OVINS en SOLOGNE

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1700

BONDOIS Paul-Marie. Etat de l'industrie textile en France, d'après enquête du contrôleur général Desmarets (début XVIIIe siècle). In: Bibliothèque de l'école des Chartes. 1943, tome 104. pp. 137-218.
dio : https://doi.org/10.3406/bec.1943.449299
https://www.persee.fr/doc/bec_0373_6237_1943_num_104_1_449299

p. 150
Dans la triste et désertique Sologne, qui dépendait de la Généralité d'Orléans, et où l'industrie lainière avait une certaine importance, par suite du développement des troupeaux, le centre de Romorantin, important, comptait 180 maîtres, 77 métiers, et produisait des draps, utilisés pour les troupes, d'après les règlements édictés en 1666 et 1706. A Saint-Aigna, 18 drapiers créaient de bonnes serges blanches, des demi-draps, des droguets à la façon d'Amboise pour les capes de femmes, tandis qu'à Saint-Genou, 9 drapiers ne faisaient que des serges, ainsi qu'à Salbris (18 drapiers, 12 métiers), Pierrefitte (15 sergers), Souesmes (12 maîtres), Ménétréols (4) et Vatan (8).

1770

CARLIER Claude (abbé). Traité des bêtes à laine ou méthode d'élever et de gouverner les troupeaux aux champs et à la bergerie. Tome second. Paris M. DCC. LXX. 1770.
p. 720-726


Sologne et Gâtinais
La race de moutons Sologneaux occupe une étendue de pays bien plus considérable que celle de la petite Province dont ils portent le nom.
La Sologne propre renferme les villes particulières de Gergeau, de Sully, d'Aubigny. Elle a la ville de Romorantin pour capitale. Les territoires qu'elle comprend, sont situés entre l'Orléanais, le Blaisois et le Berry. Elle est arrosée par diverses rivières, qui traversent des plaines sablonneuses, stériles et ingrates tant en moisson qu'en herbages.
L'usage qui est le tyran des langues, règle aussi la valeur et la propriété des noms, qu'il étend quelquefois au-delà de leurs significations naturelles et primitives.


Sologne, Orléanais et Blaisois.
Les commerçants en troupeaux usant de cette licence, ont coutume de donner le nom de mouton Sologneau aux espèces de l'Orléanais, du Blaisois et d'une partie du Gâtinais. Nous imiterons avec d'autant plus de raison, que toutes ces races ont effectivement beaucoup de rapports entre elles.
Ces pays jouissent également d'un climat favorable et d'une excellente température. L'ai y est pur et sain, les eaux vives et le terrain partout extrêmement uni, varie de pays de labour, de vignobles et de forêts,
Il n'y a d'élévations que des pentes très douces qui règnent des deux côtés des rivières.
Le bétail blanc y est d'un très bon rapport, tant pour la laine que pour le gras.


Pâturages.
Les pâturages de la Sologne propre consistent en bruyères, en friches et en herbes qui poussent dans les terres de labour qu'on laisse reposer. Ils valent incomparablement mieux dans le Blésois, l'Orléanais et le Gâtinais., parce que le terrain en général est d'un meilleur produit en grain, en foin et en vigne.
La taille ordinaire du mouton Sologneau est de 30 à 33 pouces. Il a la tête fine, effilée et menue, blanche et quelque fois rousse, sans cornes, à l'exception de quelques béliers. Les Marchands préfèrent les ventres garnis aux ventres chauves ; on mésestime les toisons noires dont on voit peu. Le mouton fin de Sologne, comparé à celui de la Champagne du Berry, est plus petit, sa chair est plus délicate, sa laine plus courte, plus fine et moins serrée.
La variété qui règne dans la production des grains, des légumes et des fruits selon la nature des terrains, se remarque également par rapport aux Bêtes à laine, qui se plaisent mieux dans certains cantons que dans d'autres. Elles sont en plus grand nombre aux environs de Romorantin, entre la Ferté-Bertrand et Coulon, et dans une partie de l'Orléanais, bornée au levant par les lieux d'Ardon, la Ferté-Lowendhal et Saint-Aubin, au midi par Beuvron, au nord par le Val-de-Loire et au couchant par le Blésois.
Les bêtes de Sologne vieillissent et perdent leurs dents de bonne heure, à cause de la dureté des bruyères et surtout des cailloux auxquels elles touchent pour pincer l'herbe qui est à côté.
On comptait au commencement de ce siècle, 3 176 Bergers dans la Généralité d'Orléans ; nous ignorons si l'on comprend dans ce calcul, les Bergères et les jeunes enfants. Il y a des coutumes locales touchant le choix de ceux qu'on prépose à la garde des Bêtes à laine. Où les troupeaux ne passent pas 50 et 80, on les fait conduire aux champs par de jeunes valets ou par des servantes. On prend un Berger quand ils excèdent 150 ou 200. Ceux qui emploient des Bergères leur permettent de nourrir quelques brebis à leur profit ; elles reçoivent aussi tous les ans en présent un agneau femelle au temps de la tonte.
On élève en Sologne plus de brebis que de moutons, à cause de la difficulté des subsistances. On fait deux classes de pâturages, les plus fins pour les agneaux et les autres pour les mères. Les brebis portières se conservent jusqu'à 7 à 8 ans. Dès que les agneaux ont atteint l'âge d'antenais, les Propriétaires pensent à s'en défaire pour la vente ; ce qui s'exécute chez eux en livrant leur superflu à des Commissionnaires ou en faisant conduire aux foires. Ces troupeaux passent à de Nourrisseurs du Val-de-Loire, de la Beauce et du Gâtinais, qui en réservent une partie pour élever et qui font engraisser l'autre, surtout les brebis hors de service. Le fort de la vente a lieu en Sologne depuis le 15 juillet jusqu'au 15 novembre.
Il y a des Particuliers qui font un commerce intermédiaire et qui achètent dans les Métairies pour revendre un an après. Ils gagnent à ce trafic 40 sols par paire, et s'ils ont la facilité de garder jusqu'après l'hiver suivant, ils gagnent le double et vendent 16 livres ce qui ne leur aurait produit que 14 livres avant l'hiver.


Laines.
La laine de Sologne a ceci de particulier, qu'elle est frisée, à l'extrémité de ses mèches, comme si un petit oiseau l'eut tournée avec son bec. De là vient le proverbe, que la vraie laine de Sologne est celle qui a été frisée par les alouettes. Elle est aussi fine que celle de la Champagne du Berry, mais elle n'a pas tant de corps et ne porte que 18 à 20 lignes de longueur ; celle qui passe 2 pouces est de moindre valeur. On la vend en juin 15 à 18 sols la livre. Elle perd communément au lavage 8 à 9 onces de son poids, qui est de 1,5 livre.
Ceux qui prennent le soin de leurs troupeaux recueillent des qualités de laine jarreuses, cotices ou feutrées, qui vont d'un très bas prix à la vente.


Manufactures.
L'utilité des Manufactures de Romorantin et d'Aubigny est fort grande, en ce qu'elles aident à employer les laines de la Sologne et du Berry en draps pour les troupes et pour la livrée et en Serges de plusieurs façons.
Ce qu'on fait de Serges et d'Etamines à Blois est peu de chose.
Le surplus des laines de Sologne est enlevé par des Marchands en gros d'Orléans, d'Aubigny, de Romorantin et de Reims.
L'Auteur de l'Etat de la France parle avec éloge de la Bonneterie d'Orléans : "Il s'est fait, dit-il, de tout temps à Orléans un grand commerce de bas au tricot et au métier, dont une partie vient de Beauce. Il s'est formé dans la Ville deux Manufactures de ces ouvrages, l'une pour le tricot et l'autre pour le métier : il y a plus de 120 Maîtres de chacune. Quoique les bas au métier, ajoute-t-il, ne soient pas à beaucoup près aussi bons que les autres, comme il se font beaucoup plus vite, on s'aperçoit que cette dernière Manufacture détruit insensiblement l'autre, ce qu'il est important d'empêcher ; et pour cela, on pourrait fixer les métiers à un certain nombre."
Lorsque cet Auteur écrivait ainsi, les ouvriers en bas au tricot et en bas au métier étaient en quelque sorte aux prises, et ces derniers passaient pour des intrus qui venaient ruiner la fortune des Tricoteurs. Le commerce des bas au métier est libre présentement, et il n'est plus question de s'opposer à leur établissement. Le débit a été le juge en dernier ressort de ce différend. Les acheteurs se sont partagés. La propreté et la finesse d'une part, la bonté et la solidité de l'autre, ont et ont encore chacune leurs partisans. On ne voit pas qu'on ait lieu de se repentir du parti qu'on a pris, de laisser aux acheteurs la liberté du choix.
Nous avons observé en parlant du Béarn, que la Manufacture des toques et bonnets rouges, servant de fond aux turbans des Orientaux, était presque tombée et que celle d'Orléans s'était élevée sur ses ruines. On fait effectivement dans cette dernière Ville une grande quantité de ces bonnets, dont ceux qui les envoient au Levant ont un débit assuré, parce qu'ils sont faits avec tout le soin, la fidélité, la solidité, la propreté et l'éclat que les acheteurs peuvent désirer.
Il y a dans Orléans comme dans toutes les Villes considérables, des Marchands détailleurs de toutes sortes de draps, fins et moyens. On les tire d'ailleurs sans les y faire fabriquer. Si on n'y met pas en œuvre les toisons des moutons, on y apprête leurs peaux de toute manière ; en hule, en blanc ou en chamois. Le négoce de ces peaux montait à 12 000 douzaines vers le commencement de ce siècle et se répandait dans toutes les parties du Royaume, principalement à Paris
 

1845

Traité d'hygiène vétérinaire appliquée, par J.-H. MAGNE, Lyon 1845.
p. 327-328
DU MOUTON.
4° Race de la Sologne.
Cette race a une taille petite ; une tête fine, menue, effilée, blanche ou rousse, dépourvue de laine ; des oreilles droites, petites ; elle est presque toujours sans cornes. On la trouve dans la Sologne, dans le Gâtinais, etc. La laine est fine, courte, et la viande excellente dans les sous-races des pays stériles, incultes ; mais la toison pèse rarement 1 kg en suint et la viande de dépasse pas 6 à 8 kg. Les moutons du bon pays, ceux qui sont bien nourris, ont une laine plus grossière, et une viande moins recherchée ; mais la toison pèse jusqu'à 2 kg, et la chair jusqu'à 15 kg. Quoique ces produits aient un peu moins de valeur, il y a cependant avantage à bien nourrir les troupeaux. M. de Morogues rapporte qu'une génération suffit à la petite race pour devenir aussi forte que l'autre, si elle est transportée dans les bonnes fermes du val de la Loire. La sous-race nourrie dans le mauvais pays, vieillit promptement, elle s'use les dents en broutant la bruyère. Elle est rarement engraissée dans le pays où elle est multipliée ; on y fait des élèves, et on vend les antenais à 15 mois. Ces animaux sont conduits dans la Brie, dans le val de Loire, gardés 2 ans, 30 mois, et ensuite soumis à l'engraissement. Il ne faut pas songer à améliorer les races de la Sologne, sans avoir perfectionné l'agriculture du pays. L'amélioration aura lieu naturellement quand les troupeaux auront, à la place de mauvaises bruyères, de bons pâturages artificiels.
 

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