MARTINEAU Louis (1851-1926)

Publié le par DESBONS Pierre

MARTINEAU Louis (1851-1926)
MARTINEAU Louis (1851-1926)
MARTINEAU Louis (1851-1926)
MARTINEAU Louis (1851-1926)

Louis MARTINEAU

Viticulteur

Inventeur du porte-greffe :

RIPARIA MARTINEAU GLOIRE DE TOURAINE

 

Né la 14 mars 1851 à Sainte-Maure-de-Touraine (Indre-et-Loire)

Viticulteur à Sainte-Maure-de-Touraine

Décédé le 13 février 1926 à Chinon

Voir texte des conférences :

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/02/louis-martineau-celebre-viticulteur-durant-la-crise-phylloxerique-en-touraine-1882-1906.html

1889

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 121-124
LE RIPARIA MARTINEAU
GLOIRE DE TOURAINE

Il y a quelque chose comme trois semaines, j'ai essayé dans deux articles d'appeler l'attention des viticulteurs d'Indre-et-Loire sur le Riparia Martineau.
Les nombreux visiteurs qui depuis, se sont transportés à Sainte-Maure, me sont une preuve que je n'ai pas prêché dans le désert, mais d'un autre côté, j'ai reçu tout récemment un assez grand nombre de lettres qui me sont une autre preuve que beaucoup d'intéressés n'ont point eu connaissance de mes précédentes communications à la presse. J'e suis un peu surpris, car nous étions alors au moment où les partis venaient de brûler leurs dernières cartouches en vue de la lutte électorale, et il n'est point étonnant, qu'ayant parlé sans bruit et au moment même de grandes préoccupations politiques, notre voix n'ait été que médiocrement entendue.
Cependant la question en vaut la peine, c'est pourquoi je reviens à la charge aujourd'hui d'autant mieux que je revoyais, il y a deux jours, les plantations de M. Martineau, et que j'en revenais, dois-je l'avouer, tout fier pour notre Touraine, du spectacle consolant que, pour la seconde fois et à un mois d'intervalle, j'avais sous les yeux.
On se rappelle l'origine de la question. M. Martineau possédait à Sainte-Maure un petit vignoble dans le voisinage immédiat duquel le phylloxéra se manifestait en 1882. Lui-même ne tardait pas à être contaminé, et en 1883 il faisait venir, sur mon conseil, des pépins de diverses variétés américaines de chez Vilmorin, et commençait ses semis au printemps de cette même année. Le Riparia seul donna des résultats satisfaisants comme levée et végétation. La plupart des autres pépins ne levèrent pas ou mal, et les quelques sujets obtenus ont aujourd'hui pour la plupart disparu.
Je n'ai pas besoin d'insister sur le grand nombre de variétés qui se manifestèrent dans les Riparias. C'est le cas ordinaire à tous les semis de vigne. Une sélection méthodique fut aussitôt appliquée, et M. Martineau fit disparaître tout ce qui lui parut être de qualité inférieure, à petits bois et petites feuilles. Il obtint ainsi d'abord une souche unique qui se distingua immédiatement par la puissance de sa végétation, sa rusticité, la grosseur de ses sarments et les dimensions invraisemblables de ses feuilles. Le reste, comprenant quelques centaines de souches, formait bien encore plusieurs variétés, mais somme toute assez semblables entre elles La souche unique surnommée Riparia n° 1 tandis que l'heureux semeur appelait Riparia n° 2 l'ensemble des autres Riparias.
Je ne veux point faire le procès de ces derniers, ils sont bons, peuvent très bien être utilisés pour les plantations nouvelles car, la moyenne se rapproche sensiblement de ce que dans l'Hérault, on appelle la Gloire de Montpellier et d'autre variétés que j'ai eu l'occasion de voir dans les très intéressantes plantations du château de Richelieu, chez MM. Drake à Candé, Rox à Monts, et sur quelques points encore de notre département.
Mais ce que je considère comme tout à fait remarquable ; c'est la souche et ses dérivés qui ont constitué le Riparia n° 1, que nous appellerons désormais Riparia Martineau, pour perpétuer le souvenir du vigneron qui a eu la bonne fortune de le faire naître et de le remarquer, et Gloire de Touraine pour lui conserver son origine tourangelle.
Le "Riparia Martineau" est déjà vieux de 6 années et il est resté jusqu'ici à peu près inconnu et vierge de toute recommandation autre que la mienne. A la vérité, il n'y a guère que deux ans que j'en ai parlé incidemment dans mes conférences et je l'ai fait si timidement que bien peu de personnes en ont conservé le souvenir. Assurément la plume me démangeait fort, toutefois j'attendais toujours de crainte d'une dégringolade imprévue. Cela fut vain. Quelque chose est bien venu, mais c'est l'assurance que nous sommes en présence d'un cépage dont les mérites s'affermissent chaque jour avec des avantages comme porte-greffes tels que je n'en ai rencontré nulle part.
Pourtant il n'a fallu rien moins que la visite, le 1er septembre dernier, de M. Félix Sahut, président de la Société d'horticulture de l'Hérault, l'un des hommes qui connaissent sans aucun doute le mieux la question des vignes américaines, auteur de nombreux ouvrages de viticulture, pour forcer en moi cette conviction que le Riparia Martineau est bien une vivante réalité. Et c'est d'un commun accord, et en présence de M. Martineau, sur le terrain même de ses succès, au milieu des pampres verdoyants et des grappes énormes des souches greffées, que nous avons déclaré à l'intelligent viticulteur que son Riparia n°1 s'appellerait désormais Riparia Martineau Gloire de Touraine.
J'ai confiance dans le jugement de M. Sahut, le nouveau venu fera sa trouée, et par cette trouée passera la reconstitution de nos vignobles d'Indre-et-Loire, et celle de bien d'autres départements.
M. Sahut m'écrivait de Montpellier à la date du 8 courant comme écho de notre visite du 1er septembre à Sainte-Maure, que les membres de la Société d'horticulture de l'Hérault, sous les yeux desquels il a placé les feuilles du Riparia Martineau qu'il avait emportées, les ont trouvées "splendides". Que diront-ils lorsqu'il verront les échantillons de terre où végète ce cépage, et les sarments que je viens d'envoyer au directeur du Progrès agricole et viticole de Montpellier, qui me les avait demandés pour les exposer dans les bureaux de son journal, l'un des plus réputés de la région méridionale ?
Le Riparia Martineau, tous ceux qui l'ont vu - et ils sont nombreux - pourront l'affirmer, est doué d’une végétation comparable qui semble défier même jusqu'aux sols la plus rebelles. C'est ainsi que dans des milieux formés presque essentiellement de pierre calcaire tendre, sorte de tufs gras ou secs il se soutient depuis 5 ans sans aucune faiblesse ; et alors que dans ces terrains les arbres à fruits à noyaux eux-mêmes végètent ou meurent de la chlorose, cet incroyable cépages comporte ni plus ni moins que s'il avait à sa disposition des terres d'alluvions, qu'il soit d'ailleurs greffé ou non, : ce sont toujours des sarments qui dépassent souvent dix mètres de longueur, portant des feuilles qui ne mesurent pas moins de 25 à 30 cm dans leurs grandes dimensions.
M. Martineau possède aujourd'hui un assez grand nombre de greffes, tant sur son Riparia n° 2 que sur le n° 1. Elles sont toutes belles et chargées de fruits ; mais je dois à la vérité de dire que le Riparia Marineau ne supporte aucune comparaison On ne peut rien imaginer de plus beau. Les grappes sont énormes et nombreuses, mûre à point et promettent de faire d'excellent vin. Nous avons remarqué surtout les Alicante Henri Bouschet (cépage de l'Hérault), qui ont fait l'admiration de tous les visiteurs, un Breton précoce qui mérite d'être propagé et des Grollots. Ces derniers sont à raisins si volumineux et à grains si serrés qu'on a peine à les reconnaître. Tout cela est d'un réel et très grand intérêt pour notre viticulture su éprouvée, et c'est pourquoi je voudrais voir nos vignerons entreprendre en colonnes serrées le voyage aux pépinières de Sainte-Maure, convaincu qu'il en rapporteraient la conviction que rien pour eux n'est perdu encore, et que; malgré le phylloxéra, le mildiou et autres féaux, ils peuvent, s'ils le veulent, reconstituer leurs vignes et peut-être retrouver la prospérité d'autrefois.
M. Martineau, qui est un viticulteur habile, un greffeur émérite, ne veut pas être seul à profiter de sa découverte ; aussi a-t-il retardé ses vendanges jusqu'à la semaine prochaine pour convaincre ses visiteurs avec la démonstration par la preuve.
Le Riparia Martineau pourrait encore être appelé le Riparia des terres calcaires, puisqu'il y vient aussi bien que dans les meilleurs sols. Au surplus, ce sera peut-être là son caractère distinctif, car tous ceux qui s'occupent des vignes américaines savent que la pierre d'achoppement de ces cépages est précisément la résistance qu'ils présentent à s'acclimater dans les terrains calcaires, et, malgré les sélections, les hybridations faites jusqu'ici, la viticulture ne semble pas avoir encore trouvé le cépage américain des plantations dans les milieux de semblable origine. Si l'avenir confirme cette première expérience, vieille de cinq années, je le répète, quelle somme de reconnaissance l'arrondissement de Chinon, les Charentes et en général tous les pays à sol calcaire ne devront-ils pas plus particulièrement au petit et modeste vigneron de Sainte-Maure.
Vignerons d'Indre-et-Loire, reprenez courage, si je désir que j'ai de faire quelque bien à votre cause si intéressante ne m'abuse pas - et je ne puis le penser - je crois qu'avec le "Riparia Martineau" une ère nouvelle va commencer pour nous.
Les pépinières de Sainte-Maure présentent encore un côté intéressant, relatif cette fois aux producteurs directs américains. Nous avons goûté la plupart des raisins des nombreuses variétés cultivées et cela n'a pas toujours été sans désillusion. Il me semble résulter de ce que nous avons vu, que sous notre climat, il conviendra de porter l'attention plus spécialement su l'Othello, l'Huntingdon, le Secretary, le Senasqua, le Cornucopia. Reste la qualité du vin que fourniront leurs nombreuses grappes ; ce point sera examiné ultérieurement avec pièces à l'appui.
A. Dugué
Professeur départemental d'agriculture. 
P.-S. - Voici les résultats d'analyses faites par le laboratoire de l'Ecole d'agriculture de Montpellier sur deux échantillons de terres calcaires où la végétation du Riparia-Martineau ne laisse absolument rien à désirer.
Terre blanc-verdâtre. (Terrain Martineau)
Calcaire... 78,3 %
Argile... 12,5 %
Sable... 9,2 %
Terre blanc-jaunâtre. (Terrain Boissoneau)
Calcaire... 63,3 %
Argile... 32,2 %
Sable... 4,5 %
A. D.

p. 131-133
LE RIPARIA GLOIRE DE TOURAINE
Dans sa dernière séance [19 octobre 1889], la Société d'Agriculture, sur proposition de M. Dugué, Vice-Président, décidait qu'une visite officielle serait faite au vignoble de M. Martineau, à Sainte-Maure.
Il s'agissait de constater de visu les nombreux mérites d'un Riparia obtenu de semis effectués en 1883 par M. Martineau, et baptisé très justement, pensons-nous, "Gloire de Touraine" ? En conséquence, une délégation composée de MM. Dugué, Vallée, Chauvigné père, Gauvin, Duclaud, se présentait le 27 octobre [1889] chez l'intelligent vigneron, accompagné de plusieurs propriétaires, viticulteurs étrangers à la Société.
Guidé par M. Dugué, dont la compétence et le dévouement sont l'un et l'autre hors de prix, M. Martineau a pratiqué des sélections sévères, et à l'aide d'un pied unique obtenu de semis et habilement propagé, il a constitué une importante culture dans des conditions qui semblent tout d'abord devoir éloigner le succès.
Pour peindre en quelque sorte son enseigne, pour bien affirmer les qualités d'adaptation du Riparia-Martineau dans les terrains calcaires, deux ceps ont été plantés à droite et à gauche de la porte d'entrée de l'habitation. Lorsqu'après avoir admiré la longueur, la grosseur, la belle santé des sarments et la largeur anormale des feuilles, on regarde le sol, on constate que chaque cep est implanté dans un tuf maigre, lamelleux, d'aspect gris verdâtre ; et sans être géologue ou chimiste, on conclut à une forte proportion de calcaire. Le tuf, en effet, analysé à l'Ecole de viticulture de Montpellier, a donné 78 % de calcaire.
Voici donc un premier point et le plus important à coup sûr : la vigueur végétative du Riparia-Martineau dans les sols calcaires si nombreux en Touraine. La confirmation de ce fait, devait nous être donné par l'examen d'un cep poussant avec une vigueur tout au moins égale chez M. Boissonnot, négociant à Sainte-Maure. Malheureusement le temps nous fit défaut. Le tuf de M. Boissonnot également analysé présente 63 % de calcaire et une proportion d'argile triple de celle constatée chez M. Martineau.
La vigueur du Riparia Gloire de Touraine, la longueur de ses sarments qui atteignent 7 à 8 m et quelquefois 10, gardent une grosseur exceptionnelle, la facilité de reprise au bouturage, non moins que la perfection de la soudure entre le greffeur [greffon] et le sujet [porte -greffe Riparia Martineau], suffiraient certainement à le faire classer au premier rang. Mais que dire, lorsqu'à tous ces avantages se joint la faculté de végéter admirablement dans tous les terrains, les meilleurs comme les plus maigres, froids et compactes, secs et rocailleux ?
Après avoir admiré l'enseigne, il fallait bien savoir ce que renfermait la boutique et nous dûmes nous transporter au vignoble distant de 1 500 m. On avait laissé tout exprès pour nous une trentaine de ceps portant encore leur récolte. Que pouvions-nous dire ? Habitués depuis des semaines, des mois, à ne voir que des vignes dans lesquelles la coulure, la grêle, le mildiou, avaient fait rage, sans parler de celles qui, méconnaissant la loi contre le cumul, s'étaient laissées visiter par les trois fléaux à la fois !
Ce n'était plus à se croire en Touraine. Des greffes de 2 ans, et même d’un an, portant sur de beaux et vigoureux sarments, d'énormes grappes, au nombre de 20 à 25, pour le Grolleau, avec une belle couleur noire bleuâtre, un peu pruinée, des grains plus gros que les prunelles des haies, une maturité parfaite, un goût très sucré qu'il est bien rare de rencontrer chez le Grolleau. Quan à l'Alicante-Bouschet, teinturier des plus méritants, l'aspect, pour ne pas être identique, n'était pas moins curieux ; grappes un peu moins nombreuses mais plus grosses ; grains d'un noir brillant et d'un volume exceptionnel, jus auprès duquel celui des mûres de haies aurait semblé rose.
Un troisième cépage, un Cabernet (Breton) hâtif avait été vendangé. Mais un des visiteurs qui nous accompagnait nous affirmait la parfaite exactitude des allégations de M. Martineau touchant à la beauté de cette récolte. Les exclamations admiratives, les appels réciproques pour mesurer les sarments de 10 m, pour goûter à des grappes devant peser plus de 500 gr et douces comme le miel, les amoureux retours en arrière, les explications techniques données par M. Martineau sur sa façon de greffer, ses démonstrations dans le but de justifier ses préférences pour la greffe en place et pour le genre de greffe dit "Cadillac", tout cela avait absorbé la presque totalité de notre temps. Et pourtant nous voulions voir encore les producteurs directs : Sanasqua, Othello, Herbemont. Quelques-unes végètent fort bien, ma foi ! et donnent, paraît-il, abondamment. Mûrissent-ils ? C'est une autre affaire ? Et parmi les personnes présentes, beaucoup, après avoir goûté le vin des producteurs directs, estimaient que leur place serait toute trouvée auprès d'Orléans, pour alimenter les usines à vinaigre ! Quant au vin des plants greffés, il est bon, suffisamment corsé, et l'Alicante-Bouschet lui donne une belle couleur.
La vigne de M. Martineau, dans laquelle prospéraient jadis les cépages du pays, aujourd'hui détruits par le phylloxéra, est un terrain froid, assez compact et de nature argilo-calcaire. La plantation de Riparia et des autres américains a succédé sans interruption à l'arrachage des ceps détruits.
Notre dilettantisme vinicole nous ayant amené à l'heure extrême du départ pour la gare, il ne nous fut pas possible de visiter M. Boissonnot. "Le chemin de fer n'attend pas", dit-on proverbialement. Non ! mais il fait parfois diablement attendre. Cinq quarts d'heure de retard, un vent glacial dans la gare disposée en couloir ; un affolement de voyageurs, un train bondé de monde ! Bref, in train de plaisir.... paraît-il, pour ceux qui allaient vers Paris ! Quant à nous, pressés de rentrer à Tours, agacés par le retard et par le piétinement sur place, nous avions plutôt l'air de revenir de Pontoise que de Sainte-Maure, et nous pouvions philosopher à perte de vue sur l'ironie du sort qui nous colloquait dans un train de plaisir.
Désireux de conserver à ses concitoyens la faculté de pouvoir régénérer leur vignoble, M. Martineau a refusé de se prêter à une spéculation qui pouvait être excessivement fructueuse. Il s'agissait de vendre pour cinq années à un industriel du Midi toute la production du Riparia Gloire de Touraine. Vivant du travail de ses bras, ayant charge d'enfants, M. Martineau, plus que personne, avait le droit de faire passer en première ligne l'espoir d'un profit assuré très légitimement acquis. Il ne l'a pas voulu. Son cœur de Tourangeau s'est ému à la pensée de rendre son département tributaire d'une autre contrée qui fait à la Touraine une rude concurrence viticole. Le sentiment par lequel il s'est laissé guidé, mérite d'être hautement loué.
En présence des services dès maintenant rendus à la viticulture, par M. Martineau, en présence aussi de la certitude où nous sommes qu'il continuera ses travaux pratiques, ses recherches, sa propagande active, nous n'hésitons pas à vous demander pour lui une des deux médailles d'argent que la Société des agriculteurs de France a bien voulu mettre à notre disposition.
Elle sera tout à la fois pour M. Martineau un remerciement, un encouragement, une marque de haute estime.
G. DUCLAUD, Président.

p. 145-146
Extrait des procès-verbaux
Séance du 14 décembre 1889
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
Selon les conclusions du rapport de M. Duclaud sur le Riparia Gloire de Touraine de M. Martineau, une médaille d'argent offerte par la Société des agriculteurs de France est remise à M. Martineau propriétaire cultivateur à Sainte-Maure.
[...]
En terminant, M. le Président fait la présentation, comme membre titulaire, de M. Martineau propriétaire cultivateur à Sainte-Maure, présenté par MM. Duclaud, Dugué et Chauvigné fils.
Le Secrétaire perpétuel ;
Auguste Chauvigné


 

1890

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXX, 1890
Extrait des procès-verbaux
Séance du 11 janvier 1890
Présidence de Pic-Paris, Vice-Président.
p. 14
[...]
Il est ensuite procédé à l'élection comme membre titulaire de M. Martineau, de Sainte-Maure, présenté par MM. Duclaud, Dugué et Chauvigné fils.
[...]
Le secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.
 

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 65-71
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. MARTINEAU, propriétaire à Sainte-Maure
Le phylloxéra a été découvert à Sainte-Maure en 1882, sur le plateau du Plessis où nous avons déjà visité les vignes de Mme Viau.
A une portée de fusil environ du premier foyer que nous eûmes à reconnaître à cette époque, M. Martineau, aujourd'hui notre collègue, possédait une petite vigne d'un hectare environ, âgée de huit ans.
Le concurrent était alors entrepreneur de routes et occupait à ce titre, de six à huit ouvriers La viticulture n’était pour lui à cette époque qu'un accessoire, mais cependant, comme elle augmentait un peu les ressources du ménage et fournissait la boisson journalière, on donnait au petit vignoble tous les soins nécessaires, et la végétation comme la production étaient satisfaisantes.
M. Martineau s’émut aussitôt à la pensée que sa vigne pourrait être très rapidement envahie et qu'il pouvait en résulter pour lui une perte assez sensible. Il résolut donc, dans l'impossibilité où l'on était d'introduire dans le département des sarments de vignes américaines que l'on préconisait déjà sérieusement pour la reconstitution du vignoble, de demander au semis les cépages que la loi prohibait. Il s'adressa dans ce but à la maison Vilmorin, qui lui envoya un petit lot de pépins de diverses variétés qui furent confiés à la terre au printemps de 1883.
La levée laissa fort à désirer pour le plus grand nombre des variétés, mais pourtant elle fut satisfaisante avec les Riparias, et c'est dans ces derniers qu'il devait trouver la possibilité de refaire sa vigne, dévorée par le puceron un peu plus tard, et de l'accroître dans d'importantes proportions.
En 1884, les sujets de la petite pépinière grandissent et, bien qu'ils présentent entre eux des différences de vigueur notables, le propriétaire y prête peu d'attention ; il continue sa construction de chemins et la vigne ne reçoit que le superflu du temps laissé disponible. Toutefois, les sarments des nouveaux venus ont pris assez de développement pour permettre de faire des boutures que l'on met à raciner.
Avec 1885, c'est la manifestation certaine de la présence du phylloxéra dans la vigne. Les souches fléchissent rapidement en plusieurs points, et il faut déjà, l'hiver venu, procéder à l'arrachage des plus malades et à leur remplacement à l'aide des racinés américains d'un an, au printemps 1886.
L'opération se fait très simplement : on se contente, pour la plantation, du trou fait pour l'arrachage des souches phylloxérées et il n'est question à ce moment d'aucune disposition particulière et pas davantage de fumure ; de plus, les éléments du précédent palissage sont conservés.
C'est en cette année 1886 que l'attention du propriétaire fut particulièrement portée, parmi les sujets issus de la pépinière et directement du semis, sur une souche unique, ayant tous les caractères du Riparia, mais se distinguant entre tous les autres plants, par une vigueur exceptionnelle. Les sarments de cette souche furent mis de côté, multipliés en vue de produire du bois à leur tour, et c'est ainsi que s'est révélé le Riparia Martineau dit Gloire de Touraine.
A partir de l'année 1886, le phylloxéra s'étendait rapidement dans le petit vignoble ; aussi l'arrachage et la reconstitution immédiate allèrent-ils bon train. En 1889, la substitution était complète.
Aussitôt qu'il put disposer d'une certaine quantité de bois américain, M. Martineau fit du racinage et bientôt il étendait ses plantations sur des terrains achetés, mais en allant lentement faute de pouvoir faire autrement.
C'est par ces terrains que la Commission a commencé sa visite. Ils se composent, pour la plus grande partie, d'un sable calcaire, de travail facile, qui sert à l'élevage des greffes sur une superficie d'un hectare environ, puis d'une partie plus calcaire avec cailloux et qui fut, pour bon nombre de variétés américaines, le champ du repos : la chlorose en a eu rapidement raison. C'est là que M. Martineau avait accumulé au début, pêle-mêle, tous les sujets américains qu'il avait pu se procurer au dehors, et nous devons dire que tous y ont succombé, sauf la Gloire de Touraine dont la végétation y est véritablement splendide et sans aucune trace de chlorose. Depuis, on a rempli les vides avec de Gloires de Touraine, dont la vigueur ne se dément pas, puis avec des Gamay Couderc et l'Aramon x Rupestris Ganzin, dont la végétation ne laisse pour l'instant rien à désirer. Tous ces plants ne sont pas greffés et produisent du bois.
Enfin, cette même pièce de terre comprend une troisième partie où ma terre végétale, essentiellement calcaire, a environ 0,40 m d'épaisseur ; le reste est constitué par une marne blanche et friable, vrai tombeau des vignes américaines. Cette partie d'environ 0,50 ha a fait l'objet d'une acquisition plus récente et elle était autrefois plantée de vieilles vignes de Pineau dont le phylloxéra a eu assez facilement raison. M. Martineau fit arracher les souches mortes, construire des aujoux dans lesquels il fit apporter des terres Bournais pour faciliter la reprise, et c'est là qu'il s'efforce, comme étude, de réunir tous les cépages américains que l'on a préconisés depuis quelque temps pour les calcaires. La sélection y est déjà très accusée et bien des sujets ont dit ici leur dernier mot. Nous n'avons guère rencontré, faisant bonne contenance parmi tous ces plants actuellement âgés de deux ans, que la Gloire de Touraine qui rient encore la tête, puis l'Aramon x Rupestris Ganzin et le Gamay Couderc.
Ainsi donc, ce premier champ de vigne, à l'exception des surfaces occupées par les pépinières de greffes, a été consacré, vu sa composition calcaire, à la recherche de la résistance à la chlorose. Les faits ont parlé haut et montré que, parmi les anciens porte-greffes il y avait peu d'espoir ; reste la question des nouveaux plants hybrides, actuellement à l'étude et sur lesquels il n'est pas encore permis de se prononcer d'une manière définitive, cependant nous en avions assez vu pour dire que s'il y a beaucoup d'appelés, il y aura peu d'élus.
En résumé, voici en partie résolue, ou du moins un peu élucidée, pour les terrains calcaires si nombreux dans le canton de Sainte-Maure et les cantons voisins de L'Ile-Bouchard et de Richelieu, la question de la reconstitution du vignoble ; les difficultés paraissent devoir être considérables, du moins avec les éléments actuellement à notre disposition.
En quittant ce premier clos qui, en réalité, est un champ d'expériences et qui a vivement intéressé la Commission, celle-ci s'est transportée dans l'ancien vignoble reconstitué dont nous parlions tout à l'heure et où M. Martineau a fait ses premiers essais de viticulture américaine. Il est aujourd'hui entièrement replanté et, qu'on le remarque bien, il l'a été successivement au fur et à mesure de la mort puis de l'arrachage des vignes françaises. La vigne est plantée à rangs distants de 2,30 m, les ceps à 1 m sur le rang comme les vignes françaises ayant précédé. Les greffages ont tous été faits en place, de côté, suivant la méthode Cadillac. La réussite est parfaite et la végétation splendide. Quant aux raisins, il est impossible d'imaginer plus de quantité et plus de beauté dans le fruit. C'est vraiment merveilleux et bien fait pour tenter le visiteur, qui serait encore dans l'indécision de reconstituer son vignoble.
On trouve là, greffés sur divers Riparia provenant du semis initial de 1883, un grand nombre de variétés de raisins, et notamment du Groslot, du Breton précoce, du Portugais Bleu, de la Joie d'Octobre, du Précoce de Malingre, plusieurs hybrides Teinturier de Bouschet, du Côt, etc., et partout même vigueur, même fructification, même perfection de soudure.
Nous avons dit que la greffe employée avait été celle de Cadillac, qui donne à M. Martineau l'assurance d'une reprise certaine et une récolte de bois américain l'année du greffage, absolument comme si celui-ci n'avait pas été pratiqué. Ce n'est que l'année suivante qu'on supprime la tête de l'américain en ménageant un chicot provisoire de 4 à 5 cm pour ne pas altérer la greffe. Celle-ci, dont le développement est toujours peu considérable en raison de la gêne qui résulte pour elle de la conservation de la tête de l'américain et de tous les sarments qu'elle porte, est presque toujours maintenue entière lors de la première taille, et dans l'année, abondamment alimentée, elle se couvre de raisins superbes, ce qui ne nuit en rien au développement du bois.
Nous avons vu aussi comment a été faite la plantation, par simple substitution ; depuis, M. Martineau a fait creuser tous les deux rangs, sur 0,50 m de profondeur, des fossés dans lesquels on a mis des bourrées bout à bout, donnant du même coup la fumure et l'assainissement.
A côté et touchant cette première vigne reconstituée et dans laquelle se trouve les greffes âgées de neuf ans, M. Martineau a planté un terrain d'un hectare, dont il a fait depuis l'acquisition. La plantation a eu lieu sur aujoux chargés de fagots d'ajoncs et de bruyères. Le greffage a été fait par les procédés habituels en place et de côté. La réussite a été complète et les résultats sont non moins beaux que dans la vigne voisine et reconstituée précédemment.
Ces vignes se trouvent à la naissance du plateau argileux placé à l'est de Sainte-Maure et qui s'étend dans la direction de Bossée et de Sepmes. Le sol est compact, froid avec mélange de cailloux, peu abondants toutefois, et repose sur un sous-sol d'argile veinée de blanc et peu perméable. Cette composition du terrain se continue très sensiblement dans les autres parties du vignoble de M. Martineau, dans lesquelles la Commission s'est ensuite transportée.
Nous visitons d'abord un premier hectare où les vignes sont aujourd'hui âgées de sept ans et ont été plantées en terre vierge, jusqu'ici consacrée, ainsi que tous les autres terrains plantés en vignes par M. Martineau et dont il a fait successivement l'acquisition, à la cuture céréale. Ici nous trouvons un mélange de Gloire de Touraine, dont le but unique est de fournir du bois, avec le même cépage greffé tant dans les variétés françaises qu'avec des producteurs directs américains ; il y en a là toute une collection et des plus intéressantes. M. Martineau a trouvé dans le greffage sur racine résistante, le seul moyen logique de faire vivre les producteurs directs, et ceux qui voudront quand même persister à les cultiver après ce que nous savons sur eux, n'auront qu'à l'imiter.
Nous trouvons ensuite une collection de quarante variétés de porte-greffes dont les types appartiennent aux meilleures formes découvertes et décrites par nos grands hybrideurs. L'espace qu'elle occupe est d'environ 1,30 ha. Toutes ces variétés sont mises en parallèle avec la Gloire de Touraine et, par leur tenue extrêmement variée, constituent encore un champ d'expériences qui n'est pas sans intérêt.
Nous visitons encore et successivement une pièce de 0,60 ha en Othello non greffé, et une autre pièce de 4,50 ha en Riparia Gloire de Touraine âgé de trois à cinq ans qui produit du bois momentanément et sera greffé dans l'avenir ; enfin nous parcourons plusieurs autres pièces de Riparia Gloire, greffé de côté au printemps dernier.
Ces vignes sont plantées à 3 m entre les rangs et 1,30 m sur le rang ; elles donnent pour la plupart provisoirement du bois et seront greffées successivement à mesure que les sarments iront en diminuant.
En résumé, M. Martineau a reconstitué l'hectare de vigne qu'il possédait lors de l'invasion phylloxérique et qui fut détruit, nous l'avons vu, dès la première heure, puis il a planté 9 ha en terres achetées successivement et vierges de vignes pour la plupart sans compter 2 ha de pépinières. Sur les 9 ha, cinq sont actuellement greffé : c'est là un travail considérable, étant donné les faibles ressources dont le concurrent disposait au début.
Les créations de M. Martineau ont ceci de particulier qu'elles sont dominées, partout et toujours, par l'esprit de recherche qui l'anime. Au point de vue financier, rien ne pouvait mieux le servir que de s'en tenir, comme porte-greffe, à sa Gloire de Touraine, véritable trouvaille dont nos viticulteurs n'ont pas jusqu'ici apprécié tous les mérites et qui partout, chez M. Martineau comme ailleurs en Touraine, se montre réellement supérieure à toutes les autres variétés américaines dans les terrains dits à Riparia.
I a ainsi fait de son vignoble un vaste champ d'expériences et de démonstration, à la lumière duquel bien des viticulteurs se sont dirigés dans les reconstitutions qu’ils avaient à entreprendre. Ils ont toujours trouvé, en outre, chez le vigneron du Plessis le plus louable empressement à leur être utile.
Les vignes de M. Martineau sont toutes établies, du moins celles qui sont à fruit en ce moment, sur trois fils de fer soutenus par de forts piquets distancés de 5 m. Quant aux façons, elles sont données à la charrue, à l'extirpateur et à la herse ; les bras n'interviennent que sur les rangs. Tous ces travaux sont effectués par des domestiques à gages et M. Martineau les estime à 150 francs par hectare, tandis que la fumure à l'aide de fagots et la construction des fossés reviendrait à 400 francs. 
Les récoltes ont été de 50 pièces en 1891, de 30 en 1892, et de 150 en 1893, pour une superficie en rapport de 5 ha. La pauvreté du rendement en 1892 est due non seulement à la désastreuse gelée du 17 avril, mais encore à un ouragan de grêle qui a ravagé tout le vignoble dans le courant de juillet.
M. Martineau a annexé à sa culture proprement dite le commerce des bois et des greffes sur américains. Les bois sont extraits des vignes que nous avons visitées, plantées à cet effet ; ils consistent principalement en Riparia. M. Marineau a condamné depuis longtemps les producteurs directs ; il conserve ceux qu'il a pour satisfaire aux quelques demandes qui se produisent de ce côté et il pense bien avant peu s'en débarrasser complètement à l'aide de surgreffages.
M. Martineau est un greffeur d’une habileté peu commune et la Commission est heureuse de rappeler, en cette circonstance, qu'il s'est mis avec ses greffeurs obligeamment à la disposition de notre Société pour servir de moniteur, il y a cinq ans ; lorsqu'ont été fondés nos cours de greffage ; et, de ce côté encore, il a acquis des droits à la reconnaissance de nos vignerons de Touraine.
Nous aurons terminé lorsque nous aurons rappelé que le viticulteur de Sainte-Maure s'est taillé avec ses greffes dans la mousse une réelle réputation de pépiniériste. Cette année 800 000 greffes ont été ainsi stratifiées et mises en place après soudure. Les résultats sont satisfaisants malgré la sécheresse et la presque impossibilité d'arrose dans laquelle s'est trouvé M. Martineau, malgré aussi les dégâts occasionnés par les larves du hanneton et du taupin ; qui seront désormais combattues par des sulfurages à haute dose pratiqués préventivement dans le sol des pépinières.
Messieurs, il a semblé à la Commission qu'après ce qu'elle avait vu chez M. Martineau, après avoir été témoin de l'intelligence, de l'esprit d'initiative et, disons-le, du désintéressement du vigneron de Sainte-Maure ; étant donné, d'autre part, que M. Martineau a su concilier heureusement ses intérêts avec les services qu'il a rendu à la viticulture de Touraine, la Commission, disons-nous, a pensé qu'elle avait bien devant elle le lauréat le plus méritant du Concours et, en le donnant en exemple aux vignerons d'Indre-et-Loire, elle lui décerne le 1er prix : un objet d'art. La Commission décerne, en outre, une Médaille de bronze de collaborateur, à Héneau, Jean, chef vigneron, dix ans de service.

Publié dans Personnage, viticulture

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