BREILLAT Pierre Louis François, éleveur caprin à la Bénovie, commune de Saint-Bauzille-de-Montmel (34)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Pierre Louis François BREILLAT

Médecin : Chef de Service, médecin phtisiologue départemental des Deux-Sèvres

Il créé un grand élevage de chèvres à la Bénovie, commune Saint-Bauzille-de-Montmel (Hérault) en 1961

Président du LGA  Livre Généalogique de la race Alpine de 1954 à 1962

Président de la FNEC de 1969-1971

 

Deux articles lui sont consacrés dans la Revue La chèvre : n° 44 (1966) et n°55 (1969) 

1966

Revue La Chèvre, n° 44, Oct-Déc 1966, p. 16-20

NOS GRANDS ÉLEVAGES.

 

Élevage du Docteur BREILLAT, Président du Livre Généalogique Alpin.

Après avoir, dans de précédents papiers, fait un tour d'horizon de quelques-uns des plus anciens élevages d'Alpines, il semble qu'il est temps de parler aussi des "nouveaux-venus" à la chèvre, et de ceux qui ont, en partant de l'expérience des vieux de la vieille, construit un élevage.

Aujourd'hui, nous descendrons dans l'Hérault, visiter "La Bénovie", élevage du Docteur BREILLAT, Président du Livre Généalogique Alpin.

C'est en 1961 que le Docteur BREILLAT a décidé de créer un élevage caprin. Ce Chef de Service, médecin phtisiologue départemental des Deux-Sèvres n'était pas un novice dans la création d'un élevage. Il avait entièrement créé, défriché, aménagé une ferme dans la région de Bellac, et, adhérent du fameux C.E.T.A. de Bellac (Haute-Vienne), avait mis sur pied un excellent troupeau de 300 moutons et de 50 vaches charolaises de plein air, bien avant l'engouement actuel pour nos races bovines à viande. Une très belle offre d'achat de son exploitation l'ayant tenté, le Docteur BREILLAT avait laissé partir cette création et, ne voyant plus d'intérêt économique à recommencer le même travail sur ces espèces animales, s'était intéressé aux perspectives offertes par la chèvre, que Ministères et journaux agricoles redécouvraient subitement avec des lustres d'oubli... et d'autant plus, qu'ayant des relations personnelles avec les directeurs des Laiteries coopératives des Deux-Sèvres, il avait pu contrôler ses chiffres prévisionnels d'exploitation pour le lait de chèvre.

Mais à l'époque, il était question pour le Docteur BREILLAT d'être muté dans un département du Sud-Est ; c'est donc dans l'Hérault qu'il trouvait une première propriété puis, enfin à Sainte-Bauzille-de-Montmel, la "Bénovie" où il bâtissait de toutes pièces chèvrerie et annexes avec, comme à Bellac, toujours le même souci de diminuer le prix de revient d'exploitation. Bâtissait, créait... par personnes interposées, puisque la mutation attendue n'avait pas eu lieu et que le Docteur BREILLAT était toujours à Niort, faisant navettes fréquentes pour mener son exploitation.

Enfin, en 1965, le Docteur BREILLAT, toujours éloigné, tente une formule de pré-association avec une éleveuse réputée, énergique et compétente et commences à éliminer les non-valeurs du troupeau. Le rendement s'accroît à mesure qu'un plus petit nombre de bonnes chèvres (200) mangent ce que se partageaient 320 adultes auparavant. Et l'on passe de 220 400 litres en pointe, tandis que Mme BREILLAT s'attache personnellement à la traite.

Dès octobre 1965, le Docteur BREILLAT, obligé par sa santé de résilier provisoirement son poste dans l'administration, s'installe à la "Bénovie" et y confirme l'œuvre commencée. Bilan 1966 : 180 laitières, 613 litres de lait par jour en pointe, une tonne de chevreaux de boucherie commercialisée, 70 chevrettes réservées à l'élevage, 60 vendues pour la reproduction. Tous les jeunes ont été élevés par les propriétaires eux-mêmes, entièrement en dehors des mères, identifiés et pesés.

Ce premier bilan vaut qu'on s'y arrête et qu'on voie comment est construite cette idéale réussite.

LA PROPRIÉTÉ :

160 hectares de garrigues, à 25 km au nord de Montpellier, plus une trentaine de terres, dont 20 en état, où l'on fait de la luzerne. Les chèvres sont gardées au pâturage deux fois par jour, le plus longtemps possible, avec des passages de luzerne alternés plusieurs fois avec le pacage dans la garrigue, en réduisant au maximum les distances parcourues.

LE BÂTIMENTS :

De vastes granges et une porcherie avaient servi pour l'élevage des premiers jeunes sujets achetés, mais il n'était pas possible d'y envisager l'organisation rationnelle d'une chèvrerie importante (l'objectif d'alors était de 400 chèvres ou plus) ; aussi un bâtiment neuf avait-il été dès l'origine réalisé. En 1961, la notion de stabulation libre "ouverte" sur le plein air, et des bâtiments économiques, bas et légers, n'avait pas encore gagné les éleveurs de chèvres, et le Dr BREILLAT a suivi les conseils des techniciens d'alors, partisans des stabulations libres fermées, en "dur", par petits lots de peu d'animaux. Il est probable qu'actuellement la chèvrerie de la "Bénovie" (où déjà beaucoup de cloisons ont sauté) serait réalisée à moindre frais, le souci du Docteur BREILLAT étant de diminuer au maximum les investissements.

Telle quelle, elle se présente sous la forme d'un vaste hangar de 40 m x 13 m, murs extérieurs en parpaings, ainsi que les cloisons intérieures des boxes à chèvres, disposés de chaque côté d'un grand couloir central de 3 mètres. Grandes fenêtres à châssis ouvrants (vitrex ou plastique), grandes portes à coulisses à chaque bout du couloir central, et en face d'une des extrémités, des séries de cases. Celles-ci sont séparées entre elles par un large râtelier à foin amovible. Un abreuvoir dans chaque case est rempli au moyen d'un tuyau d'arrosage. Il n'y a pas de cornadis, le foin est distribué à volonté, et le concentré est donne à la salle de traite.

La salle de traite est installée dans un bâtiment construit en équerre à un bout du hangar. Les chèvres y arrivent de plain-pied depuis leurs cases, par le couloir central et une double salle d'attente, de part et d'autre d'un couloir par où les chèvres traites regagnent leur case. Les trayeurs sont dans une fosse bordée de 24 chèvres de chaque côté, ce qui limite à ce nombre la contenance de caque case. En fonctionnement, 2 cases de 24 sont en cornadis de part et d'autre de la fosse. Deux autres cases de 24 sont en salle d'attente, ce qui permet au berger d'affourager et de pailler. Une machine à traire est en fonctionnement ; de nombreux ennuis avec la première marque utilisée : mauvaise traite, impossibilité d'obtenir des pièces de rechange, insuffisance de dépression, commande pneumatique pour un grand nombre de postes... Une nouvelle marque, actuellement en service depuis un an, semble donner satisfaction, moyennant une attention constante et un égouttage manuel soigneux après la traite.

LE TROUPEAU :

Tous ceux qui cherchent à constituer de but en blanc un troupeau important se heurtent encore maintenant aux mêmes difficultés qui furent celles du Docteur BREILLAT : il n'y a pas d'adultes sur le marché normalement ou, s'il y en a, ce sont des "réformes". Il faut donc prendre son parti, si l'on veut des adultes, tout de suite, d'accepter un nombre important de non-valeurs dont on peut juste espérer qu'avant d'être éliminées elles se seront payées ; bien sûr dans le lot il peut y avoir quelques chèvres honnêtes. Le Docteur BREILLAT a donc écrémé les marchés des Deux-Sèvres et d'ailleurs, achetant environ 50 chèvres adultes. Une chance s'est présentée, la vente en bloc d'un troupeau de 40 Saanen inscrite dans la Drôme : une partie de l'effectif adulte de la "Bénovie" est encore composée par ces chèvres, dont certaines comptent encore malgré leur âge parmi les bonnes laitières de l'exploitation.

En même temps, il retenait dans plusieurs élevages du Centre-Ouest 100 chevrettes Alpines de race pure.

Comme le temps passe vite ! En 1962, l'entreprise d'élever 100 chevrettes entièrement au lait reconstitué paraissait folle. En 1966, les laits ont été améliorés, les éleveurs ont appris à les utiliser, et on peut citer plusieurs réussites dans cette entreprise. On peut aussi cite pas mal d'échecs, mais il faut bien que les équarrisseurs vivent, ex aussi...

En tout cas, en 1961, c'était une gageure, et les pépins d'élevage de la première année ont été nombreux. Toutefois, 80 sujets ont atteint l'âge adulte en bonne condition, et constituent la souche actuelle du troupeau de la "Bénovie" et sa meilleure rentabilité. La plupart des bêtes achetées adultes se sont mal adaptées et sont mortes. Un grand regret ; ces chevrettes provenaient d'élevages connus, pratiquement tous inscrits, tous suivis par les techniciens. Mais aucun effort d'dentification n'a été fait, au départ des élevages, tant par les éleveurs que par les responsables des achats, si bien que, à part quelques individus, le troupeau est inscrit à titre initial et la provenance, l'origine et la souche laitière de chaque chèvre sont inconnues. La sélection a donc dû repartir à zéro, avec l'aide du contrôle laitier qui fonctionne grâce à la création par le Docteur BREILLAT lui-même, d'un Syndicat de Contrôle Laitier de l'Hérault, département où le degré d'alcool des vins est plus connu que le rendement laitier des caprins.

L'ALIMENTATION :

Nous avons déjà dit qu'elle se compose de pâturage dans les luzernes et les garrigues. En outre, foin à discrétion à l’écurie et 500 à 800 g par jour de granulés complets. Ne se trouvant pas dans une zone de production de céréales, il était plus simple de s'adresser à un fabricant sérieux, spécialiste de l'alimentation de la chèvre, pour recevoir un aliment équilibré et complet, contenant à la fois les céréales, le son, les condiments minéraux, en plus de tourteaux variés, Une alimentation équilibrée et saine assurée de façon continue.

L'ÉLEVAGE DES JEUNES :

Celui-ci se passe loin de la chèvrerie des adultes, dans une grande grange dépendant des vieux bâtiments de l'exploitation. Très simplement installés, râteliers à foin, auges à granulés ; tout a été réalisé cette année par le Docteur BREILLAT et sa femme, sans main-d’œuvre étrangère. Les chevrettes sont sevrées à 3 mois, ayant consommé jusqu'à 2 litres de lait par jour, soit 10 kg environ de poudre de lait à 25 % pour ces chevrettes d'élevage.

LA COMMERCIALISATION :

La commercialisation du lait dans cette région très éloignée des principaux centres caprins posait un problème difficile. Jusqu'ici, celui-ci a été résolu par la vente en bloc à Roquefort, qui cherche à créer une marque de fromage de chèvre aussi réputée que son célèbre fromage de brebis. Le prix est intéressant pour le moment, il n'est toutefois pas imprévisible que, s'il diminuait, la "Bénovie" doive envisager elle-même la transformation de son lait, comme la plus grande partie des éleveurs de chèvres soucieux de tirer le maximum de profit de leur troupeau.

La commercialisation des chevreaux de boucherie s'est effectuée sur la base de 5 F le kg. Par rapport aux prix obtenus en 1966 dans les Deux-Sèvres, et qui ont oscillé entre 6 et 7 F, c'est déjà honorable, car il n'y a pas dans le Sud-Est de marché de chevreaux comparables à ceux de Lezay ou autres.

La commercialisation des chèvres de réforme est facilitée par la présence de nombreux travailleurs algériens dans la région du Sud-Est, ce qui permet un prix moyen de 100 F pour les chèvres à éliminer.

180 chèvres à traire et à garder, 70 chevrettes à l'élevage, 140 chevreaux de boucherie, le travail de culture, foins, etc., entretien : deux hommes et un berger. Le Docteur et Mme BREILLAT, outre la direction générale et une présence constante, s'étant réservé l'élevage des jeunes, tant pour l'élevage que pour la boucherie. Pense-t-on que, pour traire 180 chèvres, il faut deux hommes 5 heures par jour, le berger ayant pour tâche d'amener les lots à traire et d'évacuer les lots traits.

L'AVENIR :

Il ne semble pas que les objectifs soient aussi ambitieux qu'au début, et le chiffre de 250 laitières ne sera probablement pas dépassé. Dans cet élevage, on s'est rendu compte du temps et du soin que demandent la traite, l'identification, le contrôle des saillies, des naissances, de la production de lait ; moins d'animaux, mieux soignés, donnent un rendement meilleur qu'un nombre immense de tout-venant mal nourris.

Il semble que les chiffres optimum pour assurer le plein emploi homme-matériel, suivant les types différents d'exploitation, soient de 70 à 80 chèvres pour un couple, 250 pour un élevage comme la "Bénovie". Il faudrait passer à 1 000 pour utiliser d'autres méthodes.

Avec l'aide, cette année, d'un contrôle laitier précis, la "Bénovie" peut mettre sur le marché des reproducteurs de race pure et de qualité.

Elle peut, dès à présent, servir de modèle à ceux qui voir un élevage bien tenu, une organisation rationnelle, des beaux animaux en parfait état et le plus important troupeau inscrit de France à un Livre Généalogique.

Revue La Chèvre, n° 44, Oct-Déc 1966, p. 16-20

Présidents de la FNEC (Fédération nationale des éleveurs de chèvres)

 

1958-1967

Ernest CHAUSSON, Drôme

1967-1969

Victorin HASSLER, Rhône

1969-1971

Docteur BREILLAT, Hérault

1971-1977

Emile VIGUIER, Livreur de l’Aveyron

1977-1984

Denis VENE, Livreur du Tarn

1984-1987

Kacem BOUSSOUAR, Fromager des Hautes-Alpes

1987-2000

François ETEVENON, Livreur puis fromager du Tarn

2000-2001

Laurence GUEIT, Fromager du Gard

2001-2003

Rémi BOUDAUD, Livreur des Deux-Sèvres

2003-2006

Kacem BOUSSOUAR, Fromager des Hautes-Alpes

Depuis 2006

Jacky SALINGARDES, Livreur de l’Aveyron

Publié dans Personnage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article