LA CHÈVRE DE RACE ALPINE

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Alpine et Saannen
Alpine et Saannen
Alpine et Saannen

Alpine et Saannen

1955

Création du Livre Généalogique Alpin (LGA)

regroupant la sélection de la

chèvre Alpine

et de la

chèvre Saanen

« sous forme d’association » 

GOAT-BOOK ALPIN

 

Source : Le schéma de sélection caprine : son histoire et son évolution www.deux-sevres.chambagri.fr/fileadmin/publication/CA79/19_Production_Animales/Evolution_des_objectifs_de_selection_JEAN_LUC_BONNET.pdf

1912

Les animaux de la ferme. LES RACES OVINES PORCINES ET CAPRINES, Librairie Agricole de la Maison Rustique, 26 rue Jacob Paris (VIe), 1912

Les notices ayant trait aux "Races caprines" sont extraites des articles si instructifs que M. Crépin a bien voulu adresser au même journal.

Extrait : p. 86-90

LA CHÈVRE DES ALPES

Les tentatives faites en Suisse pour fixer les plus belles variétés de la race alpine ont donné des résultats appréciables, mais il y a encore fort à faire dans cet ordre d'idées.

Le type le plus connu et le plus apprécié de la race, est la chèvre de Saanen sélectionnée. Pour valoir 80 francs à 100 francs que demande l'éleveur pour un sujet, il faut que l'animal présente les caractères suivants :

Avoir la tête fine, de même que la face et le museau ; le front large ; le mufle, la langue et les muqueuses de la bouche, couleur chair ; les yeux, d'une teinte jaunâtre ; le regard est doux, les cils sont blancs. L'encolure est gracile ; le corps allongé ; l’échine relativement droite ; la croupe, en pente douce, est développée ; la poitrine est large et profonde : les reins amples ; l’écusson bien marqué. Les mamelles doivent être volumineuses, donnant à la palpation avant la traite l’impression d’une glande et non pas d’une masse de chair : peu importe qu’elles soient globuleuses ou allongées ; de même pour les trayons ; il est indifférent qu’ils soient longs ou petits.

La chèvre de Saanen est la plus grande de la Suisse, avec celle de Gruyère ; son développement est très rapide et elle atteint de bonne heure une taille de 78 à 93 centimètres avec un poids de 70 à 90 kg. La longueur du corps de la tête à la racine de la queue, est chez la chèvre de 1,15 à 1,20 m.

Sa robe varie du blanc neige a blanc crème. Ses onglons sont jaunâtres. Son poil est ras, mais s’allonge souvent tan soit peu sur le milieu du dos et sur les cuisses. Les oreilles sont fines, mais quelquefois un peu lourdes.

Chez le bouc, qui dépasse quelquefois 1 mètre au garrot, les poils sont plus longs et plus serrés et cachent une partie de l’avant-train. La face, empreinte du masque de la brutalité, par suite de la procidence du frontal et de la saillie des molaires, est toujours entouré d’un épais collier de barbes.

Sans être aussi robuste que les autres variétés suisses, la chèvre de Saanen ou de Gessenay, vit à l’aise sur les montagnes ; toutefois le séjour de la plaine lui convient mieux, et, bien soignée à l’étable, elle donne abondamment du lait.

Dans le district de Gessenay, où l’on élève particulièrement cette variété caprine, tout animal qui porte de longs poils est déprécié. Il est de même des animaux pourvus de cornes ; mais nous nous garderions bien de suivre les Suisses dans cette fantaisie déraisonnable. La chèvre est en principe un animal cornu comme la vache ; l’absence de cornes est une anomalie plus accentuée chez certaines races que chez d’autres, mais nous sommes maintenant certains qu’il n’existe aucune race caprine au monde absolument dépourvue de cet ornement frontal qui constitue même le seul moyen de défense naturelle à la disposition de l’espèce. Du reste, il y a beaucoup de personnes qui préfèrent la chèvre à cornes à celle qui n’en a pas.

Les cornes n’exercent aucune espèce d’influence sur la valeur laitière d’une chèvre, et deux sujets sans cornes produisent souvent des petits cornus. On peut observer ce cas au Jardin d’Acclimatation, où le troupeau de Toggenbourg authentiques est suitée de chevreaux généralement cornus.

Que l’on fasse du snobisme pour des bêtes de luxe, cela se comprend, mais quand il s’agit d’animaux d’utilité, il ne faut s’arrêter qu’aux caractères qui dénotent l’aptitude recherchée. Nous demanderons, en outre, la perfection des formes et la vigueur de l’individu. Il est, en effet, fâcheux, et regrettable, de voir sacrifier 70 % des chevrettes à cornes admirablement bien constituées pour devenir d’excellents laitières, et retenir pour l’élevage le petit nombre de chevrettes qui n’ont souvent d’autres qualités que d’avoir le front exempt de l’appendice cornu, et la couleur spéciale que l’éleveur s’est mis en tête de recommander au public.

En tout cas, si l’on veut arriver, par des accouplements d’animaux « mottes », à constituer des races de chèvres rigoureusement sans cornes, il faudra de nombreuses années encore de sélection, bien que les cornes soient déjà en régression chez la chèvre dans l’état actuel de son évolution.

C’est là du moins le sentiment de nos naturalistes, mais comment expliquent-ils alors la fréquence des chèvres à quatre cornes ? Si c’est un simple phénomène, il démontrerait tout au moins que le principe qui pousse à la formation de la matière cornée possède encore une certaine vitalité.

La variété alpine qui tient le premier rang après la Saanen, dans la faveur du public, c’est la Toggenbourg. Elle est très répandue dans le canton de Saint-Gall, mais surtout dans la vallée de Toggenbourg où elle a pris naissance et qui lui a donné son nom. Elle parait issue d’un ancien croisement de la chèvre d’Appenzell et de la chamoisée des Alpes qui est des plus répandues en Suisse.

Elle possède un cachet tout particulier et qui ne manque pas de plaire aux amateurs. Son manteau est brun clair, et deux bandes grisâtres ao claires longent les régions latérales de la tête (joues). Le front et le chanfrein sont brun clair. L’intérieur et le bord des oreilles sont également garnis de poils grisâtres, mais aux jambes, ce poil est très soyeux et gris clair jusqu’au-dessus du genou. La partie intérieure des cuisses est également grisâtre et blanche. A l’origine, de chaque côté de la queue qui est liserée de gris on remarque deux taches de la même nuance. Les onglons sont souvent jaune clair. Le corps est recouvert en entier de poils courts et fins, à l’exception du dos et des cuisses où ce poil est demi long. Chez le bouc, il est plus long et tombe sur les épaules. La barbe du bouc est aussi plus développée ; la chèvre en a peu. Les longs poils du dos sont brun foncé.

La chèvre de Toggenbourg est de taille moyenne (70 à 80 centimètres au garrot), mais elle est généralement plus légère que celle de Saanen. Ses formes sont régulières, elle a le dos droit ; la croupe, très développée ; les côtes bien arrondies ; les membres, relativement longs avec de bons aplombs ; la mamelle est développée avec des trayons réguliers.

Cette chèvre est estimée dans le Grand-Duché de Bade, en Saxe er en Bavière où il s’en exporte le plus ; les animaux atteignent des prix élevés, et les beaux sujets se paient 80 et 90 francs. Cette variété caprine a été également importée en Angleterre sous le patronage de la British Goat Society et remporte tous les ans de grands succès dans les expositions d’animaux de ferme.

Une chèvre très recommandable en Suisse pour sa beauté et ses qualités laitières, c’est celle de la Gruyère. Dans cette région, la proportion de chèvres à cornes augmente sensiblement. La chèvre de Gruyère sélectionnée doit répondre au type suivant : Poil ras, roux-marron sur les flancs, le cou et les oreilles ; la face doit être entièrement noire, de même que l’épine dorsale, le ventre et les jambes. Cette couleur est fort jolie ; malheureusement, les animaux qui répondent exactement à la précédente description sont très rares, car on ne les rencontre que dans la proportion de dix à quinze pour cent.

Toutes les variétés que nous venons de décrire sont considérées en Suisse comme des races fixées et propres à la région helvétique. Nous faisons à cet égard des réserves, attendu que nous trouvons dans notre cheptel français des sujets identiques à ceux que la Suisse commence à sélectionner avec le plus grand soin. La Schwartzhals (Cou-noir) du Haut-Valais, est la seule chèvre alpine que nous ne rencontrions que rarement dans les Alpes françaises ; mais par contre, il ne nous a pas été donné de voir en Suisse nos magnifiques Cous-clairs (Cous-jaunes et Cous-blancs), de la Tarentaise et de la Maurienne, qui sont, à notre avis, la plus belle variété alpine qui existe, par le brillant de sa robe, la finesse de ses formes, l’harmonie de ses proportions. Voici le portrait de ce joli caprin essentiellement français : La tête, le cou, la partie antérieurs du troc et des jambes, sont d’un beau jaune safran ou tirant sur le gris ; sur tout le reste du corps s’étale un manteau noir brillant, dont le contraste est du plus bel effet ; deux raies noires sur la face descendent chacune du point d’implantation du cornet auditif et viennent s’étaler aux commissures labiales.

Indépendamment de ces variété qui nous frappé parce qu’elles présentent quelques caractères nettement distinctifs, il en existe d’autres dans toutes les Alpes qui mériteraient de retenir l’attention et qui pourraient servir à constituer des races hors ligne : mais il faut, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, tout attendre de la sélection judicieuse qui, dans un troupeau de cent têtes par exemple, sait choisir avec discernement les trois ou quatre sujets d’élite et éliminer de leur descendance tous les individus qui tendraient à s’éloigner du type proposé.

D’ailleurs, les chèvres alpines sont généralement bonnes laitières. Après la mise-bas qui a lieu surtout au printemps, parce que de temps immémorial elles ont été entraînées à produire dans ces conditions pour satisfaire à des besoins industriels déterminés, elles donnent en moyenne quatre litre de lait ; cependant il n’est pas rare de voir certaines d’entre elles en donner cinq ou six, exceptionnellement sept ou huit, après la parturition.

Ces chèvres, bien soignées, peuvent conserver leur lactation sans la renouveler par une nouvelle gestation, pendant deux, trois, et même plusieurs années successives. Tous les ans cependant, le lait diminue vers l’automne et baisse de moitié durant le froid d’hiver. Vers le printemps, la montée du lait se fait à nouveau, de sorte que la chèvre redevient susceptible de donner un produit presque égal à celui qu’o obtiendrait d’une fraîche laitière. Tous ces faits ont été rigoureusement vérifiés par notre propre expérience.

Il est rare cependant qu’on laisse les chèvres plus de deux ou trois ans sans leur permettre de renouveler leur lactation par une nouvelle mise-bas. Dans ces conditions, le lait baisse sensiblement à partir du quatrième mois de gestation, c’est-à-dire un mois avant la parturition, et dès lors il est bon de laisser la laitière tarir d’elle-même.

Quant à la longévité de la chèvre, elle paraît très grande. On cite en Suisse, dans la Haute-Sarine, l’exemple d’une chèvre laitière de vingt-sept ans qui produisit jusqu’à sa mort. Le temps nous a manqué pour vérifier jusqu’à quel âge cet animal donne son plein produit, mais il est généralement admis qu’il ne décline que vers l’âge de 16 à 17 ans. Il est bien certain que nous n’envisageons pas pour le moment la chèvre comme bête de boucherie : à ce point de vue, nous lui appliquerions la règle admise pour le mouton.

Enfin, les bonnes chèvres alpines, bien adaptées à leur milieu d’existence, donnent en moyenne de 800 à 1200 litres de lait par an. Il faut naturellement, pour obtenir ce résultat, qu’elles soient très copieusement nourries et reçoivent une alimentation très substantielle. Un bon appétit est à cet égard également indispensable. On ne saurait trop répéter que la chèvre, représentant en zootechnie, selon sa race, le sixième ou le huitième d’une vache, rapporte, lorsqu’elle reçoit de bons soins, un produit incomparablement plus abondant, toute proportion gardée, que celui fourni par la vache.

On a publié dans un grand journal d’élevage étranger que c’est la chèvre Cachemir qui procure le lait aux fruitiers du Mont-d’Or lyonnais. Or, rien n’est moins exact. La vérité c’est qu’au commencement du siècle, les gens du Mont-d’Or, qui fabriquaient depuis plus de 300 ans un excellent fromage de chèvre dont la réputation était alors universelle, se sont avisé de faire mieux que d’exploiter seulement les produits lactés de leurs animaux en ajoutant à leur industrie celle du poil de chèvre. A cet effet, ils ont fait venir d’Asie-Mineure un certain nombre de boucs d’Angora qu’ils ont croisé avec leurs excellentes chèvres indigènes, qui étaient purement et simplement une très belle variété alpine. Les croisements, poursuivis sur une grande échelle, ont donné des résultats désastreux. Les métis obtenus avaient bien de longs poils, mais leur toison, comme dans tous mes métissages, manquait de consistance et de solidité ; de plus, ces sujet abâtardis avant pour la plupart perdu les qualités laitières que possédaient leurs auteurs. Ces chèvres étaient devenues aussi médiocres laitières que l’Angora, et cela à telles enseignes que les fromagers du Mont’d’Or ont dû demander à la vache un appoint en lait, devenu de plus en plus important.

En effet, pendant qu’en Suisse, la population caprine affirmait sa valeur et s’accroissait de 150 000 individus en moins de vingt ans, le cheptel caprin du Mont-d’Or entrait en décadence : il était de 18 000 têtes en 1830 ; c’est à peine aujourd’hui si on trouverait 1 200 sujet au maximum. Est-ce à dire que la chèvre, comparée à la vache, a dû céder le pas à cette dernière comme animal moins productif ? Certes non, mais le Mont-d’Or a suivi le mouvement général et a appliqué à la seule espèce bovine les méthodes savantes d’amélioration, sans songer un instant que l’espèce caprine aurait pu également en faire son profit. Le résultat de cette pratique est que le fromage de chèvre du Mont-d’Or est aujourd’hui avec du lait de vache, qu’il a perdu la saveur, la finesse, et les autres qualités qui le faisaient tant estimer par nos pères, et qu’il ne subsiste plus aujourd’hui que sur une réputation coutumière, factice et usurpée. Les vieux fruitiers du pays, remonteraient volontiers le courant ; mais ins ne savent plus où trouver leurs bonnes chèvres d’autrefois, bien qu’ils aient conservé la recette du bon fromage.

L’intérêt qui s’attache tout particulièrement à l’élevage et à la propagation de la chèvre alpine résulte, en dehors de l’abondance de son lait, de ce fait qu’elle est remarquablement douée pour l’allaitement des jeunes enfants. Son lait, léger et modifiable selon la nature de l’alimentation de la bête laitière, est absolument approprié à l’usage des nourrissons qu’une circonstance quelconque aurait privés du sein maternel.

Il peut en outre être converti en kéfir authentique et répondre sous cette forme aux exigences des organismes les plus débiles et les plus délicats.

Pour les lecteurs ce mot kéfir serait encore inconnu, nous croyons devoir leur apprendre que ce produit est du lait qu’une fermentation spéciale a porté à son maximum de digestibilité ; il est d’un usage courant en médecine dans certaines formes et d’affections gastro-intestinales de l’adulte et de l’enfant.

La semence de ce produit lacté, appelé dans son pays de provenance « grains ou millet du Prophète », nous vient du versant nord du Caucase, où les paysans tartares, les Karatchwtzy, préparent depuis longtemps, avec le lait de leurs chèvres, une boisson fermentée sous l’action d’une levure spéciale qu’ils appellent Keifir (de Keïf, délice).

Il n’est pas sans importance d’ajouter que sous l’influence du kéfir, le lait de chèvre, grâce à la divisibilité et la digestibilité de sa caséine, reste parfaitement homogène, fluide et léger, conditions que l’on n’obtient jamais avec le lait de vache, à moins de recourir à des procédés de laboratoire qui amoindrissent la valeur nutritive du lait. Le kéfir rend le lait de chèvre gazeux, acidulé et légèrement parfumé. La façon dont le kéfir se comporte dans le lait de chèvre montre qu’il trouve dans ce lait son véritable élément.

Publié dans Documentation

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Georges JOUVE 24/12/2020 19:28

Merci pour le lien vers nos pages.
Cordialement
Pour l'association FERME.