HEURTAULT de LAMERVILLE Jean-Marie (1740-1810)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Jean-Marie HEURTAULT de LAMERVILLE

né le 19 août 1740 à Rouen

décédé le 18 décembre 1810 à La Périsse, commune de Dun-sur-Auron (Cher).

Agronome et homme politique dans le département du Cher.

Vicomte

1791

La Société royale d'agriculture de Paris lui décerne une médaille d'or pour son élevage de moutons mérinos

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Trimestre d'automne 1791.
p. xij (12)
La Société avait annoncé qu'elle distribuerait dans cette assemblée (Séance publique le 28 décembre 1791, dans la salle où se faisaient les examens de la Sorbonne), des Médailles d'or aux personnes qui se seraient distinguées par l'emploi de quelque procédé nouveau ou peu connu, ou qui auraient concouru de manière efficace, aux progrès de l'Agriculture, et au bien-être des cultivateurs ; ces prix ont été décernés, savoir :

p. xvij-xviij (17-18)
A M. Heurtault-Lamerville, ci-devant Député à l'Assemblée Nationale constituante, Président du Département du Cher et Correspondant de la Société, à Dun-le-Roi (Dun-sur-Auron), département du Cher ; M. Heurtault-Lamerville a formé, dans ses possessions, le troupeau le plus considérable qui existe dans le Royaume, de bêtes-à-laine superfine de race espagnole ; il a perfectionné les procédés employés pour les soigner, et a publié sur cette matière importante un ouvrage qui renferme les meilleurs préceptes : il a fait les fonds de divers prix d'encouragement pour accélérer les progrès de l'Agriculture dans le département qu'il habite, et après avoir, dans l'Assemblée Nationale constituante, pris avec le zèle le plus éclairé les intérêts des cultivateurs, il leur prouve par son exemple et ses succès la bonté des lois qu'il avait rédigées par eux. Les salles du département du Cher étaient ornées de glaces, M. Heurtault-Lamerville a obtenu qu'elles seraient enlevées, que leur produit serait consacré à des prix d'Agriculture, et que ces ornements fragiles seraient remplacés par la Déclaration des Droits, et des emblèmes patriotiques. Tandis que M. Heurtault-Lamerville réparait ainsi des prix pour les cultivateurs du département, la Société le jugeait digne d'un prix qu'elle n'accorde qu'aux vrais amis de l'Agriculture.
 

1805

Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, publié avec l'approbation du Ministre de l'Intérieur. 4e année. Paris. An XIII (1805).
Bulletin de de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
Assemblée générale du 14 Thermidor an XIII. (2 août 1805) (p. 31)

p. 41
Quatre médailles en or, du poids de 500 francs chacune, ont été distribuées dans cette séance à MM. Brodelet, Gauvilliers, Heurtault-Lamerville et Barbançois, comme ayant remporté le prix pour l'amélioration des laines.

BRODELET, propriétaire du département de Seine-et-Oise, a remporté l'un des prix proposés par la Société, pour l'amélioration des laines, p. 41

GAUVILLIERS, propriétaire dans le département de Loir-et-Cher, a obtenu une des quatre médailles pour le prix relatif à l'amélioration des laines, p. 41.

HEURTAULT-LAMERVILLE
Propriétaire à Dun-sur-Auron, département du Cher, a obtenu une des quatre médailles, pour l'amélioration des laines, p; 41.

BARBANÇOIS Charles-Hélion (1763-1822)
Propriétaire à Villegongis, département de l'Indre, s'est occupé d'améliorer les races de bêtes à laine de son département, et a remporté l'un des prix proposés par la Société, pour l'amélioration des laines ; p. 21, p. 41.

1811

Annales de l'agriculture française, rédigées par M. Tessier et par M. Bosc, Tome XLVII., Paris 1811.
p. 61-70
Notice biographique sur M. Heurtault de Lamerville, correspondant de la Société d'agriculture du département de la Seine, mort depuis la séance publique de 1810.
Jean-Marie Heurtault de Lamerville, né à Rouen en 1740, était appelé par sa naissance à servir sa patrie dans la carrière militaire ; la plus grande partie de ses ancêtres s'étaient distingués dans ce service, et l'un de ses oncles avait été lieutenant général des armées du roi. Après ses études, qu'une application constante et une mémoire prodigieuse lui firent rapidement terminer, il entra à l'âge de 14 ans parmi les pages de Louis XV ; il s'y fit tellement remarquer par son application, son zèle, son exactitude, et surtout par ses talents pour l'équitation, que le roi lui accorda une pension sur sa cassette. Placé ensuite dans un régiment, il fit plusieurs campagnes, et continua à se distinguer dans sa nouvelle carrière ; mais sa force physique ne répondait pas à l'énergie de ses facultés morales, le mauvais état de sa santé le força à quitter le service en 1771, et il emporta avec lui les témoignages d'estime et d'attachement de ses chefs et de ses camarades.
Cependant une âme aussi ardente que celle de M. de Lamerville ne pouvait rester oisive ; il avait eu toujours pour objet dans ses études ce qui pouvait le mieux contribuer au bonheur de la société, il avait beaucoup médité sur l'économie rurale. Après avoir rempli dignement sa carrière militaire, il crut pouvoir se livrer à l'exécution des projets qu'il avait formés pour l'amélioration de l'agriculture. Il pensait qu'il était possible de perfectionner cet art nourricier, encore si négligé à notre époque, toujours si bienfaisant, et toujours si peu considéré. Cet art que le vulgaire regarde comme le partage des hommes ignorants et routiniers, cet art dont l'exercice importe tant au bonheur des nations, cet art enfin dont le perfectionnement a paru si longtemps imaginaire, et dont les hommes d'état ne pouvaient s'occuper sans encourir le blâme de la bonne société, ou au moins le ridicule déversé sue elle. M. Heurtault de Lamerville ne pensait pas que tout fût au mieux en agriculture ; il ne croyait pas qu'un sol stérile dût toujours rester improductif ; il ne croyait pas que des animaux chétifs ou affectés de maladies héréditaires dussent toujours être en possession de dévaster inutilement pour le propriétaire le sol qui les avait vus naître ; il ne croyait pas qu'il fût nécessaire d'abandonner de vastes terrains à la vaine pâture, de livrer chaque année le tiers de ses propriétés à l'improductive jachère ; enfin il ne croyait pas que des procédés de culture qui dans un pays avaient augmenté les produits du sol, en l'amendant, ne pussent être appliqués avec succès dans des terres parfaitement analogues par leur nature et par leur exposition. En un mot, M. de Lamerville pensait qu'il était possible d'améliorer les procédés agricoles de nos pères, et il se livra entièrement à démontrer la justesse de ses observations.
Il acheta en 1773 la propriété de la Périsse, située dans la commune de Dun-sur-Auron, département du Cher ; elle était placée sur un sol ingrat, dans un état de dévastation déplorable, entourée de communaux et de vastes pelouses ouvertes de tous côtés ; soumise au fléau de la vaine pâture, et de plus ruinée par l'exercice de droits illimités que donnait aux maîtres de forges l'ancienne ordonnance sur les mines de fer.
On croyait dans le pays qu'il n’était possible de tirer aucun parti de ce bien rural. M. de Lamerville en jugea différemment ; il vit que ce domaine était un des plus favorables pour l'éducation des bêtes à laine, et dès lors son principal but d'exploitation fut marqué, et tous ses efforts tendirent à trouver sur ce sol, jusqu'alors peu productif, les moyens de fournir une nourriture suffisante à des moutons nombreux, d'une race supérieure à celle du pays.
C'était l'époque où le vénérable Daubenton venait de concevoir l'heureuse idée qu'il était possible, par des croisements des brebis françaises avec des béliers espagnols, de donner à nos laines indigènes un finesse et une qualité supérieures ; il avait obtenu du Gouvernement la permission de faire des expériences pour constater cet aperçu ; et M. de Barbançois, père du savant collègue que vous vous êtes attachés, avait aussi reçu des béliers espagnols pour suivre de son côté des expériences sur les effets du croisement ; il fit présent à M. de Lamerville d'un bélier âgé de 13 ans, et ce bélier a commencé dès 1781 (1781-13 = 1768) l'amélioration que M. de Lamerville a continué sans interruption et avec des succès toujours croissants jusqu'à la fin de sa carrière (1781 à 1810 ; 29 ans). En 1786, il fit venir d'Espagne même, à très grands frais, des béliers et des brebis ; il augmenta son troupeau par des acquisitions faites à plusieurs reprises à Rambouillet, et enfin il porta ce troupeau, par ses soins assidus et par des sacrifices continuels, à un nombre considérable d'animaux.
Les idées libérales qui avaient porté M. de Lamerville à ce genre d'occupation ne lui avaient pas permis de conserver pour lui seul les avantages qui devaient résulter d'une semblable conduite, aussi il mit autant de soins à propager ses moyens d'amélioration qu'il en mettait à pratiquer pour lui-même ; ses exhortation, les présents qu'ils faisaient de ses béliers aux cultivateurs peu fortunés qui environnaient son habitation, enfin les soins qu'il mettait à ce qu'il obtinssent chez eux les mêmes avantages qu'il devait chez lui à son inaltérable attention, firent prospérer cette branche d'industrie dans son arrondissement, et l'établissement de la Périsse devint une source féconde de prospérité, pour un pays dans lequel il n'avait été jusqu'alors remarqué que pour son infécondité.
M. de Lamerville n'avait jamais résisté à fournir à un cultivateur peu fortuné les moyens de donner l'essor à son goût naissant pour l'amélioration ; il appelait cet entraînement qui le portait à répandre ses bienfaits l'effet naturel de la sensibilité de tout propriétaire envers les pauvres colons. On peut le louer, Messieurs, d'avoir pensé que cette bienfaisance soutenue ne fût pas une qualité remarquable.
Dans ces moments d'effervescence et d'enthousiasme dont la nation tout entière fut agitée, dans ces moments où la faiblesse du Gouvernement et l'ignorance des gouvernés laissaient un libre essor à toutes les folies et à toutes les exagérations, où la grandeur des aperçus était souvent en raison directe de la petitesse des vues, on courait vers un mieux idéal ; et dans le choix des hommes à employer on avait recours également aux êtres les meilleurs et aux charlatans les éhontés ; tout 
ce qui marquait d'une manière quelconque était désigné, et souvent les choix de la multitude méritèrent d'être approuvés par la raison. M. de Lamerville peut servir d'exemple à l'appui de cette assertion ; il avait marqué par ses talents et par ses vertus, il fut forcé de paraître sur ce théâtre où tant d'hommes de bien n'ont recueilli de leurs efforts qu'un blâme universel, et ont reçu une mort presque honteuse pour récompense de leur dévouement.
Il fut d'abord délégué de l'Administration provinciale, et en 1789 il fut nommé député aux Etats-Généraux pour l'ordre de la noblesse du bailliage du Berry ; il n'avait point brigué cet honneur. Après la session de l'Assemblée constituante, il fut choisi pour président du Conseil du département du Cher ; en 1792, nommé de nouveau président de l'Assemblée électorale du même département, il fut élu membre de la Convention nationale ; mais sa santé très affaiblie ne lui permit pas de se rendre dans cette occasion au vœu de ses concitoyens ; il accepta la place de procureur-syndic de son département, et par la suite il fut nommé en l'an IV (1796) commissaire du Directoire Exécutif près l'Administration centrale du département du Cher. En l'an VI (1798), il fut élu député au Conseil des Cinq Cents. Avant la vérification de ses pouvoirs, le Directoire le nomma Ministre de l'Intérieur ; mais il résista aux instances des Directeurs et respecta le vœu de ses commettants. Il fur président du Conseil des Cinq Cents ; enfin, rendu à lui-même en l'an VIII (1800), il rentra dans sa propriété et put se livrer à ses goûts agricoles en remplissant les fonctions de membre du Collège électoral du département du Cher et du Conseil municipal de Dun. Dans l'Assemblée constituante, il avait été principalement employé dans les Comités d'Agriculture et de Commerce, et il y avait porté des connaissances positives qui eurent une grande influence sur diverses dispositions favorables dont l'agriculture eut à se louer à cette époque. Il proposa et obtint par sa persévérance le décret sur les biens et usages ruraux et sur la police rurale.
M. de Lamerville avait servi à la grande opération de la naturalisation des bêtes à laine surfine, non seulement par ses exemples, par ses conseils et par ses dons, mais encore par ses écrits ; dès 1786 il avait publié un très bon ouvrage intitulé : Observations sur les bêtes à laine. En l'an VIII (1798), il fit imprimer une nouvelle édition de ce traité, avec des corrections et des additions qui lui donnaient un nouveau prix. En 1808 il publia un Résumé sur les mérinos, ou Abrégé des principes généraux que tout cultivateur doit pratiquer pour la propagation de cette race. Multa paucis (Beaucoup de choses en peu de mots) était son épigraphe ; et en effet cette dissertation renferme dans un petit nombre de pages des préceptes utiles sur ce qui importe le plus de connaître et de pratiquer : un des chapitres les plus intéressants de cet ouvrage est la description de l'établissement de la Périsse et la notice historique sur les moyens par lesquels l'auteur était parvenu à conduire cet établissement au degré de prospérité qu'il avait atteint. On y voit que depuis l'an VIII (1800), époque à laquelle l'agriculture semble avoir repris une nouvelle vie, jusqu'en 1808, l'établissement de la Périsse avait vendu 900 bêtes à laine propres à faire race ; il était encore composé de 800 animaux, et avait mérité à son auteur les bénédictions du pauvre, les éloges des hommes instruits, et les honorables distinctions que la Société d'Agriculture et celle d'Encouragement de Paris avaient décernées à son propriétaire.
M. de Lamerville vint assister à vos travaux l'année dernière, et bien qu'il fût âgé de près de 70 années, son zèle pour l'agriculture ne s'était point ralenti ; ses forces physiques répondaient à son ardeur, ses vastes connaissances et la sagesse de ses conceptions promettaient encore aux amis de l'économie rurale l'appui prolongé d'un collaborateur dont l'existence était aussi utile aux progrès de l'art. Mais la mort ne respecte ni le meilleurs projets, ni les plus louables entreprises ; elle vint frapper M. de Lamerville au moment où son établissement était porté à son plus haut degré de prospérité ; elle le frappa au milieu de sa famille, dont il était adoré ; des cultivateurs de son arrondissement, qui lui doivent une existence plus heureuse ; elle le frappa enfin au moment où, après une vie si agitée, il allait jouir en paix du fruit de ses travaux, et du résultat des services qu'il avait rendus. Cependant M. de Lamerville n'est pas mort tout entier, Messieurs ; il a marqué sa carrière ; le souvenir de son zèle et de ses talents sera toujours présent à la pensée des amis de l'agriculture, et le souvenir de ses vertus ne sera pas perdu dans le pays qu'il a comblé de ses bienfaits.
 

HARTMANN Claude, Henry-Louis Duhamel du Monceau : un savant au siècle des Lumières, sa place dans la bibliothèque de quelques personnalités marquantes de l'époque
Commémoration du troisième centenaire de la naissance d’Henry-Louis Duhamel du Monceau
Mémoires de l’académie d’Orléans, Agriculture Sciences, Belles-Lettres et Arts, VIème série, Tome 10, 2000, p. 223-242

Extrait p. 227

De rang plus modeste [comparé à Charost], Jean-Marie Heurtault de Lamerville est un cadet sans fortune. Handicapé par une santé fragile, il fait une carrière médiocre dans l'armée puis s'attache à la mise en valeur du domaine de la Périsse dans le Berry, commune de Dun-le-Roy (aujourd'hui Dun-sur-Auron), qu'il peut acquérir grâce à un héritage. Partisan déclaré des idées nouvelles, il joue un rôle actif à l'Assemblée Nationale Constituante

Autres sources :

Association d'histoire des sociétés rurales. 2013/2 Vol. 40 | pages 155 à 246
https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-ruales-2013-2-page-155.htm
Compte rendu d'ouvrages
p. 207-209
Article rédigé par Florian Reynaud sur l'ouvrage :

Jean-Marie Heurtault de Lamerville : un homme des Lumières sous la Révolution. Actes du Colloque aux champs (27 et 28 mai 2011 à la Périsse, Dun-sur-Arnon, Cher), Dun-sur-Auron, Assciation des Amis de la Périsse, 2012, 172 p.

 

HARTMANN Claude. Promenade historique aux confins de la Touraine et du Berry. Seigneurs et paysans. Mémoires Académie d'Orléans, VIe série , 5, 1996, 109-120.


HARTMANN Claude. Jean-Marie Heurtault de Lamerville. Un gentilhomme cultivateur en Berry. Les Publications de l'Académie d'Orléans, 3, 2003, 83 p.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Heurtault_de_Lammerville

http://chateaumeillant-nature.over-blog.com/-

http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/%28num_dept%29/11927

http://La vie et l’œuvre de Jean-Marie Heurtault de Lammerville, agronome, physiocrate et homme politique du Cher », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 30 novembre 2010, https://calenda.org/202722

 

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