RICHARD Michel (1825-?)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Michel RICHARD
Né en 1825
Propriétaire agriculteur sur la ferme des Noëls à Perrusson (Indre-et-Loire), depuis 1859
Epoux de Louise GASNIER

1866

ADIL Recensement PERRUSSON 1866, p. 24

RICHARD Michel, propriétaire, 41 ans
GASNIER Louise, sa femme, 40 ans
RICHARD Gabrielle, leur fille, 9 ans
GABITTER Pierre, domestique, célibataire, 24 ans
MARCHAND Marie, domestique, célibataire, 25 ans
FINEAU Elisabeth, domestique, célibataire, 26 ans

1866

 

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres d'Indre-et-Loire. 1866. p.348-354. Visite aux exploitations. Rapport au nom de la commission présenté par M. FENNEBRESQUE (vice-président de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire, Ingénieur agricole de Grignon).

 

Depuis environ sept ans, M. RICHARD s'est fixé dans sa propriété des Noëls, commune de Perrusson, près Loches, et il lui a consacré ses loisirs. La culture défectueuse du milieu où il se trouvait placé l'avait frappé, et il voulut travailler dans un sens plus raisonné et plus méthodique dans le but de faire marche de front la production et l'amélioration. Les premiers travaux qui marquèrent le début des opérations de cet agriculteur furent le défrichement des landes qui complètent les 40 hectares soumis aux appréciations de la Commission. Le terrain des Noëls est généralement de nature alumino-siliceuse. Il repose sur un sous-sol compact et conserve l'eau pendant une partie de la mauvaise saison. L'infertilité de ce sol et ses défauts ont déterminé M. RICHARD à diriger toutes ses forces sur les portions les moins productives au lieu de rechercher dans les plus riches les moyens de féconder économiquement les conquêtes qu'il avait faites sur des bruyères séculaires. Cette faute, qui n'en est une que pour celui qui ne dispose pas d'un puissant capital, a retardé la réalisation des procédés dont la Commission a pu constater l'application. Imbu des meilleurs principes agricoles et convaincu qu'une exploitation, quelque modeste qu'elle soit, ne peut fonctionner régulièrement qu'en agissant d'après un plan mûri et sagement conçu, M. RICHARD a adopté un assolement de cinq ans qui comprend les plantes sarclées avec fumure, l'avoine, l'orge, et autres menues récoltes de printemps, une jachère, un blé, et enfin le trèfle clôt cette rotation dont le mérite est d'être appropriée à un sol qui, avec quelques avances et un peu de temps encore, se montrera capable de répondre aux sollicitations d'une culture habilement combine et qui tend à devenir plus intensive. En effet, sur cinq années, il n'y a que quatre récoltes prélevées sur le sol. Une jachère est intercalée entre les deux céréales, et enfin sur ces quatre cultures, deux sont consacrées aux grains et les deux autres sont attribuées à la production fourragère. Les plantes sarclées sont représentées principalement par les betteraves qui servent à l'entretien d'un troupeau de 72 brebis et moutons et de 5 vaches. Le grand espacement des lignes de ces racines offre l'avantage de rendre les binages, toujours si couteux et si difficiles où il y a pénurie de bras, praticables avec les instruments que la mécanique met avec tant de prodigalité à la disposition des cultivateurs. M. RICHARD a su, sous ce rapport, fair choix de bineurs et buteurs qui se recommandent ainsi que ses charrues par la précision de leur travail et leur solidité. Autant la jachère est blâmable dans l'assolement triennal, autant on doit l'approuver quand elle occupe une place utile, qu'elle a un but déterminé. Entre deux céréales qui favorisent la multiplication des mauvaises herbes, elle a la mission de faciliter leur destruction. Les conséquences d'un tel agencement cultural, d'une telle succession de plantes, sont faciles à prévoir, et elles se font remarquer aux Noëls par la beauté des céréales, leur régularité et leur netteté. Ce propriétaire-cultivateur ne se borne pas, il est vrai, aux fumures que lui fournissent ses étables, il a recours, et tout prouve qu'il a raison, aux phosphates fossiles qui, à l'avantage d'un prix modéré (5 à 6 fr. les 100 kg), ont celui d'introduire dans ce sol qui, comme tous ceux appartenant à l'étage tertiaire en sont dépourvus, des éléments calcaires et phosphoriques que l'on attendrait vainement de l'atmosphère. Le phosphate est indispensable à la formation du grain, comme la silice l'est au développement de la tige et à son maintien. Presque tous les sols contiennent de la silice, mais le phosphore, ce pain des plantes, fait souvent défaut, ou ne se rencontre que sous une forme inassimilable. C'est à son absence qu'il faut attribuer l'aspect languissant et chlorotique des végétaux, l'envahissement de la rouille et autres affections maladives. Les cendres de blé renferment 95% de phosphate ; c'est donc à cette céréale que doit être principalement appliqué cet engrais indigène qui n'a contre lui que de n'être pas connu. L'Angleterre emploie, depuis un certain nombre d'années déjà, le phosphate fossile sous forme de coprolithes (excréments pétrifiés ou plutôt débris de reptiles et de poissons antédiluviens, de fragments d'os, d'écailles, de poils, etc., que les convulsions du globe ont enfouis dans le sein de la terre. etc.), et cet engrais minéral est considéré comme devant jouer un rôle décisif dans le travail de la fertilisation du sol. Son usage, de même que celui du guano, aidèrent grandement les cultivateurs de cette contrée à braver le temps de crise qui a succédé la réforme douanière et à surmonter le découragement qui s'était emparé de tous les esprits. La découverte des phosphates fossiles est, suivant le rapporteur de la Commission de l'enquête sur les engrais, une découverte providentielle (Rapport adressé au nom de la Commission des engrais à M. le ministre de l'Agriculture par M. Dumas, sénateur), et pour justifier cette appréciation, il suffit de rappeler que le sol en France a besoin chaque année d'une restitution de phosphate de chaux qui atteint presque deux millions de tonnes, abstraction faite des localités qui en sont pourvus. C'est seulement à la dose de 300 kg/ha que M. RICHARD applique le phosphate, lorsqu'il serait nécessaire d'en porter la quantité à au moins 500 kg en moyenne pour obtenir des effets plus significatifs. Les bâtiments de cette exploitation ont été aussi l'objet de quelques heureuses dispositions qui ont été particulièrement appliquées à la bergerie et à la porcherie. La Commission propose qu'une médaille d'argent soit offerte à M. RICHARD, à titre d'encouragement, et comme témoignage de son approbation dans les améliorations qu'il a su introduire dans sa ferme des Noëls en procédant avec lenteur, mais en ne déviant pas de la ligne qu'il s'était tracé pour résister aux enivrantes séductions d'une culture inappropriée et plus fantaisiste que raisonnée.

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