ÉLEVAGE CAPRIN EN FRANCE

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ÉLEVAGE CAPRIN EN FRANCE
ÉLEVAGE CAPRIN EN FRANCE
ÉLEVAGE CAPRIN EN FRANCE

1733

Dictionnaire de l'Ancien Régime. Puf. 2006. p. 476-478, auteur Jean-Marc Moriceau.
Extrait 


Les caprins fournissaient du lait et du fromage pour la consommation locale (ainsi les "chabrichoux" donnés aux moissonneurs auvergnats au début du XVIIIe siècle) et la viande de chevreau était appréciée après le Carême (le chevreau de Pâques figurait parmi les charges des métayers poitevins au XVIe siècle). Mais les dégâts que causaient les chèvres aux arbres furent à l'origine d'un cortège de prohibitions : en 1733, l'intendant de Moulins interdit ainsi de laisser vaguer les chèvres, boucs, chevreaux, obligeant à les garder et à les attacher à la corde. Aussi leur élevage n'est-il contracté. A la fin de l'Ancien Régime, les grands troupeaux d'Auvergne avaient disparu : chaque éleveur ne détenait plus qu'une chèvre ou deux.
 

1761

Bibliothèque municipale de Tours 
Res 5350
Recueil des délibérations et des mémoires de la Société royale d'agriculture de la Généralité de Tours pour l'année 1761.
Troisième partie.


Bureau du Mans (province du Maine)
p. 131-139 ( jpg 5069-5077)
Mémoire
Sur le préjudice que cause la chèvre à l'agriculture, à la population de l'homme et à celle des bestiaux.
Extrait de l'exposition des abus de détail qui se trouvent dans les cantons de Lucé et de Montfort, présenté au Bureau (Le Mans) par MM. DE FONTENAY, membre de la Société, et DES MAZIS, associé.


La chèvre procure quelques douceurs aux gens de la campagne, par la fécondité et par l'abondance de son lait ; mais si on voulait apprécier les torts qu'elles causent essentiellement à d'agriculture, pour en faire comparaison avec son peu l'utilité, on la proscrirait dans tous les cantons cultivés et plantés. 
Tous les propriétaires éclairés et appliqués à l'amélioration de leurs fonds, sont si convaincus de cette vérité, qu'ils ont grand soin d'employer dans les baux à ferme, qu'ils donnent de leurs terres, la condition expresse que leurs fermiers ne nourriront et s'élèveront aucun bouc, ni chèvre en façon quelconque ; d'autres moins stricts, ne le permettent que pour une seule chèvre à condition de la tenir attachée dans l'étable, ou toujours menée en laisse lorsqu'elle sort, en quelque saison que ce soit. 
Ces précautions ne sont jamais aussi utiles à ces propriétaires, qu'ils se le proposent pour la conservation de leurs héritages. Ces animaux destructeurs des haies, des bois, des blés, tolérés par d'autres propriétaires voisins, moins attentifs sur cet animal, très difficile à garder et à contenir, étant abandonnés à leur liberté, vaguent partout et grimpant aisément sur les montagnes les plus escarpées, franchissent avec facilité les meilleurs fossés, percent les haies les plus vives, broutent tout et souvent se jettent dans les blés, dans les bois, et font partout des préjudices irréparables, c'est le fléau des voisins. 
On prétend avoir observé, par une combinaison assez exacte, qu'une chèvre mange dans le cours d'une année plus que ne contient une charretée, de bois ou de bourgeons de toute espèce, et que sa dent meurtrière arrêtant l'effet du progrès dans les arbres qu'elle broute, fait un tort de douze à quinze charretées dans l'espace de six années, qui est la plus courte durée des baux, et le temps fixé pour la réparation des haies que les fermiers sont tenus de mettre à bois neuf, que ces mêmes haies rongées derechef s'appauvrissent et périssent, de façon que le colon ne trouvant plus de bois capable de l'indemniser de la réparation des haies et des fossés, les négligés, et les clôtures périssent successivement. Ce défaut de clôture oblige à la garde des bestiaux, et conséquemment à une dépense de plus dans des lieux où il serait possible de l'épargner ; et malgré toutes les précautions qu'on puisse prendre, il résulte souvent de grands dégâts, des pertes et des sujets de contestation entre les voisins. 
Un fermier ne regardant jamais, par la courte durée de son bail, le fonds qu'il exploite, du même œil que devrait faire le propriétaire lui-même, cherche moins les moyens d'une amélioration qui ne tourne pas à son profits actuel, qu'à négliger certaines dégradations qui ne sont pas de son propre fait, ou desquelles on ne peut guère prétendre de dommage contre lui, lorsqu'il en retire un petit bénéfice, tel que celui de la chèvre ; souvent même ces dégradations lui fournissent une occasion d'obtenir une diminution sur son nouveau bail : des haies ruinées par la chèvre sont attribuées aux vices de fonds, c'est ce qu'il s'étudie de faire-valoir dans ces circonstances : l'aspect d'une ferme dénuée de clôture se présente toujours mal pour l'intérêt du propriétaire à changement de fermier : le colon qui se présente pour passer bail de cette terre, prend prétexte de cette circonstance pour en avilir le prix.
Il en résulte encore un autre inconvénient sur les arbres, qui dans leur jeunesse échappent à la dent à la dent de la chèvre. Le colon ne les laissera jamais taller du pied pour faire des sépées, il les laisse monter jusqu'à 7 à 8 pieds de hauteur et au-dessus de la portée de la tête de la chèvre ; il les étête alors pour en faire ce que nous appelons dans cette province [Maine] Troüisses ou Tétards, afin de se procurer par la suite une coupe de bois de leurs branches, qu'on abandonne aux fermiers. Il est cependant bien instruit que si cet arbre était venu d'abord en sépée et qu'il eût été garanti de la dent de la chèvre, il lui produirait un bois plus vigoureux dans quatre ans, que celui qui part de la tête ne le peut être dans six ; que cette sépée durera 500 ans et que la Troüisse périra souvent avant cinquante. 
Cette précaution du fermier en faveur de l'éducation de la chèvre, cause une prodigieuse perte à la culture et à la production des terres labourables par l'ombrage des grosses têtes de ces Troüisses à basses tiges ; elles couvrent et étouffent les blés assez avant dans une pièce de terre, ils ne grainent pas par le défaut d'air, et quoiqu'on ait prétendu que l'abri soit favorable à la culture des terres, une expérience continuelle et générale fait abandonner cette idée ; l'abondance des récoltes des pays de plaines achève de le démontrer : enfin les Troüisses contribuent donc encore avec la chèvre à faire périr le plan des clôtures. 
Continuer transcription  jpg 5073
 

1936

Journal d'Agriculture pratique. 1936. Premier semestre
p. 425-428


CHÈVRES DE FRANCE
La dernière statistique agricole, celle de 1933, nous donne un total de 1 448 100 chèvres pour la France. Dans tous les départements français, il y a des chèvres, mais en nombre variable. Dans le département le mieux pourvu, sans doute en raison de son sol montagneux et des grands espaces incultes, la Corse, on en trouve 140 000, tandis que les Landes ne comptent que 570 têtes et la Seine, département essentiellement urbain, 190.
Il y a quatre régions principales dans lesquelles les chèvres sont l'objet d'une exploitation suivie :


Les Alpes et la région lyonnaise ; départements de l'Ain, Basses-Alpes, Ardèche, Drôme, Isère, Saône-et-Loire, Rhône, Haute-Savoie, avec 378 700 têtes, soit une moyenne de 47 100 têtes, en chiffres ronds par département. Nous ne croyons pas que l'on trouve une telle densité en Suisse.


Le Massif-Central : Haute-Loire, Loire, Puy-de-Dôme, avec 105 000 têtes, soit une moyenne de 35 000 chèvres par département.


La région de l'Est : Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, avec 67 000 têtes, soit une moyenne de 22 000 chèvres par département.


Le groupe Berri-Touraine-Poitou : Cher, Indre, Indre-et-Loire, Deux-Sèvres, Vienne, avec 244 000 têtes, soit 48 000 chèvres par département. Cette région est, d'ailleurs, au point de vue caprin, complètement inconnue des amateurs étrangers bien qu'elle soit la plus peuplée de chèvres et que sa race soit rustique et de bon rapport.


Peut-être devrait-on faire un 5e groupe comprenant le département des Pyrénées-Orientales, 34 200 chèvres, c'est de là que viennent chèvres et chevriers qui parcourent encore certaines rues de Paris.
Dans cette statistique sommaire, nous n'avons fait état que des départements dont le cheptel caprin dépasse 20 000 têtes.
Il est difficile de comprendre que, dans ces départements, il y a, au printemps, un commerce très actif de chevreaux, ce qui amène à l'objet principal de cette note. Le mardi 14 avril, nous étions dans la petite ville de Valençay (Indre), célèbre par son château, autrefois propriété du prince de Talleyrand, le célèbre diplomate, et resté dans sa famille. C'est dans ce château que fut relégué pat Napoléon, Ferdinand VII d'Espagne. Valençay est un petit centre caprin très vivant.
Rien de plus curieux, dans ce gros bourg, que le marché à la volaille : les femmes apportent les chevreaux soit dans leur bras, soit dans des brouettes, soit, même, lorsqu'elles sont d'un village un peu éloigné, par l'autobus. La toiture d'un grand car était ainsi couverte de chevreaux que le conducteur, à l'arrivée, tendait à ses clientes sans qu'aucune d'elle ne se trompe. Plus de 500 chevreaux, dans un pêle-mêle pittoresque, parmi les dondons, les canards, les poulets, étaient en vente. Les prix faits, ce jour-là, allaient de 26 à 34 francs.
Ce sont les marchands de Châteauroux qui achètent les chevreaux, les sacrifient et expédient leurs carcasses à Paris où la viande de chevreau est estimée.
Ce que nous avons vu à Valençay se passe dans chacun des chefs-lieux de canton du Berri, où l'élevage des chèvres est en honneur.
Il ne faudrait pas croire que ces chevreaux proviennent de troupeaux importants. Bien au contraire, les chèvres en Berri, en Touraine et en Poitou, sont généralement la propriété de vieilles femmes e condition modeste, qui les mènent paître sur les terres communales. Souvent, trois ou quatre chèvres constituent tout leur avoir : an tout cas, c'est leur unique gagne-pain, elles n'en ont jamais plus. La chèvre, animal admirable, leur permet d'assurer une existence modeste.


UN TROUPEAU DANS LA SOMME
Par contre, dans un département où l'élevage caprin n'est guère en honneur, la Somme, 7 150 têtes, nous connaissons un troupeau de 85 chèvres composé uniquement d'Alpines, et qui rendent, en fromages vendus à Paris ou sur le marché d'Amiens, les soins que leur donnent les propriétaires de l'élevage.
Mme Bralerait, originaire des Alpes, et son mari, en trois ans, ont constitué ce magnifique troupeau. L'écoulement des produits est facile, car Mme Bralerait a obtenu un premier prix dans les concours d'Amiens et de Paris pour l'excellence de ses fromages.
Après avoir porté surtout sur l'abondance du lait, la sélection va plus spécialement vise la forme : on a même envisagé d'introduire un bouc de provenance anglaise. En effet, la British Goat Society nous montre chaque année, les splendides résultats obtenus par une propagande persévérante et intelligente et l'activité bien dirigée d'amateurs convaincus.
Ajoutons que le mouvement caprin est suivi en Angleterre - pays où les chèvres sont peu nombreuses, cependant - avec sollicitude et encouragé d'intelligente façon par le gouvernement. Mêmes constatations en ce qui concerne les appuis officiels en Allemagne, aux Pays-Bas (Station d'élevage et de contrôle), aux Etats-Unis, en Belgique, au Canada...
En France, au contraire, malgré nos mœurs démocratiques, la chèvre, cette vache du pauvre ou des terrains pauvres, n'a point de part aux faveurs officielles. Elle rapporte, néanmoins, sou à sou, près d'un milliard annuellement au pays. Mais ne le dites point, son ostracisme est peut-être justifié : elle doit avoir des opinions déplorables et avec son caractère !...
Ad. J. CHARON
 

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