de M. Mangon, c'est de le citer textuellement. Le voici :

 

Messieurs,

Je viens, au nom du Conservatoire national des arts et métiers, rendre un dernier hommage au professeur distingué et à l'homme excellent dont nous déplorons la perte.

M. Moll était le plus ancien professeur du Conservatoire. Il appartenait depuis 1836 à notre grande école des sciences appliquées. Quarante-trois génération d'auditeurs ont écouté successivement, avec une religieuse attention, son enseignement sérieux, sa parole facile et toujours si convaincante. Sa mort laisse parmi ses collègues des regrets profonds et un vide difficile à remplir.

M. Moll, en effet, occupera certainement une place à part, et des plus honorables, parmi les agronomes français. L'âge et les souffrances avaient rendu son rôle militant un peu moins actif depuis quelques années, mais les hommes de mon âge se souviennent, et se plaisent à rappeler l'éclat de ses débuts, ses nombreux écrits, le succès de son enseignement et son autorité au sein des Sociétés savantes dont il faisait partie.

M. Moll (Louis-Constantin-Eugène est né à Wissembourg (Bas-Rhin), le 19 octobre 1809. Enfant de notre chère Alsace, il n'a pas hésité à opter, après nos malheurs, pour la nationalité française. Il avait passé en Saxe ses années d'études ; l'impression des doctrines agricoles qui régnaient alors en Allemagne ne s'est jamais complètement effacée de son esprit.

Tout jeune encore, de 1830 à 1835, M. Moll fut chargé, à l'école de Roville, du cours d'agriculture sous la direction de l'illustre Mathieu de Dombasle.

En 1836, le ministère de l'agriculture lui confia une mission en Corse et dans les départements du sud-est, à la suite de laquelle il fut nommé professeur au Conservatoire le 13 octobre de la même année.

De 1832 à 1836, M. Moll fut chargé de plusieurs missions en France et en Algérie. Les rapports écrits à la suite de ces voyages forment autant d'excellents mémoires. En 1845, il publia l'ouvrage en 2 volumes intitulé : Colonisation et Agriculture en Algérie, qui, malgré sa date ancienne, est toujours consulté avec un vif intérêt. On doit encore à M. Moll : l'Encyclopédie de l'Agriculture, 13 vol., en collaboration avec Gayot ; des Moyens d'atténuer les désastres causés par la guerre à l'agriculture ; l'assainissement des villes par la fertilisation des campagnes ; la Femme en agriculture, pages exquises où l'on rencontre les idées les plus justes et les sentiments du père le plus tendre, et enfin, un très grand nombre d'ouvrages, de rapports et d'articles qu'il serait impossible d'énumérer en ce triste moment. A la suite de l'Exposition de 1867, M. Moll reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il siégeait depuis 1843, à la Société centrale d'agriculture et, depuis 1846, dans le Conseil de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Il faisait également partie de la Commission des valeurs et de plusieurs autres commissions importantes.

M. Moll a été membre de tous les jurys des grandes expositions, depuis 1844 jusqu'à 1867. En 1855 nous fûmes appelés à faire en commun le rapport des machines à battre le grain. Notre amitié date de cette époque, déjà bien éloignée, et ne s'est jamais démentie.

Les partisans des idées protectionnistes, que partagent encore certains agriculteurs, comptaient M. Moll parmi leurs alliés. Mais après les discussions les plus vives, nous pouvions, de grand cœur, tendre la main à ce redoutable adversaire, car ses convictions à cet égard, invariables sous tous les régimes, étaient absolument sincères et dégagées de toute pensée d'intérêt personnel ou de passion politique.

Les spéculations agricoles de M. Moll, comme celles de son célèbre maître, Mathieu de Dombasle, furent rarement heureuses. Pour lutter avec succès contre un sol ingrat, il faut l'âpre énergie du travailleur manuel ou un capital disponibles et considérable. M. Moll, privé de ressources suffisantes et retenu à Paris une partie de l'année, se trouvait dans des conditions particulièrement difficiles. Cependant, à force de persévérance, il est parvenu avec le temps à mette sa propriété de l'Espinasse en très bon état de culture.

Frappé à plusieurs reprises dans ses affections les plus tendres, entouré de difficultés nombreuses, M. Moll a connu l'amertume des plus pénibles épreuves. Mais au milieu de ces tristesse de la vie de chaque jour, notre ami poursuivait avec courage son œuvre d’enseignement agricole, et conservait toujours cette inaltérable bonté qui le faisait aimer de tous ceux qui l'approchaient.

La santé le M. Moll avait fortement ébranlée pendant l'été dernier ; il voulut cependant revenir à Paris dans l'espoir de reprendre bientôt ses leçons interrompues.

Samedi dernier, je le trouvais encore levé, mais dans un état qui ne pouvait laisser d'espoir. Sa main serra fortement la mienne, sa voix mourante m'adressa une dernière parole d'affection... Nous ne devons plus nous revoir ! Adieu, cher excellent confrère, nous conserverons toujours, comme un précieux exemple, le souvenir de votre zèle pour l'enseignement de l'agriculture, de votre résignation dans l'adversité et de la bonté infinie de votre cœur.

A M. Mangon parlant le premier au nom du Conservatoire des arts et métiers a succédé M. Barral, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture de France. M. Barral, lui aussi, a raconté la vie agricole de L. Moll, mais en insistant avec raison sur la moralité du sympathique professeur.

Le champ était vaste, car Moll, fils de ses œuvres, fut et restera l'un de ces types de travailleurs qui ne courent pas après la fortune et que la fortune ne comble jamais de ses faveurs. Il a lutté. Il a su rester digne. Sa richesse, c'était l'estime générale. Son bonheur, c'était sa famille ; son ambition, c'était un immense besoin d'être homme utile.

A son tour, et comme directeur de l'Institut national agronomique, M. Risler, s'adressant surtout aux jeunes élèves qui entouraient la tombe, a évoqué l'un de ces souvenirs qui ont toujours de l'écho en France. Alsacien-Lorrain lui-même, mais resté Français, il a rappelé les origines de M. Moll, l'Alsacien-Lorrain qui, perdant sa patrie natale, n'a jamais perdu la nationalité française. Non pas que Moll fût homme à ne pas emprunter à l'agriculture allemande les riches enseignements qu'elle pouvait fournir à son esprit observateur ; précisément parce qu'il se connaissait en patriotisme, le savant professeur avait cette profonde conviction que le vrai patriotisme doit consister à prendre ce qui est utile, ce qui est applicable au pays dont on désire la prospérité. Moll parlait admirablement la langue allemande. Il en a profité pour le plus grand intérêt de la France agricole. C'est là ce que M. Risler a mis en relief dans un de ces moments suprêmes où les enseignements pénètrent d'autant mieux les esprits que le cœur est mis en cause. On ne pouvait mieux dire le dernier mot d'une triste journée.

Moll fut homme de talent, homme de cœur. Et les trois orateurs qui ont, à des points de vue divers, raconté les péripéties de cette vie si pleine de bonnes actions, de bonnes paroles, de bons écrits, ces trois orateurs ont été les interprètes des sentiments d'estime et d'affection que Moll a su inspirer dans le monde de ses nombreux amis.

E. LECOUTEUX (Rédacteur en chef du Journal d'Agriculture pratique)

 

 

 

1860

La connaissance générale du bœuf, études de zootechnie pratique sur les races bovines de la France, de l'Algérie, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Autriche, de la Russie et de la Belgique, avec un atlas de 83 figures, par les auteurs de l'Encyclopédie pratique de l'Agriculteur publiée par Firmin DIDOT Frères, Fils et Cie, sous la direction de Louis MOLL Chevalier de la Légion d'honneur, Fermier à Vaujours, Professeur d'Agriculture au conservatoire impérial des Arts et Métiers, Membre du Conseil général d'Agriculture, De la Société impériale et centrale d'Agriculture, etc., etc.. et Eugène GAYOT Ancien directeur de l'Administration des Haras, Membre de plusieurs Sociétés scientifiques. Paris 1860. 600 pages

Publié dans Agronomes, Personnage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article