OVINS en FRANCE

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Fin XVIIe siècle

Colbertisme


DESSAUX Nicolas. Penser l'amélioration animale au XVIIe siècle : les brochures de Gabriel Calloet-Kerbrat. Anthropozoologica. n° 39 (1). 2004. p. 123-132.

p. 126
Colbert s'intéresse également (en plus des chevaux) aux bovins, qu'il fait venir de Suisse (dès 1662), aux ovins, qu'il importe d'Espagne (24 béliers espagnols en 1672) et d'Angleterre (incitation pour les marins à ramener un bélier sur chaque bateau français venant d'Angleterre, même en contrebande, dès 1670).
...
Après le départ de Colbert, bien peu de choses resteront des tentatives qu'il a initiées, et il faudra attendre près de 80 ans pour que la question de l'amélioration animales soit réellement posée. Dès 1676, les rapports des intendants montrent les dysfonctionnements du système, notamment l'irrespect des règles édictées pour les croisements. Les raisons profondes de l'échec de la politique colbertienne d'amélioration, que ce soit en matière de chevaux ou de moutons, restent mal identifiées, même si les conditions pratiques de cet échec sont connues : l'absence d'une volonté amélioratrice chez les éleveurs, fréquemment illustrée - et ce jusqu'à la fin du XVIIIe siècle au moins - par la castration de reproducteurs importés ou de leur descendance mâle.

XVIIIe siècle

CHALINE Olivier, La France au XVIIIe siècle (1715-1787), BELIN sup, 2005, 321 p.


p. 142
La médecine vétérinaire progresse néanmoins, avec Daubenton et l'abbé Carlier pour les ovins avec les deux écoles de Lyon (1761) et d'Alfort (1764). On ignore encore la variété et la spécialisation des races, tout en ayant bien remarqué que certaines étaient à telle ou telle utilisation. Ce n'est que progressivement que commencent les sélections animales. Elles restent peu avancées dans le cas des bovins, en dépit des efforts des admirateurs des étables suisses et des anglomanes soucieux de développer la consommation de viande. En revanche, le cheval fait l'objet de bien plus de soins car il intéresse à la fois l'armée et les élites soucieuses d'avoir des montures élégantes. 
Les ovins ont également fait l'objet de grandes préoccupations liées à la constatation de l'infériorité des laines françaises face à celles d'Angleterre et d'Espagne. Le pacte de famille avec les Bourbons de Madrid permet l'importation en 1776 de 200 bêtes confiées à différents éleveurs. Le succès est variable. Surtout en 1786, arrive de Castille un important troupeau de Mérinos dont la postérité fut nombreuse. 
De tels changements sont lents, mais des animaux plus nombreux contribuent à améliorer les fumures disponibles pour les champs. Depuis le XVIIe siècle, le mouton s'est imposé dans les fermes des openfields de France du Nord.
 

1763

L'intendant Antoine Mégret d'Etigny (1719-1767)* importe des moutons mérinos d'Espagne

Essais de sériciculture dans le département du Gers. Par le Docteur Teilleux. Auch 1861.
p. 30
Note (1)
Déjà, sous Louis XIII, on avait essayé l'introduction du mérinos en France. La Suède n'avait pas tardé à nous suivre dans cette voie ; en 1723, elle avait tenté la régénération de sa race ovine par le mélange de la race espagnole. La Saxe aussi, en 1765, avait introduit chez elle un troupeau de mérinos. J'ajouterai enfin qu'en 1762, lorsqu'il était intendant de nos armées en Espagne et au Portugal (conflit Espagne-Portugal, la France était avec l'Espagne et l'Angleterre avec le Portugal) , M. Antoine Mégret d'Etigny *, après avoir remarqué la beauté des brebis d'Estremadure, n'épargna ni soins ni dépenses pour en faire venir à Auch. Les moutons arrivèrent en 1763 à leur lieu de destination. Bien loin alors de réserver pour lui seul ou d'en faire spéculation, le généreux intendant les distribua aux meilleurs agriculteurs de la contrée et de la France. M. le marquis d'Astorg en compta, à partir de cette époque, quelques uns dans son troupeau. Il en fut de même de l'intendant de la généralité de Limoges, le célèbre économiste Turgot, à qui M. d'Etigny, son ami, s'empressa également d'envoyer quelques béliers et brebis mérinos.

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Recueil des pièces pour servir à l'histoire de M. d'Etigny, intendant en Navarre, Béarn, et Généralité d'Auch. Auch, Veuve Duprat, Imprimeur du Roi et de la Ville. 1826.
p. 8-9
Deux villes de son intendance, Bayonne et Oléron, faisaient un assez grand commerce de laines d'Espagne. Il sentit de quelle importance pouvait être l'introduction des mérinos pour la prospérité de l'industrie agricole et manufacturière. Il en avait reconnu de superbes troupeaux, du côté d'Alcantara et de Cacérès, lorsqu'en 1762, intendant de l'armée en Espagne et en Portugal, il avait parcouru une partie de ces deux royaumes. Il crut même qu'il y avait de l'analogie entre leurs herbages et ceux de sa terre de Passy (Yonne). Ni soins ni dépenses ne furent épargné pour faire arriver auprès d'Auch au mois de mai 1763, cent vingt-deux (122) bêtes à laine, dont 39 béliers. Les fatigues d'une route de 400 lieues, des accidents imprévus, et la négligence du berger, qui n'avait pas fait baigner le troupeau, lui occasionnèrent des maladies dont le tiers fut la victime. Il périssait tout entier, si on ne l'eût fait transhumer suivant l'usage d'Espagne et de Provence ; il se rétablit sur la montagne. La seconde année, les laines se vendirent près de trois francs la livre. Pour décider les cultivateurs à améliorer leur bétail, M. d'Etigny fit cadeau de béliers à des communautés près de Luchon, et leur confia des brebis, en ne se réservant que les agneaux femelles ; il tira des brebis de Sologne pour les croiser avec ses béliers ; il donna des mérinos au marquis d'Astorg, secrétaire perpétuel de la société d'Auch ; il en envoya à M. Turgot, alors intendant de Limoges : amis du bonheur public, ces deux administrateurs étaient faits pour s'entendre. M. le comte François de Neufchâteau a eu la bonté d'extraire pour nus de ses collections agronomiques, le mémoire publié les 20, 24 et 31 mai 1766, dans la gazette du commerce, de l'agriculture et des finances, où M. d'Etigny détaille les moyens qu'il employa. S'il ne put opérer une révolution complète dans l'une des branches les plus importantes de l'économie rurale, il lui reste la gloire de l'avoir tentée le premier, et d'avoir dirigé les esprits vers l'amélioration des laines. En 1769 (deux ans après le décès d'A. Mégret d'Etigny), on demandait avec inquiétude ce qu'étaient devenus les mérinos de M. d'Etigny, lorsque le baron de la Tour d'Aygues répondit que son troupeau de Provence en provenait. M. Ledosseur annonça, l'année suivante (1770), aux états du Béarn, qu'il devait à la même origine la grande qualité de ses laines. On a remarqué que les laines du Gers l'emportent pour la finesse sur celles des départements voisins, et l'on y regarde cet avantage comme un des bienfaits de M. d'Etigny.
 

 

1766

Mémoire de M. Antoine Mégret d'Etigny (1719-1767) sur les bêtes à laine.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 17 mai. N° 38.
p. 311-312
MÉMOIRE de M. d'Étigny, sur le troupeau de béliers et brebis d'Espagne qu'il a dans sa terre de Teil, près de Sens.
Je suis Intendant depuis 1751 des Généralités de Pau et d'Auch.
Il se fait dans mon Intendance un très grand commerce de laines d'Espagne, et surtout dans les villes de Bayonne et d'Oléron.
J'ai été à portée de prendre connaissance sur ce commerce si avantageux pour l'Espagne et si nécessaire pour les manufactures du Royaume.
J'ai tenté pendant plusieurs années tous les moyens possibles pour tirer d'Espagne des béliers et des brebis de la race qui produit cette laine si précieuse ; mes soins ont été inutiles à cause de la difficulté de les sortir d'Espagne, des défenses y étant très rigoureuses et portant même peine de mort.
J'ai fait la campagne de 1762, en qualité d'Intendant de l'Armée Française qui a servi en Espagne et au Portugal ; j'ai parcouru une partie de ces deux Royaumes, et j'ai été assez heureux pour trouver du côté d'Alcantara et de Cacérès sur les frontières du Portugal, des troupeaux de l'espèce qui produit les plus belles laines.
J'examinai avec attention les pâturages qui servaient de nourriture à ces bestiaux, et je crus remarquer très peu de différence entre ces pâturages et ceux que j'ai chez moi auprès de Sens ; je me déterminai sur le champ à tâcher de me procurer à quelque prix que ce fût, un troupeau considérable en béliers et en brebis de la meilleure race, et je parvins avec beaucoup de soins et de dépenses, à faire arriver chez moi près d'Auch, au mois de Mai 1763, un troupeau de 80 brebis, 39 béliers et 3 moutons.
Ces animaux étaient très fatigués d'une route aussi longue ; ils avaient marché près de quatre mois pour venir d'Alcantara à Madrid, de Madrid à Pampelune, de Pampelune à Barcelone, de Barcelone à Perpignan, de Perpignan à Auch, ce qui fait un trajet de plus 400 lieues de France.
Le troupeau qui était arrivé à Auch avec sa toison, était chargé de poussière ; la galle fut suite de cette route, et je perdis au moins un tiers de mon troupeau.
L'été de 1763, ayant été fort chaud en Gascogne, et d'ailleurs les pâturages étant fort resserrés et peu convenables à ces animaux, la galle les gagna de nouveau dans l'automne de 1763 ; les brebis mirent bas, et beaucoup d'agneaux périrent.
J'étais à la veille de perdre le fruit de mes soins et de mes dépenses, lorsque je me procurai un Berger des montagnes des Pyrénées des plus intelligents et des plus habiles ; c'est cet homme à qui je dois le salut du reste de mon troupeau.
Ce berger me conseilla de l'envoyer avec le troupeau sur les montagnes vers les mois de mai de 1764 ; le troupeau y passa le printemps, l'été, et revint à Seillan près d'Auch dans le mois de Septembre de la même année.
Je fis venir à Auch dans l'été de 1764, de ma terre de Teil près de Sens, un Berger qui y était à mon service, je l'envoyai joindre au commencement d'Août mon autre berger sur la montagne en lui recommandant de seconder ses soins, et de bien examiner sa façon de conduire et de traiter son troupeau.
Ces deux Bergers étant revenus de la montagne, je crus que c'était la saison la plus convenable pour faire arriver chez moi, dans mes terres auprès de Sens, mon troupeau de béliers et de brebis d'Espagne.
Les deux bergers munis de leurs passeports et d'une provision de remèdes propres aux animaux qu'ils conduisaient, mirent près de 40 jours pour arriver d'Auch (Gers) à Passy près de Sens (Yonne). Les pluies furent quasi continuelles ; ces animaux arrivent très fatigués, et surtout les brebis qui étaient pleines.
Ce troupeau arriva dans les premiers jours de Novembre (1764), les brebis commencèrent à mettre bas à la fin du même mois, elles n'avaient presque pas de lait, ce qui demanda encore beaucoup de soins et de dépenses, tan pour la nourriture des mères brebis auxquelles on ne refusait ni avoine, ni son, ni sel, ni orge cuit et moulu, que pour celle des agneaux.
Une partie des agneaux périt malgré les soins des deux Bergers, ceux qu'ils trouvent le moyen de conserver, ont bien réussi, et seront en état de faire la monte en 1766.
Le Berger de la montagne m'a confirmé dans l'idée que j'avais de l'excellence de mes pâturages. Ils sont composés de friches et de bruyères dans lesquelles il y a quelques buissons d'épines, des sauvageons, des trembles et des bois blancs. Ils forment une étendue d'environ une demi-lieue en tous sens. Les brebis, les béliers et agneaux y trouvent en tout temps et en abondance une herbe plus ou moins fine, suivant les cantons ; le terrain y est très sec presque partout.
Le Berger de la montagne me demanda la permission de s'en retourner dans son pays au printemps de 1765, et depuis cette époque le troupeau est resté sous la conduite de l'autre Berger auquel j'ai donné un garçon de 16 à 18 ans pour le seconder.
Ce berger a très bien gouverné ce troupeau, s'est donné beaucoup de soin, mais il n'a pas pu garantir des suites du grand froid les brebis et les agneaux qui sont nés en Novembre et Décembre de l'année 1765, et en Janvier 1766. Les brebis n'ont pu sortir à cause de la neige qui a couvert la terre, et elles ont manqué de lait quoiqu'on leur ait donné suffisamment du foin, de la paille de froment et de seigle, de l'avoine, du sel et de l'orge.
Malgré tous les soins qu'on a pris des agneaux je n'ai pu conserver que les 3/5 au plus. J'espère à l'avenir me mettre à l'abri de ces pertes, en faisant saillir plus tard mes brebis. Il y a tout lieu de croire qu si les brebis ne commencent à mettre bas qu'à la fin Février, elles ne manqueront pas de lait et que les agneaux seront beaucoup plus aisés à élever.
La suite à l'ordinaire prochain.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Mardi 20 mai. N° 40.
p. 317-318
Suite du Mémoire de M. d'Etigny, etc.
CONNAISSANCES que j'ai prises en Espagne sur la nourriture des bêtes à laine.
Un grand nombre de personnes croient que toutes les laines d'Espagne se ressemblent ou sont du moins peu différentes pour la finesse et la qualité ; c'est une erreur, et il est constant qu'il y a beaucoup plus de différence entre les laines en Espagne, qu'il n'y en a entre les laines des différentes Provinces de France.
Je ne connais pas précisément tous les cantons d'Espagne, relativement aux laines qu'ils produisent, j'ai seulement appris sur les lieux, que les laines de la plus grande finesse et de la meilleure qualité, proviennent des bestiaux de Castille nouvelle, de la Castille vieille, de l'Estremadoure Espagnole et Portugaise et des environs de Séville ; cette espèce de laine se vend toute lavée à raison de 8 à 12 réaux de veillon la livre, c'est-à-dire de 40 l. à 3 livres de notre monnaie, un peu plus ou un peu moins, suivant les demandes qui en sont faites, et proportionnément au produit de la tonte qui n'est pas toujours égal.
Ces troupeaux appartiennent pour la plupart aux Grands Seigneurs d'Espagne et aux maison Religieuses qui sont fort riches. Chaque troupeau est de 500, de 1 000, de 2 000 et quelquefois de 3 000 bêtes, surtout en moutons. Deux, trois, quatre hommes conduisent un troupeau et se relayent pour y veiller continuellement. 
Ces troupeaux n'entrent jamais dans aucune étable ; ils restent dehors nuit et jour dans toutes les saisons, exposés à toutes les injures du temps ; chaque troupeau a sa marque distinctive.
On m'a assuré qu'il y avait des Seigneurs qui possédaient jusqu'à 20, 30, 40 000 bêtes à laine. 
Il est aisé de concevoir que ces troupeaux restant toujours dehors, n'ont d'autre nourriture que l'herbe qu'ils pâturent. Cette herbe est ordinairement très fine.
Il faut observer qu'on ignore en Espagne, pour ainsi dire, jusqu'au nom de prairies, surtout dans les Provinces qui produisent cette laine si célèbre par sa finesse et sa qualité.
Il serait bien à désirer que les propriétaires de bêtes à laine en France, fussent instruits de tous les maux que leur cause la dépaissance dans les prairies, et surtout dans celles qui sont humides et qui produisent une herbe aigre et grossière.
Les troupeaux voyagent en Espagne pendant presque toute l'année ; ils vont de la Castille nouvelle dans la Castille vieille, et de là du côté de Séville et dans l'Estremadoure Espagnole et Portugaise, et la même année ils reviennent de l'Estremadoure dans les Castilles, où l'on fait presque toujours la tonte ; ces troupeaux parcourent ordinairement chaque année une étendue de 150 à 200 lieues de Pays. Je n'ai pris que de légères connaissances sur la tonte et sur le lavage des laines, il me sera fort aisé de me procurer des mémoires sûrs, relativement à ces deux objets, dont le dernier surtout est très important.
Je n'ai pas osé faire observer à mon troupeau d'Espagne le même régime pour la nourriture ; je me suis procuré des bergeries fastes et bien percées, qu'on peut échauffer en hiver et rafraichir en été ; je n'ai pas même osé faire parquer mon troupeau, mais dans les chaleurs, j'ai bien recommandé de le faire sortir de grand matin, de le rentrer sur les dix heures, et de ne le ramener à la pâture que vers quatre ou cinq heures après midi.
Dans l'été de 1765, à la fin du mois d'Août qui a été très chaud, mes béliers et mes brebis que mon Berger avait laissées dehors, furent frappées d'un coup de soleil. Ils couraient de côté et d'autre, tournaient et finissaient par tomber et se pâmer, pour ainsi dire. Le Berger secouru par quelques voisins fit rentrer le troupeau, avec beaucoup de peine ; dès qu'il fût à l'ombre, les accidents disparurent, et mes bêtes à laine revinrent dans leur état naturel.
Pendant les grandes chaleurs, et par un temps bien assuré, mon troupeau a couché dans la cour de la ferme et s'en est très bien trouvé.
Quand le troupeau sera augmenté par la multiplication, je me propose de faire l'essai sur une partie, et de le conduire nourrir comme en Espagne. 
La suite à l'ordinaire prochain.

 

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 24 mai. N° 41.
p. 325
Suite du Mémoire de M. d'Etigny, etc.
TONTE du Troupeau, vente et qualité de la laine.
Mon troupeau est arrivé à Auch au mois de Mai 1763, il était composé, comme je l'ai dit plus haut, de 80 brebis, 39 béliers et 9 moutons ; la tonte fut faite peu de ours après, et elle produisit 900 livres de laine que je vendis 90 livres le quintal, sans être lavée et petit poids à Messieurs Poey et Augerot, qui ont à Nay en Béarn une Manufacture de bonnets, façon de Tunis ; je leur vendis au même prix en 1764, et ce prix était beaucoup trop bas, puisque la tonte de 1765 fut vendue au sieur Epoingy de Sens 275 livres le quintal, poids de marc, avec les quatre au cent. Il est vrai que la tonte de 1765, avait été lavée en eau courante. Il n'y a pas la moindre différence entre la laine de la tonte de 1763 et celles de 1764 et 1765, c'est la même finesse, la même blancheur, et les tontes ont produit à peu près autant, proportionnément au nombre de bêtes à laine.
Les moutons produisent ordinairement 4 à 5 livres de laine lavée, les béliers 3 à 4 livres et les brebis 2,5 à 3 livres. 
J'ai fait faire des tontes jusqu'à présent sans que les bêtes fussent lavées ; je crois cependant qu'il serait convenable de les laver avant la tonte ; je ferai ces deux expériences à la tonte prochaine pour connaître quelle est la meilleure façon de procéder, et j'y serai très attentif à garder à chaque tonte, à commencer cette année 1766, six livres de laine, que je ferai laver avec soin et étiqueter, afin de pouvoir faire comparaison de la laine de cette année avec celle que j'aurai par la suite.
La suite à l'ordinaire prochain.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 31 mai. N° 43.
p. 341-342
Suite du Mémoire de M. d'Etigny, etc.
MÉLANGE DES RACES.
Quelles ont été les suites de ce mélange.
J'ai parlé dans le premier chapitre de ce Mémoire de la nécessité de la nécessité où je m'étais trouvé d'envoyer mon troupeau à la montagne pendant l'été de 1764.
Les Communautés auxquelles je m'adressai, me permirent de faire mener mon troupeau dans leurs pâturages, j'allais dans le mois d'Août le visiter je l'avais fait descendre à Bagnères-de-Luchon ; deux Syndics des Communautés auxquelles appartenaient les montagnes, où mon troupeau pâturait, se rendirent à Bagnères et me prièrent très instamment de leur prêter deux béliers ; j'eus toutes les peines du monde à leur faire entendre que je les leur donnais, ils me comprirent enfin, à force d'explication. Ces bonnes gens ne pouvaient s'imaginer que je voulusse leur faire un aussi beau présent ; nous nous quittâmes fort contents les uns des autres, et je crus qu'ils auraient le plus grand soin des deux béliers que je leur avais donnés et qui n'étaient qu'une faible marque de ma reconnaissance pour la permission qu'ils m'avaient accordé de faire pâturer mon troupeau sur leurs montagnes.
En 1764, à la fin de Septembre, quand je fis partir mon troupeau d'Auch pour se rendre chez moi à Vaumorin, auprès de Sens, dans ma terre de Teil, mes deux Bergers me représentèrent qu'il y avait quelques béliers et brebis qui auraient peine à soutenir la fatigue de la route. Je me déterminai à faire un triage de 28 à 30 bêtes des plus faibles, et de ces 30 bêtes, j'en donnai 4 à M. le Marquis d'Astorg auprès d'Auch, et j'envoyai le reste aux Communautés auxquelles j'avais donné les deux béliers ; je leur annonçai que je renonçais à la tonte de chaque année, et que je ne me réservais que les agneaux femelles qui naîtraient, leu abandonnant outre la tonte tous les béliers existants et qui naîtraient à l'avenir. Mes soins ont été inutiles, ce troupeau a été négligé et très mal soigné, le sieur Lassas mon Subdélégué à Mourjau, m'ayant marqué au mois d'Août 1765, que mon petit troupeau dépérissait de jour en jour, j'ai pris le parti de le faire revenir à Auch ; il s'est trouvé réduit à onze brebis sans aucun bélier. Il est actuellement à Scillau près d'Auch, et j'ai été obligé de donner à ces brebis un bélier du Pays ; je verrai quelle sera la qualité de leurs productions.
Mon troupeau était composé de 107 brebis et béliers à son arrivée à Vaumorin ai mois de Novembre 1764. Comme j'avais un nombre de béliers plus que suffisant pour les brebis, j'ai pris le parti d'acheter 150 brebis de Sologne auxquelles j'ai donné trois de mes béliers : la rigueur de cet hiver a fait périr la moitié des agneaux qui sont nés, j'en ai reçu les peaux, et j'ai remarqué avec grand plaisir que la moitié de ces peaux d'agneaux, ont les unes, en partie, et les autres, presque totalement la même qualité de laine que celles des agneaux de mon troupeau d'Espagne, il est aisé de s'en convaincre par la comparaison des unes aux autres.
J'ai distribué dans cinq de mes Paroisses, treize béliers ; je comptais leur rendre un grand service, et que les propriétaires des brebis se donneraient pour mes béliers ; j'ai été bien trompé dans mes espérances, les uns ont perdu les Béliers, d'autres les ont abandonnés ; je n'ai pu en rassembler que huit, encore ont-ils rapporté la galle dans mon troupeau ; mon berger s'en est heureusement aperçu et s'est donné des soins pour arrêter le progrès de ce mal.
J'ai aussi envoyé l'été dernier (1765) à M. Turgot, Intendant de Limoges, et sur sa demande, quatre béliers, et je les ai adressés à M. de Rochebrune, Commissaire des guerres, auquel je me propose d'envoyer quelques peaux de mes agneaux métis ; je ne doute point des soins de M. de Rochebrune d'après la recommandation de M. Turgot.
Fin.

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ESMONIN Edmond, Maurice Bordes, D'Etigny et l'administration de l'intendance d'Auch (1751-1767), 1957. In ; Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 5 N°3, Juillet-septembre 1958. pp. 236-240 ;
https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1958_num_5_3_3313_t1_0236_0000_2
p. 238
Note (2) J. LAFOND (d'Etigny, p. 100), a invoqué un article d'Etigny sur les moutons mérinos publié dans la Gazette d'agriculture de 1766 mais ce fait n'est pas probant : tous les intendants indistinctement avaient été invités par le contrôleur général à collaborer à ce journal, et l'article n'a rien de physiocratique.
 
Recueil des pièces pour servir à l'histoire de M. d'Etigny, intendant en Navarre, Béarn, et Généralité d'Auch. Auch, Veuve Duprat, Imprimeur du Roi et de la Ville. 1826.
p. 8-9
M. le comte François de Neufchâteau a eu la bonté d'extraire pour nus de ses collections agronomiques, le mémoire publié les 20, 24 et 31 mai 1766, dans la Gazette du commerce, de l'agriculture et des finances, où M. d'Etigny détaille les moyens qu'il employa.

1784

JOURNAL DE PARIS. N° 122. Samedi 1er mai 1784
p. 916-917

Economie.
Mémoire sur le premier Drap de Laine superfine du crû de la France, lu à la rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences le 21 avril 1784 ; par M. Daubenton, de la même Académie. A Paris, de l'Imprimerie Royale, 1784. C'est sous l'administration de M. de Trudaine, dont le nom sera longtemps cher aux Arts, que M. Daubenton a commencé s'occuper de l'objet important dont ce Mémoire nous offre le résultat. Ce n'est donc point une théorie, ce n'est pas une expérience du moment que propose aujourd'hui ce Savant ; le temps l'a consacrée. L'éducation que nous donnons à nos troupeaux tend à en faire dégénérer les laines ; en les améliorant nous pouvons suppléer aux laines étrangères dans nos Manufactures de draps fins : c'est cette proposition si avantageuse au commerce de la France, que M. Daubenton justifie par 16 années (depuis 1768) d'essais, et récemment par la fabrication du premier Drap de laine superfine du crû de la France. Nous nous bornerions à ce simple énoncé si le sujet était moins intéressant ; mais l'importance dont est cette vérité pour l'Agriculture, les Arts et le Commerce, nous fera entrer dans quelques détails. Jusqu'à présent on n'a pu faire en France de Draps fins qu'avec la laine achetée aux Espagnols. Mais insensiblement les fabriques d'Espagne en consommeront les laines, ou mettront des entraves à leur exportation ; alors il ne se ferait plus de drap fin en France. M. de Trudaine, frappé de cet inconvénient, consulta M. Daubanton sur les moyens d'en prévenir les effets. Ce savant tranquillisa l'Administrateur en l'assurant que le climat de la France moins chaud que celui de l'Espagne, moins exposé aux brouillards que celui de l'Angleterre, était plus favorable aux bêtes à laine. On fit venir successivement des béliers et des brebis de Roussillon, de Flandre, d'Angleterre, de Maroc, de Tibet et d'Espagne. M. Daubenton forma une Bergerie de toutes ces races de bêtes à laine près de la ville de Montbard, dans un canton un peu montueux, Bergerie où le troupeau n'a, nuit et jour pendant l'année entière, d'autre abri que le ciel, et pour mur que celui du parc. Du mélange de bélier à laine fine avec des brebis à laine jarreuse (poils grossiers) sortit bientôt un bélier à laine superfine. Les sept races qui formaient la bergerie, ont perpétué sans mélange, et été alliées entre elles pour donner des races métisses. Toutes les races de la Bergerie ont été amenées au degré de finesse de la laine d'Espagne, et se soutiennent sans qu'il soit nécessaire de recourir à de nouveaux béliers. Il existe un de ces troupeaux aux portes de la Capitale, à l'Ecole Vétérinaire, près Charenton (Alfort). Bientôt il fut impossible aux meilleurs connaisseurs de distinguer la laine du troupeau de Montbard d'avec celle superfine d'Espagne, ce qui força M. Daubenton à imaginer d'appliquer un micromètre au microscope, pour mesurer le diamètre du filament de laine. Il ne restait plus qu'à fabriquer du drap avec ces laines : il en fut envoyé environ un millier à la Manufacture Royale de drap de Château-du-Parc (fondée à 1751), près Châteauroux. On y a fabriqué des draps de différentes couleurs. L'Entrepreneur en a offert le plus faut prix des laines d'Espagne, à un moindre terme pour l'échéance, parce qu'il a reconnu dans les laines de M. Daubanton plus de force et de nerf, avec la même finesse à l'œil et la même douceur au toucher. Tirées aussi in à la filature, elles ont souffert un tors plus considérable sans se casser. Enfin les Ouvriers ont trouvé la chaîne de ces draps plus nerveuse et plus forte que ne le sont celles des draps faits avec la laine d'Espagne. Nous voici donc parvenus à l'égalité des laines de France avec les laines d'Espagne, les moyens de l'obtenir sont constatés par 16 ans d'Expérience sur les laines du Roussillon, et par 8 ans sur les laines d'Espagne. Il est prouvé que les belles races ne dégénèrent point en France ; que les pays montueux ne cesseront de donner des laines superfines, tandis que les pâturages abondants de nos plaines donneront des laines longues ; mais pour obtenir ces avantages précieux, il faut se conformer à l'éducation qui seule peut les procurer. En rendant compte du succès de ces expériences, c'est annoncer une de ces grands époques vraiment mémorables pour la France. En effet, le travail de M. Daubanton est pour ce Royaume-ci une source de richesses plus féconde, sans doute, que ne le serait une mine d'or. C'est ainsi que semble l'envisager le Ministre éclairé des finances, par la protection qu'il accorde aux travaux de notre illustre Académicien, et par la publicité qu'il leur donne. D'un autre côté, la Province du Berry, éclairée par les principes répandus dans les derniers Ouvrages de M. Daubanton, vient de former dans trois arrondissement de sols différents, trois Bergeries absolument dirigées par sa méthode, et même par trois Bergers sortis de son Ecole : Mgr l'Archevêque de Bourges, en son château de Turly, près Bourges, M. le Duc de Charost, près la ville d'Issoudun, M. Disjonval, de l'Académie Royale des Sciences, près celle de Châteauroux, ont déjà obtenu de ces établissements des résultats heureux, et ne tarderons pas sans doute à répandre cette méthode dans la Province que tout semble appeler en à en tier le meilleur parti.

1770

CARLIER Claude (abbé). Traité des bêtes à laine ou méthode d'élever et de gouverner les troupeaux aux champs et à la bergerie. Tome second. Paris M. DCC. LXX. 1770.


Dénombrement et description des branches de bêtes à laine qu'on élève et dont on commerce en France, avec un état des qualités de laine et de l'emploi qu'on en fait dans les manufactures.

extrait p. 579-587

"Que la France soit un pays fertile et florissant, agréable et commode par sa température et par sa situation, c'est un privilège que les ennemis mêmes ne contestent pas ; mais cette distinction a souvent a souvent animé leur rivalité et excité leur envie.
Pour nous renfermer dans les bornes de note sujet, y a-t-il ailleurs plus de bétail de l'espèce utile, des pâturages et des provisions de fourrages plus abondants pour les nourrir et pour les multiplier ?
Il ne tient presque à rien que la France ne rentre en possession de l'ancienne prérogative que Columelle lui attribuait, de posséder les races de bêtes à laine les plus précieuses et par conséquent les pâturages les plus convenable pour les sustenter.
Qu'on ne nous vante pas dans l'état présent des choses ces champs immenses de friches et de pâtures incultes, que plusieurs peuples réservent à leurs bêtes blanches.
L'Espagne qui s'est félicitée pendant si longtemps de nourrir une prestigieuse quantité de bêtes à laine à la faveur des plaines incultes et des vacants immenses dont elle est remplie, commence à ouvrir les yeux sur le préjudice que les vieux préjugés et la nonchalance portent à l'agriculture. 
Des personnes aussi respectables par leur rang que recommandables par leurs lumières ont démontré que l'Etat souffrait de l'abandon qu'on fait aux troupeaux d'une vaste étendue de pays, où l'agriculture pourrait fleurir par le secours des défrichements.
L'exemple des règlements qui parurent en Angleterre sur le même sujet sous le règne d'Henry VIII [1509-1547] est tout à fait propre à justifier les vues de ce système.
Henry, informé de la multiplication excessive du bétail blanc influait sur le dépérissement de plusieurs branches de l'agriculture, fixa le nombre proportionnel des bêtes à laine, avec celui des tenemens [tènements : terre tenue d'un seigneur moyennant le paiement d'une redevance] et des autres bestiaux.
La seule chose qui paraît arrêter l'exécution du même projet en Espagne est l'opposition de plusieurs seigneurs, des principaux financiers de Madrid et des communautés de religieux les plus considérables du royaume, dont les revenus sont comme attachés à l'ancien plan de conduite.
L'illusion qu'ils veulent faire, en publiant que de tels conseils sont suggérés par l'Etranger fâché de voir prospérer entre les mains des Espagnols, un genre de commerce aussi lucratif, ne peur obscurcir la vérité de la maxime, que tout ce qui s'obtient au préjudice de l'agriculture, ne peut jamais être considéré comme un bien. L'ingratitude d'un sol et la paresse des habitants ont toujours passé pour des vices dans les républiques et dans les états monarchiques.
Consultons les laboureurs et les bergers, ils nous diront que les terres cultivées offrent pendant qu'elles ne sont pas couvertes de moisson, une qualité d'herbe plus tendre, plus délicate et plus agréable que celle des friches. Ce qui peut manquer du côté de la quantité, on le gagne par le suc et la vertu des herbes. Le serpolet, le romarin, et le thym sauvage, qui abondent dans les terrains vagues et abandonnés de certains climats, ne sont pas anéantis par la culture : ils reparaissent après la moisson, dans les chaumes et les jachères.
Si les friches sont utiles et si c'est un avantage d'en posséder pour avoir de plus belles laines, des troupeaux plus sains et d'une plus longue vie, combien de hautes montagnes en sont pourvues sur leurs cimes et sur leurs côtes ?
Ces lieux élevés ne ressemblent pas comme ceux de plusieurs Etats voisins, à des déserts ni à des labyrinthes, où les conducteurs de troupeaux s'engagent sans savoir quelle route ils tiendront. Leur aspect à la vérité a quelque chose d'effrayant et semble n'annoncer que des repères de bêtes féroces et ennemis du genre humain. Mais loin de servir de retraite aux animaux nuisibles qui sont bannis du reste de la France, on y rencontre des bourgs et des villages à chaque heure et-demi.
Les terrains qui se refusent à l'industrie des colons ou que l'aridité des sols et leur situation ne permettent pas de mettre en valeur, les propriétaires et les fermiers les réservent à des troupeaux de bêtes blanches.
Si les sols incultes étaient préférables en quelques points aux terres cultivées, ce serait en ce que les troupeaux qu'on y conduit, demandent moins d'attention, moins de précautions en les laissant errer à leur gré.
Mais c'est précisément dans le discernement de ce qui est profitable ou nuisible, de ce qu'il faut rechercher et de ce qu'il faut fuir, de ce qui est bon dans certains temps de l'année et pernicieux dans d'autres, que réside l'art du berger. N'est-il pas plus glorieux à l'homme, quelque-soit la profession qu'il exerce, de faire usage de la raison que de s'en rapporter au hasard ?
La qualité du bétail est telle en France, qu'on n'a pas besoin de recourir à l'étranger pour en avoir de plus parfait. La quantité en est si considérable, qu'il n'y a pas d'année où nous ne rendions les peuples voisins participants de notre abondance et de notre superflu.
Ce n'est pas une question de savoir si nous avons assez de laines pour alimenter nos manufactures d'étoffes communes ou légères ; mais c'est encore un problème pour les fabricants de draps fins de savoir s'il leur est possible de trouver en France la quantité de laines fines qu'ils consomment annuellement dans leurs ateliers.
Il sera prouvé en divers endroits de ce dénombrement, qu'il existe dans plusieurs de nos provinces, des natures de laines qui valent celles qu'on nous apporte du dehors ; qu'il y a des expédients simples et nullement coûteux pour affiner plusieurs sortes de laines, qui ne tiennent que le second ou le troisième rang dans la classe du fin, et que la quantité de cette matière première peut être augmentée par le concert des fabricants et des cultivateurs.
Tout territoire n'est pas également propre à tous les genres de productions, même dans les contres les plus fertiles.
C'est l'effet d'une sage disposition du Créateur qui a voulu mettre les sujets d'un même gouvernement dans une mutuelle dépendance et serrer par-là plus fortement les nœuds d'une alliance fraternelle, qui fait le bonheur des nations où elle peut régner.
Dans les territoires où abondent les grains et tous les genres de moissons, qui sont pour l'homme des premiers moyens de subsister, les vins exquis sont plus rares. Le sol des vignobles est sec, pierreux et dépourvu des secours dont on a besoin ailleurs pour élever de nombreux troupeaux. La conservation des vergers et des plants d'oliviers, des clos et des jardin potagers, des bois taillis et des futaies coupés qui poussent de nouveaux rejetons, demande qu'on en écarte le gros et le menu bétail.
Dans les pays les plus fertiles où les moissons couvrent les champs pendant neuf mois de l'année et où les prés sont clos depuis le mois de mars jusqu'après la fauchaison, les troupeaux trouvent peu à pâturer.
Ils prospèrent mieux dans les territoires coupés et diversifiés où l'on donne quelque repos aux terres cultivées, une ou plusieurs années et où l'on retrouve par intervalles, des coteaux incultes, des pelouses, des longs de chemins et des bords de rivières. 
Concluons de là que les troupeaux ne peuvent pas être égaux dans tous les pays.
Nous avons divisé les bêtes à laine en trois classes générales, la petite, la moyenne et la grande. La première se contente de peu et les crêtes arides des montagnes, lui offrent une nourriture suffisante pour ne pas dépérir, excepté dans les étés trop brûlants. Celle de moyenne taille ont besoin d'aliments plus solides. Quant aux bêtes à grand corsage, elles demandent des pâtures abondantes aux champs et à l'étable.
De là cet ancien précepte d'économie rurale, d'assortir les espèces à la qualité des fourrages.
Suivant ces notions, toutes nos bêtes à laine ne peuvent être soumises à un juste examen, qu'en les passant successivement en revue dans les territoires qu'elles occupent. C'es ce que nous proposons d'exécuter en commençant par le Roussillon, qui est la première et la plus avancée de nos provinces méridionales, et en finissant par la Flandre qui confine aux Pays-Bas.
Les troupeaux n'étant pas toujours égaux en nombre et en produit, nous arrêterons seulement aux cantons où ils sont la matière d'un commerce réglé, actif ou passif.
Après avoir donné une idée des pâturages de nourriture ou d'engrais, nous parlerons des espèces qui les fréquentent et du genre d'éducation auquel on les assujettit. Nous ferons aussi connaître les débouchés pour la vente tant des troupeaux de gras que des troupeaux d'élèves ; l'usage qu'on fait des laines, soit en les débitant, soit en les employant dans les manufactures.
On produira par occasion quelques réflexions sur les coutumes bonnes à garder et sur celles qui ont besoin d'être corrigées, réformées ou proscrites.
Nous diviserons la France en deux parties, l'une Méridionale, l'autre Septentrionale pour des raisons dont on rendra compte.
Chaque partie sera subdivisée en quatre paragraphes, sous chacun desquels nous traiterons des pays qui ont le plus de rapport entre eux.
Les provinces que nous rangerons ici sous la première division de France Méridionale, ressemblent du côté des usages et de la température à celle de l'Italie et de l'Espagne pour lesquelles les anciens auteurs économiques, Caton, Varron, Virgile, Palladius et Columelle ont écrit. Les pays renfermés sous la seconde division, se rapprochent et tiennent davantage de l'Angleterre et de l'Allemagne.
Après avoir développé dans les deux parties du dénombrement, tout ce qui regarde les branches du profit résultant de l'éducation et du commerce du bétail blanc dans les différents départements que nous passerons en revue, nous produirons des réflexions sur l'état ancien et sur l'état présent des manufactures en France."
 

1907

SAGNAC Ph. L'industrie et le commerce de la draperie en France à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe. In: Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 9 N°1, 1907. pp. 24-40;
doi : https://doi.org/10.3406/rhmc.1907.4538
https://www.persee.fr/doc/rhmc_0996-2743_1907_num_9_1_4538

1776

Deuxième introduction de Mérinos

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839
p. 6-7
M. Léon François de Barbançois (1717-1795), brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, le madame d'Etigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Etigny, propriétaire à Etigny dan l'Yonnne), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps. Ces essais furent mis sous les yeux de Turgot, contrôleur général des finances, l'un des ministres qui aient su le mieux apprécier le mérite d'une tentative, et dont les vues d'utilité publique n'ont jamais été contestées. Aussi fit-il venir d'Espagne, en 1776, deux cents (200) bêtes à laine, béliers et brebis compris. Ils furent distribués entre M. de Trudaine, intendant des finances, qui les plaça dans sa terre de Montigny dans la Brie, M. de Barbançois (à Villegongis dans l'Indre), M. Daubenton et M. Dupin. M. de Barbançois eut pour sa part 40 mères et 6 béliers, qui arrivèrent à Villegongis en 1777. Dans la suite il y joignit quelques béliers de Rambouillet. De ces animaux et de ceux du pays il composa deux troupeaux, un de race pure et l'autre de métis. Cette distinction a-t-elle continué ? je ne puis l'assurer ; ce qu'il y a de certain, c'est que ses enfants conservent encore aujourd'hui (1839) un troupeau qui a de la réputation. Au reste ces détails (on les trouve au trimestre d'automne de 1791, de la Société d'agriculture de Paris) m'ont paru d'autant plus dignes de confiance, qu'ils ont été donnés par M. le duc de Chârost, administrateur des auspices de Paris, homme auquel les arts, les sciences et l'humanité ont de grandes obligations. On aurait pu dire de lui qu'il était identifié avec l'amour du bien. M. de Trudaine plaça sa portion de l'importation dans sa terre de Bourgogne. Celle de M. Daubenton lui servit à Montbard pour ses expériences. Je n'ai pas su ce qu'était devenue celle de M. Dupin.

1779

François DELPORTE importe des moutons anglais et créé un grand élevage à Pernes, district de Boulogne-sur-Mer.

http://fournetmarcel.free.fr/dupont.htm

DELPORTE François (1707-1780)

"En 1769 François DELPORTE ouvre à Boulogne une brasserie de savon noir, pour lequel il cultive le colza et construit un moulin à Wimille. Plus tard il fabrique le savon blanc.

Il envoie son fils François (donc frère du n°3) en Angleterre, afin d’étudier la fabrication de la laine et l’élevage des moutons, et fait entrer clandestinement en France des moutons et béliers anglais à cette fin.

En 1776 il est anobli par Louis XVI après avoir payé 2000 £ pour les frais d’enregistrement.

En 1778, pour élever ses moutons, il propose au Roi de lui acheter un terrain de 400 arpents près de Boulogne. ROLAND de la PLATIERE, lors délégué de l’intendant d’Amiens appuie cette demande après une inspection où il note que François DELPORTE possède 100 moutons. En 1779 Louis XVI consent à cette demande et impose la charge de 1000 moutons et 80 béliers anglais. Ses voisins du Fond-de-Pernes s’irritent de cet élevage. En 1782 de nombreux moutons périssent à cause des intempéries. Mais la laine des DELPORTE père et fils est jugée aussi bonne que celle des Anglais, et ils ont même la faveur de l’Encyclopédie, publiée sur la base de celle de DIDEROT et d’ALEMBERT."

1779

Daubenton lit un Mémoire sur les bêtes à laine

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Jean-Marie_Daubenton
Extrait
Louis Jean-Marie D’Aubenton, dit Daubenton, né le 29 mai 1716 à Montbard et mort le 31 décembre 1799 à Paris, est un naturaliste et médecin français, premier directeur du Muséum national d'histoire naturelle.


Daubenton s’est également intéressé à l’élevage et notamment à l’amélioration de la production de laine. En 1779, il a lu, à l’Académie royale des sciences, un Mémoire sur les laines de France comparées aux laines étrangères. En 1782, il publie, une Instruction pour les bergers et les propriétaires de troupeaux. Cet ouvrage épuisé, n’ayant pas assez de ressources pour le faire réimprimer, il eut l’idée, en l’an II, d’en publier un extrait, en petit in-12, à moindre prix, dont il a fait hommage, en floréal, au Comité d’instruction publique (Collection de documents inédits sur l’histoire de France, année 1901, tome 68). Quelques années plus tôt, il a introduit en France une race de moutons espagnols : les mérinos, et publié plusieurs ouvrages sur la manière d’élever ces animaux. Ceci lui permettra de solliciter, comme « berger », un certificat de civisme, plus facile à obtenir que comme « directeur du Muséum national », pendant la Terreur.
 

1786

MÉRINOS DE LA BERGERIE DE RAMBOUILLET

La bergerie de Rambouillet et les Mérinos, par Léon BERNARDIN ancien directeur. Paris 1890. 136 pages.
Extrait p. 2-3


Les mérinos espagnols, alors en grande réputation, qui déjà avaient attiré l'attention de plusieurs contrées d'Europe, ne pouvaient être oubliées.
M. d'Angivillier, intendant général du domaine de Rambouillet, consulta Daubenton et Tessier à leur sujet, et sur l'avis de ces deux hommes de science et d'expérience, il fit demander par Louis XVI, à son parent le roi d'Espagne, la liberté d'importer des cavagnes ou bergeries si renommées de son pays, un troupeau de bêtes à laine superfine.
Cette demande fut très favorablement accueillie, et le 15 juin 1786 un troupeau était réuni aux environs de Ségovie et partait pour la France sous la conduite de bergers espagnols.
En se mettant en marche, ce troupeau comprenait 383 têtes dont : 334 brebis, 42 béliers et 7 moutons conducteurs.
Ces bêtes provenaient des cavagnes suivantes, toutes de races léonaises :

Pérales : 58 têtes
Perella : 50
Paular : 48
Negressi : 42
Escurial : 41
Alcola : 37
San Juan : 37
Portago : 33
Iranda : 20
Salazar : 17

Dix-sept moururent durant le voyage. Au dire de M. Bourgeois père, placé à la tête de l'établissement rural le 14 août, à l'arrivée à Rambouillet le 12 octobre 1786, il ne restait plus que 366 têtes dont : 318 brebis, 41 béliers et les 7 moutons conducteurs. etc.
Tout tend donc à prouver que la première importation de mérinos faite à Rambouillet, la seule qui à vrai dire ait constitué le troupeau se composait réellement d'animaux d'élite.
 

 

1786

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, publiés par la Société Royale d'Agriculture de Paris. Année 1786. Trimestre d'hiver.
p. 25-35
Mémoire sur l'amélioration des troupeaux dans la Généralité de Paris et dans les autres provinces de France, par M. DAUBENTON.
Lu à la séance publique du 30 mars 1786.


Il est rare qu'une amélioration rurale puisse se faire sans dépense ; mais il arrive toujours que le produit est plus ou moins grand, suivant les circonstances où l'on se trouve. L'amélioration que je propose depuis longtemps sur les troupeaux de bêtes à laine, est une épargne au-lieu d'une dépense dans toutes les Provinces de France, et son produit sera plus grand dans la Généralité de Paris que dans les autres, à cause du voisinage de la capitale du Royaume.
J'ai 17 ans (1769) d'expérience qui prouvent que des troupeaux tenus en plein air jour et nuit sans aucun abri, dans toutes les saisons de l'année, ont été plus forts et plus vigoureux que ceux qui étaient dans des étables. Cette expérience n'a pas été faite dans la partie méridionale de la France, mais au milieu du Royaume, près de de la ville de Montbard en Bourgogne, où mes troupeaux ont éprouvé le 20 janvier 1776 à 5 h 30 du matin 18° de froid au thermomètre de Réaumur, et 15 ° le 4 janvier dernier (1786), sans en avoir ressenti aucun mal réel ; au contraire, ils ont toujours eu une meilleure santé que ceux du voisinage de ma bergerie, qui étaient renfermés dans des étables. Cette différence dans la santé est la preuve d'une bonne amélioration qui se fait avec épargne, puisqu'on est dispensé de la construction d'étables et de leur entretien.
Si l'on profite de ce bon état des troupeaux pour relever leur taille, pour rendre la laine plus abondante, et pour en perfectionner la qualité, on augmentera le produit du troupeau relativement à ces trois objets, et l'on y parviendra par un seul moyen.
Ce moyen est peu dispendieux en comparaison du profit que l'on en tirera très promptement ; il suffit, comme je l'ai proposé dans plusieurs mémoires, de se procurer un bélier qui soit de plus forte taille que les brebis du troupeau que l'on veut améliorer, et dont la laine soit de meilleure qualité et en plus grande quantité. Si l'on choisit ce bélier dans le canton où l'on se trouve, ou à quelques lieues de distance, il ne sera pas beaucoup plus cher que celui qu'il remplacera. Le surplus du prix rentrera au double dès la première année par la vente de sa toison, et celles d'une trentaine d'agneaux qu'il produira, et par la valeur de ces agneaux, si l'on juge à propos de les vendre, car tous ces objets seront plus profitables qu'ils ne l'auraient été avec le bélier que l'on a rebuté. Mais si l'on compte le profit que l'on retirera dans les années suivantes, on le trouvera au double, au centuple de ce que pourrait coûter un bélier qui viendrait de Roussillon ou d'Espagne, ou de Flandre, ou d'Angleterre.
Ces profits toujours plus considérables dans la Généralité de Paris que dans les autres, à cause de l'immense consommation de toutes choses qui se fait dans cette grande ville, dont les richesses refluent de toutes parts, et en plus grande quantité dans les lieux qui en sont le plus près.
J'ai fait sur les toisons des observations qui peuvent être utiles pour les propriétaires des troupeaux dans tous le Royaume. On y distingue communément dans une toison trois sortes de laines par leurs différences de degré de finesse. La plus fine est nommée prime, c'est-à-dire, première laine ; on l'appelle aussi mère laine, parce que ses qualités surpassent celle des deux autres sortes de laine ; la seconde, moins fine que la prime, est plus fine que la troisième sorte de laine que l'on appelle tierce, et qui est d'une qualité inférieure à tout le reste.
La prime est autour du cou, sur le dos jusqu'à la croupe, sur le faut des épaules, des côtés du corps et des cuisses.
Dans toutes les toisons, l'on regarde comme seconde laine, celle qui est sur la croupe, sur le haut des cuisses, sur le bas et le côté du corps, et sur le ventre.
La laine tierce est sur le bas des épaules et des cuisses, sur les fesses, sur la queue et autour de son origine.
On évalue la seconde laine et la tierce à 1/5 de la toison, en comptant 1/20 pour la tierce, et près d'1/7 pour la seconde laine ; ainsi la prime serait le 4/5 de la toison : il y a même des gens qui n'en comptent que les 3/4 pour la prime.
Ces estimations peuvent être justes pour les toisons qui ne sont pas superfines ; mais elles sont fausses à plusieurs égards, pour les toisons superfines. J'ai observé avec grande attention la laine d'un bon bélier de race d'Espagne sur les différentes parties de son corps ; j'ai trouvé de la laine superfine sur tout le corps, excepté sur le bas de l'avant-bras et de la jambe proprement dits, sur les fesses et les parties moyennes et inférieures de la queue, et dans certains moutons sur le bord du fanon depuis la poitrine jusqu'au garrot.
En Espagne, on tond séparément la laine du ventre, et l'on en fait un second triage pour en mettre une partie avec la prime. J'ai observé que la laine du ventre était aussi fine que celle du dos, des côtés du corps, etc. Mais elle est plus sujette à être salie, parce que le mouton se couche sur le ventre ; c'est pourquoi les Espagnols lavent les laines avec grand soin ; ils emploient de l'eau tiède pour faire un premier lavage dans des baquets ; ensuite on jette la laine dans des ruisseaux bien clairs, où elle est encore lavée successivement dans trois retenues d'eau. C'est ainsi que les Espagnols rendent leurs laines parfaitement blanches, tandis que les nôtres ont en comparaison une teinte jaunâtre : nous ne les lavons pas à l'eau tiède, mais seulement dans des corbeilles en plein d'eau, ou sur le corps du mouton dans une rivière ou dans un étang. Comme les laines de ma bergerie n'ont été jusqu'à présent lavées que sur le corps du mouton, et qu'elles n'ont pas été triées, M. de Cretot, manufacturier à Louviers, M. Oger, Directeur de la manufacture des Gobelins, les ont trouvées après le dégrais un peu moins blanches que les laines Léonnaises impériales, qui sont les plus belles primes d'Espagne, mais elles sont devenues très blanches à la foulerie. Ces observations prouvent la nécessité de laver nos laines avec autant de soin que le font les Espagnols.
Nous devons aussi être très attentifs à tenir la laine propre sur le corps du mouton, et à ne la tondre qu'au temps de sa maturité. Les anciens agriculteurs prenaient à ce sujet des précautions singulières. Feu M. Grofley, de l'Académie Royale des Inscriptions, m'a écrit peu de temps avant sa mort, une lettre où il rapporte des passages de Columelle, de Varon, d'AElien, de Pline, d'Horace et de leurs commentateurs, qui ne permettent pas de douter que les Tarentins et les Mégariens n’aient couvert leurs moutons avec des peaux qu'ils faisaient venir d'Arabie. On donnait à ce moutons la dénomination d'Oves pellitoe. On le couvrait ainsi, suivant Varon, pour empêcher que leur laine ne se gâtât, et qu'elle ne fût dans le cas de ne pouvoir pas être bien nettoyée, bien lavée et bien teinte. La laines de Tarente et de l'Attique, étaient les plus belles que l'on connût alors.
Les Romains donnaient dans un grand luxe, et avaient beaucoup d'esclaves ; la soie leur manquait ; il n'est pas surprenant qu'ils employassent des moyens très recherchés pour avoir les laines dont on faisait des robes de Sénateurs, de Consuls et d'Empereurs. Nous ne savons pas ce que nous ferions nous-mêmes, pour nous procurer de très belles laines, si nous n'avions point de soie pour nos vêtements.
L'on ne peut prévoir ce que deviendrait la laine d'un mouton, si elle était continuellement couverte sur le corps de cet animal par une peau. Il y a des gens qui mettent sur des chevaux de prix une couverture de toile blanche de lessive, et pardessus une couverture de laine que l'on ôte le soir ; le cheval couche avec sa couverture de toile, que l'on est obligé de changer chaque jour, parce qu'elle se salit pendant la nuit. On prétend que ces couvertures maintiennent le poil du cheval, lisse et uni, et qu'elles contribuent à la bonne santé de l'animal, en le préservant de la poussière qui boucherait les pores de la peau, et ralentirait la transpiration.
Quelques auteurs modernes ont cru que les anciens habitants de Tarent et de l'Attique, ne couvraient leurs moutons que pour empêcher qu'ils ne perdissent leur laine en passant dans des broussailles : cette précaution marquerait que l'on attendait pour tondre la laine, le temps de la parfaite maturité.
Quoi qu'il en soit, l'autorité de Varon mérite assez de confiance pour que l'on fasse l'expérience des moutons couverts : je la tenterai sur quelques-uns dans ma bergerie, qui est vouée depuis longtemps aux expériences sur les troupeaux. C'est au moins un objet de curiosité.
Il y en a un plus important sur lequel les fermiers ont une prévention bien mal fondée. Ils croient que le fumier des tables leur est plus utile que ne le serait le parcage des moutons dans les champs, et le fumier qui se ferait dans le parc domestique en plein air : ils sont dans une erreur très nuisible à leurs intérêts. Pour se détromper par leurs propres observations, je ne leur demande que de faire de petits essais sur ces deux objets ; c'est le moyen le plus facile, le plus sûr et le moins dispendieux pour se déterminer sur différentes pratiques d'agriculture : si l'on trouve de la difficulté à faire des essais par soi-même, il faut consulter les fermiers qui font parquer leurs terres. Ils diront qu'ayant une fois connu les bons effets du parcage, ils ont fait le plus grand cas de cette pratique.
Quant à la différence qui est entre les fumiers des étables et ceux qui se font en plein air dans un parc domestique, il y a 30 ans (1756) que la comparaison en a été faite par M. Dailly à la ferme du Trou-d'Enfer, dans la forêt de Marly. Cet habile fermier tenait ses moutons sans abri dans la cour de sa ferme ; il y reconnut bientôt que leur fumier fait en plein air, produisait plus d'effet sue les terres pour les fertiliser, que fumier renfermé dans des étables, où il est sujet à s'échauffer, au point de perdre sa propriété fécondante en prenant une couleur blanche.
Par les moyens d'amélioration que je propose pour les troupeaux, les fermiers auront non seulement de meilleurs fumiers dans une quantité proportionnée à leurs pailles, et des récoltes que le parcage rendra plus abondantes, mais ils auront aussi de meilleures laines. Celles de ma bergerie et celles d'un petit troupeau qui est venu de ma bergerie à l'Ecole Royale Vétérinaire, se sont vendues au prix des laines d'Espagne : les draps qui en ont été faits dans plusieurs manufactures, sont aussi beaux que les draps des plus belles laines d'Espagne, comme il est bien prouvé par les observations que M. Crétot, manufacturier à Louviers, a faites en fabriquant un drap avec la laine de ma bergerie, et en le comparant à un drap qu'il fabriquait en même temps avec la plus belle laine d'Espagne, qui est la Léonnaise Impériale.
Que faut-il donc faire pour se procurer tous ces avantages ? Il suffit de mettre de bons béliers dans les troupeaux.
L'amélioration des laines sera proportionnée à la qualité des béliers, et par conséquent au prix qu'ils auront coûté. Si on les prend dans le voisinage, ils coûteront peu, mais l'amélioration qu'ils produiront sera médiocre. Si on les fait venir de Roussillon pour avoir des laines superfines, ou de Flandre pour avoir des laines longues, ils seront plus chers, mais l'amélioration sera plus profitable. Si l'on tire des troupeaux entiers de béliers et de brebis du Roussillon ou d'Espagne, de Flandre ou d'Angleterre, on aura lieu d'espérer un plus grand profit, mais il y aura plus de risques à courir, et il en coûtera beaucoup. J'ai proposé tous ces différents moyens dans l'instruction que j'ai publié pour les bergers et pour les propriétaires de troupeaux. En agriculture, les entreprises qui ont des améliorations pour objet, doivent être combinées de manière que l'une ne nuise pas aux autres, par rapport à l'argent dont on peut disposer ; c'est ce qui m'a déterminé à présenter l'amélioration des troupeaux à différents prix, afin que l'on pût choisir les moyens les plus convenables à sa fortune ou à ses intentions.
M. l'Intendant de Paris se propose de procurer de bons béliers aux habitants de sa Généralité, que ne pourraient faire aucune dépense pour améliorer leurs petits troupeaux. "La sagesse et la bienfaisance du Roi lui ayant inspiré d'ordonner que les secours qu'il est dans l'usage d'accorder à la partie malheureuse de ses peuples, lui seraient donnés, autant que possible, en nature, plutôt qu'en argent", M. Bertier a déjà rempli les intentions de Sa Majesté, en faisant acheter un nombre considérable de vaches qui ont été distribuées aux familles pauvres de la Généralité de Paris. Dans les mêmes vues et pour le même emploi, M. Bertier fera venir du Roussillon et de Flandre un nombre de béliers qui seront placés dans les Troupeaux des Communautés de sa Généralité, et chez des fermiers qui auront donné des preuves de leur intelligence et de leur zèle pour l'amélioration des troupeaux. Les béliers de Roussillon seront mis dans les cantons où le terrain maigre et sec produit l'herbe convenable aux moutons à laine superfine. Les béliers de Flandre seront distribués dans les plaines dont le terrain fertile produit des pâturages assez abondants pour les moutons de haute taille qui portent des laines longues. Par ces moyens et par toutes les précautions nécessaires que prendra M. Bertier pour en assurer le produit dans les troupeaux, on aura des laines superfines et des laines longues pour suppléer celles que nous tirons de l'Etranger. Les gens qui n'ont que de petits troupeaux, les amélioreront sans être obligés d'avoir d'autres béliers que ceux du troupeau général de leu Communauté, et de cette manière, ils participeront aux secours apportés par le Roi, en ce qu'ils auront des agneaux plus gros, des moutons plus grands qui se vendront plus cher ; les toisons seront plus pesantes et de meilleure qualité, et par conséquent d'un plus grand prix.

1791

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Trimestre d'automne 1791.
p. xij (12)
La Société avait annoncé qu'elle distribuerait dans cette assemblée (Séance publique le 28 décembre 1791, dans la salle où se faisaient les examens de la Sorbonne), des Médailles d'or aux personnes qui se seraient distinguées par l'emploi de quelque procédé nouveau ou peu connu, ou qui auraient concouru de manière efficace, aux progrès de l'Agriculture, et au bien-être des cultivateurs ; ces prix ont été décernés, savoir :
p. xx-xxj (20-21)

À M. François Delporte, Correspondant de la Société, cultivateur à Pernes, district de Boulogne, département du Pas-de-Calais ; M. Delporte élève avec succès, depuis plus de quinze ans (1775), un troupeau considérable de bêtes à laine qu'il a tirées d'Angleterre ; il suit à cet égard la méthode des meilleurs cultivateurs Anglais, et fournit ainsi à nos cultivateurs un grand exemple de l'agriculture la plus perfectionnée. Il a répandu dans plus départements du Royaume cette espèce de brebis dont la toison égale en qualité les belles laines d'Angleterre qui servent à faire des étoffes rares.

À M. E. P. Chemilly, résidant à Bourneville, près de Ferté-Milon, département de l'Oise ; M. Chemilly s'est procuré, à diverses reprises, d'Angleterre, des bêtes à laine longue ; il les a alliées avec des brebis d'Espagne, et a formé ainsi une race de moutons qui donnent des toisons de la plus belle qualité. Il possède actuellement deux troupeaux composés chacun de plus de 500 de ces animaux. Il a aussi retiré d'Angleterre des vaches et des taureaux d'espèces choisies, et qui se maintiennent dans le meilleur état en leur donnant même une nourriture moins abondante qu'aux bêtes à cornes des autres races. Il est parvenu de cette manière à relever l'espèce de ces animaux dans le canton qu'il habite ; il a fait le premier, avec succès, des élèves de chevaux dans son canton, et son exemple a déjà été suivi avec succès par un de ses fermiers, qui n'emploie plus ses terres qu'avec de chevaux qu'il a lui-même élevés. Il a introduit dans son canton la culture de diverses productions qui servent en hiver à la nourriture des bestiaux, et a surtout cultivé en grand et dans cette vue, les carottes. M. Chemilly a planté dans ses possessions environ 40 000 pieds d'arbres, et a fait sur cette branche importante de l'économie rurale des observations précieuses. Il est ainsi parvenu à rendre productives des terres qui n'avaient auparavant aucune valeur ; il a passé double bail à ses fermiers, et est parvenu à les engager efficacement à donner tout l'effort à leur industrie ; il a entretenu à ses frais, à l'Ecole Vétérinaire, un élève, et l'a établi ensuite dans son canton ; il fait encore actuellement la moitié des frais de l'éducation d'un autre élève vétérinaire. M. Chemilly, a reçu, depuis la Révolution (1789), une marque non équivoque de la bienveillance de tous ses concitoyens, ses culture très variées, ses plantations nombreuses, enfin ses possessions très étendues ont été respectées dans les temps même les plus critiques.
 

1791

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Année 1791. Trimestre d'automne.
Discours prononcé à la séance publique de la Société royale d'agriculture, le 28 décembre 1791 par M. BROUSSONNET, secrétaire perpétuel.
Extrait : p. 28-31

L'amélioration des laines a fixé depuis longtemps l'attention de la Société. Elle a présenté l'année dernière, à l'Assemblée nationale constituante, ses vues sur cet objet important. Personne n'ignore que cette matière première exige, tous les ans, une exportation de près de 30 millions de notre numéraire. Plusieurs agriculteurs se sont occupés, avec beaucoup de succès, de la multiplication des moutons à laine superfine ; M. Cretté, l'un des membres de cette Société, lui a présenté un drap de la plus belle qualité, fait avec des toisons d'un troupeau qu'il a élevé dans les environs de Paris. Un grand nombre d'expériences du même genre et non moins heureuses justifient tous les jours ce que M. Daubenton, qui, mieux que personne, a prouvé que rien n'est impossible à une savante industrie, n'a cessé de publier depuis plus de 25 ans (1765) sur la possibilité d'élever avec succès dans nos climats, les brebis à laine superfine de race espagnole. Le temps s'approche où la France sera affranchie du tribut qu'elle payait pour ses laines, aux autres Nations ; et tandis que leurs chefs s'agitent pour nous faire remettre sous le joug, nous les mettons eux-mêmes sous celui de notre industrie. Quelques faibles encouragements suffiront pour rendre à nos laines leur ancienne supériorité. Columelle dit expressément que les Romains, qui se servaient, comme chacun sait, d'étoffes très fines de laine, tiraient les plus belles productions de ce genre des Gaules. Un historien du XIIIe siècle observe, en parlant du commerce de Palerme, qu'il y avait dans cette ville une rue destinée pour la vente des étoffes précieuses, parmi lesquelles il compte celles qui avaient été fabriquées avec des laines de France. Dans le XVe siècle il fut fait à Châteauroux, sur la fabrication des draps, des règlements pour empêcher d'employer des graines grossières, de peur, est-il dit, d'écarter les marchands Italiens et Allemands qui venaient en grand nombre se pourvoir en draps du Berry. Philippe-le-Bel défendit l'exportation des laines hors du Royaume ; ce qui prouvent qu'elles avaient quelque valeur. Il est donc évident que nos laines étaient anciennement recherchées ; et quel avantage n'avons-nous pas pour leur redonner leur qualité primitive, nos aïeux étaient serfs et nous sommes libres. Les entreprises des propriétaires ont été encouragées par le haut prix des laines que nous tirons d'Espagne, qui après avoir perdu dans un engourdissement fatal, la supériorité qu'elle avait jadis à tant d'égards, sur les autres nations, la perdra sur ce point encore, à moins qu'à notre exemple, ce peuple soumis mais fier, ne déchire lui-même le bandeau dont une longue suite de despotes a couvert ses yeux.
La France paie non-seulement un tribut à l'Espagne, pour les laines propres à la fabrication des draps superfins, mais elle est de plus en plus tributaire de l'Angleterre et de la Hollande pour les laines longues propres à faire des étoffes rases. Il nous sera facile encore de nous délivrer de ce tribut, rappelons-nous seulement que les peuples de ces contrées étaient libres et que c'est nous actuellement qui le sommes. La liberté est comme une mère tendre, elle aime tous ses enfants, fussent-ils ingrats ; mais lorsque des enfants plus reconnaissants succèdent aux premiers, elle se venge par une grande tendresse pour ceux-ci, de l'ingratitude des autres. Qu'il ne soit désormais plus permis d'y mettre aucun obstacle et je réponds de l'industrie française.
Déjà plusieurs cultivateurs, plusieurs membres de la Société, se sont appliqués à multiplier les brebis à laine longue, qu'ils se sont procurées de la Grande-Bretagne. Il me suffit de citer M. Delporte, l'un des agriculteurs français qui a le mieux réussi dans ces sortes d'essais, et qui possède déjà plus de 1 000 animaux dont la laine atteint la qualité de celle d'Angleterre. Il en a fait venir cette année plus de 200 à Paris, pour les soumettre à l'inspection de la Société, qui a fait fabriquer avec leurs toisons des étoffes bien supérieures à celle qui se font ordinairement avec nos laines de la même espèce. La Compagnie, forte de ces expériences, a publié un mémoire sur l'éducation des bêtes à laine longue, et sur les moyens d'en améliorer les races. Ce mémoire, où la méthode anglaise est soigneusement indiquée, a été distribué par la Compagnie parmi les agriculteurs.
 

1795

Mémoires d'agriculture d'économie rurale et domestique, publiés par la Société d'Agriculture du Département de la Seine. Tome I. Paris, an IX, 1799.
Mémoire sur le nombre présumé des bêtes à laine en France. Par le C. DELONG. (Citoyen DELONG)


Extrait :
p. 175-176
Il existe un dénombrement de toutes les bêtes à laine de la République (c'est-à-dire les 88 départements qui la composaient alors. C'était avant la réunion de la Belgique, et des provinces Germaniques en deçà du Rhin). Il fut fait en 1795 et 1796 par ordre de la Convention nationale, sur la demande de la Commission d'Agriculture. La totalité ne se porte qu'à environ 25 000 000 (24 307 728 ; mais les départements de Corse et celui des Pyrénées orientales n'y sont pas compris). Je ne partage l'opinion d'un excellent Citoyen (Jean-Baptiste Rougier-Labergerie 1757-1836, qui a imprimé ce dénombrement détaillé, dans un Essai Philosophique et Politique sur le Commerce et la Paix ; ouvrage qui fait autant d'honneur à son cœur qu'à ses lumières.) qui dit : "que cet état fera éprouver au lecteur une douce satisfaction sur les immenses ressources que la France peut retirer par cette seule branche de l'économie rurale". J'avoue que je ne partagerais point cette satisfaction, si nos ressources étaient seulement telles qu'elles sont énoncées dans ce tableau ; et si je n'avais pas la certitude qu'elles soient bien supérieures dans le moment actuel, et susceptibles d'être extrêmement augmentées. Et ce qui me console de notre pénurie actuelle, c'est que je suis également convaincu que les travaux, les exhortations, les exemples, surtout les exemples des Membres de la nouvelle Société d'Agriculture, de ses Correspondants, et d'une foule de Cultivateurs, auront bientôt fait monter les ressources au degré d'étendue qui appartient à notre territoire. Comment supposer, en effet, qu'un Etat qui renferme plus de 140 000 000 d'arpents (135 000 000, suivant le Tableau imprimé dans le Dictionnaire Graphique de la France, par le C. Pinteville-Cernot, en 1792. J'en mets cinq de plus pour les départements de Vaucluse, Mont-Blanc, Alpes-Maritimes et Mont-Terrible, qui ont été réunis à cette époque.) (environ 70 000 000 ha), qui généralement nourrit peu de chevaux et de bœufs, dont le sol est propre partout aux bêtes à laine, et, en plusieurs parties, impropre à tout autre bétail, ne nourrit qu'un mouton su 5,5 arpents (1 mouton sur 2,75 ha ; il y en avait 1 mouton sur 2,39 ha en 1892). Mais il ne suffit pas d'attaquer ce tableau par des assertion vagues ; si nous ne pouvons pas en démontrer l'inexactitude par des pièces justificatives, il est au moins facile de leur opposer quelques faits positifs, dont la réunion pourra l'infirmer, et affaiblit l'impression douloureuse qu'il a dû cause à tous ceux qui s'occupent avec un vif intérêt de l'économie politique et rurale de la République. Le C. Labergerie (Citoyen Labergerie) pense que la terreur qui régnait encore, lorsque ce tableau a été fait, a pu seule déterminer les propriétaires à faire connaître l'état de leurs bestiaux ; mais je lui opposerai le département de toute la République qui a été le plus tourmenté par le régime révolutionnaire, celui des Bouches-du-Rhône. Il ne contient, suivant le dénombrement ; que 302 094 bêtes à laine. Je ferai observer d'abord que la seule commune d'Arles en contient plus de 300 000, suivant le rapport du C. Michel. Etc…
 

1969

ROCHE Daniel. André J. Bourde*, Agronomie et agronomes en France au XVIIIe siècle, 1967. In: Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 16 n° 4, Octobre-décembre 1969. pp. 672-677 ;
https://www/persee.fr/doc/erhmc_0048-8003_1969_num_16_4_3060

p. 676
Le labourage n'y est plus seul, une attention particulière est donnée aux problèmes de l'élevage avec l'analyse des travaux de Carlier, de Daubenton, de Tessier et l'examen des grands vétérinaires et hippiatres.
....
un autre chapitre fait le point sur la question des animaux domestiques et esquisse largement l'histoire de la naissance d'une zootechnie scientifique (une attention toute particulière est accordée aux bêtes à laine),

*Thèse : André J. BOURDE, Agronomie et agronomes en France au XVIIIe siècle. Paris, S.E.V.P.E.N., 1967, 3 vol. in-8° 595 p. + 594 p. + 547 p.

1795-1815 (Directoire, Consulat, Empire)

La mérinisation en France

"LA FERME DES ANIMAUX" OU L'INVENTION D'UNE POLITIQUE DE L'ANIMAL UTILE SOUS LE CONSULAT
Laurent Brassart
Armand Colin | "Annales historiques de la Révolution française"
2014/3 n° 377 | pages 175 à 196
https://www.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2014-3-page-175.htm

Résumé
Avec l'accès de l'élite des agronomes à des fonctions politiques majeures sous le Consulat, l'Etat a défini une politique volontariste de l'animal utile. Centrée sur les ovins et les équidés, dans une moindre mesure les bovidés, cette politique s'est fixée pour objectif la régénération des races françaises. Un plan d'importation d'animaux en provenance des pays occupés ou vaincus a été mis en oeuvre. Des fermes nationales ont été créées pour perfectionner ces races et organiser les croisements avec les troupeaux indigènes. Néanmoins, à la chute de l'Empire, les résultats seront décevants. Les hésitations scientifiques, l'adhésion mesurée des notables au projet, en plus des circonstances politiques et économiques, expliquent cet état de fait.

NDLR : Article très intéressant, excellente analyse.

 

L'ECOLE D'ALFORT, LES BÊTES A LAINE ET LE PERFECTIONNEMENT DES ARTS ECONOMIQUES
De la fin du Directoire à l'Empire

Malik Mellah
Association d'histoire des sociétés rurales | "Histoire & Sociétés Rurales"
2015/1 Vol. 43 | pages 73 à 101
https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2015-1-page-73.htm

Résumé
Les transformations pédagogiques, scientifiques et institutionnelles qui affectent l'Ecole vétérinaire d'Alfort dans les premières années du XIXe siècle se rapportent à une véritable économie politique. L'installation d'un troupeau d'expérience de bêtes à laine, l'instauration d'écoles destinées aux bergers puis aux agriculteurs ainsi que la multiplication des travaux sur la vaccine se rattachent à une pensée affermie par le coup d'Etat du 18 Brumaire qui veut dynamiser l'économie nationale en modernisant l'agriculture et en promouvant une élite sociale des campagnes.

PORTRAIT DU BERGER EN FIGURE RÉPUBLICAINE OU COMMENT FAIRE ENTRER L'ANIMAL DOMESTIQUE EN RÉVOLUTION
Malik Mellah
Armand Colin | "Annales historiques de la Révolution française"
2013/4 n° 374 | pages 85 à 110
https://www.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-révolution-francaise-2013-4-page-85.htm

Résumé
Entre la fin de l'Ancien Régime et l'Empire, l'école vétérinaire d'Alfort, ouverte en 1766, fut un des centres les plus importants d'un long travail d'amélioration des bêtes à laine en France. Si la création de l'institution répondit d'abord à une volonté de lutter contre les épizooties et à un effort en vue de fournir de bons chevaux, les moutons devinrent rapidement l'objet d'une attention particulière. Quelques vétérinaires d'Alfort se saisirent de ces préoccupations pour s'insérer dans les cadres scientifiques et nourrit l'image d'un berger savant. Dans les premières années de la monarchie, ces bergers participèrent au côté des naturalistes parisiens, d'un discours de régénération de la société. Au tournant de l'an III (1795), leur oeuvre fut mise au service d'un projet républicain de stabilisation du pays. A partir du Consulat, l'Ecole d'Alfort fut prise dans une dynamique nouvelle, industrielle, de création d'un animal de rente.

1796

Mérinos de Naz

Journal d'agriculture, lettres et arts, rédigé par des membres de la Société d'agriculture et d'émulation du département de l'Ain. XIe année de souscription. A Bourg-en-Bresse, 1821
p. 241-251


Notice sur le troupeau de mérinos de Naz, dans le pays de Gex, département de l'Ain, appartenant à l'Association Girod neveux, Perrault et Montanier, lue à la Société départementale d'agriculture, le 25 juillet 1821.

Troupeau de mérinos de MM. Girod, Perrault et Montanier...
Le troupeau tire son origine de celui de M. Girod de l'Épeneux, et lui est maintenant réuni pour les ventes. Ce propriétaire éclairé et plein de zèle, est allé lui-même, il y a environ 25 ans (vers 1796), choisir en Espagne le noyau du troupeau actuel parmi un choix de bêtes léonaises…..
M. Perrault de Jotemps, chargé de la principale direction du troupeau, a réuni depuis deux ans (1818) des échantillons (de laine) pris dans les troupeaux les plus en réputation en France et ailleurs ; et il résulte de comparaisons faites avec soin, que la laine du troupeau de l'Association l'emporte de beaucoup sur les laines les plus fines du commerce ; sur celles d'Espagne dont le mauvais lavage et des circonstances défavorables altèrent la beauté ; sur celles de Saxe, dont le commerce donne des prix très élevés ; sur celles du troupeau dont la laine a eu le prix à l'exposition du Louvre, exposition à laquelle le troupeau de l'Association n'a pas concouru ; sur celles de Perpignan et de Rambouillet ; et enfin, sur celles d'une vingtaine d'autres troupeaux des amateurs les plus connus en France et hors de France…..
Avant 1819, les laines du troupeau de Naz se vendaient quelques sous par livre au-dessus du cours des laines superfines...
Cette année (1821), elles ont été vendues un prix remarquablement supérieur à celui de Rambouillet...
Pendant qu'en France on s'égare, comme nous l'avons précédemment dit, dans une fausse route, en Allemagne, en Hongrie, en Russie, en Pologne, une foule de grands propriétaires ont introduit dans leurs propriétés l'éducation en grand des mérinos ; presque tous ont embrassé le système d'éducation qu M. Girod et l'Association qui marche avec lui....
Le troupeau entier de Naz s'élève maintenant à environ 1 400 bêtes ; il est réparti en quatre bergeries. M. Girod, oncle, premier créateur de l'amélioration, en a sur ce nombre encore 350, qui ont une identité parfaite avec les autres individus qui en tirent leur origine, et dont les ventes sont faites par l'Association.
M. Montanier en dirige environ 700, près Châtillon-de-Michaille, dans une très belle propriété dont il a beaucoup accru les produits par des changement heureux de culture, et par les engrais que lui fournit le troupeau. Le reste se trouve placé dans deux autres bergeries de deux domaines près de Gex, au pied même de la montagne, où ils trouvent leur pâturage.
Les individus de cette race perfectionné sont...
Un lot de brebis portières a été tenu en expérience (alimentation) pendant les hivers 1818, 1819 et 1820....

Extrait d'une lettre de Genève - Juillet 1821.
M. Naville-Boissier, gendre de M. le professeur Boissier, a fait dernièrement en Autriche et en Hongrie un voyage, un voyage dont l'unique but était de juger par lui-même de la position de ces pays, sous le rapport de l'éducation des mérinos.... Il a principalement admiré les immenses établissements du prince d'Estherhazy …..
Ce grand seigneur hongrois a supprimé la presque totalité de ses haras, pour les remplacer par des bergeries. Il possède des troupeaux qui montent à plus 172 000 bêtes, renfermées dans environ 150 bergeries... La plupart des seigneurs de Hongrie imitent l'exemple du prince d'Estherhazy, et trouvent dans ce genre d'industrie agricole, un accroissement remarquable pour le revenu de leurs terres ; voilà une impulsion bien prononcée dans cette partie de l'Allemagne : la Pologne et la Russie ne paraissent pas vouloir rester en arrière.
M. Naville, dont les connaissances en mérinos sont extrêmement étendues, a pu apprécier à leur juste valeur les différents systèmes suivis jusqu'à ce jour pour l'éducation de ces intéressants animaux, et a été frappé des progrès que les Allemands on fait dans cette partir. Il n'est point partisan du système de Rambouillet, et il y voit la ruine plus ou moins prochaine de l'industrie du mérinos en France. Le principe que la taille exclut la finesse, est tellement reconnu aujourd'hui en Allemagne, que dans le commerce il a frappé les grandes formes comme d'une espèce de réprobation.
 

1799

ADIL cote 7M242
Ministère de l'Intérieur.
Avis aux cultivateurs et propriétaires de troupeaux sur l'amélioration des laines.
Le Ministre de l'Intérieur, (François de Neufchâteau)
Prairial an VII (9 mai 1799)
16 pages

Extraits
p. 9
Il est aujourd'hui généralement reconnu, par tous ceux qui possèdent des individus de cette race [Mérinos], qu'ils donnent trois fois autant de laine que ceux de nos races communes, et que cette laine se vend trois fois plus cher ; il l'est également que, de l'alliance des béliers espagnols avec des brebis françaises, il résulte des productions qui, dès la première génération [F1], donnent des toisons un fois plus fortes, plus fines et plus chères que celles de leurs mères ; qu'à la troisième [Backcross 2], ou tout au plus à la quatrième génération [Backcross 3], ces productions ces productions ne peuvent plus être distinguées des père ; qu'enfin cette race pure ou métisse, améliorée au degré de pur, s'entretient tout aussi bien que les races françaises ; qu'elle est même délicate sur la qualité des pâturages; qu'elle prend aussi facilement l'engrais, et que sa chair est aussi délicate et aussi substantielle.

p. 14-16
Mode et conditions de la souscription.
1° Il sera ouvert une souscription pour les bêtes à laine importées d'Espagne en France, qui n'auront point été réservées pour les établissements nationaux.
2° Les soumissions seront adressées au commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du département des souscripteurs.
3° Ce commissaire inscrira sur un registre particulier, et par ordre de dates, les soumissions qu'il aura reçues, et il en donnera une reconnaissance dans laquelle sera indiquée la date de l'inscription.
4° Le prix de la souscription pour chaque bête, mâle ou femelle, sera de 50 francs.
5° La formule de la souscription sera celle-ci :
Je soussigné, propriétaire ou cultivateur à ...... commune de ..... canton de ..... département d ...... me soumets à prendre, dans le dépôt le plus voisin de mon domicile, la quantité de ..... béliers et de ...... brebis, faisant partie du convoi qui sera tiré d'Espagne, et à payer pour chaque bête, en la recevant, la somme de 50 francs.
6° Chaque soumissionnaire sera tenu de joindre à sa soumission un certificat de sa municipalité, attestant qu'il est réellement propriétaire ou cultivateur, et que ce n'est pas pour en faire commerce qu'il se propose d'acquérir des bêtes à laine de race d'Espagne.
7° On pourra souscrire, si on le veut, pour un seul bélier et une seule brebis.
8° Les soumissionnaires les premiers inscrits auront le choix des bêtes disponibles ; et pour cet effet, ils remettront leur reconnaissance à l'agent qui sera chargé par le Gouvernement d'en faire la distribution.
9° Les noms des soumissionnaires seront, à cet effet, rangés par ordre de dates.
10° La souscription sera fermée le 15 thermidor prochain [22 juillet 1799].
11° Les commissaires du Directoire exécutif qui auront reçu des soumissions, en adresseront de suite l'état au Ministre de l'intérieur.
12° Si le nombre des animaux pour lesquels on aura souscrit, excède celui des bêtes importées, les soumissions les premières en date seront d'abord remplies ; les autres seront ajournées jusqu'à l'arrivée d'un nouveau convoi, et conserveront la date de leur inscription dans le nouveau tableau des souscripteurs.
13° Dans la supposition où les soumissions n'embrasseraient pas la totalité des bêtes disponibles, celles qui resteront seront vendues à la chaleur des enchères, dont la première ne pourra être moindre de 50 francs.
14° Les citoyens qui n'auront pas souscrit avant le 15 thermidor, ne pourront s'en procurer que par cette voie.
15° Les bêtes à laine seront vendues individuellement.
16° L'agent chargé par le Gouvernement de présider à cette vente, pourra faire faire dans un seul ou dans plusieurs départements, selon qu'il le jugera plus convenable aux intérêts de l'amélioration.
17° Le jour de la vente, ainsi que celui de la distribution des animaux soumissionnés, seront indiqués par des affiches et des avis adressés à tous les intéressés.

Nota. Il importe essentiellement que les propriétaires de troupeaux, qui y introduiront des béliers espagnols, s'en procurent en assez grand nombre pour pouvoir proscrire tous les béliers communs. Sans cette précaution, ils verraient bientôt les productions des béliers espagnols fécondés par des béliers dégradés, et perdraient le fruit des sacrifices qu'ils auraient faits pour l'amélioration de leurs laines.


Le Ministre de l'intérieur,
François (de Neufchâteau).
A Paris, le l'imprimerie de la République.
Prairial an 7 [20 mai 1799]

1799

Troupeau de bêtes à laine de race pure d'Espagne, du Citoyen CHANORIER, Membre associé de l'Institut national, à Croissy-sur-Seine, près Chatou, département de Seine-et-Oise. 
p. 1-8.
Il y a environ 15 ans (1786), que le Citoyen Chanorier commença, dans sa propriété de Croissy-sur-Seine, l'établissement d'un troupeau de pure race d'Espagne : il fit alors l'acquisition de 20 animaux, que l'intendant des finances Trudaine avait fait venir des environs de Ségovie. Depuis ce temps, le Gouvernement ayant obtenu de l'Espagne l'extraction du superbe troupeau qui a été placé à Rambouillet, il en fut accordé, à différentes époques, deux lots au Citoyen Chanorier. Alors l'établissement de Croissy reçut un tel accroissement, qu'il est devenu la source de beaucoup d'autres, formés avec des élèves et d'après les principes de ce cultivateur.
Le troupeau de Croissy est composé d'environ 350 animaux de pure race, et chaque année il augmente de plus de 100 élèves, ce qui donne au propriétaire la facilité d'en vendre le même nombre. Le terrain, extrêmement léger de ce canton, est tellement favorable aux bêtes à laine, que l'espèce d'Espagne, sans y avoir rien perdu de sa finesse primitive, s'est élevée, et donne des toisons beaucoup plus fortes. Les béliers de deux ans produisent environ 4,4 kg (9 livres) de laine en suint ; c'est-à-dire, sans être lavée ; plus âgés, 5,87 kg (12 livres), et souvent davantage ; tandis que les bêtes à laine des environs de Paris, ont des toisons qui ne pèsent que la moitié de celles d'Espagne, et dont la laine se vend un tiers de moins.
Le Citoyen Chanonier, n'a jamais vendu de laine de son troupeau au-dessous de 1,40 fr en suint, ce qui correspond à 4,50 francs lavée, parce que les toisons d'Espagne sont très grasses et perdent au lavage près des 2/3 ; mais aussi il les a vendues jusqu'à 1,80 fr ; et l'année dernière, s'il les eût vendues 15 jours plus tard, il en eût tiré 2 fr la livre en suint, ce qui correspond à plus de 5 fr la livre lavée.
En rapprochant donc la différence qui se trouve dans la quantité et dans la valeur de la laine, entre les bêtes de race pure d'Espagne et celles des environs de Paris, on voit qu'un animal espagnol pur, rend au moins 15 fr, tandis que le français rend au plus 2,50 fr ; et cela, par la laine seule, sans parler des agneaux qui sont d'un prix bien supérieur.
Ce rapprochement est trop frappant pour avoir de nouvelles observations.
Ce n'est qu'après une longue suite d'années, et en faisant de grands sacrifices, qu'un propriétaire peut se procurer un troupeau de race pure : il en existe très peu en France ; mais il est des moyens de s'assurer, à moins de frais, dès les premières années, des bénéfices considérables, en opérant une telle amélioration, que les laines se vendent la 6e année, un prix égal à celles d'Espagne. Il faut faire saillir des brebis de France ; et, si l'on peut, les plus fines du pays, par de beaux béliers de pure race d'Espagne ; il en résulte une espèce métisse assez fine, et plus chargée de laine que les mères ; enfin à la 4e génération on obtient des toisons tellement fines, que les plus habiles marchands ont de la peine à les distinguer de celles d'Espagne. En l'an V (1797), le Citoyen Meunier, maître de poste au Bourget, et cultivateur distingué, vendit ses laines métisses le même prix que celles des établissements de pure race de Rambouillet et de Croissy.
Il est cependant un avantage que n'ont jamais les mâles métis ; c'est celui de pouvoir, comme béliers, soutenir et régénérer les races, à l'exemple de ceux d'Espagne. Très certainement ces animaux produiront une amélioration, mais ils retarderont le raffinement des élèves des brebis déjà améliorées, au lieu de l'augmenter, tandis que les étalons purs ajouteront toujours de la finesse.
Il faut donc que le cultivateur, jaloux de rendre ses laines superfines, fasse châtrer, chaque année, tous les béliers métis, et qu'il jouisse ensuite de leurs toisons, qui se vendront toujours un bon prix, jusqu'au moment où il lui conviendra de les engraisser.
Le propriétaire qui veut former une belle amélioration, doit se procurer 200 brebis communes, de 3 ans ; il faut qu'il choisisse la laine la moins grosse, et, s'il le peut, sans tache, parce que les toisons blanches sont recherchées pour être employées écrues. Ce propriétaire, pour féconder ces 200 brebis de France, doit acquérir 8 beaux béliers de race, qui, n'ayant pas plus de 3 ans, pourront, pendant 5 ou 6 années, faire des montes avec succès ; il doit enfin, s'il n'est pas dans le voisinage d'un établissement pur, acheter un nombre égal de brebis de race, afin de pouvoir se procurer des élèves qui puissent remplacer les béliers, lorsque la maladie et la vieillesse viendront suspendre leurs travaux. Mais les cultivateurs qui se trouveront assez près d'un établissement de race pure, pour pouvoir y envoyer chercher de beaux béliers, obtiendront plus de succès que s'ils les prenaient chez eux.
Une précaution, fruit de l'expérience du C. Chanorier, et qu'il recommande à tous les cultivateurs qui se livreront à cette intéressant amélioration rurale, c'est de ne pas acheter des brebis françaises trop élevées ; il en vu de la Belgique, et d'autres d'une espèce aussi fortes, ne recevoir que très rarement, aux premières et secondes générations, le caractère qui distingue les races espagnoles, tandis que, lorsqu'elles sont moins fortes que les béliers auxquels on les allie, dès la première génération, les succès sont surprenants. Il est difficile d'assigner la cause de cet heureux résultat ; on en peut cependant conclure que l'animal régénérateur étant plus fort, les productions tiennent plus de son espèce. Cette remarque a été faite sur d'autres animaux. On se rappellera donc qu'il ne faut pas que les brebis françaises soient aussi fortes que les béliers espagnols auxquels on les allie ; il ne faudrait cependant pas qu'elles fussent trop faibles.
Les cultivateurs qui suivront les préceptes qui viennent d'être prescrits, auront, au bout de 2 ans, un troupeau amélioré ; et au plus tard, à la 6e année, ils vendront leurs toisons au même prix que celles d'Espagne : mais on le répète, que jamais ils n'emploient de béliers métis, quelque beaux qu'ils soient, même à la 4e génération ; ceux auxquels ils donnent le jour, apportent souvent les toisons communes de leurs aïeules, tandis que les brebis métisses, lorsqu'elles sont alliées à des béliers de race, donneront toujours plus fin qu'elles.
Le C. Chanorier, ainsi qu'on l'a vu au commencement de cette instruction, n'a que des animaux de race pure.
C'est le C. Gilbert membre de l'Institut national, qui, dans le temps où il administrait l'établissement de Croissy, fit vendre tous les métis, quelque beaux qu'ils fussent. Le C. Chanorier, depuis 5 ans (1795), a encore élevé la taille de son espèce, et en a raffiné les toisons, faisant soustraire aux plaisirs de la paternité tous les béliers qui ne réunissaient pas une belle conformation à la laine la plus fine.
Prix des Béliers de Croissy ; Epoques de la livraison.
Pendant le cours des assignats, les animaux de race pure de Croissy se sont vendus, aux ventes publiques de Rambouillet, à de tels prix, que la réduction en numéraire, allait jusqu'à 240 francs.
En l'an V (1797), on a vu, aux mêmes ventes, les béliers vendus jusqu'à 200 fr, et les brebis plus chères.
Dans la même année, le C. Chanorier vendit à Croissy, des béliers 200 fr, et des brebis 240 ; mais il se détermina, par la rareté du niméraire, à fixer, pour l'an VI (1798), le prix de ses béliers à 96 fr, et celui des brebis à la même somme, avec 24 fr de plus, lorsqu'un cultivateur en voulait deux, et ne prenait qu'un bélier.
Depuis ce temps, le C. Chanorier prenant en considération, tantôt la rareté du numéraire, tantôt le bas prix des grains, a varié ses pris pour l'an VII et l'an VIII. Cette année-ci la cherté des grains, en accroissant ses frais, augmente la faculté des fermiers qui voudront acquérir : en conséquence, il fixe son prix à 90 fr pour les béliers et les brebis indifféremment. L'acheteur donnera de plus 3 fr par tête d'animaux, au berger du C. Chanorier à titre de gratification. Le C. Chanorier observe qu'il ne vendra point de brebis sans bélier, qu'il ne fournira pas plus de deux brebis aux cultivateurs qui ne prendront qu'un bélier, et quatre à ceux qui en désireront deux, toujours dans une double proportion, mais pas plus forte. Sans cette précaution, il ne lui resterait pas assez de brebis pour fournir à ceux qui viendraient chercher des béliers. Au surplus, ces animaux régénérateurs ne trouvassent-ils pas à se revendre là où ils seront conduits, ne pourront être pris en charge, puisque, déduction faite d'environ 7 fr, prix de la nourriture, il resterait sur celui de la toison environ 9 % des 90 fr que le bélier aurait coûté. Ces prix ne paraîtront pas considérables lorsqu'on saura qu'un cultivateur établi près de Paris loua, il y a quelques années, un bélier 300 fr, et qu'il le vendit le double à la fin de l'été. Ces deux marchés se firent en espèces.
Le C. Chanonier ne livra des béliers et des brebis qu'au 5 Messidor (24 juin), après la tonte et le sevrage ; mais, ne fit-on conduire ces animaux à leur destination qu'à la fin de Messidor, il y arriveraient avant l'accouplement, cette époque n'ayant lieu que du 20 au 30 Thermidor, dans les département printaniers, et beaucoup plus tard dans ceux où les herbes sont tardives, parce que dans ces derniers, il ne faut pas faire naître les agneaux trop tôt, afin de ne pas être forcé de les nourrir longtemps dans les bergeries.
Les cultivateurs qui désireront se pourvoir d'animaux de race pure, pourront s'adresser au C. Chanorier, membre associé de l'Institut national, à Croissy-sur-Seine, près Chatou, ou à la Caisse d'Amortissement, dont il est administrateur. Ceux qui lui écriront les premiers, auront les premiers choix, mais aucuns ne seront médiocres. Les cultivateurs qui désireront choisir eux-mêmes et marquer les animaux, pourront, à commencer du 10 Floréal, et plutôt, si cet avertissement leur arrive avant cette époque, se rendre à Croissy-sur-Seine, près Chatou, par Nanterre, à une 1h 30 de distance de Paris, les décadis et les quintidis, entre midi et deux heures, temps auquel les troupeaux seront dans les bergeries. A dater du premier Prairial, on pourra les voir tous les jours aux mêmes heures.
Les cultivateurs qui enverront chercher les animaux de race qu'ils auront retenus, pourront, s'ils le veulent, envoyer leurs bergers une ou deux décades à l'avance ; le C. Chanorier les logera, et ils se nourriront à Croissy. Ces1786 bergers pourront, pendant ce petit séjour, prendre une idée des moyens qui, depuis 14 ans (1786), ont été employés avec avantage dans cet établissement.
On avait contesté aux laines des animaux de race pure, acclimatés en France, l'avantage de faire les beaux draps de nos premières manufactures, qui sont teints en laine, et se fabriquent avec les toisons pour lesquelles, chaque année, la République paye un tribut à l'Espagne ; il était réservé aux CC. Leroy et Rouy, propriétaires d'une manufacture à Sedan, de vaincre ce préjugé. Ils ont fabriqué, avec de la laine de Croissy, du drap bleu, teint en laine, qui rivalise c qui a été fait de plus beau dans ce genre ; le C. Chanorier a présenté ce drap à l'Institut national. Voici l'extrait du rapport fait à ce sujet.
Extrait du Rapport fait à l'Institut national des Sciences et des Arts, par le CC. Daubenton, Fourcroy et Desmarets, du Mémoire du C. Chanorier, membre associé, sur un drap bleu teint en laine, et fabriqué avec les toisons du troupeau de race pure d'Espagne établi à Croissy-sur-Seine, département de Seine-et-Oise en 1786, par le C. Chanorier.
Il résulte de ce rapport, que les CC. Daubenton, Fourcroy et Desmarest, après avoir examiné avec soin l'échantillon de drap présenté à l'Institut par le C. Chanorier, et l'avoir comparé à un drap de même couleur et de première qualité, fabriqué avec des laines d'Espagne, déclarent à l'Institut, que le C. Chanorier a mis beaucoup de soins pour conserver, pendant 14 ans, un troupeau de race d'Espagne dans toute sa pureté ; qu'il a donné la preuve de ce succès, par le drap qu'il a fait fabriquer avec ses toisons, lequel réunit la force à la souplesse, qui caractérisent les draps fabriqués avec les laines qui arrivent d'Espagne et des cantons les plus renommés.
Il résulte enfin de ce rapport, que les CC. Daubenton, Fourcroy et Desmarets pensent que l'Institut, en louant le zèle du C. Chanorier, membre associé, doit l'inviter à poursuivre les effets, pour achever de vaincre un préjugé nuisible à la France, et qu'il est bon d'en faire mention à la prochaine séance publique, ainsi que du succès de la fabrication des CC. Leroy et Rouy, de Sedan.
Fait à l'Institut national, le 6 Messidor an VII de la République française (24 juin 1799).
Signé DAUBENTON, FOURCROY, DESMARETS.
La Classe approuve le Rapport, et décide qu'il sera envoyé avec le Mémoire du C. Chanorier, au Ministre de l'Intérieur, pour être imprimé et répandu dans les départements de la République.
Certifié conforme, à Paris, ce 16 Messidor an VII de la République française.
Signé LASSUS, secrétaire.
A PARIS, de l'Imprimerie de Madame HUZARD, rue de l'Eperon Saint-André-des-Arts, N° 11.

1805

Éleveurs primés pour la qualité des laines

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805).


Bulletin de de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
Assemblée générale du 14 Thermidor an XIII. (2 août 1805) (p. 31...)

p. 41
Quatre médailles en or, du poids de 500 francs chacune, ont été distribuées dans cette séance à MM. Brodelet, Gauvilliers, Heurtault-Lamerville et Barbançois, comme ayant remporté le prix pour l'amélioration des laines.

BRODELET, propriétaire du département de Seine-et-Oise, a remporté l'un des prix proposés par la Société, pour l'amélioration des laines, p. 41

GAUVILLIERS, propriétaire dans le département de Loir-et-Cher, a obtenu une des quatre médailles pour le prix relatif à l'amélioration des laines, p. 41.

HEURTAULT-LAMERVILLE
Propriétaire à Dun-sur-Auron, département du Cher, a obtenu une des quatre médailles, pour l'amélioration des laines, p; 41.

BARBANÇOIS Charles-Hélion (1763-1822)
Propriétaire à Villegongis, département de l'Indre, s'est occupé d'améliorer les races de bêtes à laine de son département, et a remporté l'un des prix proposés par la Société, pour l'amélioration des laines ; p. 21, p. 41.
 

1805

Mérinisation en Berry et Ile de France

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805)
p. 21-28
ECONOMIE RURALE
Extrait d'un Mémoire de M. Barbançois, relatif aux moyens d'améliorer les laines des brebis du département de l'Indre, et d'en augmenter le produit.
L'auteur est un des quatre concurrents qui a remporté le prix proposé par la Société pour l'amélioration des laines. (Voyez Bulletin N° VII, page 159). Il lui a envoyé, avec des échantillons et une note sur l'état de ses troupeaux, un mémoire imprimé qu'il avait présenté à la Société d'Agriculture de Châteauroux, et dont nous allons extraire les passages qui nous ont paru offrir de l'intérêt.
Après avoir parlé des avantages que présentent les laines de brebis du Berry, comparativement à celle des autres races connues en France, par rapport à la finesse de leur laine, l'auteur rend compte des démarches que fit, en 1775, M. de Trudaine, alors intendant du commerce, pour obtenir de l'Espagne le premier troupeau de bêtes à laine de ce pays qui ait été introduit en France, et qui a été la souche des beaux troupeaux de race espagnole de MM. Chanorier à Croissy, près Paris, et Heurtault-Lamerville, à la Périsse, près Dun-sur-Auron, département du Cher.
Le troupeau de race d'Espagne, établi à Villegongis depuis 1776, est bien loin de présenter aujourd'hui l'accroissement qui devrait être présumé comme la suite nécessaire d'une propagation non interrompue pendant 25 années (1780-1805). L'expérience a démontré qu'il existe dans le département de l'Indre un local et des habitudes très favorables à la production des laines superfines d'Espagne ; mail elle a en même temps démontré qu'il y a des causes contraires à la propagation des troupeaux qui donnent ces belles laines. Pour parvenir à les découvrir, l'auteur a examiné quel est le genre affecté par la Nature aux laines produites par les troupeaux d'Espagne ; quelle est l'espèce de nourriture et de pacages qui leur sont donnés, et quels sont le régime et les habitudes auxquels ils sont soumis, soit dans les lieux où ils existent comme indigènes, soit dans la commune de Villegongis après y avoir été transportés. M. Barbançois a reconnu, d'après cet examen,
1°. Que les laines d'Espagne se distinguent par des brins courts, frisés, très élastiques, et si excessivement fins que, dans les extrêmes en beauté, il en est dont le diamètre ne passe pas 1/70 de ligne, lesquels forment sur le corps de l'animal une toison d'une nature spongieuse, séparée en en diverses petites mèches qui se tiennent si droites et si serrées autour de l'animal, surtout lorsqu'il est porteur d'une laine superfin, que le dessus de cette toison est alors presque aussi rude au toucher que ne le serait une brosse molle, et ordinairement noirci ou rembruni par les ordures dont, à raison de cette cause, elle se charge nécessairement. Les toisons de ce genre de laine ont encore, pour marque distinctives, tant qu'elles sont sur le corps de l'animal, d'être imprégnées d'une substance huileuse qu'on nomme suint, laquelle paraît être la matière de la transpiration des bêtes à laine, et se conserve dans leurs toisons en raison de ce qu'elles sont plus à l'abri des intempéries des saisons et surtout de la pluie, soit par l'effet d'un ciel serein, soit par l'effet d'une conduite particulière. D'ailleurs, il paraît aussi que l'existence de cette matière huileuse est nécessaire pour donner aux laines de ces toisons cette qualité élastique qui les distingue ; car il est constant que toutes les toisons qui en sont dépourvues par l'effet des pluies fréquentes auxquelles on expose les bêtes qui les portent, n'ont pas le brin de laine aussi élastique, et que toutes les toisons des animaux de cette race ou de races analogues, telles que celles dites de Champagne, dans le département de l'Indre, sont composés de brins d'autant plus élastiques qu'elles ont éprouvé moins de pluie au dehors et plus de chaleur à l'intérieur des bergeries : il en est de même où cette élasticité devient extrême, lorsque, par l'excès de la chaleur des bergeries, le suint s'étant desséché dans la toison, il leur donne une qualité reconnues comme défectueuse, qu'on désigne sous le nom de feutré.
2°. Que les bêtes d'Espagne dites transhumantes ou mérinos, qui portent ces belles laines connues sous le nom de ségovianes ou léonaises, ne restent point sédentaires dans les lieux qui les ont vu naître ; mais que, réunies en nombreux troupeaux, elles parcourent deux fois par an un espace de 200 lieues, et ainsi vont et reviennent chercher alternativement le ciel et les pâturages les plus favorisés de la Nature, et les plus convenables à leur espèce. Ainsi, au lieu de rester exposées pendant l'été au soleil ardent des environs de Ségovie, elles partent de ces lieux et des environs d'Avila et de Léon, en Floréal, après la tonte, pour aller vers les montagnes de Léon et de la Vieille-Castille, et de Cuenca et d'Aragon, où elles jouissent pendant l'été d'un air frais, d'un ciel serein, et de pacages secs et très abondants , et ensuite leurs bergers, pour ne pas les laisser dans les montagnes exposées aux rigueurs de l'hiver, les conduisent passer cette saison dans les plaines, alors très tempérés, de la Manche, de l'Estremadure et de l'Andalousie, d'où ils les ramènent au commencement du printemps dans les environs de Ségovie et de Léon, pour les y faire tondre et leur faire reprendre de nouveau le chemin des montagnes. Ainsi, de ce genre de vie et de ces habitudes auxquelles se trouvent soumis ces troupeaux dits mérinos, il résulte, qu'ils doivent jouir constamment de la même température, en ce Qu'il est reconnu que celle des montagnes où ils passent l'été est aussi douce que celle des plaines qu'ils occupent pendant l'hiver ; Qu'ils ne passent jamais subitement d'une atmosphère froide dans un air chaud, et réciproquement d'un air chaud dans une atmosphère froide, parce qu'ils emploient l'automne et le printemps à parcourir les espaces intermédiaires entre les extrêmes du froid et de la chaleur ;
Que la température dont ils jouissent toute l'année par l'effet de ces voyages, doit être toujours à peu près celle du printemps ou de l'automne ; qu'ainsi, par ce régime, ils ne sont pas moins à l'abri des intempéries des saisons que s'ils ne sortaient pas des bergeries ;
Qu'ils doivent jouir également, par l'effet de ces voyages, de pacages secs et abondants, puisqu'ils ne séjournent dans les mêmes lieux qu'environ le tiers de l'année, et toujours aux époques où le ciel qui les couvre est doux et serein.
Le bêtes à laine bien nourries constamment dans des pacages humides ou avec des herbes fraîches, doivent avoir, suivant l'auteur, une laine longue et non frisée, qui devient moins élastique en raison de sa longueur.
M. Barbançois parle ensuite de la différence marquante qui existe entre les laines d'Espagne dites de Ségovie et celles du troupeau de race espagnole, élevé dans la commune de Villegongis : elle provient, selon lui, de la plus ou moins grande quantité de nourriture que l'on donne à ces animaux ; et il prétend que ce qui contribue à donner aux laines des troupeaux connus sous le nom de race brionne ou de Champagne, un excès d'élasticité, c'est non seulement la disette de nourriture et la sécheresse habituelle des pacages, mais aussi l'extrême chaleur des bergeries où ils sont enfermés au moins pendant les 3/4 de leur existence ; car l'on conçoit que la température élevée qui règne dans ce bergeries, doit tendre à faire transpirer les brebis au-delà du degré ordinaire que comporte la nature, et la plus grande quantité de suint qui résulte de cette surabondance de transpiration, doit par la même raison se conserver tout entière dans la toison ; or, comme c'est l'action du suint sur les brins de laine qu'est due cette qualité élastique qui distingue celles d'Espagne, il en résulte que la trop grande quantité de suint doit être une des causes principales du trop haut degré d'élasticité des laines de la Champagne du département, qui en effet n'ont point la souplesse de celles d'Espagne.
Ainsi deux causes tendent, suivant l'auteur, à produire dans les laines des troupeaux de la Champagne du département un excès d'élasticité ; la première est la sécheresse des pacages, et en général la nourriture peu abondante ; la seconde est la chaleur extrême des bergeries. Pour obtenir de belles laines dans le genre de celles d'Espagne, il faut donc, soit par des moyens naturels, tels que ceux employés par les Espagnols, soit par des moyens artificiels, tels que des bergeries bien aérées, et où les troupeaux soient très à leur aise, mettre les bêtes destinées à les reproduire à l'abri du froid et du chaud, particulièrement de l'air humide et de la pluie ; les faire vivre autant qu'il est possible sur des pacages secs et abondants, et éviter surtout de leur donner des herbes chargées d'humidité, telles que celles des prairies, lorsqu'elles n'ont pas été desséchées au soleil.
L'auteur indique plusieurs moyens pour obtenir des laines superfines. Ils sont, 1°. de procéder tous les ans au choix des plus beaux agneaux du troupeau, soit pour en former des troupeaux séparés et d'une espèce supérieure, soit pour se procurer des béliers d'une race encore plus parfaite que les précédentes ; 2°. de croiser les troupeaux indigènes avec de béliers de race espagnole ; 3°. de ne jamais laisser souffrir les troupeaux par le défaut de nourriture ; car il est impossible qu'un race mal nourrie puisse s'améliorer, surtout lorsqu'il s'agit de bêtes à laine, qui souvent éprouvent des épidémies pour avoi seulement été mal nourries pendant un petit nombre de semaines.
Dans tout l'étendue de l'Empire, il n'est aucun local, suivant l'auteur, plus propre à la conservation des bêtes à laine de race espagnole que celui que présentent les plaines connues sous le nom de Champagne du département, situées sur la rive droite de l'Indre, entre cette rivière et celle de l'Arnon, et dont l'étendue est de 7 lieues en largeur, sur une longueur, du sud-ouest au nord-ouest, de 9 lieues ; elles sont très favorables aux troupeaux, parce qu'ils pacagent sur des terrains secs et parsemé la plupart de pierres calcaires.
Ainsi, pour améliorer les troupeaux de ces plaines immenses, qui dans une étendue d'environ 60 lieues, contiennent plus de 250 000 bêtes laine, et pour leur faire produire des laines presque aussi belles que celles d'Espagne, il faut : 1°. les croiser avec des béliers de race pure ; 2°. porter quelques changements dans le régime des troupeaux, soit en diminuant le nombre des bêtes mises en hivernage, afin que chacune d'elles puisse être mieux nourrie et avoir plus d'espace dans la bergerie, soit en construisant des bergeries plus aérées que les anciennes, ou en donnant plus d'ouverture à celles qui existent maintenant.
L'auteur rapporte ensuite par quelles causes un troupeau de race espagnole établi dans la commune de Villegongis, qui fait partie des vastes plaines dont il vient d'être question, ne s'y est pas propagé comme il devait naturellement le faire pendant l'espace de 25 années (1780-1805). Ces bêtes à laine, naturellement plus grandes que celles du pays, n'ont pas reçu une nourriture abondante, et on n'en a pas diminué le nombre, qu'on avait l'habitude de mettre en hivernage. Il en est résulté de fréquentes mortalité parmi ce troupeau, dont les fermiers des environs étaient trop ignorants pour discerner la véritable cause ; ils se sont persuadés que la race espagnole ne pouvait réussir dans le pays, et dès lors, ils ne voulurent plus admettre de béliers d'Espagne dans leurs bergeries.
Heureusement les propriétaires des communes environnantes, plus éclairés aujourd'hui, s'étant aperçu que les mortalités qui ont affecté, pendant si longtemps, les troupeaux de race espagnole, ont eu pour cause unique, l'insuffisance de nourriture ; il est à présumer que bientôt ils seront persuadés qu'il y a une très grande différence entre le rapport d'un troupeau de race espagnole, quelle que soit la nourriture qu'il consomme, et le produit d'un troupeau de race du pays.
L'expérience a prouvé, 1°. Que les plaines du département de l'Indre, connues sous le nom de Champagne, sont celles de toute la France, qui, sans le mélange d'aucune race espagnole, présentent les laines les laines les plus rapprochées par la qualité et la finesse des belles laines d'Espagne ; 2°. Que dans la commune de Villegongis un troupeau de race d'Espagne, sans avoir été renouvelé directement ou indirectement, se trouve présenter , après 25 ans d'existence, des bêtes à laine aussi belles que celles qu'on pourrait amener d'Espagne, et que le défaut de propagation de ce même troupeau, provient des méthodes vicieuses employées par les cultivateurs ; 3° Que si les troupeaux de race indigène étaient convertis en race métisse, comme l'est en ce moment une partie de ceux de Villegongis, non seulement la Champagne, mais encore tous les lieux de ce département, qui offrent des pacages secs, présenteraient dans le produit de leur troupeaux, une augmentation de la plus haute importance, tant sous le rapport de la qualité de la laine, que sous celui de la valeur individuelle.
Pour parvenir à ce but, l'auteur propose plusieurs moyens d'améliorer la race des bêtes à laine indigènes. Il indique, d'abord, le croisement avec des béliers de race pure ; mais comme ce moyen est inexécutable, soit par la difficulté de s'en procurer, soit par celle de les remplacer, il pense qu'il conviendrait de faire, tous les ans, des distributions, au plus offrant, de tous les agneaux mâles et femelles disponibles, et manière que le même adjudicataire ne pût acquérir deux lots. Il propose aussi des distributions gratuites, qui offriraient des avantages plus considérables, mais où il serait nécessaire que le Gouvernement intervînt, et destinât une somme modique tous les ans pour l'exécution de ce projet. Il croit que c'est le moyen le plus sûr pour l'amélioration des bêtes à laine du département, et qu'elle serait aussi rapide que générale. En effet, il est incontestable qu'au bout de 15 ans (1805-1820), les améliorations que cette distribution annuelle aurait portées dans toutes les principales bergeries du département, et surtout dans celles de la Champagne, si l'on en juge par les produits qu'une semblable amélioration a donnés dans trois bergeries de la commune de Villegongis, doivent être évalués au moins à 3 000 francs par an ; et enfin lorsque, par l'effet du laps de temps, toutes les bergeries du département, susceptibles d'hiverner des bêtes de race métisse, auraient reçu l'amélioration projetée, on peut, sans exagération, assurer qu'alors la différence de leurs produits à ceux actuels, irait (en supposant seulement 400 000 bêtes en hivernage) à un million, ou au moins dans une proportion de trois à deux.
Le troupeau de race espagnole de M. Barbançois, est composé de 80 brebis, de 8 béliers, et de quelques agneaux. Il tire son origine d'un troupeau de race mérinos de 40 brebis, et de 5 béliers, faisant partie d'un troupeau de 200 bêtes de cette race, que le Gouvernement fit venir en France en 1776, sur les pressantes sollicitations du père de M. Barbançois et de M. Daubenton.
Si ce troupeau de race espagnole n'est pas plus augmenté depuis 28 ans (1777-1805), c'est qu'il a été impossible de conserver ses progénitures en race pure, dans les fermes que M. Barbançois possède dans la commune de Villegongis, où le terrain trop sec ne produit pas les pacages nécessaires à leur haute taille, de sorte qu'il a été obligé de réduire ce troupeau au petit nombre de bêtes qu'il pouvait nourrir dans ses enclos, et par conséquent de se défaire tous les ans de ses produits, lesquels ont servi à améliorer et à métisser un grand nombre de troupeaux situés dans les communes environnantes, et particulièrement ceux que M. Barbançois possède à Villegongis, améliorations qui auraient été bien plus considérables, d'après un aussi long espace de temps, si les préjugé contre cette opération n'en avaient pas retardé pendant longtemps le progrès. De ce mélange déjà très ancien, il est résulté que sur 2 800 bêtes à laine que M. Barbançois possède dans ses fermes de Villegongis, il peut présenter 800 bêtes de race métisse, première classe ; 600 bêtes de race, deuxième classe ; 600 bêtes de cette race, troisième classe ; et environ 800 bêtes de quatrième classe, qui approche beaucoup des races indigènes les plus fines.
Le poids des toisons des bêtes de ces races pures et métisses, ainsi que leur taille, sont relatés dans le certificat que M. Barbançois a joint aux échantillons de laine qu'il a envoyés à la Société. Il en résulte que les métisses sont beaucoup plus petites, et donnent bien moins de laine que les races pures, ce qui est l'effet nécessaire de la sécheresse des pacages où elles vivent, et de la petite quantité de nourriture qui, d'après les usages du pays, leur est donné pendant l'hiver. La nourriture influe tellement sur la quantité de laine, qu'il est prouvé qu'une bête de quatrième classe métisse bien nourrie, donne presque autant de laine qu'un bête de première classe métisse mal nourrie.
M. Barbançois prétend qu'il est peu de troupeaux en France qui puissent se présenter comme la cause d'une amélioration plus considérable ; en effet, il est facile de concevoir combien la distribution, depuis 25 ans, des produits de son troupeau de race mérinos, et de ceux de ses troupeaux métis qui étaient déjà très nombreux, il y a 12 ans (1792), a d’avoir d'influence pour améliorer les races indigènes des communes environnantes, et c'est en effet ce qui est attesté par le certificat annexé au mémoire.


p. 155-156
ECONOMIE RURALE
Sur le troupeau de bêtes à laine de M. Boisseau, Juge-de-paix du canton de Gonesse.
M. Boisseau, qui au dernier concours pour l'amélioration des laines, a obtenu une mention honorable, a fait parvenir à la Société, avec plusieurs échantillons de laine, une notice relative au troupeau qu'il possède.
L'auteur s'occupe depuis 13 ans de croiser les bêtes à laine de race indigène avec celles de race espagnole à laine superfine. L'origine de son troupeau remonte à l'année 1793. Il avait au mois de Nivôse dernier (janvier 1805), 290 agneaux nouvellement nés, dont il lui reste en ce moment 275 vivants bien portants. Les toisons qu'il a obtenues cette année sont su poids de 3,25 kg (6,5 livres) dont la vente en suint, à raison de 2,50 francs le demi-kilogramme (la livre), a produit une somme de 16 francs par toison.
Malgré la vente que M. Boisseau a faite de 40 brebis, à raison de 150 francs chacune, ce qui a rendu 6 000 francs, malgré le déchet qu'il a éprouvé par les vieilles brebis qui ont été tuées comme
hors d'état de pouvoir un agneau, son troupeau se monte encore aujourd'hui à plus de 1 100 bêtes.
Le but de l'auteur étant d'améliorer de plus en plus les laines de son troupeau, il chercha les moyens de se procurer un bon micromètre, à l'aide duquel il pourrait déterminer avec la plus grande précision, et de génération en génération, le degré de finesse des laines de son troupeau.
Celui qu'il a fait construire présente une ligne divisée en 70 mailles, ce qui donne pour chaque maille la 140ème partie de la ligne, degré de finesse que Daubenton même a jugé le plus élevé. Les expériences faites avec ce micromètre ont donné le résultat le plus satisfaisant, et l'auteur a été convaincu qu'une partie de son troupeau avait atteint le second degré de finesse, et quelques-unes de ses brebis même le premier ; il a espoir que le reste lui donnera de rejetons qui atteindront la même perfection.
Avant d'envoyer à la Société les échantillons de laine, M. Boisseau a pris à la tête des mèche, et choisi à la loupe les plus gros filaments qui, ayant été soumis à l'épreuve du micromètre, ont donné les résultats suivants : La laine commune 6 mailles ; celle de première génération n'en remplit que 4 ; celle de seconde 3, celle de troisième occupe 2,5 mailles, celle de quatrième 1,5 ; et celle cinquième enfin 1 maille, c'est-à-dire la 140ème partie de la ligne, premier degré de finesse.
M. Boisseau termine sa note en payant un tribut d'éloges à la mémoire de Daubenton, qui a rendu tant de services à l'agriculture et à sa patrie.

p. 311-312
ECONOMIE RURALE
Notice sur le troupeau de mérinos et de métis de M. Poitvevin-Maissemy, Préfet du département du Montblanc (Savoie).
Ce troupeau, composé 1 122 bêtes, dont 204 de pure race espagnole, savoir : 63 béliers et 141 brebis, et 918 métis de deuxième, troisième, quatrième et cinquième générations, tant moutons qu brebis de tout âge, est établi à Tirlancourt, commune de Guiscard, arrondissement de Compiègne, département de l'Oise.
M. Poitvevin-Maissemy a commencé l'amélioration de son troupeau en 1792, par l'achat de 2 béliers de race pure à Rambouillet ; il a croisé ces béliers d'abord avec 60 brebis du pays, de race picarde, dont la laine est très grasse et commune, ainsi que le prouve l’échantillon N° 1, qui a été envoyé à la Société ; la taille de ces brebis est assez élevée ; elle est de 677 mm (25 pouces).
L'amélioration a été très sensible dès la première génération ; mais la laine de cette génération était encore éloignée de la finesse de celle des béliers, à en juger par l'échantillon N° 3, qui est la laine des premiers métis de M. poitevin.
EN 1793, 1794, 1795 et 1796, il a acheté aux ventres successives de Rambouillet plus de 30 individus, tant béliers que brebis de race pure, et c'est avec ces animaux qu'il a formé le troupeau qu'il possède, soit en brebis de race pure, soit en métis de diverses générations.
L'échantillon N° 4, composé de laine des métis de seconde génération, établit les progrès de l'amélioration. La laine de l'échantillon N° 5, qui provient des métis de troisième génération, approche tellement de la finesse de la laine pure, qu'elle a été et qu'elle est encore vendue au même prix. Les échantillons N° 6 et 7, qui sont extraits des individus de quatrième et cinquième génération, prouvent qu'il n'existe plus de différence entre la laine des métis et celle des mérinos.
La taille des béliers de race pure est de 740 mm (2 pieds 2 pouces) mesurés depuis le garrot jusqu'à la ligne de terre. Celle des brebis, aussi de race pure, est de 650 mm
(2 pieds). La taille des moutons métis est de 758 mm (2 pieds 4 pouces). Celle des brebis métisses est de 677 mm (2 pieds 1 pouce).
La toison des bêtes indigènes, c'est-à-dire des bêtes à laine du pays de race picarde, avec lequel le croisement a été opéré, ne pèsent communément que 1,5 kg (3 livres), lavées sur dos suivant l'usage local, ce qui ne fait qu'environ 5 livres en suint, parce que le lavage superficiel ne réduit guère le poids des toisons que de 2/5, ce qui est constaté par l'expérience.
Le poids commun des toisons des moutons métis ou de race croisée, est 4 à 5 kg en suint, 9 à 10 livres ; il en est qui donnent plus de 6 kg. Celui des toisons de brebis de même race croisée excède ordinairement 3 kg ou 6 livres : de sorte que le poids moyen des toisons des moutons et des brebis métis est à peu près de 4 kg. Le poids moyen des béliers de race pure, est 6 à 7 kg. Celui des toisons des brebis de la même race est un peu moindre de 3 kg, par conséquent inférieur au poids des toisons des brebis croisées.

 

1808

"Troupeaux en progression"

Mémoire et instruction sur les troupeaux de progression, c'est-à-dire, sur le moyen de généraliser les troupeaux de mérinos purs en France ; suivis de quelques idées sur la trop courte durée des baux à ferme, et d'un projet de bail rédigé dans cet esprit. par M. Morel de Vindé (membre des Sociétés d'agriculture de Paris et de Versailles, propriétaire et domicilié à la Celle-Saint-Cloud, près Versailles) ; suivi d'un rapport fait à L'institut de france, Classe des Sciences physiques et mathématiques, par MM Tessier, Huzard, et Silvestre, rapporteur. Paris 1808. 91 pages

Extrait p. 3

Dans le mémoire par lequel j'ai cru devoir réclamer la libre exportation des béliers purs, j'ai parlé sommairement de deux points de la plus grande importance pour le succès de la propagation des mérinos purs en France ; savoir : les dangers de l'étalon métis, et la nécessité des troupeaux de progression etc...

1811

Plan de mérinisation du Premier Empire

Les débuts de la mérinisation. Ethnozootechnie, n° 3. 1964, 10 p.
par :
BLANC Jean (Directeur en Chef de la revue AZ - Agronomie -Zootechnie.
LAURANS Raymond. (Directeur du Centre d'Enseignement Zootechnique de Rambouillet)
Exrait
Grâce aux huit bergeries nationales qui avaient été successivement créées, indépendamment de celle de Rambouillet, la France comptait en 1811, 200 000 mérinos de race pure, et 2 000 000 de métis. Les économistes avaient évalué à 2 000 000 de mérinos et 10 000 000 de métis le nombre de sujets nécessaires pour approvisionner nos manufacture de draps.
Les zootechniciens avaient de leur côté, établi des "planning" de croisement d'absorption, tel que celui publié par Tessier.
Napoléon, "impatient de la marche du temps" conçu un plan gigantesque, mais un peu chimérique, qui visait à réglementer sévèrement la monte des béliers. Un décret du 8 mars 1811 prévoyait la création en deux ans de 60 dépôts de béliers mérinos et ce nombre devait être porté à 500 en sept ans. Chacun de ces dépôts contiendrait 150 béliers au moins et 250 au plus. En période de monte, ils seraient mis gratuitement à la disposition des éleveurs.
Les propriétaires de troupeaux de race pure ne pourraient faire châtrer les mâles sans y avoir été autorisés par des inspecteurs des bergeries et ceux qui élevaient des métis devaient n'utiliser que des mâles des dépôts officiels. (voir propagation des mérinos purs et troupeaux en progression)
Des inspecteurs particuliers et généraux des bergeries assureraient le contrôle de l'exécution de ces dispositions. 
Les difficultés financières et la chute de l'Empire vinrent rapidement arrêter l'exécution de ce plan qui aurait abouti en peu de temps à la mérinisation quasi totale de notre cheptel ovin.

1812

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon
Tome 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne de 1789 à 1914. Ed. Seuil 1974.
p. 135
1810-1850
Quant au troupeau ovin, il est évalué par Levasseur à 27 000 000 de têtes en 1812 et son accroissement en 40 ans (1810-1850) a été de près d’un quart. Les plus fortes densités d’ovins s’observent dans les plaines céréalières du Bassin parisien et dans les régions de sol perméable ou d’agriculture pauvre du Massif centra et du midi. Entre les plaines méridionales et les montagnes qui les dominent s’effectue une transhumance qui porte sur quelque 200 000 bêtes quittant chaque printemps l’Hérault et le Gard en direction de la Lozère, de l’Aubrac et du Cantal, cependant qu’environ 400 000 moutons transhumaient de la Provence vers les Alpes.
 

1814

Mérinisation en Normandie

VIDALENC Jean. L'agriculture dans les départements normands à la fin du Premier Empire. In: Annales de Normandie, 7e année, n° 2, 1957. pp. 179-201.
doi : https://doi.org/10.3406/annor.1957.4347
https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1957_num_7_2_43_47

Extrait :
p. 191-192
L'élevage avait toujours été une des ressources importantes de la Normandie, mais la place relative des diverses espèces dans les soucis des paysans avait changé à plusieurs reprises et variait avec les cantons. Les moutons faisaient, au moins relativement, assez piètre figure dans la plus grande partie des départements. Certes, les tentatives pour introduire des mérinos avaient partiellement été couronnées de succès et on trouvait dans chaque arrondissement quelques troupeaux dont la composition était citée avec éloge par les administrateurs, mais dont le caractère exceptionnel par rapport aux autres, était, en quelque sorte, mis en relief par cette distinction même. Dans l'Eure, par exemple, on estimait qu'il y avait en 1814, 8 000 mérinos, 30 000 métis, mais 200 000 de ces moutons indigènes dont les laines étaient seulement "propres à faire des matelas" par suite de l'irrégularité des fibres, due, selon les spécialistes, à une alimentation trop incertaine et à la malpropreté des bergeries autant qu'au peu de capacité des bergers chargés de la surveillance des troupeaux.
La situation était vraisemblablement meilleure dans la Seine-Inférieure où, en 1810, on estimait déjà qu'il y avait 4 000 mérinos de race pure venus la plupart directement des béliers de Rambouillet, mais près de 90 000 métis, alors que le nombre total de moutons de moutons dans le département n'atteignait pas 30 000. Il est vrai que dans ces deux départements la demande des manufactures de draps d'Elbeuf et de Louviers assurait un débouché commode, et aussi fort lucratif pour les laines de qualité. Dans l'Orne, au contraire, il n'y avait qu'un seul troupeau de mérinos - d'effectif d'ailleurs indéterminé - sur un total de 129 499 ovins en 1810. Il en allait de même dans l'arrondissement de Lisieux, où l'on ne comptait que 50 bêtes de race léonaise, 150 métisses, et 22 000 indigènes ; comme dans le reste de la Normandie, ces derniers ne fournissaient que des laines médiocres seulement utilisées pour la fabrication des étoffes communes appelées "frocs" qu'on tissait dans toutes les régions. Le Calvados, il est vrai, comportait, comme la Manche, une majorité de moutons assez médiocrement, mais cependant un peu sélectionnés pour l'obtention d'une viande de qualité. Certes, il n'en était pas question dans l'arrondissement de Vire où l'on se contentait de mettre à pâturer sur les landes des animaux peu exigeants, aussi mal soignés que possible. Leur situation était un peu moins mauvaise dans la plaine de Caen, mais on attachait une importance réelle à l'élevage du mouton dans les zones côtières de la Manche, de la baie du Mont Saint-Michel à La Hougue, où paissaient les fameux moutons de prés-salés réputés dans toute la France du Nord-Ouest reconnaissables par leur petite aille. Partout, cependant, les éleveurs de moutons, qu'il s'agisse de propriétaire ou de fermiers mettant leur bêtes à pâturer sur leurs champs, ou de pauvres gens mettant leur unique brebis avec celles des petits paysans n'utilisant guère que les landes, se trouvaient dans un situation relativement stable, sur laquelle les incidences de la guerre se faisaient dans l'ensemble peu sentir ; tout au plus pouvait-on noter quelques plaintes sur la difficulté qu'il y avait à maintenir les prix des bêtes de boucherie de qualité par suie d'un marasme général.
 

1816

Mérinisation en Normandie

Rapport sur les Mérinos ; faits et découvertes qui paraissent d'un grand intérêt en agriculture, et peuvent avoir une influence majeure sur la prospérité future des Fabriques Françaises, comme devenir d'un grand poids dans la balance du commerce. Par M. le comte Charles de Polignac (Maréchal-de-Camp, Commandant du département de l'Eure). Paris 1816. 48 pages
Evreux, le 30 mars 1816

1819

CHAPTAL (M. le comte), De L'industrie française. Paris. 1819. 462 p.
p. 149-152
L'introduction des mérinos en France formera une des époques les plus mémorables dans les annales de notre agriculture : nous devons ce bienfait à Louis XVI, qui fit venir le premier troupeau et le plaça à Rambouillet, sous la direction d'hommes éclairés. Le traité de Bâle nous accorda ensuite l'extraction de 4 000 mérinos qui furent vendus à des propriétaires, ce qui propagea cette race précieuse ; ils ont été l'origine de nombreux troupeaux répandus aujourd'hui sur notre sol. La conquête de cet animal précieux nous est assurée ; 30 années d'expérience ont prouvé que la laine ne dégénère point, et que les soins qu'on donne au choix des béliers pour la propagation de la race, ont singulièrement amélioré la taille et la forme des mérinos.
Non seulement l'importation des mérinos a enrichi notre agriculture et notre industrie de la laine la plus fine qui fût connue en Europe ; mais encore, par le croisement des races, elle a amélioré les laines communes sur tous les points de France. Cet avantage paraîtra inappréciable si l'on considère qu'en améliorant nos laines, on en élève la valeur, et on augmente le poids des toisons de près de moitié.
Mais ce serait mal connaître le prix que nous devons attacher à l'introduction des mérinos que de le borner à l'amélioration de nos laines : son influence sur l'agriculture est peut-être plus importante encore : les riches propriétaires se sont d'abord emparés de cette branche de l'industrie agricole ; ils ont fait, à l'envi, de grands sacrifices pour soigner ces animaux : partout on a construit des bergeries bien aérées où l'on a maintenu la plus grande propreté, partout on a formé de bons bergers, on les a instruits de tout ce qui peut intéresser la conduite, la santé et les maladies des bêtes à laine ; partout on a multiplié les prairies artificielles pour leur assurer une nourriture saine et abondante. Aussi cette acquisition a remué tous les intérêts de l'agriculture, et a contribué à en perfectionner toutes les branches.
La France touchait déjà au moment d'être affranchie à jamais de l'importation des laines fines ; elle possédait plusieurs millions de mérinos purs ou métis, et arrivait, par une progression rapide, à une amélioration générale, lorsque le décret du 8 mars 1811 est venu paralyser, tout d'un coup, cette belle branche de l'industrie. Au lieu de lasser agir les propriétaires et de s'en rapporter à leurs intérêts, le gouvernement a voulu s'interposer entre eux, et opérer pour son compte ; dès lors il est arrivé ce qui arrive toujours lorsque l'autorité quitte le rôle de protection pour jouer celui de producteur ; le découragement s'empare du particulier qui est forcé de lutter contre le gouvernement, et son industrie s'éteint. Un gouvernement éclairé peut livrer les premières semences d'une industrie et en protéger la culture ; mais là se bornent ses fonctions (1). Cependant quelques propriétaires zélés ont lutté, avec persévérance et par des sacrifices, contre les mesures désastreuses de l'autorité ; ils sont parvenus à conserver le précieux dépôt que 25 années de travaux nous avaient acquis ; et lorsque la manie de tout régir a cessé, et que la liberté a été rendue à cette industrie, la propagation des mérinos a repris sa première marche.

(1) L'article du décret du 8 mars 1811, qui défend, sous peines sévères, de châtrer ceux des agneaux mâles, qui, par leur forme, leur taille, leur organisation vicieuse, et la mauvaise qualité de leur laine, ne doivent pas servir à la propagation, laissera une idée peu avantageuse des lumières du gouvernement de 1811 sur cette partie importante de l'agriculture.
 

1819

Bilan de la mérinisation au début de la Restauration

PORTRAIT DU BERGER EN FIGURE RÉPUBLICAINE OU COMMENT FAIRE ENTRER L'ANIMAL DOMESTIQUE EN REVOLUTION|
Malik Mellah
Armand Colin | "Annales historiques de la Révolution française"
2013/4 n° 374 | pages 85 à 110
https://www.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-révolution-francaise-2013-4-page-85.htm
p. 86-87

M. le Comte de CHAPTAL. De d'industrie française. Tome Premier, chez Antoine Augustin Renouard, 1819.
"Non seulement l'importation des mérinos a enrichi notre agriculture et notre industrie de la laine la plus fine qui fut connue en Europe ; mais encore, par le croisement des races, elle a amélioré les laines communes sur tous les points de France. Cet avantage paraîtra inappréciable si l'on considère qu'en améliorant nos laines, on en élève la valeur, et on augmente le poids des toisons de près de moitié.
Mais ce serait mal connaître le prix que nous devons attacher à l'introduction des mérinos que de le borner à l'amélioration de nos laines : son influence sur l'agriculture est peut-être plus importante encore : les riches propriétaires se sont d'abord emparés de cette branche de l'industrie agricole ; ils ont fait, à l'envi, de grands sacrifices pour soigner ces animaux : partout on a construit des bergeries bien aérées où l'on a maintenu la plus grande propreté ; partout on a formé de bons bergers, et on les a instruits de tout ce qui peut intéresser la conduite, la santé et les maladies des bêtes à laine ; partout on a multiplié les prairies artificielles pour leur assurer une nourriture saine et abondante. Ainsi cette acquisition a remué tous les intérêts de l'agriculture, et a contribué à en perfectionner toutes les branches".

1815-1870

BOULAINE Jean, Histoire de l’Agronomie en France, TEC & DOC LAVOISIER, Paris 1992, 392 pages. 
p. 259


Les ovins (de la Restauration à la fin du second Empire)
Les éleveurs de moutons avaient un demi-siècle d'avance sur ceux de bovins. Ils observèrent en 1820 que le mérinos n'était pas la solution à tous les problèmes. Cependant, des troupeaux de mérinos purs ou de mérinos croisés avec des brebis locales furent constitués dans plusieurs régions (par exemple le mérinos d'Arles).
L'amélioration de la production fourragère et la diminution des jachères amena les éleveurs à rechercher en Angleterre des souches plus performantes bien que moins rustiques et exigeant de meilleures conditions d'alimentation. 
Plusieurs techniques furent utilisées. En 1844, Malingié réussit, avec un flair admirable dans le choix des reproducteurs, à créer la race Charmoise avec des béliers Kent croisés avec des brebis de race berrichonne du Cher, solognot et mérinos. En 1833, Auguste Yvart importe 110 béliers et 120 brebis de la race Dishley à Alfort. En en croisant une partie avec de mérinos, il créé la race Ile-de-France (ainsi dénommée beaucoup plus tard) et qui associe la précocité du Dishley et les qualités lainières du mérinos. Vers 1850, le marquis de Behague (comte) réalise des croisements industriels : béliers Southdown avec de brebis berrichonnes, pour produire des agneaux de haute qualité en boucherie.
Vers 1850, le troupeau ovin français atteint son effectif maximum de plus 33 000 000 de têtes, qui n'a fait que diminuer depuis.

1829

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, publiés par la Société Royale et Centrale d'Agriculture. Paris 1829.
p. XXVII-XXXIII

Mais, Messieurs, si des assolements prolongés et mieux combinés, si la multiplication des pommes de terre ont contribué au succès de l'agriculture, ne doit-on pas reconnaître aussi que la meilleure direction donnée à l'éducation et à l'entretien des bêtes à laine a beaucoup servi l'économie rurale et étendu ses rapports avec l'économie manufacturière ? Olivier de Serres recommandait cette union, il y a plus de deux siècles : "C'est à la laine, disait-il, où principalement on vise, tant plus précieux est ce bétail que plus fine en est la dépouille." Ce père de l'agriculture admirait les toisons qu'il avait sous les yeux, et sans doute il serait bien émerveillé à l'aspect des laines de pure race ou successivement améliorées que nous possédons. Ce fut sous le règne de Louis XVI que commença cette importation, qui fut si favorable à l'agriculture française ; la Ferme royale de Rambouillet est encore là pour l'attester. En vain a-t-on voulu alors et depuis jeter quelques doutes sur la permanence des laines mérinos dans leur état de pureté ; M. Ternaux a repoussé cette erreur le 29 avril 1820, en disant à la Chambre des députés : "Les laines mérinos de France sont les plus favorables pour faire de la bonne draperie, et elles sont plus susceptibles que toutes les autres de se prêter à toutes les combinaisons manufacturières (Plus fortes, disait-il, plus nerveuse que celle de Saxe, elles le sont moins que celles d'Espagne ; plus fines et plus moelleuses que ces dernières, elles le sont moins que les laines de Saxe mérinos, et ainsi elles sont plus susceptibles que toutes les autres de se prêter à toutes les combinaisons manufacturières.). Cette opinion est bien propre à inspirer la confiance, et il est probable que ce furent les succès de l'importations des mérinos qui, plus tard, engagèrent des spéculateurs à s'occuper de celle des races à laine longue, dont les avantages n'avaient pas échappé à M. le duc Descazes, lorsqu'en 1821 il rapporta d'Angleterre deux peaux de ces animaux couverts de leur laine : elles éveillèrent l'attention des fabricants et celle des cultivateurs ; les premiers désirèrent employer les toison, et les seconds jugèrent que les moutons qui les fournissaient pouvaient être nourris sur des terrains qui, jusqu'alors, avaient été défavorables à l'éducation des bêtes ovines. Peut-être aussi ont-ils considéré que les moutons à laine fine et les moutons à laine longue présentaient deux limites, entre lesquelles, par de judicieux croisements ont pourrait placer des variétés propres à fournir de bonne viande de boucherie et à augmenter la valeur des toisons de nos races communes, qu'alors les mérinos de grande finesse s'élèveraient dans les bergeries et sur les pâturages qui leur seraient propres, tandis qu'ailleurs croîtraient les moutons dishley, les indigènes et les métis (La race pure mérine cherche péniblement sa nourriture sur les montagnes, dans les lieux secs, là où l'herbe est rare, courte et nourrissante ; elle veut une bergerie et des soins assidus. Les races à longue laine, au contraire, préfèrent une vie sédentaire et des prairies basses, où la végétation est abondante et plus aqueuse que substantielle.). Conserver ainsi toutes les bonnes races, quelle que soit leur origine, et créer une assez grande quantité de laines pour que le génie inventif puisse les faire valoir, seraient l'amélioration la plus complète que l'on pût désirer ; car, sans doute alors, le partage des bénéfices se ferait sans difficulté entre les fabricants et les agronomes producteurs : les droits de ces derniers sont bien légitimes, puisque ce sont eux qui fournissent les matières premières. S'il en était autrement, il serait à craindre que le découragement ne s'emparât de l'esprit des possesseurs de troupeaux, et qu'au détriment de la France ils n'abandonnassent une branche de l'industrie aussi nécessaire à l'agriculture qu'au commerce. Divers ouvrages adressés à la Société sur cette question, en exprimant des plaintes, ont soutenu des avis très opposés (1). Citer les noms des auteurs, MM. de Polignac, de Morogues, de Mortemart-Boisse et Tessier, c'est faire pressentir la difficulté de résoudre le problème, puisqu'ils diffèrent entre eux, quoique tous possèdent des connaissances fort étendues sur la matière : et si M. Tessier, qui a prévu le bien que pouvait faire l'introduction des mérinos en France, qui l'a effectuée et consolidée, qui a été témoin des importations successives de toutes les races qu'on y élève maintenant, qui fut consulté à toutes les époques ; si, dis-je, M. Tessier ne partage pas entièrement l'opinion de plusieurs hommes estimables et éclairés sur les moyens de rétablir l'équilibre entre les intérêts des agriculteurs, des fabricants, des commerçants et des consommateurs, que doit-on penser des causes du malaise que tous éprouvent, et pourquoi ces causes échappent-elles à la sagacité des meilleurs esprits (1) ?
 

1849

Bulletin des séances de la Société nationale et centrale d'agriculture de France, Deuxième série, Tome quatrième, 1848-1849, Paris 1848.
p. 768-772.
Discours de M. YVART au concours de Poissy 5 avril 1849.
Messieurs,
La Société d'agriculture ne siégeait pas hier, à cause du concours de Poissy auquel assistaient plusieurs de ses membres. La Société désire sans doute connaître ce qui s'est passé à Poissy ; je lui demande la permission du lui faire part sommairement de mes impressions.
Nous avons toujours, dans les concours de bestiaux gras, des animaux croisés venant de taureaux de Durham et des animaux de pures races françaises. Cette année, les seconds étaient moins nombreux que cela n'a lieu ordinairement. Aucun d'eux n'a reçu de prix dans la classe des bœufs âgés de moins de quatre ans. Cette circonstance provenait-elle de ce que le concours avait été interrompu l'an dernier, ou de ce que les bestiaux de races françaises ne peuvent décidément s'engraisser aussi facilement que ceux qui sont croisés ? Ces deux causes peuvent avoir exercé leur action.
Dans tous les cas, le résultat est regrettable. Il me paraît excessivement avantageux que les animaux de races indigènes viennent en grand nombre au concours de Poissy ; car il serait fort utile d'améliorer ces races par elles-mêmes au point de vue de la boucherie, sans leur faire perdre les autres qualités et les caractères qui les font depuis longtemps connaître et rechercher dans le commerce.
Après cette réflexion, je dois déclarer que les bestiaux provenant de croisements anglais étaient remarquables par leur excellente conformation pour la boucherie et par l'embonpoint excessif que les éleveurs avaient pu leur donner. Beaucoup de personnes se plaignaient, comme toujours, de cet engraissement excessif ; mais elles ne remarquaient pas assez que, dans un concours comme celui de Poissy, les propriétaires n'ont pas d'autres moyens de faire juger l'aptitude à l'engraissement que peuvent avoir leurs animaux. Les exposants du concours de Poissy font ainsi de la viande à peine mangeable, parce qu'elle est trop grasse et très chère, parce que les dernières livres de graisse coûtent toujours beaucoup. C'est certainement un motif pour ne pas multiplier ces concours, mais ce n'est pas une raison pour les considérer comme étant sans utilité. Les bestiaux qui s'engraissent énormément prennent, en général, avec plus de facilité, conséquemment à moins de frais, le degré d'engraissement voulu dans la consommation ordinaire.
Sans la question du travail des bœufs, cette direction donnée à l'élevage prendrait un développement considérable en France. Mais, par suite de la nécessité de ce travail, on conçoit que l'élevage des animaux, dont le tissu adipeux est très développé, au détriment des systèmes osseux et musculaire, ne puisse convenir qu'à quelques localités ; à moins que les novateurs ne prouvent très clairement que leurs bestiaux croisés suffisent facilement aux charrois et aux labours.
En supposant qu'il n'en soit pas ainsi, ces bestiaux qui ne devraient pas travailler, seront toujours nécessaires pour former ce que j'appellerai l'appoint à la consommation. Quoique l'âge des bœufs ait diminué dans beaucoup de localités, l'accroissement de notre population nous force, dès à présent, d'ajouter à ces bœufs bon nombre de génisses grasses, ainsi que cela se voit dans les départements du Nord ; et bientôt sans doute, le nombre des jeunes bestiaux, mâles ou femelles, consacrés à l'engraissement prendra de l'accroissement. Ce doit être la conséquence infaillible de l'augmentation de la population et de celle de son bien-être, comme aussi les progrès de l'agriculture.
Le résultat du concours des moutons a été le même que celui des concours des bœufs.
Le nombre des moutons indigènes a diminué ; les moutons obtenus du croisement de béliers anglais dishleys et newkents étaient fort beaux. Le concours présentait des exemples de croisements anglais avec les grandes races de l'Artois et avec les petites races du Berry. Les formes des métis étaient les mêmes, mais la taille et le poids très différents. On voyait aussi à Poissy les résultats des croisements pratiqués entre les races anglaises et mérines, dans le but d'avoir à la fois de bonnes toisons et des moutons très profitables dans l'engraissement.
La persévérance de plusieurs éleveurs les conduira, je l'espère, à un résultat avantageux dans beaucoup de localités fertiles, surtout si le prix des laines reste peu élevé, comme cela est malheureusement probable.
Un concours pour les animaux reproducteurs a eu lieu à Poissy en même temps que le concours pour les bestiaux gras. Toutes les qualités devaient être appréciées dans les reproducteurs : la force musculaire des bœufs, les facultés laitières des vaches, les dispositions à l'engraissement des uns et des autres. On a ainsi primé la race de Schwitz dont le système musculaire est très développé, les facultés laitières remarquables, mais le tissu adipeux intermusculaire peu considérable ; les races normandes, dont le beurre et la chair sont infiniment estimés ; la race flamande, qui donne beaucoup de lait, et paraît convenir particulièrement à la stabulation, pratiquée depuis des siècles en Flandre ; la race de Durham, qui donne excessivement de graisse et une notable quantité de lait, sans être de première qualité sous ce rapport ; enfin des races croisées.
Dans l'espèce du mouton, le jury a primé la sous-race dishley-mérinos (future Ille-de-France en 1920), parce qu'elle lui a paru d'un produit élevé soit le rapport de la viande et de la toison ; la race mérinos grandie par le régime le plus abondant ; une sous-race anglo-française faite dans le Berry par le mélange de plusieurs sangs [Yvart évoque probablement la Charmoise de Malingié] ; des mérinos à laine longue propre au peigne ; des béliers et brebis dont la laine a été allongée par l'alliance de deux types, le type de Rambouillet et celui de Mauchamps. Au moyen du mélange de ces deux sangs, on obtient une laine longue, très douce et très nerveuse. Lorsque se forma la race soyeuse de Mauchamps, tous les cultivateurs se récrièrent contre sa détestable conformation. Les bêtes mauchamps-mérinos, amenées au concours par un cultivateur des parties pauvres de la Champagne, prouvent que la race à laine soyeuse a beaucoup gagné sous le rapport de la conformation. Je me propose de faire connaître, dans un travail spécial, l'histoire de cette race, et l'emploi qu'on peut en faire actuellement.
Je viens d'exposer les résultats des opérations du jury sans en critiquer une seule, quoique parfois j'aie fait partie de la minorité. Une observation générale me paraît cependant pouvoir être présentée. il est extrêmement important d'avoir égard, dans le choix de reproducteurs, à l'ancienneté et à l'origine des races [allusion à Sanson], surtout lorsqu'elles ne sont pas pures. Je ne blâme pas les croisements, car je m'en suis beaucoup occupé ; mais je regrette qu'on ne tienne pas un compte suffisant du degré de fixité des sous-races. Elles présentent beaucoup d'inconvénients dans la reproduction lorsqu'elles ne sont pas fondées sur plusieurs générations dans lesquelles des animaux se ressemblant beaucoup ont été accouplés entre eux.
 

1850

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon
Tome 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne de 1789 à 1914. Ed. Seuil 1974.
p. 135
1810-1850
Quant au troupeau ovin, il est évalué par Levasseur à 27 000 000 de têtes en 1812 et son accroissement en 40 ans (1810-1850) a été de près d’un quart. Les plus fortes densités d’ovins s’observent dans les plaines céréalières du Bassin parisien et dans les régions de sol perméable ou d’agriculture pauvre du Massif centra et du midi. Entre les plaines méridionales et les montagnes qui les dominent s’effectue une transhumance qui porte sur quelque 200 000 bêtes quittant chaque printemps l’Hérault et le Gard en direction de la Lozère, de l’Aubrac et du Cantal, cependant qu’environ 400 000 moutons transhumaient de la Provence vers les Alpes.
 

1852

Concours national de Poissy

7 avril 1852

Journal d'agriculture pratique. Troisième série. Tome IV. Janvier à Juin 1852.
p. 341

La race ovine était nombreuse, et présentait une qualité supérieure dans son ensemble à l'exposition dernière. On comptait 46 lots formant ensemble 920 têtes ; ils se répartissaient ainsi :


1re Classe. - Animaux de 24 mois au plus : Sept lots, ensemble... 140 têtes.
2e Classe. 1re catégorie. - Moutons mérinos et métis mérinos ; Treize lots, ensemble... 260 têtes. 2e catégorie. - Grosses races à laine longue : Quinze lots... 300 têtes. 
3e Classe. -Petites races à laine commune : Onze lots... 220 têtes.
Total : 920 têtes.


Les animaux se classaient ainsi suivant les races :


Métis mérinos (11 lots) : 220 têtes
Dishley mérinos (6 lots) : 120 têtes
Anglo-artésiens (5 lots) : 100 têtes
Dishley-berrichons (4 lots) : 80 têtes
Berrichons anglais (4 lots) : 80 têtes
Solognots (3 lots) : 60 têtes
Berrichons (1 lot) : 20 têtes
Mérinos (2 lots) : 40 têtes
Mérinos Mauchamp (2 lots) : 40 têtes
La Charmoise (1 lot) : 20 têtes
Races diverses (artésienne, normande, south-down, berrichonne, etc. (7 lots) : 140 têtes


MM. Malingié, Lupin, de Bonnival, Pluchet, Crespel-Pinta, Lachenille; Bella [école de Grignon], Desmoutiers, étaient les principaux concurrents. Nous avons vu avec plaisir M. Malingié recevoir le premier prix des jeunes bêtes et remporter ainsi une récompense bien méritée. Ce jugement sera confirmé certainement par tous nos lecteurs qui ont eu sous les yeux son excellent travail sur la race ovine.
Dans la classe des mérinos et métis, les régions du Nord et du Pas-de-Calais ont battu pour la première fois peut-être Seine-et-Oise et Seine-et-Marne. La Brie et la Beauce auront à prendre une revanche au prochain concours.
 

1852

Concours national de Versailles

3 au 8 mai 1852

Journal d'agriculture pratique. Troisième série. Tome IV. Janvier à Juin 1852.
p. 434-439

Nombre de béliers ayant concouru depuis trois ans : 1850 (57), 1851 (103), 1852 (108)

Les animaux présentés se subdivisaient ainsi :

Mérinos : 57
South-down : 9
Métis-mérinos : 6
Dishley-mérinos : 6
Dishley : 5
Mérinos-mauchamp : 4
Dishley-métis-mérinos : 4
Charmoise : 4
Berrichons : 4
Mérinos croisés : 2
Anglais : 2
Croisés-dishley : 1
Dishley-normand : 1
Mérinos-allemand : 1
Croisement du pays : 1
Dishley-poitevin : 1
Total : 108
 

Prix :

Race mérinos pure.

1er prix : 800 fr., bélier mérinos âgé de 30 mois, à M. Montenot, à Nesles (Côte-d'Or).
2e prix : 600 fr., bélier mérinos âgé de 30 mois, à M. Moquet, à Brassoir (Oise).
3e prix : 500 fr., bélier mérinos âgé de 16 mois, à M. Hutin, à Montron (Aisne).
4e prix : 400 fr., bélier mérinos âgé de 17 mois, à M. Conseil, à Oulchy-le-Château (Aisne)
5e prix : 300 fr., bélier mérinos âgé de 30 mois, à M. Dutfoy, à Eprunes (Seine-et-Marne).
Mention honorable : M. Dumont, à Morienval (Oise), pour un bélier mérinos âgé de 30 mois.
Mention honorable : M. Achille Maitre, à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) , pour un bélier mérinos âgé de 40 mois.


Métis-mérinos


2e prix : 300 fr., bélier mérinos mauchamp âgé de 17 mois, à M. Guillemot, à Connantre (Marne).
3e prix : 200 fr., métis mérinos âgé de 19 mois, à M. Chopin, à Somme-Brionne (Marne).


Races étrangères à laine longue pures.


1er prix : 6 000 fr., bélier anglais âgé de 12 mois, à M. de Bretonnière, à Colleville (Mayenne).
2e prix : 500 fr., bélier dishley âgé de 12 mois, à M. Poutrel, à Bavent (Calvados).


Races étrangères à laine courte pures.


2e prix : 500 fr., bélier south-down âgé de 36 mois, à M. Ponsard, à Omey (Marne).


Races ou sous-races à laine longue, françaises ou provenant de croisements quelconques, non comprises dans les classes ci-dessus.


1er prix : 600 fr., dishley mérinos âgé de 16 mois, à M. Pluchet, à Trappes (Seine-et-Oise).
2e prix : 400 fr., bélier de la Charmoise âgé de 12 mois, à M. Malingié, propriétaire à la Charmoise (Pontlevoy, Loir-et-Cher)
3e prix : bélier mauchamp âgé de 15 mois, à M. Graux à Mauchamp (Aisne).
4e prix : 200 fr., dishley croisé âgé de 12 mois, à M. de la Bretonnière, à Golleville (Manche).
Races ou sous races à laine courte.
2e prix : 400 fr., à M. Sabatier, à Bourges (Cher).
 

1850-1880

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon
Tome 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne de 1789 à 1914. Ed. Seuil 1974.
p. 218-219

Le charbon des moutons.
C’est dans l’affaire des champs maudits de la Beauce que Pasteur put rendre aux paysans les services les plus éclatants. Dans de nombreuses provinces de France, les troupeaux de moutons étaient décimés par la maladie du charbon. Dans les endroits où elle sévissait les plus, on appelait « champs maudits » ceux qui entouraient les « fermes à charbon », les plus touchées. On les trouvait surtout en Beauce, où la mortalité s’élevait à 20 % et parfois même à 50 % de l’effectif des troupeaux. Vers 1860, l’arrondissement de Chartres perdait, à lui seul, près de 200 000 moutons par an. Etc…
En 1881, Pasteur organisa une démonstration à Pouilly-le-Fort, près de Melun. Il inocula le virus du charbon à des moutons, les uns vaccinés, les autres sans traitement. La plupart des premiers survécurent alors que les autres périrent. Etc…


p. 246-247

L’élevage bovin amorce une spécialisation zonale. Tandis que parallèlement, l’élevage porcin progressait, et celui du cheval encore un peu, le troupeau ovin est le seul à avoir régressé. Son effectif se réduit de 29 % et de 37 % si l’on s’en tient aux bêtes adultes. Ce sont donc les animaux fournissant la laine qui enregistrent le reflux le plus grave. L’explication est alors toute simple : la concurrence faite au produit indigène par les laines d’Amérique et d’Australie dont les importations se développent à un rythme accéléré après 1860. A cela s’ajoutent la diminution des chaumes, landes et jachères qui réduit la nourriture disponible, et la rareté croissante « des bergers actifs, soigneux et probes » signalé par un éleveur de la Somme. Rareté qui n’est pas un mythe. D’environ 220 000 en 1862, le nombre de bergers passe à 83 000 quelque 20 ans plus tard. La crise que traverse l’élevage ovin oblige ceux qui s’y livrent à repenser leur production. Le métis mérinos est de plus en plus abandonné. Des croisements avec les races anglaises, Dishley et Southdown permettent une reconversion vers le mouton à viande.
 

1862

Annales de l'agriculture française, T20, 1862.
Extraits p. 201-204


M. A. Sanson cherche d'abord à démontrer que les inconvénients attribués à la consanguinité sont sans fondements. "Les zootechniciens, dit-il, considèrent les accouplements consanguins comme le moyen le plus prompt et le plus efficace d'étendre leurs perfectionnements. Les habiles éleveurs qui ont amélioré les races que nous admirons le plus ont accouplé leurs animaux précisément, en proche parenté, in and in comme disent les Anglais." A l'appui de sa manière de voir, M. Sanson cite des faits empruntés à l'amélioration des espèces chevalines, bovine, ovine et porcine…………….


Dans l'espèce ovine, l'auteur, après avoir rappelé la création par sélection et par consanguinité des races ovines améliorées de l'Angleterre, raconte la création de la race à laine soyeuse de Mauchamp. Voici comment il s'exprime à ce sujet.
"Tout le monde, dit-il, a entendu parler de ce qu'on appelle la race à laine soyeuse de Mauchamp. Cette race forme maintenant de nombreux troupeaux purs ou croisés. Elle peuple la bergerie impériale de Gevrolles qui a fourni des béliers jusqu'aux colonies les plus éloignées. Elle a rendu célèbre le nom de son créateur, M. Graux, mort récemment, en laissant à son fils un troupeau prospère et le soin de continuer son œuvre. Or sait-on comment a commencé cette prétendue race qui n'est qu'une famille de la race mérine ? Il s'agit ici d'un fait contemporain sur lequel ne peut planer aucun doute. Un beau jour, M. Graux vit parmi les agneaux de son troupeau de mérinos un agneau qui n'avait pas la laine comme les autres. Au lieu d'être frisé et de former ce que nous appelons une toison fermée et tassée, elle était lisse, brillante, formant des mèches pointues et légèrement ondulées. C'était un mérinos à longue laine. Eh bien, c'est cet unique agneau qui fut le premier père de toute la population actuelle des moutons soyeux [.......] En résumé, dit en terminant M. Sanson et sans pousse plus loin des recherches auxquelles l'élevage des oiseaux de basse-cour, par exemple pourrait fournir une ample moisson de faits, ceux que j'ai cités dans cette note et qui sont empruntés à l'histoire authentique des races chevalines, bovines, ovines et porcines de l'Angleterre et de la France autorisent à conclure que, pour ce qui concerne ai moins les animaux domestiques, les inconvénients attribués à la consanguinité n'ont aucun fondement dans l'observation."
 

1880-1914

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon
Tome 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne de 1789 à 1914. Ed. Seuil 1974.
p. 395

Enfin, parmi les élevages, celui du mouton régresse fortement, car une concurrence extérieure croissant s’exerce sur le marché de la laine. En Champagne, entre le début des années 1880 et la fin du siècle, les cours, déjà en baisse auparavant, refluent de 42 %. Le recul de l’élevage ovin se continue malgré sa reconversion vers la production de viande. Il affaiblit les revenus des céréaliculteurs du Bassin parisien et des éleveurs du Midi méditerranéen. Ces derniers sont d’autant plus touchés que la transhumance se contracte fortement, bien qu’elle se soit modernisée, depuis 1878 avec le transport des animaux par voie ferrée. Alors qu’au milieu du siècle (1850), 600 000 moutons languedociens et provençaux transhumaient vers les Alpes et le Massif central, on n’en compte plus que la moitié (300 000) à la veille de la Première Guerre mondiale (1914).
 

1910

LOISEL Gustave. L'acclimatation et la zoologie économique du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Ménagerie d'Alfort. In: Revue internationale de l'enseignement, tome 59, Janvier-Juin 1910. pp. 206-212 ;
https://www.persee.fr/doc/revin_1775-6014_1910_num_59_1_6150

1943

BONDOIS Paul-Marie. Etat de l'industrie textile en France, d'après enquête du contrôleur général Desmarets (début XVIIIe siècle). In: Bibliothèque de l'école des Chartes. 1943, tome 104. pp. 137-218.
dio : https://doi.org/10.3406/bec.1943.449299
https://www.persee.fr/doc/bec_0373_6237_1943_num_104_1_449299

Liste manufactures Berry (page 149), et Sologne (page 150)

1974 

Histoire de la France rurale, sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon
Tome 3, Apogée et crise de la civilisation paysanne de 1789 à 1914. Ed. Seuil 1974.
p. 421-423
Les débuts de la génétique.
Les ovins.

C’est dans l’élevage que les expériences se firent le plus vite : il ne fallait pas de matériel et les résultats étaient évidents. Et d’abord chez les ovins : un petit nombre d’éleveurs pouvaient d’éleveurs pouvaient transformer d’immenses troupeaux. Il suffisait d’introduire des reproducteurs. Les savants recommandaient les moutons du sud, les mérinos d’Espagne. Dès 1776, Turgot en avait importé. Il en fit réunir 500 à Rambouillet, et, à partir de 1787, cette ferme en livra 160 par an. EN 1795, une clause du traité de Bâle obligea l’Espagne à livrer 1 000 béliers et 4 000 brebis. En 1798, une société fut fondée pour les répartir. Le premier consul, convaincu de la supériorité de cette race, voulait en peupler nos campagnes, surtout celles qui fabriquaient du drap.
Jules Sion dit que, dans la région d’Yvetot, tous les cultivateurs intelligents adoptent les mérinos vers 1805 : leurs toisons étaient deux fois plus lourdes et valaient chacune 18,87 F au lieu de 4,80 F. En 1810, ils avaient 4 000 mérinos. Le croisement continu permettait d’obtenir cette race à la 4e génération. Mais à la suite d’une crise, vers 1820, on ne croisait plus que des métis : « L’on vit réapparaître la race indigène, avec un énorme squelette et sa toison grossière ». C’est alors qu’on s’intéressa aux moutons du nord, aux races de boucherie que le fermier Bakewell avait fixées dans son manoir de Dishley, dans le comté de Durham. Deux troupeaux se formaient en Normandie. Mais ce fut un échec total : on ignorait encore le « secret » de la nourriture. Les savants d’Alfort le trouvèrent et le traité de 1860 facilita les choses. Un troupeau fut formé à Grignon, qui vendait ces moutons, à partir de 1879.
Avant cette date, on songeait surtout à remplacer les races locales par les nouvelles. La race dite d’Alfort, formée à Grignon (future race Ile-de-France), était un essai de croisement (mérinos de Mauchamp x Dishley, fait par Auguste Yvart), devant produire à la fois de la laine et de la viande. Mais ces expériences ne réussirent pas toujours. Ainsi, le croisement de New Kent avec des brebis choisies « sur les confins du Berry, de la Sologne et de la Touraine » (race de la Charmoise créée par Edouard Malingié à Pontlevoy, Loir-et-Cher), se solda par un échec relatif : « les seuls produits notables de cet élevage furent des New Kent purs » (Renard et Dulac). Aussi bien, certains fermiers cherchèrent-ils la solution uniquement dans l’amélioration des races locales, sans intervention de sang étranger, c’est-à-dire par la sélection.
Quelle était dans ces conditions, la situation dans les Grands Causses fort bien décrites par Paul Marres ? On avait là, jusqu’au milieu du XIXe siècle, deux variétés d’origine pyrénéenne. La race du Larzac, de forte taille, entièrement couverte de laine, devait rester prépondérante jusqu’en 1880 : on a prétendu qu’elle était du pays, mais son histoire est difficile à connaître. Et il y avait aussi la race de Lacaune, à poitrine profonde, au dos courbé, haut et long. La toison, plus courte, ne couvrait que le dos. Cette dénudation de la partie inférieure proviendrait de la pratique de la demi-stabulation. Avec la race Lacaune, on augmentait la production de lait de 50 %. En 1872, on jugea nécessaire de l’améliorer par apport de « sang danois » (par l’intermédiaire des troupeaux du Lauragais). A partir de 1890, l’orientation vers les laiteries s’accentua. La race Larzac cède et celle de Lacaune fait l’objet, elle aussi, de sélection à la place de croisement. Ce procédé, ainsi que l’alimentation plus substantielle, par les prairies artificielles, devait permettre, comme en Angleterre au XVIIIe siècle, la création d’une race de qualité.
 

1992

BOULAINE Jean, Histoire de l’Agronomie en France, TEC & DOC LAVOISIER, Paris 1992, 392 pages. 
p. 212-213


Le mouton (des physiocrates au blocus continental).
Pour l'historien du XVIIIe siècle, le mouton vient, par ordre de priorité, immédiatement après le cheval, car il fournit la laine, matière première de loin la plus importante de l'industrie textile et dont la production est déficitaire. Les agronomes en sont conscients et les services des finances ne font pas faute de harceler à ce sujet. En 1770, M. Carlier publie le premier Traité des bêtes à laine. Daubenton, avec les Instructions pour les bergers et les propriétaires de troupeaux (1782), puis Tessier et Gilbert réclament l'introduction de reproducteurs espagnols. Outre des apports locaux limités (Daubenton à Montbard), on a largement popularisé dans nos écoles la demande de Louis XVI à "son cousin" le roi d'Espagne et la livraison du troupeau de mérinos arrivé à Rambouillet en septembre 1786. La propriété de Rambouillet avait été achetée par Louis XVI en 1783 pour en faire un centre de recherches agronomiques, et Tessier en avait été nommé Directeur. Malheureusement, Marie-Antoinette préférait le séjour à Versailles et Rambouillet fut délaissé.
Le Directoire, par un acte diplomatique, réalisa une opération plus importante encore en matière d'introduction de reproducteurs mérinos, mail elle coûta la vie à Gilbert qui mourut de maladie, en Espagne, au cours d'une expédition d'achat d'un troupeau de mérinos.
Ces bêtes furent conservées en troupeau de race pure dans les Bergeries nationales (Rambouillet, Arles, Perpignan, etc.), et des reproducteurs furent vendus aux éleveurs français. Le bilan financier fut très remarquable (Passy, t. II, 1913) et largement bénéficiaire.
On sait que des opérations du même genre avaient eu lieu dans toute l'Europe jusqu'en Suède, et que les agronomes français avaient aussi fait appel à des reproducteurs britanniques. En septembre 1790, au nom de la Société d'Agriculture, Broussonnet adressa un rapport à l'Assemblée Nationale, et un certain Delporte amena son troupeau de bêtes à laine dans le Bois de Boulogne pour les mettre "sous les yeux des membres de l'Assemblée. (Passy, 1912, t. I, p. 351 et suiv.)".
L'avantage des moutons anglais est que leur laine est longue, celle des mérinos étant plus frisée.
La conduite des troupeaux fut l'objet de controverses. Fallait-il les parquer en plein air le soir ou les rentrer dans des bergeries ? Dans un pays où la vigne jouait un rôle essentiel (plus de deux millions d'hectares e 1789) et où le fumier de mouton avait la réputation d'être le meilleur engrais, la question était d'importance. La Révolution fit oublier ces discussions mais l'Empire reprit une politique de bergeries d'état pour favoriser l'amélioration progressive du troupeau français. L'arrivée des laines argentines et australiennes au milieu du XIXe siècle fit perdre beaucoup d'importance à la "question des bêtes à laine" qui avait occupé si largement les agronomes au tournant du siècle.
 

2004

FABRE Patrick et LEBAUDY Guillaume. La mémoire d'un métissage : la "métisse" ou race ovine mérinos d'Arles. Anthropozoologica, 2004, 39 (1), p. 107-122.

Résumé.
La brebis mérinos d’Arles fêtait en 2002 ses deux cents ans. C’est en effet en 1802, en Crau (Bouches-du-Rhône), qu’il fut procédé aux premiers croisements entre brebis de race locale et béliers mérinos d’origine espagnole. Nous examinons dans cet article l’inscription sociale et culturelle du processus de création et de façonnement de cette race — et ses développements contemporains — dans le contexte de l’élevage bas-provençal. Bête à laine de grande réputation, la mérinos d’Arles aurait dû logiquement disparaître dans la seconde moitié du XIXe siècle, en raison des croisements imposés par l’effondrement du marché lainier et la nouvelle orientation de l’élevage ovin vers la production de viande. Mais les éleveurs provençaux, dans leur volonté de conserver un animal apte à la pratique de la transhumance, ont préféré — par sélection — l’adapter au nouveau contexte économique. Aujourd’hui l’évolution de la race suit les critères techniques de sélection précis dictés par l’UPRA (Union de promotion de la race) Mérinos d’Arles, mais elle doit aussi beaucoup aux choix individuels (notamment selon des critères esthétiques) de certains éleveurs. Alors que de bête à laine, la mérinos d’Arles est devenu une bête à viande, tous les éleveurs et les bergers font de leurs animaux, de leurs troupeaux, un motif de fierté dans lequel ils peuvent se reconnaître : un emblème reconnu particulièrement pour sa rusticité et, bien qu’elle soit aujourd’hui un sousproduit, sa laine. Aujourd’hui, trois postures professionnelles se côtoient où chaque type d’éleveurs tente d’imposer sa définition de la race mérinos d’Arles, du « vrai mérinos d’Arles » — la « métisse » — jusqu’au mérinos à haut rendement boucher. Un débat dans lequel s’affirme de plus en plus la reconnaissance de la race mérinos d’Arles en tant que productrice d’espaces : une vocation pour demain ?

2006

Source : Dictionnaire de l'Ancien Regime. Puf. 2006

(Jean-Marc Moriceau)
p. 476-478

A la fin de l'Ancien Régime, Expilly évaluait les bovins à 7 850 000 têtes, les chevaux à 3 000 000 et les moutons à 30 000 000. Plus prudent, Lavoisier estimait le cheptel national à environ 1 800 000 chevaux (dont 1 560 000 animaux de labour), 3 100 000 bœufs (dont 2 700 000 bœufs de labour), 4 000 000 de vaches,  20 à 30 000 000 de moutons et 4 000 000 de porcs.
Avec l'élevage ovin, très général et longtemps peu spécialisé, on entrait dans le "bétail menu". Les bêtes à laine ("avérage lanat" en Provence, "brebiail" en Poitou) offraient une production mixte de viande et de laine. Peu exigeant en fourrages, à la fois animal du pauvre et signe de puissance des gros cultivateurs (en Provence on les comptait par trenteniers, en Ile-de-France par cents et demi-cents), le mouton était partout : dans les landes des pays bocagers, sur les marais littoraux, dans les pâturages des montagnes, dans les garrigues méditerranéennes, dans les chaumes des openfields où les bergers les cantonnaient dans des parcs mobiles pour assurer la fertilisation des terres labourables tout en les protégeant des loups. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un souci nouveau se manifesta en sa faveur. La production intérieure de laine, stimulée par d'accroissement de la consommation textile, était insuffisante pour animer les manufactures qui importaient des laines étrangères de meilleure qualité, d'Espagne (Ségovie, Sarragosse) et des îles Britanniques (Écosse, Irlande). Aussi l'effort agronomique s'accompagna-t-il de programmes d'amélioration chez l'abbé Carlier, auteur de nombreux mémoires sur les laines (à commencer par celui de 1755 en réponse aux questions proposées par l'Académie d'Amiens pour son prix de 1754) où Daubenton, l'Administration et certains grands propriétaires s'efforcèrent de croiser les races locales avec des béliers espagnols (d'Étigny en Béarn, en 1750, le président de la Tour-d'Aigues en Provence en 1757, le marquis de Barbançon à Villegongis dans le Berry, en 1768). En 1777, Turgot fit venir un troupeau de 200 Mérinos dont l'essentiel fit envoyé à Montbard où Daubanton applique la méthode du croisement continu qui assura la réussite de leur adaptation en France. Mais la portée pratique de ces expériences reste très limitée, même après l'importation de 1770, par l'intermédiaire de l'abbé  Béliardy (la plus importante de l'Ancien Régime puisqu'elle concernait 1 000 bêtes) et l'arrivée à Rambouiĺlet en 1786, dans la bergerie nationale en cours de construction, d'un nouveau troupeau commandé par le Roi (364 bêtes). Il fallut attendre la construction de six autres bergeries nationales et l'importation de nouveaux troupeaux, après le traité de Bâle (1796) pour lancer véritablement la mérinisation. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le succès des cultures de légumineuses (pois, vesces, lentilles, féverolles, etc.) sur la sole des mars et l'essor des prairies artificielles opérèrent,  dans les régions où elles s'effectuèrent, une amélioration du troupeau qui reste encore à étudier. 
Les caprins fournissaient du lait et du fromage pour la consommation locale (ainsi les "chabrichoux" donnés aux moissonneurs auvergnats au début du XVIIIe siècle) et la viande de chevreau était appréciée après le Carême (le chevreau de Pâques figurait parmi les charges des métayers poitevins au XVIe siècle). Mais les dégâts que causaient les chèvres aux arbres furent à l'origine d'un cortège de prohibitions : en 1733, l'intendant de Moulins interdit ainsi de laisser vaguer les  chèvres, boucs,chevreaux, obligeant à les garder et à les attacher à la corde. Aussi leur élevage n'est-il contracté. A la fin de l'Ancien Régime, les grands troupeaux d'Auvergne avaient disparu : chaque éleveur ne détenait plus qu'une chèvre ou deux.
 

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