CONTY Étienne-Alexandre (1787-1860)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

MINOTIER à ABILLY (Indre-et-Loire)

Étienne Alexandre CONTY
Né le 17 novembre 1787 à Étampes (Essonne), fils d’Étienne CONTY (1741-1823), meunier et marchand farinier à Boissy-la-Rivère (Essonne) et de Marie Catherine ROUSSEAU (1743-1808).


Décédé le 7 mars 1860 à Châtellerault (Vienne)


Il épouse, le 20 janvier 1814 à Longjumeau (Essonne), Louise Catherine Liberté BRUNET (1792-1871), avec qui il aura trois enfants : Louise Léonide (1814-1886), Émilie (1818-1850) et Alexandre (1825-1900).


Beau-frère d’Auguste-Rodolphe DARBLAY (1784-1873)*, grand négociant en grains, député de Seine-et-Oise (1840-1848), membre fondateur de la Société Royale et Centrale d'Agriculture de France.


Vers 1815, il acquiert le moulin de Rives sur les bords de la Claise à Abilly (Indre-et-Loire) qu'il transforme en une importante minoterie.
Maire d’Abilly (1818-1827)
Conseiller général d'Indre-et-Loire.
Membre associé libre de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire depuis le 13 janvier 1833
Membre titulaire de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire en 1849

 * https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste-Rodolphe_Darblay


https://fr.wikipedia.org/wiki/Abilly

1821

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome I, 1821
p. 63-67


Extrait d'un Mémoire sur la mouture des grains, adressé à M. le comte de WATERS, préfet du département, par M. CONTY.
L'art de moudre les grains n'est porté à une certaine perfection que dans un rayon de 30 lieues environ de Paris. Par la méthode dite économique qui y est en usage, on est parvenu à obtenir des produits tout à la fois plus considérables et d'une qualité supérieure à ceux de la mouture ordinaire.
Cette méthode de mouture si avantageuse n'est pas très ancienne. Le père de l'auteur de ce mémoire fut un des premiers à la mettre en pratique dans la ville d'Etampes. Il en porta ensuite la connaissance à Meung-sur-Loire, où il fit construire un moulin économique qui y fut très longtemps le seul de cette espèce ; il s'en est formé depuis un grand nombre d'autres. Partout où ce genre d'industrie a été porté, i a donné lieu à un commerce étendu. Les farines d'Etampes sont, comme chacun le sait, recherchées dans toutes les villes commerçantes de France, à cause de leur belle qualité.
Une exposition de la manière d'opérer la mouture des grains suivant la méthode dite économique, comparée avec celle pratiquée dans ce pays, fera mieux apprécier les avantages qui peuvent résulter de l'introduction de la nouvelle méthode. 
Le travail du meunier ordinaire se borne à faire passer le grain une seule fois entre deux meules grossièrement disposées. Le tamisage s'opère ensuite à force de bras. En voulant broyer le gain en un seule opération, il en résulte, ou que le son est réduit en poudre et passe dans la farine, ou que les parties farineuses du grain ne sont pas assez divisées et vont avec les sons.
Suivant la mouture économique, le grain passe une première fois entre les meules, qui ne l'atteignent que légèrement en enlevant l'écorce au blé. De là il tombe dans plusieurs blutoirs à secousses que l'usine met en mouvement. L'un tamise la farine fleur, et l'autre sépare les recoupes et le son. La deuxième opération consiste à faire remoudre ces recoupes, qui se composent du germe, partie du grain la plus savoureuse, mais la plus dure et difficile à réduite en farine. Cette seconde opération procure la plus belle farine que le grain puisse donner ; la farine de la première lui est inférieure de beaucoup. Ensuite les recoupes qui ne sont pas encore assez fines sont remoulues une autre fois.
Des bluteries diverses, des machines à nettoyer les grains, des rouages plus perfectionnés, distinguent encore cette nouvelle méthode.
Voici les produits que donne en farine diverses, pain et sons, chacune de ces méthodes.

Résultats de la mouture économique.

Cent kilogrammes de pur froment donnent :

En farine fleur : 66 kg
En farine bise : 12 kg
En son : 20 kg
Déchet : 2 kg.
Total : 100 kg

En pain blanc : 86 kg
En pain bis : 16 kg
Total : 101 kg


Résultats de la mouture ordinaire.
Cent kilogrammes de pur froment donnent :
En farine fleur : 23 kg
En farine commune : 33 kg
En farine bise : 22 kg
En son : 20 kg
Déchet : 2 kg.
Total : 100 kg

En pain blanc : 29 kg
Pain, 2e qualité : 40 kg
En pain bis : 29 kg
Total : 98 kg


Il est à observer que les produite en farines de toutes sortes de la mouture ordinaire ne parviennent au résultat ci-dessus mentionné qu'au moyen de ce qu'une partie des sons s'y trouve mêlée ; au lieu que, dans la mouture économique, la farine en est parfaitement exempte.
La comparaison de ces deux résultats fait voir que le produit de la nouvelle méthode en farine fleur est en pain blanc est près de trois fois plus considérable que celui de l'ancienne en farine et pain de même qualité.
La mouture économique procure les moyens de faire des farines, l'objet d'un commerce étendu, avantage que n'offre pas la mouture ordinaire, d'après laquelle le son et la farine étant mêlés ensemble, ne peuvent donner lieu qu'à un commerce de confiance nécessairement très borné, en raison de la difficulté d'apprécier la qualité des farines brutes.
Le gouvernement a reconnu depuis longtemps l'importance d'un art qui peut contribuer beaucoup à améliorer le plus essentiel de nos aliments. Aussi, en 1760, époque où la nouvelle méthode commença à être pratiquée autour de Paris, le gouvernement fit tous ses efforts pour la propager dans toute la France. A cet effet, il envoya dans les principales villes du royaume des agents qui y firent des expériences publiques dont les résultats, constatés par des procès-verbaux, sont tous en faveur de la mouture économique. Il rassembla en même temps, sur ce sujet, les renseignements que peuvent procurer les gens de l'art, et réunit une collection de matériaux qui furent confiés à M. Beguillet, écrivain versé dans les sciences économiques. Celui-ci en composa un ouvrage (Deux vol. in. 4°, à Paris chez Puault, librairie du Roi, 1770) qui fut imprimé par ordre du gouvernement, et dont le Roi lui-même ne dédaigna pas d'agréer la dédicace. Un suffrage aussi auguste, en faveur de cet art, était bien l'encouragement le plus puissant qui pût lui être accordé.
Il paraîtra peut-être étonnant, au premier aperçu, qu'un art dont l'utilité, on pourrait dire même la nécessité, est si bien, démontré, ne soit pas plus répandu ; mais en y réfléchissant, il est facile de voir de combien d'entraves est entourée la formation d'un établissement de ce genre dans un pays où il est peu connu. Il ne suffit pas, pour en assurer la réussite, d'une personne qui ait les fonds nécessaires, il faut y joindre les connaissances pratiques de cette industrie, afin de pouvoir diriger soi-même les ouvriers qu'on emploie dans un travail nouveau pour eux. Avant même d'arriver à ce point, que de recherches et de démarches l'entrepreneur n'aura-t-il pas eu à faire pour découvrir une position favorable, sous tous les rapports, à ses projets, pour l'acquérir d'un propriétaire qui n'est pas toujours disposé à vendre, et obtenir enfin l'assentiment général pour le genre d'industrie qu'il cherche à introduire. A cette occasion, M. Conty, qui vient de former dans ce département un établissement de ce genre, s'applaudit des facilités qui lui ont été accordées pour la construction de son usine ; et il termine son mémoire par cette phrase que nous nous faisons un devoir de citer textuellement : 
"Les encouragements que vous avez bien voulu m'accorder, M. le Préfet, ont été flatteurs pour moi ; ils ont fortifié mon courage, et ont adouci les inquiétudes que donne l'incertitude du succès dans une entreprise où se trouve engagée une partie de ce que je possède."

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