ÉTAT DE l’AGRICULTURE EN TOURAINE AU XIXe SIÈCLE

Publié le par histoire-agriculture-touraine

LEVEEL Pierre, HISTOIRE DE TOURAINE ET D'INDRE-ET-LOIRE. Edité par C.L.D - 1988. 991 p.

p. 684-687
2. LA VIE RURALE EN INDRE-ET-LOIRE
La vie rurale en Indre-et-Loire resta très traditionnelle pendant la plus grande partie du XIXe siècle. Durant ce "demi-siècle d'incertitudes" (P. Bois, 1972) qui commence en 1815, malgré une longue paix réparatrice, les campagnes d'Indre-et-Loire sont loin de progresser aussi vite que celles des départements de l'Ouest qui bénéficiaient de "l'essor agricole des Bocages". Sans négliger les rapports officiels qui fournissent la base de la statistique, une appréciation globale de l'agriculture tourangelle nous est donnée par plusieurs contemporains de la Monarchie censitaire proches des réalités terriennes, fort apte à en tirer des enseignements. Une communication, lue à l'Académie des Sciences le 7 janvier 1828, dresse comme le bilan agricole de l'Indre-et-Loire avant le départ de la "branche aînée" (A. Duvau, 1828) (1). Ce tourangeau réagit à une étude statistique de Charles Dupin (2) qui avait dressé la "carte de civilisation des départements français : "J'ai vu ce pays, qui est le mien, marqué de la teinte la plus obscure." Il entend redresser, au moins partiellement, cette appréciation peu flatteuse. Sur les quelques 613 000 hectares de l'Indre-et-Loire, les terres labourables comptaient alors pour 312 000 ; si l'on y ajoute les vignes (38 000 hectares) et les prés (43 000 hectares), cela fait près des 2/3 de la surface départementale immédiatement utilisable pour la culture et l'élevage ; les bois couvraient alors 80 000 hectares entrant dans l'économie générale ; seules les "bruyères", landes et terres vagues, avec 98 000 hectares, en paraissaient exclues bien qu'elles ne soient pas inutiles, et pour l'équilibre naturel, et pour la population paysanne habituée depuis des siècles à trouver là des ressources complémentaires. Comme tous les témoins de cette époque, l'auteur a tendance à noircir le sort des gens des "hauteurs" (plateaux) et à enjoliver celui des gens des "vallons", habitant au bord des rivières et ruisseaux importants. Sur les plateaux l'assolement est triennal : 1. - seigle ou méteil, quelquefois froment ; 2. - avoine, sarrazin ou pommes de terre "que, depuis quelques années on y cultive en grand" ; 3. - "la fatale jachère". Peu de fumier, bestiaux rares, animaux chétifs, habitations malsaines. Propriétés "trop concentrées" (les grands domaines sont de règle sur nos plateaux), mais en même temps, fermes de médiocre étendue et sans outillage : "Dans leur détresse et pour payer d'abord leur médiocre fermage (les ruraux) ont recours à l'une des plus funestes ressources, aux charrois, perdant ainsi une partie de leur fumier, usant leurs charrettes, épuisant leurs attelages et surtout ruinant leur santé." Toujours sur les plateaux le bois "fournit un des articles de commerce intérieur." L'auteur a quelque honte de l'étendue des landes, s'empressant de noter que des communes ont entrepris certains défrichements, au aussi plusieurs grands propriétaires : "MM. de Champchevrier (3) ont signalé les 20 à 25 dernières années par des défrichements successifs. Depuis plus longtemps encore MM. de Beaumont (4) en exécutent de très considérables. Enfin, M. le duc de Chevreuse, MM. de Puységur (5), Bacot (6), de la Ville-le-Roux (7) et autres se distinguent par un zèle également honorable." Plus de jachère, semis de pins dans la 4e année sont de bons progrès ; mais faut-il, comme l'a tenté Thomas Standhope-Holland (8), acquéreur en 1815 des 4 801 hectares du domaine de Château-la-Vallière, "introduire les procédés, les machines, etc. de l'agriculture anglaise" ? A. Duvau trouve tout cela prématuré : "Peut-on, dans un pays où les fermes sont si peu considérables, proposer l'emploi de machines à des pauvres agriculteurs qui ont déjà tant de peine à se munir du nécessaire ?" En contraste, le sol des "vallons" est facile à travailler, "tellement léger qu'un homme de 18 ans peut faire toutes les façons avec un seul cheval ; quelques parties se cultivent à la bêche". Suit une liste flatteuse des produits de ces "vallons" : 'On y rencontre des prairies, toutes céréales, les pommes de terre, les navets, le chanvre, le lin, les haricots blancs, les petits pois, la vesce, le maïs, les citrouilles, les melons, tous les légumes, la réglisse, le fenu-grec, l'anis, la coriandre (ces quatre dernières plantes dans quelques paroisses seulement), la vigne même dont les produits au reste sont, comme on le pense bien, moins estimés que ceux des coteaux... Dans les vallons l'œil cherche en vain un petit coin de terre sans culture ou sans utilité quelconque pour le propriétaire. Je n'ai pas besoin d'ajouter que les terres labourables ne s'y reposent jamais." Le département est depuis peu, en 1828, exportateur de céréales et de foin ; mais les prairies artificielles ne sont pas encore suffisantes. La viticulture "va toujours en augmentant" ; la récolte de 1827 est évaluée à 240 000 pièces de vin pour le département ; un quart va vers Paris et vers les Pays-Bas "où l'on communique à ces vins de qualités bonnes ou mauvaises dont les vendeurs sont innocents...". La culture de la vigne "alimente" (fait vivre) environ un quart de la population, c'est-à-dire 70 à 71 000 individus". La culture du chanvre "réussit d'une manière extraordinaire mais, mais presque exclusivement, du moins en grand, dans quelques communes du bassin de la Loire, l'Indre et la Vienne, au-dessous du confluent actuel du Cher". Ce n'était pas une ressource ancienne, puisque "l'introduction de la graine de chanvre en Touraine est due à M. Alexandre Odart (9) qui en fit venir du Piémont, il y a environ 20 ans [1808], et cela au prix coûtant. Ce comte Odart est surtout connu pour ses études sur les divers cépages de vigne en son domaine de la Dorée (Esvres), et le grand succès de son Ampélographie universelle parue à Tours en 1841. Le chanvre, surtout vers Bréhémont était alors "d'une grande importance pour les petits propriétaires... qui font les nombreuses façons eux-mêmes, leurs enfants ou domestiques, tant mâles que femelles". La toile de chanvre du Piémont "est d'une qualité fort inférieure à celle qui est fabriquée avec le chanvre du pays, mais le chanvre du Piémont donne une récolte beaucoup plus abondante" destinée surtout à la fabrique de cordages et de toiles à voile d'Angers. En arboriculture, sont alors tout spécialement cultivés avec succès : le Prunier de Sainte-Catherine qui permet la préparation de 600 000 livres de pruneaux "de Tours", presque exclusivement dans l'arrondissement de Chinon. Le Noyer donne d'abord "l'huile de noix, la seule qui soit employée par le peuple et sur la plupart des tables des classes moyennes" ; sa culture produit environ 320 000 décalitres de noix par an. Le Peuplier d'Italie est venu suppléer aux espèces meilleures qui manquaient : il s'est singulièrement propagé depuis 20 ans". Arbre des "vallons, où le peuplier se trouve établi en culture régulière, ou autour des terres". C'est donc depuis l'Empire que s'est façonné le paysage de nombreux ruisseaux du département dont le tracé reste encore aujourd'hui souligné par des rangées de peupliers (prochaines victimes hélas, des gros engins et d'une "rectification trop stricte de cours d'eau). Quant au Mûrier, en grand déclin dès avant la Révolution, "les autorités en encouragent et favorisent la plantation ; tous les ans, la pépinière départementale en distribue gratuitement aux propriétaires 15 à 20 000 pieds". Il allait falloir attendre la Monarchie de Juillet pour que le Département se lasse de subventionner la très hasardeuse production de soie tourangelle. Dix ans après [1838] ce premier "statisticien", un autre grand propriétaire, maire de La Guerche-sur-Creuse, a les mêmes préoccupations qu'il faut appeler physiocratiques avec la hantise des terres en friches ; de plus, il aurait souhaité, comme sur les sols riches du nord du royaume, une sorte d'agriculture industrielle : Qu'est-ce qu'une ferme bien dirigée, essentiellement productive, soit en Flandre, en Alsace ou en Picardie, sinon une société en commandite, entre le propriétaire livrant des capitaux et le fermier les utilisant avec intelligence ? Dans la Touraine, cette association intelligente n'a pas eu lieu..." (R.C. de Croy,1838) (10) . "Pas de charrues, point de herses, de rouleaux, de binoirs, de sarcloirs... aucune tentative d'amélioration dans l'espèce ou la quantité des engrais, les principes d'assolements, l'économie de la main-d’œuvre au moyen des forces mécaniques, enfin dans les genres de débouchés les plus avantageux." L'auteur rappelle qu'il fut longtemps président du comice agricole de l'arrondissement de Loches : il déplore qu'on y fasse encore usage de l'araire "espèce de pieu ferré d'origine égyptienne, c'est-à-dire datant de la naissance du monde, qui sert non seulement à ouvrir la terre, à la préparer, mais encore à couvrir les semences". Le pessimisme du comte Raoul-Claude de Croy s'applique donc d'abord au Lochois ; il y salue pourtant avec plaisir "le grand nombre d'usines établies dans cette circonscription depuis quelques années, qui a fait faire des progrès sensibles à l'agriculture". Ce membre éminent de la Société d'Agriculture, Sciences et Belles-Lettres de Tours connaît manifestement moins bien l'arrondissement de Chinon, lequel, "plus fertile, mieux situé, possède aussi une agriculture plus perfectionne", mais toutefois manque de routes et de ponts sur la Loire. La poésie remplace la statistique pour décrire l'arrondissement de Tours et surtout la vallée de la Loire "terre promise à l'homme, mère généreuse qui répond à ses soins". Apprécions le charme du style quand M. de Croy veut décrire nos vins : les coteaux de Bourgueil "sont connus pour leurs vins délicats, parfumés, lorsque l'âge est venu les mûrir'. Voici "les coteaux de Vouvray, de Saint-Avertin et du Cher dont les produits légers, pétillants, utiles sont recherchés dans la capitale et jusque dans les pays étrangers...".


(1) DUVAU Auguste, dit DUVAU DE LA FARINIÈRE (1771-1831), traducteur, critique, biographe et naturaliste, membre associé de de Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire (1828-1831). 
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017 (p. 201-203)


(2) DUPIN Charles (1784-1873), mathématicien, ingénieur, économiste et homme politique français.
Carte figurative de l'instruction populaire de la France, en 1826
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Dupin

(3) DE CHAMPCHEVRIER, (René de la Rüe du Can, baron de Champchevrier) maire de Cléré-les-Pins (1807-1846). Propriétaire.

(4) DE BEAUMONT (le comte Charles BEAUMONT), membre du conseil général et de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire.

(5) DE PUYSÉGUR (le comte Jacques Ladislas de CHASTENET de PUYSÉGUR, 1787-1844) propriétaire du château de Beugny à Saint-Benoît-la-Forêt (canton de Chinon). Président du comice agricole de l’arrondissement de Chinon en 1821, membre du Conseil général, maire de Saint-Benoît-la-Forêt.

(6) BACOT, (Claude-René BACOT DE ROMAND, 1782-1853), Homme politique et naturaliste. Membre de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire, il participe à l’élaboration de la Flore d’Indre-et-Loire (1832). Propriétaire à Vernou (Indre-et-Loire), préfet d’Indre-et-Loire en 1814.
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017. (p. 68)

(7) DE LA VILLE-LE-ROUX (Laurent Justinien DEALVILLE-LE-ROULX, 1782-1861, Propriétaire du domaine de la Guéritaulde (commune de Veigné), conseiller général, membre de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire.
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017. (p. 173)
http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/03/delaville-le-roulx-laurent-1782-1861.html

(8) STANDHOPE-HOLLAND Thomas, Industriel anglais, qui met en valeur entre 1815 et- 1824, de domaine (1 292 ha) du Vivier-des-Landes (commune de Courcelles-de-Touraine, canton Château-la-Vallière, département d'Indre-et-Loire).
http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/08/institut-agricole-du-vivier-des-landes-indre-et-loire.html

(9) ODART (le comte) Alexandre-Pierre
http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/odart-alexandre-pierre-1778-1866.html
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017. (p. 322-323)


(10) DE CROΫ André Rodolphe Claude François Siméon, dit Raoul de (Comte) (1802-1879).
Polymathe ; membre de de Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire ; propriétaire du château de la Guerche (canton de Descartes)
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017. (p. 160)

 

 

1807

Annuaire du département d'Indre-et-Loire pour l'an 1807.
p. 219-220


AGRICULTURE.
Presqu'aucun département n'offre une agriculture aussi variée. On y cultive la vigne, le bled, l'orge, l'avoine, le seigle, le maïs, le millet, le chanvre, la réglisse, la coriandre, les haricots. Cependant il offre une vaste étendue de landes, et les bords du Cher et de l'Indre présentent des endroits marécageux. On y voit encore peu de prairies artificielles. Les moutons d'Espagne [Mérinos] commencent à s'y introduire. Aux deux superbes troupeaux de Crémille et de Chanteloup, dont il a été parlé les années précédentes, il faut en ajouter un troisième, dont ce département est redevable à la munificence de M. le général Menou, commandant général du ci-devant Piémont, et que M. le Préfet a confié pour 6 ans, à partir du premier avril 1807, aux soins de M. Aubry, conseiller de préfecture, et agronome très éclairé. M. de Menou, frère du général de ce nom, possède aussi un troupeau de même espèce dans sa terre de Boussay. Ces établissements ne sont pas seulement utiles par leurs produits immédiats, ils sont encore très précieux pour les facilités qu'ils procurent, et dont plusieurs particuliers s'empressent de profiter, pour l'amélioration des laines communes, par le croisement des races.
La poudrette, engrais tiré des matières fécales desséchées, est en usage depuis quelques années dans ce département. Il y en a près de Tours un dépôt assez considérable.
Les environs de Tours ont été de tout temps renommés pour le jardinage. Ils approvisionnent la plus grande partie du département, de légumes et de plants de légumes, qui font la matière d'un commerce très actif. A ce genre de productions, s'est jointe depuis une trentaine d'années, la culture des arbres en grand ; et plusieurs jardiniers de la ville, très intelligents, ont établi des pépinières qui rivalisent avec celles d'Orléans. Mais comme leur industrie se porte principalement sur les arbres fruitiers, le préfet s'est occupé de procurer au département les ressources qui lui manquaient en arbres forestiers, et il y a pourvu par l'établissement de deux pépinières nationales, l'une à Tours, dans l'enclos de la préfecture, l'autre à Loches, dans celui des Viantaises. La première, surtout est uniquement consacrée à l'espèce d'arbres dont on vient de parler.
 

1810

Annuaire du département d'Indre-et-Loire, pour l'an 1810.
p. 213-214

AGRICULTURE
Le département d'Indre-et-Loire, ainsi que l'ancienne province de Touraine qu'il remplace en partie, avait passé pour le jardin de la France. Cette dénomination, plus gracieuse que réelle, plus agréable et peut-être plus onéreuse que profitable, n'est pas tout à fait fondée. Il a autrefois abondé en pommiers et pruniers du côté de Chinon, Sainte-Catherine, etc. Il a, depuis la Ville-aux-Dames jusqu'à Bourgueil, ce qu'on appelle une coulée de terres de varennes favorables aux légumes, comme pois, haricots, lentilles, fèves, etc., aux herbes et racines potagères, comme céleri, cardons, carottes, betteraves, navets, topinambours, pommes de terre ; aux graines, comme anis, coriandre, millet ; aux plantes textiles, comme chanvre, lin ; enfin, à quelques autres plantes utiles, comme réglisse, l'angélique de Bohême, le maïs, le melon, la citrouille, le concombre, etc. ; mais cette position est si peu de chose en comparaison des vastes landes et bruyères dont est couverte presque toute la partie septentrionale, que l'on ne peut s'empêcher de regarder cette dénomination comme véritablement usurpée.
Les prairies artificielles, si l'on entend par là les verdures qui entrent dans l'assolement des terres pour replacer les jachères, y sont à peu-près inconnues. Si au contraire on veut entendre par prairies artificielles la culture de toutes les espèces de plantes fourragères, comme sainfoin, luzerne, trèfle, même navets, pommes de terre, vesce, etc., il faut avouer que depuis quelques années elles ont beaucoup gagné dans le département.
Non seulement les beaux troupeaux de M. le comte Chaptal, à Chanteloup ; de M. Aubry-Patas, à Saint-Antoine ; de M. Arthuis, à Charnizay ; de M. de Menou à Boussay peuplent les campagnes de Mérinos et d'excellentes bêtes métisses ; mais encore dans l'environnement de leurs propriétés les espèces se perfectionnent par le mélange des races qui s'opère au moyen des béliers métis que presque tous les cultivateurs s'empressent de se procurer.
Les terres de varennes, si propres aux cultures dont nous avons parlé, le sont encore aux semis et aux pépinières, et depuis une trentaine d'années, le département a encore gagné par l'établissement de beaucoup de jardins de pépiniéristes, dont les arbres sont bien préférables pour nous à ceux de l'Orléanais, par la différence de l'éloignement, toujours funeste en pareil cas.
D'après des renseignements pris en 1808, sur la situation agricole du département, on estime qu'il s'y trouve environ 36 000 hectares de vigne.
On y cultive environ 25 000 pieds de mûriers.
On y compte environ 750 moulins à farine, presque tous à eau.
On y trouve environ 24 000 chevaux ou juments, 18 000 bœufs, 50 000 vaches, 1 800 mulets et mules, 10 000 ânes et ânesses, et 200 000 têtes de bêtes à laine.
 

1813

Fin du Premier Empire

Source : ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DU DÉPARTEMENT D'INDRE ET LOIRE. Tome II. 1822

Ce mémoire, envoyé en 1813 à la Société d’agriculture de Tours par M. Bérard aîné, négociant, et membre de la Société royale des arts du Mans (1)

p. 25-29

Le département d’Indre-et-Loire (la ci-devant Touraine) est un des plus beaux pays du monde et des plus favorisés de la nature ; la beauté de ses vallées, la douceur de sa température, les rivières qui l’arrosent, en font un séjour délicieux. Cependant cette partie intéressant du royaume est loin de profiter des avantages de sa position, de son climat, de son sol, de ses rivières, et sa culture est susceptible d’immenses améliorations. En effet, on ne peut concevoir l’apathie qui, jusqu’à présent, a entretenu autant l’insouciance parmi les propriétaires. (2).

La belle vallée de la Loire, quoique cultivée avec beaucoup de soins et donnant de grands bénéfices, peut cependant voir doubler, tripler son produit par les arrosements. Les avantages des irrigations sont si connus que je n’ai pas besoin d’une nouvelle discussion pour les prouver. Je pourrais faire une longue énumération de pays enrichis par ce moyen. Je me contenterai d’en citer quelques-uns. La Lombardie leur doit la majeure partie de sa prospérité. L’ingénieur Crapone, de Salon, a su métamorphoser une partie des déserts qui sont entre sa patrie et Arles, par le moyen d’un canal qu’il a tiré de la Durance, en un pays des plus fertiles de France. La partie du Crau, non arrosée, n’offre aux regards attristés du voyageur qu’une plaine immense, unie, aride, pierreuse et sans culture ; la partie arrosée donne toutes espèces de récoltes. La luzerne se coupe sept à huit fois par an, les prés naturels trois fois. Le chanvre, le froment, donnent des produits inouïs. Il faut avoir parcouru ces contrées pour croire ces merveilles.

La vallée de la Loire (3) suffisamment inclinée, peut s’arroser presque sans frais, sans machines hydrauliques, en prenant soin de dévier un peu haut les eaux du fleuve, pour la partie quelconque que l’on veut arroser.

Le Cher est bordé de prairies immenses qui, reposant sur un sol un peu sablonneux, n’offrent plus, après la faux, quand l’été est sec, que le spectacle d’un désert aride, sans un brin de verdure. Cette vallée, arrosée, donnera aisément deux récoltes de foin et un bon pacage. Les vallées des autres rivières peuvent également s’arroser avec un peu plus, un peu moins de facilité ; mais c’est la vallée du Cher, et surtout celle de la Loire, qui, demandant moins de dépenses, donneront de plus grands bénéfices.

Le grand mobile de la végétation est l’eau et la chaleur sagement combinées. Après avoir montré la nécessité des arrosements pour les parties qui en ont besoin, il est inutile de faire sentir celui des dessèchements pour les parties basses ; La Loire et le Cher ayant beaucoup de pente, il est très facile d’en dessécher les parties marécageuses. L’Indre a moins de pente ; les moulins qui sont sur son cours font souvent gonfler l’eau qui inonde les prairies, rend le sol froid et en diminue la valeur. On pourrait prendre des moyens très simples, peu dispendieux, pour remédier à ces inconvénients sans léser les propriétaires de moulins.

On peut diviser la Touraine en plusieurs bassins ou vallées, et en grands plateaux élevés qui séparent les rivières. Le sol des vallées, composé de terres d’alluvion, est presque partout fertile et bien cultivé ; mais celui des hauts plateaux est généralement argileux, plat, mouillant, mal cultivé, et donne de faibles produits. Il est cependant susceptible de grandes améliorations. Il faut donner de l’égout aux terres en creusant des fossés de distance en distance pour l’écoulement des eaux. On trouve sous presque toutes ces terres de la marne, et la marne vaut mieux que les mines du Potosi.

On trouve encore en Touraine cet immense banc de falun ; je ne l’envisage ici qu’en cultivateur, et c’est un trésor inestimable (4).

Les terres argileuses, marnées ou falunées, ayant reçu de l’écoulement pour les eaux, tripleront, quadrupleront leurs moissons. Il faudrait aussi changer le cours des récoltes, alterner les céréales et les prairies artificielles, les plantes traçantes et les plantes pivotantes. L’avantage des prairies artificielles est trop connu pour exiger d’éternelles répétitions relativement à leurs produits.

Les bournais (5), marnés, donneront du trèfle ; les sols pierreux, du sainfoin ; les vallées arrosées, des luzernes. Le plâtre peut encore venir augmenter les produits des fourrages. Ainsi, la Touraine qui manque de bestiaux, pourra élever, nourrir d’innombrables troupeaux, qui donneront à leur tour une masse immense d’engrais propres à fertiliser les terres et à augmenter de plus en plus les produits. Il ne faut que les premiers frais, un premier effort pour entrer dans un cercle de prospérités toujours croissantes.

Écrivant pour des agriculteurs consommés, je n’ai pas besoin d’entrer dans de plus grands détails, il ne faut que les mettre sur la voie. Je vais encore esquisser quelques améliorations dont la Touraine est susceptible.

Le mûrier fait une partie intéressante de la culture de ce pays. On devrait multiplier les plantations de cet arbre précieux. J’ai vu dans le Milanais et sur les rives de la Durance, qu’on le bague (greffe) avec la variété du mûrier rose qui donne des feuilles plus succulentes. Le mûrier effeuillé a besoin d’être taillé plus souvent ; on ne fait que couper les branches tous les cinq à six ans ; dans les basses Cévennes, principalement à Saint-Hippolyte, Anduze, Alais, on taille avec intelligence cet arbre, après qu’on l’a dépouillé de ses feuilles, et il rapporte tous les ans. C’est le seul canton où je l’ai vu bien soigné.

Le noyer réussit dans les sols secs, pierreux, sur la craie, on devrait en augmenter les plantations. Cet arbre se bague aussi ; le pommier réussirait dans les sols argileux, et fournirait aux agriculteurs une boisson fortifiantes pour soutenir les fatigues de la culture.

On désirerait aussi voir augmenter les plantations du prunier, dont le fruit délicieux va orner les tables du Nord. C’est une branche intéressant d’exportation qu’on pourrait améliorer.

Les vignobles qui couvrent principalement les collines qui longent la Loire et le Cher, donnent de bons vins ; mais on pourrait, je crois, en augmenter la qualité, par le choix des cépages, et faire des essais de ceux des pays éloignés.

Les mérinos commencent à prospérer en Touraine. Pour réussir, le mouton a besoin d’avoir le pied sec. Les sols secs et brûlants n’offrent plus de pâture pendant l’été ; l’hiver, les sols mouillants donnent la pourriture. Ne pourrait-on pas alterner le pacage des troupeaux, les faire passer l’hiver sur les sols pierreux, sablonneux et calcaires ; l’été, sur les sols argileux et profonds ?

La Touraine offre encore des landes ou bruyères immenses, et c’est une des meilleures spéculations agricoles que leur défrichement. Ne pourrait-on pas mettre en céréales toutes les parties où il y a de la marne ; en bois, celles où il n’y en a point ; convertir en étangs celles qui ne peuvent se dessécher ?

Le bois est cher en Touraine. Il existe beaucoup de terres incultes, d’autres de peu de valeur, et des rivières navigables ; ce rapprochement devrait enflammer le zèle des propriétaires.

La navigation de la Loire contribue à enrichir tous les cantons qui en profitent ; mais la Loire coulant d’Orient en Occident, les bateaux ne peuvent remonter que par les vents d’ouest. Le lit du fleuve, étant large et peu profond, les bateaux manquent souvent d’eau. Les glaces viennent encore augmenter les risques des navigateurs. Avec de la dépense et un peu d’intelligence on pourrait faire un canal où la navigation ne serait point interrompue et où les bateaux ne courraient aucun risque des glaces.

Le Cher est également susceptible d’avoir un canal navigable ; mais je doute que la dépense fût couverte par les bénéfices.

L’Indre demanderait peu de travaux pour voir monter les bateaux jusqu’à Châteauroux. Les fers et bois du Berry trouveraient de grands débouchés si ces travaux étaient exécutés.

De combien d’améliorations la belle Touraine est susceptible ! Heureux et mille fois heureux, si je puis contribuer à la prospérité d’un pays cher à tous ceux qui le connaissent, et où tout se trouve réuni ; où l’aménité des mœurs, l’amabilité des hommes, les grâces et les charmes des femmes sont en harmonie avec la beauté des sites et la douceur du climat.

 

  1. Ce mémoire, envoyé en 1813 à la Société d’agriculture de Tours par M. Bérard aîné, négociant, et membre de la Société royale des arts du Mans, a été inséré en 1819 dans le tome VI des Annales de l’agriculture française, rédigées par MM. Tessier et Bosc *. Ce dernier y joint quelques notes que nous nous faisons un devoir de conserver. Les conseils que donne l’auteur de ce mémoire, et les vues qu’il y exprime, seraient susceptibles de plus de développement, et n’offrent pour la plupart, rien de très nouveau). Plus d’un cultivateur, cependant, peut le consulter avec fruit, et c’est ce qui nous a engagé à le tirer des archives de la Société pour l’insérer dans ces Annales.
  2. Les progrès qu’a faits l’agriculture pendant les neuf années qui se sont écoulées depuis l’envoi de ce mémoire, rendent l’application d’un tel reproche bien moins juste aujourd’hui qu’elle pouvait le paraître à cette époque (Note du rédacteur).
  3. Cet avantage n’est pas seulement borné à la Touraine, mais il s’étend à presque toute la vallée qu’arrose la Loire. La majeure partie des vallées des autres rivières est susceptible d’être arrosée avec un peu plus ou un peu moins de dépenses, mais toujours avec des avantages infinis (Note de l’auteur).
  4. Je ne partage pas ici entièrement l’opinion de l’auteur. Si le falun était plus superficiel, c’est-à-dire moins difficile à tirer, il serait sans doute inestimable ; mais il n’agit qu’en raison des fragments de coquilles marines dont il est en partie composé. Or, la chaux éteinte à l’air est préférable à cette matière calcaire et à toute autre, et presque partout. Voyez l’article Chaux du Nouveau Dictionnaire d’agriculture, imprimé chez Deterville (Note de M. Bosc.).
  5. Je suppose que ce sont les plateaux argileux dont il a été parlé plus haut (Note de M. Bosc.)

 

* Louis Augustin Guillaume BOSC :http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/10/bosc-louis-augustin-guillaume-1759-1828.html

Restauration

Journal d'agriculture pratique N° 3 Première année. Septembre 1837.
p. 122-126
Des causes qui ont arrêté le développement de l'agriculture en France
Extrait
p. 123
C'est à la restauration qu'il était réservé de commencer une nouvelle ère, non pas qu'elle adoptât un système préférable à celui de ses devanciers, mais par la force des circonstances. Les vieux soldats de Napoléon qui avaient parcouru l'Europe, rentrés dans leurs villages, cherchèrent à y appliquer quelques-unes des méthodes qu'ils avaient remarquées à l'étranger. Des fonctionnaires, des généraux de l'empire, dégoûtés ou repoussés des affaires, se retirèrent dans leurs domaines, et, pour occuper leurs loisirs, se mirent à cultiver. S'ils n'eussent été presque tous dénués d'instruction agricole, ils auraient changé rapidement la face de l'agriculture française. Malheureusement le peu de succès qu'eurent la plupart d'entre eux et leur manière d'exploiter firent considérer leur culture plutôt comme un passe-temps de gens riches que comme une industrie sérieuse. Cependant l'effet moral que produisit la participation de ces hommes distingués à une profession considérée jusque-là presque comme abjecte chez nous eut seul déjà de grands résultats.
Un ministre de la restauration, le duc de Cazes, contribua encore au mouvement progressif qui se faisait sentir alors dans l'industrie agricole. Doué d'un esprit supérieur et surtout d'un grand jugement, il avait entrevu, comme Sully, tout ce que la France devait attendre de richesse et de prospérité d'une agriculture. Il provoqua diverses mesure et entre autres le rétablissement des sociétés d'agriculture dans tous les chefs-lieux de département. Il était à la veille de mettre à exécution des projets plus vastes et plus efficaces encore pour l'amélioration de notre agriculture, lorsqu'il fut éloigné des affaires. etc...

par Jules BRAME

1821

Restauration

Source : ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DU DÉPARTEMENT D'INDRE ET LOIRE. Tome I. 1821


Séance publique du samedi 16 juin 1821
Rapport général par M. Pécard-Taschereau, membre du conseil général du département, de la chambre de commerce, du conseil municipal, chevalier de la Légion d'honneur, secrétaire perpétuel de la Société.


Extrait. p. 130-138
Il est incontestable que l'agriculture a fait de grands progrès en Touraine depuis 25 à 30 ans. Beaucoup de terrains incultes ont été défrichés. Dans plusieurs communes on a modifié les assolements, multiplié les prairies artificielles, augmenté le nombre de bestiaux. Nous nous sommes enrichis particulièrement de la culture du trèfle et du produit de sa graine, produit si lucratif dans les départements voisins.
Mais combien nous sommes loin encore de l'état d'amélioration dans lequel se trouvent plusieurs de ces départements ? et, sur notre propre territoire même, quelle différence ne trouve-t-on pas entre la culture de nos belles vallées, entre celle des domaines qui appartiennent à des propriétaires éclairés et industrieux, et celle de la plus grande partie de nos vastes plaines ?
Dans une foule de cantons la routine a conservé ses préjugés vicieux, et d'immenses bruyères accusent encore l'incurie et l'ignorance des propriétaires, plutôt que la pauvreté du sol. Cependant, Messieurs, tout en se plaignant de cette incurie, il peut être juste de ne pas faire des reproches trop sévères à ceux qui s'en rendent coupables. Que d'expériences ruineuses et mal dirigées n'avons-nous pas vu consommer la perte de ceux qui s'y sont livrés ? et devons-nous être étonnés qu'un simple cultivateur, à qui ses ancêtres ont légué un patrimoine qui suffisait à son existence, hésite à adopter des innovations douteuses qui compromettraient la sienne ?
C'est par les yeux qu'il faut le convaincre plutôt que par le raisonnement. Autant un exemple heureux peut influer sur les habitudes d'un peuple entier, autant et plus encore une erreur dispendieuse, un insuccès éclatant peut enraciner profondément ces habitudes vicieuses. Faites comme vos pères, si vous n'êtes pas certains de faire mieux qu'eux : voilà la leçon du sage.


Nous tâchons donc d'éviter ces tâtonnements dangereux, et nous nous attachons spécialement à mettre sur la bonne voie nos correspondants et tous les propriétaires éclairés qui nous font l'honneur de prendre part à nos travaux, bien certains qu'une fois qu'ils y seront entrés, ils y seront bientôt suivis par la foule.
Afin de faciliter nos communications avec ces propriétaires éclairés, nous avons obtenu l'autorisation et les moyens nécessaires pour rédiger une feuille agricole destinée à contenir le résumé de nos observations et de celles des sociétés qui nous sont affiliées. L'empressement qu'a mis l'administration à nous seconder en cette occasion, et la bienveillance avec laquelle on accueille le fruit de nos travaux, ont droit à nos remerciements et à nos éloges. Avant peu, pour accroître l'intérêt de cette feuille, la Société se dispose à faire l'acquisition d'une presse lithographique, à l'aide de laquelle elle pourra faire connaître les dessins des instruments aratoires.

Parmi les mémoires que nous avons déjà publiés, on a distingué spécialement celui de M. Trochu, sur le défrichement. La sagesse avec laquelle opère cet habile agronome, la méthode qui règne dans ses essais, les succès qu'ils ont obtenus doivent lui faire trouver de nombreux imitateurs.


Nous devons à notre honorable collègue, M. Aubry de la Borde, divers mémoires sur l'état et les procédés actuels de culture en Beauce, et sur celle du colza, dont il espère enrichir notre territoire. Il nous a fait connaître combien un de nos arrondissements, celui de Loches, était encore en arrière des deux autres sous le rapport agricole ; et nous avons vu avec autant de satisfaction que de reconnaissance, qu'il ne s'était pas borné à nous indiquer les moyens d'y porter d'utiles améliorations, mais qu'il les avait déjà mises en pratique dans les domaines que son gendre et son élève possède en cet arrondissement [Louis Jean Henri Desplace (1787-1845) propriétaire à Perrusson]. Il nous est permis d'espérer que ses soins seront couronnés du même succès qu'ils ont déjà obtenus, d'accord avec ceux de MM. Aubry-Patas, Maurice Giraudeau, Leroux de la Ribellerie, dans une des communes du nord de ce département, qui jadis était réputée pour une de plus infertiles, et qui passe aujourd'hui pour une des mieux cultivées.


Nous nous entretiendrons peu de nos vignobles. Le moyen d'augmenter leur produit sans nuire à la qualité, ou la qualité sans nuire au produit, est encore peu connu et serait sujet à de longues discussions. La différence du sol, de l'exposition, du climat et des plants est déjà si grande, que s'il fallait y ajouter celle qui existe entre les divers procédés usités pour la fabrication du vin, on reconnaîtrait combien il est difficile de poser, en cette matière, des principes certains et surtout de les appliquer à toutes les localités. Nous avons reçu de notre estimable collègue, M. Aubert du Petit Thouars, membre du conseil général du département et propriétaire aux environs de Chinon, un mémoire qui renferme des détails d'un haut intérêt sur son exploitation, mais qui, par la dissemblance des usages et des dénominations, est peu susceptible d'être analysé avec fruit sur les bords de la Loire. Cependant nous y avons puisé une idée utile et qui doit fixer l'attention de l'autorité supérieure, ce serait celle de faire classer et dénommer uniformément chaque espèce de vigne connue et cultivée en France. Il est à remarquer, en effet, que beaucoup de ces espèces identiques ont dans chaque pays un nom différent, et ce n'est pas un petit obstacle à ce qu'on puisse se livrer à un travail susceptible d'être compris et mis à profit [20 ans plus tard le comte Odart aura relevé le défi avec succès].


Nous avons souvent parlé de la pépinière départementale de mûriers confiées à la surveillance de la Société. Cette pépinière, dont la munificence de l'administration nous a permis de décupler l'importance reçoit annuellement 20 000 pieds qui avant peu seront distribués gratuitement à tous les propriétaires, et répartis dans les communes du département. Il n'est personne d'entre vous, Messieurs, qui ne sente combien une distribution aussi importante et qui se renouvellera tous les ans, doit influer sur la récolte des soies et en augmenter le produit. Ce produit acquerra un nouveau prix si nous parvenons à acclimater en grand la graine de vers à soie blanche, originaire de Chine, qui donne des soies si estimées. Nous devons à la sollicitude de M. le Préfet, à qui rien n'échappe de ce qui nous peut être utile, l'envoi récent d'une livre de cette graine précieuse, que nous avons distribuée à nos plus habiles verriers, qui, nous l'espérons, ne tarderont pas à en connaître et en apprécier les avantages.


M. Noël Champoiseau que nous aimerons toujours à voir marcher sur les traces de son respectable père, a uni ses efforts aux nôtres, et a distribué, de son côté, deux onces de la graine du Piémont [chanvre] qu'il avait reçu de M. Brette de Civray. On ne saurait trop recommander l'usage de cette dernière graine, dont les produits sont plus beaux et plus abondants que ceux de l'espèce qu'on élevait jadis dans nos contrées.
Nous avons reçu du Ministre de l'intérieur une nombreuse collection de plantes et graines exotiques, qui ont été confiées aux soins du jardinier de la Société. Nous les répandrons dans ce département quand elles seront acclimatées, et qu'on aura pu les comparer avec les espèces que nous cultivons habituellement.

Dans le nombre des graminées, nous avons remarqué le beau blé de Tangarock, si estimé par sa qualité et par sa fécondité, et qu'il nous serait très avantageux de naturaliser dans nos climats.
Les intempéries de l'hiver, souvent funestes à nos céréales, nous ont fait sentir la nécessité d'encourager la culture des blés de mars. Nous devons à l'amitié de M. Vilmorin l'envoi de deux espèces peu connues : le blé de Fellenberg et celui de Sicile, qui passent pour être aussi précoces que productifs. La répartition qui en a été faite entre un grand nombre de propriétaires nous mettra à même de juger s'ils méritent l'éloge qu'on en fait.


Les besoins et les vœux de la société, menacée dans une des conditions de son existence, appellent depuis longtemps l'attention des hommes éclairés sur la nécessité de régénérer nos forêts. Leur dévastation, si rapide depuis la révolution, est parvenue à un tel degré d'intensité qu'on ne peut trop s'empêcher de chercher les moyens d'y remédier. Le Gouvernement, dans son honorable sollicitude, a fait explorer les contrées les plus reculées par d'habiles naturalistes, qui nous ont rapporté des arbres précieux sous le rapport de la rapidité de leur accroissement et des avantages qu'ils promettent. Nous en avons reçu divers envois que nous nous occupons de multiplier, et qui peut-être un jour nous mettront à même d'utiliser ces nombreuses landes qui affligent encore nos regards dans quelques parties du territoire. Nos efforts pour favoriser la plantation des bois ont été et seront encore secondés, sans doute, par ces propriétaires vraiment patriotes qui, tous les jours, consacrent une partie de leur fortune à réparer les désastres causés par la hache impitoyable, sacrifice d'autant plus noble qu'il exclut toute ide d'intérêt personnel, et qu'il est fait tout entier dans l'intérêt de la famille. Nous leur payons donc ici le tribut de la gratitude publique ; c'est le plus beau prix qui soit dû à leurs travaux.


Dans l'espoir d'accélérer les progrès de l'agriculture on avait conçu et exécuté en beaucoup de pays le projet d'établir des fermes expérimentales destinées à servir à la fois d'épreuve et de modèle ; mais l'effet n'a pas répondu à l'attente générale ; ces établissements sont devenus ruineux ; dirigés souvent par des mains inhabiles, ils ont, en quelque sorte, plutôt servi à la risée qu'à l'émulation des cultivateurs. On paraît donc y avoir renoncé, et on s'accorde de toutes parts à demander qu'on les remplace par plusieurs grandes écoles disséminées sur tout le territoire de la France. Là, on professerait sur le terrain les meilleurs modes de culture ; là, de nombreux élèves viendraient puiser les lumières précieuses qu'ils rapporteraient dans les contrées qui les ont vus naître. Le bel établissement de M. de Fellenberg (1), en Suisse, nous donne la mesure des avantages qu'on retirerait d'une pareille institution. Nous avons déjà exprimé, et nous ne cesserons d'exprimer de nouveau notre vœu pour que le gouvernement prenne cette demande en sérieuse considération.


Nous ne pouvons mieux terminer ce qui est relatif à l'agriculture, en ce rapport, qu'en vous annonçant qu'elle s'est enrichie de plusieurs établissements dits de mouture économique, parmi lesquels nous distinguons celui de M. Conty (2), situé aux environs de Lahaye [Lahaye-Descartes]. Les avantages de cette mouture, à l'aide de laquelle on extrait séparément et en entier la farine la plus fine sans être confondue avec le son, et vice versa, vous sont trop connus pour que je vous les développe ici. Nous nous bornerons à dire que l'administration s'est empressée de favoriser ces utiles établissements, qui donneront une plus grande valeur à nos produits agricoles, permettront de les exporter plus loin en améliorant la fabrication du pain sans en augmenter le prix. Nous désirons qu'ils se multiplient assez pour réaliser les espérances qu'ils nous font concevoir.


Nous devons regretter que les bornes de cet exposé ne nous permettent pas de traiter ici une grande question, naguère agitée solennellement dans les chambres, celle du prix des grains, considéré sous le double rapport de l'intérêt de l'agriculture et de celui du consommateur, de l'importation ou de la prohibition des lés étrangers ; mais cette question, aussi importante que délicate, exigerait des développements trop étendus ; nous émettrons seulement le vœu que vous approuverez sans doute, celui de voir bientôt notre système agricole arrivé à un tel point de perfection que le Gouvernement entièrement rassuré sur les moyens de subsistance que notre sol doit nous offrir, puisse, sans inconvénient et dans l'avantage de tous, nous affranchie en entier du tribut que nous payons encore à l'étranger. 

Nous allons maintenant jeter un coup d'œil sur l'industrie manufacturière du département.
La fabrique de soies, la plus ancienne de toutes, se relève, mais bien lentement, des échecs terribles qu'elle a reçus par suite de la révocation de l'édit de Nantes, et plus récemment de la révolution, qui l'avait tout à fait anéantie. Ce n'est pas que nos étoffes soient moins belles, que nos fabricants soient mieux zélés, nos ouvriers moins habiles ; mais l'échelle de développement s'est bien rapetissée, et les succès isolés de quelques manufacturiers ne peuvent plus être considérés sous le même point de vue d'intérêt général qu'ils eussent offert jadis. Cet état de choses est d'autant plus fâcheux que les fabriques rivales ont acquis, à nos dépens, une importance que nous leur disputions jadis et qu'il importe essentiellement de reconquérir. Nos manufacturiers y parviendront en doublant de leurs apprentis, en variant à l'infini les objets de leur fabrication, en offrant à la mode un aliment toujours nouveau, et surtout en sachant profiter, pour la solidité et l'éclat des couleurs, des découvertes dont la chimie moderne a enrichi l'art de la teinture.
Nos belles tanneries n'ont rien perdu de leur réputation justement méritée, mais leur débouché s'est malheureusement bien restreint par suite de la consommation moins grande, de la prohibition qui frappe nos cuirs à l'entrée des pays étrangers, et enfin par la concurrence des établissements rivaux qui se sont élevés de toutes parts. Il n'est pas en notre pouvoir de faire cesser toutes ces causes d'inactivité ; mais il est certain qu'en redoublant d'efforts pour accroître l'économie de la fabrication et la beauté des produits, nous ramènerons tôt ou tard à leurs anciennes habitudes les consommateurs qui en en ont contracté de nouvelles. Il en est de même de nos manufactures de grosses draperies, qui jadis occupaient une partie de notre population dans les communes rurales des arrondissements de Tours et de Loches. L'usage des tissus de coton qui s'étend de plus en plus, l'aisance assez générale des habitants de la campagne, qui leur fait repousser les étoffes grossières dont ils se couvraient jadis, ont tout à fait anéanti cette industrie. Il est à déplorer que l'apathie et la négligence des fabricants les aient empêchés de modifier leurs produits, et de suivre la nouvelle direction que le goût du consommateur devait leur donner. Toutefois, Messieurs, si nous avons ainsi à regretter la chute et le dépérissement de plusieurs de nos anciennes manufactures, il nous est bien agréable d'avoir à vous présenter en dédommagement le tableau de celles qui s'élèvent tous les jours, et qui nous offriront peut-être bientôt une ample compensation. Nous placerons au premier rang le bel établissement que forment en ce moment MM. Roze frères, et dont tout doit nous faire présager le succès. Nous n'examinerons pas si ce sera aux dépens de telle ou telle contée qu'il prospérera ; il nous suffit de pense qu'il deviendra aussi avantageux pour cette ville qu'il est honorable pour ceux qui en ont reçu et exécuté le projet. Nous en dirons autant des filatures de laine de Loches et du Bourroux, de celle de coton de MM. Colin frères, des développements donnés à l'art de la passementerie par MM. Meauzé et Cremière, des améliorations introduites dans la fabrication des faïences, des progrès de la manufacture de limes d'Amboise, de celle de sucre de betteraves de M. le comte Chaptal [à Chanteloup, commune d'Amboise], enfin une foule de nouvelles industries dont nous nous sommes enrichis, et qui nous consoleront des pertes que nous avons éprouvées en d'autres genres.

(1) Philipp Emanuel von Fellenberg (1771-1844), pédagogue et agronome suisse, fondateur de l'établissement d'Hofwil (canton de Berne)

https://en.wikipedia.org/wiki/Hofwil

https://en.wikipedia.org/wiki/Philipp_Emanuel_von_Fellenberg

(2) Étienne Alexandre CONTY (1787-1860) ; Conseiller général du canton de Lahaye-Descartes (1833-1839)
Propriétaire, minotier, maire d’Abilly

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canton_de_Descartes

1821

Restauration (suite)

Source : ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DU DÉPARTEMENT D'INDRE ET LOIRE. Tome I. 1821
Séance du 18 juillet 1821


p. 88-89
M. Aubry de la Borde, membre associé, adresse quelques observations sur l’état actuel de la culture dans les environs de Loches, où la forme de la charrue, le mode de labourage, l’état des troupeaux et la rareté des prairies artificielles, reportent presque partout l’observateur à l’enfance de l’art. En parlant des agriculteurs qui doivent être distingués de la foule, M. Aubry recommande à la bienveillance de la Société le sieur Fortain, cultivateur à Aies-sur-Beaulieu, dont les essais méritent d’autant plus d’être encouragés, qu’il a fait beaucoup avec peu de moyens, et que sa conduite répond à son intelligence.
La Société reçoit avec non moins d’intérêt la communication d’un mémoire sur la culture du colza, par le même associé. Nous ferons connaître ces deux pièces en les insérant, au moins par extrait, dans nos prochains numéros.


p. 111-114
Observations sur l’état actuel de la culture dans l’arrondissement de Loches par M. Aubry de Laborde
Nous avons promis, dans le dernier numéro de ces Annales, des observations de M. Aubry de la Borde sur l’état actuel de la culture dans l’arrondissement de Loches. Un propriétaire des environs de cette ville nous a depuis fortement engagé à signaler la routine et les mauvaises habitudes qui continuent encore d’égarer une grande partie des cultivateurs de cet arrondissement ; et cette invitation est un nouveau motif de publier les observations que nous avons annoncées.
J’avais déjà eu l’occasion, dit l’auteur, de jeter un coup d’œil sur l’agriculture de quelques-unes des parties méridionales de notre département ; différents séjours à Loches m’ont procuré la facilité d’examiner, avec plus d’attention, celle des environs de cette ville, et je vais vous soumettre les observations que j’ai faites à ce sujet.
Les procédés de culture sont ce qui m’a frappé d’abord : point de herse, point de rouleau, point d’avant-train à la charrue, point d’oreilles (versoir), point de coutre ; le plus simple des araires que l’on connaisse depuis l’invention de l’art, voilà ce qui compose tout l’attirail aratoire d’un cultivateur du canton : deux bœufs suffisent pour traîner cet unique instrument ; le laboureur qui les dirige n’a pas besoin des secours d’un aide, rien n’est plus simple, rien n’est plus économique, et si c’est en cela que consiste la perfection, elle est ici dès longtemps au plus haut degré ; si c’est par les résultats que l’on doit en décider, l’avantage pourrait bien ne pas rester à cette méthode.
Sans entreprendre de discuter aujourd’hui cette question dont j’aurai peut-être l’honneur de vous entretenir une autre fois, si mes recherches subséquentes me donnent l’espoir de le faire d’une manière qui puisse vous intéresser, je crois devoir appeler votre attention sur un des défauts de l’espèce d’araire en usage dans ce département, défaut qui n’est pas inhérent au genre, puisqu’on ne le remarque pas dans d’autres pays, soit en France, soit à l’étranger, où cet instrument est encore en usage ; je veux parler de la difficulté de sa conduite.
On voit, non sans un sentiment de peine, et l’on pourrait ajouter presque d’humiliation, le laboureur diriger sa charrue, courbé, presque accroupi, le front et les mains à peine détachés du sol.
En recherchant la cause de cette posture, qui n’est certainement pas de choix, j’ai cru la trouver dans la forme du sep, qui, arrondi en dessous, armé d’un soc étroit et ne différant guère d’un pieu ferré, présente par là à sa conduite dans le sol duquel la partie postérieure tend sans cesse à se dégager, une résistance telle que le laboureur est obligé, pour l’y maintenir, de peser continuellement du poids de tout son corps. Cette construction nuit également à la perfection et à la commodité du travail ; et, quel qu’ancienne qu’en soit la pratique, l’intérêt autant que l’humanité en sollicite le changement.
Quoique le terrain, généralement friable et léger, réclame la culture à plat, elle est faite ici en petits sillons, ce qui présente plusieurs inconvénients.
Cette forme prête trop à l’évaporation.
Elle ne permet pas le fauchage des chaumes, et force à les arracher, ce qui est une pratique vicieuse sous plus d’un rapport.
Elle augmente les frais de récolte, car il résulte de l’expérience, qu’à Loches, où chaque moissonneur ne mène qu’un petit sillon, il faut de huit à douze hommes pour lever la récolte d’un hectare, tandis qu’on n’emploie que cinq ou six hommes au même ouvrage dans la culture à larges sillons, et trois seulement dans celle à plat, avec le secours de la faux. L’herbe, rare dans les terres dont il est ici question, n’y garnit pas la base des blés comme dans les sols humides ; on pourrait donc y faire usage du dernier procédé avec beaucoup d’avantage.
Excepté chez le petit nombre de particuliers dont j’aurai l’honneur de vous entretenir ci-après, je n’ai pas vu, de Tours à Loches, la trace d’une prairie artificielle ; nul pays cependant ne paraît en avoir plus besoin et n’y serait plus propre, suivant moi, surtout à la culture du sainfoin : il est à la vérité difficile, avec l’instrument aratoire actuel, de retourner une prairie et de rendre à la culture une terre qui a cessé d’être en labour plusieurs années de suite, cependant on peut en venir à bout, et l’exemple en est donné sur les bords de la Vienne.
Les troupeaux, dans cet arrondissement, sont rares et leur état est déplorable : aussi les produit est-il en conséquence ; cent bêtes ovines ne valent pas en capital cent écus, ne donnent au plus que cent cinquante livres d’assez mauvaise laine et de l’engrais à proportion, encore ne se donne-t-on pas la peine d’étendre sur les champs cet engrais autrement qu’en le lançant avec une fourche.
En voyant un tel état des choses, je me suis involontairement rappelé l’exclamation de cet agronome étranger sur notre territoire : Pauvre agriculture, pauvres agriculteurs ! qui, dans quelque sens qu’on la prenne, présente toujours une égale vérité.
Il existe cependant dans ce pays quelques germes d’amélioration qu’il serait avantageux de faire connaître. Je ne vous parlerai pas des essais de M. Desplaces ; ils sont encore trop nouveaux. Si le zèle et la bonne volonté suffisent, il obtiendra des succès que je lui souhaite d’autant plus, qu’étant sous les yeux de tout le monde, ils peuvent devenir utiles à tous.
M. Courtier vous a été désigné dès longtemps comme un amateur passionné d’agriculture ; j’ai appris qu’il a fait et qu’il continue chaque jour des tentatives pour sortir de l’ancienne routine ; je n’ai pas eu l’avantage de voir le résultat de ses expériences. Mais je dois vous citer M. Fortain, demeurant aux Aies-sur-Beaulieu, près Loches, qui depuis plusieurs années, et avec des moyens assez bornés dans le principe, travaille par lui-même, avec autant de zèle et d’activité que de succès, à améliorer un domaine jusque-là bien mince en valeur.
Guidé par l’intérêt que m’inspire toute tentative en ce genre, j’ai été le visiter, et j’ai vu avec la plus grande satisfaction une succession de blés, d’avoines et de sainfoins vigoureux, qui le disputent cette année aux produits des terres les plus riches, et contrastent d’une manière frappante avec les récoltes environnantes.
Les procédés de culture du sieur Fortain ne sont pas nouveaux ; mais il mérite d’avoir introduit le premier dans son canton le sainfoin, l’usage du plâtre, la culture à plat et la charrue de Beauce ; malheureusement, à mon avis, celle qu’il a adoptée est la moins bonne de celles en usage dans cette dernière province. Il reste à ce jeune homme encore beaucoup à faire : son troupeau et la tenue de
ses étables réclament son attention et ses soins ; mais en somme il fait mieux que ses voisins, qui commencent à ouvrir les yeux sur les résultats importants qu’il obtient.

1828

Restauration (suite)

DUVAU Auguste (1771-1831), Essai statistique sur le département d'Indre-et-Loire, ou l'ancienne Touraine, (lu à l'Académie des sciences, le 7 janvier 1828), 64 p. ; in-8, Boucher, Anthelme, 1828.
Bibliothèque municipale de Tours, Cote : Rés. 7092


DUVAU Auguste, dit DUVAU DE LA FARINIÈRE (1771-1831), traducteur, critique, biographe et naturaliste, membre associé de de Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire (1828-1831). Voir fiche dans le Dictionnaire des scientifiques de Touraine ; PUFR, 2017.
 

1829

Restauration (suite)

Source : Annales de la Société d'Agriculture Sciences Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire Tome IX. 1829.


Rapport de M. ODART, sur les progrès de l'agriculture.
p. 146-154
Messieurs,
Nous allons jeter un coup d'œil sur les travaux de la Société depuis sa dernière séance générale, et nous espérons démontrer que si ses efforts n'ont pas amené de résultats brillants, ils ont concouru du moins à maintenir le pays dans la ligne de perfectionnement qui est la tendance générale des esprits dans toutes les parties du royaume ; on verra ainsi qu'elle a marché avec persévérance vers le but de son institution. Cette revue aura spécialement pour objet tout ce qui touche à l'agriculture, laissant à quelques autres de nos collègues le soin de rendre compte de travaux d'un genre différent et qui n'ont de connexité avec elle que la réunion de leurs auteurs dans la même société. Combien de fois n'avez-vous pas recommandé aux propriétaires, la culture des prairies artificielles sans laquelle aucune amélioration n'est possible ; sans elles on ne peut avoir un bétail nombreux, nécessaire à la production d'engrais abondants ; aussi cette culture prend-elle chaque année plus d'extension. Malheureusement cette nécessité d'un bétail nombreux n'a pas été aussi vivement sentie. Nous laissons l'Auvergne nous fournir des bœufs, le Berry des moutons ; aussi l'abondance des fourrages artificiels a réagi de manière fâcheuse sur les propriétaires de prés. Vous avez encouragé, d'après le rapport que vous avait fait de ses essais un de vos membres dont les opérations agricoles méritaient toute confiance, la culture récente en ce pays du trèfle incarnat ou de Roussillon, qui résiste mieux à la gelée que les légumineuses annuelles, qui n'exige pas une aussi bonne qualité de terre que le trèfle ordinaire, et que l'on peut rendre en quelque sorte bisannuel sans porter un préjudice notable à la qualité du fourrage, en choisissant judicieusement l'époque du fauchage. Toutefois sa culture n'est pas encore sortie du cercle trop borné de quelques agriculteurs éclairés. Il n'en est pas de même de celle du trèfle commun qui s'est introduit depuis 12 à 15 ans, et qui chaque année fait des progrès. Ils sont d'autant plus assurés que l'on ne doute plus aujourd'hui des effets merveilleux du plâtrage, que vous avez souvent proclamés dans vos annales, et qui est aussi une amélioration importante introduite peu après celle du trèfle. Mais je ne craindrai pas de la répéter, à côté de la production, il faut faire naître la consommation, par conséquent encourager la multiplication du bétail qui se tient toujours à un prix élevé et dont la trop grande rareté dans ce département, laisse les propriétaires de prés dans l'embarras, et leur fait envisager avec inquiétude l'accroissement continuel des prairies artificielles. Vous avez donc avec raison regardé comme un des objets les plus importants de vos soins la multiplication du bétail ; mais pour faire entrer dans cette voie de perfectionnement avec plus de confiance, vous n'avez manqué aucune occasion de faire ressortir les avantages de l'amélioration des races de haut et menu bétail, et votre voix a été entendue de quelques-uns ; aussi l'intérêt bien conseillé du propriétaire s'est fait jour à travers les obstacles qui résultaient pour lui de son isolement et de la distance des lieux où il pouvait satisfaire cette louable émulation ; nous pourrions citer une foule d'exemples de l'adoption de races supérieures à celles du pays. Vous avez fait de constants efforts pour relever les propriétaires de troupeaux, du découragement où les a jeté l'avilissement progressif des prix des laines. Le conseil général inspiré par le même motif de bien public, a voté l'année dernière l'allocation d'une somme de 3 000 fr., pour l'achat d'un petit troupeau de moutons à longue laine, de race anglaise, et a acquis, par le motif du moins, si ce n'est par le résultat probable, des droits à la reconnaissance des cultivateurs.
Nous avons à regretter que la Société d'Agriculture à laquelle ce conseil a donné constamment des témoignages de bienveillance, n'ait pas appelé à participer à l'accomplissement de ce vote ; qu'elle n'ait eu aucune connaissance ni de la répartition, ni des conditions imposées aux prenants ; nul doute que l'une de ces conditions eût été de rendre compte à la Société de l'état de ces bêtes précieuses, du bon ou mauvais succès du régime auquel on les aurait soumises, et des soins qu'on leur aurait donnés ; enfin Messieurs, vous eussiez rempli votre mission par vos efforts à faire profiter le département de la destination que le conseil général avait donnée à une parie notable de ces fonds.
Je ne laisserai point ignorer qu'un département voisin, celui de Loir-et-Cher, a été plus heureux que nous, et a obtenu de la munificence de Sa Majesté [Charles X], quatre béliers de la même race, de son troupeau d'Agi près de Bayeux Vous reconnaîtrez Messieurs, tout ce qu'il y a de touchant et de vraiment paternel dans cette libéralité ; c'est une des maximes de Marc-Aurelle mise en action. Vous avez répondu avec tout le zèle dont vous êtes animé pour le bien public, aux questions qui vous ont été adressées par M. le Préfet sur les causes de la détresse des propriétaires de troupeaux à laine fine [mérinos], et sur les moyens de les faire cesser. Votre réunion en présence du chef de l'administration, en donnant plus de poids à l'expression de vos vœux, me semble une occasion opportune de le prévenir en faveur du moyen le plus efficace que vous avez indiqué pour obtenir le résultat demandé, et qu'il peut puissamment faciliter ; je me permettrai donc de le rappeler : "c'est aussi dans l'amélioration de nos laines qu'il faut chercher un remède aux souffrances des propriétaires de troupeaux ; mais trop découragés pour hasarder de nouveaux frais d'amélioration dont les résultats leur paraîtraient éloignés et incertains, ils sollicitent votre intervention auprès de l'administration, pour qu'elle accorde une forte prime d'importation locale aux cultivateurs qui voudraient remonter leur race dans les troupeaux reconnus pour les plus beaux du royaume". Un vœu pareil a été exprimé dans quelques autres Sociétés d'Agriculture et exaucé. Malheureusement la session du conseil général s'ouvre trop tard pour que sa bienveillance soit profitable cette année à ces propriétaires.
"Non seulement vous avez porté à la connaissance des lecteurs de vos Annales de nombreux fragments des excellents écrits du cultivateur pratique le plus habile, l'auteur agronomique qui a su répandre le plus d'intérêt sur les sujets qu'il a traités, de M. Mathieu de Dombasle, dont les œuvres ont enrichi cette année vos archives ; non seulement vous avez, par ce moyen, par l'autorité d'un homme si recommandable, fait sentir l'importance des instruments aratoires perfectionnés, dont il décrit la forme et conseille l'usage dans ses écrits et par son propre exemple ; mais vous avez mieux à faire encore, en sollicitant et obtenant du conseil général les moyens d'en former un dépôt. Vous avez regretté que l'extrême éloignement de Roville vous détournât de les en faire venir directement ; mais vous avez pensé qu'il y aurait similitude de fabrication dans l'établissement rural formé à 14 lieues d'ici, par le fils et le gendre de M. Mathieu de Dombasle [M. Busco à Auverse dans le Maine-et-Loire]. Nous supprimons ici, Messieurs quelques réflexions que l'inspection scrupuleuse de ces instruments nous avait suggérées [M. Aubry de Laborde], craignant d'influencer le jugement de ceux qui seront tentés d'en faire exécuter de pareils, nous nous croirions responsables du tort qu'une opinion peut-être erronée, pourrait leur faire dans l'esprit du public. Je mentionnerai seulement l'extirpateur à sept jambes de bois, couvertes de plaques de fonte, ou charrue-herse, ainsi que l'appellent les paysans sans mes voisins, parce que je peux attester les bons effets dans les terres légères, me servant avec succès d'un pareil modèle depuis 7 à 8 ans. 
J'engagerais ceux qui voudraient en faire fabriquer un conforme à celui qui est au dépôt, à veiller au placement mieux entendu des mansins, qui dans le modèle sont trop minces et trop couchés. 
Mais un véritable sujet de félicitation, Messieurs auquel vous avez concouru avec zèle par l'empressement de vos membres, soit résidants, soit associés, à donner l'exemple, c'est l'heureuse amélioration de l'instrument aratoire qui est la base de l'Agriculture, de la charrue. Il est difficile de croire qu'on puisse en imaginer une plus simple et d'un meilleur usage que celle qui nous est fournie depuis plusieurs années par MM. rousseau et Nourrisson, dont ils ont tiré le modèle de la fabrique de M. Molard, où elle est connue sous le nom de charrue américaine. 
Vous n'ignorez pas qu'ils en ont livré un grand nombre aux cultivateurs. 
Espérons que l'emploi de bons instruments aratoires contribuera puissamment à l'économie de la production, qui est d'une si grande importance en agriculture.
Ce serait surtout la culture de la vigne qui aurait besoin d'économie dans ses procédés ; malheureusement le mode de plantation, adopté dans la plus grande partie du département, ne permet pas d'espérer que nous puissions la cultiver autrement qu'à force de bras. Les cultivateurs du canton de Bourgueil ont été mieux inspirés en la plantant par rangées très écartées, qui laissant un espace suffisant pour la culture à la charrue, procurent l'épargne des façons à bras. Un particulier, que vous avez depuis agrégé à votre Société, avait tenté il y a une quinzaine d'années, l'introduction de plants de vigne des rives du Rhône, sur une assez grande échelle, car il en avait fait venir 8 000 ; il avait eu l'espoir non seulement d'élever la qualité de son vignoble, mais encore de l'affranchir du tribut qu'il paie chaque année aux possesseurs de bois ; le plant précieux dont il avait fait le choix réunissant à ses autres bonnes qualités, celle de pouvoir se passer d'appui [échalas] ; malheureusement cette louable tentative n'a pas été couronnée de succès. Je ne renouvellerai point ici les doléances des propriétaires de vignes, elles ont été unanimes se sont trop bien fondées pour qu'ils ne conservent pas l'espoir que le gouvernement u aura enfin égard.
Je rentrerai sans le cercle que je me suis tracé en vous rappelant les efforts que vous avez faits, pour répandre les meilleurs procédés de vinification : tous les œnologues les plus accrédités s'accordent sur la supériorité de celui que vous avez si souvent recommandé dans vos annales ; il était déjà pratiqué depuis longtemps par des propriétaires de ce département. Ce qui le distingue particulièrement est une conviction de quiconque s'est occupé avec quelque réflexion de ce qui se passe dans un pressoir au temps des vendanges, de l'influence pernicieuse de l'air sur les masses fermentantes. On y a obvenu parfaitement au moyen du double couvercle et par l'immersion constante de la vendange dans le moût. Ce serait peut-être ici le moment de reconnaître les vues paternelles du gouvernement qui a fait venir de Morée [La Morée est le nom donné à la région du Péloponnèse, en Grèce, à partir du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle], 12 000 plants de vigne dite raisin de Corinthe, dont il a ordonné la distribution dans les six départements du Midi ; il a sagement pensé qu'il fallait les acclimater en les faisant cultiver sous un climat analogue à celui qui les a fourni.
Vous avez souvent appelé l'attention de propriétaires sur les bénéfices que produisent les plantations ; nous qui pouvons apporter notre longue expérience à l'appui de nos observations, nous ne craignons pas d'affirmer qu'aucune sorte de culture n'en produit d'aussi satisfaisantes pour celui qui peut attendre. Du reste vos conseils n'ont pas plus manqué que les bons exemples, et ils ont porté leurs fruits ; car le paysan lui-même naturellement peu porté pour les innovations est jusqu'alors trop occupé des soins du présent pour chercher des ressources dans l'avenir, a reconnu l'importance d'un produit qui vient sans peine, qui se lie en quelque sorte à son existence, en lui laissant moins de regrets d'accumuler des années qui le rendent plus riche. Ajoutons que cette sage spéculation ne lui laisse aucune chance douteuse ; car quelques nombreuses que soient les plantations, le prix du bois blanc se soutient toujours, et i y a peu d'arbres qui ne rapporte à son propriétaire le prix du terrain qui l'a nourri.
Je pourrai parler aussi des semis nombreux de bois qui ont été faits depuis le retour de la paix dans notre patrie ; je connais un riche propriétaire qui depuis 14 à 15 ans a opéré le boisement de plus de 800 arpents de bruyères ; mais cette amélioration ne peut être entreprise que par des gens aisés, parce que le premier établissement est coûteux et qu'il faut pouvoir se passer pendant 18 à 20 ans du revenu des terres que l'on y consacre.
Nous ne passerons pas sous silence une nature de plantation jugée assez importante par la Société royale et centrale d'Agriculture, pour en avoir fait le sujet d'un concours annuel, celle des arbres à cidre. Quoiqu'elle le paraisse moins dans un canton vignoble et surtout dans une année où les vins restent invendus, nous pourrions dire parce qu'ils sont invendables, n'oublions pas que la principale et presque l'unique cause est leur mauvaise qualité. Qui de nous boira du vin de 1828 ? et qui ne lui préférerait pas un cidre doux et léger, tel qu'il est facile de l'obtenir par un judicieux choix des variétés et une bonne fabrication ? C'est donc pénétré de l'avantage de cette culture, comme le sont les membres de la Société mère, que l'un de nous s'est procuré des greffes des meilleures espèces de pommier en Normandie de chez un vieux praticien et auteur estimé d'un traité sur la matière, M. Renault, et est parvenu à pouvoir en placer environ 200 sur son domaine.
Je vous rappellerai aussi, Messieurs, qu'il y a une quinzaine d'années, la substitution du chanvre de Piémont à celui du pays fut opérée dans un canton de ce département, avec un grand succès qui se soutient toujours et qui s'étendrait encore si l'importation de la graine n'éprouvait pas de grands obstacles.
Ainsi, Messieurs, de quelque côté que vous portiez vos regards, vous y apercevez les efforts de l'industrie agricole pour son perfectionnement, pour affaiblir cette teinte obscure dont M. Charles Dupin, avec quelque sévérité, a chargé notre département. Continuons notre honorable tâche, nous y sommes encouragés par l'intérêt que le premier administrateur du département nous annonce par sa présence vouloir prendre à nos travaux. Il était déjà connu de toute la France par ses succès à la tribune [Christophe-Armand-Paul-Alexandre, vicomte de Beaumont] ; espérons qu'il voudra l'être plus particulièrement de nous par les bienfaits de son administration ; nous ne pouvons en douter en considérant que l'amélioration de l'agriculture, les progrès des arts et les investigations de la science ont le rapport le plus direct, le plus intime avec le bonheur du département que Sa Majesté" a confié à ses soins.
J'ai dit tout le bien que vous avez cherché à faire, tout celui qui s'est opéré, et comment vous pouviez prendre justement votre part de ces succès ; je ne dois pas pour être juste, laisser inaperçue non plus, la stagnation où est restée une sorte de culture qui, quoique bornée, n'offre pas moins le plus vif intérêt, je veux parler de celle des jardins. Qui le croirait ? que ce soit la province si favorisée de la nature que les étrangers l'ont nommée, trop bénévolement peut-être, le Jardin de la France, qui ne possède pas un jardin digne d'être cité, d'être visité par eux, même par les amateurs régnicoles ; tandis qu'Angers, plus éloigné que nous du foyer des lumières et de l'industrie, peut non seulement se glorifier d'un très beau jardin entretenu par la ville, mais aussi de plusieurs horticulteurs habiles (nous nous servons de ce mot comme étant pris dans une acceptation plus étendue que celui de jardinier), tels que MM. Leroy, Lebreton et autres qui réunissent à une pratique intelligente, de l'instruction sans laquelle tout jardinier n'est qu'un manœuvre, et la louable ambition que leurs talents soient connus et appréciés hors des murs de leur ville. Espérons que la création spontanée de plusieurs Sociétés d'horticulture, surtout celle de Paris, assise sur une large base, excitera l'émulation des amateurs ; qu'ils nous feront part quelquefois de leurs observations, et qu'ils se réuniront à nous pour exprimer en commun le vœu de voir s'établir dans cette ville un jardin botanique, qui pourrait l'être en même temps d'étude et de bon exemple.

1834

Monarchie de Juillet

Annales de la Société d'Agriculture, de Sciences, d'Arts et de Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome XIV, 1834

Séance publique du samedi 30 août 1834

p. 124-125

Extrait

Discours du président.

Des plaintes plus ou moins fondées, mais toujours exagérées, se font souvent entendre sur l'état de notre agriculture ; on est cependant forcé de reconnaître que cet art, le plus noble et le plus important de tous, a fait de grands progrès depuis notre première révolution.

Toute la France, alors, était bornée à quelques théories que ne confirmait pas toujours l'expérience, ce grand maître de tous les arts, et qui, d'ailleurs, renfermées dans les livres, n'étaient pas à la portée de tout le monde. L'impulsion du siècle avait cependant gagné cette partie, la plus essentielle de la prospérité publique ; mais l'instruction, n'étant pas encore assez répandue dans nos campagnes, le grand propriétaire, seul capable de propager les lumières et de faire des épreuves, ne les habitait qu'une très faible partie de l'année, pour y venir jouir du produit des récoltes, sans s'occuper des moyens de les produire ; tout était abandonné à la routine des cultivateurs subalternes qui ne savaient faire que ce qu'avaient fait leurs devanciers. Accablés d'ailleurs de taxes et de redevances, leurs efforts eussent été impuissants. Le besoin, l'exemple, la suppression de la féodalité et des dîmes, l'égale répartition des charges publiques, la division des propriétés sont venues donner un nouvel essor à l'industrie agricole.

Les sociétés d'agriculture ne peuvent-elles pas aussi revendiquer une partie de ce grand bienfait de la civilisation ? Instituées par le gouvernement sur la demande d'associés libres et animés de sentiments de bien public, protégées par l'administration, multipliées dans les départements, elles n'ont cessé de répandre les saines doctrines, d'enseigner les bonnes méthodes. Elles ont par-dessus tout la culture des prairies artificielles qui donnent les moyens de nourrir un plus grand nombre de bestiaux et procurent plus d'engrais. Elles ont recommandé l'alternat dans les ensemencements, le choix des assolements, selon la nature du terrain, les bons labours avec des charrues perfectionnées, pour lesquelles des concours établis depuis quelques années dans chaque canton du département ont déjà produit d'heureux effets en établissant de nobles émulations. Ces moyens ne peuvent que s'étendre et se généraliser, et nous nous trouverons entrer ainsi dans la voie des institutions de comices agricoles si ardemment désirées par tout ce que l'on compte d'amis des progrès de l'agriculture.

Mais ce n'est pas tout de produire, il faut tirer parti de ses productions, quand elles sont surabondantes, par exemple, dans nos vignobles ; mais nos vins les plus précieux ne peuvent pénétrer chez l'étranger qu'avec des droits de douane excessifs, qui équivalent à une véritable prohibition. Le conseil général a demandé au gouvernement de négocier l'abaissement de ces droits. Malheureusement la question n'est pas simple ; il faudra pour l'obtenir, faire en retour des concessions qui sont redoutées par d'autres branches d'industrie ; c'est la législation, si impatiemment attendue, à concilier ces grands intérêts opposés. Vous avez sans doute applaudi, Messieurs, à la grande mesure que vient de prendre le conseil général d'ouvrir en peu d'années, set sans augmenter sensiblement les charges actuelles, des routes cantonales ou de grande communication générale, sur les points principaux du département. Il n'y aura pas un seul chef-lieu de canton qui n'aient ses chemins faits et entretenus, pour arriver aux chefs-lieux de canton qui l'avoisinent. Quels germes de prospérité n'apercevez-vous pas dans cette grande entreprise, pour l'agriculture, notre commerce et notre industrie ! Une allocation a aussi été consacrée à l'achat d'instruments aratoires par le conseil général ; il a en outre fait la demande au ministre du commerce de béliers de race mérinos de Beauce et de race anglaise à laine longue, pour être répartis entre les cantons du département.

Mais vous aurez à regretter qu'il ait encore retardé l'adoption du projet de l'établissement d'un jardin botanique et de naturalisation que vous lui aviez présenté. L'utilité n'a pu en être contestée ; mais il n'en avait pas moins subi la rigueur d'un nouvel ajournement, dont votre persévérance finira, il faut l'espérer par triompher.

 

p. 127-131

Extrait

Rapport de M. le Secrétaire perpétuel.

Agriculture

Nous ne pouvons-nous dissimuler que les habitants de ce département ne possèdent pas tous au même degré le désir ni les moyens d'améliorer leur propriété ; aussi l'agriculture n'a-t-elle pas fait partout les mêmes progrès. Il est encore des cantons arriérés, soit par le défaut de connaissances, soit par le peu de fertilité du sol, où les bonnes méthodes, celles déjà éprouvées par d'heureux résultats, ont de la peine à s'introduire. Cette marche, sinon rétrograde, au moins bien lente dans la science agricole, ne peut-on pas l'attribuer à l'idée si fausse, mais encore trop répandue, qu'un simple laboureur connaît mieux que le plus habile théoricien la culture qui convient à la terre ? C'est se tromper étrangement que de penser qu'on peut être bon agriculteur pour savoir diriger une charrue. La culture des terres, dit Montesquieu (Esprit des Lois, chap. 15, liv. 18), suppose beaucoup d'art et de connaissances, et l'on voit toujours marcher d'un pas égal les arts, les connaissances et les besoins. Mais il n'est que trop vrai que tout ce qui tend à changer les habitudes des cultivateurs encore étrangers au degré d'instruction qui leur est propre, éprouve de leur part une résistance, ou pour mieux dire une force d'inertie, contre lesquelles viennent échouer les meilleurs préceptes et les exemples même qui les fortifient. Confions donc au temps le soin de faire germer la science que vous ne devez pas vous lasser de répandre ; semblable à la goutte d'eau qui creuse insensiblement le plus dur rocher, elle finira par pénétrer dans les classes les moins éclairées et où les routines vicieuses ont jeté les plus profondes racines. Tout ce que je viens de dire, Messieurs, doit s'entendre principalement de la culture des céréales. Notre département possède en effet un autre genre de produit non moins important, celui des nombreux et excellents vignobles qui couvrent ses coteaux, dont l'exploitation devrait s'être plus généralement améliorée. La qualité des vins, condition si nécessaire à leur exportation, s'est augmentée dans les crus inférieurs, parce qu'on apporte aujourd’hui, plus de soins à leur fabrication ; mais il est à craindre que les vignobles, autrefois renommés, ne soient bientôt tout à fait anéantis, si quelques riches propriétaires, jaloux de soutenir la réputation de nos vins, ne s'attachent à naturaliser parmi nous les espèces recherchées qui nous manquent. Sur la proposition de notre ancien vice-président, qui donne depuis longtemps cet exemple, une demande a été adressée à M. le Ministre du commerce, pour obtenir des plants des provinces d'Espagne les plus renommées par la qualité de leurs vins.

En examinant quelles parties de l'agriculture méritaient le plus d'attirer votre attention, vous avez reconnu que la production d'engrais abondants est la base de tout bon système de culture, d'accord en ce point avec Arthur Young, qui dans son voyage en France, dit : Si l'Alsace et les autres belles provinces françaises ne sont pas aussi bien cultivées, ni aussi fertiles que la Flandre, c'est par le défaut d'engrais. Persuadés, d'après une vérité si bien sentie, qu'il fallait à quelque prix que ce fût, encourager la multiplication des troupeaux de toute espèce, vous avez arrêté qu'une médaille d'or de 300 fr. serait décernée dans cette séance au cultivateur qui, sans prés naturels, ou avec la moindre quantité possible, relativement  l'étendue de son domaine labourable, aurait entretenu le plus de bétail, toujours proportionnellement à la superficie du sol propre à la culture, et sans autres ressources que les produits de ce même sol. Le retard qu'ont éprouvé, par des causes indépendantes de votre volonté, plusieurs numéros de vos Annales qui contenaient cette annonce, a nui à sa publicité. Aussi, nos cultivateurs n'étant pas prévenus comme la Société l'avait désiré, de la récompense qui leur était offerte, n'ont pu se mettre en mesure de la mériter. Nous devrons espérer qu'en la faisant connaître de nouveau dès aujourd'hui, pour être accordée à pareille époque de l'année 1835, nombre de concurrents se présenteront pour l'obtenir.

Vous avez pensé aussi qu'il n'était pas moins digne de votre sollicitude de chercher à rendre à la culture les terrains vagues et improductifs qui blessent encore les yeux dans certaines portions du département. Des soins persévérants secondés de quelques connaissances en agriculture, finissent toujours par triompher du sol le plus ingrat ; mai de semblables travaux ont besoin d'être encouragés. C'est dans ce but que vous avez proposé un nouveau prix de 300 fr. représenté aussi par une médaille d'or de même valeur, pour le cultivateur qui aura semé ou planté en arbres quelconques, la plus grande étendue de terrain proportionnellement au domaine dont il fera partie. La priorité sera donnée, à surfaces égales, au semis ou plantations d'acacias, et le concours ne pourra être établi qu'entre des terrains d'un hectare et au-dessus. Ce prix, on en conçoit aisément la raison, ne sera décerné que dans la séance publique de 1837. En proposant ces deux récompenses, vous avez fait, Messieurs, tout ce que les moyens mis à votre disposition vous permettaient d'entreprendre en faveur de l'agriculture. Heureusement vous trouverez de puissants auxiliaires dans le zèle éclairé du premier administrateur de ce département et de MM. les membres du conseil général, qui ont arrêté de concert l'emploi d'une somme de 600 fr. en achat de modèles d'instruments aratoires. Ces modèles, joints à ceux déjà déposés au musée de cette ville, pourront devenir un jour le noyau d'un conservatoire des arts et métiers, et accroître ainsi le nombre de nos établissements d'utilité publique. Le conseil général, ainsi que vient de nous le dire M. notre président, n'a pas borné à ce seul objet ses soins pour l'intérêt du pays. Des béliers mérinos de Beauce, et de race anglaise, à laine longue, ont été demandés à M. le Ministre du commerce pour être répartis entre tous les cantons de ce département.

Ne peut-on pas considérer aussi comme un puissant moyen de prospérité pour notre agriculture les sommes considérables qui viennent d'être votées par ce conseil pour la création de nouvelles routes et l'achèvement des anciennes.

La charrue tient sans contredit le premier rang parmi les instruments aratoires dont l'usage de jour en jour plus répandu fait ressortir tous les avantages, et donne lieu d'exécuter avec moins de bras et beaucoup mieux, des travaux qui exigeaient autrefois un temps et des dépenses considérables. Les concours de charrues établis sur divers points de France, et auxquels notre département n'est point resté étranger, ont puissamment contribué à en améliorer la construction ; mais il faut savoir faire un choix parmi celles même qui semblent avoir le plus haut degré de perfection, et les adapter à la nature du terrain qui lui est propre. M. MAURICE, l'un de nos nouveaux collaborateurs, auxquels ses goûts et ses moyens ont déjà assigné une place parmi nos meilleurs agronomes, devrait nous lire en cette séance un mémoire sur les concours qui ont eu lieu à la ferme modèle de Grignon et dans d'autres établissements de ce genre. La crainte de fatiguer l'attention de nos auditeurs vous a forcé à de retrancher de votre programme ce mémoire remarquable par le talent d'observation de son auteur. Je me dispenserai moi-même d'en parler puisqu'il doit être inséré dans nos Annales où chacun pourra le consulter à loisir. Il est une autre science née de l'agriculture, qui, plus spécialement honorée par une classe en état d'en apprécier tous les avantages, a fait aussi des progrès plus sensibles.

Je veux parler de l'horticulture, qui vont en effet recevoir parmi nous plus d'hommages que partout ailleurs. Je laisse le soin de vous entretenir de cette aimable science à deux de nos collègues qui en font une étude spéciale. L'un a considéré la culture des fleurs dans ce département sous le double rapport de l'agrément et de la prospérité de l'industrie. L'autre a puisé dans les souvenirs de ses visites à Chenonceaux des détails pleins de charme et d'intérêt sur tout ce que l'horticulture offre de plus remarquable en cette antique demeure.

1838

Monarchie de Juillet (suite)

 

DE CROY Raoul Claude, Études statistiques, historiques et scientifiques sur le département d'Indre et Loire, (ancienne Touraine), Edité Chez Moisy et Chez Chamerot, libraire, Impr. Mame, 1838, 315 p.
Bibliothèque municipale de Tours, Cote : B 116

 

DE CROΫ André Rodolphe Claude François Siméon, dit Raoul de (Comte), (1802-1879)
Polymathe ; membre de de Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire ; propriétaire du château de la Guerche (canton de Descartes)
Source : Dictionnaire des scientifiques de Touraine, PUFR, 2017. (p. 160)

1850

Début du second Empire

  1. Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome XXX. Année 1850.

p. 215-223

Rapport sur l'état de l'agriculture dans le département d'Indre-et-Loire,

par M. G. CHARLOT (*)

I. Etat présent.

Le département d'Indre-et-Loire, extrêmement varié dans sa forme topographique, dans le sol et dans ses cultures, offre presque tous les genres d'industries agricoles. On distingue trois grandes régions principales qui sont la cause de cette variété, les grandes vallées de ses principales rivières, les coteaux et les plateaux.

 

1° Les vallées extrêmement variées dans leurs productions, ont porté depuis longtemps leurs cultures à la perfection, elles ne font plus que les modifier selon les circonstances et l'exigence de l'augmentation de la population, et par suite de la division du sol, c'est là qu'on trouve la petite propriété avec ses avantages et ses exigences. Leur terrain d'alluvion, sablonneux, facile à cultiver fait que l'agriculteur peut exécuter presque tout lui-même, augmenter et modifier selon ses forces et ses besoins ; ses récoltes sont faciles à transporter ;  il fume plus que l'agriculteur des plateaux. Toutes ces causes facilitent la production des récoltes vraiment prodigieuses qu'on y remarque en toute espèce, ce  qui assure l'impossibilité qu'elles manquent toutes à la fois et répand l'amour du travail, de la propriété et l'aisance. C'est dans les grandes vallées qu'on trouve, outre la culture des céréales et des racines utiles à l'homme et aux animaux, le chanvre, les pois, les haricots, quelques autres plantes tinctoriales, oléagineuses et officinales ; les pépinières, les semis et les plantations d'arbres fruitiers, forestiers et étrangers ; enfin, autour des villes se trouvent les jardins fleuristes et maraîchers. Sur les bords des rivières se trouvent de belles prairies naturelles dont l'étendue est considérable, elles s'élèvent à environ 35 000 hectares ; ce chiffre tend plutôt à décroître qu'à augmenter chaque année.

 

Les coteaux sont consacrés en partie aux bois et à la vigne qui, quoiqu'avancée depuis longtemps dans sa culture, aurait besoin d'être mieux dirigée, sous le rapport de la bonté des produits, si la pénurie des débouchés et le peu de valeur du vin ne forçaient pas les vignerons à sacrifier la qualité à la quantité. Cette culture n'a qu'un seul avantage c'est de faciliter la division de la propriété, d'augmenter le nombre des petits propriétaires et de les attacher au sol. Le nombre de propriétaires qui ne cultivent pas la vigne par eux-mêmes diminue chaque année, parce que tout calcul fait exactement prouve que celui qui fait tout faire, est le plus souvent en perte et que cette propriété lui est plus onéreuse que productive. Cette culture occupe un très grand nombre de bras, sur une étendue de 36 000 hectares, et donnes un des articles les plus importants de l'industrie et du commerce de la Touraine, car nous avons des crus très variés et plusieurs de qualités recommandables.

3° Quant aux plateaux, c'est là qu'est véritablement la  partie agricole la plus intéressante à étudier sous tous les rapports, par la grande variété de son sol et, par suite, dans ses produits. C'est là qu'on trouve les grandes cultures, les corps de fermes etc. C'est aussi sur les plateaux que sont les plus belles forêts, nos plus beaux troupeaux et nos animaux domestiques livrés au commerce ; c'est la partie la plus recommandable quoique la plus arriérée et qui mérite le plus d'attention de la part de la Société d'agriculture, des comices agricoles et de l'administration. La plus grande partie des détails qui vont suivre s'appliquent aux plateaux.

 

II. Des progrès faits depuis cinquante ans.

Quoique les progrès agricoles en Touraine ne soient pas très sensibles au premier coup d'œil, on ne peut se refuser à l'évidence, surtout quand on se rapporte à un demi-siècle en arrière (1800).

Bien que nous ayons dans notre département de grandes prairies naturelles, la Société d'agriculture n'a cessé depuis sa création de recommander la culture, à peu près inconnue au commencement de ce siècle, des prairies artificielles et des fourrages de toute nature, et ses efforts n'ont pas été infructueux. On en compte maintenant environ 17 000 hectares.

Par suite de l'extension des fourrages, le nombre des animaux domestiques a augmenté et a pris des formes plus belles, et une meilleure qualité. Les croisements de races supérieures se soutiennent mieux qu'autrefois.

Les terres sont généralement mieux fumées, mieux labourées ; les charrues sont mieux appropriées aux sols et aux cultures, de nouvelles remplacent peu à peu les vieilles.

Il s'est fait des dessèchements considérables ; il y a eu aussi beaucoup de défrichements.

Le déplorable assolement triennal commence à disparaître dans plusieurs cantons. Il fait place à des cultures plus variées qui donnent de plus belles récoltes.

On commence à renoncer à semer le froment mêlé de seigle, qu'on appelle ici méteil ; on y a substitué diverses variétés de froment selon la  nature du sol.

On remarque que la carotte, la betterave, le rutabaga, sont cultivés pour la nourriture du bétail chez beaucoup de grands propriétaires et quelques fermiers intelligents.

L'usage des plantes sarclées a déjà produit d'excellents résultats, non seulement par leurs produits, mais surtout pour la beauté et la propreté des récoltes subséquentes.

L'usage du tarare pour nettoyer les grains est devenu populaire depuis trente ans (1820).

Les machines à battre le grain, les hache-paille, coupe-racines se trouvent dans beaucoup de nos grandes exploitations, ainsi que les semoirs.

L'introduction du trèfle commun et du trèfle incarnat a été tardive, car elle ne remonte pas au-delà dune trentaine d'années (1820), maintenant c'est une amélioration bien décidée, qui a pris de l'extension sur tous les points du département.

La pomme de terre est cultivée assez abondamment, et les gens de la campagne sont entièrement revenus des préventions qu'on avait répandues à tort contre ce précieux tubercule qui est cultivé maintenant partout.

Le maïs, le choux de Bretagne, le colza, le mediasativa (medicago sativa, ou luzerne), la cameline, le moka, la moutarde et beaucoup d'autres plantes sont en pleine culture chez beaucoup de cultivateurs.

Nous avons beaucoup de grands propriétaires instruits appartenant, en majorité, soit aux comices, soit à notre société, qui s'occupent activement de donner l'exemple des meilleures méthodes et des bons procédés agricoles.

Des améliorations considérables ont eu lieu dans quelques parties, sur les terres arables voisines des lieux où se trouvent les engrais, les amendements, autour des villes, des falunières, des marnières, des coteaux calcaires, etc.

On commence à enfouir des récoltes en vert comme fumure préparatoire ; à faire des  semis de plantes qui se récoltent successivement comme le chanvre mélangé avec la carotte, le Sarrazin avec le colza, le blé de mars avec la luzerne ou le sainfoin. De cette manière, la plus hâtive protège celle qui l'est moins.

Beaucoup de bruyères, de landes ont été plantées ou semées en bois, d'autres défrichées et mises en culture.

On commence aussi à obtenir sur les terres améliorées depuis longtemps plusieurs récoltes sur le même champ, dans la même année.

Nos 87 000 hectares de bois sont mieux aménagés, on ne les laisse plus fréquenter par les bestiaux, et les grands propriétaires de bois les font assurer contre les incendies qui, malheureusement, ont augmenté depuis quelques années.

Joignez à ce tableau l'immense quantité de routes dont le conseil général a doté le pays, et vous aurez les principaux progrès qu'a faits notre département, progrès auxquels notre Société a puissamment contribué dans sa sphère d'activité, et dont, à juste titre, elle peut revendiquer sa part de gloire et d'honneur.

 

III. Des améliorations qu'on pourrait faire.

Peu de provinces ont plus à réparer ce que le passé lui a légué en mœurs, en habitudes, et surtout en mauvais état du sol.

Dans les parties les mieux cultivées on remarque que l'aisance et l'instruction sont, en raison directe de la prospérité.

C'est en grande partie à vaincre la routine qu'il faut s'attacher. Elle étouffe les convictions, les faits utiles. Il faut stimuler les fermiers et les colons à sortir de cette apathie, de cette habitude qu'on a de préférer devenir plutôt petit propriétaire qu'aisé bon fermier.

C'est avec l'aisance que le fermier peut augmenter son bétail, faire plus de fourrages, et par suite mieux nourrir ses animaux, mieux fumer ses terres, et augmenter ses récoltes de toute nature.

Le perfectionnement du labourage a fait déjà des progrès, mais il a besoin d'être encouragé selon la nature des terres et des cultures.

Le parcage des moutons, recommandé par tous les agronomes depuis Virgile, est fort peu usité pendant la belle saison sur les terres labourables.

Les bestiaux paissent souvent jour et nuit dans les landes, les pâtis, ce qui cause une grande perte de fumier.

Nous manquons en général de bons constructeurs d'instruments aratoires.

Nous avons fait peu d'améliorations sous le rapport des constructions rurales, souvent elles ne sont ni assez grandes ni assez vastes pour contenir les récoltes, elles sont mal distribuées, peu aérées, entourées d'eau stagnante, plus basse que le sol, ce qui les rend malsaines et meurtrières pour l'homme et pour les animaux.

Les villes ont des comités de salubrité ; il serait à désirer qu'il y en eut d'établis dans les campagnes, pour provoquer des améliorations dans les constructions.

Nous manquons d'étalons convenables et appropriés aux races ovine et chevaline du pays.

Les propriétés rurales sont de plus en plus exposées à la rapine, au vol, à l'incendie même ; et l'on manque à peu près de moyens pour réprimer les mendiants et les vagabonds de l'espèce la plus dangereuse, parcourant les campagnes, ne respectant ni le domicile ni la propriété. L'agriculteur a cependant le plus grand besoin de sécurité sans laquelle aucun progrès n'est possible.

Il faut inviter les grands propriétaires à prêcher l'exemple, à lutter contre la routine, à faire des améliorations avec économie, et de tâcher de réussir à  bien faire, car toute dépense de caprice et hasardeuse est un tort fait au progrès, et éloigne de la bonne route ceux qui n'ont pas sa fortune, il faut que les meilleurs procédés soient accessibles aux ressources du fermier.

Les propriétaires qui n'habitent pas les campagnes, délaissent et abandonnent trop leurs propriétés, ils ne font généralement pas assez de sacrifices pour améliorer le sol et les bâtiments.

Les fermiers, pour  payer leur fermage, ont recours, à une funeste ressource, aux charrois, ils perdent ainsi une partie de leur fumier, usent leur équipage et épuisent leur attelage.

Nous avons de grandes quantités de terrains qui pourraient être assainis par le drainage, les canaux souterrains, les dessèchements.

Les irrigations sont peu ou mal pratiquées, il faudrait les encourager.

L'économie du bétail, l'art de produire les diverses races, de les élever, d'en améliorer la conformation, la constitution selon leur destination, ne sont pas assez étudiées et trop négligées.

Le code rural, promis depuis longtemps, nous manque ; la vaine pâture est une plaie de notre agriculture.

Les concours, les prix, les honneurs, les récompenses de tous genres, ont besoin d'être augmentés, multipliés ; ce sont ces stimulants utiles pour marcher dans la voie des améliorations praticables. Notre Société a déjà obtenu de bons résultats, il faut persister dans ce moyen reconnu généralement utile et profitable partout ; mais notre Société est restreinte par ses facultés financières, elle a besoin de secours plus forts pour établir des concours de charrues et de bestiaux sur une plus grande échelle, au moins un par chaque arrondissement, distribué tous les ans alternativement, par chaque canton. Pour établir des visites chez les praticiens, les cultivateurs intelligents, il faut aller les trouver sur le théâtre même de leurs travaux, c'et un moyen de les stimuler, de les encourager dans ce qu'ils font de bien, de les détourner de ce qu'ils font de mal, c'est un puissant moyen de lutter contre les doctrines, les mauvaises méthodes, qui sont répandues dans nos campagnes.

 

(*) Grégoire Alexandre CHARLOT (1797-1870) http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/05/charlot-gregoire-alexandre-1797-1870.html

Publié dans Etat de l'Agriculture

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