THOMASSIN Charles (1782-?)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Charles THOMASSIN

Né en 1782

Propriétaire fermier cultivateur à Nouans-les-Fontaines (canton de Montrésor)

Originaire du département de l'Eure

Habite la Touraine depuis 1836

Exploite une ferme de 42 ha à Nouans-les-Fontaines depuis 1838

1848

Concours agricole du département d'Indre-et-Loire

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres d'Indre-et-Loire. 1848.

p. 95

Prix, Cultures, 1er prix pour le meilleur succès de la culture des plantes fourragères. M. THOMASSIN, fermier-cultivateur, commune de Nouans, 75 francs

p. 150-157

CONCOURS 1848

Rapport sur l'exploitation de M. THOMASSIN, cultivateur à Nouans, canton de Montrésor, arrondissement de Loches.

M. THOMASSIN, cultivateur, et longtemps fermier dans le département de l'Eure, habite la Touraine depuis 12 ans (1836), et depuis 10, il exploite une petite ferme à Nouans, composée de 42 ha de terres, dont 3,5 ha en pré et 5 ha en friches, en nombreuses parcelles situées autour et à chaque distance du bourg même de Nouans. Ce terrain, sur les pentes et les plateaux voisins des trois ruisseaux qui se réunissent près de cette commune, est un composé d'argile et de silice, mélangé de silex, superposé aux couches marneuses gisant à peu de profondeur ; il est généralement maigre et, comme tout le pays, cultivé depuis des siècles à l'aide de l'ariau à fer de lance, sans coutre à versoir. Cette propriété d'un fermage de 600 francs n'avait pas offert de grandes ressources aux fermiers précédents, mais entre les mains d'un homme ayant les connaissances de l'art agricole, elle pouvait servir de base à une exploitation susceptible de prendre un certain développement ; en effet, une route départementale venait d'être créée de Blois au Blanc, et un certain nombre de petits propriétaires possédaient des terres exploitées à partage de fruits par divers fermiers voisins ; M. THOMASSIN, pour se fixer dans cette localité, conçut l'idée d'y établir un relai de poste et de réunir à son exploitation les terres qui seraient à sa convenance. Ce plan d'établissement fût aussitôt exécuté, un brevet de maître de poste fut obtenu, afin d'utilise les attelages et d'y trouver un avantage supplémentaire au début de cette exploitation. M. THOMASSIN reconnut tout d'abord que des cultures soignées avec un bon instrument et une fumure moins exiguë, devait avoir des résultats heureux ; la production abondante du fumier était donc là, comme partout, la condition du succès ; la poste devait bien y pourvoir en partie, mais il était facile de comprendre que les fourrages obtenus sur les prés de la petite ferme seraient fort loin de suffire à l'entretien des animaux de trait indispensables et du bétail de rente nécessaire ; là était bien la difficulté qu'il fallait résoudre d'une manière économique et cependant certaine : voyons comment ce but a été atteint, ce sera le moyen d'apprécier la capacité du cultivateur et du chef d'établissement, dans une position fixée. A cette époque, les récoltes en blés et avoines, les seuls demandés aux sols, étaient assez chétives, à moins d'une année particulièrement favorable, dans laquelle le cultivateur trouvait, dans les circonstances atmosphériques, tous les avantages désirables, au lieu des difficultés habituelles ; il fallait donc obtenir nécessairement des produits supérieurs sur un sol d'une qualité évidemment inférieure. Le seul moyen d'y parvenir sûrement et économiquement ne pouvait se trouver que dans une abondante production fourragère.

C'est aussi cette culture qui fut adoptée par M. THOMASSIN, au moyen d'un assolement libre de 6 à 7 ans, se rapprochant suivant les convenances de la relation suivantes :

1ère année, blé ;

2e, avoine ;

3e, 4e, 5e, herbages ;

6e, jachères ;

renfermant une division par quart de toutes les terres. Quelques portions de terres, prises dans le quart en herbages, sont plantés en pommes de terre, notamment après un trèfle de deux ans.

Les herbages sont :

1° le trèfle rouge durant deux ans ;

2° la cuinette, deux ans :

3° le trèfle incarnat d'un an de durée ;

4° le trèfle blanc durant trois ans ;

5° et le sainfoin durant sept ans.

Les labours sont donnés au versoir pour la première culture des jachères et les autres à la charrue de pays, avec ornes ou sillons, pour le blé ; pour l'avoine, la culture unique est donnée au versoir en planches larges. Les terres ne sont pas hersées après labours, parce que M. THOMASSIN a remarqué que les hersages pulvérisaient trop la terre et la rendaient plus susceptibles de recevoir les impressions défavorables de la température ; il conserve par ce moyen la terre en mottes, pour éviter en partie l'inconvénient des terres battantes, en termes de pratique. La fumure est d'un mètre cube à deux mètres cubes par boisselée de pays, ou neuf à douze voitures par hectare. Les instruments de culture sont : la charrue de Brabant avec sabot, versoir en fonte, construction Bomes de Contres ; herse triangulaire de fer pour préparer les semailles d'avoine ; herse bataille pour couvrir les semailles d'avoine, et déchaumer les blé coupés rez-terre, aussitôt après l'enlèvement de la récolte, soit pour trèfle incarnat, soit pour préparation des terres destinées aux avoines. On sait que cette herse produit l'effet énergique de l'extirpateur. Les animaux de trait sont 5 chevaux formant l'attelage de deux charrues, deux et trois par charrue ; 4 pour la herse bataille ; 2 et 3 pour la herse, suivant le besoin. Dix à quinze vaches consomment les fourrages suivant leur abondance ; continuellement nourries au pâturage, d'avril en novembre, pour l'engraissement, elles sont vendues depuis juillet, à mesure qu'elles atteignent un état convenable. C'est ainsi que ces animaux peuvent payer une rente satisfaisante, et qu'habituellement un capital de 800 francs, prix d'achat, s'élève souvent au-delà du double à la vente, en produisant un rapport de 45 à 52 francs par hectare, pour une valeur locative de 9 à 10 francs tout en améliorant le sol graduellement. L'exploitation primitive, composée de 42 ha dépendant de la ferme, est actuellement de 55 ha, au moyen des acquisitions personnelles de l'exploitant, outre 16,5 ha cultivés chaque année à partage de fruits avec les propriétaires. Ce système d’exploitation produit un travail supplémentaire largement rétribué par les récoltes partagées ; M. THOMASSIN se trouvant en position de choisir toujours parmi les terres qui lui sont offertes journellement, celles qui peuvent mieux répondre à ses soins ; ce qui lui permet d'imposer aux propriétaire les obligations nécessaires à son système, telles que de suivre son assolement et de semer des fourrages pour obtenir le fumier indispensable à toute amélioration. Tout propriétaire ne remplissant pas ses engagements à cet égard, étant immédiatement remercié, ce qui arrive rarement, parce que les récoltes de moitié étant peu inférieures à celles de l'exploitant, les offres de terre dépassent tous les besoins, et chaque propriétaire cultivé à moitié est intéressé à faire le nécessaire pour obtenir des produits plus élevés que ceux obtenus précédemment. Il est résulté que ce système de culture ce fait capital très remarquable, que toutes les récoltes de blé et avoines sont pour la presque totalité supérieures à une grande partie des terres voisines, non pas de toutes, parce que déjà plusieurs voisins cultivateurs et propriétaires sont entrés dans la même voie, mais de celles appartenant aux plus endurcis dans le culte de la routine ; et déjà les trèfles et les pâturages, qui ne se voyaient nulle part, deviennent de plus en plus une culture usuelle ; l'impulsion générale est donnée largement dans cette commune ; il y a évidemment amélioration et progrès dans un rayon partant du centre communal, qui doit s'étendre rapidement aux confins. On reconnaît facilement dans l'exploitation de M. THOMASSIN la main du praticien consommé ; partout se rencontrent de ces traces parlantes aux yeux les moins exercés ; ici se voit une prairie pérenne établie sur des terres en plaine, dont la culture n'était pas profitable et qui donne un foin abondant et nutritif ; la se trouve un défrichement de pré naturel opéré dans un but d'amélioration ; une culture de quelques années, avec fumure abondante et marnage complet, donne d'excellentes récoltes auxquelles succède un semis de graines de foin qui rétablit immédiatement le pré dans son état primitif, avec une production supérieure de plantes fourragère choisie. Les semences sont employées sur cette exploitation dans les proportions suivantes : Blé, 120 litres/ha ; Avoine, 160 l/ha, Trèfle rouge, 7 à 8 kg/ha ; Trèfle blanc 6 kg/ha ; Trèfle incarnat, 18 kg/ha, semés avant la 1à août, donnent un pâturage pour le 10 avril ; Cuinette, 12 kg/ha ; Graines de foin épurée, 375 kg/ha. Les produits sont, en moyenne, de 12 à 13 hl/ha de blé, et de 18 à 19 hl/ha d'avoine. Les récoltes de l'année en blés et avoines sont généralement belles, même celles faites à partage de fruits. Le but de M. THOMASSIN étant d'obtenir une abondante production de fumier, nous en avons trouvé une preuve de plus en voie d'exécution. Un trèfle incarnat de trouvant en excédant fut destiné à un enfouissement en vert, mais la sécheresse n'ayant pas permis d'opérer à temps, il ne voulut pas que la destination fût changée ; la coupe étant nécessaire, il fit établir sur place deux grandes meules de compost formées de plusieurs couches de fourrage, avec couches de chaux vive alternativement et couches de fumier pailleux intercalées, dans la proportion de 7,5 hl de chaux pour 2 voitures de trèfle de 400 kg chacune, et 3 m3 du fumier. L'établissement du chemin de fer du Centre avec embranchement par Châteauroux ayant réduit à néant le relais de poste, une modification des conditions de l'exploitation devenait nécessaire, pour occuper attelages et personnel de culture ; aussi M. THOMASSIN prit-il aussitôt le transport des pierres destinées à la route départementale de Saint-Aignan à Châtillon, ce qui lui donne un produit brut de 12000 francs par an. C'est ainsi que partout se révèle l'intelligence de l'homme placé à la tête de cet établissement, qui, entre les mains d'un autre, n'eût été qu'insignifiant et chétif, comme tant d'autre placés dans les mêmes conditions., sur tout le territoire cantonal de cette partie du département, dont la situation générale est connue ; mais qui, dirigé par un homme possédant des connaissances spéciales et une capacité supérieure, a su tirer part de toutes les circonstances, introduire un système de culture des plus avancés sur des terrains maigres et secs qui produit d'abondants fourrages, des fumiers suffisants, des bêtes à l'engrais et en définitive une occupation lucrative, au milieu d'un pays privé généralement de tous ces avantages et dont la culture arriérée n'offre partout que stériles travaux, sans aucun bénéfice pour l'exploitant ;et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'ici ce n'est pas un grand propriétaire disposant d'un capital considérable, produisant des récoltes abondantes, sans se rendre compte du prix de revient ou qui fait de grandes dépenses rendues productives, grâce à la complaisance du compte des améliorations foncières, mais bien un simple fermier, qui, avec des moyens restreints, obtient des résultats fructueux et ne fait pas une seule dépense sans être certain du remboursement de ses avances avec un intérêt suffisant pour rémunérer son travail et ses soins. C'est donc une exploitation hors ligne, qui peut être citée comme modèle à suivre, et qu'il serait à désirer de voir imiter non seulement dans les environs, mais encore dans tout le département, car elle offrait des résultats encore plus avantageux partout où les circonstances seraient moins favorables.

16 juillet 1848

BRETON (Dalembert), membre de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, propriétaire à la Gitonnière, commune de Genillé) : http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/04/breton.html

 

1851

ADIL Recensement, Nouans-les-Fontaines, 1851, p. 2

THOMASSIN Charles, propriétaire fermier cultivateur, 69 ans, veuf
THOMASSIN Charles Alexandre, propriétaire fermier cultivateur, son fils, célibataire, 34 ans
BARATAULT Pierre, domestique laboureur, marié, 28 ans
LEBLANC Marguerite, femme de Baratault, domestique, 33 ans
BÉGUIN Jacques, domestique, célibataire, 22 ans
LUCAS Jean, domestique, clibataire, 22 ans
BOUGAULT Marie, cuisinière, célibataire, 38 ans

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