LA REVUE "LA CHÈVRE" 

Publié le par histoire-agriculture-touraine

La revue et Adolphe FATOUX
La revue et Adolphe FATOUX

La revue et Adolphe FATOUX

1958

Premier numéro de la Revue La Chèvre

SYNDICAT DES ÉLEVEURS DE CHÈVRES DE TOURAINE
BULLETIN DE LIAISON
N° 1 Mars 1958 (dactylographié)
Siège Social, 14, rue E. Pallu -TOURS- Tél : 22-96


SOMMAIRE

Assemblée Générale du 14 Février 1958, p. 1-2
Alimentation de la Chèvre, p. 6
Bureau de Vente des reproducteurs et prix pratiqués, p. 7
Tribune du lecteur, p. 8
Bibliographie, p. 9
Liste des premiers adhérents au Syndicat, p. 10

Stand de la revue La Chèvre au Concours Général Agricole de Paris en 1959

Stand de la revue La Chèvre au Concours Général Agricole de Paris en 1959

1974

 

La rédaction et la gestion de cette revue est prise en charge par Adolphe FATOUX. Il assure seul cette tâche durant 16 années. En mars 1974, la revue est reprise par l’I.T.O.V.I.C (Institut technique de l’élevage ovin et caprin).

Mars 1974 : la revue La Chèvre est reprise par L'ITOVIC

Mars 1974 : la revue La Chèvre est reprise par L'ITOVIC

1988

Revue La Chèvre n° 164, janvier-février 1988, p. 28-31

30e anniversaire de revue La Chèvre

Création de La Chèvre : le début d'une longue histoire.

Que savait-on de l'élevage de chèvres dans les années 1950 ? Peu de choses, d'autant plus que cet élevage n'intéressait pas grand monde en France. A part quelques passionnés de sélection, en Touraine et ailleurs, qui ont décidé que la chèvre méritait mieux que de rester attaché à un piquet, et que les grands élevages, ça pouvait se maîtriser.

L'idée de créer une revue nationale consacrée à l'élevage de la chèvre n'est pas venue dès le premier numéro. Celui-ci était en fait le Bulletin de Liaison n° 1 du Syndicat des Éleveurs de chèvres de Touraine. "Dès le deuxième numéro, les syndicats voisins du Berry et du Loir-et-Cher ont souhaité s'associer à notre publication, et au troisième, nous avons ouvert les colonnes de LA CHÈVRE à tous les éleveurs et syndicats caprin de la France entière..." M. FATOUX, alors ingénieur des Services Agricoles à Tours, a vécu la création de la revue dont il sera la cheville ouvrière pendant plus de 15 ans, jusqu'à ce que l'ITOVIC reprenne le flambeau.

"M'occupant d'élevage à la DSA, j'avais commencé par organiser à partir de 1956 un concours itinérant de chèvreries : avec un éleveur passionné de sélection animale, nous visitions les élevages du département et dressions en fin de parcours un classement selon la qualité de chaque chèvrerie (animaux, bâtiments, équipements...). Cela nous a permis de recenser les meilleurs élevages de la région, et de créer par la suite le syndicat départemental, présidé par Madame de SAINT-SEINE".

UNE AFFAIRE DE FEMMES

Ce concours itinérant, puis la création de la revue et des syndicats dans différents départements du Centre et d'ailleurs (Bourgogne, Quercy, Drôme, Bretagne, Puy-de-Dôme,...), marquent le début d'une époque où les éleveurs qui jusqu'à présent travaillaient isolément, vont commencer à se rencontrer, à échanger leurs façons de faire et à comparer la qualité de leurs animaux.

"A cette époque, explique Mme de SAINT-SEINE, il existait peu de troupeaux de grande taille, pour la bonne raison que les hommes ne s'intéressaient pas à la chèvre : en Touraine, il y avait beaucoup de chèvres, mais elles étaient élevées à 2 ou 3 par ferme comme des animaux de basse-cour. La chèvre, c'était l'affaire des femmes". C'est ainsi qu'un des objectifs de la revue a été de faire connaître les quelques grands élevages existants et de présenter la façon dont ils étaient conduits.

"Le syndicat organisait chaque année la visite d'élevages dans d'autres départements, chez des éleveurs dont nous avions entendu parler, et le compte-rendu paraissait dans LA CHÈVRE. Dans ces rencontres entre éleveurs, il y avait une sorte d'osmose, raconte Madame de SAINT-SEINE, nous nous apprenions mutuellement".

LA RENAISSANCE DU LIVRE ALPIN

A côté de ces échanges fructueux, un groupe d'éleveurs-sélectionneurs entreprend de faire revivre le Livre Généalogique Alpin. En 1962, Mme de SAINT-SEINE reprend le secrétariat du LGA, jusqu'alors assuré par la Fédération Nationale à Paris. Le livre généalogique organisait deux concours par an : le concours général de paris (supprimé par la suite, car situé à l'époque de pleine lactation) et le Concours National qui se tenait en Province. Les syndicats départementaux se sont mis à organiser des concours de chèvres (et de boucs à une autre date, à cause de l'odeur). "Nous faisions paraître régulièrement la liste des meilleures laitières, puis celle des meilleures fromagères quand on s'est intéressé à mesure la matière utile du lait". La publication de ces résultats dans LA CHÈVRE était très importante pour la vente des reproducteurs.

L'AVANCE DES ANGLO-SAXONS

Pendant ces premières années, la revue sortait cinq numéros par an. "Ce n'était pas toujours facile de remplir le journal, raconte M. FATOUX, car à l'époque peu de gens en France travaillaient sur la chèvre. Aussi nous allions glaner des articles dans la littérature anglaise (Grande-Bretagne, Australie, USA) déjà bien fournie".

Et les rédactrices assidues qu'étaient Mme de SAINT-SEINE, Mme DÉON et Mme LECONTE entretenaient des contacts avec leurs homologues d'outre-manche : en 1959, Mme de SAINT-SEINE fait un premier voyage en Angleterre d'où elle ramène cinq chevrettes ; quelques années plus tard, Mme DÉON assistera à la Conférence Internationale des Éleveurs de Chèvres à Londres, d'où elle rapportera de nombreuses informations techniques.

MONITEURS CAPRINS

Pendant ce temps, en France, une équipe de "moniteurs caprins" se met en place au niveau national qui vont contribuer à la mise en place et à la diffusion des techniques modernes d'élevage et de contrôle de la production laitière.

Les premiers seront M. MAINGOT en Poitou Charentes, M. DEBOUVER en Berry-Touraine et CASSAR dans le Sud-Est vinrent ensuite M. DAMIANI dans la Drôme, PORTAL en Lozère, de SIMIANE dans les Deux-Sèvres. "Notre rôle était d'abord de constater l'existant dans les élevages, raconte M. MAINGOT, puis en fonction de cela de faire quelques essais pour améliorer les techniques. Par exemple, nous suivions la croissance des chevrettes d'élevage pour essayer d'avancer la date de la première saillie ; nous faisions aussi des essais sur l'alimentation des chevreaux au lait reconstitué".

Les premières inséminations démarrent avec la création en 1960 du Centre d'Insémination de l'INRA à Rouillé (Vienne) (don de la fondation Xavier Bernard). "Au début, c'était surtout les petits élevages qui utilisaient l'insémination, ce qui leur évitait de transporter leurs chèvres". Deux autres centres se sont créés par la suite sous forme de coopérative, l'un à Soual (Tarn), l'autre à Mignaloux (Vienne).

Le contrôle laitier "officiel" s'est également développé à la même époque, sous la conduite de M. ROCORDEAU de l'INRA de Jouy-en-Josas.

A partie de 1964, l'inscription au contrôle laitier sera obligatoire pour les animaux figurant au Livre Généalogique Alpin.

Les premiers moniteurs caprins assistent aussi les premiers essais de zéro-pâturage : "Vers 1963-64, quelques éleveurs en ont fait l'essai et ont constaté que en restant à l'étable, les chèvres étaient quand même de bonnes laitières. Avec le zéro-pâturage, il a fallu mettre au point des cornadis adaptés aux chèvres. Le tapis roulant n'est venu que bien plus tard, vers 1976-77".

LES ANNÉES D'APOSTOLAT

Toutes ces années ont été vécues avec une volonté sous-jacente de la part des éleveurs : faire en sorte que l'élevage de la chèvre soit pris au sérieux, et trouve sa place auprès des autres productions animales.

En se dotant d'un outil de communication tel qu'une revue, les syndicats caprins ont grandement facilité les échanges entre éleveurs de toutes les régions, avec la possibilité de comparer ses techniques et résultats, et de piocher de nouvelles idées.

Odile FAURE (ITOVIC)

2008

Ethnozootechnie n° 85 -- 2008, p.89-93


La Revue "La Chèvre" ; son rôle dans la duffusion de l'information caprine depuis 50 ans
Par Jean-Claude LE JAOUEN (Ancien directeur technique puis rédacteur en chef de la revue. Institut de l'Elevage)

I. Introduction
II. 1958-1974 : Lé débuts de la revue
III. 1974-1993 : La revue devient nationale
IV. 1993-2008 : Redressement et stabilisation
V. "La Chèvre" continue de jouer son rôle dans un monde qui change

2018


Dossier La Chèvre, 60 ans d'histoire
Revue La Chèvre n° 348 septembre - octobre 2018, p. 23-35
Un dossier réalisé par Marine Steinmann, étudiante en master d'histoire à la Sorbonne
Extraits


1950-1970
Un travail de reconstruction de la filière caprine
Dans les années 1950 et 1960, alors que l'élevage caprin connaît une période de décroissance, un important travail de restructuration est assuré par les professionnels et les syndicats.
Le lancement de la revue La Chèvre en 1958 marque le début d'une période au cours de laquelle la filière caprine se dynamise. Pour améliorer la productivité laitière, l'important est de fédérer les hommes autour d'objectifs communs en matière de sélection et d'hygiène. Le but : sortir d'une tendance à l'enlisement de l'élevage de chèvres et prendre des mesures directives.
Tout au long des années 1900, le nombre de chèvres en France ne cesse de reculer. De 1,8 million de têtes au début du siècle, le cheptel caprin français est tombé à 880 000 têtes en 1973. Le secteur reste marginal, mais il intéresse de plus en plus de professionnels, la chèvre étant un animal productif et simple à entretenir. Dans le Centre, la race alpine est définitivement implantée et en Touraine, le nombre de chèvres est estimé à 30 000. Les syndicats s'organisent pour encourager le développement de la filière et se dotent d'une revue pour informer, guide et mettre en relation les différents acteurs de l'élevage caprin. Progressivement, le lectorat de la revue La Chèvre s'élargit. Le travail des syndicats visant à unifier les éleveurs de chèvres porte ses premiers fruits.


Relancer une filière en déclin...
En parallèle de la première publication de La Chèvre, la naissance de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (FNEC) fait de 1958 une année charnière pour l'organisation syndicale caprine. D'abord constituée de sept syndicats, la FNEC se donne pour mission de défendre les éleveurs, de les documenter et de défendre le marché du lait. La production laitière étant l'une des principales préoccupations des éleveurs, les informations diffusées par les techniciens caprins se concentrent alors autour de la vulgarisation de recherches scientifiques et de nouvelles méthodes destinées à améliorer la rentabilité des élevages. Parmi elles, la rationalisation de l'alimentation caprine apparaît comme la condition fondamentale d'un bon rendement, avant même la sélection. "Le régime d'une chèvre doit être équilibré en énergie, en protéine, en minéraux, et en vitamines", rappelle-t-on dans les colonnes de La Chèvre. Vers 1963, les premiers essais de zéro-pâturage sont effectués, afin de maîtriser complètement le rationnement. L'image de la chèvre débrouillarde et autarcique qui grignote les buissons en toute liberté au début du XXe siècle est dépassé.
Expositions et concours caprins participent également au rayonnement de la filière dans les années 1950 et 1960. Un véritable "esprit sportif" s'instaure entre les éleveurs de chèvres et soutient le mouvement d'amélioration des races ainsi que la diffusion des standards. La formation des éleveurs en matière de sélection et de performances en est accélérée, ainsi que les connaissances des produits régionaux : la promotion des fromages et des produits laitiers de chèvre est assurée lors de ces évènements. Présidente du syndicat caprin en Touraine, Colette de SAINT-SEINE se souvenait dans le numéro 164 : "Le syndicat organisait chaque année la visite d'élevages dans d'autres départements, chez des éleveurs dont nous avions entendu parler, et le compte rendu paraissait dans La Chèvre. Dans ces rencontres entre éleveurs, il y avait une sorte d'osmose, nous apprenions mutuellement."


... Sous l'égide du contrôle et de la sélection.
Pour garantir la relance de la filière caprine, un certain nombre de nomes sont édictées pour orienter les éleveurs sur une même voie en matière de sélection et de production. Le Livre généalogique alpin est mis en place dans les années 1950 afin de gérer la sélection des chèvres. Il se transforme ensuite en outil permettant le contrôle laitier, recommandé par les techniciens de l'INRA et orchestré par le syndicat du contrôle laitier et caprin. La revue La Chèvre participe à la sensibilisation des éleveurs au sujet de ce contrôle, essentiel pour repérer les bons éléments et orienter la reproduction. "Nous faisions paraître régulièrement la liste des meilleures laitières, puis celle des meilleures fromagères quand on s'est intéressé à mesurer la matière utile du lait", déclarait le premier rédacteur en chef de la revue, Adolphe FATOUX en 1988.
Dans le même temps, la lutte contre les fraudes est engagée à la fin des années 1950 dans le secteur fromager, afin de protéger le "pur chèvre", la saisonnalité étant encore le point faible de la filière. Sans interdire le "mi-chèvre", l'honnêteté des producteurs est de mise. Les troupeaux s'agrandissent, atteignant parfois les 100 têtes et confirmant la pertinence des stratégies de la filière. La tendance se consolide notamment grâce à la loi sur l'élevage de 1966, qui favorise la recherche et créé les instituts techniques de l'élevage, dont l'ITOVIC, administré par la FNEC et la Fédération nationale ovine (FNO). Ainsi restructurée pendant les Trente Glorieuses, la filière caprine prépare l'intensification de ses productions.


La "vache du pauvre"
L'expression "vache du pauvre", déjà employée au XIXe siècle, dépeint la chèvre comme un animal productif et peu coûteux. Longtemps parent pauvre de l'élevage face à la vache, elle est haïe par les forestiers et délaissée par les zootechniciens. Pourtant, le rôle économique de la chèvre n'est pas moindre : bien souvent, la chèvre garantit la subsistance de certaines familles, voir une partie des revenus des petits exploitants.


Les femmes, pionnières de l'élevage caprin
Traditionnellement, au début du XXe siècle, l'élevage et la garde des chèvres étaient réservés aux femmes, et parfois aux jeunes enfants. Le caractère essentiellement féminin de cette activité dissuadait presque systématiquement les hommes de s'en préoccuper. Loin d'être privilégiées sur l'exploitation, les chèvres devaient être nourries à moindre frais : elles pâturaient le long des chemins et les troupeaux se croisaient, créant des liens forts entre les chevrières qui les accompagnaient. Les troupeaux, pour la plupart modestes, comprenaient une quinzaine de bêtes et permettaient à la fermière de fabrique ses propres fromages. Le savoir-faire fromager de la filière caprine se trouve alors dans les mains de ces dames qui alimentent, échangent et transmettent les recettes comme les astuces. Au regard de l'implication et de la solidarité de la gente féminine dans la filière caprine, inutile de s'étonner en remarquant que le nombre de syndicalistes des années 1950 sont des femmes. En 1958, les différents syndicats caprins du Centre, à l'origine de la revue La Chèvre, sont présidés par mesdames de SAINT-SEINE, de MONTMARIN et DEON, toutes trois éleveuses.


1970-1980
Les quinze glorieuses d'une filière en développement.
Au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, le développement de la filière est bien engagé avec une hausse de la production, les premières AOC et de nouvelles techniques. Mais les crises compromettent périodiquement son essor.
L'industrialisation et le rayonnement de la filière entre 1970 et 1985 entraînent le grossissement du cheptel caprin en France. Même si le nombre d'éleveurs recule, l'élevage de chèvres s'intensifie grâce à l'amélioration des connaissances techniques et des machines. Deux tiers du cheptel se concentrent dans trois régions particulièrement dynamiques : Centre, Rhône-Alpes et Poitou-Charentes. En 1971, l'ITOVIC prend en main la Revue La Chèvre et collabore étroitement avec l'INRA pour améliorer l'élevage ovin et caprin. La revue sert d'outil de diffusion des nouvelles méthodes de gestion de l'élevage, indispensable à la stabilité des exploitations et aux éleveurs novices récemment installés : dossiers et fiches de conseils sont publiés dans La Chèvre, et sont illustrés par Alain Chrétien à partir de 1984. Dans les pages de la revue, la conjoncture économiques est également suivie de près, la filière étant désormais intégrée aux marchés et donc soumise aux fluctuations économiques.


Le "boom" de la production laitière.
Avec la spécialisation laitière de l'élevage de chèvres et l'augmentation des effectifs par troupeau, les chiffres de la production s'envolent. La collecte nationale de lait peut aller jusqu'à 200 millions de litres par an. L'alimentation du marché du fromages en est favorisée ; près de 16 000 tonnes de fromages laitiers et 13 000 tonnes de fromages fermiers sont fabriqués à la fin des années 1970. Mais la récolte de lait de chèvre est vite excédentaire. En 1981 survient une crise de surproduction dans le secteur caprin, entraînant une chute du prix du lait de 2 % à 1,91 francs du litre. "La première crise de surproduction est arrivée en coup de tonnerre parce que la production augmentait, le marché s'élargissait sans problème et le prix augmentait", se souvient Jean-Claude Le Jaouen, ancien rédacteur en chef de la Revue La Chèvre.


Un important progrès technique.
Les syndicats et les pouvoirs publics sont alors forcés d'organiser la régulation de la production : des groupements interprofessionnels régionaux se constituent afin de renforcer le dialogue entre producteurs et transformateurs. La mécanisation de l'élevage de chèvres est caractéristique de la période post-industrielle. Les techniques de traite se développent considérablement et les machines sont perfectionnées pour faciliter le travail des éleveurs au quotidien. En 1981, Paul le Mens, ancien technicien de l'ITOVIC expliquait "C'est un lieu commun d'affirmer que sans la mécanisation, certains secteurs agricoles n'auraient pas connu le développement qui est le leur maintenant. C'est le cas de l'élevage caprin qui sans la traite mécanique n'aurait pas progressé". Les progrès en médecine vétérinaire permettent également de mieux gérer la production en luttant par exemple contre les pathologies respiratoires ou en ayant une meilleure connaissance du chevreau et de la gestation de la chèvre. Savoir si une chèvre est pleine ou non permet d'organise efficacement sa production : "Un industriel n'attendrait pas cinq mois pour savoir si une machine s'est mise en marche ou non", soulignait Gérard de Montigny, de l'ITOVIC en 1986. Les études sur les fourrages se multiplient pour s'assurer la composition protéique du lait. De nombreuses plantes comme le maïs, la betterave, ou la luzerne, sont étudiées pour alimenter les troupeaux caprins.


L'insertion économique de la filière sur le marché français.
Le travail des syndicats et la modernisation des techniques sont payants : la filière caprine française, dans les années 1980, est bien intégrée dans le marché alimentaire. Grâce aux groupement professionnels, la promotion des produits est efficace. En 1984, la jeune Association nationale interprofessionnelle caprine (ANICAP crée en 1983) lance la campagne "Les fromages de chèvre, goûtez leurs différences" avec un spot publicitaire dans lequel apparaît l'acteur Claude Piéplu. Mais avec les crises cycliques de surproduction de lait, les déséquilibres persistent. En 1989, la grande manifestation de Surgères dans les Deux-Sèvres contre la baisse du prix du lait témoigne du ras-le-bol des professionnels. Dans ce contexte, les coopératives et les GAEC associent des individus pour partager les bénéfices et les pertes, améliorer les conditions de travail ainsi que les avantages économiques. Mais il y a quelques inconvénients administratifs.... "Adhérer à une coopérative, ce n'est ni plus ni moins se mettre un anneau au doigt ! C'est un véritable mariage..." remarquait Bernard Magneron, directeur de la coopérative de Sèvre et Belle en 1975. Face au collectif et à la croissance, l'éleveur court le risque de perdre son autonomie.


Protéger avec les AOC
Dans les différents terroirs français, les fromages de chèvre peuvent être une source de fierté aussi importante que celle de grands crus. Parmi les premières appellations d'origine contrôlée, les fromages de Selles-sur-Cher, Pouligny-Saint-Pierre et le Crottin de Chavignol obtiennent officiellement leurs premières AC dans les années 1970 grâce au travail des syndicats, décidés à défendre l'identité des produits régionaux. La protection du "pur chèvre" est mise en face de la fraude régulière du fait de la saisonnalité de la production laitière. Le "mi-chèvre" n'est pas interdit pour autant, la production hivernale de lait étant encore une problématique majeure.


Le "retour à la terre" des néoruraux
Après les événements de 1968, les néoruraux quittent la ville pour s'installer, en couple ou en groupe, dans le Sud de la France. Parfois appelés "hippies", ces jeunes adultes guidés par l'appel de la nature choisissent généralement les territoires reculés, voire désertifiés en Ardèche, dans les Cévennes ou dans les Hautes-Alpes pour lancer leurs exploitations. Nombre d'entre eux se tournent vers l'élevage des chèvres. Adaptée à la rusticité des sols pauvres, la chèvre est rustique et nécessite moins d'investissements que l'élevage ovin. L'installation des néoruraux contribue ainsi, dans les années 1970, à relever les effectifs caprins en France : en 1975, les chèvres sont près de 950 000. Mais bien souvent, les néoruraux passent pour des rêveurs utopiques, incompétents et envahissants, ce qui créé des conflits avec les paysans locaux. Beaucoup abandonnent leur projet et retournent vivre en ville suite à des expériences communautaires désastreuses. Seule une poignée de ces néoruraux parvient à rester implantée durablement.

1990
L'inquiétude au tournant du siècle.
Au crépuscule du XXe siècle, les crises de surproduction se poursuivent et l'organisation de la filière est ébranlée. Le modèle de développement est remis en question.
Dans les années 1990, les crises cycliques de surproduction plongent la filière caprine dans l'inquiétude.
Différentes stratégies sont mises en place et la mécanisation s'amplifie. Mais les conditions de travail et de vie se dégradent, l'activité demandant un investissement personnel de plus en plus important sur l'exploitation. Les équipements sont coûteux, les réglementations se durcissent, certains problèmes sanitaires fragilisent les troupeaux... Peu à peu le modèle productiviste et la taille des élevages sont remis en cause.
- le recul du nombre d'éleveurs caprins. En 1994, plus de 25 % des exploitations caprines a disparu. A la fin des années 1990, il ne reste plus que 10 000 producteurs ayant plus de 10 chèvres. Contrairement aux année 1970, peu de jeunes éleveurs s'installent ou souhaitent reprendre l'exploitation familiale du fait du grand nombre de contraintes notamment financières. "Avec une filière modernisée, le coup de reprise peut poser problème : maintenant il faut reprendre 500 chèvres et tout le matériel qu'il faut entretenir".
Pour faire face : les formes associatives se développent (GAEC, CUMA...), embauche d’un ou plusieurs salariés sur l'exploitation, utilisation du capital sympathie des chèvres pour attirer les curieux dans les chèvreries et développer la vente directe. Tous ces stratagèmes participent à la promotion des produits ainsi que du métier auprès des jeunes candidats à l'installation. Mais de nouvelles difficultés se présentent : climat capricieux dans certaines régions de France (canicule...)
La poursuite du progrès technique et de la lutte contre les crises sanitaires contribuent au maintien de la filière. 
Avec la chute des prix du lait, les troupeaux s'agrandissent pour stabiliser les revenus des éleveurs. Cela encourage à investir dans l'automatisation.
- Les conditions de traite sont améliorées grâce au manège et la production laitière augmente dans les années 2000 : 330 millions de litres sont collectés en 2000 et 120 millions de litres transformés à la ferme.
- l'insémination artificielle se développe afin de de multiplier le progrès génétique élaboré dans le cadre du schéma national. Le programme Gènes+ est mis en place par Caprigène et Capr'IA en 1992.
-toutefois le modèle industriel est de plus en plus remis en cause (retour du pâturage, sauvegarde des races locales Poitevine Rove, Provençale, Pyrénéenne, récupèrent leurs lettres de noblesse et profitent des avancées des techniques de congélation de semence et de sélection)
- côté sanitaire, le CAEV meilleure compréhension des voies de transmission et moyens de prévention, Contrôle sanitaire officiel, programme de lutte contre la propagation du virus en 1994.
- dans les années 2000, la tremblante puis le fièvre catarrhale inquiètent les éleveurs et les vétérinaires.
-La chèvre a l'image du bio sans l'être forcément. En 2003, environ 20 0000 chèvres sont élevées en bio. Une augmentation de près de 15 000 têtes par rapport à 1997... En 2017, il y en a 61 000. L'agriculture biologique existe depuis longtemps et connaît un important essor dans les années 2000. Une partie des éleveurs français de chèvres songe à se convertir dans cette agriculture réputée "haut de gamme" et respectueuse de l'environnement. Il faut suivre le cahier des charges avec notamment une alimentation sans OGM et des traitements sur les animaux et les végétaux sans chimie de synthèse. En 2003, c'est en région Rhône-Alpes qu'on rencontre le plus d’élevages de chèvres bio avec 3 400 chèvres sur 64 exploitations. Mais la conjoncture est encore difficile pour ce type d'élevage. Même si des subventions sont mises en place par l'Etat pour encourager les conversions, le nombre d'élevages bio augmente plus que la consommation de ses produits, la filière n'ayant pas été assez bien préparée à la promotion de l'agriculture biologique.
La concurrence sur le marché avec les pays étrangers est rude, puisque des aides au maintien des exploitations existent dans les pays voisins et permettent de fabriquer les produits bio à moindre coût. Aujourd'hui, il existe une filière d'élevage et de fromage bio organisée. Mais il est encore difficile pour cette agriculture d'émerger. En effet, dans l'esprit des consommateurs, le fromage de chèvres, le fromage de chèvre est biologique par nature. Cette idée découle de l'image dont bénéficie l'élevage de chèvres après du consommateur, qui l'associe généralement à un petit élevage et au pâturage champêtre. "Le concept d'agriculture bio peut être considéré comme superflu par les producteurs de la filière caprine", estime Jean-Claude le Jaouen. Pourtant, c'est un élément d'assurance pour les consommateurs urbains.

2010
Les défis de la filière face à la société
Pour l'élevage de chèvres, ces dernières années ont vu émerger de nouvelles pratiques et de nouvelle idées liées aux préoccupation écologiques. La filière caprine doit y répondre pour se tourner vers l'avenir.
La filière caprine, au cours des années 2010, est marquée par une diffusion de certains modes de pensée et modes alimentaires en contradiction avec le modèle intensif. Les problématiques liées au développement durable ainsi que la protection animale impactent les habitudes de consommation. S'accentuant graduellement, la tendance industrielle de la filière introduit de nouveaux outils et de nouvelles technologies dans l'organisation des exploitations.
- bien-être en élevage (place et droit des animaux)
- vers une automatisation généralisée 
- "une bonne image à conserver"
- "Il y a un savoir-faire, une génétique, un travail fait sur les appellations. En élevage caprins les éleveurs qui s'installent disposent de moyens pour se faire aider et se former : salons, réseau compétent. L'installation est toujours compliquée : au moins dix ans pour que tout soit en place. Jusque-là la filière bénéficie d'une bonne image auprès des consommateurs. Si la tendance à l'industrialisation ne s'inverse pas, l'évolution du modèle d'élevage risque de nuire à l'ensemble de la filière. Les troupeaux se concentrent et grossissent. Ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus souhaitable pour les éleveurs, car ça devient compliqué de s'occuper de toutes les chèvres, surtout en période de mise bas par exemple. Tout est plus simple quand ce n'est pas industrialisé, surtout en termes de rapport à l'animal. L'émergence du mouvement végan fait réfléchir, ainsi que la question du bien-être. Il faut être capable de penser l'évolution de notre système actuel pour qu'il soit durable et s'adapter aux exigences des consommateurs, car ce sont aussi eux qui nous font vivre."

La revue La Chèvre aujourd'hui.
En 60 ans de publication, la revue La Chèvre a bien évolué mais sa mission reste la même : documenter et informer les éleveurs de chèvres sur les méthodes et l'actualité de la filière.
Chiffres clés :
3 750 abonnés à la Chèvre aujourd'hui
4 250 exemplaires de La Chèvre sont imprimés par tirage
Plus de 7 000 abonnés à la newsletter
Plus de 6 000 "J'aime" sur Facebook
Plus de 1 800 abonnés sur Twitter
 

Publié dans Organismes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article