État de l’agriculture en Touraine au XVIIIe siècle

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1761

Création de la Société d'agriculture de la généralité de Tours

Membres fondateurs de SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE DE TOURS établie par arrêt du Conseil d'État du Roi, le 24 février 1761

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire Tome I. 1821. p. 1-3

"L'établissement des Sociétés d'agriculture a trouvé, comme tant d'autres, des partisans et des détracteurs. On ne peut mieux répondre à ces derniers qu'en leur opposant l'expérience des faits, qui ne permet plus de contester aujourd'hui l'heureuse influence de ces Sociétés sur le perfectionnement de tous les genres d'industrie qui sont du ressort de leurs études. Nous ne soumettrons donc point ici à une discussion au moins superflue, des résultats que la prévention la plus aveugle ne peut révoquer en doute ; ce serait s'écarter des principes que nous nous sommes tracés, de n'insérer rien que d'utile dans cet ouvrage. Il n'en est pas de même des détails historiques que l'on va lire sur l'ancienne Société d'agriculture de la généralité de Touraine, à laquelle la nôtre doit son existence ; ces détails nous ont paru propres à satisfaire la curiosité de nos lecteurs, et ne sont nullement étrangers au genre de travail qui, suivant l'annonce de notre prospectus, formera la base de ces Annales.
La généralité de Touraine a eu l'avantage de posséder la première une société d'agriculture qui fut établie par arrêt du Conseil d'Etat du 24 février 1761. Quelques-unes des considérations qui dictèrent alors cet acte de l'autorité royale [Louis XV], nous semblent venir à l'appui des motifs qui ont déterminé la publication de ces Annales : on en pourra juger par la citation suivante : "Les cultivateurs ordinaires, dénués de principes et de règles, rejettent sans examen tout ce qui s'écarte de la routine, souvent défectueuse. Elle est tellement enracinée chez eux, qu'il ne suffit pas, pour la leur faire abandonner, de leur indiquer de meilleures méthodes ; il faut mettre sous leurs yeux, et quelquefois malgré eux-mêmes, des expériences réitérées qui les instruisent, et les succès constants qui les convainquent. Il faut non seulement trouver les pratiques les plus avantageuses, mais leur en faire adopter l'usage par l'attrait de l'exemple, et par l'appas plus puissant d'un profit certain."
L'article premier du règlement de cette Société mérite aussi d'être mis en entier sous les yeux de nos lecteurs ; cet article est ainsi conçu :
La Société fera son unique occupation de l'agriculture et de tout ce qu’y a rapport. Le but qu'elle se proposera dans ses travaux sera d'instruire, principalement par son exemple, ses compatriotes sur un objet aussi important pour le bien de l'État ; d'exciter dans le pays le goût pour cet art précieux ; d'étudier, par une pratique constante, tout ce qui pourra contribuer à le rendre florissant, et de proposer les moyens qu'elle croira les plus propres à l'encourager, ainsi qu'à le faire prospérer : l'honneur sera la base d'un tel établissement, et l'amour de la patrie le seul motif qui l'animera.
La Société royale d'agriculture de la généralité de Touraine était divisée en trois bureaux, chacun composé de vingt résidants et de trente associés, que le Roi lui-même avait choisis parmi les personnages les plus recommandables des trois ordres que l'on distinguait alors en France.
Un précis des premiers travaux de cette Société, imprimé à Tours en 1763, fait vivement regretter que l'on n'ait pas continué de suivre cette marche, la plus favorable au progrès des arts et à la conservation des documents qui y sont relatifs. Nous nous ferons un devoir pour réparer cette omission, d'insérer dans nos Annales tout ce que nous pourrons extraire des plus intéressantes notes et mémoires manuscrits trouvés dans les archives de cette Société. La Révolution suspendit les travaux de la Société royale d'agriculture."

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome XXVII. Tours, 1847.
p. 248-257
Notice historique sur l'origine et les travaux de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, lue au Congrès scientifique de France, dans la séance générale du 4 septembre 1847, à Tours.
"Vers le milieu du siècle dernier, l'élan intellectuel et littéraire qui avait tant illustré la France sous le règne de Louis XV, commença à étendre, d'une manière plus spéciale, ses études vers les choses d'utilité pratique. Cette marche nouvelle se fit par degrés : on vit la science sortir de la hauteur des théories et s'avancer progressivement vers le sol de l'observation physique. C'était, sans doute, une marche inverse à celle de la nature ; mais, enfin, il fallait bien partir du point où l'on se trouvait alors. L'étude de la nature avait été négligée depuis l'antiquité classique. La science, trop détachée de la terre, s'était, plus d'une fois, perdue dans l'espace comme une météore. C'est au milieu de cette course sans gouvernail qu'elle fut saisie par le génie de Bacon et de Descartes, et remise dans les voies de la nature. Elle dut se rapprocher encore de la terre et des réalités du monde, par les écrits de Newton, de Leibnitz, de Montesquieu, de Rousseau ; enfin elle y implanta ses racines, grâce aux travaux de Buffon, de Linnée, de Saussure et de tant d'autres profonds observateurs. Ce fut, dis-je, vers le milieu du dernier siècle que l'agriculture, jusque-là, simple routine née de l'esclavage antique et de la glèbe du Moyen-âge, commença à recevoir l'initiation de la science. C'était le temps des Duhamel, des Rozier, des Tull, des Arthur YOUNG , des Backwell, esprits éminent dont la place est depuis longtemps marquée parmi les génies bienfaiteurs de leur époque.
Nous devons nous hâter de reconnaître qu'ils avaient été précédés par l'illustre Olivier de Serre, devant la mémoire duquel nous ne pouvons passer sans nous incliner. Mais le Théâtre de l'Agriculture avait devancé son siècle de trop loin ; il était donné à notre temps de le comprendre et de l'honorer beaucoup plus, sans doute, qu'à l'époque de préoccupation où il parut.
L'élan général qui entraînait les esprits vers le progrès de l'humanité, donna l'idée de créer, à l'instar des Compagnies académiques, des Sociétés savantes agricoles, destinées à mettre ensemble les lumières de chaque membre, et de les regrouper en un faisceau pour le répandre ensuite avec plus d'avantage sur la surface du pays.
En Touraine, ce furent les noms les plus éminents de la province, ceux de MM. de de Choiseul, d'Argenson, de Luynes, d'Effiat, d'Harembure, qui s'inscrivirent en tête du projet d'association, et la Société royale d'Agriculture de généralité de Tours fut établie par arrêt du Conseil d'Etat du Roi, le 24 février 1761. Elle fut divisée en trois bureaux, établis à Tours, Angers et Le Mans. Cette Société fonctionna avec une grande activité et une véritable distinction ; on le voit par ses registres déposés dans nos archives, et aussi par le volume qu'elle publia en 1763. On trouve dans ce volume des mémoires intéressants de M. Burdin sur la nature des terres, et de M. Duvergé sur l'analyse des Terres de Touraine. Ce volume contient, en outre, un article sur les semoirs Duhamel, le savant académicien et le célèbre agronome, que la Société s'honorait de compter parmi ses membres.
Cette première Société a disparu dans le naufrage révolutionnaire ; ses archives ont passé à la Société actuelle."
Société d'agriculture du département d'Indre-et-Loire

1761

Création de la Société d'agriculture de la généralité de Tours (suite)

 

BOURDES 1967

Extraits : Chapitre Sociétés d'agriculture
Bertin rencontre beaucoup de réticences de la part des intendants pour former les sociétés. 
Les intendants choisissent les membres suivant leur intérêt pour améliorer l'agriculture. 


p. 1113 "Toutes objections fort solides dira-t-on parfois de la mauvaise volonté. Mais la décision était formelle et les intendants se mirent à l'œuvre avec des succès divers"


p. 1114 "L'Escalopier pressé par Turbilly forme la Société de Tours dès 16 octobre 1760."


p. 1116 "Nous verrons ce qu'il faut penser du travail des sociétés quand on l'envisage dans son ensemble de 1762 à 1793. Mais dans l'immédiat Bertin pouvait être satisfait d'une création qui semblait remuer l'indifférence pour les choses de l'agriculture et offrir quelques résultats tangibles. Jusqu'en 1763 le système des sociétés fut encore incomplet et son fonctionnement pas toujours harmonieux. Mais les problèmes débattus par les membres ne manquèrent pas d'intérêt "

p. 1119 "Les listes officielles qui donnent la composition des sociétés ne doivent pas faire illusion. Souvent l'intendant a formé la Société comme il a pu, en se servant de la flatterie ou en faisant pression sur les bonnes volontés hésitantes".


p. 1119. "Intéressante à noter est l'idée initiale qui préside à l'établissement de la Société de Tours. Ici les membres seraient choisis dans les trois ordres de l'État, en nombre égal (6) pour chaque ordre. Or, comme on le verra, les discussions portèrent parfois sur des problèmes de "police" agricole c'est-à-dire proprement politiques. Ce mode de répartition ne fut pas adopté. 
"Bourgeois et privilégiés y furent dont en majorité. Les talents se rencontraient surtout chez les premiers, mais les gentilshommes ou même les seigneurs sincèrement acquis à l'amélioration agricole ne manquaient pas. On s'est étonné du nombre élevé des ecclésiastiques membres du haut clergé et la rareté relative des membres issus du clergé de campagne. C'est un moyen pour l'État de se tenir en contact et de contrôler ceux qui gèrent la dîme. 


p. 1120. Paysans et laboureurs sont une infime minorité. 
L'État n'avait pas les moyens financiers pour aider les sociétés. 


p. 1194 Note 1 sur Tours etc...
p. 1197 note 4 sur Tours etc...
 

1763

Rapports d'activité de la Société d'agriculture de la généralité de Tours (bureau du Mans de 1763 à 1789)

NB : documents manuscrits

 

1770


Le duc de Choiseul s'installe à Chanteloup (Amboise)

"C’est le lundi 24 décembre 1770 que le duc Étienne-François de Choiseul, alors véritable premier ministre de Louis XV, reçut l’ordre qui l’exilait sur sa terre de Chanteloup."
"Choiseul ne passait pas seulement son temps en réceptions et divertissements, mais, passionné d’agriculture, il édifia une ferme modèle, et ses champs, ses blés, ses bestiaux, étaient ce qu’il montrait avec orgueil à ses visiteurs, car son but, sur sa terre de Chanteloup, était de faire vivre 200 personnes, 100 chevaux, 100 vaches, 800 à 900 moutons dont il vendait la laine, 60 porcs, plus de très nombreuses volailles."  VIEL 2007 : Choiseul et Chaptal à Chanteloup

 

Arthur YOUNG visite le domaine agricole de Chanteloup le 10 septembre 1787
« En tant qu’agriculteur, il est un trait qui marque le mérite du duc ; il a construit une belle vacherie ; tout le milieu est occupé par une plate-forme, entre deux rangs de mangeoires, avec des stalles pour soixante-douze bêtes ; il y a une autre pièce, moins grande, pour d’autres vaches et pour les veaux. Il importa cent vingt vaches suisses, très belles, et les visitait chaque jour avec sa société, car elles ne sortaient jamais de l’étable. A cela, je puis ajouter la plus belle bergerie que j’ai vue en France ; la partie de la ferme que je vis de la pagode était mieux tenue et labourée que ce n’est ordinaire dans le pays, au point que le duc avait dû faire venir des laboureurs étrangers. En tout cela, il y a du mérite, mais c’est le mérite du bannissement. Chanteloup n’aurait été ni bâti, ni décoré, ni meublé, si le duc n’avait pas été exilé. Ce fut le même cas pour le duc d’Aiguillon. Ces ministres auraient envoyé la campagne au diable, avant d’élever de pareils édifices ou de fonder de pareils établissements, s’ils n’avaient pas été exilés de Versailles. Vu l’aciérie d’Amboise, créée par le duc de Choiseul La vigne constitue le trait caractéristique de l’agriculture."

 

 

1770

OVINS EN TOURAINE

Ovins en Touraine


CARLIER Claude (abbé), Traité des bêtes à laine ou méthode d'élever et de gouverner les troupeaux aux champs et à la bergerie. Tome second. Paris M. DCC. LXX. 1770

extrait p. 718-718
La Touraine si renommée pour ses excellents fruits, si agréable par sa situation et par la variété de ses aspects, fertile en vins, entrecoupée d'étangs, de canaux et de rivières navigables, est abondamment pourvue de tout ce qu'on peut désirer pour mener une vie commode et délicieuse ; mais le bétail y est peu nombreux et elle n'en nourrit que le quart de ce qui lui est nécessaire. Le surplus lui vient du Berry et du Poitou.
Si l'on en croit la tradition, la Touraine autrefois ne cédait pas au Berry en nombre et en qualité de bêtes à laine ; tous les pâturages en étaient garnis, les raisons de ce changement ne nous sont pas connues. Ce qu'on en dit sur les lieux n'est ni satisfaisant ni plausible.
L'espèce qui domine en Touraine diffère peu de la race de Brenne en Bois-chaud ; il y a aussi un pays de Brenne, qui est une continuation de celui du Berry.
Le bétail que les Marchands de la Touraine vont acheter tous les ans dans le Berry pour la consommation des boucheries, se prend indifféremment dans la Champagne et dans le Bois-chaud, depuis le mois de Mai jusqu'en Octobre. Ils font leurs provisions aux foires.
Les bêtes de nourriture se tirent en plus grand nombre du Poitou que du Berry. On les achète à l'âge de huit à dix mois depuis Saint-Maixent (79) jusqu'à Brion (36).
Les Manufactures de Soieries et Draperies sont anciennes en Touraine. Les premières se soutiennent, les autres ont beaucoup perdu de leur ancien crédit. La Draperie de Touraine était déjà en réputation avant le règne de Charles VII. Les Règlements que ce Prince lui accorda en font foi. On en attribue la décadence aux gros emprunts des intéressés, qui n'ont pu finalement faire honneur à leurs engagements. La seule ville d'Amboise s'est maintenue dans la fabrique des Draps, des Etamines, des Droguets ou Pinchinats. On y travaille des Draps de quatre quarts pour les troupes et pour la livrée. Il se faisait autrefois un grand débit des Pinchinats d'Amboise, au-dedans et au dehors du Royaume. On en portait beaucoup au Canada avant la dernière guerre.
A Saint-Aignan, qui est partie Touraine, partie Berry, on fait des Draps de quatre quarts pareils à ceux d'Amboise ; ils se vendent sur les lieux cinq livres dix sols à six livres dix sols l'aune. Le peuple s'habille de Droguets fil et laine, qu'on travaille et qu'on débite partout.
On tenait pour assuré il y a quarante ans (1730), que les métiers de la Province de Touraine se réduisaient au quart de ce qu'ils étaient auparavant.
 

1788

Arthur Young visite Turbilly (Turbillyà l'Est du Maine-et-Loire

Pages 249-250

28 et 9 septembre 1788

 

1792

Dès le 24 juillet 1789, l'Assemblée nationale constituante débat de l'opportunité de créer un comité « spécialement chargé de recevoir les mémoires qui lui seraient présentés sur le commerce et de préparer la discussion de ces matières ». Le 2 septembre suivant, l’Assemblée forme en son sein un comité d’Agriculture et de commerce, chargé de s’occuper de tous les objets relatifs à ces « deux sources fécondes de la prospérité publique »
Le comité d’Agriculture et de commerce tient sa 258e et dernière séance le 23 septembre 1791.
La Convention nationale reconduit le comité le 1er octobre 1792, sous l’intitulé simple de « comité d’Agriculture », et reprend la question des communaux.

Lors de sa création, le comité d’Agriculture et de commerce se compose de 35 membres, dont 33 élus par les généralités et les provinces, et 2 par la Corse et Saint-Domingue.
 

Généralité de Tours : Lasnier de Vaussenay

Généralité de BourgesHeurtault de La Merville

 

Source : Archives nationales

 

 

1793


Le 8 août 1793, par décret, la Convention nationale supprime toutes les académies et sociétés littéraires. La Société d’agriculture d’Indre-et-Loire est supprimée puis sera reformée en 1803. 


Source : LAURENCIN 2010
 

 

Bibliographie et sources
 

BOURDE André J., Agronomie et agronomes en France au XVIIIe siècle. 3 tomes. SEVPEN, 1967, 1730 p. (Original : Bibliothèque de la Société archéologique de Touraine, cote B191 1-3)

JUSTIN Émile, Les Sociétés royales d’agriculture au XVIIIe siècle (1757-1793), Saint-Lô, 15, rue de la Marne, 1935, 367 p. (Original : Bibliothèque universitaire de Poitiers)

LAURENCIN Michel, La Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de département d’Indre-et-Loire : du siècle des Lumières à l’époque contemporaine. Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, tome 23, 2010, p. 91-123.

MAILLARD Brigitte, Les campagnes de Touraine au XVIIIe siècle Structures agraires et économie rurale, les PUR (Presses Universitaires Renne), 1998, 497 pages.           MAILLARD 1998

MAILLARD Brigitte, Paysans de Touraine au XVIIIe siècle, Geste éditions, 2006, 335 pages.

MORICEAU Jean-Marc, Au rendez-vous de la « Révolution agricole » dans la France du XVIIIe siècle. À propos des régions de grande culture [article], Annales  Année 1994  49-1  pp. 27-63

RAGO Nicolas, La Société Royale d’Agriculture d’Alençon » (1762-1790), PUR, p. 163-186

ROCHE Daniel, Le siècle des Lumières en province. Académies et académiciens provinciaux 1690-1789, 1978, 2 tomes, 394 p. et 520 p., Paris, École des Hautes Études en Sciences Sociales.

YOUNG Arthur, Voyages en France, Traduction, (introduction, et notes de Henri Sée) Ed. Texto, 1976, 493 p.

Archives départementales d'Indre-et-Loire (répertoires de recherche)

https://archives.touraine.fr/media/27f84208-ee61-415f-820e-bd53cf66c5b9.pdf

http://archives.cg37.fr/UploadFile/GED/Archives1790/1410525105.pdf

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