GAULLIER de LA CELLE Léon (1816-1873)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Léon de GAULLIER de LA CELLE

Né le 7 mars 1816 à La Celle-Guenand  (canton du Grand-Pressigny, arrondissement de Loches, Indre-et-Loire)

Décédé le 6 août 1873 à La Celle-Guenand

Propriétaire agriculteur au château de la Garenne à la Celle-Guenand

En 1848, il posa sa candidature pour installer la première Ferme-école du département d'Indre-et-Loire. Sa candidature fut rejetée au profit de M. Jacques Philippe DUBREUIL-CHAMBARDEL à Marolles, commune de Genillé.

En 1842, au cours de discussion avec son ami Georges BEAUMONT de la BARTHE, il met au point une méthode économique et très efficace pour fertiliser les semis de céréales sur défrichements de landes de bruyères : le noir animal mélangé préalablement aux semences à raison de 4 à 4,5 hl/ha.

M. de Georges BEAUMONT de la BARTHE, propriétaire-cultivateur du domaine de Gaudru (Yzeures-sur-Creuse)http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/05/de-beaumont-de-la-barthe-georges-guillaume-henri-1793-1850.html

Cette méthode sera utilisée à partir de 1845, par M. DUBREUIL-CHAMBARDEL sur son domaine de Marolles à Genillé (canton de Montrésor) http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/dubreuil-chambardel-philippe-1814-1882.html

En 1848, M. MILLET, propriétaire à Genillé et membre correspondant de l'Indre-et-Loire à la Société nationale et centrale d'agriculture fait un rapport sur l'utilisation du noir animal par M. CHAMBARDEL. Ce rapport va animer les séances de la Société qui mandatera une délégation (le comte Conrad de GOURCY) pour visiter les défrichement à Marolles. M. CHAMBARDEL reçoit une médaille d'or en 1849.

 

Membre du Comice agricole de l'arrondissement de Loches dès sa fondation en 1849

Maire de la Celle-Guenand de 1852 à 1870

1848

Défrichements et Noir Animal

Bulletin des séances de la Société nationale et centrale d'agriculture de France, Deuxième série, Tome quatrième, 1848-1849, Paris.

p. 473-481

Séance du 22 novembre 1848

...mais j'ai vu, en visitant M. GAULLIER de la CELLE, entre les villes de Ligueil et de Preuilly (Indre-et-Loire), un défrichement de bruyères semé en froment avec le noir, dont partie avait été, en outre chaulée. Cette dernière partie se trouvait moitié moins bonne que le reste. Je vis aussi plus tard, chez M. MOLL, dans sa terre de l'Espinasse, près Châtellerault, une excellente bruyère, défrichée au moyen de la pioche et semée en avoine mêlée avec du noir, dont la récolte était fort belle, excepté un coin où l'on avait répandu, pour expérience, de la chaux vive qui avait gâté cette partie du champ. Enfin, les défrichements d'excellentes bruyères faits au moyen de l'écobuage, qui coûte à M. MOLL 125 fr/ha au mieux de 80 fr/ha pour le piochage, ne lui ont produit que 12 à 16 hl/ha de froment, quoiqu'il ait ajouté 4 hl/ha de noir animal en sus de l'écobuage. Il faut donc, d'après ces différentes expériences, se rendre à l'évidence : on pourrait croire que la chaux détruit en grande partie le bon effet du noir animal. Le 22 juillet, j'allai chez M. GAULLIER de la CELLE fils, dont la jolie habitation touche le bourg de la Celle (Celle-Guenand) : il eut la bonté de me conduire dans sa belle ferme, qui est située à environ 1 km de son habitation, et me fit parcourir sa grande exploitation, qui est fort bien dirigée ; il s'y trouve 60 ha de défrichements commencés il y a 5 ans. M. GAULLIER, et un de ses amis, M. de GAUDRU, qui cultive une propriété entre Châtillon-sur-Indre et le Blanc, ont pensé qu'on pourrait peut-être diminuer la quantité de noir animal à employer pour obtenir une récolte, si on le mélangeait avec la semence, et les essais ayant surpassé leurs espérances, ils ont beaucoup défriché de bruyères depuis cette espèce d'invention. Ils ont été imités par beaucoup de cultivateurs, entre autres par M. de MARSEUL, dont le château est près de Genillé : je n'ai pu visiter sa culture, lui et son régisseur étant absents ; aussi M. BROC, qui habite non loin du Banc, et qui fait de grands défrichements de bruyères ; par un fermier picard qui est devenu le voisin de M. de la CELLE (GAULLIER de la CELLE), en achetant une propriété qui le touche ; enfin par bien des petits cultivateurs-propriétaires des environ de la Celle (Celle-Guenand) qui ont suivi cet exemple si profitable, quoiqu'il ne date que de 4 ans (1845). M. de la CELLE prépare ses défrichements infiniment mieux que M. DUBREUIL, car il se sert d'une herse Valcourt, qui, au lieu de dents, est armée de coutres tranchants ; cette herse étant fortement chargée, on la fait passer plusieurs fois sur le défrichement, qui se trouve ainsi réduit en mottes infiniment moins volumineuses ; on fait ensuite passe, un couple de fois, un rouleau fort pesant. On emploie alors sur ce terrain rassis une herse Bataille aussi armée de grands coutres tranchants ; on laboure la terre, après cela, avec un bineau ; puis on herse et on roule de manière à ce que la terre se trouve assez meuble pour que, avec un troisième labour, on puisse former des planches de 5 tours très bien faites, les gazons de bruyères se trouvant littéralement détruits. Eh bien, malgré tous ces soins, qui augmentent d'un manière notable les frais du défrichement, les récoltes de froment de M. de la CELLE m'ont paru moins belles que celles de M. DUBREUIL, dont les bruyères sont, je crois, complètement pareilles à celles de M. GAULLIER ; mais il est à remarquer qu'il ne met que 360 litres/ha de noir animal au lieu de 450. Malgré cela, ses récoltes sont encore fort belles : il a eu en troisième récolte de belles vesces d'hiver et 30 hl/ha de colza sur une autre parcelle de la troisième année de défrichement qui n'avait reçu pour cette récolte, je crois, que 250 l/ha de noir animal ; enfin j'ai vu des avoines semées avec 150 l/ha de cet engrais sur la quatrième année de défrichement, et elles étaient de toute beauté. J'ai encore vu un sarrasin très vigoureux sur la deuxième année de défrichement, quoiqu'on ne lui eût donné aucune fumure, et que la récolte qui avait précédé, et qui était du froment, n'eût reçu que 360 l/ha de noir animal. Si cela n'avait pas été fait si en grand, et ne m'avait pas été certifié par deux personnes assurément bien dignes de ma confiance, je n'aurais pas pu croire qu'une si petite quantité de charbon d'os pût produire des récoltes aussi remarquables. M. de la CELLE pense, en voyant la grande beauté de ses avoines, qui sont la quatrième récolte venue après l'emploi, que en 4 années, de 11 hl/ha de noir animal et qui ont produit dans les deux premières années, plus de 50 hl/ha de froment, dans la troisième 30 hl/ha de colza, et dans la quatrième environ 40 hl/ha d'avoine ; il pense, dis-je, qu'il obtiendra une cinquième et même une sixième récolte avec du noir, et que ce ne sera qu'alors qu'il sera obligé d'en venir au fumier et au marnage ; s'il ajoute à cela l'assainissement complet, d'après la méthode anglaise, dans ses terres humides, il aura, dans ce cas une excellente propriété, au lieu de bruyères presque improductives et sans valeur vénale. M. de la CELLE a mis 36 voitures de bon fumier, attelées chacune de trois forts chevaux, dans 1 ha de bruyère nouvellement défriché ; le froment que j'ai vu sur pied était infiniment moins beau que celui qui était à côté, et qui n'avait reçu que 360 l/ha de noir animal. Il a mis sur ses vieilles terres, qui étaient fort mauvaises, d'abord une bonne dose de terre prise dans les fossés ou ailleurs, ensuite de 30 à 36 voitures de fumier, ou bien 30 hl de noir animalisé BARONET, qu'il a payé, à Tours, 5 fr et 1,5 fr par hl pour le port de Tours à la Celle-Guenand, ce qui fait en tout 195 fr. ; ces récoltes étaient bonnes, mais moindres que celles faites sur bruyères défrichées. Il est, d'ailleurs probable que le noir animalisé, qui est, je crois, un mélange d'argile carbonisée avec des vidanges, ne fera, comme la poudrette ordinaire, son effet que pour une récolte, tandis que les 11 hl de noir animal, qui, pris à Paris, ne coûteraient que 93,50 fr., et dont le port (leur poids étant d'environ 1 000 kg), ne coûtera que 13,65 fr jusqu'à Tours, et, de là jusqu'à la Celle-Guenand, à raison de 5,50 fr/hl, 16,50 fr., total 123,65 fr/hl, auront produit quatre fort belles récoltes. Le grand mérite de cette nouvelle méthode d'employer le noir animal est, ce me semble, que son peu de valeur et la petite quantité qu'il en faut pour obtenir une bonne récolte, peu de temps après le défrichement, engageront beaucoup de propriétaires de bruyères, une fois que ce procédé sera connu généralement, à faire opérer des défrichements ; ce qui aura le double avantage d'augmenter la production des céréales et de procurer de l'ouvrage aux journaliers dans la saison morte. Une fois ce bon exemple donné par les grands propriétaires, toute personne qui pourra disposer de 50 ou 60 fr., pour l'achat de noir animal, sera en mesure de défriche, en temps perdu, 1 ha de bruyères, qui donnera, l'année suivante, une récolte de 3 à 400 fr. : ce produit l'aidera à faire vivre sa famille, tout en se réservant de quoi acheter 4 hl de noir animal au moyen desquels il obtiendra, un an plus tard, sur le même terrain, une seconde récolte de grains d'hiver qui vaudra de 5 à 500 fr?, avec lesquels il pourra se procurer du noir animal pour la troisième récolte, mais encore pour fumer un nouveau défrichement, et ainsi de suite. Ceux qui ne possèdent pas de bruyères pourront, du moins dans une grande partie de la France, en louer de leur commune ou bien de quelque propriétaire, et trouver ainsi de l'ouvrage, s'ils en manquent, ce qui n'arrive que trop souvent dans les pays où il existe encore beaucoup de landes ; car leur présence est un signe presque certain que la culture est négligée et mauvaise, et, par conséquent, que les journaliers ne sont guère occupés, l'été une fois passé. Voici, pour les localités peu éloignées de Tours, un aperçu de la dépense à faire, lorsqu'on ne travaille pas soi-même, pour défricher.

 

Première année de défrichement.

Dépenses

Piochage de 1 h de bruyère...90 fr

Un labour avant la semaille...30 fr

Quatre hersages...20 fr

2 hl de froment de semence...40 fr

4,50 hl de noir pris à Paris, à 8,50 fr/hl...38,25 fr

Transport jusqu'à Tours, 237 km ; le pois est de 400 kg...5,50 fr

Leur port de Tours à la Celle-Guenand, 64 km...6,75 fr

Pour semer et curer les raies découlement... 4,00 fr

Fauchage de la récolte ainsi que lier...15 fr

Rentrer les gerbes à la grange ...8 fr

Battage de 20 hl à 1 fr...20 fr

Total... 277,50 fr

Produits

20 hl fr froment à 16 fr...320 fr

3 000 kg de paille, à 30fr/1000kg ... 90 fr

Total : 410 fr

Récapitulation

Recette...410 fr

Dépense...277,50 fr

Produit net... 132,50 fr

 

Deuxième année de défrichement

Dépenses

Un labour...30 fr

Quatre hersages...20 fr

2 hl de froment pour semence...40 fr

4 hl de noir animal rendu à la Celle-Guenand...44 fr

Semer et curer les raies d'écoulement...4 fr

Moisson et battage de 30 hl...53 fr

Total...191 fr

Produits

30 hl de froment à 16 fr...480 fr

La paille...90 fr

Total...570 fr

Produit net...379 fr

 

Troisième année de défrichement

25 hl de colza à 20 fr...500 fr

Frais de culture et moisson...150 fr

Produit net...350 fr

 

Quatrième année de défrichement

40 hl d'avoine à 6 f... 240 fr

La paille...60 fr

Frais de culture et de battage...150 fr

Produit net...150 fr

Total des produits nets sur 4 ans : 1011,50 fr

L'hectare de bruyères vaudra, étant défriché, au moins 400 fr au lieu de 200 fr

Total du bénéfice net en 4 ans... 1 211 fr.

1850

Second voyage agricole en Belgique, en Hollande et dans plusieurs départements de la France par M. le comte Conrad de Gourcy, Librairie d'agriculture de Mme Bouchard-Huzard, Paris 1850, 387 pages, Cote A238
p. 360-363
Manière économique et très profitable de défricher les bruyères.
On fait produire à une bruyère, au bout d'une année ou 18 mois au plus, du moment où le premier labour a été donné, une récolte de 20 à 25 hl en froment, méteil ou seigle, suivant le plus ou le moins de légèreté du sol défriché, en adoptant la manière d'employer le noir animal, imaginée par M. de la Selle fils, propriétaire demeurant à 12 lieues de Tours, près de la ville de Preuilly.
Il y a six ans [1844] qu'il suit cette méthode, qui lui a si bien réussi, que beaucoup de cultivateurs l'ont adoptée et qu'il y a déjà plus 100 ha de bruyères défrichées d'après cette méthode, près de chez lui.
Voici comment procède M. de la Selle : il fait piocher à tranche ouverte la bruyère, après en avoir fait faucher la surface pour litière, ou l'avoir fait brûler, en y mettant le feu par un temps sec. Ce piochage coûte dans ce pays, aux époques où les travailleurs ne sont pas employés à la fenaison ou moisson, 60 fr/ha. Il fait ensuite réduire ce grossier piochage au moyen de herses armées de coutres et à coup de rouleau. En septembre, on donne un labour assez profond pour amener de la terre sur les gazons qui n'ont pu être réduits entièrement ; on herse encore un couple de fois, et puis on sème le grain, mêlé aussi bien que possible avec 360 litres de noir animal bien pulvérisé. Afin de répandre également [uniformément] sur le champ la semence et le noir, il fait passer le semeur trois fois sur l'emplacement où il ne serait passé qu'une, s'il n'avait semé que du grain pur. Une fois la récolte enlevée, M. de la Selle fait donner un seul labour et sème lorsque le temps est venu, une seconde fois du grain d'hiver, en y mettant la même quantité de noir. Cette deuxième récolte produit ordinairement de 30 à 35 hl.
La troisième année produit, toujours avec la même quantité de noir mêlé à la semence, une trentaine d'hl de colza ou de 6 à 8 000 kg de vesce d'hiver mêlée de seigle.
La quatrième année, on sème de l'avoine qui devient superbe et qui peut donner ayant reçu aussi du noir, de 40 à 45 hl.
On se trouve alors, au moyen de l'argent et du fumier produits par les 4 premières récoltes, en état de drainer les terres humides, de les marner et de les fumer ; de cette manière, on continuera à obtenir de ces terres d'aussi bonnes récoltes que dans les bonnes terres cultivées depuis longtemps. M. de la Selle a déjà défriché ainsi plus de 70 ha.
M. Dubreuil-Chambardel, propriétaire de la terre de Marolles, près Loches, où il vint d'établir une ferme-école, a été un des premiers à imiter M. de la Selle. Il a déjà défriché une centaine d'hectares, il ne donne que deux labours ou un piochage et un labour à ses bruyères ; il ne herse que deux fois avant et deux fois après la semaille, et quoique sa terre se trouve ainsi infiniment moins bien préparée que celle de M. de la Selle, il obtient des récoltes encore plus belles, ce qui vient de ce que M. Chambardel met 450 litres de noir au lieu de 360.
J'ai vu, cette année, chez M. Chambardel 3 ha en froment et 3 en seigle, qui produisent leur troisième récolte du même grain ; elle nous a paru encore plus belle que la deuxième récolte sur défrichement que nous venions de voir et qui était très belle. Nous avons estimé qu'une première récolte de grain méteil, qui avait été semée sur une bruyère qui n'avait reçu que deux labours et quatre hersages, devait produire de 28 à 30 hl ; la palle en avait près de 2 mètres de haut ; la récolte était très épaisse et les épis très longs et bien garnis.
M. Malingié, propriétaire de la terre de la Charmoise, près Pontlevoy, département de Loir-et-Cher, qui a établi une ferme-école il y a trois ans, a défriché cette année 100 ha de bruyères pour les emblaver de cette manière.
M. Desloges, fermier près de Manthelan, route de Tours à Preuilly, a plus de 50 ha de bruyères traitées de même, et les récoltes de froment et colza y sont admirables.
M. Lupin, au château de Loroy (Cher), ayant essayé sur 10 ha cette méthode, s'en est bien trouvé, qu'il vient d'emblaver ainsi 50 ha de bruyères défrichées.
M. Mariotte, au château de Trécy près Romorantin, après avoir essayé sur 4,5 ha, vient d'en défricher 20 autres qui ont été semés de même. Il va défricher toutes ses bruyères.
Il faut que j'ajoute que M. Mariotte ayant fait l'essai de semer sur 1 ha, 10 hl de noir animal sans le mélanger avec la semence, sur l'hectare voisin 5 hl mêlés à la semence, le froment du second hectare a été aussi beau que celui du premier. Le noir animal devra être acheté dans les grandes raffineries d'Orléans ou de Paris ; dans celles-ci, il valait cet été, 8 fr/hl, qui pèse ordinairement de 80 à 90 kg. Les cultivateurs, qui n'ont jamais défriché ou vu défricher des bruyères comme il y en a une immense étendue dans le centre de la France et en Bretagne, bruyères qui, malgré le bon sol qu'elles couvrent, peuvent encore s'acheter dans quelques endroits au-dessous de 100 fr/ha, pourront penser qu'une fois que le noir aura été employé pendant 4 ou 5 ans, ce terrain se trouvera épuisé et inerte ; ils devront se tranquilliser là-dessus, en voyant les belles récoltes que M. de la Selle obtient à la cinquième et sixième année, après avoir employé une fumure ordinaire [fumier], ou de 300 à 400 kg de guano du Pérou. J'ajouterai que j'ai défriché, il y a 25 ans [1825], des bruyères qui ont été cultivées depuis ce temps par de pauvres métayers des environs de Blois, et que cette terre continue à être infiniment meilleure que les anciennes terres de la même ferme qui l'entourent.
 

1851

ADIL Recensement, La Celle-Guenand, 1851

 

La Grarenne

DE GAULLIER de la CELLE Léon, propriétaire, maire, marié, 35 ans

DE MUSSET Joséphine Angélique, son épouse, 34 ans

DELALU Henri, secrétaire, célibataire, 25 ans

ROBIN Françoise, cuisinière, célibataire, 26 ans

CORMIER Augustin, domestique, 23 ans

 

Le Château

LE CAMUS Rosalie, veuve M. GAULLIER de la CELLE Pierre, propriétaire, 62 ans

BORDERON Marie, veuve FIOT, gagiste, 36 ans

FIOT Jules, son fils, gagiste, 14 ans

FIOT Augustine, sa fille, gagiste, 12 ans

RAMPION Virginie, femme de chambre, célibataire, 20 ans

HARAN Adélaïde, vachère, célibataire, 18 ans

DELAUNAY Joseph, gagiste, marié, 48 ans

MEUNIER Anne Modeste, sa femme, sans profession, 45 ans

DELAUNAY Modeste, leur fille, gagiste, célibataire, 21 ans

DELAUNAY Joseph, leur fils gagiste, célibataire, 11 ans

DESTOUCHES Jean, gagiste, célibataire, 24 ans

ARNOULD Basile, gagiste, célibataire, 22 ans

LÉBENOL Louis, jardinier, célibataire, 28 ans

ROBIN Louis, garde particulier, marié, 29 ans

CELLERIN Joséphine, sa femme, vivant des revenus de son mari, 23 ans

 

Bréviande

 

RAMPION Baptiste, gagiste, marié, 32 ans

BOUÉ Françoise, sa femme, gagiste, 28 ans

RAMPION Françoise, leur fille, 4 ans

RAMPION Joséphine, leur fille, 2 ans

RAMPION Louise Baptistine, leur fille, 1 an

BERGEAULT Jeanne, journalière, veuve BODIN, 34 ans

BODIN Louis, son fils, 11 ans

VASLET Jeanne, veuve BERTHELOT, journalière, 44 ans

BERTHELOT Marie, veuve BAVATEAU, journalière, 66 ans

1851

Visite de la ferme de Bréviande par la Commission de la Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire

Annales de la Société d'Agriculture Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome XXX, 1851, p. 130-186. Excursion agronomique dans le département d'Indre-et-Loire. Rapport de la commission d'examen lu dans la séance publique du 31 août 1851, par M. Bonnebault.

Bréviande.

Suivant l'ordre des pérégrinations, le domaine de Bréviande, situé à la Celle-Guenand et dirigé par le possesseur du fonds, M. de GAULLIER, a été le premier sujet de ses investigations. Composé de corps de ferme partagés, auparavant, entre plusieurs cultivateurs impuissants, son nouveau gérant, depuis leur réunion qui date de six années (1845), y a apporté des améliorations dont il recueille aujourd'hui les fruits. Au siège de l'exploitation, il a fait construire une étable, modèle dans ses dispositions : par la séparation en cellules propres à deux animaux ; par l'établissement de crèche-galeries isolantes, librement parcourues par les préposés à l'alimentation, sans avoir à redouter les mauvais instincts ; par l'attraction heureusement combinée d'ouvertures latérales et supérieures, faisant fonction de cheminées d'appel, qui permettent le trajet incessant de l'air extérieur ; par les pentes calculées du sol pour l'écoulement du purin non absorbé par la marne placé sous une abondante litière ; enfin autour de l'ensemble, par de larges corridors intérieurs rendant la surveillance et le service toujours faciles.

Dans ce logis où soixante têtes de bétail seraient à l'aise, nous avons reconnu la présence de quarante bêtes à corne, d'origine diverse ; et dans leur nombre, huit vaches, croisé suisse, d'un taureau de même issue ; la stabulation érigée en principe pendant une grand partie de l'année, peut y être pratiquée sans dangers pour les animaux et au grand profit des engrais. Dès ce moment, avec le secours des racines nutritives, on procède à l'engraissement de six bœufs et ce chiffre doit suivre la progression de cette sorte de culture.

La bergerie appropriée dans les anciens bâtiments, renferme cent moutons du pays dont on s'attache à reformer les vices, sans préjudice d'un lot réservé annuellement à la boucherie.

L'industrie porcine y trouve aussi sa place, et si l'espèce poitevine acclimatée ne se distingue pas par ses formes, elle se fait remarquer par sa fécondité et par son aptitude d'engrais. Dix sujets sont mis en loge pour être amenés à ce dernier état, et cent gorets sont vendus à l'âge de deux à trois mois, outre l'usage des verrats, au profit de la localité.

L'éducation chevaline récemment fixée par le mélange du sang poitevin nous a permis d'y voir déjà quelques élèves avec de bons caractères de ce type.

Dans le même corps de bâtiment, s'élève une grange à resserrer les récoltes, d'une élévation et d'une étendue remarquables, qui contient, en outre, une machine à battre le grain avec tarare, sur l'estampille de laquelle nous avons lu avec plaisir le nom de notre compatriote, M. CHAMPION-CHOLET, de Bléré ; un hache-paille mécanique ; un coupe-racine et un système à broyer le plâtre, mus par un manège unique. Non loin de l'habitation, un four à chaux en construction, avec le calcaire à proximité, dont les résultats d'un emploi multiple, en venant en aide aux besoins de la contrée, permettront d'apporter un amendement puissant aux terres d'une nature froide et tardive.

Après un aperçu des dispositions qui témoignent de la saine application des doctrines économiques, nous sommes allés sur le terrain, et arrivés au centre d'une surface de cent soixante hectares (160 ha), actuellement cultivés, nous avons été frappés par l'aspect de nombreuses plantations de pommiers, dits de transition, implantés de Normandie, dont les fruits convertis en cidre et en boissons, remplaceront la vigne, qui, sous cette latitude peut être inhospitalière, ne trouverait non plus d'ouvriers assez habiles et en nombre suffisant à ses exigences. Ces arbres placés en bordure utilisent merveilleusement les voies créées par la nécessité des transports, en en reproduisant la délinéation, et leur belle venue est un trait de lumière sur la composition du sol particulièrement propice à cette tribu de rosacées.

L'assolement quadriennal, en opposition avec les habitudes du lieu, dont le régime a exigé une grande force de volonté nous a présenté :

 

 1° Quarante hectares (40 ha) de blés fumés diversement ; ici, avec les engrais naturels (fumier de ferme) épandus et couverts au fur et à mesure de leur apport ; là avec le noir animal, une partie avec le guano, une autre avec les tourteaux de colza ; dans leur choix, nous avons constaté la belle situation de six hectares de blés sur guano, et plus particulièrement de six hectares de blé rouge, de 1,33 m de hauteur après défrichement, avec l'emploi du noir animal à dose de 4 hl/ha ; enfin un essai de blé sur blé dans ces dernières conditions, que nous nous bornons à mentionner par une simple improbation, son état d'infériorité justifiant assez notre opinion.

 

 2° Six hectares (6 ha) d’avoine d'hiver d'une hauteur générale d'un mètre dix centimètres ; vingt-six hectares d'avoines de mars et dix hectares de colza repiqués après blés et fumés de guano.

 

 3° Vingt-six hectares (26 ha) de prairies artificielles en sainfoin, trèfles, luzerne, vesce, choux et sept hectares de racines, betteraves et pommes de terre.

 

Enfin la création de huit hectares (8 ha) de prairies naturelles fécondées par un système d'irrigation ingénieux par sa simplicité, qui a su, en les empêchant de nuire, mettre à profit les eaux d'u étang supérieur.

 

Sur le surplus des bruyères, la charrue rende chaque année six hectares à la culture du blé, réussissant parfaitement avec le noir animal.

Quatre bœufs et six chevaux, formant trois ou cinq charrues suivant les difficultés du terrain, sont les moteurs à l'aide desquels la lande, avant peu, aura complétement disparu de cet héritage.

En somme, messieurs, dans un pays privé de ressources, déshonoré par cet abandon du sol que perpétue une rare population, la culture de M. de GAULLIER, arrivée au chiffre de trois mille cinq cent décalitres de blé (350 hl ou 260 qx), là où la production en était presque ignorée, nous est apparue comme une oasis destinée à mettre en lumière cette vérité de tous temps : qu'un travail persévérant triomphe de tous les obstacles. Honneur à lui d'en donner l'exemple, en consacrant ses loisirs et sa fortune à régénérer le pays qui l'entoure.

De là, nous nous sommes rendus à St-Flovier, sur la limite du département, où pour achever cette première journée, une heureuse confraternité nous a conduits à la charmante villa de M. de MENOU, qui applique aussi ses efforts à défricher le voile trop longtemps suspendu sur la contrée.

1852

Remise de prix par la Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire

Annales de la Société d'Agriculture Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 1852

pages 187-189

Défrichements.

Prix d'honneur : M. de GAULLIER de la CELLE. Un des premiers, le premier peut-être, M. de GAULLIER de la CELLE s'est mis résolument à l'œuvre pour féconder, sur une vaste échelle, ce sol improductif : la découverte de l'effet merveilleux et encore peu expliqué (M. BRAME a fait à ce sujet aux sociétés d'agriculture de Tours et de Lille, plusieurs communications, mais elles n'ont pas été livrées à l'impression), du noir animal, employé à faible dose, est venu en idée au courage et à la persévérance de ce cultivateur aussi hardi que distingué, et cette mise en valeur des landes, qui était autrefois une opération longue et dispendieuse, car elle exigeait pour une première récolte ans et un grand nombre de labours, ne demande plus maintenant qu'un seul labour et 3 à 4 hl de noir animal, mélangé au grain et semé avec lui. Déjà sur une étendue de 216 hectares les bruyères ont disparu devant les efforts de M. de GAULLIER, pour présenter à votre commission des céréales, du colza, des vesces fourragères dignes des terres les plus fertiles : 24 ha moins favorables à la culture ont été semés en bois. A côté d'un pain il naît un homme, a dit avec raison un célèbre économiste : Honneur donc à l'homme qui consacre sa fortune au défrichement des terres incultes, en augmentant les ressources de l'humanité ; il s'associe au travail du Créateur, il répand autour de lui l'aisance et la prospérité. Notre société est fière de compter au nombre de ses membres l'agriculteur dont nous vous entretenons ; de concert avec cette Commission, elle sera heureuse de lui offrir une médaille d'honneur. Il y a peu d'années, Messieurs, à l'occasion de la cherté des grains de 1846, quelques économistes s'alarmaient de l'accroissement de la population, et leurs calculs semblaient nous annoncer, avec une précision toute mathématique, l'instant peu éloigné où le sol de notre patrie ne pourrait plus nourrir ses enfants ; mais lorsqu'on voit, au simple appel de l'homme intelligent, les moissons abondantes remplacer des bruyères inutiles, il est permis de rassurer les populations et de leur dire que le sol de France contient encore, dans ses 9 000 000 ha de landes incultes, de nombreuses sources d'aliments, mines de richesses inexploitées et qui ne cèdent peut-être en rien aux mines d'or de la Californie. Les 60 000 ha de landes du département d'Indre-et-Loire offrent sur celles de beaucoup d'autres départements l'avantage d'un climat salubre, de débouchés avantageux, d'un défrichement facile. A un moment où le gouvernement se préoccupe de féconder la Sologne et l'Algérie, où déjà plusieurs centaines d'enfants trouvés ont été dirigés sur l'Afrique, la Société d'agriculture ne pourrait-elle pas appeler l'attention des hommes qui veillent aux destinées du pays sur nos landes de Touraine, dont la mise en valeur offrirait des difficultés moins sérieuses et des chances plus certaines de succès.

Publié dans Personnage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article