COLLECTIONS DE VIGNES AU XIXe SIÈCLE

Publié le par histoire-agriculture-touraine

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1844

Source :
L'agriculture comme source de richesse, comme garantie du repos social.
Recueil uniquement consacré aux progrès de l'agriculture, des sciences qui s'y rapportent, dans la Gironde et les départements environnant; par une réunion de cultivateurs et d'agronomes et sous la directions spéciale de Mr Auguste PETIT-LAFITTE, professeur à la chaire d'agriculture de Bordeaux, membre de l'Académie royale des sciences, de la société d'agriculture et de la société Linnéenne de la même ville, correspondant de la Société royale et centrale d'agriculture de Paris, de la Société industrielle d'Angers, etc...
Cinquième année.
A Bordeaux, chez Th. LAFARGUE, imprimeur-libraire, rue Puits de Bagne-Cap, n° 8.
1844
32 p.

p. 24-27
SYNONYMIE DE LA VIGNE
M. Bouchereau, Conseiller de Préfecture du département de la Gironde, nommé Vice-Président de la 2e session du Congrès de Vignerons français et étrangers, tenue à Bordeaux, au mois de septembre dernier, crut devoir présenter à cette assemblée le catalogue de la riche collection de vignes qu'il entretient dans sa propriété de Château de Carbonnieux, concurremment avec la Société Linnéenne de Bordeaux.
Voici, le discours prononcé en cette circonstance par cet œnologue distingué, les passages qui ont plus spécialement trait à la collection dont il s'agit : nous croyons que tous les viticulteurs les liront avec intérêt.


Messieurs, 
C'est dans le champ de l'examen, de l'analyse, de la pratique enfin que je crois utile surtout que les esprits se dirigent en laissant de côté les vaines théories.
La carrière est immense. L'étude seule des diverses variétés de vignes qui peuplent nos vignobles, présent un horizon presque sans limite. C'est elle qui depuis quelque temps a fait des progrès : progrès lents mais certains.
Le défaut de communications qui régnait autrefois en France, les craintes mal fondées, de la part de beaucoup de propriétaires, qu'avec les ceps de leurs vignes, on ne transportât ailleurs aussi la qualité de leurs vins, avaient été de puissants obstacles à la réalisation d'un pareil travail, dont la nécessité était cependant depuis longtemps comprise.
Le gouvernement de l'empire, sous le ministère de Chaptal, avait fait des efforts qui ont été infructueux.
Mais l'idée mère était restée, elle a fructifié ; des résultats ont été obtenus et de plus grands encore sont attendus avec une vive impatience.
M. le comte Odart, que nous avons le bonheur, Messieurs, de voir à notre tête, celui à qui va si bien le titre que nous aimons à lui décerner : de Nestor des vignerons français, l'auteur de l'Exposé des divers modes de culture de la vigne et des divers procédés de vinification, ouvrage, fruit autant du savoir que de l'expérience, M. le comte Odart, dans l'Essai d'ampélographie [1841 ??] qu'il a fait paraître, a éveillé l'attention publique qui ne sera satisfaite que lorsqu'il aura publié la suite de ce traité, lequel permettra, je l'espère, à la France, de le présenter avec orgueil à l'Espagne, si fière du traité qu'a publié sur les vignes de ce pays, Don Simon Roxas Clemente.
Des collections nombreuses de variétés de vignes ont été réunies dans diverses localités.
Je vous citerai entre autres :
Celle de M. Hardy, jardinier en chef du palais du Luxembourg, à Paris, due à M. le duc Decazes, grand référendaire de la Chambre des Pairs ;
Celle de la Dorée, près Tours, réunie par M. le comte Odart ;
Celle de M. Demerméty, à Dijon ;
Celle de M. Reynier, à Avignon ;
Celle de M. Cazalis-Allut, à Montpellier ;
Celle de M. Izard de Capdeville, à Montauban ;
Celle de M. Tourès, à Machetaux [Tonneins, Lot-et-Garonne] ;
Celle réunie à Carbonnieux, sous notre direction, et sous les auspices de la Société Linnéenne de Bordeaux.
Permettez-moi de dire quelques mots sur cette dernière, dont je vais mettre sous vos yeux le catalogue général à l'état d'épreuve.
Cette collection provenant de plants tirés des pays mêmes vignobles, a dû prendre un grand accroissement par des envois successifs reçus d'Espagne, de Portugal, de Turquie, d'Italie, etc., sur la recommandation adressée à nos Consuls dans ces contrées par M. le duc Decazes, qui n'a cessé d'apporter le plus bienveillant intérêt au développement de la collection de Carbonnieux.
Toutes les honorables personnes dont je vous ai parlé, comme propriétaires de diverses collections de vignes, les ont également mises à notre disposition pour compléter celle de Carbonnieux, avec une obligeance dont je suis heureux de trouver l'occasion de leur rendre un témoignage public, ainsi qu'à MM. Aubergier, de Clermont, et Vibert, d'Angers.
Comme vous le verrez par le catalogue qui va vous être distribué, le nombre des variétés inscrites est de 919 ; mais ce chiffre ne présente pas le nombre réel des variétés ; ce chiffre est au-dessus de la réalité à cause des doubles emplois, soit du même nom, soit du même cépage sous plusieurs noms.
D'un autre côté, dans cette collection comme dans toute autre collection nombreuse, des erreurs existent, causées par le peu de soin des personnes chargées de vous transmettre les cépages que vous demandez.
Je ne présente donc pas la Collection de Carbonnieux comme complète dans toutes ses parties.
Je puis facilement classe les variétés qu'elle renferme sous les dénominations suivantes : certaines, douteuses, erronées.
Dans la première catégorie, je rangerai les variétés sur lesquelles il ne peut exister aucun doute : là, se trouvent renfermées toutes celles qui appartiennent aux grands vignobles de France, ou dont les caractères sont si tranchés qu'il n'y a pas à s'y méprendre ;
Dans la seconde, celles qui viennent de sources peu sûres ;
Dans la troisième, celles enfin, dont l'erreur m'a paru plusieurs fois évidente.
Toutes ces déductions faites, il en restera encore un très grand nombre, dignes de fixer notre attention d'une manière positive, et dans toutes, nous pourrons examiner cette prodigieuse abondance de variétés différentes dont un grand nombre est peu ou pont cultivé ; car Messieurs, le nombre des espèces cultivées diminue chaque jour. Le cercle des nouvelles plantations a été très rétréci dans le choix des cépages, au grand progrès de l'agriculture et de l'œnologie.
 

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