OVINS en BERRY (Indre et Cher)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1282

http://berry-medieval.over-blog.com/article-33255388.html

Berry médiéval : histoire et patrimoine du Moyen-âge en Berry rédigé et illustré par Olivier Trotignon, médiéviste
« Dans le sud de l’actuel département de l’Indre, près de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Benoît-du-Sault, se déroula vers 1282 une étrange affaire qui fut portée devant la justice royale, et qui est particulièrement instructive sur l’évolution des pratiques d’élevage dans les campagnes berrichonnes.
Plainte est ainsi déposée par les moines du prieuré de Saint-Benoît contre le vicomte Hugues, seigneur de la puissante châtellenie voisine de Brosse, pour le rapt d’un bélier d’origine espagnole - quendam arietem qui venerat d'Espane - et la détention de celui-ci par les hommes du vicomte.  La colère des moines fut en plus décuplée par l’évidente mauvaise volonté du vicomte à restituer ce mouton à ses légitimes propriétaires, ce qui fut fait finalement au bout d’un certain temps.
L’animal n’ayant pas été passé à la broche, comme on aurait pu s’y attendre dans de pareilles circonstances, on comprend que les intentions des malfaiteurs étaient parfaitement préméditées et que l’origine ibérique du bélier n’est pas indifférente dans le déclenchement de cette affaire. 
De toute évidence, les bénédictins du Sault savent en cette fin de XIIIe siècle qu’il existe ailleurs des races ovines différentes des souches élevées par leurs paysans sur les domaines du prieuré et que ces moutons étrangers peuvent, par croisement, améliorer la productivité de leurs troupeaux. On peut alors supposer que le prieur de Saint-Benoît-du-Sault choisit d’investir dans un animal de type mérinos de façon à augmenter la production de laine issue de son cheptel. Que l’animal vienne d’au- delà des Pyrénées ou ait été acquis quelque part dans le Sud de la France ne change pas les données du problème : l’objectif est économique et on comprend la fureur des moines quand ils découvrent que leur précieux animal a été subtilisé par leur puissant voisin laïc, qui prend tout son temps avant de restituer le reproducteur, le temps que celui-ci couvre les brebis du vicomte, comme on peut s’en douter. D’une certaine manière, Hugues de Brosse invente une forme de piraterie génétique, faisant saillir ses ouailles à bon compte avant de se séparer de son hôte ibérique à quatre pattes.
Cette histoire illustre de façon originale l’évolution générale des techniques agricoles observées dans l’ensemble de l’Occident à partir du XIIe siècle et ajoute un volet zootechnique supplémentaire à un vaste mouvement d’adaptation des races animales aux besoins d’une agriculture qui se perfectionne. On se souviendra des chevaux frisons importés en Poitou à la même époque, ancêtre des Traits mulassiers. Le Berry n’est pas resté en marge du progrès et il est intéressant de noter la part occupée par les bénédictins dans la genèse de cette évolution. »
 

vers 1300

Introduction de Mérinos en Berry

Journal d'agriculture pratique. Janvier à juin. 1890
p. 899
Société nationale d'agriculture de France. Séance du 4 juin 1890. Présidence de M. Daubrie.
M. Menault, inspecteur général de l'agriculture, adresse une note sur la présence d'un bélier d'Espagne en Berry, au temps de Philippe le Bel (roi de France, de 1285-1314) et sur une cérémonie accompagnant la donation et la réception d'un bélier mérinos à Issoudun en 1807.

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Bulletin des séances de la Société nationale d'agriculture de France. Tome 50. Paris. Année 1890.
p. 326-329
L'INTRODUCTION DU MÉRINOS DANS LE BERRY
M. Menault (inspecteur général de l'agriculture) adresse la communication suivante :
"Commissaire général du concours régional agricole de Châteauroux en 1886, j'ai profité de mon séjour dans cette ville pour faire aux archives départementales quelques recherches sur l'agriculture du Berry, dont je me propose de publier prochainement l'histoire. Ces recherches m'ont amené à la découverte de deux documents qui m'ont paru assez intéressants pour vous être communiqués.
Il paraît en effet résulter de l'un de ces documents la présence d'un bélier d'Espagne, au prieuré de Saint-Benoît-du-Sault, situé dans l'arrondissement du Blanc. Le document remontant à l'époque du règne de Philippe le Bel, la constatation serait curieuse au point de vue de l'histoire de la race mérinos ; aussi, je m'empresse de tenir le document à la disposition de la Société qui pourra en faire vérifier la teneur.
De la présence d'un bélier d'Espagne en Berry peut-on conclure à un croisement de la race espagnole avec la race berrichonne ? Un ancien inspecteur général de l'agriculture, M. Lefour, parlant de la race berrichonne, déclare qu'elle est une de nos principales races, qu'elle a tenu le premier rang avant l'importation du mérinos.

1700

BONDOIS Paul-Marie. Etat de l'industrie textile en France, d'après enquête du contrôleur général Desmarets (début XVIIIe siècle). In: Bibliothèque de lécole des Chartes. 1943, tome 104. pp. 137-218.
dio : https://doi.org/10.3406/bec.1943.449299
https://www.persee.fr/doc/bec_0373_6237_1943_num_104_1_449299


p. 149

A Bourges, 40 drapiers, employant 19 métiers, confectionnaient de médiocres serges "blancs" et "gris blanc". La fabrique de de N. de Charnoy était devenue "manufacture royale" en 1701. La production variée de tout le "département" (serges, draps, droguets, doublures, étamines) restait moins que passable.
L'on travaillait aussi à Issoudun (30 drapiers, 70 métiers), Châteauroux (90 maîtres, 45 métiers), Aubigny (42 et 22), Argent (3), Henrichemont (28), Yvoy-le-Pré et la Chapelle-d'Angillon (25), La Celle, Vierzon (50 et 40), Aix-d'Angillon (4), Sancerre (15 et 10), Donzy-le-Pré (9), La Charité, Sancoins (18 fabricants et segers, 5 marchands, 42 métiers), Dun-le-Roi (12 et 8), Ainay-le-Château (10 et 6), Cérilly, Saint-Amand-Mont-Rond (10), La Châtre (19), Argenton (15), Saint-Benoît-du-Sault (8), Saint-Gaultier (8), Le Blanc (21), Châtillon-sur-Indre (12), Buzançais (7), Levroux (12) et Valençay (16).

 

1751

Création de la manufacture de royale de drap du château du Parc à Châteauroux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Balsan_(entreprise)
En 1751, Louis XV concède à Jean VAILLÉ le droit de créer la Manufacture Royale du Château du Parc, ou manufacture royale du Parc de Châteauroux, dans les alentours dudit château à Châteauroux, ville pionnière de l'industrie drapière. Les premiers bâtiments sont construits en 1752, mais l'activité débute véritablement vers 1755. Les périodes de prospérité alternent avec des épisodes plus difficiles mais la Manufacture s’impose dans le paysage économique de Châteauroux et du Bas-Berry dont elle devient la première entreprise de l'époque. Elle conforte ainsi une puissante tradition textile locale qui perdure jusqu’à nos jours. La manufacture a fait l'objet de nombreuses publications sur son organisation et le respect des conditions de vie des ouvriers.

https://www.pss-archi.eu/immeubles/FR-36044-24739.html
L'histoire de Châteauroux est indissociable de celle des établissements Balsan. Leur lente reconversion à l'image de l'autre fleuron de la ville - la Manufacture des Tabacs (1) - illustre sa désindustrialisation progressive et la restructuration urbaine qu'elle entraîne.
" Par arrêt du conseil du 17 août 1751, le feu roi (Louis XV) permit au sieur Jean VAILLÉ, fabricant de draps de la ville de Lodève, d'établir à Châteauroux, au château du Parc, une manufacture de draps, tant en blanc qu'en couleur, une teinturerie, une savonnerie et tout ce qui peut être nécessaire pour l'apprêt des draps, le tout sous le titre de "Manufacture royale et privilégiée".... Réellement effective en 1787, la manufacture vivotera quelques décennies au gré des soubresauts politiques que connait le pays. Léonard Muret de Bort, qui reprend la manufacture en 1816, la laisse 40 ans plus tard au premier plan des industries du secteur, mais occupant des locaux devenus obsolètes.
 

1768

Première introduction de Mérinos par Léon-François de BARBANÇOIS dans le Berry

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839
p. 6
M. Léon François de Barbançois* (1717-1795), brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, de madame Mégret d'Étigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Étigny**, propriétaire dans l'Yonne près de Sens), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps.

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2020/04/de-barbancois-villegongis-leon-francois-1717-1795-pere.html

** http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2020/04/megret-d-etigny-antoine-1719-1767.html

 

1770

Etat de l'élevage ovin en Berry

CARLIER Claude (abbé). Traité des bêtes à laine ou méthode d'élever et de gouverner les troupeaux aux champs et à la bergerie. Tome second. Paris M. DCC. LXX. 1770.
p. 700-718

Berry
Si c'était une loi que la Ville capitale d'une Monarchie dut en occuper le centre, le Berry devrait nécessairement posséder l'avantage de renfermer la première Ville de l'Empire Français. Les mœurs douces et l'esprit sociable ; qui semblent constituer le caractère et le fond du Berrichon, formerait aussi le génie, dirigeraient la conduite et présiderait aux actions des citoyens de la nouvelle patrie. Ceux-ci trouveraient, tant chez eux que dans le cercle des Provinces limitrophes, leurs provisions de gros et de menu bétail et la matière de leur habillement dans les laines du canton, presque sans frais d'exportation ; mais la stérilité des campagnes laisserait un vide immense dans l'approvisionnement des grains et des autres denrées dont le pays n'est pas fourni, faute de rivières navigables. En laissant le Royaume comme il est, sans refonte et sans projet de transmigration, on pourrait, sans abandonner entièrement l'idée d'une capitale située au centre de la Monarchie Française, envisager toutes les Bêtes à laine de la France sous le point de vue d'un peuple d'animaux, dont le genre de vie et la constitution demandent qu'il passe la plus grande partie de l'année dans les champs exposé au grand air. Les Parcs sont semblables à des Villes ambulantes ou à des domiciles de communautés, dont la réunion dans une même étendue de plaine, est comparable aux assemblages de maisons où les hommes vivent en société. A ce compte, on pourrait décorer la Champagne du Berry du titre de Plaine capitale des Bêtes à laine de la France. Rien ne manquerait du côté de la population ; en vain chercherait-on dans les cantons d'alentour, une plaine où le bétail blanc fût plus nombreux. Une circonstance qui pourrait obliger de rabattre beaucoup de cette idée, est qu'on ne parque pas dans la plaine du Berry. Le mouton, trop longtemps renfermé dans des étables basses et obscures, semblables à des prisons, y est plutôt gouverné en esclave qu'en citoyen. La police des troupeaux n'y est pas non plus observée comme dans les Villes, où l'on continue de ne rien négliger de tout ce qui peut contribuer à la conservation et au bien-être des habitants.


Pâturages.
Le Berry environné des Provinces de la Marche au Midi, du Nivernais et du Bourbonnais à l'Orient, le la Sologne au Septentrion, du Poitou et de la Touraine à l'Occident, se divise en Champagne et en Bois-chaud.

La Champagne du Berry est une plaine de quarante lieues de tour, qui s'étend depuis les territoires d'Issoudun et de Vatan, jusqu’à Châteauroux et au-delà. Les terres cultivées ou sans culture se partagent en guérets, en jachères, en friches, dans lesquels on conduit les troupeaux, et en terres ensemencées dont on a soin de les écarter. Les herbes tendres des guérets, prises en petites quantité sont bonnes et nourrissantes : elles causent la pourriture ou les maladies de sang aux bêtes qui en mangent outre mesure, pour peu que la rosée les humecte. Les herbes faîtes des friches et des anciennes jachères, contiennent moins de parties aqueuses et nuisibles, et ne gardent pas aussi longtemps l'humidité de la rosée.

On donne le nom de Bois-chaud au reste de la Province du Berry, qui consiste en pays couvert de bois entremêlés de brandes et de quelques prairies. Les herbes qui y croissent dorment une seconde classe de pâturages, bien inférieurs aux précédents en finesse et en goût.


On appelle Brandes, Brennes ou Varenne, les landes du pays. Elles changent de nature selon les territoires où elles crossent. Les Propriétaires et mes Métayers trouvent dans les hautes bruyères et dans les herbages de ces landes une ressource habituelle, propre à opérer l'engrais des bêtes qu'ils réforment. La partie maigre et aride est le partage de mouton de petite taille, qu'on nomme Mouton de Brenne ou du Bois-chaud. Les meilleurs lieux d'engrais se trouvent du côté de la Châtre, de Château-Méliand et de Néwy. On y admet tous les troupeaux qui se présentent, sans distinction de pays, de corsage ou d'espèce. Cette idée générale de la Province du Berry fait abstraction de plusieurs propriétés étrangères à notre sujet. On y voit divers cantons de prairies destinées à l'engrais des bœufs qui ont longtemps travaillé ; des étangs qui contribuent par la fraîcheur de leurs eaux, à rendre plus abondant les pâturages d'alentour. Il y a aussi quelques vignes du côté de Sancerre.


Espèces.
Le Berry réunit à la faveur de ses différentes classes de pâturages, toutes les parties d'un commerce complet touchant les bêtes à laine de nourriture et d'engrais, ce qui n'est pas commun dans le reste de nos Provinces. Les territoires des unes ne sont propres qu'à former des élèves jusqu'à l'âge d'antenais ; dans d'autres, on achète dans le dessein d''engraisser et revendre. Ici les Métayers recrutent tous les ans ; là, tous les deux ou trois ans. Il y a tels endroits, où le Cultivateur ne trouve du profit à ne nourrir que du mouton, tandis qu'ailleurs les ménagers ne conservent que de la brebis pour avoir tous les ans des agneaux. Le Berry se suffit à lui-même. L'agneau et l'antenais (agneau de 10 à 18 mois), le mouton et la brebis, partagent entre eux les pâturages et vivent chacun dans les lieux qui leur sont assignés par le choix de leur conducteur ou des maîtres auxquels ils appartiennent. Les troupeaux envisagés sous le rapport de leurs toisons, se divisent en fins, mi-fins, et gros. Ceux qui n'ont égard qu'aux espèces et territoires distinguent les différentes branches par les noms de Champagne, de Bois-chaud et de Faux. On appelle moutons fins ou moutons de Champagne, ceux qui paissent habituellement dans la plaine de ce nom. Les bêtes de première branche, longues de deux pieds neuf pouces à trois pieds, portent une laine fine et blanche, courte, serrée et frisée, d'une qualité équivalente à celle des laines Ségovianes d'Espagne. Elles ont le cou allongé, la tête sans cornes et lainée sur le sommet jusqu'aux yeux, rousse ou blanche de même que les pieds ; le front un peu relevé en bosse, le nez long et camus ; le ventre des mâles est garni de laine jusqu'à quatre ans ; les femelles perdent la laine de cette partie la première ou la deuxième fois qu'elles mettent bas. Une bête de Champagne pèse grasse 34 et 36 livres, dépouillée et vidée. Le mouton fin du Berry a plusieurs traits de conformité avec le mouton des Aspres et de la plaine du Roussillon, aux cornes près et à la laine que les derniers ont plus fine. C'est une opinion répandue dans le Berry, que le mouton Brion est d'origine d'Espagne. Ce nom lui vient d'une Paroisse du Berry où il a été établi, et où les troupeaux de cette race se voient encore en plus grand nombre que dans le reste de la Province. Le Brion est plus gros que le mouton de Champagne, sans lui être inférieur du côté de la toison. Il se reconnaît à une touffe de laine qu'il a sur le front. Les Propriétaires se trouvent très bien d'en multiplier l'espèces par les béliers. Les meilleures bêtes de cette branche rendent jusqu'à 6 livres d'une laine très fine. Un quart des troupeaux de Champagne porte une laine plus précieuse que les reste ; les Métayers et les Propriétaires entretiennent cette différence et sont en sorte que le nombre des seconds prévalent sur l'autre, parce que ces derniers prennent le gras plus facilement et qu'ils les vendent 40 sols de plus par paire. Nous ferons connaître ci-après, qu'ils gagneraient davantage à multiplier les bêtes à toisons fines.

Le mouton mi-fin de Bois-chaud est de même figure que celui de Champagne ; sa laine, moins fine et moins corsée que celle du premier, est ordinairement molle et sans nerf. Les troupeaux d'entre les territoires de Bourges, de Saint-Amand et de la Champagne, valent mieux à tous égards que le reste de l'espèce. On en distingue deux sortes ; les uns grands et de même taille que ceux de la plaine ; les autres plus petits et de différentes couleurs, noirs, bruns, beiges et cendrés. Ils prennent les noms de Bocagers, de Brenne ou de Varenne, de lieux où on les mène pacager. Longs de 20 à 24 pouces, leur poids n'excède pas 18 à 20 livres, gras et chair nette. Les Marchands et les Bouchers comprennent toutes les branches du Bois-chaud et de la Champagne sous le nom générique de Barrois. Le mouton de Faux, nourri et engraissé en Bois-chaud, plus gros et plus long de 3 à 4 pouces que celui ce Champagne, a la laine grossière, jarreuse et varie de couleur comme le bocager des brandes. Quelques-uns ont les museaux et les pieds tachetés de noir, d'autres portent des cornes. Ils ne sont pas originaires du Berry. Ils viennent de la Marche et du Limousin, où ils retournent après qu'ils ont pris de l'embonpoint.


Education.
Ce n'est pas d’aujourd’hui que les habitants du Berry tournent principalement leur vue du côté de la nourriture et du foin des Bêtes à laine. Le proverbe est ancien de les appeler par sobriquet Moutons du Berry. Cette dénomination vint moins de leur caractère doux et paisible, que de la longue possession où ils font de s'occuper par préférence du commerce et de l'éducation des troupeaux. Les coutumes en font foi. L'Auteur de l'État de la France observe, que les Bêtes à laine sont en si prodigieuse quantité en Berry, qu'il n'y a pas de particuliers qui n'en remplisse ses métairies. Cette conduite est une imitation bien louable du genre de vie qu'on menait sous la loi de nature : temps heureux et tranquille, que les Poètes et les Historiens représentent, comme ayant été l'âge d'or du monde. Les Bergers du Berry suivent avec persévérance de très bonnes maximes dans l'art de gouverner les troupeaux : ils en ont aussi de mauvaises dont ils ne veulent pas se départir. Il faut mettre au nombre des méthodes bonnes à garder celle de diviser les grands troupeaux, de manière qu'on ne mêle pas ensemble les sexes et les âges disparates. Après avoir mis à part les agneaux, les vacivaux, les moutons et les brebis portières, on prépose à chaque bande un conducteur particulier et on les héberge séparément. Nous avons relevé dans son lieu le mérite de cette méthode. On dit de quelqu'un qui a une excoriation, une cicatrice, une tache au nez ou au front, qu'il est marqué comme les moutons du Berry. Ce dicton est expliqué de trois manières. Il est attribué par plusieurs, à ce que les moutons du Berry, qui pâturent dans les terrains grouetteux, s'écorchent le nez en levant les petites pierres pour pincer l'herbe qu'elles couvrent. Cette explication confond à cet égard le mouton du Berry avec celui de la plaine de Crau en Provence. D'autres assurent que les bêtes blanches du Berry ayant été longtemps sujettes au noir-museau, espèce de gale qui attaque les nez, cette circonstance avait donné lieu au proverbe. Comme on ne donne pas d'époque de cet accident passager, l'explication n'est pas recevable. Nous pensons que ce qui a donné lieu à ce dicton, c'est la loi que les Bergers du Berry se sont imposée, de ne jamais appliquer de couleurs tenaces et onctueuses sur les toisons de leurs ouailles, parce qu'elles les dégradent, mais seulement sur quelques parties de la tête. Cette coutume doit aussi être comptée parmi les bonnes pratiques du Berry. Les Métayers et les Bergers perdent souvent, par un traitement mal entendu et par une conduite inconsidérée, le mérite et le fruit de leurs soins à ménager la laine des toisons, et à donner aux âges et aux sexes les attentions de détail qui leur conviennent. Ne parquant pas en été, le Berger se présente à l'étable sur les 6 à 7 heures, pour prendre le troupeau qu'il conduit aux champs. Il le garde jusqu'à 10 à 11 heures, et le ramène à la bergerie ; il répète sur les 4 heures du soir ce qu'il a exécuté le matin. Après avoir fait pâturer son bétail 4 ou 5 h, il le reconduit une deuxième fois à la bergerie pour y passer la nuit. Les bons Praticiens trouvent cette conduite répréhensible sur plusieurs points. S'il y a, disent-ils, un pays propre à faire parquer, c'est celui de la Champagne du Berry ; il semple avoir été aplani à cet effet. La rosée étant un poison lent pour le mouton, c'est mettre le comble à l'imprudence que de les mener pâturer à des heures, où la vapeur humecte encore les herbes. Chercher des abris pendant quelques jours d'un été extrêmement chaud, vous agirez prudemment ; gardez-vous de renfermer votre troupeau vers les 10 et 11 h du matin, c'est le temps le plus favorable pour la première Ventrée, qui est le déjeuner du mouton. Cet animal se fait aux impressions de la chaleur, comme il s'endurcit aux atteintes du froid sec et piquant. Les planchers de vos bergeries bas et écrasés, ôyent à l'air la liberté de se renouveler et de circuler. Le fumier que vous laissez monter trop haut, en ne vidant que deux fois l'an, est un gouffre d'exhalations impures, dont les particules infectent l'ait, dégradent et salissent les toisons ; elles énervent aussi en même temps les tempéraments et rendent plus faible la complexion des bêtes. Gardez-vous de laisser pâturer à discrétion dans les guérets et dans les jachères garnies d'herbes tendres et spongieuses ; c'est à vous à étudier la quantité la quantité de ces aliments, que vos bêtes peuvent supporter. Un berger qui se gouvernerait suivant ces principes, épargnerait à ses maîtres la disgrâce de mortalités, de pourriture et de maladies de sang qui causent si souvent des ravages et des pertes.


Vente et produits.
Le commerce des Bêtes à laine est tellement répandu dans le Berry, que tout le monde y prend part sans distinction d'ordre et de condition, Ecclésiastiques, Nobles, Cultivateurs et Bourgeois. Ceux qui ne peuvent pas faire valoir leur troupeau par eux-mêmes les donnent à bail, aux conditions que nous avons exposées au Chapitre VII, article du Cheptel. Sans les accidents de mortalité, qui ne laissent pas d'être fréquents dans le Berry, tous les intéressés en retireraient un profit considérable, qui mettrait plus d'aisance dans la Province. On n'entend dans le pays que plaintes et que regrets ; on semble presque vouloir accuser la providence, de ce que le Berry n'est point traversé de rivières navigables, qui faciliteraient le transport des grains et des autres denrées commerçables. Croit-on que s'il en était ainsi, les travaux de l'agriculture deviendraient bientôt plus lucratifs et plus animé ? La nonchalance du manœuvre et du cultivateur nous est un sujet d'en douter. On se fatigue et on s'épuise à former des vœux impuissants, qui font aspirer après la possession d'un bien incertain et souvent chimérique, pendant qu'on néglige de profiter de celui dont on jouit. Les bienfaits les plus signalés du Créateur ne semblent nous toucher qu'autant qu'ils sont nouveaux, ou qu'ils nous arrivent par des changements inespérés. L'usage de ceux que nous possédons en diminue toujours le prix à nos yeux. Quel commerce plus commode que celui du bétail blanc ? Il se rend de lui-même à sa destination, sans le secours des voitures qui coûtent à mouvoir, soit par eau, soit par terre. Les troupeaux du Berry sont exposés en vente sur les marchés et aux foires qui se tiennent tous les ans dans les temps marqués, depuis le mois de mai jusqu'à la Saint-Michel en septembre. Les foires en laine, où se rendent ceux qui ont besoin de remplacement, se tiennent à Brion, Issoudun, Ardente, au Bourg-Dieu et à Ville-Dieu. Les foires grasses, où l'on conduit les bêtes engraissées tant de Champagne que de Bois-Chaud, sont celles de Néwy, Cluys, Ardent, du Bourg-Dieu et d'Argenton. Les moutons de Faux se vendent à Faux même, à Valière, à Chatelier et à Aiguerande. Les foires grasses ont leurs débouchés principaux dans la consommation des Villes de Paris et de Lyon.


Laines.
La bonne laine de Champagne se vend en Berry 15 à 18 sols la livre en juin, 36 et 40 sols étant lavée. Choisie et dégraissée à fond, son prix passe cette dernière valeur. La laine du Bois-chaud vaut communément 8 et 12 sols surge, et le double après lavage. Il s'en faut beaucoup que la laine de Champagne soit portée à sa perfection. Deux choses s'y opposent, le mauvais air des bergeries et l'usage de n'admettre à la formation des troupeaux qu'un quart des bêtes à toisons fines. Proposez aux Berrichons de se réformer à ces deux égards, sur l'exemple des provinces où l'on évite ces abus, ils vous répondront qu'ils n'ont pas de meilleurs exemples à suivre que ceux de leurs prédécesseurs [routine]. Ils ajoutent sur la proposition de multiplier les bêtes à toison fines à l'exclusion des autres, qu'ils ne peuvent pas le faire sans porter un préjudice notable à leurs intérêts. Ces animaux, disent-ils, s'engraissent plus difficilement et produisent à la vente 40 sols par paire moins que les autres. Les connaisseurs dans cette partie, battent en ruine cette objection. D'abord ils conviennent du fait, c'est-à-dire que les bêtes couvertes d'une laine moins fine, prennent graisse plus promptement et se vendent 40 sols de plus par paire. Mais ils prouvent d'une manière victorieuse, qu'il y a beaucoup plus de profit à faire sur les laines des moutons de première qualité, que sur l'engrais des seconds. C'est un fait, disent-ils, que la laine fine vaut au moins 2 sols par livre plus que la laine moyenne. En supposant qu'une toison ordinaire de Champagne, pesant 3 livres en suint, soit vendue 18 sols la livre, une toison fine du même poids sera vendue 20 sols ; ce qui donne au Propriétaire un profit net de 6 sols par année. Ce bénéfice répété une fois à chaque tonte pendant 5 ans, qui est en Berry le terme de la vie d'une bête blanche, formera une somme de 30 sols par bête et de 3 livres par paire. A ce compte, voilà 20 sols de gain par couple de bêtes fines, au-dessus du produit de celles de la seconde classe, qu'on vend 40 sols de plus, comme ayant une meilleure graisse. Ce n'est pas tout : il est notoire qu'une toison de première qualité pèse une demi-livre en sus des autres, parce que la laine est plus serrée et plus tassée. Chaque demi-livre étant estimée à 6 sols, cet excédent répété une fois à chaque tonte pendant 5 ans, forme un total de 2 livres 10 sols. Ajoutez les 30 sols du calcul précédent au dernier montant de 2 livres 10 sols, vous aurez eu un profit de 4 livres par bête à toison fine au moment de la vente pour la boucherie, et 8 livres par paire. Ainsi en supposant que vous vendiez chaque paire 2 livres de moins, il vous restera toujours 6 livres de net d'ancien bénéfice. Le Métayers et Propriétaires conviennent tacitement de ce calcul ; mais comme il est question de sacrifier 40 sols par paire pendant un an ou deux, sols aiment mieux gagner moins en profitant du présent, que de gagner davantage par le détail en se rejetant sur l'avenir. La diminution présente d'un léger intérêt les affecte plus, que l'espérance d'un plus grand bien ne les touche. Ce qu'il y a de fâcheux, c’est que la Province et l'Etat perdent tous les ans une somme considérable, à raison de 13 sols par chaque toison de moyenne qualité. Les Fabricants eux-mêmes souffrent de cette perte étant obligés de tirer de l'Etranger une matière qu'ils auraient sous la main, pour peu qu'on voulût sérieusement aviser aux moyens de la faire croître. On n'emploie pas en Berry la 50ème partie des laines qu'on y recueille. Le surplus est enlevé tous les ans par des Marchands d'Orléans et de la Normandie, de la Champagne, de la Picardie et de la Flandre. Les premiers vœux qu'on pourrait former pour le bonheur de la Province, seraient d'y voir naître une émulation qui ne permit pas aux habitants de laisser manufacturer ailleurs les laines du cru. Ce genre d'industrie, dont la Province du Languedoc leur donne des exemples si beaux et si multiples, serait un moyen d'y augmenter l'aisance et la population. La laine du Berry était autrefois réputée la meilleure et la plus fine, dont les Fabricants eussent connaissance. Jean Toubeau, dans les Instituts Consulaires, dit : "qu'il était stipulé jadis dans les contrats de mariage des gens de condition, qu'on donnerait à la future épouse une robe de drap de fine laine du Berry".


Manufactures.
Il n'y a de Manufactures considérables dans le Berry, que celle du Parc Royal de Châteauroux, où l'on fabrique des draps d'une aune et de 5/4 et des ratines frisées d'une aune. La laine du pays frisant naturellement, y est très propre. On trouve dans la Ville de Châteauroux plusieurs Manufacturiers, travaillant séparément chacun pour leur compte, à faire des draps de toutes couleurs, à l'usage des troupes et de la livrée. A Bourges, on fait de fort belles Callemandes façon d'Angleterre avec des laines de Sologne : beaucoup d'ouvrages de Bonneterie. Les laines basses du Bois-chaud restent et se consomment dans la Province, en Droguets, en Frisons, en Serges et en Étamines etc., chez les tissiers de campagne. Ces étoffes se débitent aux gens du commun. La plus grande partie des agnelins passent en Normandie et en Flandres, où l'on en fait des chapeaux. On a longtemps reproché aux draps et aux étoffes du Berry et de Romorantin en Sologne le défaut d'être gras. Ce défaut vient de deux causes : 1° De l'étalement presque habituel des troupeaux dans des bergeries basses et étroites où ils suent beaucoup ; 2° De la négligence ou de la supercherie des Marchands, qui ne font laver leurs laines qu'à demi, afin qu'elles aient plus de poids. Ces laines, après avoir été huilées, ne donnent qu'un drap mal apprêté. La terre à foulon, et même le meilleur savon d'Espagne, de France et d'Italie, ne peuvent détruire le vice de cette graisse. Les Fabricants qui ont à cœur la perfection de leurs marchandises, ont soin de prévenir cet inconvénient, en lavant leur laine au bain d'urine. Tout ce qui vient d'être exposé fait connaître, que les habitants du Berry pourraient être les ouvriers de leur propre bonheur, s'ils voulaient réfléchir et raisonner sur leur situation et faire quelques efforts pour ne pas laisser passer ailleurs leurs récoltes de laine. Ils feraient double profit à les consommer ; d'abord ils gagneraient le prix de la main-d’œuvre et profiteraient des frais de transport, auxquels les Fabricants des autres Provinces ne peuvent se dispenser de faire contribuer l'acheteur. On n'ignore pas une partie de toutes ces choses dans le pays, mais on manque d'émulation ; et il faudrait une impulsion étrangère, plus forte que l'exemple, pour déterminer et fixer cette indécision. C'est au temps à opérer les changements, qu'on ne peut pas effectuer par les conseils.
 

1777

Deuxième introduction de Mérinos par Léon-François de BARBANÇOIS

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839
p. 6-7
M. Léon François de Barbançois (1717-1795), brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, le madame d'Etigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Etigny, propriétaire à Etigny dan l'Yonnne), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps. Ces essais furent mis sous les yeux de Turgot, contrôleur général des finances, l'un des ministres qui aient su le mieux apprécier le mérite d'une tentative, et dont les vues d'utilité publique n'ont jamais été contestées. Aussi fit-il venir d'Espagne, en 1776, deux cents (200) bêtes à laine, béliers et brebis compris. Ils furent distribués entre M. de Trudaine, intendant des finances, qui les plaça dans sa terre de Montigny dans la Brie, M. de Barbançois (à Villegongis dans l'Indre), M. Daubenton et M. Dupin. M. de Barbançois eut pour sa part 40 mères et 6 béliers, qui arrivèrent à Villegongis en 1777. Dans la suite il y joignit quelques béliers de Rambouillet. De ces animaux et de ceux du pays il composa deux troupeaux, un de race pure et l'autre de métis. Cette distinction a-t-elle continué ? je ne puis l'assurer ; ce qu'il y a de certain, c'est que ses enfants conservent encore aujourd'hui (1839) un troupeau qui a de la réputation. Au reste ces détails (on les trouve au trimestre d'automne de 1791, de la Société d'agriculture de Paris) m'ont paru d'autant plus dignes de confiance, qu'ils ont été donnés par M. le duc de Chârost, administrateur des auspices de Paris, homme auquel les arts, les sciences et l'humanité ont de grandes obligations. On aurait pu dire de lui qu'il était identifié avec l'amour du bien. M. de Trudaine plaça sa portion de l'importation dans sa terre de Bourgogne. Celle de M. Daubenton lui servit à Montbard pour ses expériences. Je n'ai pas su ce qu'était devenue celle de M. Dupin.
 

1777

Instruction pour les bergers et pour les propriétaires de troupeaux ; avec d'autres ouvrages sur les moutons et sur les laines ; par DAUBENTON. Troisième édition, publiée par ordre du gouvernement; avec des notes. A paris, de l'Imprimerie de la République. An X.
p. xxxij

C'est en 1766 que Daubenton commença, sous les auspices de Trudaine, à s'occuper des moyens d'améliorer cette branche de l'agriculture (élevage ovin). Les deux premières années employées en préparatifs et en importation d'animaux, ne peuvent entrer en compte pour l'amélioration, qui ne date réellement que de 1768 ; mais ces deux années ne furent pas perdues pour l'observation. Dès 1768, Daubenton lut à l'Académie royale des sciences un Mémoire sur la rumination et sur la température des bêtes à laine, et il en sur un second, à la fin de 1769, sur les bêtes à laine parquées tout l'année. En 1777, il lut à la même académie le résultat de ses observations sur l'amélioration des bêtes à laine. En 1778 et 1779, il lut à la société royale de médecine deux Mémoires sur les remèdes les plus nécessaires aux troupeaux, et sur le régime qui leur convint le mieux. La même année 1779, il lut à l'académie royale des sciences un Mémoire sur les laines de France comparées aux laines étrangères.....
En 1782, Daubenton publia la première édition de son Instruction pour les bergers et pur les propriétaires de troupeaux.

1783

ASSEMBLÉE PROVINCIALE DU BERRY

Collection des procès-verbaux de l'Assemblée provinciale du Berry. Tome second. 1783
Du Mardi 4 Novembre 1783 à 10 h du matin.

L'Assemblée ayant pris séance comme ci-dessus, la Commission chargée de l'agriculture et du commerce, ayant pris le bureau, a fait son rapport ainsi qu'il suit :

extrait p. 171-178

Messieurs,

"Vos laines et vos chanvres sont les matières premières sur lesquelles vos regards se sont déjà portés dans vos dernières tenues, et vos concitoyens attendent avec espoir l'influence de l'attention que vous avez déjà paru donner à leur emploi. En effet, dans une province qui contient un grand nombre de bêtes à laine, et qui le verra s'accroître de plus en plus au profit de l'agriculture, lorsque les prairies artificielles se multiplieront, que les bergeries seront plus propres et plus aérées, que l'habitude du parcage s'y introduira généralement, où le commerce des laines fait une partie considérable du revenu de ses habitants, et où il est de son intérêt de les voir s'étendre et augmenter, l'amélioration des laines devient un objet intéressant, fait pour mériter les regards d'Administrateurs zélés. Ces considérations nous déterminent à mettre sous nos yeux quelques observations, quelques faits et quelques vues concernant l'amélioration des laines dans cette Généralité. Nos lumières seraient insuffisantes, si nous ne consultions qu'elles ; ce sont moins nos idées que nous vous offrons, que les connaissances profondes dans cette matière d'un savant éclairé, (trop heureux quand ses travaux sont utiles), et qui a toujours accompagné le raisonnement de l'expérience. Les essais que nous vous proposons de faire, d'encourager, de surveiller, ne feront point de ces essais hasardés par la présomption ou dirigés par l'ignorance ; c'est une marche certaine déjà couronnée du succès le moins douteux, que nous vous engageons à adopter. Il serait sans doute bien satisfaisant pour les administrateurs de voir en un instant toutes les laines de la province confiée à leurs soins, devenir égales aux laine superfines d'Espagne et du Roussillon ; mais si un propriétaire curieux et instruit peut à grands frais arriver à ce but pour une petite proportion de bêtes à laine, celui d'une administration sage et prudente doit être sans doute d'assurer le bien d'une manière quelquefois plus lente, mais en même temps plus solide et plus propre à faire ressentir les effets à tous les lieux que doit atteindre sa vigilance. M. Daubenton pense ainsi, quand il dit dans un Mémoire qu'il a lu en 1777, à l'Académie des Sciences, que si l'on n'avait en vue que de perfectionner les troupeaux dont la laine aurait déjà un certain degré de finesse, il ne faudrait employer que les béliers et les brebis qui auraient la laine la plus fine qu'on pourrait trouver, pour améliorer ces troupeaux, en les perpétuant [sélection in and in appliquée par Bakewell en Angleterre] ; ce serait sans doute le moyen le plus sûr et le plus prompt ; mais ces moyens ne peuvent servir que pour l'amélioration des troupeaux à laine fine, et c'est la moindre partie de ceux qui sont en France." [la méthode in and in de Bakewell aurait pu être appliqué pour les troupeau de la Champagne berrichonne et de Brion, si quelque éleveur éclairé avait décidé de le faire.] Ce sont ces considérations qui ont décidé ce savant à mêler les races les plus différentes, à croiser les races à laine fine avec les races à grosse laine, et même avec celles à gros poil ; ces essais ont été faits sous les yeux du Gouvernement, avec des béliers des races d'Espagne, du Roussillon, de Flandre, d'Angleterre, de Maroc et du Thibet. [les éleveurs de la Champagne berrichonne ont opté pour cette dernière méthode, par effet de mode ou simplement de commodité ?]
"Ce qui est le plus défectueux [suivant M. Daubanton] dans les bêtes à laine, c'est le poil appelé jarre dans les manufactures. Il est dur, blanchâtre, cassant, son écorce lisse ne prend point la teinture ; il y a toujours quelques filaments de jarre dans les toisons même les plus fines, mais ils sont si rares et ont si peu de longueur, qu'on les sépare aisément de la laine dans les ouvrages auxquels on la destine ; mais dans les grosses laines il se trouve souvent tant de poil qu'elles ne peuvent être employées qu'aux ouvrages les plus communs. Entre le plus gros jarre et la laine superfine, il y a une infinité de grosseurs intermédiaires". Pour plus de clarté, M. Daubenton les divise en sept classes.

1. Laine superfine, ou refin
2. Laine demi-fine, ou fin ;
3. Laine demi-fine, ou mi-fin
4. Grosse laine, ou gros ;
5. Poil fin, ou Jarre fin
6. Poil moyen, ou Jarre moyen
7. Gros Poil, ou gros Jarre.

Mais ces dénominations ne présentent encore aucune idée fixe et déterminée, et varient suivant les lieux. La laine appelée superfine dans cette Généralité, n'est peut-être qu'une laine demi-fine dans la nomenclature générale des laines ; et pour asseoir une marche certaine, vous croirez sans doute, Messieurs , devoir vous attacher à connaître la qualité des laines de vos divers arrondissements, leur rapport entre elles et leur finesse comparée aux laines essentiellement fines ou superfines : c'est un des objectifs digne de votre zèle, et pour lequel vous avez lieu d'attendre de celui de M. Daubenton tous les secours qui vous seront nécessaires. Une échelle graduée de filaments des laines de tous les pays, qu'il a formée, est, pour ainsi dire, l'étalon universel des laines, et avec le temps on s'entendra d'un bout du monde à l'autre, dans le commerce, en parlant d'une laine de tel ou tel numéro, de quelque pays qu'elle vienne. Vous pouvez faire rassembler vos filaments des laines des divers arrondissements, dans un cadre qui sera envoyé à M. Daubenton, pour en former une échelle de finesse graduée entre elles, et une relative à l'échelle générale des laines. Alors vous connaîtrez non seulement la qualité intrinsèque de celles de divers cantons de la Généralité, mais vous jugerez encore sur des bases certaines de leur finesse et de leur emploi auquel elle permet de les destiner, ainsi que du degré d'amélioration auquel vous pourrez les porter : vous apercevrez le germe des manufactures florissantes d'autant plus précieuses, que la multiplication des bêtes à laine en sera la suite, l'augmentation des engrais la conséquence, et la fécondité des terres le résultat. Lorsque vous connaîtrez, Messieurs, la qualité des laines de vos divers arrondissements, vous pourrez les diviser en trois classes : 1° ceux où vous devez perfectionner les laines déjà fines, 2° eux où vous devez améliorer les moyennes, 3° ceux où vous devez corriger le défectueuses. Pour y parvenir, il semble qu'il serait à propos de placer d'abord des béliers de race dans les arrondissements de la première classe, et successivement d'en tirer ensuite de ces arrondissements, pour ceux des deux autres classes.
Rien n'est plus encourageant que les avantages que procurera le croisement de race des béliers à laine fine, qui fait souvent disparaître, dès la première génération, le jarre, défaut le plus essentiel aux laines, puisqu'il en restreint l'emploi aux ouvrages les plus grossiers.
Mais une attention est nécessaire, une réforme que nous annonçons avec plaisir, que les cultivateurs commencent à introduire, c'est celle qui substitue à l'usage des bergeries basses, fermées à l'air, toujours mal propres, et où on étouffait les troupeaux, de nouvelles bergeries plus élevées, ouvertes de plusieurs côtés, et où on renouvelle l'air. Le parcage, dont les effets fait sans doute avec trop peu de soin ou trop peu de constance, et décriés par les partisans de la routine, avaient éloigné les cultivateurs, paraît aujourd'hui possible : deux essais, l'un près de Bourges, établi depuis un an, l'autre près d'Issoudun, depuis six mois, ont réussi, et font au moins une présomption contre la prétendue impossibilité de cette méthode. L'on a même assuré au Bureau d'agriculture qu'une livre de laine d'une bergerie étouffée, perdait beaucoup plus en la fabriquant qu'une livre de laine de moutons parqués.
Si ce fait est une fois constaté, le parcage, en présentant un moyen de plus pour l'engrais des terres, augmentera en même temps la masse des laines, et d'après les expériences de M. Daubenton, accroîtra son degré de finesse : tout vous engage donc à encourager les croisements de races et les essais de parcage.
L'exemple des succès de M. Léon de Barbançois vous prouve le bien que les béliers de race feront dans cette Généralité, et que si vous ne pouvez pas vous livrer à avoir des troupeaux entiers, capables de régénérer l'espèce d'une manière prompte, mais dispendieuse, vous pouvez au moins, en plaçant dans les arrondissements qui produisent déjà les plus belles laines, des béliers tirés des troupeaux de M. Daubenton et de M. Léon de Barbançois, les faire arriver à un plus grand degré de perfection. D'ailleurs vous ne sauriez trop encourager les essais de ce genre, que des propriétaires aisés ou des cultivateurs intelligents voudront faire.
De tels essais, Messieurs, dirigés avec soin, surveillés avec vigilance, et dont les résultats seront conservés avec exactitude, vous montreront ce que vous devez espérer, et vous convaincront probablement que le climat tempéré de cette Province ne se refuse pas à ce qui réussit en Roussillon et en Bourgogne, à l'ardeur brûlante du soleil d'Espagne, et au milieu des brouillards humides de l'Angleterre.
M. Daubenton est parvenu à avoir en Bourgogne une espèce de laine moins fine d'un degré que la plus belle, et d'un degré plus fine que la moindre des laines fines venues de l'Escurial pour les manufactures de France qui en emploient.
En cherchant, Messieurs, les moyens de perfectionner vos laines et de les multiplier, vous vous occuperez en même temps d'en assurer l'emploi le plus avantageux. Déjà les essais faits à Châteauroux, des laines améliorées [avec des béliers mérinos introduits en 1776 à Villegongis] de la Généralité (telles que celles de M. Léon de Barbançois), ont prouvé que vous pouvez avoir des draps très fins et de très belle ratines, mais quelques efforts que vous puissiez faire, le sol contribuant à la qualité des laines, vos arrondissements vous présenteront toujours des qualités de laines inégales, et tandis que celles des arrondissements de Levroux, Châteauroux et Issoudun donneront des laines propres à la draperie, les arrondissements de Bourges, de Châteauneuf et quelques autres en offriront d'assez belles pour la Bonneterie, lorsqu'elles seront améliorées. D'autres cantons en auront de plus grosses, mais dont la finesse sera suffisante pour les fabriques de couvertures. D'après ce tableau, en favorisant la draperie dont le centre doit être à Châteauroux, et de là s'étendre, la bonneterie, dont le centre doit être à Bourges, vous pourriez encourager dans les deux arrondissements d'Aubigny et de Sancerre, ainsi que dans ceux de Saint-Amand et la Châtre, la Fabrique de couverture. Vous pouvez encore faciliter l'établissement des corderies destinées à employer vos chanvres, et arriver jusqu'à faire avec économie des câbles propres pour la marine. D'après toutes ces considérations que le Bureau de l'agriculture et du commerce a mises sous vos yeux, il a l'honneur de vous proposer d'arrêter :


1° Que MM. les députés des divers arrondissements adresseront à la Commission intermédiaire tous les renseignements qu'ils pourront rassemble sur l'industrie et le commerce de leurs arrondissements respectifs, en y joignant leurs observations sur les moyens les plus propres à ranimer de plus en plus l'industrie, et augmenter l'activité du commerce.
2° Que les Députés de l'Administration provinciale de chaque arrondissement adresseront en 1784 à la Commission intermédiaire deux échantillons de la laine la plus fine de leurs arrondissements, destinés, l'un à être placé dans les cases du tableau des laines de la Généralité, qui devra rester aux archives de l'Administration ; l'autre à être envoyé à M. Daubenton pour être comparé avec les laines des autres Généralités.

Extrait p. 188-190
II. Portion des dons volontaires employée à l'encouragement et à la perfection de l'agriculture.
Nous vous avons annoncé, Messieurs, un plan d'emploi de la portion des dons volontaires que vous pourrez destiner à l'encouragement et à la perfection de l'agriculture : nous allons vous offrir les idées que le zèle nous a dictées, et vos lumières sauront les apprécier et les rectifier.
Le Bureau d'agriculture et de commerce pense que vous devez encourager l'établissement des prairies artificielles, les cultures nouvelles et les essais des méthodes utiles. En conséquence il a l'honneur de vous proposer :


1° Qu'il sera d'ici la prochaine Assemblée, employé jusqu'à concurrence de 2 000 livres, en achats de diverses graines de prairies artificielles, principalement de trèfle, sainfoin et luzerne.
2° Qu'il sera établi un dépôt desdites graines dans chacun des chefs-lieux des sept Elections de la Généralité, afin que tous les propriétaires et cultivateurs qui désireront s'en procurer puissent en avoir aisément et sans nul embarras ni frais de transport.
3° Qu'il sera accordé, sur les dons volontaires, à tout propriétaire qui aura converti une terre labourable ou autre terrain en bon pré naturel, et l'aura clos de haies vives, avec ou sans fossés, une somme de 9 livres par arpent commun de 100 perches, à 24 pieds la perche, et ce pendant les trois premières années qui suivent ce changement, sans que cet encouragement puisse être donné pour les prés au-dessus de 3 arpents, ni accordé pour les terrains qu'on est d'usage de mettre tour à tour en prés et terre labourables
4° Que sa Majesté sera suppliée d'accorder à l'Administration provinciale une somme destinée à donner des gratifications à tout propriétaire et cultivateur qui sur une exploitation de terres labourables aura converti le 1/6 du terrain exploité en prés naturel ou artificiels.
5° Qu'il sera formé à Mazières près Issoudun, une école de bergers et de parcage, où l'instruction sera donnée aux élèves par un berger formé par M. Daubenton, et sous ses yeux, et dont la direction sera confiée à M. Fouquet, l'un des délégués et correspondants de l'Administration provinciale d'Issoudun, sous l'inspection des Députés de ladite Administration les plus à portée d'y veiller.
6° Que pour commencer cette instruction sur une proportion de la Généralité, il sera affecté une somme de 4 000 livres pour 4 ans, à raison de 1 000 livres par an, laquelle sera destinée à entretenir à ladite école de bergers et de parcage, 4 élèves bergers pris dans les arrondissements de Bourges, Issoudun, Châteauroux et Levroux, qui moyennant 250 livres pour chacun par an, seront instruits, habillés et nourris par l'école.
7° Qu'il sera employé par l'Administration provinciale une somme de 4 800 livres, frais de conduite compris, à l'achat de béliers de race qui seront envoyés à ladite école, pour être distribués d'après les ordres de la Commission intermédiaire et les demandes des propriétaires et cultivateurs, à ceux à qui il pourra en être accordé.
Que d'ici à la première tenue, il en sera placé, s'il est possible, 10 [béliers Mérinos] dans chacun des arrondissements de Bourges, Issoudun, Châteauroux et Levroux, et 4 dans chacun des 20 autres arrondissements.
9° Que lesdits béliers seront donnés aux propriétaires et cultivateurs, qui s'obligeront sur le nombre de béliers que ces premiers béliers provinciaux produiront, d'en rendre un bon et recevable à l'école, dont il leur sera donné des reçus, dans la seconde année qui suivra l'envoi à eux fait.
10° Que lesdits propriétaires et cultivateurs seront invités à instruire le directeur de l'école des succès des croisements de race qu'ils auront employés dans leurs troupeaux.
11° Que la Commission intermédiaire s'occupera d'établir dans la susdite école de bergers, l'ordre le plus propre à assurer le succès que l'Administration provinciale ose espérer de cet essai.
 

 

1784

ASSEMBLÉE PROVINCIALE DU BERRY

Essai sur les assemblées provinciales et en particulier sur celle du Berry, 1778-1790, par le baron de Girardot, Conseiller de Préfecture du Cher. Bourges MDCCCXLV (1865)
p. 389-390

L'école de bergers et de parcage, établie sur la décision de l'assemblée provinciale, avait été organisée par les soins actifs du duc de Chârost, et d'après les conseils de Daubenton et de M. Heurtault de Lamerville ; il avait fait construire des bergeries aérées à Mazières, près Issoudun, pour y recevoir le dépôt de béliers. L'école devait réunir d'abord quatre élèves pris dans diverses parties de la province, sur la désignation de la commission intermédiaire, de l'âge de 15 à 18 ans, qui y seraient restés de deux à quatre ans, au pris de 250 livres par an. Le nombre pouvait en être porté à huit ; les élèves bien méritants devaient recevoir des récompenses et un brevet. Mais il ne se présenta pas d'élèves, et les vues bienfaisantes du duc restèrent sans effet. Le Berry demande encore une école de bergers et de parcage.
Le dépôt de béliers devait se composer de 120 têtes destinées à être distribuées gratuitement, à la charge par les preneurs de rendre dans la seconde année un bélier bon et recevable à l'école des bergers. En 1784 on acheta 20 béliers à Daubenton , moyennant 480 livres. Je n'ai trouvé que cette opération du dépôt, mais j'ai lieu de croire qu'elle n'eut pas d'autre suite.

1784

Manufacture et bergeries modèles en Berry

JOURNAL DE PARIS. N° 122. Samedi 1er mai 1784
p. 916-917

Economie.
Mémoire sur le premier Drap de Laine superfine du crû de la France, lu à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences le 21 avril 1784 ; par M. Daubenton, de la même Académie. A Paris, de l'Imprimerie Royale, 1784. C'est sous l'administration de M. de Trudaine, dont le nom sera longtemps cher aux Arts, que M. Daubenton a commencé s'occuper de l'objet important dont ce Mémoire nous offre le résultat. Ce n'est donc point une théorie, ce n'est pas une expérience du moment que propose aujourd'hui ce savant ; le temps l'a consacrée. L'éducation que nous donnons à nos troupeaux tend à en faire dégénérer les laines ; en les améliorant nous pouvons suppléer aux laines étrangères dans nos Manufactures de draps fins : c'est cette proposition si avantageuse au commerce de la France, que M. Daubenton justifie par 16 années [depuis 1768] d'essais, et récemment par la fabrication du premier Drap de laine superfine du crû de la France. Nous nous bornerions à ce simple énoncé si le sujet était moins intéressant ; mais l'importance dont est cette vérité pour l'Agriculture, les Arts et le Commerce, nous fera entrer dans quelques détails. Jusqu'à présent on n'a pu faire en France de draps fins qu'avec la laine achetée aux Espagnols. Mais insensiblement les fabriques d'Espagne en consommeront les laines, ou mettront des entraves à leur exportation ; alors il ne se ferait plus de drap fin en France. M. de Trudaine, frappé de cet inconvénient, consulta M. Daubenton sur les moyens d'en prévenir les effets. Ce savant tranquillisa l'Administrateur en l'assurant que le climat de la France moins chaud que celui de l'Espagne, moins exposé aux brouillards que celui de l'Angleterre, était plus favorable aux bêtes à laine. On fit venir successivement des béliers et des brebis de Roussillon, de Flandre, d'Angleterre, de Maroc, de Tibet et d'Espagne. M. Daubenton forma une Bergerie de toutes ces races de bêtes à laine près de la ville de Montbard, dans un canton un peu montueux, Bergerie où le troupeau n'a, nuit et jour pendant l'année entière, d'autre abri que le ciel, et pour mur que celui du parc. Du mélange de bélier à laine fine avec des brebis à laine jarreuse [poils grossiers] sortit bientôt un bélier à laine superfine. Les sept races qui formaient la bergerie, ont perpétué sans mélange, et été alliées entre elles pour donner des races métisses. Toutes les races de la Bergerie ont été amenées au degré de finesse de la laine d'Espagne, et se soutiennent sans qu'il soit nécessaire de recourir à de nouveaux béliers. Il existe un de ces troupeaux aux portes de la Capitale, à l'Ecole Vétérinaire, près Charenton [Alfort]. Bientôt il fut impossible aux meilleurs connaisseurs de distinguer la laine du troupeau de Montbard d'avec celle superfine d'Espagne, ce qui força M. Daubenton à imaginer d'appliquer un micromètre au microscope, pour mesurer le diamètre du filament de laine. Il ne restait plus qu'à fabriquer du drap avec ces laines : il en fut envoyé environ un millier à la Manufacture Royale de drap de Château-du-Parc [fondée à 1751], près Châteauroux. On y a fabriqué des draps de différentes couleurs. L'Entrepreneur en a offert le plus faut prix des laines d'Espagne, à un moindre terme pour l'échéance, parce qu'il a reconnu dans les laines de M. Daubenton plus de force et de nerf, avec la même finesse à l'œil et la même douceur au toucher. Tirées aussi en à la filature, elles ont souffert un tors plus considérable sans se casser. Enfin les ouvriers ont trouvé la chaîne de ces draps plus nerveuse et plus forte que ne le sont celles des draps faits avec la laine d'Espagne. Nous voici donc parvenus à l'égalité des laines de France avec les laines d'Espagne, les moyens de l'obtenir sont constatés par 16 ans d'Expérience sur les laines du Roussillon, et par 8 ans sur les laines d'Espagne. Il est prouvé que les belles races ne dégénèrent point en France ; que les pays montueux ne cesseront de donner des laines superfines, tandis que les pâturages abondants de nos plaines donneront des laines longues ; mais pour obtenir ces avantages précieux, il faut se conformer à l'éducation qui seule peut les procurer. En rendant compte du succès de ces expériences, c'est annoncer une de ces grands époques vraiment mémorables pour la France. En effet, le travail de M. Daubenton est pour ce Royaume-ci une source de richesses plus féconde, sans doute, que ne le serait une mine d'or. C'est ainsi que semble l'envisager le Ministre éclairé des finances, par la protection qu'il accorde aux travaux de notre illustre Académicien, et par la publicité qu'il leur donne. D'un autre côté, la Province du Berry, éclairée par les principes répandus dans les derniers Ouvrages de M. Daubenton, vient de former dans trois arrondissement de sols différents, trois Bergeries absolument dirigées par sa méthode, et même par trois Bergers sortis de son Ecole : Mgr l'Archevêque de Bourges, en son château de Turly, près Bourges, M. le Duc de Chârost, près la ville d'Issoudun, M. Disjonval, de l'Académie Royale des Sciences, près celle de Châteauroux, ont déjà obtenu de ces établissements des résultats heureux, et ne tarderons pas sans doute à répandre cette méthode dans la Province que tout semble appeler en à en tirer le meilleur parti.
 

1786-1791

Administration Provinciale du Berry

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Année 1791. Trimestre d'automne.
p. 81-93


OBSERVATIONS Sur l'amélioration des bêtes à laine. Par M. de Béthune-Chârost, Associé ordinaire.
La ci-devant Province du Berry, et notamment la portion qui forme aujourd'hui le Département de l'Indre, est très propre à produire de belles laines, et à d'anciennes traditions qui semblent prouver que leur commerce s'étendait jusqu'en Italie, où elles étaient très estimées, se joignent des exemples qui prouvent combien il est intéressant de favoriser les succès existants dans cette contrée, et d'en étendre les résultats.
M. de Barbançois, aujourd'hui brigadier des armées, au milieu du tumulte des armes, pensait au bonheur de sa patrie, instruit par des Suédois que les béliers et brebis d'Espagne y avaient été introduits avec avantage, il conçut aisément que le climat du Berry plus rapproché de celui de l'Espagne, et où il se trouvait d'assez belles laines, devait être encore plus propre à recevoir cette espèce, et à la faire prospérer. En 1768, il obtint de Madame d'Étigny (veuve d'Antoine Mégret d'Étigny) trois béliers, qu'il mit en 1769 à la monte avec 60 brebis choisies de ses troupeaux des domaines dépendant de Barbançois-Villegongis ; les laines provenues de leur progéniture surpassèrent ses espérances. Il les fit employer, sous ses yeux, à Châteauroux, tant à la manufacture royale de cette ville, que dans les ateliers d'autres fabricants, et elles y furent trouvées supérieures aux laines ordinaires, que ces fabricants les payèrent ensuite 30 sols la livre, lorsqu'ils ne donnaient que 20 sols des plus belles du pays. M. Chrétien assura M. de Trudaine, que les draps qu'il fabriquait avec ces laines égalaient ceux où il employait les laines d'Espagne ; mais M. Léon de Barbançois ne borna point au Berry les essais de ces laines améliorées. M. Deschamps, à Elbeuf, M. Camus, à Louviers, et la manufacture d'Andelis, employèrent de ces laines, et rendirent justice à leur beauté. Ces essais furent mis sous les yeux de Turgot, alors Ministre des Finances, qui, peu de temps après, fit venir 200 béliers ou brebis d'Espagne, et les fit distribuer, en 1776, à M. de Trudaine, M. Daubenton, M. Dupin et M. Léon de Barbançois, qui eut pour sa part 40 mères et 6 béliers. Ces béliers arrivèrent à Villegongis le premier janvier 1777, en assez mauvais état et avec la gale, dont il fallut les faire guérir, et il perdit 13 mères et 3 béliers ; cet accident ne le découragea point, les succès de ce qu'il conserva de cet envoi, le consola de la perte qu'il avait faite ; leurs laines et celles de la progéniture des mères et des béliers qui lui restèrent ayant réussi parfaitement. Il en envoya en surge à M. Daubenton, qui les compara, en 1783, avec des laines de béliers venus à M. Dupin (Claude Dupin, fermier général, né à Châteauroux, 1686-1769, propriétaire du château de Chenonceau, arrière-grand-père de George Sand), et en fut très satisfait.
En 1782, 116 bêtes à laine de progéniture de race pure espagnole, nées à Villegongis, donnèrent 500 livres de laine, qui fut payée, par la manufacture de Châteauroux, 49 sols ; celle de la race provenant des brebis de pays, croisées avec des béliers espagnols, fut payée 39 sols et 30 sols 6 deniers, suivant la qualité ; tandis que celle du pays n'était payée que 24 sols 6 deniers.
    Chaque bête de race espagnole rapporta 9 livres 8 sols.
    Chacune des races croisées .... 5 livres 4 deniers
    Et celle du pays seulement ....2 livres 9 deniers
l'une portant l'autre.
Ce qui prouve combien cette contrée est propre à l'amélioration des laines.
En 1786, M. Dubet, Inspecteur des manufactures de la Province du Berry, reçut ordre de se trouver à la tonte du troupeau de M. Léon de Barbançois, de prendre une quantité de laines, d'apposer un cachet à chaque portion, et d'envoyer le tout à M. de Tolozan, Intendant du Commerce, pour en faire faire, par le Gouvernement, des essais dans diverses manufactures.
Il a été en conséquence prélevé sur la tonte :
    Laine de bêtes d'Espagne : 101 livres brut, 97 livres tare déduit.
    Laine de races croisées : 104 livres brut, 100 livres tare déduit.
Qui ont été adressées à M. de Tolozan.
MM. les Intendants du Commerce décidèrent qu'on ferait l'essai de ces laines, tant à Louviers qu'aux Andelis, et firent passer à M. Decretot (maintenant Député) et à M. le Camus, manufacturier à Louviers, les laines de race espagnole de Villegongis ; et à la manufacture des Andelis celles provenant des races croises de béliers espagnols et brebis du Berry. M. Decretot trouva les laines espagnoles, recueillies en Berry, de la plus belle qualité, et les Entrepreneurs des Andelis ont été aussi très contents de la qualité de celle de la race croisée.
M. Léon de Barbançois enverra à la tonte de l'année prochaine [1792], des échantillons de ses laines à la Société [d'Agriculture de Paris], et si son âge |74 ans], son domicile actuel à Châteauroux, ne lui permettent pas de suivre avec autant de détail ses troupeaux, il n'en résulte pas moins 22 ans [1770-1792] de soins utiles pour cet objet, que le patriotisme lui a dictés. La même année que le Gouvernement jetait les yeux sur le troupeau de M. de Barbançois, des essais commencés par M. de Phelippeaux, Archevêque de Bourges, et les troupeaux de M. de Lamerville, donnaient l'espoir de voir l'espèce se perfectionner dans ce qui forme aujourd'hui le département du Cher, et j'avais proposé à l'Administration Provinciale du Berry, en 1783, un plan qu'elle avait adopté comme propre à accélérer ces succès ; les deux départements peuvent suivre avec avantage ces mesures s'ils trouvent des ressources et des encouragement, j'ai cru faire une chose agréable à la société, utile à l'agriculture et à l'industrie nationale, que de faire connaître à la Société et au Comité d'Agriculture et de Commerce de l'Assemblée Nationale, des faits aussi certains et aussi intéressants pour l'amélioration des laines.


NOTE.
J'avais mis sous les yeux de l'Administration Provinciale du Berry, la division des diverses espèces à laines, adoptée par M. Daubenton.
Mais, ajoutais-je, entre le plus gros jarre et la laine superfine, il y a une infinité de grosseurs intermédiaires. Pour plus de clarté, M. Daubenton les divise en sept classes.
    1. Laine superfine, ou refin.
    2. Laine fine, ou fin.
    3. Laine demi-fine, ou mi-fin.
    4. Grosse laine, ou gros.
    5. Poil fin, ou jarre fin.
    6. Poil moyen, ou jarre moyen.
    7. Gros poil, ou gros jarre.
Mais ces dénominations ne présentent encore aucune idée fixe et déterminée, et varient suivant les lieux. La laine appelée superfine dans cette Généralité, n'est peut-être qu'une laine demi-fine dans la nomenclature générale des laines ; et pour asseoir une marche certaine, vous croirez sans doute, Messieurs, devoir vous attacher à connaître la qualité des laines de vos divers arrondissements, leur rapport entre elles, et leur finesse comparée aux laines essentiellement fines ou superfines ; c'est un des objets dignes de votre zèle, et pour lesquels vous avez lieu d'attendre de M. Daubenton tous les secours qui vous seront nécessaires. Une échelle graduée de filaments des laines de tous les pays, qu'il a formé, est pour ainsi dire, l'étalon universel des laines, et avec le temps on s'entendra d'un bout du monde à l'autre, dans le commerce, en parlant d'une laine de tel ou tel numéro, de quelque pays qu'il vienne. Vous pouvez faire rassembler des filaments de laines des divers arrondissements, dans un cadre qui sera envoyé à M. Daubenton, pour en former une échelle de finesse graduée entre elles, et une relative à l'échelle générale des laines. Alors vous connaîtrez non seulement la qualité intrinsèque de celles de divers cantons de la Généralité, mais vous jugerez encore sur des bases certaines de leur finesse et de l'emploi auquel elle permet de les destiner, ainsi que du degré d'amélioration auquel vous pourrez les porter : vous apercevrez le germe des manufactures florissantes, d'autant plus précieuses, que la multiplication des bêtes à laine en fera la suite, l'augmentation des engrais la conséquence, et la fécondité des terres le résultat.
Lorsque vous connaîtrez, Messieurs, la qualité des laines de vos divers arrondissements, vous pourrez les diviser en trois classes.
    Ceux où vous devrez perfectionner les laines déjà fines.
    Ceux où vous devez améliorer les moyennes.
    Ceux où vous devrez corriger les défectueuses.
Pour y parvenir, il semble qu'il serait à propos de placer d'abord des béliers de race dans les arrondissements de la première classe, et successivement d'en tirer ensuite de ces arrondissements, pour ceux des autres classes.
Rien n'est plus encourageant que les avantages que procurera le croisement de race de béliers à laine fine, qui fait souvent disparaître, dès la première génération, le jarre, défaut le plus essentiel aux laines, puisqu'il en restreint l'emploi aux ouvrages les plus grossiers.
L'exemple des succès de M. de Barbançois vous prouve bien que les béliers de race seront dans cette Généralité ; que si vous ne pouvez livrer à avoir des troupeaux entiers, capables de régénérer l'espèce d'une manière prompte, mais dispendieuse, vous pouvez au moins, en plaçant dans les arrondissements qui produisent déjà les plus belles laines, des béliers tirés des troupeaux de M. Daubenton et de M. de Barbançois, les faire arriver à un plus grand degré de perfection. D'ailleurs vous ne saurez trop encourager les essais de ce genre, que des Propriétaires aisés ou des Cultivateurs intelligents voudront faire.
De tels essais, Messieurs, dirigés avec soins, surveillés avec vigilance, et dont les résultats seront conservés avec exactitude, vous montreront ce que vous devez espérer, et vous convaincront probablement que le climat tempéré de cette Provins ne se refuse pas à ce qui réussit en Roussillon et en Bourgogne, à l'ardeur brûlante du soleil d'Espagne, et au milieu des brouillards humides d'Angleterre.
M. Daubenton est parvenu à avoir en Bourgogne une espèce de laine moins fine d'un degré que la plus belle, et d'un degré plus fine que la moindre des laines fines venues de L'Escurial, pour ls manufactures de France qui en emploient.
En cherchant, Messieurs les moyens de perfectionner vos laines et de les multiplier, vous vous occuperez en même temps d'en assurer l'emploi le plus avantageux. Déjà les essais faits à Châteauroux, des laines améliorées de la Généralité (telles celles de M. de Barbançois), ont prouvé que vous pouvez avoir des draps très fins et de très belles ratines ; mais quelques efforts que vous puissiez faire, le sol contribuant à la qualité des laines, vos arrondissements vous présenteront toujours des qualités de laines inégales ; et tandis que celles des arrondissements de Levroux, Châteauroux et Issoudun donneront des laines propres à la draperie, les arrondissements de Bourges, de Châteauneuf et quelques autres en offriront d'assez belles pour la bonneterie, lorsqu'elles seront améliorées. D'autres cantons en auront de plus grosses, mais dont la finesse sera suffisante pour les fabriques de couvertures.


Procès-verbal de la tonte des troupeaux de bêtes à laine de M. de Barbançois, en sa terre de Barbançois-Villegongis en Berry, 1786.
M. de Tolozan, Intendant du Commerce, par la Lettre du 7 février 1786, adressée à M. Dubet, Inspecteur général du Commerce et Manufactures de la Province du Berry, ayant observé que le Gouvernement ne pouvait prononcer un jugement certain, sur des expériences faites dans plusieurs manufactures de draperies, avec les laines de troupeaux de race espagnole, que M. de Barbançois à crées dans sa terre de Barbançois-Villegongis, en Berry, que préalablement il n'ait été bien constaté que les laines qui en font l'objet, proviennent de tel endroit, il est nécessaire que lors de la première tonte que M. de Barbançois fera faire dans son troupeau, l'Inspecteur de la Province se transporte dans la terre de Villegongis, et assiste à cette tonte ; qu'il fasse mettre dans un sac, ou ballot, une certaine quantité de laines qui en proviendront, qu'il y appose son cachet, et qu'il le fasse parvenir à M. de Tolozan, en lui envoyant le Procès-verbal de l'opération, et de la quantité de laines que contiendra le ballot.
En conséquence des motifs de cette Lettre, je soussigné Inspecteur de la Province du Berry, me suis transporté au château de Barbançois-Villegongis, dans la matinée du 16 juin 1786, où étaient assemblés Messieurs de Barbançois ; de Poix, membre de l'Administration Provinciale du Berry ; de Chaudaire ; Larüe, Charou, Procureur du Roi de la ville de Châteauroux ; Duris de Vineüil ; de Pauday, Subdélégué de l'Intendance, à Levroux ; du Bois-Douin, Régisseur du Domaine de Châteauroux ; les Curés de Villers et de Buzançois ; Cholet et Morin, Fabricants et Négociants en laines du Berry.
M. de Barbançois a pensé que préalablement à l'opération de la tonte, il était convenable de donner à l'assemblée, le spectacle vraiment intéressant de la beauté de ses troupeaux, composé d'environ 3 500 bêtes, qui sont la preuve constante de la rapidité de leur population ; il en a fait passer en revue un grand nombre de divisions de race espagnole franche, et de celle originaire du Berry, croisées par des béliers espagnols.
L'inspecteur ayant ensuite lu la lettre de M. de Tolozan, qui n'a pour objet que la certitude de l'extraction des laines, sans désigner la quantité de celles qui doivent lui être adressées, ni si elles doivent être expédiées en surge ou lavées ; les avis réunis de l'assemble ont décidé le lavage, selon l'usage marchand de la ville de Châteauroux. Ce qui a été exécuté au château de Barbançois-Villegongis, les 19, 20 et jours suivants dudit mois de juin, sous les yeux de l'Inspecteur.
Sur la totalité des laines d'Espagne, ou croisées, il en a été prélevé, savoir :
de bêtes franches espagnoles : brut 101 livres, tare déduite 97 livres
de race croisée par des béliers d'Espagne : brut 104 livres, tare déduite 100 livres
Lesquelles quantités et qualités ont été emballées séparément, avec apposition du cachet de l'Inspecteur, pour être adressée avec facture, à M. Tolozan, à Paris.
En conséquence de quoi, le susdit Inspecteur a signé le présent Procès-verbal, lu et fait en présence de M. de Barbançois, et des personnes éclairées rassemblées en son château, Propriétaires de nombreux troupeaux dans la Province du Berry, et qui ont désiré constater par leurs signatures, l'authenticité dudit Procès-verbal, borné à la simple mission de l'Inspecteur, mais qui serait susceptible d'observation établies sur des faits, des calculs et des spéculations dignes de la curiosité et de l'attention la plus sérieuse des Protecteurs du Commerce National, et de la Province du Berry.
Au château de Barbançois-Villegongis, ce 30 Juin 1786, et est signé de Barbançois ; du Bois-Douin ; Dubet, Inspecteur du Commerce et Manufactures du Berry ; Crublier de Chaudaire, Procureur du Roi ; Duris de Vineüil ; Batailler, Curé de Buzançois ; Virdy ; Lafaulnierre, Curé de Villers ; Cholet, Fabricant de draps ; Morin Rabier, Marchand de laines.
 

1791

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Année 1791. Trimestre d'automne.
p. 81-93

OBSERVATIONS Sur l'amélioration des bêtes à laine. Par M. de Béthune-Chârost, Associé ordinaire.

M. Léon de Barbançois enverra à la tonte de l'année prochaine (1792), des échantillons de ses laines à la Société (d'Agriculture de Paris), et si son âge (74 ans), son domicile actuel à Châteauroux, ne lui permettent pas de suivre avec autant de détail ses troupeaux, il n'en résulte pas moins 22 ans (1770-1792) de soins utiles pour cet objet, que le patriotisme lui a dictés

 

1792

Ces expériences ont un retentissement certain dans le royaume. Le 22 juillet 1792, Léon-François de Barbançois reçoit la médaille d'or de la Société Royale d'Agriculture.

1804

Publication de M. Charles Hélion de BARANÇOIS-VILLEGONGIS

Mémoire sur les moyens d’améliorer les laines et d’augmenter le produit des bêtes laine dans le département de l’Indre. Châteauroux, Bayvet, an XII (1804). In-8°. On en trouve un extrait dans le 1er Cahier des Ephémérides de la Société d’agriculture du département de l’Indre.

____________________________________________

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805)
p. 21-22
Extrait d'un Mémoire de M. Barbançois, relatif aux moyens d'améliorer les laines des brebis du département de l'Indre, et d'en augmenter le produit.

Le troupeau de race d'Espagne, établi à Villegongis depuis 1776, est bien loin de présenter aujourd'hui l'accroissement qui devrait être présumé comme la suite nécessaire d'un propagation non interrompue pendant 25 années.

1804

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1805

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805)
p. 21-28


ECONOMIE RURALE
Extrait d'un Mémoire de M. Barbançois [fils] relatif aux moyens d'améliorer les laines des brebis du département de l'Indre, et d'en augmenter le produit.
L'auteur est un des quatre concurrents qui a remporté le prix proposé par la Société pour l'amélioration des laines. (Voyez Bulletin N° VII, page 159). Il lui a envoyé, avec des échantillons et une note sur l'état de ses troupeaux, un mémoire imprimé qu'il avait présenté à la Société d'Agriculture de Châteauroux, et dont nous allons extraire les passages qui nous ont paru offrir de l'intérêt.
Après avoir parlé des avantages que présentent les laines de brebis du Berry, comparativement à celle des autres races connues en France, par rapport à la finesse de leur laine, l'auteur rend compte des démarches que fit, en 1775, M. de Trudaine, alors intendant du commerce, pour obtenir de l'Espagne le premier troupeau de bêtes à laine de ce pays qui ait été introduit en France, et qui a été la souche des beaux troupeaux de race espagnole de MM. Chanorier à Croissy, près Paris, et Heurtault-Lamerville, à la Périsse, près Dun-sur-Auron, département du Cher.
Le troupeau de race d'Espagne, établi à Villegongis depuis 1776, est bien loin de présenter aujourd'hui l'accroissement qui devrait être présumé comme la suite nécessaire d'une propagation non interrompue pendant 25 années (1780-1805). L'expérience a démontré qu'il existe dans le département de l'Indre un local et des habitudes très favorables à la production des laines superfines d'Espagne ; mail elle a en même temps démontré qu'il y a des causes contraires à la propagation des troupeaux qui donnent ces belles laines. Pour parvenir à les découvrir, l'auteur a examiné quel est le genre affecté par la Nature aux laines produites par les troupeaux d'Espagne ; quelle est l'espèce de nourriture et de pacages qui leur sont donnés, et quels sont le régime et les habitudes auxquels ils sont soumis, soit dans les lieux où ils existent comme indigènes, soit dans la commune de Villegongis après y avoir été transportés. M. Barbançois a reconnu, d'après cet examen,


1°. Que les laines d'Espagne se distinguent par des brins courts, frisés, très élastiques, et si excessivement fins que, dans les extrêmes en beauté, il en est dont le diamètre ne passe pas 1/70 de ligne, lesquels forment sur le corps de l'animal une toison d'une nature spongieuse, séparée en en diverses petites mèches qui se tiennent si droites et si serrées autour de l'animal, surtout lorsqu'il est porteur d'une laine superfin, que le dessus de cette toison est alors presque aussi rude au toucher que ne le serait une brosse molle, et ordinairement noirci ou rembruni par les ordures dont, à raison de cette cause, elle se charge nécessairement. Les toisons de ce genre de laine ont encore, pour marque distinctives, tant qu'elles sont sur le corps de l'animal, d'être imprégnées d'une substance huileuse qu'on nomme suint, laquelle paraît être la matière de la transpiration des bêtes à laine, et se conserve dans leurs toisons en raison de ce qu'elles sont plus à l'abri des intempéries des saisons et surtout de la pluie, soit par l'effet d'un ciel serein, soit par l'effet d'une conduite particulière. D'ailleurs, il paraît aussi que l'existence de cette matière huileuse est nécessaire pour donner aux laines de ces toisons cette qualité élastique qui les distingue ; car il est constant que toutes les toisons qui en sont dépourvues par l'effet des pluies fréquentes auxquelles on expose les bêtes qui les portent, n'ont pas le brin de laine aussi élastique, et que toutes les toisons des animaux de cette race ou de races analogues, telles que celles dites de Champagne, dans le département de l'Indre, sont composés de brins d'autant plus élastiques qu'elles ont éprouvé moins de pluie au dehors et plus de chaleur à l'intérieur des bergeries : il en est de même où cette élasticité devient extrême, lorsque, par l'excès de la chaleur des bergeries, le suint s'étant desséché dans la toison, il leur donne une qualité reconnues comme défectueuse, qu'on désigne sous le nom de feutré.


2°. Que les bêtes d'Espagne dites transhumantes ou mérinos, qui portent ces belles laines connues sous le nom de ségovianes ou léonaises, ne restent point sédentaires dans les lieux qui les ont vu naître ; mais que, réunies en nombreux troupeaux, elles parcourent deux fois par an un espace de 200 lieues, et ainsi vont et reviennent chercher alternativement le ciel et les pâturages les plus favorisés de la Nature, et les plus convenables à leur espèce. Ainsi, au lieu de rester exposées pendant l'été au soleil ardent des environs de Ségovie, elles partent de ces lieux et des environs d'Avila et de Léon, en Floréal, après la tonte, pour aller vers les montagnes de Léon et de la Vieille-Castille, et de Cuenca et d'Aragon, où elles jouissent pendant l'été d'un air frais, d'un ciel serein, et de pacages secs et très abondants , et ensuite leurs bergers, pour ne pas les laisser dans les montagnes exposées aux rigueurs de l'hiver, les conduisent passer cette saison dans les plaines, alors très tempérés, de la Manche, de l'Estremadure et de l'Andalousie, d'où ils les ramènent au commencement du printemps dans les environs de Ségovie et de Léon, pour les y faire tondre et leur faire reprendre de nouveau le chemin des montagnes. Ainsi, de ce genre de vie et de ces habitudes auxquelles se trouvent soumis ces troupeaux dits mérinos, il résulte, qu'ils doivent jouir constamment de la même température, en ce Qu'il est reconnu que celle des montagnes où ils passent l'été est aussi douce que celle des plaines qu'ils occupent pendant l'hiver ; Qu'ils ne passent jamais subitement d'une atmosphère froide dans un air chaud, et réciproquement d'un air chaud dans une atmosphère froide, parce qu'ils emploient l'automne et le printemps à parcourir les espaces intermédiaires entre les extrêmes du froid et de la chaleur ;
Que la température dont ils jouissent toute l'année par l'effet de ces voyages, doit être toujours à peu près celle du printemps ou de l'automne ; qu'ainsi, par ce régime, ils ne sont pas moins à l'abri des intempéries des saisons que s'ils ne sortaient pas des bergeries ;
Qu'ils doivent jouir également, par l'effet de ces voyages, de pacages secs et abondants, puisqu'ils ne séjournent dans les mêmes lieux qu'environ le tiers de l'année, et toujours aux époques où le ciel qui les couvre est doux et serein.
Le bêtes à laine bien nourries constamment dans des pacages humides ou avec des herbes fraîches, doivent avoir, suivant l'auteur, une laine longue et non frisée, qui devient moins élastique en raison de sa longueur.
M. Barbançois parle ensuite de la différence marquante qui existe entre les laines d'Espagne dites de Ségovie et celles du troupeau de race espagnole, élevé dans la commune de Villegongis : elle provient, selon lui, de la plus ou moins grande quantité de nourriture que l'on donne à ces animaux ; et il prétend que ce qui contribue à donner aux laines des troupeaux connus sous le nom de race brionne ou de Champagne, un excès d'élasticité, c'est non seulement la disette de nourriture et la sécheresse habituelle des pacages, mais aussi l'extrême chaleur des bergeries où ils sont enfermés au moins pendant les 3/4 de leur existence ; car l'on conçoit que la température élevée qui règne dans ce bergeries, doit tendre à faire transpirer les brebis au-delà du degré ordinaire que comporte la nature, et la plus grande quantité de suint qui résulte de cette surabondance de transpiration, doit par la même raison se conserver tout entière dans la toison ; or, comme c'est l'action du suint sur les brins de laine qu'est due cette qualité élastique qui distingue celles d'Espagne, il en résulte que la trop grande quantité de suint doit être une des causes principales du trop haut degré d'élasticité des laines de la Champagne du département, qui en effet n'ont point la souplesse de celles d'Espagne.
Ainsi deux causes tendent, suivant l'auteur, à produire dans les laines des troupeaux de la Champagne du département un excès d'élasticité ; la première est la sécheresse des pacages, et en général la nourriture peu abondante ; la seconde est la chaleur extrême des bergeries. Pour obtenir de belles laines dans le genre de celles d'Espagne, il faut donc, soit par des moyens naturels, tels que ceux employés par les Espagnols, soit par des moyens artificiels, tels que des bergeries bien aérées, et où les troupeaux soient très à leur aise, mettre les bêtes destinées à les reproduire à l'abri du froid et du chaud, particulièrement de l'air humide et de la pluie ; les faire vivre autant qu'il est possible sur des pacages secs et abondants, et éviter surtout de leur donner des herbes chargées d'humidité, telles que celles des prairies, lorsqu'elles n'ont pas été desséchées au soleil.
L'auteur indique plusieurs moyens pour obtenir des laines superfines. Ils sont, 1°. de procéder tous les ans au choix des plus beaux agneaux du troupeau, soit pour en former des troupeaux séparés et d'une espèce supérieure, soit pour se procurer des béliers d'une race encore plus parfaite que les précédentes ; 2°. de croiser les troupeaux indigènes avec de béliers de race espagnole ; 3°. de ne jamais laisser souffrir les troupeaux par le défaut de nourriture ; car il est impossible qu'un race mal nourrie puisse s'améliorer, surtout lorsqu'il s'agit de bêtes à laine, qui souvent éprouvent des épidémies pour avoi seulement été mal nourries pendant un petit nombre de semaines.
Dans tout l'étendue de l'Empire, il n'est aucun local, suivant l'auteur, plus propre à la conservation des bêtes à laine de race espagnole que celui que présentent les plaines connues sous le nom de Champagne du département, situées sur la rive droite de l'Indre, entre cette rivière et celle de l'Arnon, et dont l'étendue est de 7 lieues en largeur, sur une longueur, du sud-ouest au nord-ouest, de 9 lieues ; elles sont très favorables aux troupeaux, parce qu'ils pacagent sur des terrains secs et parsemé la plupart de pierres calcaires.
Ainsi, pour améliorer les troupeaux de ces plaines immenses, qui dans une étendue d'environ 60 lieues, contiennent plus de 250 000 bêtes laine, et pour leur faire produire des laines presque aussi belles que celles d'Espagne, il faut : 1°. les croiser avec des béliers de race pure ; 2°. porter quelques changements dans le régime des troupeaux, soit en diminuant le nombre des bêtes mises en hivernage, afin que chacune d'elles puisse être mieux nourrie et avoir plus d'espace dans la bergerie, soit en construisant des bergeries plus aérées que les anciennes, ou en donnant plus d'ouverture à celles qui existent maintenant.
L'auteur rapporte ensuite par quelles causes un troupeau de race espagnole établi dans la commune de Villegongis, qui fait partie des vastes plaines dont il vient d'être question, ne s'y est pas propagé comme il devait naturellement le faire pendant l'espace de 25 années (1780-1805). Ces bêtes à laine, naturellement plus grandes que celles du pays, n'ont pas reçu une nourriture abondante, et on n'en a pas diminué le nombre, qu'on avait l'habitude de mettre en hivernage. Il en est résulté de fréquentes mortalité parmi ce troupeau, dont les fermiers des environs étaient trop ignorants pour discerner la véritable cause ; ils se sont persuadés que la race espagnole ne pouvait réussir dans le pays, et dès lors, ils ne voulurent plus admettre de béliers d'Espagne dans leurs bergeries.
Heureusement les propriétaires des communes environnantes, plus éclairés aujourd'hui, s'étant aperçu que les mortalités qui ont affecté, pendant si longtemps, les troupeaux de race espagnole, ont eu pour cause unique, l'insuffisance de nourriture ; il est à présumer que bientôt ils seront persuadés qu'il y a une très grande différence entre le rapport d'un troupeau de race espagnole, quelle que soit la nourriture qu'il consomme, et le produit d'un troupeau de race du pays.
L'expérience a prouvé, 1°. Que les plaines du département de l'Indre, connues sous le nom de Champagne, sont celles de toute la France, qui, sans le mélange d'aucune race espagnole, présentent les laines les laines les plus rapprochées par la qualité et la finesse des belles laines d'Espagne ; 2°. Que dans la commune de Villegongis un troupeau de race d'Espagne, sans avoir été renouvelé directement ou indirectement, se trouve présenter , après 25 ans d'existence, des bêtes à laine aussi belles que celles qu'on pourrait amener d'Espagne, et que le défaut de propagation de ce même troupeau, provient des méthodes vicieuses employées par les cultivateurs ; 3° Que si les troupeaux de race indigène étaient convertis en race métisse, comme l'est en ce moment une partie de ceux de Villegongis, non seulement la Champagne, mais encore tous les lieux de ce département, qui offrent des pacages secs, présenteraient dans le produit de leur troupeaux, une augmentation de la plus haute importance, tant sous le rapport de la qualité de la laine, que sous celui de la valeur individuelle.
Pour parvenir à ce but, l'auteur propose plusieurs moyens d'améliorer la race des bêtes à laine indigènes. Il indique, d'abord, le croisement avec des béliers de race pure ; mais comme ce moyen est inexécutable, soit par la difficulté de s'en procurer, soit par celle de les remplacer, il pense qu'il conviendrait de faire, tous les ans, des distributions, au plus offrant, de tous les agneaux mâles et femelles disponibles, et manière que le même adjudicataire ne pût acquérir deux lots. Il propose aussi des distributions gratuites, qui offriraient des avantages plus considérables, mais où il serait nécessaire que le Gouvernement intervînt, et destinât une somme modique tous les ans pour l'exécution de ce projet. Il croit que c'est le moyen le plus sûr pour l'amélioration des bêtes à laine du département, et qu'elle serait aussi rapide que générale. En effet, il est incontestable qu'au bout de 15 ans (1805-1820), les améliorations que cette distribution annuelle aurait portées dans toutes les principales bergeries du département, et surtout dans celles de la Champagne, si l'on en juge par les produits qu'une semblable amélioration a donnés dans trois bergeries de la commune de Villegongis, doivent être évalués au moins à 3 000 francs par an ; et enfin lorsque, par l'effet du laps de temps, toutes les bergeries du département, susceptibles d'hiverner des bêtes de race métisse, auraient reçu l'amélioration projetée, on peut, sans exagération, assurer qu'alors la différence de leurs produits à ceux actuels, irait (en supposant seulement 400 000 bêtes en hivernage) à un million, ou au moins dans une proportion de trois à deux.
Le troupeau de race espagnole de M. Barbançois, est composé de 80 brebis, de 8 béliers, et de quelques agneaux. Il tire son origine d'un troupeau de race mérinos de 40 brebis, et de 5 béliers, faisant partie d'un troupeau de 200 bêtes de cette race, que le Gouvernement fit venir en France en 1776, sur les pressantes sollicitations du père de M. Barbançois et de M. Daubenton.
Si ce troupeau de race espagnole n'est pas plus augmenté depuis 28 ans [1777-1805], c'est qu'il a été impossible de conserver ses progénitures en race pure, dans les fermes que M. Barbançois possède dans la commune de Villegongis, où le terrain trop sec ne produit pas les pacages nécessaires à leur haute taille, de sorte qu'il a été obligé de réduire ce troupeau au petit nombre de bêtes qu'il pouvait nourrir dans ses enclos, et par conséquent de se défaire tous les ans de ses produits, lesquels ont servi à améliorer et à métisser un grand nombre de troupeaux situés dans les communes environnantes, et particulièrement ceux que M. Barbançois possède à Villegongis, améliorations qui auraient été bien plus considérables, d'après un aussi long espace de temps, si les préjugé contre cette opération n'en avaient pas retardé pendant longtemps le progrès. De ce mélange déjà très ancien, il est résulté que sur 2 800 bêtes à laine que M. Barbançois possède dans ses fermes de Villegongis, il peut présenter 800 bêtes de race métisse, première classe ; 600 bêtes de race, deuxième classe ; 600 bêtes de cette race, troisième classe ; et environ 800 bêtes de quatrième classe, qui approche beaucoup des races indigènes les plus fines.
Le poids des toisons des bêtes de ces races pures et métisses, ainsi que leur taille, sont relatés dans le certificat que M. Barbançois a joint aux échantillons de laine qu'il a envoyés à la Société. Il en résulte que les métisses sont beaucoup plus petites, et donnent bien moins de laine que les races pures, ce qui est l'effet nécessaire de la sécheresse des pacages où elles vivent, et de la petite quantité de nourriture qui, d'après les usages du pays, leur est donné pendant l'hiver. La nourriture influe tellement sur la quantité de laine, qu'il est prouvé qu'une bête de quatrième classe métisse bien nourrie, donne presque autant de laine qu'un bête de première classe métisse mal nourrie.
M. Barbançois prétend qu'il est peu de troupeaux en France qui puissent se présenter comme la cause d'une amélioration plus considérable ; en effet, il est facile de concevoir combien la distribution, depuis 25 ans, des produits de son troupeau de race mérinos, et de ceux de ses troupeaux métis qui étaient déjà très nombreux, il y a 12 ans (1792), a d’avoir d'influence pour améliorer les races indigènes des communes environnantes, et c'est en effet ce qui est attesté par le certificat annexé au mémoire.

1805

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805).
Bulletin de de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
Assemblée générale du 14 Thermidor an XIII. (2 août 1805) (p. 31)
p. 131-132


Un propriétaire du département de l'Indre a fait parvenir à la Société des observations sur les obstacles qu'il a éprouvés pour l’éducation des moutons de race espagnole, et qui sont : 1°. les dépenses d'achat primitif ; 2°. les préjugés des gens de la campagne, relativement au logement et à la tenue des moutons ; 3° l'usage de faire suer les animaux avant la tonte ; 4°. la différence de climat et de pâture ; 5°. l'insuffisance des pâturages et des fourrages ; 6°. une plus grande consommation d'aliments faite par les mérinos ; 7°. la dégénération de la race espagnole. M. LASTEYRIE [Charles Philibert de Lasteyrie du Saillant, 1759-1849] ayant été chargé de répondre à ces objections, voici un résumé des observations qu'il a lues au Conseil ; 1°. les dépenses qu'entraînent l'acquisition des bêtes de race espagnole surpassent souvent les facultés de la plupart des cultivateurs français, surtout de ceux habitant les pays de petite culture, mais cet inconvénient, qui n'est réel que pour les personnes dépourvues de capitaux, bien loin d'apporter des obstacles au progrès de l'Agriculture, lui a donné une impulsion dont les effets influeront bientôt sur toutes les classes des cultivateurs. L'expérience a prouvé que les animaux utiles, ayant une grande valeur dans le commerce, sont toujours mieux soignés, et se propagent plus rapidement. D'ailleurs, le moment n'est pas éloigné où la baisse dans le prix des mérinos mettra cette race précieuse à la portée des personnes les moins fortunées. 2° Les préjugés qui règnent malheureusement parmi les habitants de la campagne doivent sans doute apporter de grands obstacles à l'introduction de bonnes races. Le parti le plus sût pour un cultivateur qui veut les propager sur ses domaines, est de les prendre son compte, et de se conformer aux méthodes d'éducation dont l'expérience a assuré le succès, qui se trouvent dans le catéchisme de DAUBENTON, et dans les deux ouvrages que M. LASTEYRIE a publiés sur les mérinos. 3° L'usage de faire suer les moutons avant la tonte occasionne des maladies ; d'ailleurs que les marchands de laine ont appris, par l'habitude, à connaître la quantité de suint contenu dans une toison ; et c'est d'après cette donne qu'ils basent toujours leurs achats. 4°. On prétend que les mérinos ne peuvent se faire aux pâturages du département de l'Indre, dans la supposition que les plantes qui croissent en Espagne sont plus longues et plus succulentes, et que la race indigène a les dents et les lèvres conformées différemment que celles des mérinos. C'est une erreur de croire que la Nature ait favorisé la berrichonne sous le rapport de la conformation de l'organe, dont l'animal se sert pour saisir sa nourriture. Il n'existe d'autre différence sur ce point si ce n'est que, plus la taille et par conséquent les organes de l'individu sont petits, plus il saisit facilement les herbes courtes et fines, qui, d'ailleurs, sont aussi délicates en Espagne que dans nos champs. 5°. Il est évident que plus les individus mérinos sont gros, plus ils consomment de nourriture ; il faut par conséquent renoncer à élever des mérinos de haute taille, si les pâturages sont maigres et peu fournis de plantes ; dans ce cas ont doit se procurer les individus les plus petits qu'on pourra trouver. On ne peut bien conserver une race d'animaux comme les mérinos, qui donnent beaucoup de laine, qu'en lui fournissant une étendue suffisant de pâturages, ou une quantité de fourrages verts et secs, proportionnée à s consommation journalière. La dépense, il est vrai, est alors plus grande, mais le bénéfice réel est aussi bien supérieur à celui qu'on retire de l'éducation des races communes. Sans l'introduction de la culture des racines et des prairies artificielles, les cultivateurs ne peuvent espérer de grands produits d'un troupeau espagnol, surtout dans les cantons où les fourrages sont chers et de médiocre qualité. 6°. On suppose que les moutons espagnols consomment deux tiers de nourriture de plus que les races indigènes. Cette opinion erronée est détruite par toutes les observations faites jusqu' ce jour, et d'où il résulte que la race espagnole, à taille égale, ne mange pas plus que les autres races. 7°. Il y a 50 ans (1755) qu'on a publié en France que la race espagnole à laine fine ne pourrait prospérer dans ce pays, à cause de la différence de notre climat et de nos pâturages d'avec veux de l'Espagne. Toutes les observations faites par M. Lasteyrie tendent cependant à prouver que cette race se propage et se maintient dans toute sa pureté, depuis le 36e degré de latitude jusqu'au 64e ; et si les mérinos dégénèrent dans le ci-devant Berry, fait qui est cependant démenti par les beaux troupeaux de MM. Barbançois et Heurtault-Lamerville, et dont l'origine remonte à 1781, il ne faut pas l'attribuer au climat, ni au sol, ou à la nature des pâturages, mais bien au défaut de soins, à l'insuffisance de la nourriture, au mélange fortuit des races, aux mauvais traitements, etc.
 

1807

Bulletin des séances de la Société nationale d'agriculture de France. Tome 50. Paris. Année 1890.
p. 326-329


L'INTRODUCTION DU MÉRINOS DANS LE BERRY
M. Menault (inspecteur général de l'agriculture) adresse la communication suivante :
"Commissaire général du concours régional agricole de Châteauroux en 1886, j'ai profité de mon séjour dans cette ville pour faire aux archives départementales quelques recherches sur l'agriculture du Berry, dont je me propose de publier prochainement l'histoire. Ces recherches m'ont amené à la découverte de deux documents qui m'ont paru assez intéressants pour vous être communiqués.
Il paraît en effet résulter de l'un de ces documents la présence d'un bélier d'Espagne, au prieuré de Saint-Benoît-du-Sault, situé dans l'arrondissement du Blanc. Le document remontant à l'époque du règne de Philippe le Bel, la constatation serait curieuse au point de vue de l'histoire de la race mérinos ; aussi, je m'empresse de tenir le document à la disposition de la Société qui pourra en faire vérifier la teneur.
De la présence d'un bélier d'Espagne en Berry peut-on conclure à un croisement de la race espagnole avec la race berrichonne ? Un ancien inspecteur général de l'agriculture, M. Lefour, parlant de la race berrichonne, déclare qu'elle est une de nos principales races, qu'elle a tenu le premier rang avant l'importation du mérinos.
M. Lefour ajoute : "Il paraît probable qu'à une époque éloignée une importation de mérinos et un croisement avec cette race ont eu lieu particulièrement du côté de Brion, dont les animaux ont eu longtemps une réputation de finesse." Brion est un village de l'Indre, canton de Levroux, situé dans cette partie du Berry appelée la Champagne. Heurtaut de Lamerville, praticien distingué, auteur d'un ouvrage intitulé : Observations pratiques sur les bêtes à laine dans la province du Berry, reconnaît que la race brionne est la plus remarquable de cette province. L'expérience, ajoute Heurtaut de Lamerville, a prouvé que cette race se marie à merveille avec la race d'Espagne, qui cependant est plus haute en taille et plus délicate de tempérament en nos climats. De son côté M. Sanson déclare que la toison en mèches courtes ondulées des moutons de Champagne du Berry, de Brion, porte souvent la trace d'un ancien croisement avec les mérinos, accusé par plus de finesse de laine, et par la régularité d'ondulations rapprochées. Les opinions de MM. Lefour et Sanson n'ont rien de précis. Une importation à une époque éloignée, un croisement ancien ne donne pas une date fixe et nous laisse dans le vague relativement à l'introduction de mérinos avant 1768, époque où M. de Barbançois introduisit en Berry trois béliers mérinos qu'il avait reçu de Mme d'Etigny et qu'il plaça dans sa ferme de Villegongis (Indre).
La question n'est pas facile à résoudre. L'importation initiale de mérinos d'Espagne n'a-t-elle eu lieu que sous Pierre le Cruel (1350-1369) ? Les auteurs ne s'accordent pas à cet égard. Et quand même leur présence n’aurait point été constatée avant cette époque, cela voudrait-il dire qu'il n'y a pas eu de mérinos en Espagne avant le XIVe siècle ?
Nous avons trouvé des éphémérides de la Société d'agriculture de l'Indre pour l'an 1807 une preuve de l'importance qu'on attachait à la possession d'un bélier de race mérinos. Un nommé Amelin veut offrir un tel animal. Et comme ce don est considéré d'un grand prix, il est adressé à M. le sous-préfet d'Issoudun qui en fait la remise à Remy Tourrangin, propriétaire à Issoudun, avec tous les honneurs dus à un animal si précieux. Il y eut, à cette occasion, une brillante cérémonie dans la grande salle de la maison de ville d'Issoudun.
M. Tourrangin a accepté le bélier avec reconnaissance et a dit qu'il ne négligerait rien pour justifier le choix qui avait été fait de lui. Il a ajouté que la veille il avait remis entre les mains de M. le sous-préfet une soumission par laquelle il s'engageait, pour rendre l'expérience qu'il devait faire plus utile et plus générale, à faire don à la ville d'Issoudun des deux premiers mâles qui naîtraient du croisement avec les berrichons et à soigner en bon père de famille le bélier qu'il venait de recevoir et à le joindre à un troupeau de 25 à 50 têtes au plus, et à ne permettre aucune communication de son troupeau ni du bélier avec d'autres troupeaux.
La Société d'agriculture se fit un devoir et un plaisir de désigner à la reconnaissance publique la générosité qui caractérisait l'acte gratuit de M. Amelin et la soumission de Tourrangin ; et elle augura de cette épreuve authentique la plus heureuse influence sur le succès du croisement des races indigènes avec la race espagnole.

_______________________________________________________

Journal d'agriculture pratique. Janvier à juin. 1890
p. 899
Société nationale d'agriculture de France. Séance du 4 juin 1890. Présidence de M. Daubrie.
M. Menault, inspecteur général de l'agriculture, adresse une note sur la présence d'un bélier d'Espagne en Berry, au temps de Philippe le Bel (1285-1314) et sur une cérémonie accompagnant la donation et la réception d'un bélier mérinos à Issoudun en 1807.

 

1812

Mémoires d'agriculture, d’économie rurale et domestique publié par la Société royale et centrale d'agriculture. Année 1822, Tome II. Paris (Huzard) 1824.
p. 92-93

Notice sur la vie de M. de BARBANÇOIS membre du Conseil Royal d'agriculture ; associé correspondant de la Société royale de la Seine, ancien lieutenant-colonel d'infanterie.
Par M. Bonneau, président de la Société d'agriculture de l'Indre.
(Extrait des Ephémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre, pour l'année 1822, sixième cahier.)

M. Charles Hélion de BARBANÇOIS est né au château de Villegongis, le 17 août 1760, du mariage de François Léon de Barbançois, brigadier du Roi, avec Louise-Hélène Leferron ; il a terminé son honorable carrière dans les premiers jours d'avril 1822, laissant une fille, Mme Dampierre, et deux fils, dignes successeurs du père qui les a instruits et formés par son exemple à la pratique de toutes les vertus.
A son début dans la carrière agricole, M. de Barbançois donna le premier exemple de la naturalisation des mérinos en France ; cette race première des bêtes à laine, ayant été introduites chez nos en 1776 par les soins de M. de Trudaine, le premier troupeau fut partagé entre le ministre, M. Daubenton, et M. de Barbançois ; les mérinos transportés à Villegongis n'ont point dégénéré jusqu'à ce jour.
M. de Barbançois exploitait par lui-même environ 1 000 hectares de terres labourables, divisés en quatre corps de ferme de grande culture : dix charrues, 2 000 bêtes à laine, et tous les accessoires de cette culture exigeait un nombre considérable de bras ; tout marchait avec l'ordre et la régularité qu'on admire dans une dans une grande manufacture. L'ouvrage que M. de Barbançois a publié en 1812 sous le titre modeste de Petit traité d'agriculture ; un vol. in-8° (Chez Mme Huzard), présente un aperçu rapide de la multitude des soins et des travaux qu'avait exigé une telle organisation.
Les environs du château de Villegongis, offrent l'aspect d'un vaste jardin ; 4 000 pieds d'arbres de la plus belle venue attestent le bon goût et la prévoyance du propriétaire.
 

1822

Décès de M. Charles Hélion de BARBANÇOIS à Villegongis

Mémoires d'agriculture, d’économie rurale et domestique publié par la Société royale et centrale d'agriculture. Année 1822, Tome II. Paris (Huzard) 1824.
p. 92-93

Notice sur la vie de M. de BARBANÇOIS membre du Conseil Royal d'agriculture ; associé correspondant de la Société royale de la Seine, ancien lieutenant-colonel d'infanterie.
Par M. Bonneau, président de la Société d'agriculture de l'Indre.
(Extrait des Ephémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre, pour l'année 1822, sixième cahier.)
M. Charles Hélion de BARBANÇOIS est né au château de Villegongis, le 17 août 1760, du mariage de François Léon de Barbançois, brigadier du Roi, avec Louise-Hélène Leferron ; il a terminé son honorable carrière dans les premiers jours d'avril 1822, laissant une fille, Mme Dampierre, et deux fils, dignes successeurs du père qui les a instruits et formés par son exemple à la pratique de toutes les vertus.
A son début dans la carrière agricole, M. de Barbançois donna le premier exemple de la naturalisation des mérinos en France ; cette race première des bêtes à laine, ayant été introduites chez nos en 1776 par les soins de M. de Trudaine, le premier troupeau fut partagé entre le ministre, M. Daubenton, et M. de Barbançois ; les mérinos transportés à Villegongis n'ont point dégénéré jusqu'à ce jour.
M. de Barbançois exploitait par lui-même environ 1 000 hectares de terres labourables, divisés en quatre corps de ferme de grande culture : dix charrues, 2 000 bêtes à laine, et tous les accessoires de cette culture exigeait un nombre considérable de bras ; tout marchait avec l'ordre et la régularité qu'on admire dans une dans une grande manufacture. L'ouvrage que M. de Barbançois a publié en 1812 sous le titre modeste de Petit traité d'agriculture ; un vol. in-8° (Chez Mme Huzard), présente un aperçu rapide de la multitude des soins et des travaux qu'avait exigé une telle organisation.
Les environs du château de Villegongis, offrent l'aspect d'un vaste jardin ; 4 000 pieds d'arbres de la plus belle venue attestent le bon goût et la prévoyance du propriétaire.
 

1822

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1845

Traité d'hygiène vétérinaire appliquée, par J.-H. MAGNE, Lyon 1845.
p. 328

DU MOUTON


Races du Berry. L'ancienne race du Berry à taille moyenne, à tête petite et dépourvue de cornes, à front eu peu convexe, est aujourd'hui fort rare ; on distingue de nos jours plusieurs sous-races dans cette province.
Les moutons de Champagne, moutons fins, qui habitent les plaines, ont la tête et les jambes souvent rousses, la laine fine, frisée, courte, pouvant presque rivaliser avec celle d'Espagne, une toison qui s'étend jusqu'aux yeux ; la finesse de la laine varie cependant, et ce n'est pas le mouton dont la toison est la plus fine qui est le plus recherché par les engraisseurs.
Mouton bocager, mouton de bois chaud. Sa laine est, en général, moins estimée, elle est moins fine et de couleur variable. La race est peu robuste ; les femelles perdent en partie leur laine à deux ans et les mâles à quatre.
Le mouton de Byron [Brion], ou race byronne [brionne] , est la race la plus estimée par son corps volumineux ; sa laine est aussi belle que celle du mouton de Champagne ; se toison pèse jusqu'à 3 kg e, suint. Le bélier Bryon donne de bons produits avec les brebis des autres sous-races berrichonnes.
Le Mérinos a été introduit avec avantage dans de Berry ; il a croisé avec succès les races du pays. Du reste, une bonne nourriture seule améliorerait sans frais, sans chances à courir, les moutons berrichons.
 

1852

Journal d'agriculture pratique. Troisième série. Tome IV. Janvier à Juin 1852.
p. 341
Concours national de Poissy (7 avril 1852)
La race ovine était nombreuse, et présentait une qualité supérieure dans son ensemble à l'exposition dernière. On comptait 46 lots formant ensemble 920 têtes ; ils se répartissaient ainsi :


1re Classe. - Animaux de 24 mois au plus : Sept lots, ensemble... 140 têtes.
2e Classe. 1re catégorie. - Moutons Mérinos et métis mérinos ; Treize lots, ensemble... 260 têtes. 2e catégorie. - Grosses races à laine longue : Quinze lots... 300 têtes. 
3e Classe. -Petites races à laine commune : Onze lots... 220 têtes.
Total : 920 têtes.


Les animaux se classaient ainsi suivant les races :


Métis mérinos (11 lots) : 220 têtes
Dishley mérinos (6 lots) : 120 têtes
Anglo-artésiens (5 lots) : 100 têtes
Dishley-berrichons (4 lots) : 80 têtes
Berrichons anglais (4 lots) : 80 têtes
Solognots (3 lots) : 60 têtes
Berrichons (1 lot) : 20 têtes
Mérinos (2 lots) : 40 têtes
Mérinos Mauchamp (2 lots) : 40 têtes
La Charmoise (1 lot) : 20 têtes
Races diverses (artésienne, normande, south-down, berrichonne, etc. (7 lots) : 140 têtes


MM. Malingié, Lupin, de Bonnival, Pluchet, Crespel-Pinta, Lachenille; Bella (école de Grignon), Desmoutiers, étaient les principaux concurrents. Nous avons vu avec plaisir M. Malingié recevoir le premier prix des jeunes bêtes et remporter ainsi une récompense bien méritée. Ce jugement sera confirmé certainement par tous nos lecteurs qui ont eu sous les yeux son excellent travail sur la race ovine.
Dans la classe des mérinos et métis, les régions du Nord et du Pas-de-Calais ont battu pour la première fois peut-être Seine-et-Oise et Seine-et-Marne. La Brie et la Beauce auront à prendre une revanche au prochain concours.

1822

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1855

Journal d'agriculture pratique. Janvier à juin 1855. 4e série. Tome III
p. 198-201
Des bêtes ovines dans le Berry. (race Crévant)

Fig. 40. Brebis de la race de Crevant pure.
Fig. 41. Antenaise Crévant-dishley issue d'une brebis Crévant et d'un dishley pur, mais né dans le Berry.
Fig. 42. Antenay Crevant-dishley issu d'une brebis Crévant et d'un bélier dishley pur, mais né dans le Berry.

Depuis Louis XVI, sous le règne duquel on avait introduit les mérinos, jusqu'à l'empire, rien n'avait été fait en France en faveur de la race ovine. A cette époque, on revint aux essais interrompus par la révolution ; et dès ce moment on put signaler, sinon un progrès, du moins un désir général d'amélioration dans toute la France.
Il y a cinquante ans environ (1805), un de nos compatriotes, M. Bonneau, propriétaire de l'arrondissement du Blanc, et M. de Barbançois, père du sénateur actuel, se signalaient seuls par des bergeries modèles. Mais leurs troupeaux mérinos et les métis qui par la suite se répandirent dans le département eurent un médiocre succès dans les parages du bas Berry. Tous les efforts ne purent triompher de la routine, et surtout du manque de capitaux.
Cependant, depuis vingt ans environ (1825), l'arrondissement de la Châtre, si arriéré en agriculture, semble avoir pris un élan marqué. Le marnage, le chaulage, l'introduction de nouvelles charrues, substituées pour les défrichements à l'ancien araire, ont permis d'introduire un peu partout des prairies artificielles ; dès ce moment aussi, les acheteurs ont remarqué une amélioration sensible dans la race ovine.
Cette amélioration porta d'abord sur le nombre. Dans une période de vingt années (1805-1825), le nombre de moutons produits dans nos foires a doublé. Peu à peu est venue l'amélioration individuelle. Le mouton berrichon tenait depuis de longues années sa place et une place de faveur dans les grands marchés, mais nos contrées du bas Berry eurent beaucoup de peine à y fournir de notables contingents, quoique, depuis de longues années aussi, il existât dans une partie de l'arrondissement un type bien connu des éleveurs : c'est le type de la race de Crevant. Cette race est la véritable essence du bas Berry, pure et encore intacte de tout croisement étranger. La figure 40 représente une brebis de cette race, et les figures 41 et 42 un antenais et une antenaise obtenus par le croisement avec des Dishley.
Le village de Crevant, situé entre la Châtre et Aigurande, forme avec Sainte-Sévère, la base d'un triangle, dont Ardentes est l'angle aigu ; ayant Neuvy Saint-Sépulchre sur le côté droit, la Berthenoux sur le côté gauche, et dont la Châtre est pour ainsi dire le milieu. Cette démarcation est en tout point conforme à la description et configuration données par George Sand, et désignée par notre illustre compatriote sous le nom de Vallée-Noire.
A Crevant a lieu une foire annuelle, le 9 mai, consacrée uniquement aux bêtes ovines. C'est là que les acheteurs trouvent les antenaises qui doivent former les bergeries reproductrices, et les antenais qui sont appelés à former les moutons propres à l'élevage et à l'engraissement. On vient aussi y chercher de nombreux lots de moutons pour le parcours d'été et des béliers reproducteurs.
A Sainte-Sévère, il y a, tous les huit jours, dans les mois du printemps et de l'été, des foires qui offrent les mêmes ressources que Crevant ; cette contrée étant identique en beaucoup de points à celle de Crevant.
Puis c'est à Ardentes que vont se confondre les acquisitions faites dans ces contrées, que les moutons se vendent, soit à deux ans, soit à trois ans, époque de l'engraissement.
Pendant ces périodes de deux ou trois ans, les moutons et les brebis ont alimenté les marchés hebdomadaires de la Châtre, les foires de Neuvy et Duis, et la foire si célèbre dans nos départements de la Berthenoux.
A quelques modifications près, tel est le mouvement qui s'opère dans les bêtes ovines de cette partie de l'arrondissement que nous venons nommer Vallée-Noire, et dont Crevant est le pivot ou centre d'opérations.
La culture de cette partie du bas Berry est essentiellement pastorale. Les héritages enclos de fortes haies vives, moitié épines, moitié houx, sont en outre circulairement ombragés de grands châtaigniers qui absorbent par leur feuillage et leurs racines une moitié du terrain. Mais ces châtaigniers sont la fortune du colon ; fortune il est vrai très éventuelle. L'agriculteur, pour parer à ses besoins personnels, cultive le blé noir dont il se nourrit ; il y ajoute un peu de pommes de terre, des raves ; et il demande à la terre, avec un peu de fumier péniblement amassé, les quelques boisseaux de seigle qui doivent ou payer le maître, s'il est fermier, ou lui procurer un peu d'aisance, s'il est colon partiaire.
Le sol cependant n'est dénué de ressources ; il est assez uniformément composé d'une silice sablonneuse mélangée d'argile. De grands blocs de granit, qui apparaissent de temps à autre à la surface, accusent des gisements énormes de pierre. Le terrain est néanmoins profond et susceptible d'une bonne culture. Des amendements et un travail raisonné changeraient en peu de temps l'aspect du pays. Des sources vives qui jaillissent spontanément sur ces coteaux se prêtent à des arrosements en général bien entendus, puis la luxuriante végétation des bois de chênes et de hêtres contribue à entretenir une fraîcheur fécondante ; Aussi la végétation herbagère y est-elle très abondante ; et après chaque labour les champs se couvrent immédiatement d'une herbe drue et d'une bonne qualité alimentaire, qui offre un surcroît de pacages aux bêtes ovines. Il existe aussi de belles et bonnes prairies dans les gorges de ces collines, mais les fourrages qu'on y récolte sont l'alimentation exclusive des bêtes à cornes.
Dans ces conditions, il est facie de prévoir ce qui arrives à la race ovine : elle suit la phase de la température et de la production ; dans les saisons mauvaises, c'est-à-dire la moitié de l'année, elle vit misérablement, ne conservant à la lettre que son squelette et sa laine ; mais ces bêtes décharnées, qui paraissent épuisées, changent d'aspect en peu de temps, à la saison des herbes.
Aussi la race de Crevant est-elle une race rustique et robuste entre toutes ; c'est ce qui a constitué son mérite aux yeux des éleveurs. On peut, en effet, en toute sécurité la dépayser, elle n'est pas difficile à acclimater ; peu habituée aux soins, ceux qui lui sont donnés payent immédiatement la peine prise et les frais faits pour elle.
La race de Crevant se distingue par les signes suivants : figure allongée, front large et dégarni de laine bien avant le col, l'œil vif, les oreilles longues et larges, finement transparentes, le corps ramassé et épais, le jarret peu développé, mais fort ; le gigot peu épais, peu saillant ; la poitrine étroite, la queue longue et fournie ; la laine peu serrée, longue et creuse : en moyenne un mouton sur deux pèse 20 à 25 kg ; il engraisse fin de la troisième année pour entrer dans la quatrième.
Il nous a paru utile de donner une idée exacte du pays sur lequel s'élève et se nourrit la race de Crevant. En appelant l'attention sur cette race, nous nous réservons de dire les améliorations qu'elle a éprouvées et celles qu'on peut obtenir encore.

p. 287-289
Fig. 61. Race de Crevant améliorée par elle-même ; brebis appartenant à M. Lemore de Nohant-Vic (Indre)
Quelques agriculteurs de notre contrée prétendent que la race de Crévant est une race anglaise dégénérée. Nous ne savons pas comment ils pourraient prouver leur assertion. L'histoire consacre, il est vrai, l'occupation de Sainte-Sévère par les Anglais, et dans les habitudes locales on dit proverbialement : les Anglais de Sainte-Sévère. Le fait n'a rien d'impossible. Il serait assez curieux alors de régénérer l'espèce ovine anglaise par un croisement anglais amélioré. Nous pouvons affirmer, dans tous les cas, que la race Crévant croisée par un Dishley acclimaté produit de très bons résultats.
Dès le principe, les agriculteurs du bas Berry s'étaient livrés à l'amélioration des bêtes ovines en vue du nombre. A cette époque (nous parlons de quelques années), la vente de la laine était une affaire importante dans notre pays. Les manufactures étrangères au département venaient chercher de préférence les laines de nos contrées, et ce produit des bergeries entraient pour une bonne part dans le revenu des domaines. Peu à peu l'amélioration des laines dans les départements voisins des grandes manufactures, l'introduction des laines étrangères, les changements survenus dans les procédés de fabrication, amenèrent pour notre bas Berry un isolement complet. Nos marchés aux laines, si importants, furent de plus en plus déserts, et les fabriques de Châteauroux finirent, au moyen d'une entente cordiale, par nous imposer un prix uniforme et no débattu qui réduisit cette production à un rôle infime.
Dès ce moment, il a fallu songer à tirer un autre parti des bêtes ovines. La laine n'étant plus un objet de production principale, mais un appoint, il fallut améliorer l'espèce au point de vue boucherie.
L'amélioration la plus marquée se produisit dans la région de Neuvy. Des agriculteurs, fermiers depuis longues années des terres dépendantes du beau château de Sarzay, et aussi des propriétaires résidant dans les communes de Mers et Tranzault, avaient obtenu, par des croisements de Crévant et Mérinos, par des croisements de Crévant par Crévant améliorés (fig. 61), des résultats très remarquables. Eux seuls, pendant longtemps, furent en possession de l'approvisionnement des béliers que l'on se disputait à des prix considérables pour l'époque. Leurs bergeries, citées comme modèles, devinrent une source de grands produits. Ils expédiaient à Paris des moutons gras en assez grand nombre, et montraient une route nouvelle au commerce.
Ils eurent des imitateurs ; mais ce furent surtout les petits propriétaires qui, avec des troupeaux peu nombreux, souvent le seul cheptel de leur petite exploitation, suivirent cet exemple. Ils y étaient amenés par un raisonnement simple et évident : nourrir mieux pour produire mieux d'abord ; et, en nourrissant mieux, doubler le fumier.
La figure 61 donne le résultat d'un croisement de Crévant par Crévant amélioré dans la commune de Nohant-Vic.
Nous avons donc chez nous l'exemple de ce que peut la bonne alimentation sur le croisement et l'amélioration des espèces. Mais ne croyons pas avoir encore le dernier mot de ce progrès. Nous avons obéi à un instinct ; maintenant il s'agit de faire entrer en ligne l'observation et le raisonnement qui devront nous conduire à un perfectionnement sérieux.
Mais combien de temps il a fallu pour obtenir cette amélioration ! De combien d'obstacles ne fût-elle pas entourée ! Pendant longtemps on se défiait de ces agneaux si beaux et si gras. Ils ont été trop bien soignés, disait-on, et on admirait sans acheter. Il y avait dans ce raisonnement un fond de vérité. La culture arriérée des exploitations rurales de nos métairies ne permettait pas l'entretien des bêtes ainsi commencées.
Il faut en effet, songer à produire l'alimentation avant de chercher à améliorer l'espèce, et nous nous débattons encore dans ce cercle vicieux. Nous pourrions citer nombre de colons dans la canton de Sainte-Sévère qui n'ont encore fait des trèfles qu'à titre d'essais ; et, en plein pays fromental, il est des colons qui viennent, il y a quelques jours à peine, d'adopter la charrue Dombasle et la herse en fer, au risque de passe aux yeux de leurs voisins pour des gens qui courent à leur ruine.
Cependant l'élan est donné, et l'amélioration des bêtes a trouvé de nombreux adeptes. L'introduction des béliers anglais a produit un mouvement très favorable, et les marchés témoignent de l'empressement des acheteurs à se procurer de bons croisements. Le 9 mai 1854, à la foire de Crévant, le prix des béliers s'éleva à un chiffre énorme, eu égard au cours des années précédentes. Les propriétaires ne craignaient pas de faire leur antenais 100 francs la pièce, et ils se vendaient de 70 à 80 francs. En temps ordinaire on payait un bon antenais, pour la reproduction, 30 à 40 francs. En peu d'années le prix avait doublé. Les antenais et antenaises, pour mettre en place, avaient aussi subi une hausse proportionnelle. Mais pour ces derniers, ce cours pouvait s'attribuer en partie aux maladies qui décimaient les troupeaux. Nous avons vu vendre des agneaux de l'année aux foires hebdomadaires de la Châtre, en septembre et en octobre, au prix de 18 et 20 fr. pièce. Ce sont les habitants de la Creuse qui viennent prendre ces agneaux pour béliers. Les agneaux pour mettre en place valaient, à la même époque, de 25 à 28 fr. la paire.
Nous le répétons, ce progrès a besoin de se régulariser. On essaye, et on ne pas encore vers quel but précis on doit marcher. C'est le défaut inhérent à tout début dans le progrès ; car on craint cet écueil : de produire des denrées sans écoulement prompt et certain ; puis, les fortunes sont divisées, et peu de personnes se soucient de faire, à leurs risques et périls, des expériences qui réclament de longues années. Voyez le temps qu'il a fallu à M. Malingié pour amener son troupeau au point où il est. Il faut les conditions et les aptitudes pour arriver à mener tout à bonne fin : progrès et revenu.
Dans un remarquable ouvrage intitulé ; Essais sur l'économie rurale de l'Angleterre, M. Léonce de Lavergne a établi que c'est à l'élève et à l'amélioration des bêtes ovines que nos voisins doivent en grande partie la fécondité de leur sol ; et il démontre la supériorité incontestable d'une bergerie bien dirigée sur une vacherie. Nous puisons par analogie, dans cet ouvrage, que tout home pratique doit lire, la conviction que la contrée de Crévant, essentiellement herbagère, doit chercher dans la bergerie la vie, la prospérité commerciale, que son sol est tout prêt à lui donner.
Multiplions donc les bêtes ovines, mais cherchons, avant tout, les conditions favorables à leur alimentation ; étudions leurs habitudes, formons des bergers intelligents, combattons, autant que possible, les préjugés nuisibles, et la prospérité de nos bergeries nous payera amplement de nos soins.


R. DUVERNET (Charles ROBIN-DUVERNET)
Agriculteur au Coudray près de la Châtre.
 

1855

Journal d'agriculture pratique. Juillet à Décembre 1855. 4e série. Tome IV
p. 290-292

RACES OVINES DU BERRY.
A M. le Rédacteur en chef du Journal d'Agriculture pratique.
Monsieur,
Outre la variété de Crévant, la race du Berry comprend dans le département de l'Indre, deux autres variétés bien distinctes : l'une habite la Brenne et l'autre le plateau calcaire, appelé dans la contrée, la Champagne.
La variété de Champagne est excellente ; elle est d'une rusticité à toute épreuve ; mais elle est extrêmement petite et d'une conformation des plus défectueuses.
Dans le but de l'améliorer, en m'éloignant le moins possible du type primitif, dont les qualités sont si précieuses, je vais chaque année, dans les environs de la Châtre, chercher de bons agneaux de la race Crévant pour en faire mes reproducteurs au printemps suivant.
La race Crévant avait donc, depuis plusieurs années, attiré mon attention.
Aussi j'ai lu avec un vif intérêt les articles que M. Duvernet a publiés sur les moutons de Crévant dans le Journal d'Agriculture pratique, et je suis heureux de n'avoir qu'à confirmer tout ce qu'il a dit.
Mais sous d'autres rapports, ces articles méritent un très sérieux examen ; ils soulèvent des questions graves ; ils contiennent de tristes détails sur l'agriculture d'une grande partie du Berry ; ils contiennent aussi d'excellents conseils dont malheureusement les colons ne pourront guère profiter.
Les observations de M. Duvernet révèlent un fait important : les petits propriétaires ont amélioré leurs bergeries, les colons ne l'ont pas fait.
Pourquoi cette différence ? d'où vient-elle ? Les colons ont ordinairement plus de terres et plus de pacages que les petits propriétaires ; ils ont tout autant d'intelligence qu'eux ; ils pourraient certainement arriver à des résultats aussi bons, sinon meilleurs.
Il y a donc une cause secrète qui les arrête. Cette cause existe en effet ; la voici : Le colon ne recherche ni à améliorer sa culture, ni à augmenter ses produits, parce que, dans l'état actuel des rapports qui existent entre lui et son propriétaire, il n'a pas intérêt à le faire, je dirai presque qu'il n'en a pas la possibilité. 
M. Duvernet conseille aux colons de Sainte-Sévère de faire des trèfles et des racines, d'adopter la charrue Dombasle, d'acheter des herses en fer, etc., etc.
Ils arriveraient ainsi, dans un délai plus ou moins long, à substituer une culture riche et perfectionnée à la culture peu productive, mais aussi réclamant peu d'avances, qui se fait dans le pays depuis des siècles.
Eh bien ! je suis convaincu que tant les clauses qui lient en ce moment le propriétaire et le colon ne seront pas modifiées, les colons qui se lanceraient dans cette voie, sans avoir pris leurs précautions à l'avance, marcheraient rapidement à leur ruine.
On n'améliore pas une propriété, on n'augmente pas la masse des produits, sans augmenter la masse des frais de culture.
Dès lors il se présente ici deux questions graves à résoudre.
Par qui les dépenses nouvelles seront-elles faites ? dans quelle proportion ces dépenses et leurs produits se partageront-ils entre les parties contractantes ? Tous les baux dans le Berry mettent les frais de culture à la charge du métayer, et ces mêmes baux disent tous que le propriétaire percevra pour sa part la moitié de tous les produits.
Avec le système de culture actuellement suivi, cette clause est bonne et équitable.
Mais elle cesse de l'être, si le propriétaire exige que son colon fasse, à ses frais et de ses propres deniers, des cultures nouvelles qui entraînent un surcroît de dépenses.
On ne change pas un assolement, on ne fait pas des prairies artificielles, on ne cultive pas des racines sans faire des avances considérables.
Ce n'est pas au colon à supporter seul ces avances ; c'est au propriétaire à en prendre la moitié à sa charge, puisqu'il touche la moitié des produits.
Si, par suite des frais extraordinaires qui ont été faits, il y a une augmentation dans le produit de la métairie, le propriétaire doit prendre sa moitié, non pas dans le produit brut, mais dans le produit net ; c'est-à-dire défalcation faite des frais extraordinaires de culture.
Le colonage partiaire (métayage) est forcément condamné à rester stationnaire, tant que l'on n'entrera pas dans cette voie.
L'exploitation par le métayer ou colon partiaire est le mode de faire-valoir, qui, jusqu'ici, a résisté avec le plus de ténacité à toutes espèces d'améliorations ; et, cependant c'est peut-être celui où il serait le plus facile d'en opérer ; mais pour cela, il faudrait qu'il y eût entente parfaite et communauté d'intérêts entre le propriétaire et le colon. 
Le colonage n'est rien d'autre qu'une société en commandite, où le propriétaire fournit le capital et où le colon fournit son temps et son industrie.
Jamais, en commerce, il n'est entré dans la tête d'un associé commanditaire de partager dans le produit brut d'une entreprise industrielle ; il ne prélève sa quote-part que sur les bénéfices nets.
Il faut qu'il en soit de même en agriculture. L'introduction des prairies artificielles et des racines fourragères modifie profondément le contrat de métayage.
Il faut donc établir entre les propriétaires et le colon des conditions nouvelles, qui, en permettant de produire plus et mieux, amélioreront la position des deux parties contractantes.
Mais la condition première du succès, c'est l'intervention pécuniaire et intellectuelle des propriétaires ; cette intervention, les propriétaires ne sauraient trop s'en convaincre, est indispensable au progrès agricole. Cela est vrai, quel que soit le système de faire valoir : régie, fermage, etc... ; mais c'est vrai surtout quand il s'agit du métayage. En effet, les colons partiaires sont toujours pauvres, et ceux qui savent lire et écrire forment malheureusement une trop rare exception.
Ainsi un propriétaire veut-il tirer son métayer de sa vieille routine, il faut absolument qu'il ait les connaissances nécessaires pour le guider et des capitaux disponibles pour subvenir aux dépenses qu'entraînent les innovations. En un mot, le propriétaire doit être le banquier de l'association et la tête qui dirige ; le métayer, le bras qui exécute.
Je vous livre ces réflexions pour en faire l'usage qui vous paraîtra convenable.
La question vaut la peine d'être étudiée, car le métayage couvre encore la moitié de la France ; et pour transformer un pays de métayage en pays de fermage, il faut un siècle et peut-être plus.
Veuillez agréer, etc.


E. DAMOURETTE,
Ancien élève de Grignon.
 

1860

Journal d'agriculture pratique, 1860b
p. 471-473
Les moutons du Berry
par J. A. BARRAL

1862

https://www.vallenay.net/2017/03/09/louis-gallicher/

"En 1862, Monsieur Louis GALLICHER (industriel) affermait le domaine de Pontchauvet (La Celle-Condé, Cher), de 350 ha, appartenant à Monsieur le Comte de Bourbon-Busset ; il le conservera douze ans , y créa un troupeau de plus de 300 mères brebis de race Southdown et une vacherie charolaise, l’une des premières du département. "

1864

Annales de l'agriculture française, 5e Série, Tome 23, Janvier à Juillet 1864
p. 407-408

M. le marquis de Vogüé partage absolument les opinions exprimées par MM. Huzard et Magne, et ils est porté à croire que, si les membres qui ont pris la parole avant lui sont en désaccord sur certains points, tous visent néanmoins au même but, c'est-à-dire à la bonne administration de la richesse agricole, et au moyen d'augmenter la fortune publique par la pratique des meilleures méthodes d'élevage. M. de Béhague a obtenu par le croisement du bélier Southdown avec des brebis berrychonnes par exemple, et en livrant à la boucherie tous les métis [croisement industriel ; hétérosis] issus de cette alliance ; mais s'ensuit-il que ce soit là le seul système à adopter, et que les procédés d'amélioration du bétail ne doivent pas varier eux-mêmes suivant les conditions de la culture.
Autrefois, dans le Berry, les races locales étaient en parfaite harmonie avec l'état agricole du pays ; mais, à mesure que l'agriculture a perfectionné ses méthodes [environnement], ces races primitives sont devenues insuffisantes pour payer les fourrages à un prix rémunérateur. Une transformation du bétail était devenue nécessaire ; mais quel était le moyen d'y procéder ? Fallait-il garder les races anciennes et les améliorer [Bakewell : in and in], en importer de nouvelles de toutes pièces, ou bien enfin recourir au métissage pour obtenir une race intermédiaire entre la race croisante et la race locale ? Le premier moyen [Bakewell : in and in] était trop long, et ne répondait pas assez vite à un besoin immédiat ; le second entraînait à des dépenses considérables, en dehors de toute proportion avec les ressources locales et les résultats à obtenir. Il ne restait donc plus que le métissage, et c'est à lui que l'honorable membre eut recours pour produire les animaux intermédiaires, la race moyenne que réclamaient les nécessités de sa culture. On a objecté, il est vrai, que ces races métisses ne pouvaient se maintenir ou qu'elles n'étaient pas fixées [la deuxième loi de Mendel sur la disjonction des allèles est inconnue à l'époque] ; mais quelle est la race dans laquelle tous les caractères se reproduisent invariablement avec une constance parfaite ? La race d'Ayr elle-même n'est-elle pas la race la plus métissée qui existe, et ne trouve-t-on pas, dans beaucoup de ses types, des caractères qui appartiennent à d'autres races ? Quoi qu'il en soit, en croisant le taureau d'Ayr avec la vache du Berry M. le marquis de Vogüé a obtenu des résultats très satisfaisants, à en juger par les récompenses que les animaux issus de ses étables ont obtenues dans les concours. Il arrive sans doute que certain métis reproduisent trop complètement les caractères de la race ancienne, mais on s'en débarrasse en les préparant pour la boucherie. En résumé, le métissage a rendu de grands services dans le Berry, et il a fourni aux éleveurs le seul moyen d'amélioration qui fût à leur portée.
On a parlé de la pureté des races ; mais sur ce sujet même il y aurait beaucoup à dire. La race Durham est une race pure ; mais d'où vient-elle ? comment s'est-elle formée ; et pour elle comme pour les chevaux de pur-sang n'a-t-on pas déclaré que tous les animaux nés à partir d'un certain jour seraient considérés comme purs ? Dans de pareilles conditions, la pureté de la race n'apparaît-elle pas elle-même comme une chose essentiellement relative ?
 

1870

GALLICHER Louis. Le Cher agricole et industriel. Notes et renseignements pour servir à sa statistique. Bourges, Typographie A. Jollet, éditeur. Juillet 1870
Simples notes recueillies par L. GALLICHER, Ingénieur-Cultivateur, Membre de la Société d’Agriculture du Cher, Vice-Président du Comice agricole de Bourges.
Original consultable à la bibliothèque de l'Académie de Touraine (fonds Babonaux), 46 rue de la Fosse Marine à Tours :
                http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2019/12/Bio-biblio_BABONAUX.pdf

p. 138-142
Les moutons
Les moutons qui peuplent le Cher appartiennent, pour une immense majorité à la race berrichonne.
Cette race présente chez nous trois familles ou variétés qui sont la résultante des influences su sol et de l’alimentation.
Les moutons qui peuplent la partie siliceuse et argilo-siliceuse des cantons du sud et du sud-ouest sont élevés sur jambes ; ils ont la tête découverte ; la laine est rare, grossière, mécheuse ; le ventre et les jambes en sont tout-à-fait dégarnis ; le pacage au milieu des genêts et des broussailles semble avoir déterminé cette conformation. On les regarde comme le type de la race primitive sans croisement, sans amélioration ; ils sont rustiques et engraissent facilement. Toute cette partie de notre population se rattache à la belle variété dite de Crevant, qui s’étend sur une grande partie de l’Indre, et qui est généralement adoptée comme moule dans les croisements tentés avec des races plus perfectionnées.
Les troupeaux plus nombreux de la plaine calcaire doivent, à des croisements anciens avec le sang mérinos et à l’influence du sol, une toison plus fine, plus tassée, couvrant toutes les parties de l’animal et couronnant la tête. Cette infusion du sang mérinos est due à M. Heurtault de Lamerville, député de la noblesse aux Etats-Généraux, qui forma dans sa terre de Lapérisse, près Dun-le-Roi, un établissement des plus belles races espagnoles acclimatées à Rambouillet. – Le duc de Chârost l’imita, et créa aussi à Chârost une bergerie de moutons mérinos. – Un peu plus tard, M. Busson de Villeneuve, un des patriarches vénérés de la culture de ce pays, forma à Villeneuve, près Dun-le-Roi (Dun-sur-Auron), un autre établissement pastoral ayant également pour base l’élevage des races à laine fine. L’influence de ces introductions s’est communiquée peu à peu à toute la population ovine du centre du département qui est aujourd’hui homogène, uniforme, mais qui porte les traces visibles de son alliance avec le noble sang espagnol (mérinos).
La variété solognote a beaucoup d’analogie avec celle de Crevant, à la couleur près de la face et des jambes, qui sont blanches dans les moutons de Crevant et d’un jaune roux plus ou moins foncé dans celui de Sologne. C’est une variété d’une vigueur et d’une rusticité précieuses, et tout-à-fait appropriée au sol sur lequel elle vit. 
Toute cette race de moutons berrichons est remarquable par sa sobriété, par son aptitude à se développer sous l’influence de soins généreux, par sa facilité à l’engraissement et par l’excessive délicatesse de sa viande.
On a importé dans le Cher diverses races anglaises plus spécialement destinées à la boucherie, les southdown semblent avoir donné les résultats les plus avantageux.
Toutefois, cette introduction du sang anglais n’est applicable qu’aux localités fraîches et herbeuses du département ; la sécheresse et surtout la poussière de nos plaines calcaires sont un ennemi implacable pour ces animaux importés d’un climat plus humide et plus uniforme que le nôtre.
Les croisements opérés au moyen de la race de la Charmoise, créée par M. Malingié sur les confins du Berry (Pontlevoy en Loir-et-Cher), et mieux acclimatée que les raves anglaises, semblent donner de meilleurs résultats. Cette race s’est surtout localisée dans le Sancerrois où on s’en loue beaucoup.
Si l’abaissement successif du prix des laines contraint les éleveurs de la plaine à modifier leurs troupeaux et à substituer au mouton à toison fine et serrée un type plus ample, plus charnu, plus précoce, c’est aux croisements Charmoise qu’il faudra sans doute demander.
Le mouton est par excellence l’animal de rente de notre plaine du Berry et des trois quarts de ce département ; il est l’auxiliaire indispensable de la charrue et la source la plus sûre des profits de la grande culture, car il est le seul animal qui puisse réaliser la maigre nourriture offerte par un sol prédisposé de sa nature à se couvrir d’herbe et trop souvent brûlé par les longues périodes de sécheresse qui caractérisent notre climat.
L’énorme dépréciation qui atteint nos laines depuis quelques années a frappé cruellement cette branche intéressant de notre économie rurale. La transformation des troupeaux ne peut se faire en un jour, et fût-elle aussi facile à accomplir que le supposent certains donneurs de conseils, que l’agriculture aurait toujours une énorme perte à subir par cette atténuation de valeur. Le mouton n’étant un animal de rente avantageux que parce qu’il donne à la fois de la laine et de la viande, son éducation cessera d’être profitable si l’un de ces produits tombe à un prix dérisoire ; le seul produit de la viande n’indemniserait pas, assurément, l’éleveur de tous les frais que cause cette éducation particulièrement dans la culture perfectionnée.
Les moutons donnent lieu en Berry à un énorme trafic. Élevés principalement sur les plateaux du Centre et sur ceux de Sologne, ils passent, dans l’âge adulte, des mains de leurs éducateurs, presque tous petits cultivateurs, dans les mains de fermiers plus riches qui les gardent jusqu’à l’âge de trois ans.
Ils sont alors achetés (par lots de 100) par les cultivateurs des pays à herbages, par ceux du Bourbonnais, de la Nièvre, de l’Yonne, qui les engraissent pour les livrer aux marchés de Paris et de Lyon.
En Berry, le mouton, dans sa première année, s’appelle agneau blanc.
D’un à deux ans il est vassiveau, et doublon à deux ans accomplis.
L’amélioration de ces animaux est très sensible depuis quelques années. Plus souple et plus impressionnable dans sa nature que le bœuf, le mouton a plus vite reçu l’influence du progrès général de la culture.
L’inconscience et l’incurie qui avaient longtemps présidé aux accouplements, l’absence complète de soins hygiéniques, la mauvaise disposition des étables où régnait toujours une atmosphère méphitique, font place chaque jour à des soins plus intelligents ; la taille et les autres qualités du mouton y ont beaucoup gagné.
Dieu veuille que ce progrès ne soit pas compromis par les déceptions et les pertes que l’avilissement du prix des laines inflige aux éleveurs du Berry !
 

p. 212-214

Éducation (élevage) et engraissement du bétail.
2° Espèce ovine

L’enquête décennale de 1862 nous donne sur la population ovine du Cher les renseignements suivants :

Béliers de races perfectionnées : 791
Béliers de race berrichonne : 6 636

Moutons de races perfectionnées : 20 095
Moutons de race du pays : 151 842

Brebis de races perfectionnées : 38 597
Brebis de race du pays : 299 683

Agneaux de races perfectionnées : 13 622
Agneaux de race du pays : 128 144

Total : 659 410

Le recensement de 1866 donne de nouveaux chiffres, et établit ainsi les existences de l’époque :

Béliers de toutes races : 4 620
Moutons de toutes races : 143 084
Brebis de toutes races : 325 032
Agneaux de toutes races : 205 279
Total : 678 015

La différence de 19 à 20 000 têtes qui ressort de ces deux chiffres peut s’expliquer aussi par l’époque à laquelle a été fait chacun des dénombrements. Il est aussi un moment où l’exportation des bêtes grasses opère un vide considérable dans la population ovine du département.
Nous allons donner, comme pour les bêtes à cornes, le tableau de l’espèce ovine considéré dans ses moyennes pour chaque arrondissement :

                  Bourges    Saint-Amand    Sancerre    Total
Béliers            3 800         1 600                 1 800        7 200
Moutons      80 000       75 000               30 000    185 000
Brebis         145 000     110 000               95 000    350 000
Agneaux       90 000       68 000               58 000    216 000
Totaux         318 800     254 600             184 800    758 200

D’après M. Fabre, la population ovine du Cher aurait été :

En l’an XII (1804) 380 623 têtes
En 1822 : 613 580
En 1841 : 696 392
En 1852 (statistique officielle) : 807 163

Nous avons tout lieu de croire que le chiffre du recensement de 1852 était exact, et il confirme celui que nous avons posé ci-dessus. (D’après la statistique officielle, la France comptait, en 1866, 30 386 633 animaux d’espèce ovine. Le Cher figure donc dans la population de la France en moutons pour 0,025).

En effet, si l’abaissement successif du prix des laines et le morcellement continu de la propriété ont pu influencer dans une certaine proportion l’éducation du mouton et déterminer une réduction dans l’effectif de nos fermes, cette réduction ne dépasse pas 50 à 60 000 têtes ; c’est déjà une perte considérable qu’est bien loin de compenser l’amélioration qu’on peut constater dans le poids et la qualité de ces animaux. Si les chiffres de la statistique étaient exacts, si l’époque à laquelle ils ont été recueillis ou quelque autre circonstance n’avaient pas causé une erreur, si véritablement le Cher, depuis 1852, avait perdu 120 à 130 000 têtes de sa population ovine, il y aurait là un véritable désastre pour l’agriculture de ce pays.
 

 

1876

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1892

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1895

Journal d'agriculture pratique. janvier à juillet 1995. 59e année. Tome I
p. 564


Concours spécial de la race ovine berrichonne.
Un concours spécial d'animaux reproducteurs mâles et femelles de la race ovine berrichonne se tiendra à Bourges, les jeudi 2 et vendredi 3 mai 1895. Tous les agriculteurs français peuvent y prendre part, à la condition que les animaux exposés aient été élevés par les exposants ou leur appartenant depuis six mois au moins c'est-à-dire depuis le 1er novembre 1894.
 

1895

Herd-Book Berrichon

Journal d'agriculture pratique. 1896, janvier à juillet. 60e année. Tome I
Concoures général de Moulin
p. 821
La race berrichonne est bien modifiée ; elle ne ressemble plus aux bâtes ovines pour lesquelles la brande était autrefois la principale ressource alimentaire ; par sa conformation elle se rapproche de plus en plus de la race dishley ou de la race de la Charmoise ; mais en s'améliorant a-t-elle perdu de sa rusticité ? On est porté à le croire, puisqu'on est forcé de la protéger à l'aide de couvertures. La race la Charmoise est très certainement plus robuste.

p. 920
Pour la race ovine, en présence de la création du Herd-Book berrichon, j'ai cru qu'il était du devoir de notre école d'agriculture de concourir à la réfection de cette excellente race.
Aussi je suis décidé à composer un troupeau d'une trentaine de bêtes en les prenant chez quelques-uns de nos collègues dans les troupeaux viennent d'être herd-bookés et avec le concours du professeur de sciences naturelles de l'école, aidé des conseils de notre maître en zootechnie, M. Sanson, et des avis des membres de la commission du Herd-Book. J'espère arriver, par une sélection et une alimentation raisonnée, à créer à l'école un troupeau qui, dans quelques années, représentera le type du mouton berrichon amélioré par sélection et permettra à nos éleveurs du pays d'y trouver pour leurs bergeries de race pure quelques béliers et quelques brebis, dont le type, une fois adopté, sera conservé avec soin à l'école.
Ajoutons que l'école pratique d'agriculture de Clion, qui compte à peine deux années d'existence, est en pleine voie de prospérité, grâce à l'habile direction qui lui est imprimée.
 

1897

Journal d'agriculture pratique. Janvier à Juillet 1897. 61e année. Tome I.
p. 856-857


A PROPOS DU MOUTON BERRICHON
J'ai recours à la voie du Journal d'agriculture pratique pour donner quelques détails complémentaires, en ce qui concerne la question du mouton berrichon, parce que les comptes rendus du concours de Bourges contiennent certaines inexactitudes.
Les éleveurs de l'Indre ont cherché à profiter des avantages que possède la population ovine cantonnée sur la très caractéristique Champagne berrichonne. Leurs moutons, bien connus, étaient en effet de petits animaux, très cotés pour la boucherie, quant à la qualité de la viande, et très rustiques, c'est-à-dire parfaitement adaptés au milieu, souvent très sec, dans lequel ils vivent. Malheureusement les troupeaux exploités sans méthode ne tardèrent pas à devenir des groupements d'animaux métis de Dishley, Charmois, Mérinos etc..., et les éleveurs s'en émurent. Ils décidèrent d'appliquer à leur troupeau la sélection dans les deux modalités, si bien expliquées par le savant professeur Cornevin. D'abord une sélection conservatrice rigoureuse, celle qui uniformise le troupeau, conservant les types et les reproduisant dans leur intégralité, leurs caractères étant parfaitement connus ; ce que M. Sanson appelle la sélection zoologique. Puis une sélection progressive pour l'amélioration économique du mouton considéré, développant sa précocité et son aptitude à la boucherie ; c'est la sélection zootechnique qui nous fut enseignée à Grignon. Il est évident que, faisant ainsi une œuvre de longue haleine, il faudra quelques années avant d'arriver à un résultat définitif ; mais, quoique jeune encore, cette œuvre a produit des améliorations déjà nettement tangibles.
Les concours des berrichons de l'Indre à Paris en est une preuve. Et qui de plus légitime que de revendiquer une par égale à celle qui est faite aux moutons berrichons du Cher ? En effet, M. Hitier dit ceci, dans son très exact compte rendu du concours régional de Bourges : "La lutte est vive entre les éleveurs du Cher et de l'Indre. Ces derniers prétendent même qu'eux seuls possèdent la véritable race berrichonne, celle du mouton rustique de la Champagne. A les entendre, on ne trouverait dans le Cher que des animaux croisés berrichons-dishley-mérinos ; ils vont même jusqu'à demander la création dans les concours de deux catégories : une pour les berrichons du Cher, une autre pour les berrichons de l'Indre. La plupart des animaux exposés à Bourges étaient très beaux, parfaits de forme, c'étaient des moutons très améliorés ; mais sont-ce là les berrichons à employer dans les fermes de la Champagne à culture extensive avec parcours et jachère ? Ne sont-ce pas plutôt des animaux à utiliser dans une culture très intensive ? Cette question ne ma paraît pas discutable. A côté, du reste, de ces très beaux berrichons, rappelant par leur conformation, leur finesse et leur aspect, les dishley des exploitations à nourriture toujours abondant, d'autres animaux en petit nombre représentaient le berrichon de Champagne, mais amélioré de forme, d'un poids plus fort ; le mouton perfectionné par la sélection et non par le croisement, et qui nous semble susceptible de rendre plus de service dans les fermes de Champagne berrichonne."
Ainsi, M. Hitier en convient lui-même, le berrichon de Champagne est amélioré par la sélection et non par le croisement comme le berrichon du Cher, et nous pouvons l'assurer que nous sommes de son avis. Nous n'exploiterons pas dans nos fermes de Champagne des animaux très parfaits de forme destinés à la culture intensive et ressemblant au dishley, nous lui préférons le berrichon champenois sélectionné. Ce sera un des meilleurs moyens d'éviter les appréciations peu flatteuses que nous réservent nos amis d'outre-Manche. Le Mark Lane Express, dans son compte-rendu sur le concours de Paris, disait : "L'exposition ovine était bonne en général et montrait une amélioration sur les années précédentes, mais il y a encore du chemin à faire avant que les moutons de France puissent rivaliser avec nos troupeaux."
Dans l'Indre, nous cherchons à faire un mouton ne ressemblant pas du tout au dishley : c'est notre but. Ceci-dit, quant à penser que les éleveurs du Cher en seront mécontents, je n'y crois pas... pour eux.


A. SUISSE,
Sous-directeur de l'Ecole de Clion (école d'agriculture pratique),
Professeur de zootechnie,
Membre correspondant de la Société d'agriculture de l'Indre
 

1900

Journal officiel de la République Française. 32e année, N° 243. Samedi 8 septembre 1900.
p. 6042-6045
EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1900
XLVIII
Ministère de l'agriculture.
Concours international d'animaux reproducteurs tenu à Vincennes du 7 au 18 juin 1900
2e Classe
Espèce ovine
1e division.
p. 6044-6045
5° catégorie. Race berrichonne du Cher.
Ce qu'on appelle aujourd'hui race berrichonne du Cher a passé par bien des transformations et subi des croisements divers.
Et d'abord citons l'archevêque de Bourges, Mgr Phélippaux, qui, en 1785, fit venir des béliers mérinos du Roussillon sans son domaine de Turly, à deux leux de Bourges, et les propagea dans la région.
Vers la même époque, Heurtault de Lamerville, député de la noblesse aux Etats généraux, créa dans sa terre de Périsse, canton de Dun, un bel établissement où il réunit les plus types de moutons espagnols. Le but était facile à saisir : c'était l'amélioration de la laine des moutons du Berry. Heurtault de Lamerville avait compris qu'on ne peut pas transporter d'un pays dans un autre une race d'animaux sans d'abord lui assurer des conditions d'existence suffisantes ; aussi transforma-t-il en prairies artificielles les terres qui restaient en jachère.
Il avait surtout été déterminé par l'exemple qui lui fut donné par un gentilhomme agriculteur, seigneur (Léon de Barbançois à Villegongis) d'une terre non loin de Brion (Indre), et qui, en 1775, avait fait venir un troupeau de brebis d'Espagne ; une partie fut destinée a être croisée avec des brions, l'autre ne fut point croisée. La laine des brions, qui était frisée, fut améliorée, et avec le temps on eut en Berry, grâce au croisement mérinos, des laines qui devinrent meilleures et retrouvèrent leur ancienne supériorité ; elles furent recherchées par les fabriques de Louviers et de Sedan.
Béthune Charôst imita de Lamerville, il peupla sa bergerie de mérinos et prêta ses béliers à ceux qui ne pouvaient en acheter.
Busson de Villeneuve fit de même dans sa terre de Villeneuve près de Dun.
Le croisement des mérinos avec les berrichons donnaient une laine plus fine, qui put pendant un certain nombre d'années lutter contre les laines d'Australie qui envahissaient notre marché ; mais la concurrence étrangère finit par triompher et les laines tombant à vil prix, les cultivateurs furent obligés de se mettre à produire de la viande. Ils songèrent alors à croiser les berrichons avec les races anglaises plus précoces. Gallicher, cet homme intelligent qui fut toute sa vie dévouée à la cause agricole, fit observer que l'introduction du sang anglais ne pourrait pas être applicable à tous les terrains : la sécheresse et surtout la poussière des plaines calcaires sont un ennemi implacable pour ces animaux importés d'un climat plus humide et plus uniforme que celui du Cher. Il inclinait à croire que des croisements opérés avec la race charmoise créée par Malingié sur les confins du Berry [Pontlevoy en Loir-et-Cher] et mieux acclimatée que les races anglaises, donneraient de meilleurs résultats. Néanmoins la culture progressant, la récolte fourragère devenant plus abondante, des cultivateurs qui étaient en mesure de bien alimenter leur bétail entreprirent le croisement avec les races anglaises. Ainsi MM. Aucouturier, Edme (Pierre), Edme (Jean), Laîné, Dodu et d'autres encore abordèrent résolument le croisement dishley mérinos, et le regretté M. Auguste Massé créa à Germiny-l'Exempt, dans cette vallée si renommée pour ses bons pâturages, une excellente bergerie de dishleys qui a acquis une grande réputation et que maintient son fils.
Aujourd'hui le croisement du berrichon se pratique avec le dishley-mérinos [future race Ille-France-France, initiée par Auguste Yvart dans les années 1830 à Alfort], sans doute pour maintenir avec la précocité la valeur de la laine ; et les agriculteurs du Cher prétendent, comme Malingié la fit ave le new-kent, arriver par le croisement à créer une nouvelle race qu'on désigne déjà sous le nom de race berrichonne du Cher. C'est à la Société d'agriculture de ce département qu'on doit la transformation du berrichon. MM. Edme et Aucouturier ont acheté aux ventes de la société les premiers moutons améliorés par le croisement avec le dishley ; quelques cultivateurs ont introduit dans leur bergerie des dishley-mérinos achetés à Grignon (future race Ille-France-France, initiée par Auguste Yvart dans les années 1830 à Alfort et appelé aussi race de Grignon du nom de l'école d'agronomie dans les Yvelines). D'autres s'arrêtent dans la voie du croisement (croisement industriel F1). M. Edme Pierre cherche à fixer par la sélection le type auquel il est arrivé. M. Convert, dans le rapport de la tournée de la prime d'honneur que nous avons faite ensemble dans le Cher, en 1897, a reconnu avec moi que cette fixation d'une variété de métis ne s'opère pas sans peine. Quand on examine avec un peu d'attention les troupeaux les plus estimés du pays, on distingue aisément des traces des races diverses qui ont joué un rôle dans leur création, et il ne faut rien moins qu'une sélection attentive avec des éliminations constantes pour maintenir dans leur ensemble une régularité relative de formes et de caractères. Malgré les différences qui n'échappent pas aux connaisseurs, dans l'ensemble des bergeries bien conduites on relève néanmoins entre les animaux qui les composent des liens de parenté étroits, avec des ressemblances indiscutables ; c'est bien ce que nous avons remarqué chez les berrichons au concours de Vincennes. Ces nouveaux berrichons peuvent donner, à 8 ou 10 mois, d'excellents animaux de 60 kg. N'est-ce pas la meilleure preuve de leur précocité ?


M. Edme (Jules), à Bussy (Cher), a obtenu le 1er prix pour les mâles ; M. Edme (Pierre), son oncle, à Bussy, le 2e prix.
M. Edme (Pierre) précité a obtenu le 1er prix pour les femelles et M. Vérillaud le 2e prix.
Ces récompenses sont bien justifiées, non seulement par la valeur des animaux exposés, mais aussi et surtout par leurs bergeries que j'ai visitées et qui sont peuplées d'animaux homogènes et d'une précocité remarquable.
 

1901

Journal d'agriculture pratique. Janvier à juillet, 1901. 65e année. Tome I.

Concours général de Paris
p. 604
Pour l'espèce ovine, il y a eu six grands prix, dont voici les lauréats : 
4° Un lot de trois brebis berrichonnes, variété de l'Indre et de Crévant (n° 933), âgés de 19 mois, à M. Charpentier (Léon) à Treuillault-Villers (Treuillaud - 36250 VILLERS LES ORMES) par Châteauroux (Indre)

Concours régional de Châteauroux, 15 mai au 2 juin 1901
p. 757-758
Espèce ovine.
Le Berry est surtout une région à moutons ; le mouton est en effet, l'animal par excellence des terres sèches et calcaires de la Champagne, celui qui constitue la principale ressource des grandes fermes de ces régions. Il y a longtemps, du reste, que les agronomes et les grands propriétaires, à la tête de l'agriculture du Berry, se sont préoccupés de développer dans ce pays, l'élevage du mouton, de l'améliorer par la sélection de la race locale et surtout par une culture mieux faite, permettant de nourrir plus copieusement les troupeaux, hiver comme été. L'assemblée provinciale du Berry, dès 1783, décidait la formation, à Mazières, près Issoudun, d'une école de bergers et de parcage, et l'achat de béliers de race (Menault, Histoire agricole du Berry, page 124). La commission d'agriculture, à cette même assemblée provinciale de 1783, décidait l'achat de graines de prairies artificielles et l'établissement de dépôts des dites graines dans chacun des chefs-lieux des sept élections de la généralité afin que tous les propriétaires et cultivateurs qui désirent s'en procurer, puissent en avoir aisément sans embarras, ni frais ni transport.
Aujourd'hui, dans tous les domaines du Berry, les prairies artificielles occupent une large place : sainfoins, luzernes, trèfles incarnats. Toutes ces prairies se présentent, cette année, avec une superbe végétation. Même sur les terres qui paraissent les plus sèches et les moins profondes, la luzerne a pu être cultivée avec succès, grâce aux amendements et engrais. C'est ainsi que chez M. Charpentier, le grand éleveur de moutons berrichon de l'Indre, nous avons vu de très belles luzernes sur un sol de quelques centimètres seulement d'épaisseur, reposant directement sur la roche calcaire (Non seulement ces prairies aujourd'hui très étendues assurent au mouton une copieuse nourriture, mais après leur défrichement le sol donne de très belles récoltes de céréales. Dans la Champagne de l'Indre, on trouve des blés superbes, rappelant ceux de la région du Nord ; et dans l'autre région de l'Indre, jadis presque inculte, couverte de brandes et d'étangs, la Brenne, nous avons pu voir, par exemple au Plessis, chez M. Balsan, des blés également de toute beauté et à côté, de magnifiques prairies temporaires à base de graminées et de légumineuses. Comme l'a fort bien dit M. Brandin, ce sont ces pays du centre de la France, jadis pauvres, qui ont fait les plus grands progrès ; ils obtiennent maintenant de grosses récoltes de blé.).
Malgré tout, si les fourrages sont ainsi devenus plus abondants, comme l'ont montré les travaux de M. Alla, le savant directeur de la station agronomique de Châteauroux, ce sont des fourrages relativement pauvres au point de la composition chimique et surtout très pauvres en acide phosphorique. Aussi les éleveurs plus habiles doivent remédier à cette constitution des fourrages en donnant à leurs animaux une forte dose d'aliments concentrés, des grains et des tourteaux surtout.
On sait que depuis quelques années on a admis dans les concours deux catégories pour la race berrichonne : Berrichon de l'Indre et Berrichon du Cher. On demande même la création d'une troisième catégorie (c'est le vœu exprimé par les intéressés au concours de Châteauroux). En effet, le berrichon de l'Indre est produit non seulement dans la Champagne de l'Indre, mais encore dans la Brenne et dans le Boischaud ; milieu dans lequel il a été élevé, et comme ces trois régions de l'Indre sont très différentes comme sol, il en résulte des animaux de développement très inégaux. Le mouton des riches terres du Boischaud pourrait donc concourir à part sous le nom de berrichons de la race de Crévant.
Quoi qu'il en soit, au concours de Châteauroux, les moutons, dits berrichons de l'Indre, étaient très nombreux et parmi eux se trouvaient de très beaux sujets. Mais, dans l'ensemble, ce qui frappait surtout c'était précisément le manque d'homogénéité parmi les animaux exposés dans cette catégorie. A côté de moutons étroits, peu améliorés on trouvait au contraire des béliers et des lots de brebis d'un type excellent. Ajoutez enfin que parmi les moutons primés comme berrichons de l'Indre s'en trouvaient certains qui étaient de véritable charmois. Parmi les principaux lauréats de cette catégorie des berrichons de l'Indre, nous trouvons les meilleurs agriculteurs de la Champagne : M. Poisson (Etienne) de Saint-Maur, le lauréat de la prime d'honneur ; M. Tréfault (Constant) ; M. Charpentier (Léon). Ce dernier qui, au concours général de Paris, venait de remporter le prix d'honneur pour son lot de brebis berrichonnes, a obtenu à Châteauroux le prix d'ensemble pour les moutons de la race berrichonne. Les béliers et les brebis qu'il avait réunis formait un lot superbe, bien homogène. Ce prix a été un succès pour les berrichons de l'Indre, mais succès chèrement disputé par les berrichons du Cher dont M. Aucouturier Gilbert, de Saint-Just (Cher) avait une exposition des plus remarquables. Que ces derniers moutons ne soient plus des berrichons de pure race, qu'ils soient plus ou moins croisés de dishley, qu'importe ; au fond ce sont d'excellents animaux, de gros poids, donnant une viande de première qualité et un rendement élevé. Les éleveurs du Berry doivent donc continuer à produire de ces moutons de plus en plus améliorés, les agriculteurs de la région de Paris et du Nord les rechercheront de plus en plus pour les engraisse dans les champs ou à l'étable.
Succès ordinaire pour la race charmoise dont le principal lauréat à Châteauroux fut M. Chomet, de Saint-Pierre-le-Moutier (Nièvre).
Dans les races étrangères, nous retrouvons les dishley de MM. Massé et Signoret, les southdown de MM. J. S. Fouret, Teisserinc de Bort et le Bourgeois ; le Shropshire du marquis Chauvelin. C'est à M. Massé qu'a été attribué le prix d'ensemble pour des dishley.

1921

Larousse agricole 1921, tome 1, p. 160-161
http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/06/larousse-agricole-1921.html

Berrichon (Mouton)

On comprend sous ce nom les variétés ovines issues de la race du bassin de la Loire et qui peuplent les départements de l'Indre, du Cher, de Loir-et-Cher, partie de l'Indre-et-Loire et du Loiret. C'est surtout pour la viande que ce mouton est élevé. 
Des essais de croisements tentés entre la brebis berrichonne et le Mérinos, puis les béliers anglais (Southdown, Dishley, New-Kent) n'ont pas toujours donné les résultats attendus. C'est par une sélection patiente portant sur les caractères zootechniques et les aptitudes qu'on obtient la précocité et le développement des masses musculaires. 
La création en 1895 par la Société d'Agriculture de l'Indre d'un livre généalogique (flock-book), l'organisation de concours de bergeries, de groupements d'éleveurs, la vente de reproducteurs, contribueraient à fixer la voie aux éleveurs et à mettre en valeur les qualités indéniables du mouton berrichon. 
On distinguait autrefois, dans cette population ovine du Berry, quatre variétés : variété de Crevant, variété de Champagne, variété de Bois-Chaud, variété de Brenne ; aujourd'hui, on ne reconnaît que la race berrichonne de l'Indre et la race berrichonne du Cher, la première conservée pure, la seconde croisée par les béliers avec la race Dishley-mérinos, en vue de développer chez les descendants la précocité et la production de viande.


Race berrichonne de l'Indre. Race rustique et très prolifique, se contentant à la rigueur de pâturages assez pauvres ; brebis excellente nourrice ; les caractères principaux sont les suivants : tête fine, assez longue et chauve, sans jarres ni rousseurs, front bombé, face étroite, oreilles courtes, non pendantes, membres fins non recouverts de laine ; cou fin, court ; dos et croupe larges, gigot bien accusé ; laine fine, blanche, à mèche courte, carrée ; poil de la tête et des jambes d'un blanc d'ivoire ; train de derrière plus développé que celui du devant ; taille ne dépassant guère 0,65 m, poids maximum 50 kg.


Race berrichonne du Cher. Caractères principaux : tête large et en partie recouverte de laine courte, front assez large, chanfrein busqué ; oreilles peu épaisses, de dimensions moyennes, quelquefois pigmentées de taches rousses qui apparaissent aussi au museau ; membres garnis de laine jusqu'aux jarrets et aux genoux. Le poil qui recouvre la face et les jambes est blanc mat et présente souvent des taches rousses ou brunes. Le cou est court, assez épais, la poitrine ample, le dos droit ; laine assez fine, à brins frisés ; gigot large et épais. Le train antérieur est plus développé que celui de derrière et épais ; taille 0,60 m à 0,75 m, poids 60, 70, et jusqu'à 80 kg
 

1921

Journal d'agriculture pratique, 1er semestre 1921.
p. 367-368
Concours spécial de la race Berrichonne (Bourges)
Un concours spécial d'animaux reproducteurs de la race ovine Berrichonne (variétés du Cher et de Sologne) se tiendra à Bourges, les 19 et 20 mai. Tous les éleveurs français pourront concourir. Le ministre de l'Agriculture accorde à ce Concours 6 000 fr. de primes qui seront complétées par le Conseil général de l'office agricole départemental. Des exemplaires du programme et des formules de déclaration seront mis à la disposition des éleveurs dans les bureaux de la préfecture, des sous-préfectures et de la Direction des Services agricoles du Cher. A l'occasion de ce Concours, le Syndicat d'élevage de la race ovine berrichonne du Cher procédera, le 20 mai, à une vente à perte aux enchères publiques, de douze béliers reproducteurs de race berrichonne du Cher. Ces béliers, choisie dans les meilleures bergeries, seront réservés aux éleveurs du département.

Journal d'agriculture pratique. 2e semestre. 1921.
p. 297
Concours Agricole de Châteauroux
Un concours de la race ovine était consacré à la race dite de Champagne (Champagne berrichonne) et à la race de Crévant.
M. Léon Charpentier, à Treuillaut, et M. Emile Charpentier, à Diors, ont été mes principaux lauréats pour la race de Champagne. MM. Pion, à Feusines, et M. Eugène De sages, au Sioudray, ont remporté les prix pour la race Crévant.

1923

MARTIGNON J. L'élevage du mouton dans la champagne berrichonne. In : Annales de Géographie, t. 32, n° 178, 1923. pp. 364-366.

L'élevage du mouton dans la Champagne berrichonne (Indre)
Le Berry fut toujours une terre de prédilection pour l'espèce ovine et, dans ce pays où les terres maigres dominaient, on note dès l'époque la plus ancienne une population ovine très importante dont la laine était à peu près l'unique richesse de la contrée. les origines de la race berrichonne sont assez obscure et il n'est guère possible de remonter avec précision au delà de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; à partir de cette date, on peut distinguer quatre périodes dans l'historique du mouton berrichon :


1° De 1768 à 1816, c'est l'époque du mérinos ; en 1768 et en 1776, M. le marquis de Barbançois de Villegongis (entre Levroux et Châteauroux) introduisit, le premier dans le Berry, des mérinos d'Espagne ; mais la concurrence faite sur la marché par les laines étrangères, surtout à partir de la fin de l'Empire, supprima les raisons qu'auraient eues les éleveurs de persister dans l'élevage du mérinos.


2° De 1816 à 1840, l'élevage est dans une phase d'incertitude et de tâtonnements ; le croisement avec le mérinos n'étant plus pratiqué, la race berrichonne s'épure lentement ; mais déjà les éleveurs avaient songé à introduire des béliers anglais dans leurs bergeries afin de compléter la finesse de la laine berrichonne par une plus grande longueur.


3° De 1840 à 1890, c'est le temps de l'introduction du sang anglais ; les premiers croisements ayant donné de bons résultats, on étendit cette pratique d'une façon inconsidérée à la plupart des races anglaises : Southdown, Dishley, New-Kent, Costwold. UN conséquence de ce système fut la non-homogénéité du troupeau, la production de bâtards ou "rogrons", presque invendables, et surtout la perte des qualités de finesse et de fécondité de la femelle berrichonne.
4° Depuis 1890, le seul remède à cet état de choses était le retour à la race pure par une élimination progressive de tous les éléments d'impureté. De jeunes éleveurs se mirent à l'oeuvre, encouragés par la Société d'Agriculture de l'Indre ; un flock-book fut créé en 1895 pour enrayer les croisements mal définis et déterminer une sélection rigoureuse et les progrès, déjà sensibles en 1899, au moment où se constitua le syndicat des éleveurs, n'ont fait que croître depuis.
Tous les moutons de la Champagne berrichonne appartiennent à de grands éleveurs dont les exploitations ont une étendue variant entre 60 et 300 ha, et nourrissent des troupeaux dont l'effectif oscille entre 100 et 500 têtes. Le département de l'Indre possédait, au 31 décembre 1921, environ 247 000 moutons (environ 200 000 de moins qu'en 1913) dont 195 000 appartiennent à la Champagne berrichonne.
La technique de l'élevage est la même dans toute la Champagne. La consanguinité, appliquée d'une façon absolue dans les années qui suivirent 1890, l'est encore actuellement ; les brebis berrichonnes ont deux agnelages par an, l'un en septembre, l'autre en mars. C'es la un grand avantage sur d'autres races telles que la Southdown, car les naissances se faisant à deux époques de l'année, il en résulte la nécessité d'une main-d'oeuvre restreinte et une grande facilité de prodiguer des soins aux jeunes. Après le sevrage qui a lieu vers l'âge de 4 ou 5 mois, les jeunes sont divisés en 3 groupes : les béliers, les mâles et les agnelles. La stabulation est à peu près intégrale pendant la saison froide, de mi-novembre à fin mars ; on passe ensuite avec ménagement de la stabulation au pacage, en commençant le pacage pendant les après-midis seulement ; puis, au bout d'une quinzaine de jours, le troupeau sort matin et soir mais pas avant que la rosée ne soit tombée et que le troupeau ait pris déjà un peu de nourriture sèche, ceci pour éviter la cachexie aqueuse ou l'avarie du foie. En aucun point de la Champagne le parcage n'est pratiqué, la toison du berrichon ne suffisant pas à le protéger des intempéries.
Pour la vente, les animaux sont partagés en deux groupes ; les uns sont vendus maigres et, suivant l'époque de la naissance, la vente a lieu en juin ou à la fin de l'année, aux foires ou par l'intermédiaire des commissionnaires ; les autres sont engraissés et vendus soit vers la mars-avril, soit vers décembre également à la foire ou à la ferme ; ce dernier mode a pris une grande extension et a déterminé la diminution très notable de l'importance des foires. Les expéditions se font, pour les maigres, vers l'Orléanais, le Nivernais et les pays de culture intensive du Bassin parisien ; pour les engraissés, dans le département même et vers Paris.
Une autre spéculation encore plus importante consiste en la vente des brebis et des béliers pour la reproduction. La brebis berrichonne est surtout recherchée ; ses caractères essentiels sont sa rusticité, la finesse de sa chair, ses qualités reproductrices, une grande aptitude à transmettre ses qualités à ses descendants, enfin une égale adaptation au régime du pacage et de stabulation. Le bélier aussi est recherché par les éleveurs d'autres races du Massif Central, pour leur amélioration.
Beaucoup de brebis ne servant pas à la reproduction avec les berrichons sont expédiées pour servir au croisement avec le southdown ; comme le southdown est répandu un peu partout en France, ces expéditions se font aussi un peu partout, mais surtout vers les département du Bassin parisien et de la vallée de la Loire moyenne : Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Loiret, Eure-et-Loir, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Yonne, Oise, Aisne. Le succès de cette spéculation s'explique par le fait qu'elle donne une excellent viande de boucherie.
Les qualités de la brebis berrichonne sont telles que les brebis réformées trouvent un débouché grâce à l'action du syndicat des éleveurs dans les régions de culture intensive du Bassin parisien ; là on fait encore un agneau à la brebis ; puis brebis et agneau sont engraissés à la pulpe, aux betteraves et aux tourteaux et expédiés à Paris.
A toutes ces sources de profit s'ajoute celle de la laine, bien que le souci de produire de bonne viande et d'excellents reproducteurs l'emporte. La plus grande partie de la laine de Champagne alimente la fabrique de draps de Châteauroux. Les ventes avaient lieu, avant la guerre, aux foires, à la ferme et au marché de laine de Châteauroux ; ce marché ayant été fermé, les ventes en foire ont continué comme par le passé et n'ont diminué d'importance qu'en raison directe de la diminution d'effectif du troupeau.
On voit combien l'élevage du mouton est aujourd'hui prospère dans la Champagne berrichonne. Cependant seuls les grands éleveurs sont parvenus à la perfection ; les exploitants moyens n'ont pas toujours suivi avec assez de persévérance ma méthode de sélection pure et simple.
J. MARTIGNON


Au 31 décembre 1921, la population ovine se montait, dans les différents cantons, aux chiffres suivants :
Aigurande, 5 476 ; Ardentes, 10 994 ; Argenton,  2 332 ; Belâtre, 9 715 ; Buzançais, 12 700 ; Châteauroux, 18 791 ; Châtillon, 3 962 ; Ecueillé, 9 728 ; Eguzon, 2 524 ; Issousun Nord, 27 091 ; Issoudun Sud, 26 741 ; La Châtre, 6 055 ; Le Blanc, 12 732 ; Levroux, 30 085 ; Mézières-en-Brenne, 2 054 ; Neyvy-Saint-Sépulchre, 4 774 ; Saint-Benoît-du-Sault, 5 481 ; Saint-Christophe-en-Bazelle, 6 439 ; Saint-Gaultier, 1 761 ; Saint-Sévère, 4 184 ; Tournon-Saint-Martin, 765 ; Valençay, 9 212 ; Vatan, 24 937. Les cantons ayant une étendue sensiblement égale, ont voit combien a population ovine est inégalement répartie. Une carte de la densité de cette population montre qu'il existe dans le département de l'Indre deux régions de forte densité. La plus petite est située dans la région du Blanc : la densité y oscille entre 75 et 120 moutons au km². La seconde comprend toute la Champagne berrichonne (cantons de Châteauroux, Levroux, Issoudun Nord et Sud, Valençay et Ardentes) : la densité n'y est nulle part inférieure à 60 moutons par km², et dans la majeure partie de la Champagne elle varie entre 100 et 150. La densité est fonction très étroite de la nature du sol : elle correspond à des affleurements calcaires ; l'examen des statistiques communales que nous avons utilisées montre très bien la coïncidence de l'aire d'extension du mouton et des effleurement calcaires.

1932

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1936

Journal d'Agriculture pratique. 1936. Premier semestre.
p. 324
Concours général agricole de Paris
Les Berrichons de l'Indre et du Cher, qui actuellement, se rapprochent beaucoup du mouton Ile-de-France (Mérinos-Dishley), prouvent ce que l'on peut obtenir de populations, jadis relativement frustes, soumises à une exploitation améliorante judicieuse.

 

1936

FLOCK-BOOK de la race Berrichon du Cher

1967

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

1967

GAY François-P, La Champagne du Berry. Essai sur la formation d'un paysage agraire et évolution d'une société rurale. Éditions Tardy, 1967. 553 pages.

Original consultable à la bibliothèque de l'Académie de Touraine (fonds Babonaux), 46 rue de la Fosse Marine à Tours :

http://academie-de-touraine.com/wp-content/uploads/2019/12/Bio-biblio_BABONAUX.pdf

 

p. 270-304

Chapitre II
Les moyens de culture des grands domaines

p. 292
Les progrès techniques, cependant, ont été progressivement introduits par deux catégories d'agriculteurs. D'abord les propriétaires revenus à la terre, après une brève carrière militaire. A ce type appartiennent le Marquis de Barbançois qui rentre chez lui après la guerre de Sept Ans, Heurtault de Lamerville, un des initiateurs de l'élevage scientifique en Berry, Bresson de Villeneuve, Bengy-Puyvallée. Ayant eu l'occasion de voyager en France et à l'Étranger, ils ont vu un matériel plus efficace, des cultures mieux conduites et ils essaient d'en introduire la pratique sur leurs terres. Certains industriels, comme Butet et Gallicher, désireux d'utiliser dans leurs propriétés des méthodes de gestion analogues à celles qu'ils pratiquent dans leurs usines et disposant de capitaux frais, achètent aussi de nouveaux instruments de labours et des instruments de battage.


p. 305-324

Chapitre III
La servitude de l'espace et d'élevage extensif : l'âge du mouton 

1822

Evolution des effectifs ovins dans l'Indre


1804 : 917 554
1822 : 721 104
1852 : 926 508
1876 : 629 230
1892 : 520 000
1932 : 190 000
1967 : 150 000
2011 :   80 000

Source : BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2

2014

Effectif ovin en 2014


Cher : 52 210

Indre : 65 420 (1913 : 450 000 ; 1921 : 247 000)

Eure-et-Loir : S
Indre-et-Loire : S
Loir-et-Cher : S
Loiret : S
Centre-Val de Loire : 166 500

Source : DRAAF Centre-Val de Loire, Mai 2016. LES OVINS EN RÉGION CENTRE-VAL DE LOIRE

2020

http://www.berrichondelindre-bruno-malou.fr/depnick.pdf

Extrait : 

SAUVER la race ovine BERRICHONNE de l’INDRE
La fin de l’Ancien Régime tente avec succès le croisement Mérinos-berrichon pour l’amélioration des laines : le Marquis de Barbançois dans l’Indre et le Chevalier de Lamerville dans le Cher en sont les principaux promoteurs. Vers 1830, la concurrence des draps étrangers contraint les éleveurs à choisir la voie bouchère, par croisement avec les races anglaises à viande. Nait alors le BERRICHON du CHER, aux gigots affirmés. Dans l’Indre, on revient vite à la fixation d’un type originel, propre au parcours des chaumes calcaires. La BERRICHONNE de l’INDRE, première race française à se doter d’un livre généalogique ou Flok-Book, affiche 526 866 têtes en 1898 et environ 240 000 en 1935. Aujourd’hui, tout élevages confondus (2020), la race compte moins de 1000 sujets.

Créé par la Société d’Agriculture de l’Indre, le flook-book du Berrichon de l’Indre date de 1895 et tient compte de deux variétés : celle de Crévant (aujourd’hui disparue) et celle de Champagne ou Brionne (le berceau de la race est à Brion). Les Comices Agricoles du Second Empire ouvrent la voie des concours sous la Troisième République. Dès 1897, ils contribuent à l’amélioration et à la fixation de la race que des croisements divers avec les moutons anglais de boucherie avaient éloigné, vers 1830, de la souche initiale. Le Teiller-Delafosse puis Léon Charpentier à Villers, Etienne Poisson à Saint-Maur, Constant Tréfault à Villedieu deviennent des sélectionneurs renommés. Récemment encore les élevages Drouin, Vivier, Malou… poursuivaient l’œuvre de sélection.
Source : « L’animal domestique dans le Berry traditionnel » Daniel Bernard. Ed Alan Sutton

Site internet très intéressanthttp://www.berrichondelindre-bruno-malou.fr/pages/passe/livreancien.html


 

2021

La Nouvelle République, dimanche 25 avril 2021, p. 19

Géode bichonne la Berrichonne


Créée en 1990 et installée à Montmorillon, dans la Vienne, la coopérative ovine – élevage et reproduction de mouton Géode a commencé par s’occuper de la Charmoise avant de se pencher sur d’autres races emblématiques : Hampshire, Romane, Finnoise, Est à Laine Mérinos, Romanov, Suffolk, Dorest Down, Rouge de l’Ouest et bien sûr Solognote et Berrichonne du Cher et de l’Indre, races locales par excellence.
« Le Berrichon de l’Indre est l’animal le plus proche de l’ancienne population berrichonne dont il a conservé les aptitudes de rusticité et de sobriété. La population d’origine s’est trouvée naturellement scindée, l’autre rameau ayant abouti au Berrichon du Cher », apprend-on sur cette race, dont les principales aptitudes sont la croissance rapide des agneaux, une reproduction étalée sur l’année et une grande adaptabilité.
Agrée par le ministère de l’Agriculture, Géode veille sur les schémas génétiques, appliquant un programme structuré d’amélioration génétique et de sauvegarde des races. La coopérative offre aussi un appui technique aux éleveurs et assure la vente des béliers reproducteurs pour la bonne préservation de la lignée, en France comme à l’étranger. L’effectif de la Berrichonne de l’Indre serait 1 100 brebis environ.
 

Documentation

BARON Nicolas, Etre un ovin malade en Bas-Berry (fin XVIIIe -milieu XXe siècle), Anthropozoologica 50 (2), 2015, p. 87-97.
http://dx.doi.org/10.5252/az2015n2a2
Publications scientifiques du Muséum national d'Histoire naturelle, Paris.
www/anthropozoologica.com


Résumé
Reprenant le "point de vue animal" adopté par un nombre grandissant de chercheurs, cet article s'efforce de reconstituer le vécu des ovins de l'Indre confrontés à la maladie entre la fin du XVIIIe et le milieu du XXe siècle, en s'appuyant sur les archives locales et en les mettant en relation avec les publications vétérinaires, des zootechniciens et des éthologues. Le "bêtes à laine", qui ont constitué un cheptel très nombreux et un pilier essentiel de l'économie bas-berrichonne, furent longtemps sous la menace de graves affections. La progressive et inégale amélioration de leur état sanitaire sur cette période tient bien plus aux progrès des conditions d'élevage et à la prophylaxie qu'à des traitements encore balbutiants et reste, dans tous les cas, soumise aux ressources financières des éleveurs. A travers l'étude de l'animal malade se dessinent, au final, les grandes lignes d'une condition animale dans le passé.

Documentation

Source : Dictionnaire de l'Ancien Régime.  Puf 2006
p. 156.

Berry (Haut et Bas)
En 1778, le Berry, à cause de son retard et de son isolement, est une des deux provinces choisies par Necker pour expérimenter une assemblée provinciale qui fonctionne jusqu'à la Révolution. Trois secteurs sont l'objet de ses travaux : l'impôt, les communications, l'économie. Dans l'impossibilité d'élaborer un cadastre, l'assemblée doit se satisfaire de retouches dans le domaine fiscal : abonnement au vingtième (1779), procédure pour réformer la répartition de la taille. L'entreprise se heurte aux méfiances des communautés et des particuliers et à la difficulté d'évaluer le foncier. La discussion sur la voirie s'engage par le biais de la corvée royale, d'un rendement infime en Berry. A la suite de l'abolition de 1782, l'assemblée fixe les taux de contribution de substitution,  entre un quart et un sixième de la taille, les pauvres étant exemptés. De nouvelles routes et ponts sont ouverts ou renforcés. En revanche rien n'aboutit des projets de canaux. Pour l'agriculture, l'assemblée recommande l'abandon de la vaine pâture et des communautés taisibles. Le Berry était une terre à moutons et produisait une des meilleures laines du royaume, partiellement tissée dans la province ; la manufacture de Châteauroux produisait les uniformes militaires. Sous l'impulsion d'un grand physiocrate philanthrope, le duc de Béthune-Charost, une école de bergers est ouverte près d'Issoudun (Indre). Les résultats modestes des travaux de l'assemblée tiennent autant aux conditions locales qu'au peu de soutien qu'elle reçoit du gouvernement après la chute de Necker. La seule percée économique du Berry, à la fin du XVIIIe siècle, s'opère dans le domaine métallurgique, où l'assemblée n'intervient pas, Béthune-Charost à Meillant (Cher) et Mareuil-sur-Arnon (Cher) et le comte d'Artémis à Vierzon (Cher) sont les principaux maîtres des forges. En 1789, la sidérurgie berrichonne surpasse en valeur de produits la traditionnelle industrie textile de la laine et du chanvre.
 

Documentation

Bulletin des séances de la Société nationale d'agriculture de France. Tome 50. Paris. Année 1890.
p. 326-329
L'INTRODUCTION DU MÉRINOS DANS LE BERRY
M. Menault (inspecteur général de l'agriculture) adresse la communication suivante :
"Commissaire général du concours régional agricole de Châteauroux en 1886, j'ai profité de mon séjour dans cette ville pour faire aux archives départementales quelques recherches sur l'agriculture du Berry, dont je me propose de publier prochainement l'histoire. Ces recherches m'ont amené à la découverte de deux documents qui m'ont paru assez intéressants pour vous être communiqués.
Il paraît en effet résulter de l'un de ces documents la présence d'un bélier d'Espagne, au prieuré de Saint-Benoît-du-Sault, situé dans l'arrondissement du Blanc. Le document remontant à l'époque du règne de Philippe le Bel, la constatation serait curieuse au point de vue de l'histoire de la race mérinos ; aussi, je m'empresse de tenir le document à la disposition de la Société qui pourra en faire vérifier la teneur.
De la présence d'un bélier d'Espagne en Berry peut-on conclure à un croisement de la race espagnole avec la race berrichonne ? Un ancien inspecteur général de l'agriculture, M. Lefour, parlant de la race berrichonne, déclare qu'elle est une de nos principales races, qu'elle a tenu le premier rang avant l'importation du mérinos.
M. Lefour ajoute : "Il paraît probable qu'à une époque éloignée une importation de mérinos et un croisement avec cette race ont eu lieu particulièrement du côté de Brion, dont les animaux ont eu longtemps une réputation de finesse." Brion est un village de l'Indre, canton de Levroux, situé dans cette partie du Berry appelée la Champagne. Heurtaut de Lamerville, praticien distingué, auteur d'un ouvrage intitulé : Observations pratiques sur les bêtes à laine dans la province du Berry, reconnaît que la race brionne est la plus remarquable de cette province. L'expérience, ajoute Heurtaut de Lamerville (1740-1810, en 1774 adjoint administration du Berry), a prouvé que cette race se marie à merveille avec la race d'Espagne, qui cependant est plus haute en taille et plus délicate de tempérament en nos climats. De son côté M. Sanson déclare que la toison en mèches courtes ondulées des moutons de Champagne du Berry, de Brion, porte souvent la trace d'un ancien croisement avec les mérinos, accusé par plus de finesse de laine, et par la régularité d'ondulations rapprochées. Les opinions de MM. Lefour et Sanson n'ont rien de précis. Une importation à une époque éloignée, un croisement ancien ne donne pas une date fixe et nous laisse dans le vague relativement à l'introduction de mérinos avant 1768, époque où M. de Barbançois introduisit en Berry trois béliers mérinos qu'il avait reçu de Mme d'Etigny et qu'il plaça dans sa ferme de Villegongis (Indre).
La question n'est pas facile à résoudre. L'importation initiale de mérinos d'Espagne n'a-t-elle eu lieu que sous Pierre le Cruel (1350-1369) ? Les auteurs ne s'accordent pas à cet égard. Et quand même leur présence n’aurait point été constatée avant cette époque, cela voudrait-il dire qu'il n'y a pas eu de mérinos en Espagne avant le XIVe siècle ?
Nous avons trouvé des éphémérides de la Société d'agriculture de l'Indre pour l'an 1807 une preuve de l'importance qu'on attachait à la possession d'un bélier de race mérinos. Un nommé Amelin veut offrir un tel animal. Et comme ce don est considéré d'un grand prix, il est adressé à M. le sous-préfet d'Issoudun qui en fait la remise à Remy Tourrangin, propriétaire à Issoudun, avec tous les honneurs dus à un animal si précieux. Il y eut, à cette occasion, une brillant cérémonie dans la grande salle de la maison de ville d'Issoudun.
M. Tourrangin a accepté le bélier avec reconnaissance et a dit qu'il ne négligerait rien pour justifier le choix qui avait été fait de lui. I a ajouté que la veille il avait remis entre les mains de M. le sous-préfet une soumission par laquelle il s'engageait, pour rendre l'expérience qu'il devait faire plus utile et plus générale, à faire don à la ville d'Issoudun des deux premiers mâles qui naîtraient du croisement avec les berrichons et à soigner en bon père de famille le bélier qu'il venait de recevoir et à le joindre à un troupeau de 25 à 50 têtes au plus, et à ne permettre aucune communication de son troupeau ni du bélier avec d'autres troupeaux.
La Société d'agriculture se fit un devoir et un plaisir de désigner à la reconnaissance publique la générosité qui caractérisait l'acte gratuit de M. Amelin et la soumission de Tourrangin ; et elle augura de cette épreuve authentique la plus heureuse influence sur le succès du croisement des races indigènes avec la race espagnole.
 

Documentation

HARTMANN Claude, Charles-Hélion Marquis de Barbançois-Villegongis (1760-1822), Un noble éclairé du Bas-Berry, Agronome, amateur de science et de philosophie. Ed. L'Harmattan. 2007. 110 p.

p. 47-54
L'amélioration des bêtes à laine.
Dans ses ouvrages fondamentaux, Duhamel du Monceau ne fait qu'effleurer les questions relatives à l'élevage du mouton. Dans les élément d'Agriculture se trouve la Description d'une ferme situées au village de Denainvilliers près de la ville de Pithiviers en Beauce [sise en face du château, elle est la propriété du frère de Duhamel, Alaxandre, qui participe activement aux expériences agronomiques] où l'auteur décrit une bergerie de "54 pieds de longueur" construite dans la cour. Le "fenêtres qui procurent un renouvellement d'air, sont absolument nécessaires [...] pour prévenir des maladies qui font périr les bestiaux dans les temps de chaleur." Il se demande si les brebis "peuvent sans inconvénient passer l'hiver dans des parcs découverts". L'élevage a deux fins : la viande et la laine.
Depuis des périodes anciennes, le mouton berrichon ou "Barrois" qui jouit d'une excellente réoutation constitue l'une des richesses les plus importantes du Berrry. Les brennes (terres argilo-siliceuses peu propices aux cultures), les brandes où pousse la bruyère à balais ou encore les varennes, terres humides et incultes où abonde le gibier, sont nombreuses et peuvent accueillir les ovins. Dans la vaste Champagne berrichonne, les jachères et les éteules nourrissent d'importants troupeaux. Des foires importantes, "grasses" pour les bêtes à viande à destination de Paris et de Lyon, "en laine" pour les bêtes, se tenaient dans la Généralité.
Cependant, la qualité des laines produites en France était médiocre et le royaume était fortement dépendant de l'Espagne pour l'importation des laines, de l'Angleterre pour les draps et les laines. D'où l'idée de faire venir des reproducteurs pour améliorer les races locales. Colbert s'y intéresse. Les lourdeurs de l'administration jointes aux forces d'inertie et à la résistance d'intérêts particuliers font échouer la tentative. Les essais sérieux ne commencent que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle quand le ministre Bertin reprend la question. Il est aidé dans cette tâche par les Trudaine, père (Daniel-Charles Trudaine, 1703-1759, administrateur de la royauté) et fils (Jean-Charles-Philibert Trudaine de Montigny, 1733-1777), et l'abbé Claude Carlier (1725-1787), le grand spécialiste de l'époque, de faire un état des lieux qui sera suivi par la publication d'un ouvrage fondamental : le Traité des bêtes à laine qui paraît en 1770. C'est alors, qu'à Villegongis, Léon-François de Barbançois entre en scène.
En septembre 1810, Charles-Hélion de Barbançois (fils de Léon-François), au cours d'une séance à la Société d'Agriculture de l'Indre dont il est le Président-fondateur, pose, en préambule de son intervention, un première question : "A qui est due la première importation faite en France, de la race mérinos ? " Certes il enjolive un peu le rôle joué par son père mais reprenons avec lui l'historique de l'affaire.
INNEXACT : En 1763, Léon-François de Barbançois apprend que Madame Deligny (épouse d'Antoine Mégret d'Etigny), mère de M. de Sérilly (Mégret de Sérilly), possède des mérinos dans ses terres de Bourgogne (Commune d'Etigny dans l'Yonne et fief de Sérilly dans cette même commune). Il lui achète 3 béliers pour les croiser avec des brebis berrichonnes et créer une race améliorée. La même année, l'Intendant de la Généralité de Pau, Mégret d'Etigny, achète un troupeau espagnol. Vingt béliers de race mérinos sont confiés à Léon-François de Barbançois qui les acclimate avec succès et les croise avec des femelles berrichonnes. En 1772, il constate que les métis obtenus sont très supérieurs aux sujets autochtones. Les draps tissés avec la laine des animaux résultant de ces croisements, à Louviers, à Elbeuf ou encore à Sedan chez MM. Chrétien, se révèlent d'excellent qualité. Ces résultats sont connus de Turgot. Aussi, quand il importe d'Espagne un important troupeau en 1776, en envoie-t-il une partie à Villegongis (Le mémoire du préfet Dalphonse précise que le troupeau arriva à Châteauroux en décembre et que les bêtes furent partagées entre M. Barbançois, propriétaire à Villegongis, et M. Dupin de Francueil, receveur général des finances qui faisait valoir quelques domaines dépendant du Duché de Châteauroux). Le comte d'Artois (frère du Roi et futur Charles X), s'intéresse à la question. Parellèlement, les Barbançois améliorent considérablement les conditions d'élevage. L'état sanitaire des bergeries, mal aérées, d'un saleté repoussante, était en règle générale désastreux. Celles qui sont construites à Villegongis résolvent ces problèmes. Il faut aussi procurer aux bêtes une nourriture saine et abondante.
Ces expériences ont un retentissement certain dans le royaume. Le 22 juillet 1792, Léon-François de Barbançois reçoit la médaille d'or de la Société Royale d'Agriculture. Pour l'anecdote, notons que, durant une brève période révolutionnaire, la commune de Levroux s'est appelée Riche-Laine. Les expérience des Barbançois ont contribué à la création de la Bergerie de Rambouillet où se distinguent Jean-Marie Daubenton, le disciple de de Buffon et l'abbé Henri-Alexandre Tessier. Diverses autres tentatives d'acclimatation sont tentées en France notamment, pour n'en citer qu'une, en Alsace (la famille Pflieger possédait de vastes domaines agricoles dans le Sundgau. Jean-Adam 1744-1801, né à Altkirch fut député de la Constituant, à la Convention, régicide, membre du Conseil des Cinq-Cents. Son fils, prénommé lui aussi Jean-Adam et son petit-fils Louis-Charles furent, eux aussi, de grands propriétaires agricoles). Mais elles sont aussi, dans le Haut-Berry,  l'origine de l'élevage de Jean-Marie Heurtault de Lamerville, dans sa propriété de la Périsse, à Dun-le-Roi : "M. Delamerville (sic) qui obtient des métis de qualité", ce qui est confirmé par l'intéressé : "le troupeau de la Périsse a eu pour origine en avril 1781, un bélier de 13 ans, de pure race, dont, par raison d'amitié, me fit présent M. de Barbançois, père du propriétaire de ce nom". Il s'agit, on l'aura compris de Léon-François et de Charles Hélion.

En 1804, Dalphonse, le premier préfet du nouveau département de l'Indre dresse ce constat : "Le troupeau de M. de Barbançois, s'est perpétué par lui-même, il existe dans les mains de son fils, aussi propriétaire de Villegongis, dans un état aussi beau et aussi pur que lorsque son père le reçut, sans cependant qu'il ait reçu ni acheté aucune bête de race d'Espagne depuis 1776. Sans doute ce troupeau peut bien avoir contribué à améliorer l'espèces, mais cette amélioration ne s'est point étendue à beaucoup près autant qu'elle aurait pu le faire ; elle n'a guère dépassé les communes qui environnent celle de Villegongis."
Les choses se dégradent rapidement pendant la Révolution et l'Empire. L'Ecole de Rambouillet est sauvée in extremis grâce aux efforts de d'Henri-Alexandre Tessier et de quelques autres. Le Traité de Bâle, signé en 1795, impose à l'Espagne la fourniture de 100 brebis et 400 béliers. Le financier Gabriel-Etienne Delessert (1716-1816, il trouva le procédé de fabrication du sucre de betterave) est chargé de l'affaire. Il en profite pour se constituer un important troupeau qui donnera à son ami Pierre-Samuel Dupont de Nemours et à ses fils l'idée de monter en Amérique une entreprise de tissage. Un magnifique bélier nommé Don Pedro d'emblème à l'usine Merriwool et à la manufacture de la Nouvelle-Louviers. L'entreprise capotera mais on sait que, bien plus tard, elle reviendra au textile. Parallèlement, plusieurs agronomes publient des ouvrages ou des articles à l'intention des éleveurs. Ainsi celui, collectif, publié en floréal an V (1797) par le conseil d'Agriculture. Dans le célèbre Cours complet d'Agriculture de l'abbé Rozier et dans ses rééditions, revues et augmentées, la question est traitée par divers spécialistes tels que Tessier ou Lasteyrie (Charles-Philibert comte de Lasteyrie de Saillant, 1759-1849, agronome, publiciste et philanthrope. Auteur d'un Traité des bêtes à laine d'Espagne, Paris an VIII et d'une Histoire de l'Introduction des moutons à laine fine d'Espagne dans les divers pays d'Europe, Paris 1802).
Un petit ouvrage significatif est l'Instruction sur les bêtes à laine de Tessier paru en 1810. Dans un rapport daté du 28 vendémiaire an XIX, le sieur Girard-Villesaison n'hésite pas à écrire : "le plus grand obstacle à vaincre, pour l'introduction d'une race étrangère dans nos troupeaux, c'est la routine de nos cultivateurs". Déjà, en son temps, l'abbé Carlier avait observé que les éleveurs privilégiaient le rapport à court terme - bêtes à viande - au rapport, plus incertain des bêtes à laine. Quant à Napoléon, il n'a, ni le temps ni le goût de s'intéresser l'agriculture et à l'élevage des moutons.
Sous la restauration, quelque personnalités s'efforcent de continuer le combat. Citons le sieur Gabion sa lettre à M. le Directeur de l'agriculture (Faits et observations sur la question de l'exportation des mérinos et de leur laine hors du territoire français. Paris, Mme Huzard, 1 vol. in-8, p. 3-55.)
Charles-Hélion de Barbançois ne reste pas inactif. En témoigne la suite de son exposé à la Société d'Agriculture où il continue sa série de questions :
- Les mérinos sont-ils susceptibles dégénérescence ?
- Quelle est la variété de mérinos, dont le type est préférable aux autres ?
- La propagation des races métisses mérinos, en France, doit-elle être considérée sous des rapports moins avantageux, que celle de la race pure ?
Puis il poursuit : "Je vais donc vous faire part, successivement, de mon opinion sur ces questions, en réclamant votre indulgence, pour ce qu'elle pourrait avoir de trop contraire aux idées reçues jusqu'à ce jour".
En 1804, il avait présenté un Mémoire sur les moyens d'améliorer les laines et d'augmenter les produits des bêtes  laines du département de l'Indre, Éphémérides de la Société d'Agriculture de l'Indre. Châteauroux, an 13, p. 33.)
Il est l'auteur de plusieurs communications, organise des visites, offre des reproducteurs. Il procède également à des inoculations de claveau ou clavelée, maladie virale, éruptive et contagieuse, propre aux bêtes à laine. Il publie le texte de son intervention en 1811 sous le titre d'Observations sur les mérinos puis fait paraître en 1812 son Petit Traité sur les parties les plus importantes de l'Agriculture en France où il réunit ses observations concernant le moutons dans le chapitre 9. En 1813 il donne une Note sur le tournis des moutons. Le 26 nivôse an XIII (16 janvier 1805), il avait obtenu le 1er prix de la Société à l'encouragement pour l'industrie nationale, récompense (à la même date, la même récompense est donnée à Jean-Marie Heurtault de Lamerville) décernée pour ses résultats dans l'amélioration des bêtes à laine.
En bon continuateur des physiocrates il ne peur ignorer le commerce des laines et les contraintes douanières qui pèse sur lui.
En 1818, quand il cède son domaine agricole à son fils aîné, le troupeau, qui fait l'admiration de tous les connaisseurs compte environ 2 000 têtes. La surface des prairies artificielles atteint 140 hectares. Charles-Hélion de Barbançois s'est donc montré, dans ce domaine, le digne héritier de son père. Mais il n'en est pas resté là.

Publié dans Productions

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