Race ovine : MÉRINOS (Origine et histoire de sa propagation en France et dans le monde)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1672

Colbert importe les béliers Mérinos d'Espagne

DESSAUX Nicolas. Penser l'amélioration animale au XVIIe siècle : les brochures de Gabriel Calloet-Kerbrat. Anthropozoologica. n° 39 (1). 2004. p. 123-132.

p. 126
Colbert s'intéresse également (en plus des chevaux) aux bovins, qu'il fait venir de Suisse (dès 1662), aux ovins, qu'il importe d'Espagne (24 béliers espagnols en 1672) et d'Angleterre (incitation pour les marins à ramener un bélier sur chaque bateau français venant d'Angleterre, même en contrebande, dès 1670). [...].
Après le départ de Colbert, bien peu de choses resteront des tentatives qu'il a initiées, et il faudra attendre près de 80 ans pour que la question de l'amélioration animales soit réellement posée. Dès 1676, les rapports des intendants montrent les dysfonctionnements du système, notamment l'irrespect des règles édictées pour les croisements. Les raisons profondes de l'échec de la politique colbertienne d'amélioration, que ce soit en matière de chevaux ou de moutons, restent mal identifiées, même si les conditions pratiques de cet échec sont connues : l'absence d'une volonté amélioratrice chez les éleveurs, fréquemment illustrée - et ce jusqu'à la fin du XVIIIe siècle au moins - par la castration de reproducteurs importés ou de leur descendance mâle.

entre 1755 et 1760

 

Jean-Baptiste-Jérôme BRUNY baron de la Tour d'Aigues (1724-1795), introduit les moutons mérinos d'Espagne sur son domaine de la Tour d'Aigues (Vaucluse)

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, publiés par la Société royale d'agriculture de Paris. Trimestre d'été 1787.

p. 31-40

Mémoire sur l'introduction des moutons et des laines d'Espagne en Provence.
Par M. le Président de la Tour-d'Aigues.

Si Varron, oncle de Columelle, n'eût point appris aux Espagnols, qu'en transposant chez eux des troupeaux d'Afrique, ils pourraient bonifier leu laine, ils n'eussent peut-être pas songé à se procurer une branche de culture qui leur est devenue si avantageuse.
En effet le Royaume du Maroc est pour l'Afrique, ce que la Province de Cachemire est pour l'Asie ; l'un et l'autre sont situés vers le 33e degré de latitude. On sait que sous ce parallèle se trouvent les plus beaux climats de l'univers ; il est donc aussi le plus favorable à la beauté des toisons.
Dans le Royaume du Maroc, la Province de Duquella, située sur l'Océan occidental, a toujours joui des plus belles qualités de laines : aussi est-il probable, que ce fut de là que Varron, et ensuite les Espagnols, ont tiré les plus belles races de moutons, quoique à des époques bien éloignées.
Il est incontestable, que les races transportées se soutiennent dans des latitudes très différentes. Le mouton anglais vient d'Espagne, celui du Texel vient des Indes ; et si le premier a un peu perdu de la finesse de sa laine, elle est devenue plus longue. Ce mouton forme actuellement une des principales races d'Europe, et celui du Texel a conservé tous les avantages de sa taille.
La Suède doit à M. Astroëmer les races de moutons anglaises et espagnoles qui y subsistent encore dans ce moment, et qui n'y ont point dégénéré.
Le mouton d'Arabie, Ovis laticauda, s'est toujours soutenu depuis le Cap-de-Bonne-Espérance jusqu'en Sibérie, puisqu'on le retrouve dans l'Arabie, la Tartarie et enfin la Sibérie. J'ai eu cette race un troupeau métis à la Tour-d'Aigues ; il avait imprimé son caractère distinctif à tous les troupeaux des environs. C'est une bonne espèce pour les boucheries ; les agneaux en sont excellents, et la graisse de la queue, qui ne sent jamais le suif, est un manger très délicat. Cette queue est à peu-près carrée par le haut : il y en a depuis 7 à 8 pouces, jusqu'à des grandeurs démesurées, elle est terminée, vers le bas, par une petite queue ordinaire, ressortant du centre de la masse.
Peu satisfait de leurs laines, je pensais à les bonifier ; un superbe bélier d'Afrique, qu'on me donna, m'en fit d'abord naître l'idée ; sa hauteur et sa longueur me surprirent ; je n'ai pas vu de laine aussi fine que la sienne, et j'aurais tenté de faire servir ce bélier à améliorer les nôtres. Mais malgré tous les avantages de sa forme, il ne m'a donnée des toisons que de deux livres au plus [1 kg]. Je fis donc couper (castrer) cet animal, qu'il ne me fut jamais possible d'engraisser, malgré la meilleure et la plus abondante nourriture. Je le vendis cependant en cet état 18 livres, prix excessif pour la toison, et j'ignore si l'acquéreur a réussi mieux que moi à engraisser ce bélier.
Je cherchai donc une race dont le produit des toisons fût plus considérable, et dont les individus fussent plus analogues à mon terrain ; je crus devoir la tirer d'un pays moins éloigné de la Provence, et je me fixais à la race espagnole.
Je priai un négociant de Marseille de m'en procurer, j'en eus bientôt, mais ils ne séjournèrent pas longtemps chez moi : leur laine était très inférieure aux laines de Provence, et cela était loin de remplir mes vues. Etonné de cet inconvénient, je pris des informations, et j'appris que si l'Espagne avait les plus belles laines, elle en avait aussi des plus mauvaises dans les Provinces bordant la Méditerranée.
Ces provinces, entièrement dédommagées par leurs soies, des avantages qu'elles retireraient des belles toisons, ne participent en aucune manière aux belles laines de Ségovie et de Léon, ni même à celles de qualités inférieures, telles celle d'Aragon, de Murcie et de Navarre. Aussi leurs troupeaux ne voyagent point, et comme ils sont principalement destinés à être engraissés, on coupe (castre) les béliers, dont la viande devient ainsi meilleure et la laine moins bonne : tandis que les béliers de bonne race, qui ne sont jamais faits moutons, donnent de superbes toisons, mais ne fournissent qu'une viande rouge, de mauvais goût, et quelquefois même malsaine ; celles des brebis est surtout dans ce cas.
Ces connaissances acquises, je ne renonçai point à mon projet, et je m'adressai à un autre négociant d'Espagne, lui demandant de faire prendre les moutons plus avant dans les terres. En effet, je reçus de très beaux animaux, soit pour la taille, soit pour la quantité de laine, puisque les béliers me donnaient constamment de 12 à 13 livres de laine, et les brebis, au moins de 7 à 8 livres.
M. Duhamel, qui voulait bien prendre quel qu’intérêt à mes essais, n'ignorant pas d'ailleurs que le pied de la montagne du Lubéron, où mes terres sont situées, est un des meilleurs pâturages de France pour les moutons, me demanda ce que ces animaux pouvaient peser étant morts, c'est-à-dire la viande nette ; j'en fis engraisser deux. Le premier, et le plus avancé en graisse, pesa 80 livres [40 kg], et le second un peu moins, c'est-à-dire 66 livres [33 kg].
Cependant, je ne voyais pas assez de cette finesse et de cet onctueux qui rendait la laine si précieuse ; j'attribuai ces variations au climat ; lors qu’ayant fait la connaissance de M. de Legente, négociant très instruit, résidant depuis longtemps en Espagne, en qualité de Commissaire des fabriques de Languedoc, je l'engageai à venir chez moi pour voir mon troupeau et m'aider de ses conseils.
Il reconnut bientôt que mes bêtes n'étaient ni ségovianes, ni léonnaises, mais navarraises, et par conséquent d'une qualité encore bien inférieure à celles que peut fournir l'Espagne. Il fallut donc me résoudre à une nouvelle réforme, et comme M. de Legente partait pour aller faire des achats, il se chargea lui-même de me procurer de vrais moutons de Léon et de Ségovie.
Il acheta sur les lieux 12 brebis et 2 béliers, mais cette acquisition n'était pas ce qu'il y avait de plus difficile à faire, il fallait conduire ces bêtes du centre de l'Espagne aux frontières, et les faire sortir du Royaume : ce qui est expressément défendu. Le troupeau arriva sur le bord de la Méditerranée, mais aucun vaisseau ne voulut s'en charger, regardant ces moutons comme un objet de contrebande ; enfin, après un long séjour, ils furent embarqués pour le Roussillon ; de là, un autre vaisseau les amena à Cette [Sète] en Languedoc, d'où ils vinrent ensuite à Marseille, après plus de 6 mois de voyage, avec une perte de moitié, et 500 livres de dépense, que je ne regrettai pas, puisque j'avais ce que je désirais depuis si longtemps.
Je fis garder chez moi ce petit troupeau à part, soit afin qu'il fût mieux nourri, soit pour éviter tout mélange avec une race étrangère.
Dès lors, la qualité de mes laines a été fixée indubitablement, et s'est parfaitement soutenue jusqu'à ce jour, c'est-dire-depuis près de 30 ans [1760], et a constamment produit la qualité de laine que j'ai l'honneur de présenter à la Société.
Cette laine égale pour la finesse celle d'Espagne ; elle a même plus de nerf et de force que celle-ci, à qualité égale ; aussi serait-elle plus propre dans la fabrication pour les chaînes des plus beaux draps.
Les fabricants du Languedoc, à qui je la fis essayer, m'assurèrent qu'ils désireraient en avoir beaucoup de pareilles pour en former tous leurs étains ou chaînes, attendu que jamais le fil n'en cassait sur le métier, ce qui leur évitait de faire des nœuds, qui, lors de la tonte des draps, forment des trous dans les étoffes.
Il ne serait pas difficile de rendre cette laine encore plus fine et plus belle qu'elle ne l'est ; il suffirait de renouveler les béliers, en les choisissant de la plus belle race espagnole.
Mais n'ayant pas assez de ces laines pour qu'elles forment un objet important dans cette fabrication, elles servent, en attendant aux manufactures des bonnets de Tunis ; dont il y en a plusieurs à Marseille à l'usage des Barbaresques. On sait que ces bonnets sont tricotés et foulés comme des draps.
M. Roussel, fabricant distingué dans cette partie, emploie mes laines, que le Gouvernement a bien voulu me permettre de faire sortir en les affranchissant de tous droits : obligation que j'eus dans le temps de M. Bertin, Ministre, dont j'ai reconnu plus d'une fois le zèle pour la chose publique, et la grandeur de ses vues, particulièrement lorsqu'il s'agissait de contribuer aux progrès de l'agriculture. M. Roussel, dis-je, m'a confirmé plusieurs fois le bénéfice qu'il retirait de mes laines, en m'assurant qu'avec un quintal des miennes, il faisait passer cinq à six quintaux de celles d'Espagne, courtes et faibles, lesquelles il ne pourrait travailler sans ce secours.
La laine de mes moutons paraît toujours plus sale, à cause de la finesse. Les flocons des plus belles se lient souvent par le suint à leur extrémité, et comme ces toisons sont très serrées, elles conservent intérieurement une huile très onctueuse, qui produit le moelleux des laines de cette qualité.
Mais nous ne voyons pas en Provence ce suint qui se condense en un suif transparent, et que j'avais souvent remarqué dans les laines d'Espagne, qui arrivent en suint à Marseille ; effet qui dépend de l'intensité et de la durée de la chaleur, bien plus considérable en Espagne qu'en Provence.
Quant au lavage, mes laines perdent 50 %, c'est-à-dire, qu'un quintal est réduit à 50 livres, lorsqu'elle est entièrement sèche.
Ce lavage se fait à l'eau chaude : pour cela, on établit une grande chaudière de cuivre auprès d'un ruisseau très clair, et d'où l'eau coule très rapidement : on fait chauffer cette eau au point, que les hommes y puissent tenir seulement les bras ; on y met la laine par partie, et assez pour remplir légèrement le vaisseau ; on l'agite en la froissant dans cette chaudière environ 8 à 10 minutes ; on l'en retire pour l'en jeter dans le ruisseau, où deux hommes, la foulant avec les pieds et avec les mains pour l'écarter, achèvent de la nettoyer. On l'étend ensuite pour la faire sécher sur la grève du ruisseau ou sur les gazons voisins.
On doit observer, qu'il faut toujours laisser dans la chaudière de l'eau sale des premiers lavages, ce qui facilite beaucoup la fonte su suint très tenace de la nouvelle laine qu'on y jette. Le degré de chaleur est aussi un point très important ; si elle était trop faible, le suint ne se détacherait point ; trop forte, elle rendrait la laine raide et lui ôterait tout son soyeux : aussi y a-t-il à Marseille et à Montpellier, des lavages avoués pour ces opérations, dirigés par des personnes très entendues, mais qui ordinairement ne dispensent point les fabricants d'un second lavage, qui est le dégrais, où, pour mieux purifier leur matière première, ils emploient l'urine.
On doit donc être persuadé que la France peut recouvrer les belles laines qu’elle possédait anciennement. En effet, du temps des Gaulois, elles furent les plus estimées des Romains ; cet avantage s'est soutenu jusqu'à ce qu'une loi prohibitive, beaucoup plus moderne soit venue anéantir un aussi antique avantage.
C'est l'effet ordinaire de ces forces de lois en agriculture, parce qu'une fois le coup porté, il faut des siècles pour remédier au mal qu'il a fait.
La France jouissait paisiblement de ses troupeaux, le Marchand et le Cultivateur avaient un intérêt égal à les perfectionner. Avant cette époque, toutes les laines se vendaient par toison, comme cela se pratique encore dans quelques provinces. La vente s'en faisait à l'ouverture du printemps ; le marché conclu, le propriétaire n'avait plus aucun droit sur son troupeau ; le marchand veillait à son bien, il faisait laver les laines à dos, quand il le jugeait à propos, et ordonnait le temps de la toison, instant auquel le troupeau rentrait sous la juridiction pour ainsi dire du propriétaire.
Alors, comme à présent, le négociant fournissait au cultivateur de quoi vivre en hiver, surtout le prix une fois fait ; et sans cela, comment vibrait le peuple des campagnes ? il en est encore de même pour les vers à soie, les huiles et autres grosses récoltes.
On croit cet arrangement abusif, et il parut une ordonnance, qui, comme celle qui concerne la vente des grains en vert, défendit de vendre les laines à dos, et rompit par-là le motif qui rendait communs les intérêts du marchand et du cultivateur. Le premier se réserva le droit d'acheter, après la tonte, la marchandise pour ce qu'elle serait, et le propriétaire, ne trouvant plus dans son troupeau les mêmes secours dans ces moments difficiles, le négligea, n'en eut plus qu'un soin très ordinaire, épargna par nécessité sur la nourriture, et ne garda plus que les mauvais agneaux pour béliers, parc qu'ils auraient moins rendu à la vente : enfin, les troupeaux dépérirent, et ne donnèrent plus que les laines que l'on voit aujourd'hui.
Les inconvénients actuels ne sont pas faciles à détruire, parce que le peuple n'a pas le moyen d'introduire de nouvelles races, qui seules pourraient y apporter remède. Les grands propriétaires, n'habitant plus les campagnes, y prennent trop peu d'intérêt ; et enfin, la crainte d'un impôt arbitraire, qui absorberait le profit et les intérêts de la dépense, rend la chose plus difficile.
Le Gouvernement peut donc seul amener sur cet objet une révolution avantageuse. C'est à la sagesse et à la prudence, à prendre les moyens que les avantages du climat et du sol de la France lui présentent depuis si longtemps ; les exemples ne lui manquent pas, il en est entouré, espérons donc qu'une révolution heureuse qui se prépare pour l'agriculture, en améliore une branche aussi importante.
 

1763

Antoine MEGRET d'ETIGNY (intendant de la Généralité de Pau et Auch), importe un troupeau de mérinos d'Espagne qu'il transfère sur son domaine près de Sens dans l'Yonne.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 17 mai. N° 38.
p. 311-312


MÉMOIRE de M. d'Étigny, sur le troupeau de béliers et brebis d'Espagne qu'il a dans sa terre de Teil, près de Sens.
Je suis Intendant depuis 1751 des Généralités de Pau et d'Auch.
Il se fait dans mon Intendance un très grand commerce de laines d'Espagne, et surtout dans les villes de Bayonne et d'Oloron.
J'ai été à portée de prendre connaissance sur ce commerce si avantageux pour l'Espagne et si nécessaire pour les manufactures du Royaume.
J'ai tenté pendant plusieurs années tous les moyens possibles pour tirer d'Espagne des béliers et des brebis de la race qui produit cette laine si précieuse ; mes soins ont été inutiles à cause de la difficulté de les sortir d'Espagne, des défenses y étant très rigoureuses et portant même peine de mort.
J'ai fait la campagne de 1762, en qualité d'Intendant de l'Armée Française qui a servi en Espagne et au Portugal ; j'ai parcouru une partie de ces deux Royaumes, et j'ai été assez heureux pour trouver du côté d'Alcantara et de Cacérès sur les frontières du Portugal, des troupeaux de l'espèce qui produit les plus belles laines.
J'examinai avec attention les pâturages qui servaient de nourriture à ces bestiaux, et je crus remarquer très peu de différence entre ces pâturages et ceux que j'ai chez moi auprès de Sens ; je me déterminai sur le champ à tâcher de me procurer à quelque prix que ce fût, un troupeau considérable en béliers et en brebis de la meilleure race, et je parvins avec beaucoup de soins et de dépenses, à faire arriver chez moi près d'Auch, au mois de Mai 1763, un troupeau de 80 brebis, 39 béliers et 3 moutons.
Ces animaux étaient très fatigués d'une route aussi longue ; ils avaient marché près de quatre mois pour venir d'Alcantara à Madrid, de Madrid à Pampelune, de Pampelune à Barcelone, de Barcelone à Perpignan, de Perpignan à Auch, ce qui fait un trajet de plus 400 lieues de France.
Le troupeau qui était arrivé à Auch avec sa toison, était chargé de poussière ; la galle fut suite de cette route, et je perdis au moins un tiers de mon troupeau.
L'été de 1763, ayant été fort chaud en Gascogne, et d'ailleurs les pâturages étant fort resserrés et peu convenables à ces animaux, la galle les gagna de nouveau dans l'automne de 1763 ; les brebis mirent bas, et beaucoup d'agneaux périrent.
J'étais à la veille de perdre le fruit de mes soins et de mes dépenses, lorsque je me procurai un Berger des montagnes des Pyrénées des plus intelligents et des plus habiles ; c'est cet homme à qui je dois le salut du reste de mon troupeau.
Ce berger me conseilla de l'envoyer avec le troupeau sur les montagnes vers les mois de mai de 1764 ; le troupeau y passa le printemps, l'été, et revint à Seillan près d'Auch dans le mois de Septembre de la même année.
Je fis venir à Auch dans l'été de 1764, de ma terre de Teil près de Sens, un Berger qui y était à mon service, je l'envoyai joindre au commencement d'Août mon autre berger sur la montagne en lui recommandant de seconder ses soins, et de bien examiner sa façon de conduire et de traiter son troupeau.
Ces deux Bergers étant revenus de la montagne, je crus que c'était la saison la plus convenable pour faire arriver chez moi, dans mes terres auprès de Sens, mon troupeau de béliers et de brebis d'Espagne.
Les deux bergers munis de leurs passeports et d'une provision de remèdes propres aux animaux qu'ils conduisaient, mirent près de 40 jours pour arriver d'Auch (Gers) à Passy près de Sens (Yonne). Les pluies furent quasi continuelles ; ces animaux arrivent très fatigués, et surtout les brebis qui étaient pleines.
Ce troupeau arriva (à Passy près de Sens) dans les premiers jours de Novembre (1764), les brebis commencèrent à mettre bas à la fin du même mois, elles n'avaient presque pas de lait, ce qui demanda encore beaucoup de soins et de dépenses, tan pour la nourriture des mères brebis auxquelles on ne refusait ni avoine, ni son, ni sel, ni orge cuit et moulu, que pour celle des agneaux.
Une partie des agneaux périt malgré les soins des deux Bergers, ceux qu'ils trouvent le moyen de conserver, ont bien réussi, et seront en état de faire la monte en 1766.
Le Berger de la montagne m'a confirmé dans l'idée que j'avais de l'excellence de mes pâturages. Ils sont composés de friches et de bruyères dans lesquelles il y a quelques buissons d'épines, des sauvageons, des trembles et des bois blancs. Ils forment une étendue d'environ une demi-lieue en tous sens. Les brebis, les béliers et agneaux y trouvent en tout temps et en abondance une herbe plus ou moins fine, suivant les cantons ; le terrain y est très sec presque partout.
Le Berger de la montagne me demanda la permission de s'en retourner dans son pays au printemps de 1765, et depuis cette époque le troupeau est resté sous la conduite de l'autre Berger auquel j'ai donné un garçon de 16 à 18 ans pour le seconder.
Ce berger a très bien gouverné ce troupeau, s'est donné beaucoup de soin, mais il n'a pas pu garantir des suites du grand froid les brebis et les agneaux qui sont nés en Novembre et Décembre de l'année 1765, et en Janvier 1766. Les brebis n'ont pu sortir à cause de la neige qui a couvert la terre, et elles ont manqué de lait quoiqu'on leur ait donné suffisamment du foin, de la paille de froment et de seigle, de l'avoine, du sel et de l'orge.
Malgré tous les soins qu'on a pris des agneaux je n'ai pu conserver que les 3/5 au plus. J'espère à l'avenir me mettre à l'abri de ces pertes, en faisant saillir plus tard mes brebis. Il y a tout lieu de croire qu si les brebis ne commencent à mettre bas qu'à la fin Février, elles ne manqueront pas de lait et que les agneaux seront beaucoup plus aisés à élever.
La suite à l'ordinaire prochain.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Mardi 20 mai. N° 40.
p. 317-318
Suite du Mémoire de M. d'Étigny, etc.
CONNAISSANCES que j'ai prises en Espagne sur la nourriture des bêtes à laine.
Un grand nombre de personnes croient que toutes les laines d'Espagne se ressemblent ou sont du moins peu différentes pour la finesse et la qualité ; c'est une erreur, et il est constant qu'il y a beaucoup plus de différence entre les laines en Espagne, qu'il n'y en a entre les laines des différentes Provinces de France.
Je ne connais pas précisément tous les cantons d'Espagne, relativement aux laines qu'ils produisent, j'ai seulement appris sur les lieux, que les laines de la plus grande finesse et de la meilleure qualité, proviennent des bestiaux de Castille nouvelle, de la Castille vieille, de l'Estremadoure Espagnole et Portugaise et des environs de Séville ; cette espèce de laine se vend toute lavée à raison de 8 à 12 réaux de veillon la livre, c'est-à-dire de 40 l. à 3 livres de notre monnaie, un peu plus ou un peu moins, suivant les demandes qui en sont faites, et proportionnément au produit de la tonte qui n'est pas toujours égal.
Ces troupeaux appartiennent pour la plupart aux Grands Seigneurs d'Espagne et aux maison Religieuses qui sont fort riches. Chaque troupeau est de 500, de 1 000, de 2 000 et quelquefois de 3 000 bêtes, surtout en moutons. Deux, trois, quatre hommes conduisent un troupeau et se relayent pour y veiller continuellement. 
Ces troupeaux n'entrent jamais dans aucune étable ; ils restent dehors nuit et jour dans toutes les saisons, exposés à toutes les injures du temps ; chaque troupeau a sa marque distinctive.
On m'a assuré qu'il y avait des Seigneurs qui possédaient jusqu'à 20, 30, 40 000 bêtes à laine. 
Il est aisé de concevoir que ces troupeaux restant toujours dehors, n'ont d'autre nourriture que l'herbe qu'ils pâturent. Cette herbe est ordinairement très fine.
Il faut observer qu'on ignore en Espagne, pour ainsi dire, jusqu'au nom de prairies, surtout dans les provinces qui produisent cette laine si célèbre par sa finesse et sa qualité.
Il serait bien à désirer que les propriétaires de bêtes à laine en France, fussent instruits de tous les maux que leur cause la dépaissance dans les prairies, et surtout dans celles qui sont humides et qui produisent une herbe aigre et grossière.
Les troupeaux voyagent en Espagne pendant presque toute l'année ; ils vont de la Castille nouvelle dans la Castille vieille, et de là du côté de Séville et dans l'Estremadoure Espagnole et Portugaise, et la même année ils reviennent de l'Estremadoure dans les Castilles, où l'on fait presque toujours la tonte ; ces troupeaux parcourent ordinairement chaque année une étendue de 150 à 200 lieues de Pays. Je n'ai pris que de légères connaissances sur la tonte et sur le lavage des laines, il me sera fort aisé de me procurer des mémoires sûrs, relativement à ces deux objets, dont le dernier surtout est très important.
Je n'ai pas osé faire observer à mon troupeau d'Espagne le même régime pour la nourriture ; je me suis procuré des bergeries fastes et bien percées, qu'on peut échauffer en hiver et rafraîchir en été ; je n'ai pas même osé faire parquer mon troupeau, mais dans les chaleurs, j'ai bien recommandé de le faire sortir de grand matin, de le rentrer sur les dix heures, et de ne le ramener à la pâture que vers quatre ou cinq heures après midi.
Dans l'été de 1765, à la fin du mois d'Août qui a été très chaud, mes béliers et mes brebis que mon Berger avait laissées dehors, furent frappées d'un coup de soleil. Ils couraient de côté et d'autre, tournaient et finissaient par tomber et se pâmer, pour ainsi dire. Le berger secouru par quelques voisins fit rentrer le troupeau, avec beaucoup de peine ; dès qu'il fût à l'ombre, les accidents disparurent, et mes bêtes à laine revinrent dans leur état naturel.
Pendant les grandes chaleurs, et par un temps bien assuré, mon troupeau a couché dans la cour de la ferme et s'en est très bien trouvé.
Quand le troupeau sera augmenté par la multiplication, je me propose de faire l'essai sur une partie, et de le conduire nourrir comme en Espagne. 
La suite à l'ordinaire prochain.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 24 mai. N° 41.
p. 325
Suite du Mémoire de M. d'Étigny, etc.
TONTE du Troupeau, vente et qualité de la laine.
Mon troupeau est arrivé à Auch au mois de Mai 1763, il était composé, comme je l'ai dit plus haut, de 80 brebis, 39 béliers et 9 moutons ; la tonte fut faite peu de ours après, et elle produisit 900 livres de laine que je vendis 90 livres le quintal, sans être lavée et petit poids à Messieurs Poey et Augerot, qui ont à Nay en Béarn une Manufacture de bonnets, façon de Tunis ; je leur vendis au même prix en 1764, et ce prix était beaucoup trop bas, puisque la tonte de 1765 fut vendue au sieur Epoingy de Sens 275 livres le quintal, poids de marc, avec les quatre au cent. Il est vrai que la tonte de 1765, avait été lavée en eau courante. Il n'y a pas la moindre différence entre la laine de la tonte de 1763 et celles de 1764 et 1765, c'est la même finesse, la même blancheur, et les tontes ont produit à peu près autant, proportionnément au nombre de bêtes à laine.
Les moutons produisent ordinairement 4 à 5 livres de laine lavée, les béliers 3 à 4 livres et les brebis 2,5 à 3 livres. 
J'ai fait faire des tontes jusqu'à présent sans que les bêtes fussent lavées ; je crois cependant qu'il serait convenable de les laver avant la tonte ; je ferai ces deux expériences à la tonte prochaine pour connaître quelle est la meilleure façon de procéder, et j'y serai très attentif à garder à chaque tonte, à commencer cette année 1766, six livres de laine, que je ferai laver avec soin et étiqueter, afin de pouvoir faire comparaison de la laine de cette année avec celle que j'aurai par la suite.
La suite à l'ordinaire prochain.

Gazette du commerce de l'agriculture et des finances. Année 1766. Du Samedi 31 mai. N° 43.
p. 341-342
Suite du Mémoire de M. d'Étigny, etc.
MÉLANGE DES RACES.
Quelles ont été les suites de ce mélange.
J'ai parlé dans le premier chapitre de ce Mémoire de la nécessité de la nécessité où je m'étais trouvé d'envoyer mon troupeau à la montagne pendant l'été de 1764.
Les Communautés auxquelles je m'adressai, me permirent de faire mener mon troupeau dans leurs pâturages, j'allais dans le mois d'Août le visiter je l'avais fait descendre à Bagnères-de-Luchon ; deux Syndics des Communautés auxquelles appartenaient les montagnes, où mon troupeau pâturait, se rendirent à Bagnères et me prièrent très instamment de leur prêter deux béliers ; j'eus toutes les peines du monde à leur faire entendre que je les leur donnais, ils me comprirent enfin, à force d'explication. Ces bonnes gens ne pouvaient s'imaginer que je voulusse leur faire un aussi beau présent ; nous nous quittâmes fort contents les uns des autres, et je crus qu'ils auraient le plus grand soin des deux béliers que je leur avais donnés et qui n'étaient qu'une faible marque de ma reconnaissance pour la permission qu'ils m'avaient accordé de faire pâturer mon troupeau sur leurs montagnes.
En 1764, à la fin de Septembre, quand je fis partir mon troupeau d'Auch pour se rendre chez moi à Vaumorin, auprès de Sens, dans ma terre de Teil, mes deux Bergers me représentèrent qu'il y avait quelques béliers et brebis qui auraient peine à soutenir la fatigue de la route. Je me déterminai à faire un triage de 28 à 30 bêtes des plus faibles, et de ces 30 bêtes, j'en donnai 4 à M. le Marquis d'Astorg auprès d'Auch, et j'envoyai le reste aux Communautés auxquelles j'avais donné les deux béliers ; je leur annonçai que je renonçais à la tonte de chaque année, et que je ne me réservais que les agneaux femelles qui naîtraient, leu abandonnant outre la tonte tous les béliers existants et qui naîtraient à l'avenir. Mes soins ont été inutiles, ce troupeau a été négligé et très mal soigné, le sieur Lassas mon Subdélégué à Mourjau, m'ayant marqué au mois d'Août 1765, que mon petit troupeau dépérissait de jour en jour, j'ai pris le parti de le faire revenir à Auch ; il s'est trouvé réduit à onze brebis sans aucun bélier. Il est actuellement à Scillau près d'Auch, et j'ai été obligé de donner à ces brebis un bélier du Pays ; je verrai quelle sera la qualité de leurs productions.
Mon troupeau était composé de 107 brebis et béliers à son arrivée à Vaumorin au mois de Novembre 1764. Comme j'avais un nombre de béliers plus que suffisant pour les brebis, j'ai pris le parti d'acheter 150 brebis de Sologne auxquelles j'ai donné trois de mes béliers : la rigueur de cet hiver a fait périr la moitié des agneaux qui sont nés, j'en ai reçu les peaux, et j'ai remarqué avec grand plaisir que la moitié de ces peaux d'agneaux, ont les unes, en partie, et les autres, presque totalement la même qualité de laine que celles des agneaux de mon troupeau d'Espagne, il est aisé de s'en convaincre par la comparaison des unes aux autres.
J'ai distribué dans cinq de mes Paroisses, treize béliers ; je comptais leur rendre un grand service, et que les propriétaires des brebis se donneraient pour mes béliers ; j'ai été bien trompé dans mes espérances, les uns ont perdu les Béliers, d'autres les ont abandonnés ; je n'ai pu en rassembler que huit, encore ont-ils rapporté la galle dans mon troupeau ; mon berger s'en est heureusement aperçu et s'est donné des soins pour arrêter le progrès de ce mal.
J'ai aussi envoyé l'été dernier (1765) à M. Turgot, Intendant de Limoges, et sur sa demande, quatre béliers, et je les ai adressés à M. de Rochebrune, Commissaire des guerres, auquel je me propose d'envoyer quelques peaux de mes agneaux métis ; je ne doute point des soins de M. de Rochebrune d'après la recommandation de M. Turgot.
Fin.

1768

Léon-François de BARBANÇOIS, à Villegongis (Indre), introduit en Champagne Berrichonne 3 béliers mérinos acquis auprès de veuve Antoine MEGRET d'ETIGNY.

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839
p. 6
M. Léon François de Barbançois (1717-1795), brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, de madame veuve Mégret d'Étigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Étigny, propriétaire dans l'Yonne près de Sens), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps.

1770

Traité des bêtes à laine ou méthode d'élever et de gouverner les troupeaux aux champs et à la bergerie : Ouvrage pratique, suivi du dénombrement et de la description des principales espèces de bêtes à laine dont on fait commerce en France ; avec un état des différentes qualités de laines et des usages auxquels elles servent dans les manufactures. Par M. CARLIER, Tome Premier, des imprimeries de Louis Bertrand, à Compiègne et se vend à Paris chez Vallat la Chapelle, Librairie au Palais, sur Perron de la Sainte-Chapelle, au château de Champlâtreux. M. DCC. LXX (1770)

p. 83-87
Troupeaux d'Espagne 
"Les troupeaux d'Espagne à toisons fines sont distingués des autres par le nom de Transumantes. Ils se trouvent dans une partie de la Castille neuve, aux environs de Ségovie et en divers cantons de la Castille vieille, depuis Burgos en suivant les montagnes ou la Siera de Urbion jusqu'aux frontières d'Aragon et de la Navarre, en allant de l'Ogrogne à Agreda, et en pénétrant dans l'intérieur du pays du côté d'Almazan, ville située sur la grande route de la Navarre à Madrid.
Les plus belles branches de Transhumantes sont celles de Ségovie, de Paular, de l'Escurial, de Guadeloupe, de Bexas, de l'Infantado, de Luco, de Négrette, de l'Escobar, etc.
Il y a aussi quelques troupeaux de bêtes Transumantes en Aragon et en Estramadure, mais dans le vrai tout ce bétail, surtout celui de Ségovie, n'a pas de patrie : il est toujours ambulant.
La conduite et la manutention de ce peuple d'animaux se confient à des Intendants ou Inspecteurs appelés Majorales et à des bergers subordonnés à ces derniers. Les simples bergers vivent misérablement étant mal nourris et gagnant peu. 
L'immensité des terres incultes offre aux troupeaux une longue suite de pâturages contigus, où les Inspecteurs et les bergers dont voyager ce bétail d'un bout de l'année à l'autre.
Les qualités d'herbes se diversifient suivant la nature de lieux. Celles que jettent les terres propres au labour qu'on néglige de cultiver, ont plus de suc que les plantes des terrains secs ou élevés. Les conducteurs peuvent parcourir quatre et cinq lieues d'excellents fonds, et jusqu'à vingt lieues de terres médiocres ou mauvaises sans courir les risques de faire tort aux productions.
Le plus grand nombre de bêtes à laine quittent leurs patries dans le courant du mois d'août pour aller s'établir en Andalousie et en Estremadure. Celles des environs de Soria sont conduites dans les montagnes de Burgos et de Biscaye : le voyage dure deux mois. Les bergers ont la liberté de faire pâturer le long de la route, en dirigeant leur marche sur une ligne qui est marquée, excepté dans les pâturages clos et privilégiés des communautés.
Les gardiens s'avancent à très petites journée pour ne pas fatiguer leurs ouailles. La diligence qu'ils pourraient faire ne servirait à rien, parce qu'il ne leur est pas permis de prendre possession des pâturages d'hiver avant le premier novembre. Arrivés dans leurs cantonnements, ils y demeurent jusqu'à la fin de février.
Le retour des troupeaux emporte à peu près le même temps que le premier voyage, c'est-à-dire deux mois plus ou moins relativement à l'éloignement des lieux. Ils se rendent ordinairement sur les domaines de propriétaires à la fin d'avril et dans le courant du mois de mai.
Il n'est pas toujours au pouvoir des maîtres de faire voyager ainsi la totalité de leurs bêtes ; ils éprouvent souvent la nécessité d'en garder une partie dans les pâturages des lieux de leur résidence. Ils payent fort cher cette privation. Les bêtes Transhumantes qui ne passent pas alternativement des pâturages d'été dans les pâturages d'hiver, dégénèrent d'une année à l'autre, au point qu'après sept ans de ce séjour forcé ce bétail et celui qui en provient change de nature, et est réputé commun ou estante. De riches particuliers ayant formé en Estremadure des troupeaux considérables de la plus belle espèce, ont eu le déplaisir de les voir dégénérer malgré l'abondance des pâturages. Ce changement a été attribué avec raison à ce que les animaux avaient cessé de voyager.
Les toisons des bêtes qui passent l'été dans les quartiers d'hiver n'ont plus la même finesse : quant à celles qui restent toute l'année dans les pâturages d'été, outre qu'on ne peut pas leur procurer une nourriture suffisante, on est obligé de les renfermer dans les bergeries, dont le séjour dégrade beaucoup la blancheur et la qualité des toisons. La laine des moutons qui ont ainsi passé l'hiver se distingue à la couleur et à l'odeur.
Il est assez indifférent que le retour avance ou retarde, pourvu que les troupeaux soient rendus à leur destination au temps de la tonte qui est la moisson des propriétaires.
Ce retour se fait dans le même ordre et par les mêmes lieux qu'en allant. Le bétail sortant d'Estremadure est obligé de passer par un endroit (Puerto) où l'on paye un droit en nature d'une brebis sur vingt. Plusieurs péagers ont la permission de choisir dans vingt bêtes celle qui leur paraît la plus belle, et l'ont sent assez qu'il n'y manquent pas.
La tonte de fait à Ségovie dans le mois de mai et à Soria dans le mois de juin.
Les troupeaux qui ont été tondus ne séjournent pas à Ségovie, ils passent aux montagnes de Léon, des Asturies et de Galice.
On connaît par ce qui vient d'être exposé que l'espèce Transhumante ne fait aucun séjour dans les bergeries : cette vie sauvage les garantit de la plupart des maladies, et il n'y a guère de mortalité en Espagne qu'immédiatement après la tonte où les bêtes dégarnies souffrent beaucoup du froid.
On donne la brebis au bélier à la fin du mois de juin, pour mettre bas en décembre.
Le climat de l'Espagne est très chaud pendant l'été ; mais cette chaleur se fait moins sentir dans les pâturages destinés à recevoir les troupeaux que dans le reste de cette grande Monarchie.
L'herbe des pâturages de la vieille Castille est très courte et en général peu abondante : celle des quartiers d'hiver est beaucoup plus longue et plus garnie : il y a même des années où les brins sont aussi hauts que les moutons qui s'en nourrissent.
Le bétail qui passe en Estremadure mange des feuilles de vigne et du gland, dont il y a une bonne provision sur la route qu'il tient pour y arriver. Il pâture aussi dans les chaumes après la moisson et sur les jachères.
L'usage du sel a lieu en Espagne : on en donne une ; deux et trois fis la semaine, selon les circonstances. 
La vente des bêtes de réforme se fait en deux saisons : immédiatement après la tonte et avant l'entrée de l'hiver.
 

1776

Deuxième introduction de Mérinos

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839
p. 6-7
M. Léon François de Barbançois (1717-1795), brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, le madame d'Etigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Etigny, propriétaire à Etigny dan l'Yonnne), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps. Ces essais furent mis sous les yeux de Turgot, contrôleur général des finances, l'un des ministres qui aient su le mieux apprécier le mérite d'une tentative, et dont les vues d'utilité publique n'ont jamais été contestées. Aussi fit-il venir d'Espagne, en 1776, deux cents (200) bêtes à laine, béliers et brebis compris. Ils furent distribués entre M. de Trudaine, intendant des finances, qui les plaça dans sa terre de Montigny dans la Brie, M. de Barbançois (à Villegongis dans l'Indre), M. Daubenton et M. Dupin. M. de Barbançois eut pour sa part 40 mères et 6 béliers, qui arrivèrent à Villegongis en 1777. Dans la suite il y joignit quelques béliers de Rambouillet. De ces animaux et de ceux du pays il composa deux troupeaux, un de race pure et l'autre de métis. Cette distinction a-t-elle continué ? je ne puis l'assurer ; ce qu'il y a de certain, c'est que ses enfants conservent encore aujourd'hui (1839) un troupeau qui a de la réputation. Au reste ces détails (on les trouve au trimestre d'automne de 1791, de la Société d'agriculture de Paris) m'ont paru d'autant plus dignes de confiance, qu'ils ont été donnés par M. le duc de Chârost, administrateur des auspices de Paris, homme auquel les arts, les sciences et l'humanité ont de grandes obligations. On aurait pu dire de lui qu'il était identifié avec l'amour du bien. M. de Trudaine plaça sa portion de l'importation dans sa terre de Bourgogne. Celle de M. Daubenton lui servit à Montbard pour ses expériences. Je n'ai pas su ce qu'était devenue celle de M. Dupin.

1777

Léon-François de BARBANÇOIS, à Villegongis (Indre), introduit en Champagne Berrichonne, 40 brebis et 6 béliers importés d'Espagne par TURGOT (contrôleur général des finances)

Ces animaux constituent la base du troupeau mérinos de Villegongis pendant 30 ans

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture). Paris 1839
p. 6-7


M. Léon François de Barbançois, brigadier des armées du roi, propriétaire dans le Berry, où il avait une terre appelée Villegongis, sachant que les béliers et brebis Mérinos d'Espagne avaient été très avantageusement introduits en Suède, pensa que son pays serait encore plus propre à en recevoir et à les faire prospérer, la race indigène ayant déjà un certain degré de finesse. Il obtint en 1768, le madame d'Etigny (veuve de l'Intendant de Gascogne et Béarn, Antoine Mégret d'Etigny, propriétaire à Etigny dan l'Yonne), trois béliers, qu'il mit à la monte avec des femelles de son troupeau. Les laines qui en résultèrent passèrent les espérances. Des manufactures de Châteauroux, Elbeuf et Louviers les trouvèrent égales à celles d'Espagne et en firent de beaux draps. Ces essais furent mis sous les yeux de Turgot, contrôleur général des finances, l'un des ministres qui aient su le mieux apprécier le mérite d'une tentative, et dont les vues d'utilité publique n'ont jamais été contestées. Aussi fit-il venir d'Espagne, en 1776, deux cents (200) bêtes à laine, béliers et brebis compris. Ils furent distribués entre M. de Trudaine, intendant des finances, qui les plaça dans sa terre de Montigny dans la Brie, M. de Barbançois (à Villegongis dans l'Indre), M. Daubenton et M. Dupin. M. de Barbançois eut pour sa part 40 mères et 6 béliers, qui arrivèrent à Villegongis en 1777. Dans la suite il y joignit quelques béliers de Rambouillet. De ces animaux et de ceux du pays il composa deux troupeaux, un de race pure et l'autre de métis. Cette distinction a-t-elle continué ? je ne puis l'assurer ; ce qu'il y a de certain, c'est que ses enfants conservent encore aujourd'hui (1839) un troupeau qui a de la réputation. Au reste ces détails (on les trouve au trimestre d'automne de 1791, de la Société d'agriculture de Paris) m'ont paru d'autant plus dignes de confiance, qu'ils ont été donnés par M. le duc de Chârost, administrateur des auspices de Paris, homme auquel les arts, les sciences et l'humanité ont de grandes obligations. On aurait pu dire de lui qu'il était identifié avec l'amour du bien. M. de Trudaine plaça sa portion de l'importation dans sa terre de Bourgogne. Celle de M. Daubenton lui servit à Montbard pour ses expériences. Je n'ai pas su ce qu'était devenue celle de M. Dupin.

1781

Jean-Marie HEURTAULT de LAMERVILLE, à Dun-sur-Auron (Cher), [Champagne Berrichonne], obtient un bélier mérinos auprès de Léon-François de BARBANÇOIS

Annales de l'agriculture française, rédigées par M. Tessier et par M. Bosc, Tome XLVII., Paris 1811.
p. 61-70

"Léon-François de BARBANÇOIS fit présent à M. de Lamerville d'un bélier âgé de 13 ans, et ce bélier a commencé dès 1781"

1786

Louis XVI importe un troupeau de mérinos d'Espagne pour constituer la bergerie de RAMBOUILLET

La bergerie de Rambouillet et les Mérinos, par Léon BERNARDIN ancien directeur. Paris 1890. 136 pages.
Extrait p. 2-3

Les mérinos espagnols, alors en grande réputation, qui déjà avaient attiré l'attention de plusieurs contrées d'Europe, ne pouvaient être oubliées.
M. d'Angivillier, intendant général du domaine de Rambouillet, consulta Daubenton et Tessier à leur sujet, et sur l'avis de ces deux hommes de science et d'expérience, il fit demander par Louis XVI, à son parent le roi d'Espagne, la liberté d'importer des cavagnes ou bergeries si renommées de son pays, un troupeau de bêtes à laine superfine.
Cette demande fut très favorablement accueillie, et le 15 juin 1786 un troupeau était réuni aux environs de Ségovie et partait pour la France sous la conduite de bergers espagnols.
En se mettant en marche, ce troupeau comprenait 383 têtes dont : 334 brebis, 42 béliers et 7 moutons conducteurs.
Ces bêtes provenaient des cavagnes suivantes, toutes de races léonaises :

Pérales : 58 têtes
Perella : 50
Paular : 48
Negressi : 42
Escurial : 41
Alcola : 37
San Juan : 37
Portago : 33
Iranda : 20
Salazar : 17

Dix-sept moururent durant le voyage. Au dire de M. Bourgeois père, placé à la tête de l'établissement rural le 14 août, à l'arrivée à Rambouillet le 12 octobre 1786, il ne restait plus que 366 têtes dont : 318 brebis, 41 béliers et les 7 moutons conducteurs. etc.
Tout tend donc à prouver que la première importation de mérinos faite à Rambouillet, la seule qui à vrai dire ait constitué le troupeau se composait réellement d'animaux d'élite.

1791

La Société d'agriculture de Paris distribue des géniteurs mérinos aux éleveurs 

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Trimestre d'automne 1791.

p. xxiij (23)

La Société a distribué cinq béliers et cinq brebis à laine superfine de race espagnole : savoir, un bélier et une brebis à la Société d'agriculture établie cette année à Brienne, département de l'Aube ; un bélier et un brebis à la Société d'agriculture formée cette année à Saint-Mihel, département de la Meuse ; un bélier et une brebis à M. Hell, député de l'Assemblée Nationale Constituante, correspondant de la Société, à Landzer, département du Bas-Rhin ; un bélier et une brebis à M. Robert, laboureur à Rouvre près de Dreux, département de l'Eure-et-Loir ; un bélier et une brebis à M. Hervieu, cultivateur à Orme, département de l'Eure.
 

1791

Prémices de croisements Mérinos-races anglaises.

(précurseur de la race Ile-de-France : Dishley-Mérinos, par Yvart vers 1830)

Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société royale d'Agriculture. Paris, Trimestre d'automne 1791.
p. xij (12)
La Société avait annoncé qu'elle distribuerait dans cette assemblée (Séance publique le 28 décembre 1791, dans la salle où se faisaient les examens de la Sorbonne), des Médailles d'or aux personnes qui se seraient distinguées par l'emploi de quelque procédé nouveau ou peu connu, ou qui auraient concouru de manière efficace, aux progrès de l'Agriculture, et au bien-être des cultivateurs ; ces prix ont été décernés, savoir :
p. xx-xxj (20-21)

 

À M. E. P. Chemilly, résidant à Bourneville, près de Ferté-Milon, département de l'Oise ; M. Chemilly s'est procuré, à diverses reprises, d'Angleterre, des bêtes à laine longue ; il les a alliées avec des brebis d'Espagne, et a formé ainsi une race de moutons qui donnent des toisons de la plus belle qualité. Il possède actuellement deux troupeaux composés chacun de plus de 500 de ces animaux.

1795

Traité de Bâle entre la France et l'Espagne

Histoire des Mérinos en France, de M. TESSIER (Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture ...). Paris 1839

p. 48-49

Traité de Bâle signé avec l'Espagne signé le 22 juillet 1795 (4 thermidor an III) par François Barthélémy (1747-1830) depuis pair de France (1814), et Dom Domingo Yriarte.
Clause secrète : l'Espagne laissait sortir de son royaume pour la France 4 000 brebis et 1 000 béliers mérinos, non compris 200 chevaux andalous.
(par suite de conventions stipulées dans ledit traité, la France rendait ses conquêtes en Biscaye et en Catalogne, et l'Espagne cédait sa partie de Saint-Domingue)

1796

Mérinos de NAZ

Troupeau de mérinos de MM. Girod, Perrault et Montanier... pays de Gex dans l'Ain.

Le troupeau tire son origine de celui de M. Girod de l'Épeneux, et lui est maintenant réuni pour les ventes. Ce propriétaire éclairé et plein de zèle, est allé lui-même, il y a environ 25 ans (vers 1796), choisir en Espagne le noyau du troupeau actuel parmi un choix de bêtes léonaises. etc..
 

1799

Introduction des Mérinos en Australie

Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation, Tome 3, 1857.
Rapport sur les objets donnés à la Société zoologique par MM. Mac Arthur et Bousfield, commissaires de l'Australie à l'Exposition universelle.

p. 58
Les colons anglais qui, depuis 1788, ont fondé en Australie d'importants établissements, et dont le nombre s'accroît tous les jours par la venue d'émigrants européens, ont amené dans ce pays une partie des animaux domestiques et des plantes cultivées en Europe, et ces acclimatations ont parfaitement réussi. Tout le monde connaît l'immense développement qu'ont pris en Australie les troupeaux de mérinos, dont l'introduction est due à M. Mac Arthur, père du commissaire actuel, et la quantité considérable de laine fine qui est actuellement livrée à l'exportation.

p. 64
En 1799, des baleiniers anglais, pêchant dans les mers du Sud, capturèrent un navire espagnol qui conduisait au Pérou 30 bêtes mérinos de pure race choisies parmi les plus beaux troupeaux d'Espagne. Telle est l'origine des célèbres laines australiennes qui se vendent dans un marché spécial tenu à Londres deux fois par an et que fréquentent les plus grands fabricants du monde entier. Ces laines n'ont cessé d'être entretenues et améliorées par les plus belles races et par les soins des planteurs Cox, Marsden, Palmer, Mac Arthur.

 

1828

Mérinos de MAUCHAMP


L'origine de la race de Mauchamp remonte au mois de décembre 1828. A cette époque, M. Graux (éleveur à Juvincourt-et-Damary, lieudit Mauchamp, Aisne) trouva dans son troupeau un agneau mâle complètement différent des autres par la longueur et le brillant de la mèche et aussi par sa conformation singulière.

1857

Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation, Tome 3, 1857.

p. 422
Ce fait (nécessité d'un bonne production fourragère) n'avait pas échappé à la sagacité de Daubenton, auquel notre agriculture et notre industrie doivent tant de progrès, notre pays tant de sources de richesses et de prospérité. Lorsque le célèbre naturaliste-agriculteur voulut s'occuper de l'acclimatation et du perfectionnement du Mérinos que la France n'avait jamais pu faire prospérer sur son sol avant lui, loj de diriger ses études sur l'espèce ovine seulement, il s'occupa en même temps de la multiplication des fourrages par la prairie artificielle. Ce fut à Montbard (Auxois, en Côte-d'Or ; ferme de Coutangy), sa patrie et celle de Buffon, où il établit son champ d'expériences agricoles qu'il appliqua ses idées en économie fourragère. La Bourgogne, la France entière, lui doivent la plus grande partie des progrès qu'elles ont obtenus sous ce rapport. Le savant François-Hilaire Gilbert (1757-1800), disciple de Daubenton publia un ouvrage sur cette question importante, et c'est de cette époque surtout que date l'extension donnée à la culture des fourrages artificiels dont les produits ont enrichi les contrées qui les ont adoptés.

p. 423-424
Un seul point de la question de l'amélioration des races a été élucidé et n'est plus douteux pour personne, non seulement en France, mais dans toute l'Europe. Ce point est l'acclimatation et le perfectionnement du Mérinos, sur lequel on avait discouru pendant un siècle entier (Colbert en 1666-1766) avant l'aide que prêta la science de la nature. On avait fini par conclure que cet animal si précieux pour notre agriculture et notre industrie, ne pouvait pas être élevé chez nous. Des expériences l'avaient prouvé, disait-on, pendant 100 ans consécutifs. Daubenton étudia la question et la résolut dans le court espace de 10 ans (1776-1786). Avant lui notre pays était tributaire de l'étranger ; aujourd'hui la France marche à la tête de toutes les nations pour la production de moutons à laine fine, et elle doit à la science de la nature cette source immense de richesse nationale.

p. 429-430
Du reste, quels que fussent les efforts de Buffon pour faire triompher ses idées, la science pratique de l'acclimatation ne date en France que de 1766, époque où Daubenton commença ses travaux au Muséum sur les Mérinos, travaux qu'il communiquait périodiquement à l'Académie des sciences. La ménagerie d'études expérimentales ne fut fondée qu'en 1793, cinq ans après la mort de Buffon. On n'avait de trace d'acclimatation de mammifères que par les animaux domestiques que nous possédions, et dont la conquête sur le règne anima remonte aux temps les plus reculés. Nous n'avons aucun indice sur cette époque, et une question engourdie depuis des milliers d'années ne se réveille pas brusquement pour suivre immédiatement son cours ; il lui faut quelquefois des siècles entiers pour reprendre sa marche et arriver à une solution.
Toutefois les faits de naturalisation accomplis à la ménagerie du Muséum depuis quelques années, et la formation de la Société d'acclimatation qui pourra les mettre en pratique dans diverses exploitations agricoles, sont un symptôme qui paraît décisif. On ne dira pas que l'acclimatation et la domestication d'espèces nouvelles sont le rêve d'une imagination vagabonde, une utopie. La réponse à ceux qui tiendraient d'ailleurs un pareil langage ne serait pas difficile. L'acclimatation du Mérinos, qui date d'hier, est-elle un rêve ? et si ce précieux animal est si bien multiplié par nos agriculteurs aujourd'hui, pourquoi n'en serait-il pas de même de tant d'autres ?

p. 430-431
Je puis donc conclure avec raison, que nous avons beaucoup à espérer de la science de l'acclimatation d'après les expériences faites, les succès obtenus au Muséum d'histoire naturelle de Paris. La majeure partie des animaux que je viens de citer s'y est naturalisée et s'y multiplie sans précautions exceptionnelles, sans autres soins que ceux qui sont prescrits par la science employée au siècle passé pour acclimater les Mérinos. Nous pouvons don dire que la quantité des animaux domestiques peut être augmentée. Je cite, pour appuyer cette opinion, celle qui a été déjà avancée à ce sujet par le digne successeur de Daubenton, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans son Rapport général fait au ministre en 1848. Voici ce qu'il dit : "Sur 140 000 espèces animales connues, combien l'homme en possède-t-il déjà à l'état domestique ? Quarante-trois (43). Et encore, de ces 43 espèces, 10 manquent à la France, 8 à l'Europe entière : trouvera-t-on que c'est avoir assez conquis à la nature ?"

 

 

1910

LOISEL Gustave. L'acclimatation et la zoologie économique du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle. Ménagerie d'Alfort. In: Revue internationale de l'enseignement, tome 59, Janvier-Juin 1910. pp. 206-212.
https://www.persee.fr/doc/revin_1775-6014_1910_num_59_1_6150

p. 206-212
La zoologie économique, l'application de l'étude des animaux vivants à l'économie domestique, principalement à l'acclimatation et à la domestication des espèces nouvelles fut créée par les Anciens et favorisée par Charlemagne. Pendant 400 ans, on vécut sur les acquisitions du passé, puis au XIVe siècle, les Espagnols firent faire un premier pas la zoologie économique (application de l'étude des animaux vivants à l'économie domestique), en important des béliers de Barbarie (littoral du Maghreb, du Maroc jusqu'à la Libye) pour renouveler et améliorer le sang de leurs moutons indigènes : des croisements suivis qu'il opérèrent alors résultat une race nouvelle, celle des moutons errants ou mérinos . etc.
Les Anglais plus pratiques, firent venir des mérinos d'Espagne et un peu plus tard, mais toujours au XVe siècle, les Hollandais améliorèrent également leurs moutons avec des béliers importés des Indes orientales et formèrent ainsi la race des grands moutons flandrins ; enfin, au début du XVIIIe siècle, ce fut au tour des Suédois (1723) de renouveler le sang de leurs troupeaux avec de moutons venus d'Espagne et d'Angleterre.
En France, Colbert avait suivi attentivement ces essais d'acclimatation (manuscrit de Daubenton). Dès qu'ils lui parurent réussis, il fit venir des moutons d'Espagne et d'Angleterre pour améliorer la race du Roussillon ; mais ces animaux moururent ou dégénérèrent, car on les plaçait sur des terrains qui ne leur convenaient pas et on les tint dans des étables fermées au lieu de les laisser errer au grand air comme on l'avait fait dans ces deux pays.
Le grand hiver de 1709-1710 qui dépeupla les fermes de France, et la disette générale qui suivit, vint montrer à nouveau la nécessité de reformer nos troupeaux. Ce fut pourtant, en 1750, seulement que l'idée de Colbert fut reprise. A partir de cette époque, on fit venir des moutons étrangers dans le Bourbonnais, dans le Maine, en Auvergne, en Languedoc, en Bourgogne et en Provence et c'est alors que l'on commença, avec ces troupeaux, les premières grandes expériences de zoologie économique qui aient été faites en France. En 1758, à Aumale en Normandie, par exemple, on arriva à perfectionner les laines en laissant les moutons passer l'hiver en plein air, au lieu de les rentrer à la bergerie. A Cabières d'Aigues, en Provence, on s'aperçut que la beauté de la laine était due primitivement au choix des mâles : "L'accouplement des brebis avec des béliers de la plus noble espèce, voilà le véritable secret de la nature disait l'expérimentateur (Félician. Mémoire sur les moyens d'améliorer les laines en Provence, Aix 1778). On s'apercevait en même temps, que le "sel noir" que l'on donnait aux moutons produisait très souvent, dans les toisons blanches, un mélange de poils rouges qui les dépréciait totalement. A Boulogne-sur-Mer, on apprenait à guérir les moutons de la maladie appelée "la pourriture" en leur donnant à manger un mélange de fourrage sec, de navets, de carottes et de pomme de terre. A Montbard, enfin, tout près de la ménagerie de Buffon, Daubenton commençait, sur l'invitation de Trudaine, ces célèbres expériences qui allaient amener une grande amélioration des laines de France. Pour cela, il recevait, en 1776, un troupeau de mérinos qui s'agrandissait bientôt de moutons du Roussillon, de Flandre, d'Angleterre, du Maroc et du Thibet. Dans cette ménagerie d'un nouveau genre, Daubenton ne se contentait pas de former des bergers pour les autres haras de moutons du royaume, il fit de nombreux croisements entre des individus de races étrangères et ceux de la race chétive du pays "pour savoir quel effet ces mélanges produiraient sut les animaux qui en naîtraient par rapport à la taille de l'animal, à la quantité et à la qualité de laine". Il vit ainsi qu'en accouplant un grand bélier avec une petite brebis, le produit approchait de la taille du père dès la première génération ; qu'en donnant à des brebis un bélier qui portait plus de laine qu'elles, les agneaux, devenus adultes, avaient des toisons, qui pesaient le double ou quelquefois le triple de celle de leur mère. Il remarqua enfin, comme on l'avait déjà observé à Aumale, que des moutons exposés en plein air, jour et nuit, hiver comme été, et par des froids de plus de 22°C (?), devenaient plus vigoureux que des moutons placés pour la nuit dans les étables.
Ces expériences attiraient l'attention des économistes de France. Et l'un d'eux, dont malheureusement nous ne connaissons pas le nom, adressait en 1777 au comte d'Angivillier, "Directeur général des bâtiments, jardins et manufactures du roi", cette curieuse note que nous croyons également inédite et qui est encore aujourd'hui un excellent plan d'étude à réaliser (O4 215, Archives Nationales).
"Il y a dans le troupeau du roi des animaux de différente race, savoir des espagnoles mâles et femelles, des flamandes ou artésiennes femelles, un bélier d'Afrique, des bêtes à laine sauvages mâles et femelles, venus de la Muette, des métis mâles et femelles de béliers espagnols et de brebis artésiennes, des métis mâles et femelles de béliers d'Afrique et de brebis espagnoles et artésiennes, des métis mâles de brebis sauvages et de béliers espagnols. Ce serait rendre un service à la physique et faire une hose utile que de suivre les générations de ces mélanges. Suivant les expériences de M. Daubenton, on peut améliorer la grosse laine au degré superfin, en 2 ou 3 générations. La circonstance offre des facilités pour mettre cette vérité dans tout son jour. Il faudrait unir des béliers espagnols avec des métis femelles de béliers espagnols et de brebis flamandes ou artésiennes. Je suppose que les métis femelles sont antenais, c'est-à-dire à leur deuxième année, dans deux ans on unirait encore, s'il en était besoin, un bélier espagnol avec un agneau femelle issu de ce mélange, on verra que la laine acquerra la qualité du bélier espagnol ou à peu près.
Les expériences qui tendent à détériorer ne sont pas moins importantes que celles qui tendent à améliorer, quand elles servent à confirmer ces dernières. On alliera donc un bélier sauvage, dont la laine est jarreuse, c'est-à-dire de la plus mauvaise qualité, avec une brebis espagnole à laine superfine, pour unir, dans la suite, avec les agneaux femelles qui résulteront des mâles sauvages : par là on verra ce qu'il faut de générations pour rendre la plus belle laine jarreuse.
Une seconde manière de prouver cette vérité est d'allier le bélier d'Afrique avec des femelles issues de lui et de brebis flamandes, soit espagnoles, ils produiront la troisième génération qui peut-être ne suffira pas pour faire dégénérer totalement, en poil, la belle laine ; aussi faut-il soigner d'une manière particulière ce bélier d'Afrique, déjà vieux et infirme. 
Puisqu'il y a des métis mâles et femelles de béliers d'Afrique et de brebis flamandes ou espagnoles, on pourrait allier un de ces métis avec une flamande ou une espagnole.
Il serait encore possible d'allier entre eux mâle et femelle-métis de bélier d'Afrique et de bélier soit flamand soit espagnol.
Ces deux dernières expériences ne sont que curieuses ; celles qui les précèdent sont intéressantes et ne doivent pas être négligées.
L'intelligence de l'Econome, le soin des bergers et leur bonne volonté trouveront les moyens de faire ces alliances d'une manière sûre ; par exemple, dans le moment où les béliers sont séparés des brebis, qui commencent à entrer en chaleur, on peut jeter dans le troupeau des brebis un bélier sauvage à la plus mauvaise laine : il couvrira quelques brebis qu'on marquera ; on le retirera ensuite du troupeau.
S'il y a un troupeau séparé des agneaux femelles de l'année, on peut y mettre le bélier d'Afrique et les métis femelles de sa race qu'il doit couvrir, jusqu'à ce qu'elles aient été couvertes.
Les agneaux femelles de l'année ne viendront pas en chaleur.
Les métis femelles de béliers espagnols et les brebis flamandes resteront dans le troupeau des brebis espagnoles, pour être, comme celles-ci, couvertes par des béliers espagnols ; mais on les ôtera pendant le temps que le bélier sauvage y sera, et on les mettra avec les agneaux femelles de l'année. Enfin on cherchera, comme dans le proverbe, à accorder le chien, la chèvre et le loup.
Ces observations sont soumises aux intentions de M. le comte d'Angivillier.
Pendant plus de dix ans, le gouvernement de Louis XVI favorisa l'élevage du mouton et l'acclimatation des races étrangères ; en 1786, il créait un nouveau haras de moutons à Rambouillet, en y installant 360 mérinos qu'il faisait venir de Ségovie et, il formait en même temps, en plusieurs points de France, de nouveau haras d'étalons et de taureaux. La première école vétérinaire avait été fondée à Lyon, en 1762, par un ancien mousquetaire, Claude Bourgelat, qui devint bientôt un grand savant. Trois ans après, à la fin de l'année 1765, deux de ses élèves, Chabert et Bredin, venaient installer à Paris une sorte de succursale de cette école et, au printemps de l'année suivante, le contrôleur général des finances, Bertin, qui s'intéressait beaucoup à ces essais, créait l'Ecole vétérinaire d'Alfort. Dès le début, on pensa y adjoindre une ménagerie. On y logea tant bien que mal : un lama et une cigogne qu'on fit venir de Versailles, un cerf-cochon qui venait d’arriver du cap de Bonne-Espérance, un cerf-bœuf, une vache des Indes, des béliers d'Espagne, des Indes, du Cap, de Barbarie et des boucs des Indes et d'Angora ; enfin des oies et des canards de tous les pays et un choix de poules et de pigeons de toutes espèces. Cette première ménagerie ne dura guère que dix ans (1765-1775) ; la plupart de ces animaux périrent et, comme les finances de l'Etat étaient au plus bas en 1778, ce qui en restait alors fut distribué aux éleveurs des environs.
Une nouvelle ménagerie fut formée à Alfort, en 1784, sous le ministère Bertier et sur l'inspiration de Daubenton. Le célèbre "berger de Montbard" venait d'entrer à l'Ecoles comme professeur d'économie rurale, et, dès son premier cours, il montrait comment la ménagerie d'Alfort devait être comprise et quelles expériences de croisement et d'acclimatation il se proposait d'y faire. Les bâtiments qui s'élevèrent le long de la route de Melun comprenaient : loges, vacheries, bergeries, garennes, volières et viviers. On y plaça d'abord les meilleurs mérinos du troupeau de Montbard, puis des rennes, des ours, des singes, des makis, des opossums. L'année suivante (1785), la ménagerie s'augmenta d'un certain nombre de ruminants exotiques : chèvres, béliers et brebis des Indes, lamas, vigognes, etc. ; enfin on y mit à sa tête un Italien nommé Alpy qui avait passé "une grande partie de sa vie à acheter et à vendre les animaux les plus rares".
Tout s'annonçait donc, dans cette création nouvelle, comme devant rendre les plus grands services à l'art de soigner, d'acclimater et d'utiliser les bêtes, quand la ménagerie disparut, en 1787, à la suite de circonstances qui ne nous sont pas connues. Huit ans après (1795), pourtant, l'an IV de la République, il existait encre quelques-uns des animaux de la ménagerie d'Alfort ; nous voyons, à cette époque, en effet, Chabert, le directeur de l'Ecole, écrire aux professeurs du Muséum d'histoire naturelle pour proposer de leur vendre un bouc et une chèvre d'Angora, ainsi qu'un couple de cochons de Java.
La République ne laissa pas, du reste, péricliter l'œuvre si bien commencée par l'Ancien régime. Elle continuait d'abord à faire faire de nombreuses expériences à Rambouillet, expériences qui embrassaient la plupart des végétaux et des animaux dont l'usage est le plus ordinaire pour les besoins de l'homme. Au 24 germinal an VII (13 avril 1799), le troupeau de mérinos se trouvait composé de 697 têtes, et il avait fourni en plus 6 béliers et 70 brebis de choix au haras de Pompadour, dans la Corrèze. L'établissement possédait, en lus : 24 juments belges employées au labourage et expérimentées en même temps pour étudier "les diverses manières de faire saillir, et la meilleure éducation à donner au cheval dans son enfance et sa jeunesse", et "la majeure partie du convoi de buffles et de bêtes à cornes, envoyé aux environs de Rome par les commissaires français, pour essayer, sans succès du reste, des croisements entre les buffles et les vaches. Quelques-uns de ces animaux avaient été accordés au département de l'Ain ; d'autres avaient été envoyés au haras de Pompadour ; à Rambouillet, il y avait 12 buffles de différents sexes et 15 taureaux et vaches romaines.
En même temps que la République possédait ces deux fermes expérimentales de Rambouillet et de Pompadour (Elle avait aussi un haras national de moutons à Perpignan), elle transformait également, le 17 messidor an VI (5 juillet 1798), l'ancienne ménagerie de Versailles et la ferme y attenante en un autre établissement de zoologie économique qui fut dirigé par le citoyen Thiroux. Formé d'abord à Sceaux, puis transféré à Versailles, le troupeau de moutons était entretenu dans ce dernier établissement "pour faire connaître quelles sont celles des races communes qui s'améliorent le plus promptement par les croisements avec les béliers espagnols". C'est ainsi que furent expérimentés "des femelles de races dites roussillonnaises, beauceronnes, béarnaises, anglaises et valaisiennes" ; en avril 1799, (Daubenton décède le 31 décembre 1799) le troupeau comprenait 242 brebis et moutons de différents croisements. On multipliait encore à cette ancienne ménagerie, par des croisements, une espèce de vaches issues d'un taureau sans cornes ; on y entretenait 4 bœufs de labour pour comparer la culture par des bœufs à la culture par les chevaux ; enfin 13 boucs et chèvres Angora et de France y étaient employés à des croisements et multiplications. Nous avons dit comment ces expériences avaient été interrompues à la Ménagerie de Versailles par le Premier Consul. Mais, à cette époque, une nouvelle ménagerie était formée au Jardin des Plantes à Paris, où nous verrons, dans notre troisième volume le vieux Daubenton continuer ses expériences de zoologie économique qu'il avait si heureusement commencées à Montbard quelque 25 ans auparavant (1776).
 

1921

LAROUSSE AGRICOLE Tome second. 1921

p. 154-156

Mérinos (Race ovine). La race ovine mérinos est le type des races de moutons à laine et se distingue de toutes les autres races par l’ampleur et les caractères de sa toison. De toutes les races d’animaux domestiques, la race mérinos (on dit quelquefois race mérine) est celle qui a pris, au cours du XIXe siècle, la plus grande extension, soit en Europe, soit dans les pays colonisés, en Australie, en Afrique, dans l’Amérique du Sud ; elle est encore la plus nombreuse, la plus importante des races ovines.

Caractères généraux. – Taille moyenne variant suivant les variétés, de 50 à 80 centimètres ; tête forte, chargée chez le mâle d’une paire de cornes fortes, à section triangulaire, striées, contournées en spirale à deux tours rapprochés ; les cornes manquent chez certains béliers et chez les brebis ; oreilles courtes, horizontales ; profil peu busqué, face ovale à nez et mufle larges ; garrot, dos et croupe larges. Ossature forte et grossière dans son ensemble ; les larges articulations des membres donnent, surtout aux membres antérieurs, un aspect caractéristique.
Toison très dense et très étendue, couvrant tout le corps, le front, les joues et descendant sur les membres, jusqu’au niveau des ongles ; cette toison, tassée et fermée est constituée par une laine blanc jaunâtre à brins très fins (15 à 30 millièmes de mm de diamètre), élastiques, à ondulations très nombreuses et régulières en zigzag, chargée d’un suint abondant. Le poids de la toison en suint varie de 1,5 kg chez les plus petits sujets à 7,5 kg chez ceux de grande taille et améliorés.

Aptitudes. – L’aptitude prédominante du mérinos est la production de laine, fine, douce et résistante ; mais cependant il est encore bon producteur de viande. Quoique de tempérament robuste, le mérinos exige un sol sain et redoute les climats humides.

Aire géographique. – Des plateaux de Castille, en Espagne, le mérinos a été importé en France et en Allemagne, à la fin du XVIIIe siècle, puis il s’est répandu dans toutes les parties du monde, au cours du siècle dernier. Dans son aire d’expansion si étendue, le mérinos a rencontré généralement des conditions favorables à son entretien, et c’est par centaines de millions qu’on peut estimer la population de cette race. « Si la grande extension de la race mérinos n’était en quelque sorte un fait contemporain, on serait vraiment bien embarrassé, écrit Sanson pour déterminer le point qui a pu être son berceau ». Les mérinos ont tous pour origine les troupeaux espagnols qui transhument des plaines de l’Andalousie et l’Estrémadure sur les hauts plateaux castillans, et pendant longtemps, l’Espagne a eu le monopole de la production des laines fines. En 1785, le roi d’Espagne fit don à Louis XVI de 334 brebis et de 82 béliers qui formèrent le noyau de la fameuse bergerie de Rambouillet ; d’autres importations d’Espagne, auxquelles les noms des célèbres éleveurs Gilbert, Tessier, Daubenton restent attachés, furent faites jusqu’en 1811, pour l’Ile-de-France, la Champagne et la Bourgogne. En Prusse, il y eut dès 1786 des importations de mérinos d’Espagne, mais ce furent surtout des mérinos pris aux environs de Paris et en Champagne après l’invasion de 1814-1815 qui formèrent la souche de la bergerie de Frankenfeld, dans le Brandebourg, et des bergeries de mérinos allemands. En saxe, des importations d’Espagne faites dès 1765 et en 1779 par le Grand Électeur ont servi à créer la race dite « Électorale ». On rencontre aussi des mérinos en Hongrie, en Russie, etc. 
C’est surtout en France que furent puisés les premiers reproducteurs mérinos et qui ont formé les innombrables troupeaux de la Colonie du Cap, de l’Argentine (67 millions de têtes en 1910) et d’Australie (92 millions de têtes en 1910). Depuis la fin du XIXe siècle, les perfectionnements des moyens de transport du bétail abattu et la congélation des viandes ont conduit les éleveurs, surtout dans l’Amérique du Sud, à substituer aux moutons à laine des ovins plus perfectionnés en vue de la production de la viande, et les reproducteurs des races anglaises (Romey Marsh, Shropshire, Lincoln nommé Dishley en France ) ont partiellement remplacé les mérinos.
Le bélier mérinos est un raceur remarquable, c’est-à-dire qu’il imprime très fortement ses caractères à sa descendance, notamment l’étendue de la toison et la finesse de la laine ; aussi l’a-t-on utilisé pour améliorer la qualité et le rendement en laine de nombreux troupeaux d’autres races où l’on retrouve facilement son influence. On a même fixé assez complètement le résultat de son croisement avec les dishley anglais pour constituer la race dishley-mérinos [future race Ille-de-France]. En Algérie et dans tout l’Afrique du Nord on acclimatement direct a médiocrement réussi, mais l’influence de ses croisements est sensible dans beaucoup de troupeaux et progresse chaque jour.


Les principales sous-races mérinos, obtenues les unes par sélection, les autres par croisement continu sont les suivantes :


1° Le mérinos de Rambouillet, qui provient de la sélection continue, depuis 1796, en vue de la production de la laine, des animaux importés d’Espagne en 1785 à la bergerie nationale de Rambouillet. Bernardin, ancien directeur de Rambouillet, a publié une monographie de ce troupeau qui montre que, sous l’influence d’une sélection rigoureusement conduite, on a obtenu à la fois une augmentation du poids, de la taille et du rendement en laine, tout en conservant l’extrême finesse, la nervosité et la souplesse de la laine. Les animaux amenés en France pesaient en moyenne 35 kg et produisaient 2 à 3 kg de laine ; en 1804, les brebis pesaient 48 kg et donnaient 3,7 kg de laine ; en 1847, le poids est de 56 kg avec un rendement de 3,8 kg de laine. Chez le type Rambouillet, les soins apportés à sélectionner la bête à laine ont conduit à l’obtention d’un animal dont la toison très dense couvre toutes les parties de la peau, sauf la face au-dessous de la ligne des yeux et des oreilles ; la peau, très ample, forme au cou des plissements parallèles appelés cravates. Chez le rambouillet très plissé, on rencontre, en outre des cravates de cou, un pli de la base de la queue formant « fer à cheval ».
Le rambouillet a été un améliorateur de la qualité de la laine partout où il a été employé.


2° Le mérinos du Châtillonnais ou mérinos de Bourgogne est élevé sur des terres saines, à sous-sol calcaire et perméable, des plateaux bourguignons s’étendant sur l’arrondissement de Châtillon-sur-Seine, de Tonnerre, de Bar-sur-Seine, de Langres. Par croisement continu, le mérinos s’est substitué aux anciennes races communes qui peuplaient ces terres, qui conviennent par excellence à l’élevage du mouton. D’habiles éleveurs ont suivi les traces de Daubenton, qui avait introduit le mérinos d’Espagne à Montbard, et ont obtenu une race rustique de bonne taille, 65 à 70 cm, lourde (les béliers pèsent 90 à 105 kg, les brebis 50 à 75 kg), bien conformée pour la boucherie, peau souple et peu ridée portant une toison fermée, s’ouvrant en feuilles, donnant une laine très douce. Le poids des toisons est de 4 à 5 kg pour les brebis et atteint 6 à 9 kg chez les béliers adultes. Les béliers mérinos du Châtillonnais portent souvent le cornage spiralé du rambouillet, mais sont parfois dépourvus de cornes comme les brebis.
3° Le mérinos de Champagne, qui peuple tous les pays crayeux depuis Sens jusqu’à Mézières à travers l’Aube et la Marne, se rapproche du mérinos du Châtillonnais avec un peu moins de taille.


4° Le mérinos de Brie a été très sélectionné pour obtenir à la fois de la laine et de la viande. Les grands soins donnés par les agriculteurs de la Brie à l’alimentation régulière des troupeaux et à leur entretien font que le mérinos de Brie est un animal lourd (100 à 120 kg chez le bélier, 70 kg chez la brebis), dont le rendement atteint celui des bonnes de moutons à viande avec un précocité égalant celle des races anglaises.


5° Le mérinos du Soissonnais diffère peu des précédents. D’ailleurs il se fait fréquemment des échanges de béliers entre les meilleurs éleveurs du Soissonnais, de la Brie, de la Champagne et de Bourgogne.


6° Le mérinos de Crau dont l’habitat est la Provence et le Roussillon, a été moins amélioré que le Rambouillet, mais c’est un type de mérinos très rustique, de taille moyenne ; il est utilisé pour l’amélioration de la production lainière de l’Algérie et de la Tunisie.


7° Le mérinos « Électoral » de la Saxe est un mouton à laine se rapprochant du Rambouillet, mais plus petit ; sa toison, très tassée et très fine, est moins lourde que celle du Rambouillet. Mais, en Allemagne comme en France, l’élevage est dirigé vers la production d’un mérinos plus lourd et donnant plus de viande que ceux du type Rambouillet.


Les mérinos de l’hémisphère sud (Australie, Cap, Argentine) ont eu pour origine soit des Rambouillets, soit des mérinos français des types du Châtillonnais et de la Champagne. Lorsque l’agriculteur de ces pays neufs peut produire des fourrages, notamment la luzerne, le mérinos fait place des croisements avec le lincoln (appelé Dishley en France), mais le mérinos pur reste seul à utiliser les immenses étendues où il tire admirablement parti, à cause de sa grande rusticité, de l’herbe parfois rare, produite naturellement.
Nous ne citerons que comme curiosités historiques : le mérinos de Naz, tirant son nom d’une localité de l’Ain, où Girod, vers 1800, avait sélectionné un mérinos de taille sous-moyenne, mais à laine extra-fine ; le mérinos de Mauchamp, aujourd’hui disparu, caractérisé par une laine en mèches non soyeuses qui n’a pas présenté un intérêt industriel suffisant pour justifier la conservation de ce type.
De même, en Allemagne, le type mérinos Negretti a fait place en Poméranie, en Silésie, en Saxe et dans les Mecklembourg, à des mérinos fournissant des laines fines pour le peignage et améliorés sous le rapport de la taille et de la précocité comme le sont les races françaises des mérinos champenois et bourguignons. 
 

1960

BOUHIER de L’ÉCLUSE Robert, Pratique de l’élevage du mouton. Flammarion, 1960. 177 pages
p. 19-22

Mérinos de Rambouillet.
Standard : mouton de format moyen.
Taille : moyenne ; béliers adultes 70 à 75 cm ; brebis adultes 65 à 90 cm. 
Poids moyen : béliers adultes 65 à 90 kg ; brebis adultes 40 à 60 kg. 
Tête : fine, courte, orbites peu saillantes, type très légèrement concaviligne. 
Yeux : vifs à peine saillants.
Profil : légère dépression à la base du chanfrein. 
Nez : moyen, surmonté d'un ou plusieurs plis caractéristiques chez les mâles. 
Oreilles : courtes, horizontales, passant dans les volutes des cornes chez le bélier. 
Cornes : toujours existantes chez le bélier. Fortes, finement striées régulièrement enroulées en spirale. Les brebis ne portent pas de cornes.
Cou : court, trapu, fanon peu ou pas développé avec, chez les individus plissés, présence de plis dénommés cravate ou tablier. 
Épaules : rondes.
Poitrine : manquant parfois d'ampleur. 
Dos : horizontal. 
Gigot : assez épais. 
Membres : épais, jarrets larges et gros, aplombs réguliers. 
Couleur : toison blanche recouvrant le corps jusqu'aux onglons. 
Laine : extra fine, brin très ondulé de 16 à 22 microns de diamètre, souple, élastique,  résistant, laine très chargée en suint blanc ou jaune citron. 
On recherchait autrefois des animaux ayant la peau très plissée et on distinguait 3 types :


1° Type très plissé : 3 cravates sur le cou, tablier double et très descendu, nombreux plis sur le corps ; laine extra-fine très lourde, 65 à 70 mm de longueur, 15 à 18 ondulations, suint jaune. 
2° Type intermédiaire : 2 cravates sur le cou, un tablier bien descendu, peu de plus sur le corps, laine super-fine de poids moyen, 65 à 72 mm de longueur, 13 à 16 ondulations, suint jaune citron. 
3° Type peu plissé : une seule cravate, tablier peu développé, pas de plis sur le corps ; laine légère, super-fine ou fine, longueur 70 à 90 mm, 9 à 13 ondulations, suint blanc. 
Actuellement on préfère les animaux lisses plus faciles à tondre et les sujets dont la laine ne dépasse guère le niveau des yeux.


Importés d'Espagne en 1786, cette race ne compte plus que deux troupeaux en France : La Bergerie Nationale de Rambouillet et M. Thirouin à Cheville (Eure-et-Loir).
Elle a servi à l'amélioration d'un grand nombre de troupeaux à laine en France et dans le monde entier (Australie, Argentine, États-Unis, U.R.S.S., etc.).
Les brebis portent plus de 3 kg de laine très fine (plus de 10 % de leur poids total). Cette race est rustique, prolifique, (1 à 2 agneaux) mais peu laitière et peu précoce. 


Mérinos d'Arles
Standard
Tête : large, munie chez le mâle de grandes cornes enroulées en spirale moyennement développées et de section triangulaire. 
Front : large.
Face : courte. 
Nez : gros. 
Chanfrein : très légèrement busqué, avec la peau plissée chez le mâle. 
Oreilles : petites, horizontales. 
Cou : de longueur moyenne, 
Corps : de longueur moyenne avec dessus droit. 
Poitrine : aussi ouverte que possible. 
Gigot : aussi développé que possible. 
Membres : vigoureux, gros, assez hauts.
Aplombs : réguliers. 
Peau : souple.
Toison : fermée, très étendue, tête coiffée chez les bons sujets (un peu au-dessous des yeux, sans lunettes) elle descend jusqu'aux onglons et enveloppe les testicules ou carrées, brin ondulé, souple, fin, nerveux, aussi long que possible. Minimum de finesse 110.
Taille et poids :
brebis : 0,65 m à 0,70, 35 à 45 kg
béliers : 0,60 m à 0,80 m, 45 à 65 kg.


Caractères éliminatoires : Absence de cornes chez les béliers. Présence de fanon. Aplombs défectueux. Toison noire ou trop courte. 


Originaire du siècle dernier, c'est le mouton de transhumance par excellence. Cette race comprend plus de 300 000 têtes. Elle possède une grande résistance et une rusticité remarquable, elle est très laitière et prolifique. Sa laine est très fine (minimum 110), la viande des agneaux de premier choix.
La brebis porte plus de 2,5 kg de laine.
Flock-book. 


Aire de répartition : Bouches-du-Rhône, Gard, Var, Vaucluse, Alpes, Afrique, Syrie,  Liban. 


Mérinos précoce. 
Standard : Race de grand format :
Mâles : taille 70 à 80 cm ; poids 100 à 120 kg et plus.
Femelles : taille 65 à 70 cm ; poids 65 à 80 kg.
Tête : large, crâne développé, arcades orbitaires saillantes, chanfrein épais et légèrement busqué, nez large avec quelques plis épais chez le mâle, lèvres épaisses, face courte garnie de laine mais reste bien dégagée. 
Femelle sans cornes. Chez les mâles quelques-uns sont sans cornes, ce sont les "Meusses". Les autres ont des cornes enroulées en spirale moyennement serrées de section triangulaire, finement striées en surface. Les oreilles de grandeur moyenne, épaisses, sont portées horizontalement. 
Cou : court et épais, nuque large, pas de cravate ni fanon.
Tronc : long épais, poitrine large et bien descendue, côtes rondes, dos et reins larges. Lignes du dessus et du dessous droites et parallèles. Croupe longue et large aussi horizontale et carrée que possible. Queue attachée haut, gigot rond, épais, bien descendu. 
Membres : forts, articulations larges, aplombs réguliers. 
Peau : souple, parfois légèrement ridée. 


Flock-book fondé en 1929 résultant de la fusion des races mérinos précoces du Châtillonnais, du Soissonnais et de la Champagne


La brebis porte de 5 à 6 kg de laine très fine et pèse de 60 à 80 kg ; elle est très laitière. Ce mérinos est très précoce (d'où son succès à l'exportation pour l'amélioration des troupeaux à laine), bien conformé et rustique. 


Aire de répartition : Ile-de-France, Champagne, Beauce, Bourgogne, Amérique du Sud, Allemagne, Espagne, Australie, Yougoslavie, etc.
 

Documents de référence

Histoire de l'introduction et de la propagation des Mérinos en France.
ouvrage posthume de M. TESSIER, Inspecteur général des Bergeries royales, Membre de la Société royale et centrale d'agriculture, de l'Institut de France (Académie des sciences), de l'Académie de médecine, etc., et Chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Légion d'honneur.
Imprimé par ordre de la Société royale et centrale d'agriculture dans un recueil de ses Mémoires pour l'année 1838
Paris, Imprimerie de L. Bouchard-Huzard, rue de l'Eperon, 7. 1839.

Histoire de l'introduction des moutons à laine fine d'Espagne, dans les divers Etats d'Europe, et au cap de Bonne-Espérance. Etat actuel de ces animaux, leur nombre, les différentes manières dont on les élève, les avantages qu'en retirent l'agriculture, les fabriques et le commerce ; avec une planche ; par C-P. LASTEYRIE, membre des Sociétés Philomathique, d'agriculture du département de la Seine, de la Société Royale Patriotique de Stockholm, de la Société royale de Goettingen, etc. Paris, Levrault, quai Malaquais ; an XI. - 1802, in-8°.

Résumé : État actuel de ces animaux, leur nombre, les différentes manières dont on les élève,
les avantages qu'en retirent l'Agriculture, les Fabriques et le Commerce. (avec une Planche)
Nature du document : LIVRE Cote : 636.3 080 Code Barre : 006791 Lieu de consultation :
CEZ de Rambouillet
LEGRAND Isabelle La chèvre Angora et le mohair dans le monde et en France ; ITOVIC ; Paris 

https://www.nonfiction.fr/article-9477-actuel-moyen-age-comment-les-moutons-ont-mange-lespagne.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mesta_(Castille)

http://www.slate.fr/story/166253/histoire-espagne-secheresse-elevage-moutons-moyen-age

https://www.nonfiction.fr/article-9477-actuel-moyen-age-comment-les-moutons-ont-mange-lespagne.htm

https://www.lhistoire.fr/le-temps-des-grandes-transhumances

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Ouvrage en lecture seule à la Bibliothèque municipale de Lyon :

https://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO0100137001102581381/IMG00000095

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