Race ovine : SOUTHDOWN

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1850

BOULAINE Jean, Histoire de l’Agronomie en France, TEC & DOC LAVOISIER, Paris 1992, 392 pages. 
p. 259

Les ovins (de la Restauration à la fin du second Empire)
Les éleveurs de moutons avaient un demi-siècle d'avance sur ceux de bovins. Ils observèrent en 1820 que le mérinos n'était pas la solution à tous les problèmes. Cependant, des troupeaux de mérinos purs ou de mérinos croisés avec des brebis locales furent constitués dans plusieurs régions (par exemple le mérinos d'Arles).
L'amélioration de la production fourragère et la diminution des jachères amena les éleveurs à rechercher en Angleterre des souches plus performantes bien que moins rustiques et exigeant de meilleures conditions d'alimentation. 
Plusieurs techniques furent utilisées. En 1844, Malingié réussit, avec un flair admirable dans le choix des reproducteurs, à créer la race Charmoise avec des béliers Kent croisés avec des brebis de race berrichonne du Cher, solognot et mérinos. En 1833, Auguste Yvart importe 110 béliers et 120 brebis de la race Dishley à Alfort. En en croisant une partie avec de mérinos, il créé la race Ile-de-France (ainsi dénommée beaucoup plus tard) et qui associe la précocité du Dishley et les qualités lainières du mérinos. Vers 1850, le marquis de Béhague [comte de] réalise des croisements industriels : béliers Southdown avec de brebis berrichonnes, pour produire des agneaux de haute qualité en boucherie.
Vers 1850, le troupeau ovin français atteint son effectif maximum de plus 33 000 000 de têtes, qui n'a fait que diminuer depuis.

1853

https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C3%A9conomie_rurale_en_Angleterre/01
Léonce de Lavergne
L’ÉCONOMIE RURALE EN ANGLETERRE. — I. — Les Animaux domestiques
Revue des Deux Mondes, 2e série de la nouv. période, tome 1, 1853 (p. 262-291).
LES ANIMAUX DOMESTIQUES.

Les dunes méridionales du Sussex sont des rangées de collines calcaires de deux lieues de largeur moyenne sur vingt-cinq de longueur environ, qui courent de l’est à l’ouest le long des côtes de la Manche, en face de la France. L’élégante ville de Brighton, célèbre par ses bains de mer qui attirent tous les ans une grande partie du beau monde anglais, est située au pied de ces collines, qui présentent un aspect particulier à l’Angleterre ; elles sont entièrement dépouillées de bois, semées çà et là de quelques bruyères, et couvertes sur toute leur surface d’une herbe courte, fine et serrée. De tout temps, ces pâturages ont servi à nourrir des moutons à qui ils conviennent parfaitement ; mais l’ancienne race de ces South Doyens était petite, rustique, donnait peu de viande ; leur chair était d’ailleurs très estimée, et leur laine recherchée pour certaines espèces de draps.
Un propriétaire du pays, nommé John Ellman, entreprit, vers 1780, d’appliquer à l’amélioration de cette espèce les procédés qui réussissaient si bien à Bakewell pour le perfectionnement des races à longue laine. Une circonstance particulière lui permettait de tenter cet essai avec quelque chance de succès ; le long des collines du Sussex s’étend une bande de terres basses et cultivées, qui pouvait fournir et qui fournit en effet un supplément de nourriture artificielle pour les moutons des dunes pendant l’hiver. Ce qui retient en général les moutons de montagne dans un état chétif, c’est moins la maigreur du pâturage en été que le défaut à peu près complet de nourriture en hiver. Cette vérité a été surabondamment démontrée par les expériences d’Ellman et de ses successeurs sur le mouton des dunes.
Dès que ce mouton a ajouté à son régime d’été un bon régime d’hiver, on l’a vu prendre rapidement des proportions plus fortes, et comme en même temps, par un choix de bons reproducteurs, on s’appliquait à lui donner, autant que possible, l’aptitude à l’engraissement précoce et la perfection de formes qui caractérisaient le Dishley, il a fini par devenir presque le rival de la création de Bakewell. Aujourd’hui, après 70 ans [1780] de soins bien entendus, les moutons South Downs donnent en moyenne 40 à 50 kilos de viande nette. Ils s’engraissent en général vers deux ans, et se vendent après leur seconde tonte. Leur chair est considérée comme meilleure que celle des nouveaux Leicester. Le poids de leur toison a doublé comme celui de leur corps, et comme ils ont conservé l’habitude du pâturage pendant l’été, ils ont gardé leur tempérament robuste et leur rusticité primitive.
On a calculé que les dunes du comté de Sussex et les plaines qui les avoisinent devaient nourrir aujourd’hui un million de moutons améliorés, et la race n’est plus renfermée dans ses anciennes limites, elle en est sortie pour se répandre au dehors, soit en se substituant purement et simplement aux variétés locales, soit en s’y mêlant et en les transformant de fond en comble par des croisements ; elle a pénétré partout où le sol, sans être assez riche pour nourrir des Dishley, l’est assez cependant pour joindre à de bons pâturages d’été une suffisante alimentation d’hiver. Elle domine dans toutes les contrées de formation calcaire ; elle tend à remplacer les anciennes espèces des comtés de Berks, de Hants et de Wilts, et dans le nord, on la retrouve jusque dans le Cumberland et le Westmoreland
 

1864

Annales de l'agriculture française, 5e Série, Tome 23, Janvier à Juillet 1864
p. 407-408

M. le marquis de Vogüé partage absolument les opinions exprimées par MM. Huzard et Magne, et ils est porté à croire que, si les membres qui ont pris la parole avant lui sont en désaccord sur certains points, tous visent néanmoins au même but, c'est-à-dire à la bonne administration de la richesse agricole, et au moyen d'augmenter la fortune publique par la pratique des meilleures méthodes d'élevage. M. de Béhague a obtenu par le croisement du bélier Southdown avec des brebis berrichonnes par exemple, et en livrant à la boucherie tous les métis [croisement industriel ; hétérosis] issus de cette alliance ; mais s'ensuit-il que ce soit là le seul système à adopter, et que les procédés d'amélioration du bétail ne doivent pas varier eux-mêmes suivant les conditions de la culture.
Autrefois, dans le Berry, les races locales étaient en parfaite harmonie avec l'état agricole du pays ; mais, à mesure que l'agriculture a perfectionné ses méthodes [environnement], ces races primitives sont devenues insuffisantes pour payer les fourrages à un prix rémunérateur. Une transformation du bétail était devenue nécessaire ; mais quel était le moyen d'y procéder ? Fallait-il garder les races anciennes et les améliorer [Bakewell : in and in], en importer de nouvelles de toutes pièces, ou bien enfin recourir au métissage pour obtenir une race intermédiaire entre la race croisante et la race locale ? Le premier moyen [Bakewell : in and in] était trop long, et ne répondait pas assez vite à un besoin immédiat ; le second entraînait à des dépenses considérables, en dehors de toute proportion avec les ressources locales et les résultats à obtenir. Il ne restait donc plus que le métissage, et c'est à lui que l'honorable membre eut recours pour produire les animaux intermédiaires, la race moyenne que réclamaient les nécessités de sa culture. On a objecté, il est vrai, que ces races métisses ne pouvaient se maintenir ou qu'elles n'étaient pas fixées [la deuxième loi de Mendel sur la disjonction des allèles est inconnue à l'époque] ; mais quelle est la race dans laquelle tous les caractères se reproduisent invariablement avec une constance parfaite ? La race d'Ayr elle-même n'est-elle pas la race la plus métissée qui existe, et ne trouve-t-on pas, dans beaucoup de ses types, des caractères qui appartiennent à d'autres races ? Quoi qu'il en soit, en croisant le taureau d'Ayr avec la vache du Berry M. le marquis de Vogüé a obtenu des résultats très satisfaisants, à en juger par les récompenses que les animaux issus de ses étables ont obtenues dans les concours. Il arrive sans doute que certain métis reproduisent trop complètement les caractères de la race ancienne, mais on s'en débarrasse en les préparant pour la boucherie. En résumé, le métissage a rendu de grands services dans le Berry, et il a fourni aux éleveurs le seul moyen d'amélioration qui fût à leur portée.
On a parlé de la pureté des races ; mais sur ce sujet même il y aurait beaucoup à dire. La race Durham est une race pure ; mais d'où vient-elle ? comment s'est-elle formée ; et pour elle comme pour les chevaux de pur-sang n'a-t-on pas déclaré que tous les animaux nés à partir d'un certain jour seraient considérés comme purs ? Dans de pareilles conditions, la pureté de la race n'apparaît-elle pas elle-même comme une chose essentiellement relative ?

1921

Larousse agricole, 1921 tome 2,  p. 596


Southdown (race ovine).
C'est le type de la race de moutons des dunes (down) du sud de l'Angleterre, qui comprend, à côté du southdown proprement dit, les variétés voisines : shropshiredown, hampshiredown, suffolk, oxfordshiredown et dorset
Tous ces moutons sont caractérisés par la pigmentation brune ou noire, carbonée, en teinte dégradée sur la tête et sur les membres : d'où le nom de "black faced" (ou mouton à face noire) sous lequel on les désigne souvent en Angleterre. Par sélection continue et consanguinité, en partant de moutons très rustiques des dunes, John Elmann, à Glynde, et son successeur Jonas Webb, à Brabaham, ont créé, à la fin du XVIIIe siècle, le type très amélioré du southdown qui, depuis, s'est répandu dans le monde entier.


Description. Race de taille moyenne (0,60 m) de hauteur, à tête large, sans cornes, front plat, face large et profil rectiligne, oreilles petites, un peu dressées et rejetées en arrière. Encolure courte, tronc épais, corps cylindrique, gigot ample et très descendu, membres fins. Le format dans son ensemble constitue le type idéal du mouton de boucherie. La face et les membres portent des poils couleur gris souris uniforme sans taches noires ni mouchetures, à teinte d'autant plus foncée que l'on se rapproche des extrémités. Toison commençant sur le front et en arrière des joues, encadrant la face, puis couvrant tout le corps jusqu'aux genoux et aux jarrets ; laine courte, tassée, à brins fins ondulés, non brillants, un peu rude au toucher, manquant de résistance. 


Aptitudes. Aucune race ne surpasse le southdown pour la rapidité de l'engraissement et la précocité ; de plus, la qualité de la viande est supérieure comme finesse et sapidité. Excellent traceur, il transmet bien les qualités de sa viande, sa précocité et la perfection de ses formes aux produits issus de son croisement avec d'autres races, et les métis obtenus donnent des agneaux lourds et d'engraissement facile (ex. southdown-berrichon). La rusticité du southdown original ne s'est pas conservée entière après sont amélioration et il est devenu exigeant quant à son alimentation, si l'on veut garder intactes toutes ses qualités. Le plus souvent, on limite son action à un premier croisement avec des mères de race rustique pour obtenir des agneaux livrés à la boucherie à l'âge de 8 ou 9 mois.
Pour beaucoup d'éleveurs, le southdown manque de taille et d'ampleur ; aussi lui préfèrent-ils des variétés voisines ayant plus de poids. En premier lieu, le shropshiredown, à tête et membres presque noirs, avec une bonne toison venant jusque sur le front ; il s'est répandu dans les divers pays d'Europe, en Amérique et en Australie, où il est apprécié dans ses croisements avec la mérinos. 
L'oxfordshiredown ou oxfordown est encore plus développé que le shropshire (taille 0,70 m) ; c'est le plus lourd mouton des dunes ; la tête et les membres sont noirs. La toison est plus longue et plus lourde que celle des variétés précédentes. 
Le hampshiredown est très voisin du shropshire comme format, avec plus de finesse dans le squelette ; mais il est plus exigeant sous le rapport de l'alimentation, qui doit toujours être régulière et substantielle. 
Le souffle est plus volumineux que le southdown ; la tête, les oreilles, les membres sont noirs. Viande aussi estimée et développement aussi précoce. 
Le dorset, le down des comtés de l'ouest, est un croisement du southdown avec le hampshire ; il est réputé moins exigeant que les autres variétés sur la qualité des pâturages. 
 

1960

BOUHIER de L’ÉCLUSE Robert, Pratique de l’élevage du mouton. Flammarion, 1960. 177 pages
p. 25-26

SOUTHDOWN
Standard :
Tête : large à profil droit, limitée à sa partie supérieure par une ligne sensiblement horizontale. 
Face : front plat, chanfrein court, bout du nez large, couleur grise, ni trop claire, ni trop foncée,  muqueuse nasale noire. 
Yeux : gros, noirs et proéminents. 
Oreilles : courtes, couvertes de laine à la base, bien dressées et assez fines. 
Cou : court, large à la base, s'attachant fortement aux épaules avec le moins de plis possible.
Gorge : nette, sans fanon.
Épaules : bien faites dans le haut et de niveau avec le dos. 
Poitrine : ample et profonde. 
Dos : bien allongé, large et unique jusqu'à la croupe, reins larges et bien couverts avec des côtes rondes, les parties antérieures et postérieures du flanc bien développées. Croupe large, longue et bien tournée. Queue attachée haut, presque de niveau avec l'échine, les gigots (comprenant les cuisses qui doivent être bien développées) descendent bas.
Peau : fine et rosée. 
Pattes : fortes, droites, d'une couleur grise uniforme, de bons aplombs assurant une démarche élastique. 
Laine : finesse numéro 1, dense, couvrant complètement le corps jusqu'aux genoux, avec plaque sur le front ne couvrant pas le chanfrein. Longueur minimum des mèches de 6,5 cm pour les femelles, 7 cm pour les mâles. 


Caractères à rechercher : lèvres dépigmentées, gigots très développés, bons aplombs, laines à mèches carrées, dense, de finesse "prime" numéro 1, pattes couvertes de laine courte. 


Caractères éliminatoires : cornes, taches sombres, face sombre, ossature et taille insuffisantes, cou trop long, mauvaise laine, inférieure à la finesse numéro 1. Longueur de mèches inférieure à 6,5 cm pour les femelles. Longueur de mèches inférieure à 7 cm pour les mâles. 


Originaire du Sud de l'Angleterre, sélectionnée en France depuis plus de 100 ans (vers 1850) en particulier par le Comte de Bouillé, le Southdown est l'animal type de la boucherie. 
C'est une race précoce prolifique et assez rustique, à laine de qualité moyenne (2 kg à 2,5 kg par brebis). Elle compte en France plus de 300 000 têtes. Très recherchée pour le croisement industriel, elle produit des agneaux de qualité, quelquefois un peu gras, toujours bien conformés. Flock-book ancien (année ?).


Aire de répartition : Allier, Vendée,  Algérie, Suisse.
 

Publié dans Productions

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