NOIR ANIMAL et DEFRICHEMENTS

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Effet spectaculaire du Noir Animal (os calcinés) à faible dose sur les cultures de céréales en sols défrichés de landes de bruyères, dans les années1840 en Indre-et-Loire. Deux pionniers, CHAMBARDEL à Genillé et GAULLIER à la Celle-Guenand, mélangeaient le Noir Animal à la semence, à raison de 450 litres/ha au lieu des 900 litres couramment utilisés. L'engrais, ainsi mieux réparti, était proche des racines des céréales. Le Noir Animal apportait le phosphore et le calcium dans les sols fortement carencés et acides. Le Noir Animal fut progressivement remplacé par les Superphosphates.

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/dubreuil-chambardel-philippe-1814-1882.html

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/09/gaullier-de-la-celle-leon-1816.html

BOULAINE Jean, Histoire de la fertilisation phosphatée 1762-1914, Etude et Gestion des Sols, Volume 13, 2, 2006, pages 129-137.

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Le NOIR ANIMAL

Vers 1820, on utilisait à Nantes un produit, nommé le "noir animal", pour la purification des sucres bruts importés des Antilles. Un industriel, Fabre, rejetait les résidus de ces filtres et observa que ces "noirs de sucrerie" étaient un engrais particulièrement efficace.

En effet, le noir animal est fabriqué par combustion d'ossements dans des fours à l'abri de l'air, il se forme du pyrophosphate qui possède une capacité d'échange très élevée. Les impuretés des sucres étant retenues par passage sur des filtres, on obtient des jus sucrés purifiés cristallisables. Le noir chargé de débris organiques riches en azote, en potasse et en plusieurs autres éléments nutritifs, s'ajoute aux composés du phosphore. Le tout est particulièrement efficace pour la nutrition des végétaux, bien que les proportions des éléments soient incontrôlables. La région de Nantes connut un développement agricole spectaculaire dans les années 1825 et suivantes (Bournigaud, 1993).

Assez vite, des commerçants peu scrupuleux vendirent de nombreuses substances de couleur noire : tourbe, charbon pulvérisé, etc. Ces escroqueries entraînèrent des réclamations auprès des autorités et le préfet de la Loire inférieure créa un laboratoire d'analyses des engrais, dont la direction fut confiée à Bobierre (1851). Par la suite, de nombreux départements créèrent à leur tour des stations agronomiques, dont la compétence s'étendit à de nombreux produits agricoles : lait, viande, terre, engrais, etc. Une législation sur l'étiquetage et l'analyse des produits mis en vente fut élaborée par la Commission nationale des Engrais de 1864.

1850

Second voyage agricole en Belgique, en Hollande et dans plusieurs départements de la France par M. le comte Conrad de Gourcy, Librairie d'agriculture de Mme Bouchard-Huzard, Paris 1850, 387 pages, Cote A238
p. 360-363
Manière économique et très profitable de défricher les bruyères.
On fait produire à une bruyère, au bout d'une année ou 18 mois au plus, du moment où le premier labour a été donné, une récolte de 20 à 25 hl en froment, méteil ou seigle, suivant le plus ou le moins de légèreté du sol défriché, en adoptant la manière d'employer le noir animal, imaginée par M. de la Selle fils, propriétaire demeurant à 12 lieues de Tours, près de la ville de Preuilly.
Il y a six ans [1844] qu'il suit cette méthode, qui lui a si bien réussi, que beaucoup de cultivateurs l'ont adoptée et qu'il y a déjà plus 100 ha de bruyères défrichées d'après cette méthode, près de chez lui.
Voici comment procède M. de la Selle : il fait piocher à tranche ouverte la bruyère, après en avoir fait faucher la surface pour litière, ou l'avoir fait brûler, en y mettant le feu par un temps sec. Ce piochage coûte dans ce pays, aux époques où les travailleurs ne sont pas employés à la fenaison ou moisson, 60 fr/ha. Il fait ensuite réduire ce grossier piochage au moyen de herses armées de coutres et à coup de rouleau. En septembre, on donne un labour assez profond pour amener de la terre sur les gazons qui n'ont pu être réduits entièrement ; on herse encore un couple de fois, et puis on sème le grain, mêlé aussi bien que possible avec 360 litres de noir animal bien pulvérisé. Afin de répandre également [uniformément] sur le champ la semence et le noir, il fait passer le semeur trois fois sur l'emplacement où il ne serait passé qu'une, s'il n'avait semé que du grain pur. Une fois la récolte enlevée, M. de la Selle fait donner un seul labour et sème lorsque le temps est venu, une seconde fois du grain d'hiver, en y mettant la même quantité de noir. Cette deuxième récolte produit ordinairement de 30 à 35 hl.
La troisième année produit, toujours avec la même quantité de noir mêlé à la semence, une trentaine d'hl de colza ou de 6 à 8 000 kg de vesce d'hiver mêlée de seigle.
La quatrième année, on sème de l'avoine qui devient superbe et qui peut donner ayant reçu aussi du noir, de 40 à 45 hl.
On se trouve alors, au moyen de l'argent et du fumier produits par les 4 premières récoltes, en état de drainer les terres humides, de les marner et de les fumer ; de cette manière, on continuera à obtenir de ces terres d'aussi bonnes récoltes que dans les bonnes terres cultivées depuis longtemps. M. de la Selle a déjà défriché ainsi plus de 70 ha.
M. Dubreuil-Chambardel, propriétaire de la terre de Marolles, près Loches, où il vint d'établir une ferme-école, a été un des premiers à imiter M. de la Selle. Il a déjà défriché une centaine d'hectares, il ne donne que deux labours ou un piochage et un labour à ses bruyères ; il ne herse que deux fois avant et deux fois après la semaille, et quoique sa terre se trouve ainsi infiniment moins bien préparée que celle de M. de la Selle, il obtient des récoltes encore plus belles, ce qui vient de ce que M. Chambardel met 450 litres de noir au lieu de 360.
J'ai vu, cette année, chez M. Chambardel 3 ha en froment et 3 en seigle, qui produisent leur troisième récolte du même grain ; elle nous a paru encore plus belle que la deuxième récolte sur défrichement que nous venions de voir et qui était très belle. Nous avons estimé qu'une première récolte de grain méteil, qui avait été semée sur une bruyère qui n'avait reçu que deux labours et quatre hersages, devait produire de 28 à 30 hl ; la palle en avait près de 2 mètres de haut ; la récolte était très épaisse et les épis très longs et bien garnis.
M. Malingié, propriétaire de la terre de la Charmoise, près Pontlevoy, département de Loir-et-Cher, qui a établi une ferme-école il y a trois ans, a défriché cette année 100 ha de bruyères pour les emblaver de cette manière.
M. Desloges, fermier près de Manthelan, route de Tours à Preuilly, a plus de 50 ha de bruyères traitées de même, et les récoltes de froment et colza y sont admirables.
M. Lupin, au château de Loroy (Cher), ayant essayé sur 10 ha cette méthode, s'en est bien trouvé, qu'il vient d'emblaver ainsi 50 ha de bruyères défrichées.
M. Mariotte, au château de Trécy près Romorantin, après avoir essayé sur 4,5 ha, vient d'en défricher 20 autres qui ont été semés de même. Il va défricher toutes ses bruyères.
Il faut que j'ajoute que M. Mariotte ayant fait l'essai de semer sur 1 ha, 10 hl de noir animal sans le mélanger avec la semence, sur l'hectare voisin 5 hl mêlés à la semence, le froment du second hectare a été aussi beau que celui du premier. Le noir animal devra être acheté dans les grandes raffineries d'Orléans ou de Paris ; dans celles-ci, il valait cet été, 8 fr/hl, qui pèse ordinairement de 80 à 90 kg. Les cultivateurs, qui n'ont jamais défriché ou vu défricher des bruyères comme il y en a une immense étendue dans le centre de la France et en Bretagne, bruyères qui, malgré le bon sol qu'elles couvrent, peuvent encore s'acheter dans quelques endroits au-dessous de 100 fr/ha, pourront penser qu'une fois que le noir aura été employé pendant 4 ou 5 ans, ce terrain se trouvera épuisé et inerte ; ils devront se tranquilliser là-dessus, en voyant les belles récoltes que M. de la Selle obtient à la cinquième et sixième année, après avoir employé une fumure ordinaire [fumier], ou de 300 à 400 kg de guano du Pérou. J'ajouterai que j'ai défriché, il y a 25 ans [1825], des bruyères qui ont été cultivées depuis ce temps par de pauvres métayers des environs de Blois, et que cette terre continue à être infiniment meilleure que les anciennes terres de la même ferme qui l'entourent.
 

1851

Journal d’Indre-et-Loire, Samedi 26 juillet 1851 (cette publicité parût durant plusieurs semaines de 1851), Archives municipales de Tours, cote 121C36

NOIR ANIMAL pour engrais

Résidus de la raffinerie CHAVANNES et Ce, d’Orléans

Le succès du Noir animal résidu de raffinerie, sur les défrichements de bois, de landes et bruyères, est établi désormais d’une manière si irrécusable que c’est un véritable service rendre à l’agriculture que d’en recommander l’emploi. Mais un plus grand service encore à lui rendre, est de mettre à sa disposition des noirs dont la pureté et la quantité sont garanties, par le seul fait de leur origine.

Depuis plusieurs années j’ai été chargé du dépôt des noirs provenant de la raffinerie de M. B. CHAVANNES Jeune et Ce, d’Orléans. Tous ceux qui en ont employé en ont été tellement satisfaits que je puis me permettre d’invoquer publiquement leurs témoignages.

Pour ne parler que de quelques noms, parmi les plus connus, je crois pouvoir citer ceux de MM. Malingié (1) et de Goury (de Gourcy) (2), dans la Loir-et-Cher ; dans l’Indre-et-Loire, MM. Luce de Tremont, Delaville-Leroulx.

Il est complètement avéré maintenant qu’avec une dose de cinq hectolitres par hectares, on obtient dès la première année sur des bruyères ou broussailles grossièrement défrichées, des résultats qui paraîtront fabuleux, c’est-à-dire 25 à 30 hectolitres à l’hectare de colza ou autant de froment. Plusieurs récoltes semblables peuvent être obtenues consécutivement, quoiqu’en réduisant chaque fois la quantité de Noir employé.

Le mode d’opérer est parfaitement simple ; il est décrit dans un petit ouvrage de M. Dubreuil-Chambardel (3), propriétaire à Genillé, près Loches. Je donnerai d’ailleurs au besoin tous les renseignements à cet égard.

M. B. CHAVANNES Jne et Ce m’ont autorisé cette année à réduire le prix de leur Noir 9 fr. l’hectolitre pris d’Orléans ou 10 fr. rendu à Tours.

J’engage MM. Les cultivateurs qui désirent s’assurer leur fourniture, à ne pas tarder à me faire connaître leurs besoins prévus pour la campagne actuelle.

  1.     COIGNARD

Représentant de commerce, 8, place de l’Archevêché à Tours.

 

(1) Edouard Malingié

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/malingie-edouard-1799-1852.html

(2) Comte Conrad de Gourcy

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/08/de-gourcy-comte-conrad-1790-1869.html

(3) Philippe Dubreuil-Chambardel

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/dubreuil-chambardel-philippe-1814-1882.html

 

 


Autres sources bibliographiques

 

WIKIPEDIA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Noir_animal

ANONYME, Emploi du Noir animal, Annales Société Agriculture Indre-et-Loire. 1830,  p. 205-210.

BARRAL Jean-Augustin, L'empirisme des engrais, Journal d'Agriculture pratique et de Jardinage, 1850, p. 125-127 et 202-203

PUVIS Marc-Antoine, (Président de la société d'émulation de l'Ain), Emploi du Noir Animal dans les défrichements, Journal d'Agriculture pratique et de Jardinage, 1850  p. 204-209.

BOULAINE Jean, Histoire de la fertilité des sols français. Mémoire de l'Académie des Sciences Arts et Belles-Lettres de Touraine, 1994. p. 69-89

BOURNIGAUD René. 1993, Le développement agricole au XIXe siècle en Loire-Atlantique. Thèse de droit. 685 pages, plus annexes, Université de Nantes.

DUBREUIL-CHAMBARDEL Jacques-Philippe, Exposé des résultats obtenus à Marolles, commune de Genillé (Indre-et-Loire), sur des défrichements de landes et bruyères, par l'emploi du noir animal à petite dose et mêlé à la semence, Notice sur l'exploitation de Marolles, Paris, impr. d'agriculture et d'horticulture Bouchard-Huzard, 1849, 31 p. Archives départementales d'Indre-et-Loire, cote 8°BH 1528

 

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