SCHAMS Franz-Josef (1780-1839)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Biographie

 

Source : Académie des Sciences de Vienne (Autriche). Texte original an langue allemande.

 

Franz Josef SCHAMS est né le 2 décembre 1780 à Litomerice (Bohème), d’un père menuisier. Il est mort le 11 mai 1839 à Knezevo (Croatie)

De 1794 à 1798 il fait son apprentissage de pharmacien à Reichenberg (Liberec). En 1798 il passe son premier examen de Pharmacie à l’université de Prague. Puis il occupe plusieurs postes comme pharmacien assistant à Pressburg-Theben (Bratislava-Devin), à Güns (Köeszeg), à Semlin (Zemun) et à Peterwardein (Petrovaradin). En 1803 il est obtient son diplôme de Magister à l’université de Vienne (Autriche).

Ensuite, il tient une pharmacie à Peterwardein. En même temps il conduit d’importantes recherches en sciences naturelles et en agriculture. Il expérimente un colorant extrait d’un nénuphar (Numphea alba), très utile dans l’industrie textile pour teinter en noir, brun-café et gris-teinturier. La découverte de la houille et autres minerais dans la région de Fruska Gora (Syrmien) l’encourage en 1812, à fonder une association de production de charbon.

En 1817 il abandonne son métier de pharmacien, déménage à (Pest) Budapest et se consacre exclusivement à la production de vin dans tous les pays de l’empire austro-hongrois. En 1836-1839 il fonde la première revue d’oenologie hongroise : Magyarorszag Bortermeszteset’s Keziteste Targyazo Folyoiras ou Magazine pour la production et la préparation des vins en Hongrie et en Transylvanie.

A Ofen (Budapest), il fonde une école pour la production du vin. Il devient célèbre à cause de ses nombreuses publications sur le vin et les cépages.

Ses descriptions détaillées de la topographie de Budapest constituent de sources précieuses pour l’histoire de la ville.

Publications

 

Topograph. Beschreibung von Peterwaedein und seinen Umgebungen, 1820

Vollständige Beschreibung der kgl. Freystadt Pest in Ungern, 1821

Vollständige Beschreibung der kgl. fryen Haupt Stadt Ofen in Ungern, 1822

Képzetek a Joszagoknak Arendalasa ès Kiarendalasarol, Magyar Orszagban/Ideen über Pacht-und Verpachtung der Landgueter in Ungern, 1824

Idées de baux des propriétés rurales en Hongrie ; par Franç SCHAMS, membre des Sociétés économiques de Vienne, Prague, Pétersbourg ; 184 p. in-8°. Pesth ; 1824; Trattner

 

Magyarorszag szolomiveleseröl…. 1830

Dt. : Betrachtungen über Ungarn Weinbau…, 1830

Der Weinbau des Oesterr. K.-Staatesin seinem ganzen Umfange… 3 Bde., 1832-35

Bd. 2. Neuausg. 1835

Kritikai vizsgalodasok a’ magyarorszagi szolotermesztès gancsai és fogyatkozasai körül…/Krit. Betrachtungen über die Mängel und Gebrechen des Weinbaues in Ungarn…, 1834

Idées sur l’amélioration de la culture des vingnes en Grèce, 1834

Darstellung der Weinlese in Ungarn…, 1839

Zahlreiche Abhh. In Z.., u. a. in Vaterland. Bll., Gazdasagi Tudositasok ; etc. – Nachlass. Staatsarchiv, Budapest.

1839

(mars à août)

La collection de cépage de M. Schams à Budapest intéresse la Société royale et centrale d'agriculture de France.

 

 

Bulletin des séances de la Société royale et centrale d'agriculture. Compte-rendu mensuel. Rédigé par M. Soulage Bodin, vice-secrétaire. Tome premier. 1837-1840. Paris L. Bouchard-Huzard. 1841

 

p. 376-377

Séance du 6 mars 1839

M. le duc Decazes (1) a remis à la Société de la part de M. Schams, directeur de l'institut vinicole de Hongrie, qui lui en a fait l'envoie pour elle, deux ouvrages de sa composition sur la culture de la vigne en Hongrie et en Autriche ; plus trois nouveaux renseignements sur le même sujet, et enfin un mémoire en allemand, dont l'objet est une proposition d'établir en France, en Allemagne et en Hongrie, des écoles et pépinières de vignes, où l'on réunirait les différentes variétés, pour étudier leurs caractères, les classer et les dénommer d'après un plan convenu ; ce mémoire, avec sa traduction en français, fait par les soins du duc Decazes, est accompagné de la copie d'une lettre de l'archiduc palatin de Hongrie (2), qui donne son assentiment à la proposition. M. le duc Decazes fait observer que l'école des vignes du Luxembourg, dont il s'occupe de compléter la collection, et celles qui sont établies à Bordeaux et à Tarascon, remplissent, en ce qui concerne la France, les vues de M. Schams. MM. Baumann frères ont également établi dans leurs pépinières, à Bollwiller près Colmar, une collection nombreuse et bien classée de différents cépages, pour être appropriés soit aux vignes du Nord, soit aux essais qu'on pourrait faire pour l'amélioration des vignobles. 

p. 415-421

Séance du 8 mai 1839

M. Moll (3) a rendu compte des trois ouvrages de M. Schams, relatifs à l'œnologie de la Hongrie et de l'Autriche, remis à la Société par M. le duc Decazes, dans sa séance du 6 mars dernier.

Le premier, paru en 1832, est intitulé : De la culture de la vigne en Hongrie ; le second est une œnologie de la haute et basse Autriche ; enfin le troisième est un recueil périodique vinicole, spécialement destiné à la Hongrie.

Le premier ouvrage, formant deux volumes, est un tableau et un historique complet des vignobles, de la culture de la vigne et de la fabrication du vin en Hongrie.

Après une topographie du pays, l'auteur entre dans tous les détails de la culture de la vigne. Il traite successivement de la taille, de la plantation et de la durée de la vigne hongroise, du mode de fumure, de la greffe, des variétés de ce pays, etc. Suivent quelques considérations générales et des notes statistiques sur les quantités de vins produites en Hongrie. On y voit que la superficie consacrée aux vignobles est, dans ce pays, d'environ 1 500 000 iochs (1 ioch = 0,4316 ha ; le ioch correspond à l'arpent) à 1 200 toises carrées, ou 647 400 hectares, ce qui n'est pas tout à fait le tiers de la superficie des vignobles de France, ceux-ci couvrant une étendue de 2 134 822 hectares. De ces chiffres il résulte que, en Hongrie, la superficie consacrée aux vignes forme à peu près le trente-deuxième de la superficie totale du pays, tandis, que chez nous, elle est un peu plu du vingt-cinquième. Tout en assurant qu'on obtient, dans quelques localités, jusqu'à 100 eimes par ioch, ou un à peu près plus de 123 hectolitres par hectare, l'auteur n'en adopte cependant que 20 comme terme moyen, c'est-à-dire environ 24,5 hectolitres par hectare. Il en résulterait que la Hongrie, sur ses 1 500 000 iochs (647 400 hectares) de vignes, produirait trente millions d'eimes (1 eime = 0,05 hl ou 5 litres), 1 500 000 hectolitres. On évalue le produit moyen des vignobles en France à 50 000 000 d'hectolitres. Il en résulte que l'hectare rend communément 23 hectolitres chez nous. Des 1 500 000 hectolitres récoltés en Hongrie, plus des cinq sixièmes sont consommés dans le pays même, eu un peu moins du sixième, composé des vins les plus fins, est seul exporté. Le prix moyen des vins ordinaires, dans les bonnes années, est, sur les lieux, de 2 florins de convention par eime, ou 8,93 francs par hectolitre.

L'auteur passe ensuite à une description détaillée de la culture de la vigne et de la fabrication du vin dans les célèbres vignobles de Tokai, dans ceux de Sirmich, du comitat d'Arrod et du comitat de Comorn.

Le second volume ne présente que des descriptions semblables de diverses autres localités vignobles de la Hongrie. Dans toutes ses descriptions, l'auteur, à côté de quelques préjugés, soit en faveur des méthodes employées, soit en faveur des produits, préjugés qui prennent leur source dans cette vanité patriotique si fréquente au-delà du Rhin, se montre néanmoins excellent praticien et fort bon observateur.

Parmi ces descriptions, nous avons remarqué celles de deux écoles-modèles de vignes établies auprès de Pesth (Budapest), et dont l'une contient six cent soixante-quinze (675) variétés de plants sur une étendue suffisante pour pouvoir recueillir une certaine quantité de vin de chaque variété à part.

Pareille chose serait de la plus haute importance pour nos contrées, et surtout pour le Midi, où l'on cultive une grande variété de ceps dont la nature particulière et la qualité du produit ne sont encore connues que d'une manière vague.

Le troisième volume, qui se rapporte à l'Autriche, à la Moravie et à la Bohême, comprend également des descriptions semblables à ceux des deux premiers volumes. Après le tableau topographique de ces trois pays, l'auteur entre dans les détails des opérations de culture et de vinification usités dans chaque localité. Ici encore se trouve une grande école ou pépinière de vignes établie par le conseiller d’Etat M. de Goeroeg (Görög) à Grinzing auprès de Vienne. Cette pépinière, qui, dans le début, n'était destinée qu'à recevoir les diverses variétés de vignes cultivées dans les Etats autrichiens, a été enrichie plus tard, des principaux cépages de l'Europe, et on pourrait presque dire du monde entier ; elle en offre du moins aujourd'hui la réunion peut-être la plus complète qui existe.

Le tout est divisé en écoles séparées d'après chaque pays de provenance.

L'école française, qui est une des plus riches, comprend à elle seule 565 variétés, dont 307 rouges et 258 blanches.

L'école autrichienne compte 632 variétés, l'école vénitienne en comprend 247, l'école milanaise 48, celle de la Dalmatie 48, celle de la Sicile 45, celle de Florence 20, celle de Naples 13, celle de Raguse et de Cataro 58, celle de Tripoli 20, sans compter les nombreuses variétés fournies par la Judée, la Syrie, le cap de Bonne-Espérance, etc.

Dans des notes statistiques qui accompagnent l'ouvrage, on voit que la basse Autriche, sur une superficie vignoble de 80 045 iochs (à 1 600 toises carrées) ou un peu plus de 46 000 hectares, récolte, terme moyen, 2 873 000 eimes autrichiens ou 1 666 000 hectolitres de vin, ce qui donne en moyenne de 34 à 36 hectolitres par hectare. La Moravie produit tout au plus la moitié de cette quantité sur environ 25 hectares de vignes.

La Bohême, qui doit ses vignobles à l'empereur Charles IV, issu d'une famille française (de la maison de Luxembourg), et dont la viniculture était autrefois très florissante, grâce aux encouragements que lui avait prodigués ce prince, ne possède plus aujourd'hui que 2 655 iochs (2 103 hectares) de vignes sur lesquelles on récolte annuellement 53 200 eimes ou 20 856 hectolitres, ce qui fait une moyenne d'un peu plus de 16 hectolitres par hectare.

Ces vins, de même que deux de la Moravie, de l'Autriche et d'une grande partie de la Hongrie, sont des vins fort ordinaires, pauvres en alcool, riches en acides, se conservant du reste fort bien, et n'acquérant même de qualité que par l'âge.

Le troisième ouvrage, qui, ainsi qu'il a été déjà dit, est périodique, se compose de trois volumes d'annales, dont pour chacune des années 1836, 1837, 1838. Nous ne trouvons, dans le premier volume, de remarquable que la lettre de l'archiduc palatin à M. Schams, lettre dont M. le duc Decazes a déjà lu à la Société une traduction parfaitement bien faite ; puis une description détaillée de la grande école de vignes hongroise placée sous la direction de M. Schams.

Cette école, placée auprès d'Osn, appartient à M. de Majerffy, qui en a abandonné le terrain pour dix ans M. Shams, sans aucune rétribution, à charge seulement, par ce dernier, d'y établir l'école en question. Ce terrain a environ 4 hectares de superficie. Il est divisé en vingt-quatre carrés, contenant chacun les différents cépages d'une localité vignoble de la Hongrie. Commencée en 1834, cette école ne pouvait encore offrir que des espérances à l'époque où écrivait l'auteur.

Ce dernier se loue, du reste, beaucoup du zèle qu'ont permis les principaux propriétaires de vignobles de la Hongrie à enrichir sa collection. Il paraît que le nombre de variétés de plants cultivés en Hongrie est fort grand. Un seul district en a fourni 88, un autre 85, un troisième 74, etc.

Outre cette collection, d'une haute utilité pour la Hongrie, M. Schams a entrepris des essais qui promettent de devenir intéressants pour toutes les contrées vignobles en général.

Ce sont des semis de pépins des principaux plants cultivés en Hongrie et au moyen desquels M. Schams espère obtenir des variétés nouvelles plus avantageuses que les anciennes. Une petite place de l'école est consacrée à des plants étrangers.

Enfin une dernière division, dans la partie inférieure du terrain, a été ensemencée en acacias qui doivent fournir les échalas aux vignes de l'école. Ce n'est pas pour l'économie qui pourrait en résulter que M. Schams a fait des semis, mais pour prouver tout l'avantage qu'offre l'acacia pour cet emploi dans les pays pauvres en bois.

Les deux derniers volumes n'offrent rien de saillant, si ce n'est une description des procédés usités en Hongrie pour la vendange et pour la dessication des grappes destinées à faire des vins de paille, ainsi que la relation d'un fait basé sur une loi bien connue, mais fort peu appliquée, l'emploi de la fumée pour prévenir les mauvais effets de la gelée de printemps sur les vignes.

 

p. 472-473

Séance du 21 août 1839

M. le comte Odart (4), correspondant, a réclamé contre l'oubli qui a été fait de son école de vignes à la Dorée, près Tours, dans l'énonciation qui a été donnée, à la séance du 6 mars dernier, des établissements de ce genre qui existent en France. La Société a arrêté que cette omission serait réparée dans le prochain bulletin. "La Dorée, dit M. le comte Odart, est située dans le centre de la France, à quatre lieues de Tours : la terre en est sèche et aride, entourée et mêlée de vignes ; les sujets étrangers n'y sont pas par paires, mais par milliers, demi-milliers, centaines et cinquantaines, selon leur importance, c'est-à-dire l'estime dont ils jouissent. Cet établissement, fondé dans des vues toutes libérales, dont les produits sont toujours livrés gratuitement et les envois scrupuleusement soignés, aurait, dès cette année, fourni de nombreux moyens d'expérience sur ce qu'on peut attendre des cépages étrangers, sans les dévastations causées par la grêle du 18 juin dernier. C'est un établissement véritablement normal, qui aurait mérité d'être signalé comme comparable à celui qu'a dirigé M. Schams en Allemagne, et tel qu'il serait à désirer qu'on vît s'élever en France." M. Odart entretient cette collection avec affection, dans le but d'offrir à la France un ouvrage qui manque à la France seule, des contrées viticoles qui l'entourent.

 

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale et centrale d'agriculture de France, année 1839. A Paris chez Madame Vve Huzard, 1839

p. 52
Rapport sur les travaux de la Société royale et centrale d'agriculture, depuis sa séance publique de 1838, par M. Soulange Bodin, Vice-Secrétaire.

Séance du 7 avril 1839.
Enfin, Messieurs M. le duc Decazes, qui poursuit activement la restauration de l'ancienne collection de vignes du Luxembourg (cette collection est en ce moment de plus de 1500 nos qui, jusqu'après vérification, présenteront sans doute des doubles emplois), a saisi une occasion qui s'est présentée de vous ouvrir d'utiles relations avec une association qui est en train de se former à Vienne en Autriche sous les auspices de l'archiduc palatin de Hongrie, et sous la direction de M. Schams ; cette association a pour but l'amélioration des vignobles des Etats autrichiens ; mais les bases sur lesquelles elle s'appuie pourront également fonder la prospérité de nos vignobles de France.

(1) Duc Decazes (1780-1860) http://fr.wikipedia.org/wiki/Duc_Decazes

(2) Archiduc palatin de Hongrie (1776-1847) http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_de_Habsbourg-Lorraine_(1776-1847)

(3) Louis Moll (1809-1880) http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/08/moll-louis-1809-1880.html

(4) comte Odart (1778-1866) http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/le-compte-odart-ampelographe-tourangeau.html

 

 

 

 

 

 

 

 

1839

(fin août, début septembre)

Le comte ODART visite la collection de cépages de F-J. SCHAMS à Budapest.

ODART Alexandre-Pierre (1), Compte rendu d'une mission en Hongrie dans l'intérêt de l'industrie viticole et œnologique. Tours, Imprimerie de A. Mame et Cie, 1839. 24 p.

Extraits :

p. 6

Je profitai de mon séjour forcé dans cette ville (Vienne) pour faire des connaissances utiles au succès de ma mission ; en première ligne je placerai celle du censeur impérial, M. Rupprecht, possesseur de la plus riche collection, non seulement de vignes (j'en ai un catalogue qui va jusqu'au n° 1273, mais ce n'est qu'un supplément), mais aussi de chrysanthèmes et de dahlias, qui soit dans les états autrichiens. Cette collection, particulièrement sous le rapport des vignes, avait acquis pour moi la plus grande importance depuis la mort de M. Görög, ancien gouverneur de l'empereur actuel, qui s'était donné tous les soins imaginables pour en former une à Grinzing, probablement alors la plus riche du monde entier, mais qui a survécu peu de temps à son fondateur ; perte déplorable, qui se renouvellera en France comme elle a déjà eu lieu près de Vienne et près de Pesth, car j'eus le chagrin d'apprendre de M. Rupprecht que Schams, cet homme si dévoué au progrès de l'industrie viticole, dont j'allais visiter l'établissement, et auprès duquel j'espérais trouver de nouvelles lumières, était mort depuis quatre mois. Quelque affligeant que fût pour moi cette nouvelle, je n'en poursuivis pas moins le désir de remplir mes engagements en visitant cet établissement ; mais avant de quitter Vienne, étendant mes vues au-delà du programme d'investigations tracé dans ma lettre à M. le ministre de l'agriculture, je me décidai à aller faire les vendanges de Tokai. 

p. 7

J'en profitai pour visiter l'établissement du pauvre Schams, avec un membre de l'académie de Pesth, qui voulut bien me servir d'interprète, tant pour y parvenir que pour me faire comprendre de l'ouvrier qui en avait soin. Cette collection est certainement une des plus riches d'Europe, tout est classé par provenance de pays ; c'est le seul ordre qu'un fondateur de collection puisse adopter ; les plants son beaux et tous échalassés, le terrain est gras et humide, et sa position dans un vallon au pied de monts peu élevés ; ces monts m'auraient semblé plus propres aux expériences de l'appropriation des cépages étrangers au climat du pays. Il y a un carré tout entier de vignes provenues de semis, voie de perfectionnement louable, sans doute, mais que je conseillerai à personne de suivre, à moins que ce ne soit dans des établissements dont l'existence ne tient pas à celle de leurs fondateurs ; car en cette circonstance-ci, par exemple, qui se représentera souvent, le fondateur est mort tout entier sans avoir laissé à personne les idées qui l'avaient dirigé dans ses expériences et qui auraient servi à en éclairer les résultats. La Société économique de Pesth désirerait bien conserver cette collection, mais on lui fait des conditions très dures, et quand même le propriétaire en ferait de plus modérées, où trouvera-t-elle un homme aussi instruit, aussi habile et surtout aussi dévoué ? car il est naturel de l'être beaucoup plus à ses propres œuvres qu'à celle des autres. Le vigneron qui répondit à mes questions, par l'intermédiaire de mon compagnon de voyage, était un homme de peu d'intelligence, et il est déplorable que Schams n'ait légué à personne le fruit de ses observations et le plan de ses expériences, tant celles déjà commencées que celle projetées. J'en ai cependant rapporté quelques espèces qui, au dire du vigneron, étaient des miracles de bonté. Je souhaite vivement que les propositions que Schams avait faites pour la fondation d'établissements destinés au perfectionnement de l'industrie viticole, soit en France soit dans plusieurs états de l'Allemagne, aient pour résultats une entreprise mieux conçue et surtout plus durable. Le grand-duché de Bade est jusqu'ici le seul qui ait accueilli cette proposition avec faveur, et où il y ait eu un commencement d'exécution à Heidelberg.

(1) Le comte Alexandre Pierre ODART http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/le-compte-odart-ampelographe-tourangeau.html

 

 

1840

La Société royale et centrale d'agriculture de France évoque le comte Odart : sa visite de la collection de Schams à Budapest et sa collection de cépages à La Dorée.

 

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, publiés par la Société royale et centrale d'agriculture, année 1840, à Paris chez L. Bouchard-Huzard, 1840

Séance publique du dimanche 26 avril 1840
Rapport sur les travaux de la Société royale et centrale d'agriculture, depuis sa séance publique de 1839, par M. Soulange Bodin, Vice-secrétaire.

p. 24-25
Je n'avais pu dire qu'un mot, dans le compte rendu de 1839, d'une communication de M. le duc Decazes, concernant une association nouvellement formée à Vienne (Autriche), sous la direction de M. Schams, pour l'amélioration des vignobles autrichiens sur des bases qui paraissant également propres à contribuer à la prospérité des vignobles de France. C'est ce dont vous avez pu, messieurs, vous convaincre plus tard par le compte que M. Moll vous a rendu des ouvrages de M. Schams ; il offrent, en effet, tout ce qu'il peut être intéressant de savoir, dans un but de comparaisons utiles avec nos propres domaines viticoles, sur les vignobles de Hongrie ainsi que de la haute et basse Autriche, sur les procédés généraux de la viticulture et de la vinification pratiquées dans ces contrées, ainsi que sur les écoles-modèles de vignes qui y sont établies. Ces documents resteront déposés dans vos archives, pour être communiquées à ceux qui auraient intérêt à les consulter.
Des œnologues se sont occupés aussi de l'amélioration des vins par le sucre de fécule. Mais de tels essais ressortent plus des arts économiques que de l'agriculture proprement dite ; et l'on regretterai peut-être que l'amélioration artificielle pût susciter ici à la production naturelle une de ces concurrences périlleuses qui rendent si amers pour les uns, en matière de progrès, les fruits cueillis par les autres. Vous savez avec que zèle se livrait à ce genre de recherches M. Labbé, ce digne et laborieux collaborateur dont la mort vous a récemment privés. M. Labbé avait consacré une longue vie à l'avancement de diverses branches d'économie rurale et industrielle ; cette vie vous sera dignement retracée, messieurs, par celui d'entre vous qui en fut
un des plus anciens témoins, et à qui son office confère le soin d'adresser ici, au nom de ceux qui restent, un dernier adieu à ceux qui s'en vont.
M. le comte Odart, président de la Société d'agriculture de Tours, a reçu du gouvernement la mission d'aller visiter l'école de vignes hongroises placée sous la direction de M. Schams. Il lui appartenait, plus qu'à tout autre, d'apprécier, comme il l'a fait, l'entreprise et les vues de l'œnologue allemand, après avoir lui-même formé aussi, dans son domaine de la Dorée, près de Tours, une école de vignes, fondée dans des vues toutes libérales, et qui aurait, dès cette année, fourni de nombreux moyens d'expérience sur ce qu'on peut obtenir réellement, dans chaque contrée, de l'introduction de cépages qui lui sont étrangers, sans la dévastation causée par la grêle du 18 juin dernier (1839). Mais un tel dévouement ne se laissera pas abattre par un tel échec, et il tâchera de soustraire sa louable entreprise à d'autres obstacles encore que ceux qui naissent d'un hasard aveugle. Ces obstacles communs à tous les essais de naturalisation ou de transport de végétaux d'une contrée à une autre, sont principalement apportés, en ce qui concerne la vigne, par la différence du climat, des sols, des expositions ; par l'empire des habitudes ; par la fugacité de ces qualités subtiles qui distinguent et font rechercher les produit de précieux cépages ; par la difficulté de conserver, d'un ciel sous l'autre, les aromes qui distinguent chacun de ces produits aromes qui s'élaborent si mystérieusement sous l'action du sol, sous les feux d'un soleil, sous la réverbération d'un caillou, sans que la science puisse se flatter d'en bien distinguer le principe ni l'art de le saisir. Mais quand de mille tentatives il n'en réussirait qu'une seule, ce n'est pas d'aujourd'hui que nous savons combien puissamment un seul arbre, une seule plante, une modification dans la culture de cette plante, de cet arbre, peuvent influer sur la prospérité de toute une cintrée, répandre d'une manière plus large, répartir dans une proportion plus égale, plus conforme à l'intérêt général, ces biens qui semblent n'avoir été originairement, confinés dans quelque coin de la terre que pour exciter ensuite, partout où ils ne se trouvent pas, le désir de les posséder, et partout où ils se répandent, de nouveaux éléments d'émulation et de travail.

 

Collection de la Dorée en 1840

Le catalogue publié en 1840 par le comte Odart,  comporte 399 cépages plantés dans sa pépinière de La Dorée (commune d'Esvres-sur-Indre, département d'Indre-et-Loire). Parmi eux, 10 proviennent de la collection de M. Schams :

 

plant de semis de Kadarkas

Noir de Versecz

Plant de Tolnau

Plant d'Erlau

Plant de Servie

Jakowitz

Klitzer blanc

Schelesinger

Blanc sans pépins

Blanc parfumé

 

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