Marie LE CONTE (née CARBONEL), (1888-1988) éleveuse de chèvres à Villechenay (Millançay 41)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

Marie LE CONTE (née CARBONEL), (1888-1988) éleveuse de chèvres à Villechenay (Millançay 41)

BIOGRAPHIE

Marie Jeanne Félicie Léonie LE CONTE (née CARBONEL), (1888-1988)

Née le 2 juin1888 à Uza (Landes)

Décédée le 2 juillet 1988 à Romorantin (Loir-et-Cher)

Père : Abel Eugène Vincent René CARBONEL, né à Naucelle (Aveyron) en 1856, décédé à Laurède (Landes) en 1933 ; Ingénieur des Arts et Manufactures, directeur des Forges à Uza (Landes), maire d'Uza.

Mère : Françoise Marie Léonie DUCURON née à Le Houga (Gers) en 1867, décédée à Laurède (Landes) en 1933

Épouse Georges LE CONTE (1890-1974) le 10 décembre 1919 à Paris (16e). M. Georges LE CONTE est fils de Paul-Sébastien LE CONTE (1844-1924), avocat au Barreau de Paris (promotion 1870-1871) et vice-président de la Société des Agriculteurs de France (1). M. Georges LE CONTE fut prisonnier en Allemagne durant le conflit de 1914-1919 et et s'évada trois fois. Ensuite il vécut de ses rentes sur les domaines de Langladure et puis de Villechanay avec son épouse. Le couple n'eut pas d'enfant.

En 1920, M. et Mme Georges LE CONTE acquièrent le domaine de Langladure sur la commune de Nay (Basse-Pyrénées, entre Pau et Lourdes). Il créent l'Elevage Blanc de Langadure où ils sélectionnent :

les volailles blanches de race Gâtinaise,

les lapins blancs de Bouscat,

les chèvres blanches Saanen d'origine Suisse, 

les Grands chiens de montagne des Pyrénées et les Cockers.

 

En 1930 M. et Mme Georges LE CONTE vendent le domaine le Langladure et acquièrent le domaine de Villechenay à Millançay (Loir-et-Cher). Le domaine de Villechenay est situé à une dizaine de km au nord de Romorantin (D 922) dans la région "Sologne des étangs". Les époux LE CONTE ont choisi de venir vivre en Sologne pour pouvoir chasser et être plus proche de Paris.

Le domaine de Villechenay, situé en pleine forêt solognote, comprend un château en briques et tuffeau du XVIe siècle agrandi au XIXe, 300 hectares de terres répartis en 5 métairies.

Durant la Deuxième Guerre Mondiale les LE CONTE hébergent des réfugiés du Nord de la France : 60 à 80 élèves d'une école pendant 4 ans.

Les principales activités agricoles sont l'élevage (terres peu fertiles couvertes de forêts et d'étangs).

Moutons : 400 bêtes de race Solognote

Chèvres : 35-40 animaux maximum. C'est durant l'hiver 1939-1940, que Mme LE CONTE introduit des chèvres de race Alpine Chamoisée motte (sans cornes) et mène un travail de sélection pour maintenir le type de la race et augmenter la production laitière. Mme LE CONTE n'a pas de boucs, elle conduit sa sélection uniquement sur les femelles. Elle s'occupe elle même de son troupeau : traite, entretien, surveillance au pâturage etc. Elle produit elle-même des fromages de type 'Selle-sur-Cher" qu'elle vend. Dans les années 1950, l'élevage de Villechenay est reconnu pour son niveau de sélection, Mme LE CONTE fonde le Syndicat Caprin de Loir-et-Cher en 1954.

Mme LE CONTE continue son élevage caprin jusqu'à la fin des années 1960. Avec Mmes de SAINT-SEINE (2) et DÉON (3) elle est la cheville ouvrière du développement de cet élevage dans la région Centre (voir ci-dessous)

Vaches Jersiaises (Jersey cattle). Au début des années 1950, M. LE CONTE commence un petit élevage de vaches Jersiaises pour la production laitière. Le troupeau est décimé par la fièvre aphteuse.

Chiens : Grands chiens de montagne des Pyrénées (patous) et les Cockers.

Pour tous leurs animaux , M. et Mme LE CONTE auront constamment comme préoccupation de maintenir la pureté de la race

(1) Édouard LECOUTEUX (1819-1893), fondateur de la Société des Agriculteurs de France possédait une domaine en Sologne non loin de Millançay, au château de Cerçay à Nouan-le-Fuzelier. Il fut membre du conseil général pour le canton de Lamotte-Beuvron. http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/04/edouard-lecouteux.html

(2) Mme de SAINT-SEINE :  http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/05/colette-de-saint-seine-1920.html

(3) Mme DÉON : http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/06/mme-deon.html

 

Château de Villechenay. Bergerie. Chenil
Château de Villechenay. Bergerie. Chenil
Château de Villechenay. Bergerie. Chenil
Château de Villechenay. Bergerie. Chenil

Château de Villechenay. Bergerie. Chenil

1926

Le Gaulois, Journal de la défense sociale et de la réconciliation nationale, Mardi 19 janvier 1926, p. 6

Extrait

Voici une réussite que j'ai été d'autant plus heureux d'enregistrer qu'il s'agit d'un propriétaire auquel j'avais de sérieuses raisons de m'intéresser. Le fils d'un de mes amis fut, il y a quelques années, amené par les circonstances à se fixer dans la région du Sud-Ouest. Il acheta une propriété. Dans quel sens orienter ses efforts ? Il choisit le petit élevage et n'eut pas à le regretter. Pourquoi ? Parce qu'il n'était parti qu'à bon escient et qu'il savait où il allait ; parce qu'il s'était rendu compte qu'une entreprise de ce genres ne peut être rémunératrice qu'établie sur des bases scientifiques.
L'élevage blanc de Langladure, créé par M. et Mme Georges LE CONTE, est un élevage d'amateurs basé sur la sélection en vue de la ponte. Il a pour but l'obtentions d'œufs se recommandant par la grosseur et par le nombre.
Le choix de la race fut l'objet de leur première préoccupation. Après mûr examen, ils donnèrent la préférence à une race française la Gâtinaise, race très rustique et dont la robe blanche plaît généralement. C'est une poule à deux fins : bonne pondeuse, chair succulente. Poussée en vue de l'engraissement, elle donne facilement 3 kg.
Leur choix fait, M. et Mme LE CONTE se promirent de faire de leur Gâtinaise l'égale des races étrangères les plus appréciées comme pondeuses, tout en lui conservant l'incontestable suprématie de sa chair savoureuse. Ils auraient pu, comme beaucoup d'éleveurs, porter leur efforts sur plusieurs races, mais il préférèrent les concentrer sur une race seule, afin de pouvoir suivre l'élevage dans ses moindres détails. Afin d'éviter toute cause d'erreur, ils exercèrent personnellement sur leurs sujets d'élevage un contrôle incessant. Chacun des sujets est étudié en particulier tant au point de vue de l'hérédité que de celui de la précocité de la ponte, du poids des œufs etc... C'est ainsi qu'il sont parvenus à obtenir de la race adoptée le maximum de rendement, à l'encontre de ce qui se passe dans les élevages industriels...... Comment s'étonner, si, entouré de soins si attentifs, l'élevage de Langadure s'est vite classé premier de la catégorie des races lourdes françaises ? La Coquette de Langadure, un nom prédestiné, a obtenu tous les succès dans les épreuves auxquelles elle a pris part. Au concours de Lille notamment elle s'est affirmée la plus belle poule grande pondeuse. etc.

Ch. Brillaud de Laujardière
Directeur du Syndicat central des Agriculteurs de France

1931

Vie à la Campagne et "Fermes & Châteaux" réunis. Revue Pratique avant Tout, Publiée sous la direction de M. Albert Maumené. 1er décembre 1931, numéro 342, volume XXVIII
VIE A LA CAMPAGNE, ANIMAUX DE RACES PURES
page CCXVIII


Répertoire d'adresses d'éleveurs


R. 81. Grands chiens de montagne des Pyrénées et Cockers. Chenil de Langladure, château de Villechenay, Millançay (Loir-et-Cher)

Bergerie de Villechenay & médailles
Bergerie de Villechenay & médailles
Bergerie de Villechenay & médailles
Bergerie de Villechenay & médailles

Bergerie de Villechenay & médailles

Marie LE CONTE (née CARBONEL), (1888-1988) éleveuse de chèvres à Villechenay (Millançay 41)

1960

La Chèvre, mars-avril 1960, n°11, p. 1-4, article signé par Mme de SAINT-SEINE


NOS GRANDS ÉLEVAGES

L’ÉLEVAGE DE VILLECHENAY à Mme DE CONTE, MILLANÇAY (Loir-et-Cher)


Ce n’est pas d’hier que Mme LE CONTE connaît et élève des chèvres ; et ses succès, dans les concours de beauté comme au Contrôle Laitier, ne peuvent étonner ceux qui savent avec quel soin et quelle minutie ses élèves sont soignés et surveillés.
C’est l’histoire de cet élevage que nous présentons aux lecteurs de la CHÈVRE. Car toute réussite est faite d’efforts et d’expériences ; et chacun peut apprendre beaucoup des leçons de près de 40 années d’élevage caprin dont Mme LE CONTE veut bien faire profiter aujourd’hui les lecteurs de la CHÈVRE.

Les Saanen.
C’est en 1921 que Mme LE CONTE, alors dans le Béarn, près de Pau, créait l’Élevage blanc de Langladure où, sur les prairies vertes pyrénéennes, tous les animaux étaient blancs : volailles gâtinaises, lapins blancs de Bouscat, chien de montagne des Pyrénées et naturellement les chèvres blanches de Saanen. Les premières avaient été achetées dans l’Indre à l’élevage alors réputé de Mme PROUDHON ; les autres au hasard des offres, jusqu’à créer un troupeau de 30 à 35 sujets.
Si nous rappelons cet élevage, bien qu'il n'en reste aucune descendance, c'est à cause de la curieuse utilisation de ces chèvres, qui servaient de nourrice aux enfants que leur mère ne pouvait nourrir et qui ne supportaient pas le lait de vache ou les laits artificiels (il y en a encore, et plus qu'on ne le pense !). Les chèvres étaient louées aux familles qui en avaient besoin, pour 40 sous par jour ; pesées au départ, elles devaient être rendues au même poids, sous peine d'une soulte à payer si elles avaient maigri.
On essuyait le pis avec un linge trempé dans de l'eau bouille, le bébé était placé sur un coussin sous la chèvre et tétait directement au pis.
La moitié de l'effectif était ainsi dehors à la fois, par roulement. Il n'était pas fait de fromage avec le lait produit à l'élevage, mais il servait aux vieillards et aux malades, et le reste à l'élevage des volailles. A l'époque on ne pesait pas le lait, on le mesurait ; et si la chèvre BELITA a donné 6 litres de lait, l'ensemble du troupeau, par comparaison avec les autres races de chèvres, ne devait pas être meilleur. Mais évidemment, sans point de comparaison précis et sans Contrôle Laitier, ce n'est qu'une impression d'éleveuse.
Lorsque M. et Mme LE CONTE, quittèrent le Béarn pour s'installer en Sologne, l'élevage fut vendu et dispersé sur place ; ce n'est que plus tard que se créa l'élevage de Villechenay.

Situation géographique.
A 10 kilomètres de Romorantin, à peu de distance de l'Indre-et-Loire, c'est la Sologne. Pas la pleine Sologne, celle des bouleaux, de bruyères et des lapins. Mais c'est quand même une terre argilo-siliceuse, ponctuée d'étangs, assez pauvre, avec les lotiers comme seul fourrages artificiels possibles jusqu'à ces dernières années où le temps plus sec et l'emploi des amendements et des engrais a permis de réussir quelques luzernes.

Les débuts.
C'est pendant l'hiver 1939-1940, pour avoir du lait pour la maison, que Mme LE CONTE achetait, à une fermière voisine, sa première Alpine chamoisée ; saillie par un très bon bouc alentours, deux filles en étaient élevées : "Pirouette" et "Cabriole".
À Mme de MONTMARIN, également en Sologne, était achetée "Lisette", qui avait 14 ans ; dans la Drôme, "Cendrillon de Montrosier", qui faisait son Championnat de France de Beauté. A Mme de SAINT-SEINE, "Canasta de Grillemont" ; à Mme DÉON, "Divine du Cheval Rouge", depuis revendue en Belgique, et "Danaé du Cheval Rouge". Tous les achats ne se composaient d'animaux mottes (sans cornes) et chamoisés, absolument unicolores, et c'est dans ce sens que s'est effectuée la sélection de l'élevage, sans bien sûr oublier les rendements laitiers.

Les lignées.
Le chiffre accompagnant chaque nom est celui du rendement en lait en un an, au Contrôle officiel.
PIROUETTE > VIREVOLTE > AIDA > YEOUDINE (1 255 kg. 4 572 kg en 5 lactations soit 914 kg de moyenne).
CANASTA DE GRILLEMONT (1 133 kg) > FRANCHETTE (783 kg en première lactation)
CENDRILLON DE MONTROSIER (935 kg, Championne) > DORIS (1 039 kg) + GRISELDA
LISETTE > BEDOUINE > BALZANE (1 151 kg) + CALINE (882 kg, première lactation)
CALINE > ECAILLE (966 kg) + FARANDOLE (824 kg, première lactation)
DIVINE DU CHEVAL ROUGE > FAUVETTE
DANAE DU CHEVAL ROUGE (1 240 kg)

Tableau des lactations :
YEOUDINE DE VILLECHENAY (5 lactations, 914 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 943)
CANASTA DE GRILLEMONT (5 lactations, 769 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 832)
BALZANE DE VILLECHENAY (4 lactations, 887 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 962)
CENDRILLON DE MONTROSIER (4 lactations, 827 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 877)
DORIS DE VILLECHENAY (4 lactations, 789 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 945)
ECAILLE DE VILLECHENAY (3 lactations, 833 kg de lait en moyenne, moins 1ère lactation 906)

Les boucs.
Pendant longtemps Mme LE CONTE n'eut pas de bouc à elle, mais conduisait chaque année ses chèvres aux meilleurs boucs accessibles, parfois à plus de 100 km. Parmi les principaux reproducteurs utilisés citons :
RAMON DE PAYS, de l'élevage de Mme de MONTMARIN, élevage qui, s'il est peu important quant au nombre, a du moins tracé en qualité dans bien des pédigrées par les boucs élevés : "Romont", "Samson" et, plus récemment, "Domino".
ZEPHYR, à Mme de SAINT-SEINE, fut utilisé mais surtout son fils, BANUYLS DE GRILLEMONT, un produit de "Championne Wisky de Grillemont".
"Banyuls", vendu en Sologne, y procréa une nombreuse descendance avec majorité de mottes et de très bonnes couleurs.
Avec la championne CENDRILLON, BANUYLS donnait à Mme LE CONTE, ELAN DE VILLECHENAY, mort trop tôt et père des excellentes FAUVETTES, FRANCHETTE, FARANDOLE, etc.
EOLE DU CHEVAL ROUGE, de chez Mme DÉON, a produit de bonnes laitières, mais une production importante de cornus (non-motte) et de pluricolores ; son fils GAI LURON DE VILLECHENAY fit la monte avant d'être vendu en Belgique.
L'excellent DOMINO DE FAYS, à Mme RAOUL DUVAL, fut utilisé et un fils de celui-ci et de "Daphné de Brou", HORUS DE LA FRELONNIÈRE, est le reproducteur en titre actuellement à Villechenay, avec IRAK DE VILLECHENAY, fils de la championne "Cendrillon de Montrosier".

Le troupeau.
Tout en cherchant le lait, Mme LE CONTE, n'a jamais cédé sur le chapitre des "mottes" et de la couleur charmoisée sans blanc. Aussi l'uniformité de l'élevage sous ce rapport est-elle parfaite, et seule "Yeoudine" joue les diables noirs parmi ces alezanes. Le troupeau forme un ravissant ensemble, d'aspect très homogène ; quelques grands sujets, d'autres plus réduits ; dans l'ensemble, l'ossature serait moins forte que dans certains élevages, sans doute du fait du terrain très argileux, sans trace de calcaire.
L'état est excellent, les robes très fines et soyeuses, peau souple, pis de bonne forme et, ce qu'il faut toujours rechercher, absolument pas charnus ; les mamelles qui, traites ou taries, sont vides et flasques comme un vieux gant. C'est une grande qualité, la mamelle de la chèvre doit être une "sac à lait" et sous ce rapport les chèvres de Villechenay ne le cèdent à personne.

La production.
Comme le troupeau, elle est homogène, et les moyennes d'étable sont élevées.
En 1956, la meilleure chèvre : 1 255 kg de lait en 329 jours, soit 3,8 kg de moyenne par jour ; la moyenne de toutes les chèvres contrôlées : 920 kg.
En 1957, très mauvaise année : beaucoup d'herbe mais trop mouillée, et à Villechenay comme dans d'autres élevages bien des chèvres ont produit 10 à 20 % de moins de lait que les années précédentes. Moyenne : 751 kg par chèvre contrôlée.
Le lait est entièrement transformé en fromages de la forme ronde dite "Selles-sur-Cher", faits à la maison avec 1,5 litre de lait environ ; leur maturation "à bleu" est très surveillée et dure 15 jours à 1 mois selon la température et le goût des clients. Ceux-ci sont des particuliers, des hôtels et des restaurants qui se disputent les "Villechenay" entourés de leur petite bande de papier rouge.
En plus des fromages, la vente des reproducteurs constitue une ressource importante pour l'élevage : chevrettes et boucs généralement retenus bien avant de naître et patent vers 2 semaines apporter à d'autres éleveurs leur sang et leurs aptitudes.

Les installations.
A Villechenay, l'élevage caprin s'est créé et agrandi peu à peu en utilisant des bâtiments existants ; aucun luxe, mais les chèvres ont tout le nécessaire. Stalles individuelles de 70 cm, garnies chacune de son auge et de son râtelier ; chaque chèvre est placée sur un caillebotis, en lattes, de sorte que l'urine et les crottes s'écoulent, les chèvres sont toujours au sec et non sur du ciment froid. Les prairies, clôturées de grillage d'un mètre, sont à proximité des bâtiments.

La nourriture.
Les chèvres vont surtout le matin dans les prairies en closes ; l'après-midi elles sont gardées dans les lotiers, les chaumes, le long des haies et dans les bois. Voici le "menu" quotidien (proportions augmentées pour les très bonnes laitières" :
Matin - 6 h 30 : à manger, mélange de son, avoine et orge aplaties, un peu de farine de maïs, farine laitière ; au total 500 grammes. A 7 h : traite, puis foin et à boire chaud.
A midi : - Traite, puis une soupe chaude faite de maïs, son, orge et avoine (250 gr) mis à gonfler le matin à l'eau bouillante.
A 2 h - L'été elles sortent, l'hiver elles ont du foin.
Le soir - Comme le matin : 500 gr de farine, puis traite, foin et à boire chaud.
Elles ont toujours des pierres minérales ; on leur distribue aussi, suivant la saison : bruyère, branches d'arbres, chou ou maïs vert.
Le foin est à tour de rôle de lotier, de luzerne ou de pré.
Cette année Mme LE CONTE n'achète pas de farine mais fait elle-même son mélange de farines, de tourteaux d'arachide et d'un condiment minéral vitaminisé du commerce.

Causes du succès.
Mme LE CONTE considère que la sélection est la base de son succès : ne garder et n'utiliser que des animaux aussi impeccables que possible et qui transmettent leurs qualités à leurs descendants.
La peau très fine, se détachant bien des os, est un signe laitier indéniable qui permet de choisir très tôt les futures laitières.
La nourriture joue un rôle important, évidemment, et surtout la régularité de l'alimentation, dans ses horaires comme dans sa composition.
Mais alors que beaucoup pensent que toute chèvre, bien nourrie, est capable de donner de très hauts rendements laitiers, Mme LE CONTE pense que la sélection joue un rôle plus important encore.
La boisson, trop négligée des éleveurs de chèvres, est à son avis un point primordial. Certaines chèvres boivent jusqu'à 15 litres d'eau par jour, surtout après la mise-bas ou lorsqu'elles mangent beaucoup de feuilles d'arbres. Mais elles ne boivent pas de l'eau froide ou sale, aussi importe-t-il qu'elles aient régulièrement, plusieurs fois par jour et tant qu'elles en veulent, de l'eau propre et chaude.
Cependant, c'est surtout sur la sélection des lignées femelles que Mme LE CONTE met l'accent. Jusqu'à présent elle a peu trouvé de bouc marquant profondément sa descendance, tant dans le squelette et la conformation que dans la production laitière : la lignée femelle surtout semble compte, et les caractéristiques de famille se transmettent de mère à fille très régulièrement.

Résumé.
Un magnifique élevage, hautement rentable, créé de toutes pièces avec peu d'investissements, mais beaucoup de patience, de soins, et d'observations, sur des terres médiocres. Et qui, à ses nombreux succès précédents en concours (Concours agricole de Paris, Concours régionaux et interdépartementaux du Loir-et-Cher, de Touraine et du Berry), vient d'ajouter le beau fleuron du Championnat mâles, du Championnat femelles, prix de groupes et prix de famille au premier Concours spécial de la race Alpine, organisé à Romorantin en août 1959 par le Ministère de l'Agriculture et la Fédération Nationale Caprine.

Mme de SAINT-SEINE.
 

1960

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/06/inscriptions-au-livre-genealogique-de-la-race-alpine-en-1961.html

La chèvre, Revue des éleveurs de chèvres. Numéro 15, janvier 1961, 4e année., p. 7-8, article signé par Mme LECONTE

Inscriptions au Livre Généalogique de la Race Alpine.

Pour la première fois cette année, le L.G. de la Race Alpine remplissait son rôle de L. G. national, organisait, outre les marquages réguliers et déjà anciens dans certains départements tels que ceux du Centre (Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher), ceux des départements du Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Maritime, Vienne, Gers et Dordogne, répondent ainsi aux rappels réitérés depuis quelque temps de certains éleveurs.

Tournée fertile en enseignements de toutes sortes ; trait d'union de plus entre les éleveurs français, connaissances d'excellentes souches, d'excellents débuts ; par contre, animaux à éliminer et à remplacer, soins et traitements sanitaire à intensifier. Explications, conseils, triages, tout cela a été largement distribué et fait, reçu par des éleveurs intelligents, pleins de bonne volonté très encouragés par le fait qu'ils ne se sentent pas isolés !

La Commission des marquages était composée en juillet, pour l'Ouest, de Mmes de SAINT-SEINE* et LE CONTE*, MM. Le CONTE et DEBOUVER ; pour le Gers et la Dordogne en août, de M. et Mme LE CONTE, alors dans les Landes.

 

VIENNE

Chez M. MARTINON, la question sanitaire mise au point permettra au troupeau d'excellent origine de donner tout son développement ; deux très bons boucs.

 

MAINE-ET-LOIRE

Mme Bernard DAVY, n'ayant pas assez de sujets sera marquée l'an prochain.

 

LOIRE-ATLANTIQUE

Quelques excellents chèvres, entr'autres chez M. PROUVOS, où "Fanchon" et sa fille font honneur à l'élevage de Mme CHABIRON.

MM. CHEREAU, AILLERIE et LEROY débutent à merveille et auront très vite un petit troupeau intéressant à nous présenter.

Mlle de COUFFON, dont les très jolies chamoisées font honneur aux soins qui leur sont prodigués ; les origines sont excellentes, les jeunes extraordinairement développés.

C'est grâce à l'active impulsion de Mlle COUFFON que le nouveau Syndicat "Bretagne-Vendée" vient d'être créé. Nous lui souhaitons de tout cœur pleine réussite

 

VENDEE

Mme GUIBERT attendait notre visite pour être sûre de la valeur de ses bêtes, nous l'avons sincèrement rassurée.

Chez Mme CHABIRON les nombreuses inscriptions au L. G. indiquent la valeur de l'élevage ; la joie de trouver chez elle un vrai éleveur, compréhensif et intelligent, a été pour nous un plaisir renouvelé.

 

DEUX-SEVRES

Mme SERVANT, dont la chèvrerie se compose moitié de Poitevines, moitié d'Alpines, mène de front et suit de très près ces deux races : du côté Alpin possède un excellent bouc.

 

CHARENTE-MARTIME

M. CHENEREAU nous offre, en plus du spectacle unique de son admirable site "La Roche Courbon", ses 11 adultes inscrites et sa vingtaine de jeunes de l'année ; départ spectaculaire d'un élevage qui peut aller très loin. Son désir de mettre sur pied un Syndicat caprin dans sa région nous réjouit sincèrement.

 

GERS

Mme ESTINGOY possède, outre ses chèvres d’un an, un lot de jeunes très développés aussi aux robes de soie, très joli ensemble, bien installé admirablement suivi et soigné.

 

DORDOGNE

Mme DIDIER est déjà une éleveuse connue qui, malgré sa nouvelle installation, nous montre quand même un troupeau en parfait état, avec quelques excellentes bêtes, avec en tête un jeune bouc de l'années, "Jupiter" qui fera sans nul doute parler de lui.

 

CHER

Le marquage avait eu lieu en mai après ceux de l'Indre, l'Indre-et-Loire et Loir-et-Cher. Commission de marquage : Mmes DÉON*, de SAINT-SEINE* et LE CONTE*, ainsi que M. DEBOUVER, agent technique. Il joint à ses nombreuses et jolies chèvres les qualités gustatives de ses vins fameux qui, ajoutés à ses fromages, en font un vrai régal.

Ce département, nouvellement venu au Livre Généalogique, matche à pas de géant et a pu cette année, devant le nombre de ses adhérents et leur désir de progresser, créer déjà son Syndicat dont M. Georges DESNOUES assume la présidence.

Nous accueillons avec joie ce nouvel inscrit. Il renforce avec l'Indre, l'Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher, notre solide groupe du Centre qui continue sa progression ininterrompue.

 

INDRE-ET-LOIRE

Je n'ajouterai rien à ça que j'en ai dit dans ce journal, après l'exposition de Tours où tous les éleveurs, du moins les plus importants étaient présents.

Le très bel ensemble, ce qui est rare, de Mme de SAINT-SEINE*, le spectaculaire redressement de l'élevage de Mme de BROSSES, les superbes laitières de Mmes MÉRY et GUILLOU, le troupeau des jeunes et les trouvailles d'installation de M. HÉRIBET*, la jolie présentation de Mme HUET, le nouvel élevage du Grand-Vaudour, commercialement mené de main de maître, tout cela constitue en Indre-et-Loire un noyau de premier ordre.

 

LOIR-ET-CHER

Le plus important par le nombre de ses adhérents et de ses bêtes inscrites, profite d'une avance prise par son inscription au Livre Généalogique dès 1957.

Quelques élevages importants avec contrôle laitier : DUHAMEL, MOUCHET, PAPINEAU, RAOUL-DUVAL et LE CONTE*. De nombreuses moyennes et petites exploitations, menées avec intelligence et bonne volonté, voient sans arrêt leur nombre s'accroître.

Les boucs très développés dans l'ensemble, sont une particularité de ce département ; ils sont nombreux : "Horus de la Frelonnière à Mme LE CONTE*, "Itou de Villechenay" à M. PAPINEAU, font office de champions ; ils sont suivis de très près par "Intrépide du Cheval Rouge" à Mme DUHAMEL, "Icare de la Frelonnière" à Mme SOULAT et "Elite de Villechenay" à Mme LE CLERC, excellent raceur laitier, sans oublier "Pompadour" à Mme DEBOUT.

Les grosses laitières issues de ces boucs aux origines contrôlées augmentent chaque année, les moyennes de rendement s'en ressentent et procurent à ceux qui les obtiennent de substantielles rentrées.

 

INDRE

Comprend près de 60 000 chèvres, le noyau d'éleveurs existants devrait très vite en entrainer beaucoup d'autres.

En tête les élevages de Mmes DÉON* et PILORCET ; ce dernier, nouveau venu du Syndicat, montre ce que peur rendre à son propriétaire un très beau troupeau d'une soixantaine de bêtes, aimées et soignées en conséquence.

A signaler, à Pouligny-Saint-Pierre, l'organisation de saillies établie par MM. REMONDEAU et LE MAITRE : mâle acheté en commun par un groupe d'éleveurs qui l'aura à sa seule disposition ; achat minime pour chacun, puisque partagé, possibilité d'échanges faciles avec d'autres groupes agissant de même.

Pour terminer, nous exprimons aux départements du Nord, Manche, Mayenne, Ille-et-Vilaine tous nos regrets de n'avoir pu aller jusqu'à eux ; le nombre de chèvres à inscrire vraiment trop restreint ne rendait pas très raisonnable les kilomètres à faire jusque-là ! Nous ne les oublions pas et espérons que des éleveurs nouveaux (on nous en signale déjà de possibles) s'aggloméreront dans le courant de l'année à l'élevage de Marianella que nous aurions bien aimé voir.

Tout s'organise peu à peu et ce que nous avons vu de tous côtés ne nous a certes pas donné envie de nous arrêter.

L'élevage de la chèvre rationnellement mené doit être de plus en plus une sérieuse source de profits... et de joies !

A tous les éleveurs nous souhaitons bon courage et disons "A l'année prochaine".

Mme LE CONTE*

 

Personnages cités (*) :

Collette de SAINT-SEINE

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2017/05/colette-de-saint-seine-1920.html

Mme LE CONTE

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/06/mme-le-conte.html

Mme DÉON

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/06/mme-deon.html

Lucien HÉRIBET

http://histoire-agriculture-touraine.over-blog.com/2018/06/heribert-lucien.html

 

 

1961

 

LA CHÈVRE, Revue des éleveurs de Chèvres, mars 1961, N° 16 (numéro spécial, 4e année), article signé par Mme LE CONTE

LES RACES DE CHÈVRES

LA RACE ALPINE

Que dire de cette admirable race de renommée mondiale, sinon qu'elle est actuellement le but vers lequel tendent la majorité des éleveurs.

Domestiquée dans les temps anciens, probablement d'abord en Orient, le type européen s'st surtout fixé dans les Alpes et en Suisse, se diffusant ensuite dans le monde entier, avec des effectifs plus ou moins nombreux selon les régions d'accueil. La Belgique, la Jamaïque, la Guadeloupe, le Mexique, l'Italie nous en demandent maintenant. C'est une erreur de croire que cet élevage caprin est l'apanage des régions sous-développées et qu'il doit disparaître dans les pays d'élevage évolué. N'est-ce pas, en effet, dans les pays généralement considérés comme particulièrement ouverts au progrès, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Suisse, Allemagne, que se trouvent les troupeaux de chèvres les plus sélectionnés et les plus productifs ?

L'ALPINE CHAMOISÉE

Personne n'ignore ma grande préférence pour l'Alpine chamoisée motte que j'élève depuis 20 ans. Transplantée des Pyrénées en Sologne, j'ai laissé là-bas mon troupeau blanc, bien joli à voir sur le fond de nos montagnes, pour prendre ici la chamoisée dont l'allure, le coloris, s'apparentaient plus aux chevreuils et aux biches de nos bois. J'ouvre ici une parenthèse, signalant que tous les coloris sont admis dans l'Alpine : le chamoisée n'est qu'un des coloris de cette race. Ceci pour répondre à ceux qui croient à la dégénérescence, devant des bêtes aux couleurs variées. Mais revenons justement à cette chamoisée, celle qui nous intéresse particulièrement aujourd'hui, à juste titre il faut bien le dire. C'est une bête élégante, robuste, vigoureuse, mais sans lourdeur, à l'aspect vif et intelligent : les femelles, au garrot, doivent mesurer, adultes de 70 à 85 cm de hauteur, les mâles de 80 à 95. Elle a le poil court, fin, brillant, la tête triangulaire, le front large, les orbites saillantes. Elle est cornue ou motte, possède ou non une barbiche et des pampilles. Pelage brun-roux uniforme ; les extrémités des membres, la colonne vertébrale et le ventre noirs ; les oreilles portées en cornet, droites à l'état normal, légèrement penchées en avant sous l'effet d'une surprise, d'un intérêt brusque. Evidemment, avoir devant soi un beau troupeau homogène, des bêtes races, élégantes et vives, est un plaisir des yeux. Mais l'amélioration du cheptel ne doit pas être limitée au seul perfectionnement de la conformation ; elle doit être concentrée surtout à une augmentation de la production laitière. En 1959 la population caprine occupait en France 1 140 560 têtes dont les principaux centres étaient la Corse, l'Isère, les Deux-Sèvres, la Drôme, l'Indre, l'Indre-et-Loire, la Vienne, le Puy-de-Dôme, le Loir-et-Cher et la Loire. Sur ces chiffres, approximatifs bien entendu, la grande majorité se trouve être des Alpines ou des demi-Alpines ; sur ces dernières saillies de vrais boucs Alpins amèneraient, en quelques années seulement, une transformation spectaculaire. J'ai vu, en Sologne des fermes possédant de ces demi-Alpines, à poil pas très long, mais pas court non lus, devenir en 4 ans, par l'apport de boucs de race, fils de bonnes laitières connues, des chèvreries modèles, entièrement inscrites à l'heure actuelle au Livre Généalogique Alpin. Ces boucs amenaient, avec leurs qualités raciales, leurs qualités laitières, comblant de joie des yeux par la création de bêtes ravissantes, comblant aussi de surcroît le porte-monnaie des éleveurs en renforçant et améliorant les rendements laitiers. A la suite de ces apports, nos chamoisées, soumises au Contrôle laitier, permettaient de situer les souches bonnes laitières ou se retremper, exerçant ainsi une action efficace sur l'orientation de notre race vers la production d'animaux de premier ordre. En France, où l'on commence en effet à comprendre, des résultats très intéressants sont déjà enregistrés : de moyennes de 600 kg de lait primitivement indiqués, augmentent de jour en jour, atteignant 700, 800, parfois 900 kg. Il n'est pas rare actuellement de trouver dans chaque élevage soumis au Contrôle laitier des sujets ayant dépassé 1000 kg, plusieurs entre 900 et 1000, d'autres entre 800-900. Des chiffres de 1051, 1053, 1130, 1209, 1208, 1240, 1255, 1095, 1345, 1399 sont connus. Cette année le total de 1473,9 kg est atteint en Loir-et-Cher ; n'ayant pas en main tous les résultats que j'escomptais, je crais en nommant une région et pas l'autre de me faire taxer de parti-pris. Je donnerai donc seulement les chiffres de mon Syndicat, les connaissant et sachant leur exactitude.

Un élevage : 14 bêtes, 750,5 kg en moyenne

Un autre : 6 bêtes, 825 kg en moyenne

Un autre : sur 4 années de contrôle : 746,22 ; 744,58 ; 856,65 ; 920 kg. Moyenne de ces quatre années : 816,85 kg.

Un autre : en 1959, 708,6 kg de moyenne avec 17 bêtes, en 1960, 812 kg de moyenne avec 26 bêtes.

Les élevages qui ont eu le courage de partir, il y a quelques années, voient déjà leurs efforts récompensés par le rendement accru et la vente facile de leur production. Nous ne les encouragerons jamais assez dans cette voie. Et n'oublions surtout pas, qu'à la valeur de ces reproducteurs l'Alpine ajoute celle de ses fromages (demande toujours supérieure à la production), celle de la qualité de son lait dont la légèreté et la digestibilité obtiennent sur les enfants fragiles tétant directement au pis des transformations incroyables (j'ai pratiqué cela 10 ans dans les Basses-Pyrénées), sur les vieillards, les intestins fatigués, les ulcères d'estomac, amenant des améliorations notables. Les Américains le savent bien, qui mettent en boîte pour "régimes" la presque totalité de leur lait de chèvre, le reste servant à la nourriture de leurs chiens et de leurs volailles avec pleine réussite.

Et dire que certains voudraient nous faire dire du mal de la chèvre ?

Sachons donc continuer notre sélection pour faire de notre si jolie chamoisée une bête d'élite, et une laitière pouvant rivaliser avec les résultats obtenus par nos pays voisins. Nous le pouvons et comme en France rien n'est impossible, si nous le voulons nous y arriverons.

Mme LE CONTE

Publié dans Personnage

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