Histoire de l'élevage caprin dans le Berry

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1. Gardeuse de chèvres, 2-3. Fromage de Valençay ; 4. Fromage Pouligny-Saint-Pierre
1. Gardeuse de chèvres, 2-3. Fromage de Valençay ; 4. Fromage Pouligny-Saint-Pierre
1. Gardeuse de chèvres, 2-3. Fromage de Valençay ; 4. Fromage Pouligny-Saint-Pierre
1. Gardeuse de chèvres, 2-3. Fromage de Valençay ; 4. Fromage Pouligny-Saint-Pierre

1. Gardeuse de chèvres, 2-3. Fromage de Valençay ; 4. Fromage Pouligny-Saint-Pierre

1804

La chèvre, mal aimée des institutions locales de l'Indre.
« Les chèvres sont des animaux qui, depuis la Révolution, se sont davantage multipliés ; leur nombre a plus que doublé... les haies, les jeunes pousses, les arbres fruitiers, tout périt sous la dent des chèvres ; et la certitude qu'on a qu'elles détruiront empêche de planter. Aussi de toutes part s'élève-t-il contre elles un cri d'extermination. Ce n'est pas sans doute qu'il faille détruire toutes les chèvres ; elles sont une ressource pour l'indigence ; mais il serait bon d'en empêcher l'énorme multiplication et d'en diminuer les dégâts. Il ne faut que quelques coups de dents pour faire périr un arbre, il faut bien des années pour l'élever, car il sert aux besoins du pauvre comme aux besoin du riche »  Extrait de la Statistique du département de l'Indre par le préfet d'Alphonse en 1804.

Hélène Guillemot et Claudie Rey, 2002, in : Au pays des pyramides, chèvres, fromages et terroir. Publication par la ville du Blanc, 36000.


Plus tard, la chèvre est si mal considérée qu'elle ne fait pas partie du cheptel. L'article 399 « des « Usages Locaux du Département de l'Indre » édition de 1932, signale : « on comprend dans le cheptel vif  tous les bestiaux du domaine, à l'exception des chèvres, dont le produit, lorsqu'elles sont tolérées dans le domaine, appartient contraires ».
Hélène Guillemot et Claudie Rey, 2002, in : Au pays des pyramides, chèvres, fromages et terroir. Publication par la ville du Blanc, 36000.

1838

Journal d'Agriculture pratique de Jardinage et d'Economie domestique. Tome second. 2e année, juillet 1838
p. 7-16
Etat de l'agriculture dans le département de l'Indre. par Louis Moll

extrait p. 15
Il est d'usage ici de joindre à chaque troupeau de moutons 4 ou 5 chèvres dont le lait est employé à faire des fromages. Cette branche est fort restreinte et se borne même, dans beaucoup d'exploitations, aux besoins du ménage. Je crois néanmoins qu'elle offrirait des bénéfices et pourrait recevoir une assez grande extension si l'on trouvait aux produits un débouché assuré.

1872

Bibliothèque du cultivateur. LA CHÈVRE par E. HUARD DU PLESSIS (1). Deuxième édition - 42 gravures - Paris. Librairie agricole de la Maison Rustique, 1883. (1ère édition parue en 1872)

p. 1-2

Introduction

On dit que la chèvre était la vache du pauvre, et on a eu raison, car cet utile animal, dont la nourriture coûte si peu, nourrit de son lait la pauvre famille qui l'élève. Malheureusement la chose n'a pas suffi à donner à la chèvre un peu d'estime et de popularité. Et pourtant les quelques défauts qu'on pourrait lui reprocher sont rachetés par des qualités bien précieuses. Le pauvre ne saurait avoir d'animal plus productif, si l'on a égard à sa valeur vénale ; à peine a-t-il besoin de songer à l'alimentation de la chèvre, qui va chercher une nourriture sans emploi dans des lieux inaccessibles le plus souvent. Au point de vue industriel, la chèvre offre aussi de précieuses ressources : non seulement elle donne un lait abondant sain et très nourrissant ; mais sa peau tannée est très estimée pour la chaussure de luxe ; les précieuses races de Cachemire et d'Angora donnent ces toisons qui servent à fabriquer les plus riches étoffes. Réhabiliter la chèvre, un peu trop généralement méprisée et maltraitée, c'est faire acte de justice. Aussi la chèvre mérite-t-elle un sort meilleur que celui qu'on lui fait généralement. Qu'on la traite convenablement, et on ne tardera pas reconnaître qu'on peut en tirer un bon parti. Nous avons cru qu'un traité sur la chèvre pourrait ne pas être inutile, et nous avons essayé une étude aussi complète que possible tout en restant dans le cadre de ce petit volume. Nous passerons en revue les diverses races ; nous étudierons la construction et l'entretien de la chèvrerie, puis l'élevage de la chèvre, qui comprendra la multiplication, les maladies, enfin nous parlerons des produits, lait, toison et viande, et nous terminerons par un état complet des recettes et des dépenses qui figurent au compte d'une chèvrerie organisée sur une échelle moyenne.

p. 12-36
CHAPITRE II.
Races diverses (quatre races principales)
Chèvre commune
La chèvre commune est blanche, noire, marron ou pie ; son pelage est formé de poils longs, durs, pendants, d'autres presque ras ; dans quelques individus, il est mêlé à une petite quantité de duvet fin et soyeux, mais très court. La chèvre commune diffère peu de la chèvre sauvage. Elle varie au reste beaucoup par la taille et les cornes, par l'absence ou la présence de cornes, comme par la lus ou moins grande quantité de lait qu'elle donne. En France, ces différences constituent moins des races que des variétés disséminées dans tout le pays. etc…

Chèvre Cachemire ou chèvre à duvet (Capra Thibetana)

Chèvre d'Angora ou chèvre à laine (Capra hircus Angorensis)
Extrait
Importation en France. - La France possédait dont en 1855 un troupeau de 92 chèvres d'Angora. Cette première tentative n'eut pas les résultats que l'on espérait, et la suit fut loin de répondre partout au but que se proposait la Société : une partie des animaux moururent, et ceux qui survécurent donnèrent des toisons dans un état tel, que la Société ne put en tirer un parti convenable.
Trois ans après, en 1958, de nouvelles tentatives furent faites ; la Société voulut étudier les causes de ses premiers insuccès, et fit un examen attentif des animaux placés dans l’Isère, le Doubs, le Jura ; il fallait nécessairement étudier le tempérament des chèvres d'Angora, les soins hygiéniques qu'elles exigent, le climat et la nourriture qui leur conviennent, tout ce qui peut enfin favoriser leur acclimatation en France.
Aujourd'hui (1872), grâce à l'expérience acquise, grâce à une connaissance plus parfaite des besoins de l'animal, aux soins intelligents et bien entendu qui lui ont été donnés, on peut désormais considérer cette belle race comme définitivement acquise au pays.
Description. ect...

Chèvre de Nubie. - Race laitière

p. 130-131

Fromage de Levroux.
On fait à Levroux, petite ville du département de l'Indre, des fromages excellents lorsqu'ils ont été raffinés, et qui ne sont malheureusement pas assez connus.
Ces fromages sont de la forme de petites briques carrées ; ils sont fabriqués avec un quart de lait de vache et trois quart de lait de chèvre. Pour les affiner, c'est-à-dire les rendre propres à la vente, on fait une friture de beurre et d'oignons ; cette friture étant retirée du feu et passée dans une étoffe de laine, on y trempe les fromages à différentes reprises, puis on les enveloppe dans des feuilles de châtaignier, de vigne, etc., et on les met, huit à dix ensemble, dans un pot de grès. Pendant le cours de la semaine, on répète trois fois la même immersion dans la friture ; alors les fromages se trouvent bientôt ramollis ; on peut les vendre et les consommer. 

 

(1) Ernest HUARD du PLESSIS
En 1883, E. Huard du Plessis (1820-x), cultivateur à Argenton-sur-Creuse, membre de la Société d’Agriculture de l’Indre, publie un traité de 150 pages « La Chèvre » (Librairie agricole de la Maison rustique). Il veut réhabiliter cet animal domestique : "Nous avons assisté à bien des concours régionaux ; nous avons lu avec attention bien des comptes rendus de ces solennités agricoles, et c'est toujours avec une certaine tristesse que nous avons vu la race caprine, cependant si utile, exclue de ces luttes pacifiques". L’ouvrage expose les éléments pour bien conduire un élevage de taille moyenne (24 animaux) : races, chèvrerie, reproduction, alimentation, maladies, produits (lait, fromages, toison viande), compte d’exploitation détaillé. E. Huard du Plessis y distingue quatre races principales : Chèvre commune, Chèvre Cachemire ou chèvre à duvet, Chèvre d'Angora ou chèvre à laine, Chèvre de Nubie (race laitière). Le traité est réédité en 1926.
 

 

1892

Source : statistique du Ministère de l'Agriculture, 1892
Cheptel caprin dans les départements les plus importants en France en nombre de chèvres :


Sud-Est :
Corse : 140 159
Ardèche : 81 939
Drôme : 63 729
Isère : 57 158


Centre-Ouest :
Deux-sèvres : 38 352
Indre : 37 536
Vienne : 32 095
Indre-et-Loire : 24 534
Sarthe : 22 022
Cher : 19 905
Loir-et-Cher : 19 053
 

1899

Claire DELFOSSE, "Chèvre des champs ou chèvre des villes ? Sélection et élevages caprins dans l'entre-deux-guerres". Ruralia [En ligne], 20 | 2007, mis en ligne le 01 juillet 2011. http://ruralia.org/1592 
p.11


Ainsi on peut lire sous la plume de d'Astier de la Vigerie, président de la Société d'agriculture de l'Indre, dans le compte-rendu du "Concours cantonal à Levroux, 20 août 1899" : "A côté su mouton source principale de richesse nous avons admis cette fois exceptionnellement une race il est vrai vagabonde et pillarde bien souvent maudite des forestiers, mais chère aux petits cultivateurs et aux humbles familles et qui, par les services qu'elle nous a rendus a pris dans notre canton une importance particulière. Les produites qu'elle fournit constituent une ressource précieuse et l'éloge de vos excellents fromages de Levroux n'a pas besoin d'être dans notre département"
(Cité dans le dossier AOC du Valençay)

Début des années 1920

Le club de la chèvre de race pure et ses adeptes


Claire DELFOSSE, "Chèvre des champs ou chèvre des villes ? Sélection et élevages caprins dans l'entre-deux-guerres". Ruralia [En ligne], 20 | 2007, mis en ligne le 01 juillet 2011. http://ruralia.org/1592 

Extrait p. 5
"Le club de la chèvre de race pure et ses adeptes
Pour la promotion des races pures, Crépin fonde au début des années 1920 le Club de la Chèvre de race pure. C'est là que se retrouvent ses disciples en matière de sélection caprine. Qui sont-ils ? Ce sont essentiellement des femmes issues de la noblesse ou épouses de riches propriétaires. Elles viennent de la région parisienne, mais aussi de régions rurales où la chèvre est très présente, comme le département du Rhône (avec Mme de Marliave), la Mayenne ainsi que la Touraine et le Berry. Là, quelques nobles ou grands propriétaires terriens, après s'être intéressés aux "animaux nobles", commencent dans l'entre-deux-guerres à s'occuper de ce qui était considéré comme du domaine de la femme : les volailles et les chèvre. Dans ces départements où le métayage est important, les chèvres sont toujours présentes dans les exploitations agricoles. D'ailleurs l'effectif caprin y augmente entre 1892 et 1929. Cet intérêt pour la chèvre amène le comte de la Rochefoucault (Sauzais-le-Potier, Cher) à fonder, en 1938, dans l'Indre, un goat-book pour améliorer la race berrichonne par croisement avec des boucs alpins. De même, le marquis de Lussac (du château de Comacre, près de Sainte-Maure-de-Touraine, Indre-et-Loire).....Il est bientôt imité par d'autres nobles ou propriétaires de châteaux de la région comme M. Mauvy (Robert Mauvy à Blois) et les époux Lecointre (du château de Grillemont à la Chapelle-Blanche-Saint-Martin, Indre-et-Loire)......
Ces éleveurs-sélectionneurs de caprins sont membres du club de la chèvre de race pure qui commence à se structurer au niveau national. Des sections départementales et régionales se créent ; leurs secrétaires sont chargés d'organiser des concours de reproducteurs et des syndicats d'élevage permettant aux petits producteurs d'acquérir en en commun un bouc sélectionné. Ils sont les relais de Crépin en direction du milieu rural d'une part, et des services agricoles d'autre part. Ainsi madame de Marliave, secrétaire de la section du Rhône, de l'Isère et de la Loire, obtient que l'Office agricole du Rhône subventionne le "Club de la chèvre de race pure" de ce département. Est-ce pour autant que la chèvre accède enfin à l'excellence rurale ? Retient-elle l'attention des élites agricoles et rurales, ainsi que des organisations agricoles qui se mettent en place en faveur de la sélection animale durant l'entre-deux-guerres ?

1923

Journal d'Agriculture Pratique, 1er semestre 1923
p. 53-56
La révision d'un procès : la chèvre.
Dans le magnifique livre qu'il vient de publier sur la Vie pastorale dans les Alpes françaises, M. Philippe ARBOS, maître de Conférences à l'Université de Clermont-Ferrand, décrit les services rendus autrefois par les chèvres dans toute la chaîne des Alpes. Elles fournissaient la région entière de lait, de fromages, de viande. A titre d'indication : Die avait un abattoir spécial pour les chèvres, Grasse en consommait chaque année 5 000. Viande fraîche ou de salaison, la viande de chèvre était partout appréciée. De plus, l'utilité de ce précieux animal était considérée telle qu'un vieux texte du Dauphin, cité par l'auteur, déclare "fourni de tous les biens" celui qui a "bonne fame, bonne mule et bonne chèvre". Mais, dès la fin de l'Ancien Régime, une guerre implacable fut faite à ces gracieux animaux par les forestiers, qui les accusaient des pires méfaits : nous verrons ce qu'il faut en penser. Les circonstances économiques aidant, les chèvres qui, dans le seul département des Alpes-Maritimes, étaient au nombre de 120 000 en 1847, n'étaient plus que 20 000 en 1905.
Dans l'ensemble de la France, on trouve encore un peu partout des chèvres à l'état isolé. Les îlots de quelque densité ne se trouvent guère que dans les Alpes, les Pyrénées, le Mont-d'Or Lyonnais, le Poitou, le Berry et la Vendée.
Sur notre territoire, les chèvres sont en rétrogradation constante. A quoi cela tient-il ? A l'humeur capricieuse de la chèvre, sans doute ; à l'ostracisme porté sur elle par les forestiers aussi ; à la multiplication du bétail bovin ; aux circonstances économiques locales, mais surtout à des préjugés et à la mode. Notre vieille France républicaine est, dans ses mœurs, la nation la plus aristocratique du monde, et ce, dans toutes les classes de la Société ; il s'est donc créé, contre les chèvres, depuis le plus humble métayer berrichon jusqu'au monde officiel, toujours enclin et souvent contraint à suivre les sentiers battus, une sorte de dédain inavoué. D'après l'opinion courante un tel animal ne pourrait être une ressource que dans les pays déshérités et aux mains des ignorants et des pauvres.
Peu de gens ont pensé qu'une espèce si tenace, rendant des services dans les circonstances les plus défavorables, avec des soins dérisoires, sans sélection, sans encouragements, devait être particulièrement bien douée pour avoir résisté à la sévérité d'un régime anachorétique, au mépris des riches, à l'abandon des pauvres et à l'oubli le plus absolu du monde officiel.
Tandis que notre cheptel caprin s'appauvrissait, l'Allemagne multipliait les encouragements à cet élevage, car il faut bien du lait et du bon lait pour nourrir les 6 ou 7 petits d'une famille "boche",
l'Amérique importait les meilleurs sujets d'Europe, et la Hollande fondait la première Station expérimentale pour l'amélioration et le contrôle de l'élevage des races de chèvres. En Belgique, les petits curés flamands créaient des Syndicats d'assurance caprine et faisaient acheter des boucs améliorateurs par les collectivités. En France, une seule voix, une voix d'apôtre, à vrai dire, celle de M. CRÉPIN s'est, pendant 30 ans, inlassablement fait entendre pour la défense de la chèvre. Les résultats ne se sont pas encore manifestés, mail il aura eu l'honneur de répandre la bonne semence qui ne peut tarder à germer.
Le vent souffle en ce moment, aux petits élevages ; pour les classes moyennes, c'est par eux at par l'horticulture que peut se faire le retour à la terre, ou que peut s'y contracter un nouveau lien. Prêcher le retour à la terre à des gens non pourvus de gros capitaux et dont la formation technique est à faire, c'est ordonner à un phtisique pauvre de passer son hiver à la Côte d'Azur et de boire une bouteille de Château-Margaux à chaque repas.
Sur quelles pièces la chèvre a-t-elle donc été condamnée ?


 1° Sur les dégâts que cet animal à la dent tranchante commet sur les jeunes arbres. Les chèvres, plus ou moins mal surveillées, surtout si on les mène dans les bois, donnent un coup de dent à gauche, un coup de dent à droite et finissent par dévaster un taillis.
Est-il sûr que les vaches ne commettent pas des dégâts du même ordre et pourquoi, dans ce cas, met-on des entourages aux jeunes pommiers qui se trouvent dans nos prairies du Vexin, du pays de Bray et ailleurs ?
En Berry, entre Valençay et Levroux, à la veille des vendanges, des petites bandes de 3 ou 4 chèvres pâturent en bordure des vignes, sans qu'il se produise de plainte. Dans la forêt de Rambouillet, aux portes de la résidence présidentielle, la plupart des forestiers ont des chèvres.
Enfin, la chèvre peut parfaitement prospérer en stabulation, à condition qu'elle ait un petit parc annexe pour prendre l'air.


 2° Sur les faibles quantités de lait que donnent les chèvres. Mal nourrie et nourrie sur sol pauvre, jamais sélectionnée, sevrée trop jeune dans son enfance, c'est une preuve de ses étonnantes qualités laitières qu'elle donne encore du lait. L'Association pour l'amélioration de l'élevage des chèvres en Zélande exige, qu'elle fournisse : 500 litres de lait la première année, 500 litres la deuxième et 600 litres les années suivantes. Et cela pour un animal qui pèse à peine 60 kg. Pour atteindre ce niveau -qui n'est pas exceptionnel- une vache Hollandaise sélectionnée devrait donner 5 000 litres de lait, or, la meilleure donne 4 500 litres, et une Normande du même poids 3 400 litres.
3° Sur le goût du lait. Lait à odeur de bouc. Cette odeur peut provenir de deux causes : 1° malpropreté et mauvais entretien des animaux ; 2° certaines lignées de chèvres fromagères. Mais il est à ce point facile d'obtenir du lait sans goût que beaucoup de personnes préparent de délicats entremets avec du lait de chèvre, qui ne le cèdent en rien avec ceux faits avec du lait de vache. Nous en avons personnellement consommé de délicieux chez un de nos plus éminents confrères de la presse, dont la femme -écrivain bien connu- est une grande admiratrice des chèvres.
Quels sont donc les débouchés du lait de chèvre ? Le lait de chèvre donne d'excellents fromages, comme ceux du Mont-d’or lyonnais, de Levroux (Indre), les Chabichous poitevins, dont le débouché
est assuré sur le marché des grandes villes. Ces fromages obtiennent de hauts prix quand ils sont bien préparés et présentés d'une façon moderne, c'est-à-dire avec un emballage qui en identifie la qualité et la provenance.
Mais la chèvre rend d'autres services plus remarquables dans l'allaitement des nourrissons. On se souvient d'ailleurs de l'attraction qu'avaient les petits dans nos grandes villes pour le lait de chèvre conduites dans les rues par les chevriers béarnais. Ces chèvres provenaient généralement d'importants troupeaux élevés dans les pâturages pyrénéens dont nous donnons un un spécimen (fig. 7 et 8).
Le lait de chèvre est particulièrement bienfaisant chez les nourrissons. Souvent, la mère ne peut plus allaiter elle-même son enfant, elle est forcée de recourir à l'allaitement artificiel, c'est-à-dire au lait de vache. Or, le lait de vache ne peut se donner que bouilli. Avec les connaissances actuelles sur le rôle des vitamines, on se rend compte que c'est une alimentation déficiente. Cela est si vrai que lorsque l'allaitement mixte peut-être employé, une très petite quantité de lait de mère vivant rend bienfaisante la masse plus importante du lait de vache bouilli, mort.
Il est faux, comme on l'a cru longtemps, que la chèvre ne contracte pas la tuberculose parce que l'on ne rencontrait pas de chèvres tuberculeuses dans les abattoirs des régions où la chèvre est employée comme animal de boucherie. Par contre, il est parfaitement exact que la chèvre ne contracte la tuberculose qu'exceptionnellement et lorsqu'elle est placée dans les plus mauvaises conditions hygiéniques ou alimentaires.
Il s'ensuit que, pratiquement, le lait de chèvre peut être employé cru, chargé de ses vitamines. De fait, les enfants alimentés au lait de vache, qui dépérissent redeviennent 9 fois sur 10 ; magnifiques quand on leur donne du lait de chèvre et qu'ils n'ont pas de tares irrémédiables.
En tout état de cause, il est toujours possible de faire tuberculiner une chèvre et de s'assurer de son immunité absolue.
Le lait de vache n'offre pas de telles garanties, puisque le lait livré à la consommation est presque toujours le mélange du lait de plusieurs vaches. Nous connaissons, d'ailleurs, chose qui paraît extraordinaire, des agglomérations agricoles où il n'y a point de vache et où il est très difficile de se procurer du lait. La chèvre rendrait donc de de grands services dans ces pays, comme elle en rend d'ailleurs en Belgique, où les vaches à lait sont cependant nombreuses.
Nous nous proposons de montrer ultérieurement ce que l'on a fait à l'étranger pour la sélection des chèvres en même temps que l'importance agricole, économique et sociale de cet animal si injustement discrédité en France, et en France seulement.
Ad. J. CHARON
 

1920-1930

Le club de la chèvre de race pure et ses adeptes dans le Berry

Charlotte PROUDHON
Mme Ch. Proudhon (1863-1952, née Cotard), femme de lettres, élue à l’Académie du Centre en 1927, épouse d’un ingénieur civil, élève des chiens bergers Briard et des chèvres Saanen (blanche des Alpes suisses) sur son domaine de l’Ermitage de Gouers à Ségry (canton d’Issoudun, Indre). Son élevage caprin est réputé dans les années 1920.

Albertine MANUEL
Mlle A. Manuel (1902-1994), fille d’un notaire parisien, créé l’élevage caprin du « Cheval Rouge » à base d’une douzaine de chèvres Saanen sur ses terres de Lagny à Saint-Valentin (canton de Levroux, Indre) en 1923. Elle est parmi les premiers adhérents du Club de la Chèvre de Race pure créé par Joseph Crépin. Vers 1929, du fait de son mariage avec Gilbert Déon, elle abandonne son élevage, d'ailleurs décimé par la strongylose.

Robert MAUVY
R. Mauvy (1892-1985) est un grand éleveur demeurant à Blois (Loir-et-Cher). En 1926, il devient membre de la Société Nationale d’Acclimatation, présenté par Joseph Crépin (père) et Pierre Crépin (fils). Il fonde l'Union pour la Sauvegarde du Cheval Arabe, et préside le Club du Sloughi (chien lévrier berbère). En plus des chevaux et des chiens il élève divers animaux domestiques dont les chèvres. A partir de la race Cou Clair du Berry, il créé la chèvre mantelée de Berry-Touraine diffusée dans de nombreux élevages (Châtillon-sur-Indre, Meusnes, Selles-sur-Cher...).

Le comte de la Rochefoucault (Sauzais-le-Potier, Cher) fonde, en 1938, dans l'Indre, un goat-book pour améliorer la race berrichonne par croisement avec des boucs alpins


 

1927

Les directeurs des services agricoles et la chèvre

DELFOSSE Claire, "Chèvre des champs ou chèvre des villes ? Sélection et élevage caprins dans l'entre-deux-guerres", Ruralia (En ligne), 20, 2007, mis en ligne le 01 juillet 2001, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://ruralia.revues.org/1592, 19 pages.

Extraits :

p. 8
Les directeurs des services agricoles et la chèvre
"Quelques voix commencent à s'élever contre le discrédit dont pâtit la chèvre dans l'entre-deux-guerres : les auteurs des monographies agricoles départementales, annexes à l'enquête de 1929, comptent parmi elles. Ces monographies, écrites par les directeurs des services agricoles les membres des offices agricoles, donnent des indications sur la place que peuvent revêtir les chèvres dans l'économie rurale d'entre-deux-guerres et l'image qu'elles peuvent avoir auprès des "élites agricoles" (40).

p. 9
"Les départements où les auteurs accordent de longs développements aux chèvres, tant dans les parties consacrées à l'élevage qu'aux produits d'élevage, sont ceux où le lait de chèvre permet de confectionner des fromages de renom. Les monographies des départements de la Drôme et de l'Isère vantent les mérites du fromage de Saint-Marcellin, celles de la région Centre (Indre-et-Loire, Cher...), les Valençay, Sainte-Maure, etc., et celle de la Vienne, le Chabichou et les autres fromages de pays."

p. 16
Note 40. Pour certains départements on dispose d'une première monographie agricole réalisée dans le courant des années 1920 par l'Office agricole départemental ou régional. puis de la monographie annexe à l'enquête statistique agricole de 1919 et qui a été publiée vers le milieu des années 1930 ; on peu voir ainsi si la place accordée à la chèvre évolue dans l'entre-deux-guerres.

1927

Le directeur des services agricoles de l'Indre et la chèvre

Bulletin de la Société Nationale d'Acclimatation de France. 1927

Séance annuelle de distribution des récompenses. 
Dimanche 27 mars 1927
M. Jean VINET, directeur du Service agricole à Châteauroux, pour ses études sur les Chèvres du département de l'Indre, qui sont au nombre de 40 000, afin de vérifier la valeur économique comparée de la race poitevine et de celle des Alpes, toutes deux importées, à pied d'oeuvre dans le département.

1928

Jean RIBOUX, La Chèvre dans l'Indre, ses principales maladies et améliorations à apporter à son élevage, Thèse vétérinaire, Alfort, 1928

 

Le journal de la ferme, N° 70. Fédération pour promouvoir l'Elevage des races domestiques menacées. Juin 2012
extrait page 8

"Mais c'est dans la thèse de doctorat vétérinaire de Jean Riboux, intitulée "La chèvre dans l'Indre" 1928 que l'on trouve plus de précisions : il mentionne trois races présentes à l'époque : la chèvre des Fossés, la Murcie, et l'Alpine."

 

1929

DELFOSSE Claire, La France Fromagère (1850-1990), La boutique de l’histoire. Mondes ruraux contemporains (Collection pluridisciplinaire du Laboratoire d’études rurales, Université Lyon-INRA, http://www.bhedition.com 2007, 267 p.
p. 78-79
Production de fromage de chèvre en 1929
Les fromages de chèvre sont principalement localisés dans la région Centre, le Poitou et la région Rhône-Alpes (carte n° 12). Contrairement aux fromages de vache et de brebis, la proportion de fromages de chèvre fermiers demeure prépondérante. Il est plus facile de produire industriellement des fromages à partir de lait de vache, tout en conservant le nom des fromages de chèvre, que d’industrialiser la fabrication du fromage de chèvre.
 

Journal d'Agriculture Pratique 1933 p. 138-140
Journal d'Agriculture Pratique 1933 p. 138-140

Journal d'Agriculture Pratique 1933 p. 138-140

1932

Plus tard, la chèvre est si mal considérée qu'elle ne fait pas partie du cheptel. L'article 399 « des « Usages Locaux du Département de l'Indre » édition de 1932, signale : « on comprend dans le cheptel vif  tous les bestiaux du domaine, à l'exception des chèvres, dont le produit, lorsqu'elles sont tolérées dans le domaine, appartient contraires ».


Hélène Guillemot et Claudie Rey, 2002, in : Au pays des pyramides, chèvres, fromages et terroir. Publication par la ville du Blanc, 36000.

1933

Les Services agricoles de l'Indre et la chèvre

Journal d'agriculture pratique. 1933 2e trimestre.
p. 138-140

Article signé Henri TROTIGNON (ingénieur agricole, professeur d'agriculture dans l'Indre)

LE FROMAGE DE CHÈVRE DE LEVROUX

Le département de l'Indre a toujours été considéré commun l'un des principaux centres caprins français. Il peuplé actuellement de 45 000 chèvres qui produisent un lait riche en matières grasses et en caséine, servant à la fabrication d'un fromage réputé, connu sous le nom de "Levroux", nom d'un gros bourg situé dans une région du département renommé pour la qualité de ses fromages. 
Les troupeaux que l'on rencontre dans l'Indre sont composés aujourd'hui d'animaux différents. A côté de la race du pays, on trouve des poitevines, quelques alpines importées de Tarentaise et des sujets provenant de divers croisements avec la race indigène, dérivée, comme la chèvre poitevine, de la race du Massif-Central. Le meilleurs types de race du pays présentent les caractères suivants : la tête est brachycéphale, sans cornes, légèrement concave, les oreilles sont longues, fines et bien portées, la taille est moyenne, le type médioligne, l'ensemble gracieux et fin. Le pelage est long et plat, de couleur brune plus ou moins foncée, la tête est marquée de chaque côté du chanfrein de deux bandes de couleur blanche, l'intérieur et le bord des oreilles, la face interne des membres et leur extrémité (sauf la partie antérieure des canons), le ventre et la région périnéale sont blancs. Ces animaux possèdent de bonnes qualités laitières, de nombreux sujets donnent 3 à 4 litres de lait par jour.
Au concours laitier caprin de Vatan, en 1926, la chèvre "Guitte" donna en 48 h, 7,750 kg de lait contenant 252,35 gr de matière grasse et 216,53 gr de caséine, marquant ainsi une légère supériorité par la richesse en caséine de son lait sur celui des Alpines qui étaient en compétition avec elle.
Cette race intéressante pourrait être considérablement améliorée, en généralisant l'usage du contrôle laitier.
L'élevage caprin, dans notre département est très prospère, depuis de longues années, plusieurs chèvreries ont été lauréates du Concours de Paris.
Il n'existe pas, dans l'Indre, de fromageries industrielles utilisant le lait de chèvre, le fromage est fabriqué dans chaque ferme où il set de base à l'alimentation de l'ouvrier des champs qui le consomme tantôt frais durant la période des chaleurs en raison des mouches et des difficultés d'affinage, tantôt blanc et salé, enfin "bleu" et affiné rouge du mois d'octobre à la fin de l'hiver.
Sa consommation est saisonnière, elle dure d'avril à février, elle suit la production des chèvres. En dehors de cette époque, le fromage analogue est fabriqué avec du lait de vache, mais beaucoup moins apprécié et consommé presque uniquement à la ferme.
A la fin de la période de lactation, quelques fermières mélangent au lait de chèvre une petite quantité de lait de vache pour atténuer l'odeur hircine, très accentuée à cette époque.
Le "Levroux" est un fromage gras, à pâte molle, avec moisissure à la surface. Il présente une forme d'un tronc de pyramide mesurant 7 cm de hauteur, 9 cm de côté à la base et 5 cm de côté au sommet. Cette forme, avec ses nombreux angles et faces réduites, évite l'adhésion des fromages entre eux dans le pot d'affinage et durant leur transport au marché. Ce volume se rapprochant le plus de la forme cubique permet au fromage trop affiné qui s'affaisse, de conserver encore une partie comestible sous l'épaisseur de la croûte. 
Son poids frais est de 400 gr, bleu de 215 gr. Un bon litre et demi de lait de chèvre suffit pour le fabriquer. Ce fromage est obtenu par une coagulation lente qui donne un caillé riche en petit lait, devenant plus tard le siège d'une fermentation lactique intense, acidifiant fortement la pâte. Cette activité du coagulum est nécessaire au développement de la moisissure bleue (penicillium glaucum).
Après la traite, le lait est passé et mis à refroidir légèrement dans des pots de grès d'une contenance de 1,5 à 2,0 l, appelés pintes. Il est présuré lorsque sa température est tombée à 25 ° ; on se sert de présure au titre de 1/2 500e, un gramme suffit pour 10 l de lait environ. Celle-ci doit être étendue de 5 à 1 fois son volume d'eau et versée vivement dans le liquide qui est remué énergiquement de façon à ce qu'aucune partie du lait n'échappe à son action. La présure est employée à faible dose pour que le cagulum se fasse en 24 ou 36 h dans un local à la température de 16 ° à 18 °.
Le caillé est versé dans un moule en fer blanc nommé "faisselle", qui a la forme d'un tronc de pyramide mesurant 8 cm de hauteur, 10 cm de côté à la base et 6 cm de côté au sommet, dont le plan supérieur et les côtés sont perforés de nombreux trous par où s’échappe le sérum. Les faisselles emplies sont posées sur un pot de grès, là, le sérum est expulsé, le contenu de chaque faisselle est rassemblé sur un plat puis brassé et remis à égoutter dans d'autres moules analogues pendant 24 h, après avoir été salé à la partie inférieure.
Les fromages sont ensuite salés sur chaque face (dose totale par fromage 9 gr de gros sel de cuisine) dès que démoulés et mis à sécher dans un panier spécial au fond en claire-voie, garni de paille de seigle que l'on installe au hâloir, local aéré, frais et obscur où les paniers chargés de fromages sont suspendus au solivage dans une température de 14 ° à 16°. Ils doivent être retournés chaque jour et si la dessiccation est trop hâtive, pour hâter la maturation, la fermière les recouvre d'un linge. Les fromages qui avaient auparavant l'odeur de beurre frais (ferment lactique), se recouvrent d'un enduit gras (mycodermes et oïdium) et dégagent une forte odeur de pomme mûre.
Après quelques jours, on voit se former à la surface, un léger duvet blanc (penicillium album et candidum) à odeur de champignon, puis vers le 10e jour, le bleu apparaît. Ils peuvent être gardés dans cet état pendant quelques temps à la condition d'être fortement séchés et livrés à la consommation.
On ne commence qu'en octobre l'affinage des fromages : dès qu'ils sont complètement bleus et bien secs, lorsque le pénicillium glaucum a presque détruit la totalité de l'acidité produite par les ferments lactiques, ils vont terminer leur maturation dans des grands pots de grès, clos, qui peuvent en contenir une douzaine environ. Ces récipients sont descendus à la cave à la température de 12° à 14°.
Dans chaque pot, l'humidité augmente et les émanations d'ammoniaque provenant de l'attaque de la caséine par les premiers ferments du rouge se trouvent concentrés dans la croûte du fromage. Le milieu devenant de plus en plus alcalin, les ferments du rouge chassent presque complètement le pénicillium glaucum et terminent l'affinage. Après trois semaines environ, le fromage est à point, la croûte est alors rouge et bleue, la caséine est peptonisée par les ferments lactiques, la pâte est jaune, c'est à ce moment que le fromage affiné est livré au commerce.
La qualité des fromages varie avec les saisons et trop souvent d'une ferme à l'autre. Les locaux ne remplissent pas toujours les conditions voulues pour mener à bien leur fabrication qu'il y aurait intérêt à industrialiser. Leur forme particulière rendant difficile leur mise en boîte, les producteurs auraient avantage à les livrer enveloppés de papier sulfurisé portant la marque de chacun, ce qui faciliterait leur exportation sur les marchés de Paris où, depuis longtemps ils sont appréciés, et sur ceux de nos villes du centre. Le "Levroux" est un fromage aromatique, gras, délicieux qui mérite d'être mieux connu ; il faudrait arriver à stabiliser par des méthodes rationnelles de fabrication, sa qualité remarquable lui permettrait alors de rivaliser avec les meilleurs cabrions de la région cévenole et les fromages du Mont d'Or lyonnais d'autrefois.
Signé Henri TROTIGNON (ingénieur agricole, professeur d'agriculture dans l'Indre)

Journal d'Agriculture Pratique 1936 p. 425-428
Journal d'Agriculture Pratique 1936 p. 425-428

Journal d'Agriculture Pratique 1936 p. 425-428

1936

Journal d'Agriculture pratique. 1936. Premier semestre
p. 425-428

CHÈVRES DE FRANCE
La dernière statistique agricole, celle de 1933, nous donne un total de 1 448 100 chèvres pour la France. Dans tous les départements français, il y a des chèvres, mais en nombre variable. Dans le département le mieux pourvu, sans doute en raison de son sol montagneux et des grands espaces incultes, la Corse, on en trouve 140 000, tandis que les Landes ne comptent que 570 têtes et la Seine, département essentiellement urbain, 190.
Il y a quatre régions principales dans lesquelles les chèvres sont l'objet d'une exploitation suivie :

1° Les Alpes et la région lyonnaise ; départements de l'Ain, Basses-Alpes, Ardèche, Drôme, Isère, Saône-et-Loire, Rhône, Haute-Savoie, avec 378 700 têtes, soit une moyenne de 47 100 têtes, en chiffres ronds par département. Nous ne croyons pas que l'on trouve une telle densité en Suisse.

2° Le Massif-Central : Haute-Loire, Loire, Puy-de-Dôme, avec 105 000 têtes, soit une moyenne de 35 000 chèvres par département.

3° La région de l'Est : Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, avec 67 000 têtes, soit une moyenne de 22 000 chèvres par département.

4° Le groupe Berry-Touraine-Poitou : Cher, Indre, Indre-et-Loire, Deux-Sèvres, Vienne, avec 244 000 têtes, soit 48 000 chèvres par département. Cette région est, d'ailleurs, au point de vue caprin, complètement inconnue des amateurs étrangers bien qu'elle soit la plus peuplée de chèvres et que sa race soit rustique et de bon rapport.

Peut-être devrait-on faire un 5e groupe comprenant le département des Pyrénées-Orientales, 34 200 chèvres, c'est de là que viennent chèvres et chevriers qui parcourent encore certaines rues de Paris.
Dans cette statistique sommaire, nous n'avons fait état que des départements dont le cheptel caprin dépasse 20 000 têtes.
Il est difficile de comprendre que, dans ces départements, il y a, au printemps, un commerce très actif de chevreaux, ce qui amène à l'objet principal de cette note. Le mardi 14 avril, nous étions dans la petite ville de Valençay (Indre), célèbre par son château, autrefois propriété du prince de Talleyrand, le célèbre diplomate, et resté dans sa famille. C'est dans ce château que fut relégué pat Napoléon, Ferdinand VII d'Espagne. Valençay est un petit centre caprin très vivant.
Rien de plus curieux, dans ce gros bourg, que le marché à la volaille : les femmes apportent les chevreaux soit dans leur bras, soit dans des brouettes, soit, même, lorsqu'elles sont d'un village un peu éloigné, par l'autobus. La toiture d'un grand car était ainsi couverte de chevreaux que le conducteur, à l'arrivée, tendait à ses clientes sans qu'aucune d'elle ne se trompe. Plus de 500 chevreaux, dans un pêle-mêle pittoresque, parmi les dondons, les canards, les poulets, étaient en vente. Les prix faits, ce jour-là, allaient de 26 à 34 francs.
Ce sont les marchands de Châteauroux qui achètent les chevreaux, les sacrifient et expédient leurs carcasses à Paris où la viande de chevreau est estimée.
Ce que nous avons vu à Valençay se passe dans chacun des chefs-lieux de canton du Berry, où l'élevage des chèvres est en honneur.
Il ne faudrait pas croire que ces chevreaux proviennent de troupeaux importants. Bien au contraire, les chèvres en Berry, en Touraine et en Poitou, sont généralement la propriété de vieilles femmes e condition modeste, qui les mènent paître sur les terres communales. Souvent, trois ou quatre chèvres constituent tout leur avoir : an tout cas, c'est leur unique gagne-pain, elles n'en ont jamais plus. La chèvre, animal admirable, leur permet d'assurer une existence modeste.

UN TROUPEAU DANS LA SOMME
Par contre, dans un département où l'élevage caprin n'est guère en honneur, la Somme, 7 150 têtes, nous connaissons un troupeau de 85 chèvres composé uniquement d'Alpines, et qui rendent, en fromages vendus à Paris ou sur le marché d'Amiens, les soins que leur donnent les propriétaires de l'élevage.
Mme Bralerait, originaire des Alpes, et son mari, en trois ans, ont constitué ce magnifique troupeau. L'écoulement des produits est facile, car Mme Bralerait a obtenu un premier prix dans les concours d'Amiens et de Paris pour l'excellence de ses fromages.
Après avoir porté surtout sur l'abondance du lait, la sélection va plus spécialement vise la forme : on a même envisagé d'introduire un bouc de provenance anglaise. En effet, la British Goat Society nous montre chaque année, les splendides résultats obtenus par une propagande persévérante et intelligente et l'activité bien dirigée d'amateurs convaincus.
Ajoutons que le mouvement caprin est suivi en Angleterre - pays où les chèvres sont peu nombreuses, cependant - avec sollicitude et encouragé d'intelligente façon par le gouvernement. Mêmes constatations en ce qui concerne les appuis officiels en Allemagne, aux Pays-Bas (Station d'élevage et de contrôle), aux Etats-Unis, en Belgique, au Canada...
En France, au contraire, malgré nos mœurs démocratiques, la chèvre, cette vache du pauvre ou des terrains pauvres, n'a point de part aux faveurs officielles. Elle rapporte, néanmoins, sou à sou, près d'un milliard annuellement au pays. Mais ne le dites point, son ostracisme est peut-être justifié : elle doit avoir des opinions déplorables et avec son caractère !...
Ad. J. CHARON
 

1936

Journal d'Agriculture pratique. 1936. Premier semestre.
p. 28
Appellation "Fromage de chèvre".
Il a été demandé au ministre de l'Agriculture :
1° Quelle est la loi ou quel est le texte de décret ou de circulaire qui réglemente l'appellation du lait ou du fromage de chèvre.
2° Quels sont, d'après les statistiques, les 6 départements français qui comptent le plus de bétail caprin.
Le ministre a fait connaître que :
1° Les dispositions réglementaires qui concernent les fromages sont insérés au décret d'application de la loi du 1er août 1905 au lait et produits laitiers, du 25 mars 1924. En exécution des prescriptions de ce texte, il y a lieu de considérer que l'appellation "fromage de chèvre" doit être réservée aux fromages préparés exclusivement avec du lait de chèvre. Quant à l'appellation "au lait de chèvre", elle paraît pouvoir être employée pour désigner un fromage contenant une certaine proportion de lait de vache, proportion inférieure, toutefois, à celle du lait de chèvre mis en oeuvre.
2° Les six départements français comportant le plus de têtes de bétail caprin sont : la Corse, 140 000 têtes ; l'Isère, 91 280, l'Ardèche, 83 790 ; la Drôme, 72 350 ; les Deux-Sèvres, 65 500 ; l'Indre, 47 290. (Journal officiel du 4 décembre 1935)

1938

Claire DELFOSSE, "Chèvre des champs ou chèvre des villes ? Sélection et élevages caprins dans l'entre-deux-guerres". Ruralia [En ligne], 20 | 2007, mis en ligne le 01 juillet 2011. http://ruralia.org/1592 
"Cet intérêt pour la chèvre amène le comte de la Rochefoucauld (Saulzais-le-Potier : Cher) à fonder en 1938, dans l'Indre, un goat-book pour améliorer la race berrichonne par croisement avec des boucs alpins."

1947

 

Albertine DÉON
A partir de 1947, A. Déon (née Manuel, voir plus haut), refait son élevage du Cheval Rouge à Lagnys (Indre) à partir de sources de race alpine très diverses : pays Alpins avec l’aide de Pierre Crépin, élevage de Mmes Escande (Cher), Le Conte (Loir-et-Cher), Daniel-Lacombe. Son objectif premier étant la production laitière, Mme Déon n’est pas stricte sur les caractères morphologiques. Son troupeau d’une trentaine de bêtes (chèvres et boucs) est assez hétérogène. Elle vend ses fromages de type Levroux (Valençay) à des affineurs. 
Présidente fondatrice du Syndicat caprin du Berry, elle est aussi Secrétaire-trésorière de la FNEC en 1958.
 

1948

Joseph CREPIN et Pierre CREPIN, La Chèvre, Encyclopédie des connaissances caprines, Paris, Editions Siboney, 1948.

NDLR : on y trouve quelques détails sur le Club de la Chèvre de race pure

1958

Revue La Chèvre, n° 2, mai 1958.

page 7
Prix du lait et produits de la chèvre
Laiteries de l'Indre
1957
Charost : Prix maxima (45), Prix minima (23), Ristournes (aucune)
Varennes S/Fouzon : Prix maxima (40), Prix minima (25), Ristournes (2 francs par litre et super-ristourne)
Marché de LEVROUX, le 31 mars 1958
Fromages (pyramides tronquées) payées 140 Fr. par coquaillers, vendus 170 Fr. sur le marché
Chevreaux 340 à 360 Fr. le kilo

page 9

Expositions caprines
INDRE
Le 10 août à Valençay, Concours régional caprin
Le 24 août à Issoudun (date peut-être pas définitive)

1958

La Chèvre, n°3, juillet 1958
SYNDICAT CAPRIN DU BERRY
Présidente : Mme DEON, "Les Lagnys", par Issoudun (Indre)

p. 4
Les prix du Lait et des produits laitiers
1958
COOP de L'indre
Varennes-sur-Fouzan et Vic-sur-Nahon
Janvier (40), Février (40), Mars (45), Avril (40-36), Mai (32-30), Juin (30)
Prix des Fromages (Indre)
Fermiers ramassés à la ferme : 90 à 100 F
Fermiers secs : 120 à 140 F
Fromages laitiers 1er choix : 145 F
Fromages laitiers 2e choix : 105 F

p. 6
Valençay (Indre) le 10 août
Concours interdépartemental
Juges : M. CHARLET, Maître de conférences à l'Institut National Agronomique ; M. LAISSUS, juge agréé par la Fédération Nationale des Eleveurs de Chèvres.
Nombreux prix et récompenses. Stand-exposition de fromage de chèvre.
Engagements et renseignements : DSA, Châteauroux, Tél. 200 ; Hôtel de Ville de Valençay ; Mme DEON, "Les Lagnys", par Issoudun.
Le Pays du Berry
Son Château
Le "Valençay" pur Chèvre
VOUS INVITENT
 

1958

Revue La Chèvre n° 3, juillet 1958, p. 6
SAINTE-MAURE-DE-TOURAINE (Indre-et-Loire)
Le 31 Août 
Concours interdépartemental organisé par le Comice Agricole de Chinon, la Ville de Sainte-Maure, la Direction des Services agricoles, le Syndicat des Éleveurs de Chèvres de Touraine.
La notice donne tous les détails.
Juges : Mme DÉON, Les "Lagnys" (Indre), Présidente du Syndicat du Berry ; M. BARAT, Ingénieur en chef Directeur des Services agricoles, chargé de mission.
 

1958

Revue La Chèvre n°4 Octobre 1958

SYNDICAT CAPRIN DU BERRY
Présidente : Mme DÉON, "Les Lagnys", par ISSOUDUN par ISSOUDUN (Indre) Tél. 8, à Saint-Valentin.

p. 2
Réunion
Syndicat de l'Indre. - Assemblée Générale du Syndicat, le 8 novembre, à Châteauroux, 33, Avenue de la Gare.
Pour plus de renseignements, s'adresser à Mme DEON, "Les Lagnys", par Issoudun - Tél. 8, à Saint-Valentin


p. 15
Nouveaux membres 
SYNDICAT DE L'INDRE
M. SICAULT Germain, Saint-Florentin-Vateur
M. VINSON, La Cour-aux-Gerbiers, Liniez
Mme. PILORGET, Grancillon, Levroux
Mlle. FAGUET, La Petite-Lande, Diors
M. BERTHONNET Maurice, La Petite-Vernelle, Valençay
Mme. LECLERC, La Riotte, Valençay
Soc. GRANDE MALTERIE DU BERRY, route de Levroux, Issoudun
Mme. MEUNIER, Les Effes, Châtillon-sur-Indre
Mme. GUYOT, Le Moulin-de-la-Prune, Argenton-sur-Creuse
 

1958

Revue La Chèvre n°4 Octobre 1958

p. 3-4
Concours Régional de Valençay (Indre) -10 août 1958
130 caprins environ ont été présentés à Valençay, par une chaleur torride mais dans des conditions parfaites : cases bien abritées, ring pour le jugement, programme très bien conçu.
Encore une fois, le jugement a été rendu difficile par la qualité des concurrents. Le concours était doté d'une subvention royale que de grands concours bovins pourraient envier.
Merci à M. le Maire de Valençay et à ses collaborateurs.
Merci à Mme Déon, l'organisatrice de ce concours, à laquelle est incombé toute la peine.
Nous retrouvons à Valençay presque tous les concurrents de Mennetou-sur-Cher et quelques nouveaux.
etc............
Palmarès (Race Alpine) ......
III. Prix d'ensemble
1er prix. Mme LE CONTE, qui reçoit la Coupe du "Figaro"
2e prix. Mme RAOUL-DUVAL, qui reçoit la médaille des Ets Sanders
3e Prix. Mme BRAULT, qui reçoit une médaille des Ets Sanders

Signé M. LAISSUS

1958

Revue La chèvre, n° 5, janvier 1959

p. 7
SYNDICAT CAPRIN DU BERRY
Le samedi 8 novembre 1958 a eu lieu, dans la salle de la Société d'Agriculture de l'Indre, l'Assemblée générale pour la nouvelle formation du Syndicat caprin du Berry.
Grâce à l'initiative de Mme Déon, déjà Présidente de longue date, nous avions rassemblé de nombreuses personnes intéressées par cette organisation.
M. Lagachen, Sous-Directeur de la Société d'Agriculture de l'Indre, a ouvert la séance et donné lecture des statuts adaptés aux nécessités actuelles. Ensuite il fut procédé à l'élection des membres du bureau.
Présidents d'honneur : MM. CAILLAUD, Sénateur-Maire d'Issoudun ; HYMANS, Conseiller général, Maire de Valençay ; BOUILLON, Conseiller général, Maire de Levroux ; JOURNEAUX, Président de la Société d'Agriculture de l'Indre.
Présidente active : Mme DEON, de Saint-Valentin
Vice-Président : M. PLISSON, de Brives
Secrétaire-Trésorière : Mlle FAGUET, de Diors
Membres : Mmes DION, de Maron (Indre) et GUILPAIN, de Graçay (Cher) ; MM. JOLLET, de Valençay ; PILORGET, de Francillon ; LUCAS, de Levroux.
En clôturant la séance, Mme Déon a souligné que les éleveurs de chèvres, qui étaient jusqu'alors isolés, auront la possibilité désormais de chercher en commun la solution de problèmes communs. Et rappelant avec conviction le dicton trop souvent méconnu de l'agriculture : 'L'union fait la force", elle a lancé un appel chaleureux à tous les éleveurs de chèvres pour les inviter à adhérer au nouveau syndicat. Le montant de la cotisation a été fixé à 500 fr. ; il comprend l'abonnement à la revue "La Chèvre".

p. 16
Nouveaux adhérents
SYNDICAT DE L'INDRE
M. LIMET G., à Levroux, Docteur-vétérinaire Saint-Paul, Issoudun
M. DION Raymond, Piou, Maron
M. SAMAIN M.-L., Crevant Parpeçay, Chabris
Mme. ROUSSEAU, "Muant", Le Blanc
M. CHANTEREAU R., Chabris
Syndicat Caprin du Berry, 33 avenue de la Gare, Châteauroux
Mlle. PELLETIER Marcelline, La Chapelle-Saint-Lauriau, Vatan
Mme. DESRIAUX, "Bourgneuf", Vic-sur-Nahon
M. BOURJAULT A., Guillet, Clion
 

Histoire de l'élevage caprin dans le Berry

1958

Revue La chèvre, n° 5, janvier 1959, p. 1-3

Nous inaugurons sous ce titre une série d'études où nous espérons montrer tour à tour à nos lecteurs les meilleurs élevages caprins français. Il n'est pas dans notre intention de faire de la réclame pour tel ou tel éleveur : mais de montrer les réalisations possibles dans le domaine trop peu connu de la chèvre, de dégager les principes d'élevage, de nourriture et de sélection qui ont permis les réussites ; d'indiquer les points d'échec, les moyens d'y remédier ; de repérer les petits systèmes qui facilitent ou améliorent le travail.
Il n'était que juste de commencer cette série de "reportages" par l'incontestable champion du Contrôle laitier, l'élevage de Mme DÉON.


ÉLEVAGE DU CHEVAL ROUGE
à Mme Gilbert DÉON
Les Lagnys, Issoudun (Indre)


Situation géographique. - En plein cœur de la Champagne berrichonne, entre Issoudun, Levroux et Valençay, c'est le pays de la "pyramide tronquée", ce fromage bien connu des gourmets. Jusqu'à la fin de la guerre, ces sols argilo-siliceux, assez pauvres et caillouteux, ne portaient guère que des moutons (le Berrichon de l'Indre rustiques et peu exigeants" et de grands troupeaux de chèvres, déjà fréquemment améliorés par des apports d'Alpines.
Depuis l'emploi abondant des engrais, ces terres saines sont devenues excellentes et on y cultive la betterave à sucre, l'orge de brasserie et le sainfoin.


Les débuts. - C'est dès 1923 que Mme DÉON (alors Mlle MANUEL) avait créé aux Lagnys l'élevage du Cheval-Rouge, à base de Saanen (cette belle et importante Alpine blanche) qui comptait une douzaine de sujets. Elle était parmi les premiers adhérents du Club de la Chèvre de Race pure créé par Joseph CRÉPIN.
Parmi les meilleurs produits de cette époque, on peut citer MARIN DU CHEVAL ROUGE, gagnant du Championnat à Paris en 1925 et dont la photo figure au livre de CRÉPIN. Aussi une gagnante du Concours laitier à Paris en 1925, MYRTILLE DU CHEVAL ROUGE, avec 4,300 kg en 24 heures.
Vers 1929, du fait de son mariage, Mme DÉON abandonnant son élevage, d'ailleurs décimé par la strongylose qu'on ne savait pas alors traiter.
En 1947, Mme DÉON décidait de refaire un élevage. Les sources furent diverses : quelques chèvres trouvées dans le pays d'origine Alpines, des chevrettes achetées dans le Cher à l'élevage de Mme ESCANDE, un bouc de chez Mme LE CONTE. Puis en 1952, un lot de chèvres amenées des Alpes par M. Pierre CRÉPIN ; en 1954, un nouveau lot d'Alpines ramenées se Savoie par Mme DANIEL-LACOMBE, et enfin un dernier lot que Mme DÉON elle-même vient d'aller chercher en montagne.


Le troupeau. - L'apparence des animaux se ressent de ces apports variés et ni dans les types, ni dans les robes il n'y a d'homogénéité. L'Alpine existe sous toutes les robes, aussi voit-on dans la chèvrerie de Mme DÉON des chèvres cornues et des mottes, des noires, des pie-noires, de noires et feu, des chocolat, des blaireau et des chamoisées. On sent cependant très nettement une orientation vers le type chamoisé motte uni, les trois boucs et toutes les dernières importées étant de cette robe.
Tous les animaux sont en parfait état, et tous ceux nés de l'élevage sont très développés et puissants. La chèvre CORNÉLIE, une des plus fortes, pèse aux alentours de 70 kg, et les chevrettes de l'élevage nées cette année sont aussi fortes que les chèvres de 18 mois provenant des Alpes.
Jusqu’ici, les têtes n'étaient pas très typées : avec de grandes oreilles, des chanfreins longs et droits ; les nouvelles venues montagnardes, aux têtes très typiques, au coup de poing très accusé, avec de belles petites oreilles portes très haut, doivent corriger ce défaut.
Mme DÉON, devant le problème de faire son troupeau, a cherché d'abord le lait : maintenant qu'elle l'a obtenu, elle peut porter ses efforts de sélection vers d'autres points.


La production. - Ce qui est très remarquable aux Lagnys, c'est l'homogénéité des résultats laitiers : tout le troupeau est soumis au Contrôle laitier officiel : en 1957, sur 23 chèvres en lait, 12 dépassent 1 000 kg de lait dans leur année, et la moins bonne de l'étable faisait encore 640 kg.
Le lait était jusqu'ici vendu à une laiterie, et le record de livraison est éloquent ; 23 chèvres dont 6 à leur première mise-bas : 20 700 litres de lait livrés à l'année. 
Désormais, le lait mis à cailler à la ferme, est livré 48 heures après à un affineur de fromages qui paiera bien cette pâte de qualité parfaite, provenant d'animaux sains et propres, recueilli et conservé dans une étable et une laiterie sans aucune odeur.


Les lignées. - Des différentes sources où elle s'est procuré ses chèvres, Mme DÉON a gardé les souches qui léguaient régulièrement leurs qualités laitières. Après chaque nom figure le chiffre du rendement en lait en un an au Contrôle laitier officiel.


- d'achat local : ZACHARIE (996) > BLANDINE (1 119) + DESSE (1 035) ; BLANDINE (1 119) > CIERCÉ (1 044) + AÏDA (1 012) ; CIERCÉ (1 044) > ÉGLANTINE (1 104, en première lactation)


- de l'Elevage de Ménantelles : XANTTHIPPE (942) > ZAIRE (1 048) + AURORE + DIVINE (à Mme LE CONTE) ; AURORE > DIANE + CORNELLE (1 101) + GRAZIELLA


- des importations des Alpes en 1952 : MAHAUT (1 300) > CALINE (1 212) > ÉLODIE (837 en première lactation) ; MARTHA > ALI (bouc base de l'élevage) + ASPHODELE (1 011)


- des importations des Alpes en 1954 : BARCAROLE (1 399) > EPICE (533 en première lactation) + CONDOLE ; BÉRÉSINA (1 061) > DÉLICATE (1 116) > BALISE (662) > DIGITALE (978) + DANAE (à Mme LE CONTE) + GRÂCIEUSE ; BALADEUSE (1 017)


Les importations des Alpes 1958 n'ont évidemment pas encore de contrôles laitiers. Elles ont le type "montagne" très accusé, d'excellentes têtes très typiques de la race Alpine, très bons tissus, pieds et membres très sains ; mais le développement est insuffisant, et les aplombs serrés : on voit que ces animaux n'ont jamais mangé que pour survivre ; ils dévorent d'ailleurs ce qu'on leur donne maintenant ; mais il est trop tard pour refaire du squelette à des chèvres de 2 et 3 ans, et à juste titre Mme DÉON compte sur leur descendance plus que sur elles-mêmes.


Les boucs. - L'élevage compte actuellement 3 boucs en service, tous chamoisés mottes.
- FLAMBEAU DE VILLECHENAY, fils de YÉOUDINE (1 254 kg de lait), grand et bel animal, un peu plat des côtes, mais qui semble très bien racé ; ses filles ont un excellent type, elles ont beaucoup de lait et le tiennent bien.
- HELLO DU CHEVAL ROUGE, fils de FLAMBEAU et ASPHODÈLE, chamoisé motte de très belle apparence, très fort et large, excellent couleur, poil très ras, très bonne tête.
- HERMÈS, récemment importé des Alpes, charmant petit chamoisé motte, très bonne tête, poil soyeux mais un peu long ; il a manifestement comme beaucoup d'animaux de montagne, manqué de nourriture dans son jeune âge et son développement ne peut être comparé à celui de HELLO qui a le même âge.


Les installations. - Mme DÉON a depuis peu fait installer dans l'ancienne écurie à chevaux de la ferme une chèvrerie qui comporte une trentaine d'animaux, sur 3 rangs, dont 2 avec cornadis et 1 du type classique à râtelier. Chaque chèvre a sa stalle individuelle de 60 cm de large. Devant les cornadis la mangeoire et les râteliers sont sans séparations ; les chèvres sont attachées avec des chaînes à chèvres, sans collier ; chacune dispose d'un bloc de sel (chlorosel) attaché dans la stalle ; une grande épaisseur de paille isole les chèvres du ciment ; le fumier est complètement enlevé à jours fixes : mardi et samedi de chaque semaine ; chaque jour on remet de la paille, qui absorbe le purin, de sorte qu'il n'y a ni écoulement ni odeur. Une grande fenêtre, une porte brisée et quatre buses d'aération donnent air et lumière.
Une porte ouvre sur la laiterie, où un petit poêle à bois entretient la température nécessaire au caillage du lait, et chauffe en permanence une réserve d'eau qui sert à la boisson des chèvres, au trempage de leur farine et au lavage des récipients de laiterie. Il n'y a dans toutes ces installations aucun luxe, mais une propreté parfaite.
Deux grands boxes dans l'étable servent à recevoir les chevreaux à la naissance ; une autre écurie plus loin les héberge lorsqu’ils ont 8 jours et jusqu'à l'âge adulte.
Enfin les boucs sont dans un troisième local. Mme DÉON considère comme essentiel à la qualité du lait qu'aucun bouc ne soit dans l'étable des laitières, son odeur se communiquant forcément à tout ce qui entoure, lait compris. Les boucs sont attachés en permanence et ne sont jamais lâchés avec le troupeau.


La nourriture. - Les chèvres ont trois repas par jour à l'écurie.
Le matin : 1,5 kg de betterave hachée, 250 gr d'avoine entière, fourrage de sainfoin ou luzerne.
A 2 heures : 1,5 kg de betterave hachée, mélangée à 500 gr de farine (orge, avoine, gros son).
A 6 heures : barbotage assez sec : 500 gr de farine, à peine humectée avec de l'eau chaude, fourrage de sainfoin ou luzerne.
Elles ont à boire, chaud, après chaque repas.
L'été, les rations de farine restent les mêmes, le fourrage sec aussi, et les chèvres sont gardées de 7 heures à midi et de 3 heures à 6 heures dans des sainfoins. Cette année une clôture électrique remplacera le gardiennage.
Un condiment minéral sera ajouté sous peu à la farine ; aucun tourteau ni farine laitière n'ont été employés cette année.


L'élevage. - Les chevreaux reçoivent pendant 8 jours du lait de chèvre, puis une lactine mélangée avec du lait de vache, ceci continué jusque vers 4 mois et servi dans une auge, comme à des porcelets. Ce produit n'étant pas très cher est donné pratiquement à volonté, 2 fois par jour. Il réussit fort bien si on en juge les résultats obtenus et le très beau développement des jeunes de l'année.
Traitements. - Les traitements contre la douve et la strongylose sont faits deux fois par an par le vétérinaire lui-même.


Causes du succès. - Mme DÉON attribue une part de sa réussite au sol qui permet d'excellents sainfoins, fourrage qu'elle considère, sec comme en vert, comme le meilleur pour les chèvres, mais qui ne pousse pas dans tous les sols.
En dehors de cela, il ressort de la visite de l'élevage et des explications reçues, que : 
- l'hygiène est parfaite : propreté de l'étable, drogages réguliers, longues heures de plein air ;
- la nourriture est abondante pour les adultes, et surtout pour les jeunes ;
- la sélection est sévère, avec l'élimination rigoureuse de toutes les moins bonnes laitières.
Nous espérons avoir intéressé nos lecteurs avec ce compte rendu et continuerons dans d'autres numéros la visite des élevages qui nous paraîtront apporter un élément nouveau et intéressant pour les éleveurs de chèvres.


Mme de SAINT-SEINE (Présidente du Syndicat des éleveurs de chèvres de Touraine ; éleveuse au château de Grillemont, commune de la Chapelle-Blanche-Saint-Matin, Indre-et-Loire)
 

1959

La Chèvre N°7, Avril-Mai-Juin 1959
SYNDICAT CAPRIN DU BERRY
Présidente : Mme DEON, "Les Lagnys", par Issoudun (Indre) - Tél. 8, à Saint-Valentin
Secrétariat : Mlle FAGUET, à Diors par Châteauroux - Tél. 13 , à Montierchaume

1961

La chèvre, Revue des éleveurs de chèvres. Numéro 15, janvier 1961, 4e année., p. 7-8


Inscriptions au Livre Généalogique de la Race Alpine.
Pour la première fois cette année, le L.G. de la Race Alpine remplissait son rôle de L. G. national, organisait, outre les marquages réguliers et déjà anciens dans certains départements tels que ceux du Centre (Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher), ceux des départements du Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Maritime, Vienne, Gers et Dordogne, répondent ainsi aux rappels réitérés depuis quelque temps de certains éleveurs.
Tournée fertile en enseignements de toutes sortes ; trait d'union de plus entre les éleveurs français, connaissances d'excellentes souches, d'excellents débuts ; par contre, animaux à éliminer et à remplacer, soins et traitements sanitaire à intensifier. Explications, conseils, triages, tout cela a été largement distribué et fait, reçu par des éleveurs intelligents, pleins de bonne volonté très encouragés par le fait qu'ils ne se sentent pas isolés !
La Commission des marquages était composée en juillet, pour l'Ouest, de Mmes de SAINT-SEINE* et LE CONTE*, MM. Le CONTE et DEBOUVER ; pour le Gers et la Dordogne en août, de M. et Mme LE CONTE, alors dans les Landes…..

INDRE
Comprend près de 60 000 chèvres, le noyau d'éleveurs existants devrait très vite en entraîner beaucoup d'autres.
En tête les élevages de Mmes DÉON* et PILORCET ; ce dernier, nouveau venu du Syndicat, montre ce que peur rendre à son propriétaire un très beau troupeau d'une soixantaine de bêtes, aimées et soignées en conséquence.
A signaler, à Pouligny-Saint-Pierre, l'organisation de saillies établie par MM. REMONDEAU et LE MAITRE : mâle acheté en commun par un groupe d'éleveurs qui l'aura à sa seule disposition ; achat minime pour chacun, puisque partagé, possibilité d'échanges faciles avec d'autres groupes agissant de même.
Pour terminer, nous exprimons aux départements du Nord, Manche, Mayenne, Ille-et-Vilaine tous nos regrets de n'avoir pu aller jusqu'à eux ; le nombre de chèvres à inscrire vraiment trop restreint ne rendait pas très raisonnable les kilomètres à faire jusque-là ! Nous ne les oublions pas et espérons que des éleveurs nouveaux (on nous en signale déjà de possibles) s'aggloméreront dans le courant de l'année à l'élevage de Marianella que nous aurions bien aimé voir.


Tout s'organise peu à peu et ce que nous avons vu de tous côtés ne nous a certes pas donné envie de nous arrêter.
L'élevage de la chèvre rationnellement mené doit être de plus en plus une sérieuse source de profits... et de joies !
A tous les éleveurs nous souhaitons bon courage et disons "A l'année prochaine".
Mme LE CONTE
 

1961

LA CHÈVRE, Revue des éleveurs de Chèvres, mars 1961, N° 16 (numéro spécial, 4e année)


SYNDICAT CAPRIN DU BERRY
Présidente : Mme DÉON, "Les Lagnys" par Issoudun (Indre)
Secrétariat : Mme SAMAIN, "La Petite-Landes", Diors.
 

1961

LA CHÈVRE, Revue des éleveurs de Chèvres, mars 1961, N° 16 (numéro spécial, 4e année), p. 15-16


Utilisation du lait
Article écrit par Mme DÉON
La fabrication à la ferme de fromages affinés ou de fromages frais valorise considérablement le lait mais nécessite du temps pour la fabrication, la commercialisation t n'est pas toujours possible faute de main-d’œuvre.
Ces fabrications étant bien connues et d'ailleurs étudiées dans d'autres numéros, examinons seulement deux problèmes : la collecte par les laiteries du lait en nature et du "caillé" ou fromage blanc.


LA VENTE DE LAIT EN NATURE
L'industriel qui collecte le lait pour la transformation en fromages, parfois en poudre... a une opinion sur la vente en nature qu'il était intéressant de connaître ; aussi sommes-nous allés rendre visite à une laiterie. Voici, résumées, quelques opinions...
Dans le département où la densité caprine est importante les laiteries ramassent le lait de chèvre. Il en est ainsi dans les Deux-Sèvres, l'Indre, la Vienne, l'Indre-et-Loire le Loir-et-Cher, le Rhône et quelques autres. En laiterie on estime qu'un ramassage est satisfaisant quand la quantité de lait collectée au kilomètre est de 30 litres.
La livraison du lait nature à la laiterie offre un certain nombre d'avantages pour le producteur.
Il simplifie le travail : le lait trait, filtré, refroidi, mis dans un récipient entreposé dans un local frais, est livré au prochain passage du ramasseur.
Les risques de fabrication sont supprimés. Malgré les meilleures précautions prises, une chèvre peut donner un lait défectueux sans qu'on s'en aperçoive ; quelques gouttes de mauvais lait peuvent en contaminer des quantités de bon et voilà une fabrication manquée. D'autres facteurs sont néfastes à la réussite des fromages : les grosses chaleurs orageuses, les récipients mal lavés, certains produits de lavage, des ferments mal conservés, des présures trop vieilles ou de mauvaise qualité, un local trop sec ou trop humide et bien d'autres éléments qu'il serait trop long d'énumérer ici, contribuent à fausser la bonne marche de la fabrication.
Il n'y a pas de problème de commercialisation, pas de mise de fonds en matériel, installations, bâtiments, parfois peu coûteux mais par contre d'entretien onéreux.
Si le producteur fabrique lui-même ses produits et les vend, compte-t-il bien son temps et son transport dans ses prix de revient ?
S'il vend son lait à une laiterie peut-être a-t-il l'impression de moins bien rentabiliser son lait, mais ne bénéficie-t-il pas d'une quiétude bien agréable, car régulièrement, chaque mois, la maîtresse de maison peut établir son budget avec sa paie de lait.
La qualité des laits :
Comme pour le lait de vache, on peut dire : les bons fromages se font avec le bon lait. Or, nous devons bien avouer que le lait n'est pas toujours d'une aussi grande qualité que nous le désirerions.
Dans bien des cas un effort supplémentaire pourrait être fait par certains éleveurs, pour obtenir un lait plus propre : avoir des animaux propres, nettoyer le pis avant de traire, tirer à par les 2 ou 3 premiers jets qui sont très chargés de microbes, porter une grande attention à la propreté des seaux, bien tamiser le lait aussitôt trait à travers une rondelle de coton placée sur le filtre métallique, sortir seaux et bidons de la chèvrerie le plus vite possible car le lait fixe les mauvaises odeurs avec une grande facilité.
Refroidir le lait aussitôt trait sinon il s'acidifie très vite (mettre le bidon, par exemple, dans un baquet d'eau que l'on change dès qu'elle est tiède).
Ces précautions sont loin d'être inutiles, elles sont nécessaires pour que l'industriel puisse faire de bons produits qui, se vendent mieux, permettront de valoriser le lait de chèvre.
La poudre de lait, en particulier, est un moyen de valoriser considérablement le lait mais, en été, il n'est pas toujours possible de le transformer en poudre en raison d'une acidité trop grande.
Le producteur a donc un effort certain à faire, cet effort peut être très rentable.


TRANSFORMATION EN FROMAGE BLANC
Dans la région du Berry appelée Champagne berrichonne et délimitée par Châteauroux, Issoudun, Vatan, Graçay, Selles-sur-Cher, Valençay, Ecueillé, Levroux, se situe la plus grosse densité de chèvre de l'Indre ; là les troupeaux y sont très importants et sont en moyenne de 20 à 30 chèvres. Cet important peuplement a évidemment développé le commerce du lait et du fromage de chèvres sous toutes les formes. Nombreuses sont les laiteries qui ramassent lait de vache et lait de chèvre, ce dernier étant très recherché ; malheureusement ce lait de chèvre n'étant pas taxé, le prix en est variable et pas uniforme dans le même département, c'est ce qui a incité certains producteurs à rechercher une meilleure commercialisation de leurs produits. Ils se sont donc adressés aux affineurs, ces derniers ramassant une fois par semaine chez le fermier ses fromages blancs égouttés, d'autres peuvent livrer chaque jour du fromage ou caillé égoutté, ce qui revient à peu près au même.
En 1960, alors que le prix du lait se situait en moyenne à 45 F le litre, le fromage se vendait 160, 135, 110, selon la saison.
Evidemment il est assez difficile de déterminer la quantité exacte de lait qu'il faut pour faire un fromage Pyramide tronquée, trop de facteurs entrent en ligne de compte : saison, température extérieure, nourriture des animaux, température à laquelle le lait a été emprésuré ; malgré tout je ne crois pas être loin de la vérité en comptant 1,75 litres à 2 litres pour un fromage forme Pyramide.
Par exemple, lorsque cet été le lait était payé 35 F le litre, le fromage blanc était vendu 119 F. S'il faut 2 litres pour un fromage à cette époque qui est la moins bonne pour le producteur, la différence est donc de 40 F par fromage. Il est certain qu'il est plus rentable de transformer le lait, la main-d’œuvre est insignifiante et de plus l'éleveur conserve à la ferme le sérum de fromage si utile pour l'élevage des porcs. Il n'est pas douteux que l'engraissement du porc complète dans une ferme l'élevage caprin, au point de vue rentabilité de l'exploitation.
Pour la préparation du fromage blanc, il ne faut pas des installations extraordinaires mais nécessite beaucoup de propreté du matériel et du soin, une laiterie exposée autant que possible au Nord avec une température de 15 à 18° et une hygrométrie de 90 %. La première des conditions requises pour une bonne réussite et qui joue surtout en période d'été, c'est le refroidissement du lait aussitôt la
traire. Si le lait n'est pas refroidi, il s'échauffe, mousse, gonfle et devient inutilisable. L'égouttage peut être fait soit en grandes faisselles, soit dans des sacs de toile de nylon très pratiques en raison de leur facilité de nettoyage. Les laits sont mis en présure dans de grands pots de grès d'une contenance de 15 à 18 litres maximum ; au-dessus de cette taille ils sont difficiles à déplacer.
Naturellement toutes ces questions dépendent de l'importance de la chèvrerie et du lait traité.
Il est difficile de donner des chiffres exacts sur cette production très importante de notre département ; cependant on peut préciser que les affineurs, situés dans le Nord du département, sont au nombre d'une quinzaine, et affinent chacun de 5 à 600 000 fromages chaque année.
Les ramassages se font dans le centre du secteur où le sainfoin réussit et où les chèvres le pâturent ; là, le lait de qualité y est recherché, le goût du terroir ayant son importance dans cette fabrication.
Cette commercialisation du fromage blanc de chèvre ira en augmentant, les grands centres comme Paris, Lyon, etc., commençant à s'intéresser à cette production, inconnue jusqu'à ce jour chez le crémier.
Il y a donc un grand avenir pour cette nouvelle formule dont les qualités de digestibilité pour les enfants, les vieillard et les malades ne sont plus à faire, ce que nos amis d'Amérique ont compris déjà depuis longtemps.
Mme DÉON
 

1971

Décret n° 71-925 du 18 novembre 1971

 

Les fromages de chèvre. Pierre ANDROUËT. Editions La Nouvelle République du Centre-Ouest 4 à 18, rue de la Préfecture – 37048 Tours Cedex, 1986.


p. 18
Levroux.  - Pâte molle à croûte mince et bleue de saveur caprine, très typée, de forme pyramidale tronquée de 7 à 8 cm de côté à la base, de 4 à 5 cm au sommet, de 6 à 7 cm de hauteur et d’un poids de 250 à 300 g.


p. 20
Pouligny-Saint-Pierre. – Pâte molle d’appellation d’origine provenant du Berry. Pâte fine et très fruitée. En forme de pyramide tronquée, haut de base carrée de 8 à 9 cm de côté, de pointe de 3 cm de côté, d’une hauteur de 9 cm environ.


p. 23
Valençay. – Pâte molle de forme pyramidale analogue au Levroux dont il possède toutes les caractéristiques. Forme et format préservés par le décret n° 71.925 du 18 novembre 1971.


p. 27-30
DISPOSITIONS LÉGALES
Décret n° 71-925 du 18 novembre 1971, publié ai « J.-O. » du 20 novembre 1971. Article 2 : les dénominations « fromage de chèvre » ou « bleu de chèvre » sont réservés aux fromages de formes et de poids variables préparés exclusivement avec du lait de chèvre. Ces fromages doivent contenir au moins 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après totale dessiccation.
La dénomination « fromage mi-chèvre » est réservée au fromage préparé avec un mélange de lait de chèvre et de lait de vache contenant au minimum 50 % de lait de chèvre. Ce fromage doit présenter au moins 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après totale dessiccation.
Étiquetage. – Les illustrations, mentions ou signes quelconques relatifs à l’élevage caprin ne sont autorisés que pour la vente des fromages de chèvre et des fromages mi-chèvre.
Mode de fabrication. – Les fromages de chèvre et les fromages mi-chèvre peuvent être fabriqués avec du lait de chèvre pur détenu et utilisé sous ses différentes formes de conservation et de report. Lait de chèvre concentré ou sec, caillé de lait de chèvre congelé.
Formes. – Les formes traditionnelles des fromages de chèvre ci-après sont réservées exclusivement aux fromages de chèvre :
a)    Cylindre de 60 mm de diamètre au maximum dont la longueur est comprise entre 10 et 20 cm ; 
b)    Cylindre de 65 mm de diamètre au maximum dit « bonde » dont la longueur est comprise entre 5 et 7 cm ; 
c)    Pyramide et tronc de pyramide quelle que soit la forme de la base ainsi que la dimension de la base et de la hauteur ;


Toutefois l’usage de la forme de bonde cylindrique reste admis pour les fromages fabriqués traditionnellement sous cette forme avec du lait de vache.
Ces dispositions sont applicables aux fromages fabriqués et vendus par les exploitations agricoles.
La dénomination « Sainte-Maure ». – Elle est réservée à un fromage de chèvre de forme cylindrique traditionnelle obtenu par coagulation lactique du lait de chèvre avec addition d’une faible quantité de présure, à moisissures superficielles, à pâte molle légèrement salée, non cuite, contenant au minimum 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après complète dessiccation et dont la teneur en matière sèche ne doit pas être inférieure à 90 grammes.
La dénomination « Chabichou » ou « Chabis ». – Elle est réservée à un fromage de chèvre en forme de bonde cylindrique (…) obtenu par coagulation lactique du lait de chèvre avec addition d’une faible quantité de présure, à moisissures superficielles, à pâte molle, légèrement sale, non cuite, contenant au minimum 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après complète dessiccation et dont la teneur en matière sèche ne doit pas être inférieure à 40 grammes.


La dénomination « Valençay » ou « Levroux ». – Elle est réservée à un fromage de chèvre ayant la forme d’un tronc de pyramide à base carrée, obtenu par coagulation lactique du lait de chèvre avec addition d’une faible quantité de présure, à pâte molle, légèrement salée, non cuite, contenant au minimum 45 grammes de matière grasse pour 100 grammes de fromage après complète dessiccation et dont la teneur en matière sèche ne doit pas être inférieure à 90 grammes.

 

1981

Commanderie des Fromages de Chèvre de Levroux en Berry

https://www.boischautnordmag.com/

https://www.boischautnordmag.com/blog/%C3%A0-la-d%C3%A9fense-du-patrimoine-culinaire

Blog magazine du Nord Boischaut 2018

« À la défense du patrimoine culinaire 
Créée en 1981, la Commanderie du fromage de chèvre de Levroux était présente à la foire de Levroux. Qui est-elle ? Elle a été fondée par l’abbé Barrault et Jean-Louis Boncœur, un conteur berrichon. « C’était donc un folklore local pour défendre la valeur du fromage de Levroux », explique Yves Quincy, président de la commanderie. Les membres défendent le patrimoine culinaire puisqu’en plus du fromage de chèvre, ils défendent la galette aux pommes de terre et le pâté berrichon connu sous le nom de pâté de Pâques. « Ils font le fleuron du Berry », exprime le président avec la fierté de son engagement. Chaque année la Commanderie du fromage de chèvre de Levroux font des intronisations lors de la foire de Pâques de Levroux. Des projets sont en cours de réalisations. « Pour l’instant ce ne sont que des ébauches, dévoile Yves Quincy. La Commanderie a été un peu en sommeil mais on va la réveiller ». Des projets qui ne sont pas encore révélés et qui seront à découvrir bientôt. »
 

Commanderie des Fromages de Chèvre de Levroux en Berry :

19 Rue Gallieni
36110 LEVROUX
Président : Yves QUINCY
02 54 35 82 08.

1987

Décret relatif aux fromages de la région Centre

"Avant la reconnaissance  du Valençay en AOC, en 1998, la demande portait sur le Levroux . Il existait un décret de 1987 sur la reconnaissance par l'état de formes spécifiques de fromages de chèvres qui concernait Ste Maure, Crottin, Valençay, Chabichou et Levroux. Ce décret imposait une forme, une teneur en MG et l'obligation d'avoir une couverture de moisissures superficielles. Lorsque les professionnels de Valençay ont voulu une reconnaissance en AOC il a fallu sortir de ce décret de 1987 les deux formes Valençay et Levroux pour ne conserver qu'une seule forme dénommée le Valençay. Ce choix commercial en faveur du Valençay était justifié par les volumes produits beaucoup plus importants en Valençay par rapport à Levroux. Les producteurs de Levroux ont cependant obtenu une dérogation de 5 ans."

Interview de M. L. Giboureau INAO-Tours , juin 2019 

1998

Reconnaissance AOC Valençay

"Avant la reconnaissance  du Valençay en AOC, en 1998, la demande portait sur le Levroux . Il existait un décret de 1987 sur la reconnaissance par l'état de formes spécifiques de fromages de chèvres qui concernait Ste Maure, Crottin, Valençay, Chabichou et Levroux. Ce décret imposait une forme, une teneur en MG et l'obligation d'avoir une couverture de moisissures superficielles. Lorsque les professionnels de Valençay ont voulu une reconnaissance en AOC il a fallu sortir de ce décret de 1987 les deux formes Valençay et Levroux pour ne conserver qu'une seule forme dénommée le Valençay. Ce choix commercial en faveur du Valençay était justifié par les volumes produits beaucoup plus importants en Valençay par rapport à Levroux. Les producteurs de Levroux ont cependant obtenu une dérogation de 5 ans."

Interview de M. L. Giboureau INAO-Tours , juin 2019 

Cahier des charges du fromage AOC Valençay :

https://www.inao.gouv.fr/produit/13170
 

1998 : Tract publicitaire AOC Valençay
1998 : Tract publicitaire AOC Valençay

1998 : Tract publicitaire AOC Valençay

2002

RÉSUMÉ de la DEMANDE d’APPELLATION VALENÇAY par Mme Coetmeur présidente fondatrice du CIPV en mai 2002


27 mars 1991 : création du CIPV : Assemblée générale constitutive du CIPV
Comité Interprofessionnel de ma Pyramide de Valençay à l’initiative de Pierre RENARD (maire de Valençay et Conseiller Général) et de Bernard JOLLET (président de la Chambre d’Agriculture de l’Indre ; mise en place du conseil d’administration (Évelyne COETMEUR, présidente et Dominique VERNEAU -URGDS – animateur) et préparation des statuts -loi 1901- et règlement intérieur du CIPV. Le CIPV compte alors : 16 producteurs fermiers, 1 affineur, 3 coopératives et 3 entreprises, sur la base du volontariat et sans définition de zone pour une production globale d’environ 70 tonnes.


Février 1992 : le CIPV présente le dossier initial de demande de reconnaissance en AOC au Comité National des produits Laitiers (CNPL : branche professionnelle et souveraine de l’INAO -Institut National des Appellations d’Origine, tout nouvellement créé).


Décembre 1992 : le CNPL entérine la demande de reconnaissance en appellation et à cet effet nomme une commission d’enquête : Mrs GIROD -Reblochon- LAPIERRE – MARTICOU -affineur- MIRASSOU -Ossau-Iraty.


14-15 Avril 1993 : 1ère visite de la commission d’enquête à Valençay : premiers contacts et échanges sur le Valençay avec le conseil d’administration et déplacement au cœur de la zone de production.


02 Juin 1994 : le CNPL nomme une commission d’experts, chargés de la définition de l’aire de l’appellation : Mrs COUDERC Jean-Mary (géographe à l'Université de Tours)*, DEBRAND-PASSARD, NICOULLAUD et MONGIN.


19-20 Octobre 1994 : la commission vient enquêter sur l’aire d’appellation.


17 Novembre 1994 : rapport de la commission d’enquête.


18 Avril 1995 : propositions de la commission d’experts concernant l’aire géographique.


24-25 Octobre 1995 : rapport de la commission d’enquête.


21 Août 1995 : informations de Mme Marie-Hélène BIENAYMÉ (INAO Paris) lors de la rencontre avec les producteurs de LEVROUX.


18 Janvier 1996 : le CNPL décide de l’aire géographique définitive du Valençay, future AOC.


03 Octobre 1996 : projet de décret Valençay.


11 Février 1997 : parution au JO de l’enquête publique concernant les noms de LEVROUX et VALENÇAY, afin de pouvoir les faire sortir de décret du 30/12/1988.


09 Avril 1997 : nouvelle avancée dans le projet de l’ensemble de la réglementation de la future AOC Valençay.


22 Avril 1997 : derniers travaux et discussions sur les projets de décret et arrêtés du Valençay avec la commission d’enquête.


26 Juin 1997 : le CNPL se prononce favorablement sur les projets de décret et de règlement.


21 Juillet 1998 : parution ai Journal Officiel du « Décret relatif à l’Appellation Contrôlée Valençay » ; le CIPV compte alors 22 producteurs fermiers, 2 affineurs, 2 coopératives et 2 entreprises pour une production annuelle de 130 tonnes.

L’ensemble de cette procédure a donné lieu, tout au long des années, à un important travail de réflexions, discussions et débats d’idées au sein des réunions quasi mensuelles du conseil d’administration et aux assemblées générales. Ce travail a demandé beaucoup de persévérance et de motivation pour aboutir à un projet mûrement « affiné » de décret et d’arrêté.
En complément de la demande de reconnaissance en AOC, le CIPV a également mené d’autres travaux de fond tels que :
Mise en place de commission de contrôle des fromages,
Caractérisation du Valençay,
Développement et amélioration des conditions de production chez l’ensemble de ses adhérents (producteurs laitiers, fromagers, affineurs et entreprises) par l’intermédiaire d’un CLO (Contrat Local d’Objectif),
Mise en place d’outils de promotion collectifs : étiquettes, dépliants, affiches… en collaboration avec les vignerons de Valençay…
Une appellation ne peut exister que si elle avait une véritable origine de son terroir,
Grâce à des hommes et des femmes qui l’ont préparée sans le savoir, des générations avant nous,
Grâce aussi à tous ceux et celles qui ont courageusement entrepris cette démarche de reconnaissance en appellation,
Et elle pourra continuer à vivre et à prospérer si le relais continue à se transmettre avec autant de conviction dans les décennies à venir….

Mai 2002
Évelyne COETMEUR -53 rue des Templiers- 36600 VALENÇAY.
 

* Commentaires (octobre 2019) de M. Jean-Mary COUDERC, géographe à l'Université de Tours, expert membre de la commission d'experts en 1994 :

"Je crois me souvenir qu'historiquement, il n'y avait aucun doute sur l'antériorité du Levroux et de la petite 
pyramide ; cela transparaissait dans toutes les études historiques. Par contre, l'heure de gloire du 
Levroux (situé en Champagne berrichonne) était passée parce que c'était un complément de revenu pour les pauvres sur les chaumes des 
grands propriétaires ; du jour où les grosses et très grosses propriétés céréalières se sont constituées à 
partir des années 55-60, les façons culturales modernes et la nouvelle génération d'ouvriers agricoles 
mieux payés n'ont plus laissés de place aux chèvres en Champagne berrichonne, sauf des broutilles.
Au contraire, la polyculture et les réseaux de haies ont perduré au moins vingt ans en pays de Valençay 
qui, à la différence de la Champagne, conservait des espaces montueux (escarpements) ou des fonds de 
vallées en partie abandonnés par les troupeaux de vaches, non encore tous irrigués, et même d'ancienne 
vignes familiales abandonnées, qui accueillirent les troupeaux tant qu'il y eut du personnel pour les 
garder et jusqu'à ce qu'on enferme les caprins à l'étable."
 

 

2019

Anniversaire des 20 ans de l'AOP Valençay

Château de Valençay, mercredi 9 octobre 2019

 

La Nouvelle République 14-octobre-2019
https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/valencay/l-aop-valencay-a-fete-ses-20-ans


"L’AOP Valençay a fêté ses 20 ans

Mercredi, au Château de Valençay, on fêtait les 20 ans de l'appellation AOP fromage Valençay. A cette occasion, la nouvelle présidente de L’association, élue depuis septembre dernier, Isabelle Genevier, productrice fermière, et Morgan Dumont, l’animatrice de l’association, étaient entourées d’une quarantaine de personnes qui avaient répondu à cette invitation.
Cette journée a débuté le matin par un exposé sur le thème les « E coli stec », une problématique sanitaire sur le lait cru, suivi par une douzaine de producteurs. Pour la pose déjeuner, à l’orangerie du Château, un repas 100 % Valençay était proposé avec vins et fromages. A la reprise, l’historique de l’élevage caprin de 1850 à nos jours a été présenté par Pierre Desbons. A l’origine de l’AOP Valençay, la première réunion d’information a eu lieu le 27 mars 1991, à l’initiative de Pierre Renard, maire de Valençay et conseiller général de l’époque, et de Bernard Jollet, président de la Chambre d'agriculture, pour une assemblée générale constitutive du CIPV (Comité interprofessionnel de la pyramide de Valençay) avec mise en place d’un conseil d’administration dont Évelyne Coëtmeur fût la première présidente. La parution au journal officiel, décret relatif à l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) Valençay, a eu lieu le 21 juillet 1998. Le CIPV compte alors vingt-deux producteurs fermiers, deux affineurs, deux coopératives et deux entreprises pour une production annuelle de 130 tonnes. Depuis 2004, la pyramide de Valençay est passée en AOP (appellation d’origine protégée), niveau européen."
 

L’AOP Valençay a fêté ses 20 ans

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2019 : Dépliant publicitaire AOP Valençay
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