Pépinière des vignes américaines de la Colonie de Mettray (1882-1889)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1884

ADIL cote 7M217

Lettre manuscrite de M. Blanchard (directeur de la Colonie de Mettray) adressée au Préfet (9 juillet 1884)
Société Paternelle
Colonie agricole de Mettray près Tours (Indre-et-Loire)
Reconnue Etablissement d'utilité publique par décret du 21 juillet 1853
Mettray, le 9 juillet 1884
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous adresser mon rapport sur la situation de la pépinière qui, sur votre proposition a été organisée à la Colonie de Mettray, par décision du Conseil Général.
Nous avons en ce moment, des semis de deux catégories :
1° Ceux de 1883, où nous avons introduit un nombre assez considérable d'espèces, afin de nous rendre compte de celles qui présenteraient le plus d'avantages.


2° Ceux de 1884, que nous avons fait après expériences.
Les premiers se composaient des variétés suivantes :
Vitis Californica
Vistis Herbemont
Jacquez
Vitis Cuningham
Vitis Riparia
Vitis Rupestris
Vitis Solonis
Ces plants occupent aujourd’hui une surface d'environ 5 ares.
Après avoir levé dans de bonnes conditions nos plants ont végété, d'une façon satisfaisante, jusqu'à la fin de juillet, mais à partir de cette époque, les quatre premières espèces ont été atteintes, et en partie détruites, par le Péronospora viticola, appelé vulgairement et improprement le Mildew.
On n'a pas encore de données bien positives sur la provenance de ce dangereux ennemi qui, depuis trois ou quatre ans, a produit de terribles effets dans le Midi. Les viticulteurs doivent donc se préoccuper d'un façon toute spéciale de cette maladie et en connaître les caractères, afin d'éviter la multiplication des espèces qui en sont atteintes. Les feuilles de vigne attaquées par ce cryptogramme se sèchent en quelques jours, se détachent du cep en plein été, laissant à nu des raisins qui ne mûrissent pas et des sarments qui ne peuvent aoûter.
Nous noterons, avec un soin rigoureux, tous les faits qui nous paraîtront de nature à mériter d'attirer l'attention sur le choix de la culture des différents cépages et nous poursuivrons nos expériences pour déterminer quelles sont les espèces de vignes américaines qui conviennent le mieux.

Vitis Californica
[…] sur environ 1 000 plants que nous possédions, il n'en reste pas un seul.
Jacquez […]
Vitis Herbemont […]
Vitis Riparia
Le Riparia est l'espèce qui nous a donné le meilleur résultat, les plants ont été l'année dernière d’une vigueur exceptionnelle. Depuis le 15 juin, époque à laquelle ils ont levé, jusqu'à l'automne, ils ont atteint d'un à deux mètres de hauteur. Ces plants ont été repiqués au printemps dernier ; ils étaient pourvus de nombreuses racines bien ramifiées. Les bourgeons qu'ils ont développés cette anné soont très vigoureux et font espérer une luxuriant végétation.
Quoique voisins des vitis californica, ils n'ont pas été atteints du Péronospora l'année dernière.
Vitis Rupestris […]
Vitis Solonis […]


Semis de 1884
L'Ecole Nationale d'agriculture de Montpellier n'ayant pu nous fournir des pépins de vignes américaines cette année, nous nous sommes adressés à la maison Vilmorin de Paris et à la maison Bouquier et Leinhart, de Montpellier.
Nous avons demandé et reçu 2 kg de graines de Riparia, espèce qui nous a donné le meilleur résultat en 1883, aussi avons-nous pensé qu'il fallait la multiplier de préférence.
Ces graines ont été mises à stratifier le 29 mars, et semées le 20 avril sur une surface d'environ 4 ares. Elles ont levé vers le 25 mai et ont développé, le 15 juin, leurs premières feuilles. […] Nous continueront à vous tenir au courant des diverses particularités que présenteront nos jeunes vignes, afin de seconder les efforts que vous avez entrepris dans votre sollicitude, pour améliorer et propager une culture qui fait la principale richesse de notre département. […]
Le Directeur
Blanchard.
 

1886

ADIL cote 7M217

Ministère de l'Agriculture
Chaire départementale d'Indre-et-Loire
Pépinière départementale de vignes américaine.
Tours le 17 avril 1886

Monsieur le Préfet,
Je me suis rendu à Mettray le 18 mars pour m'entendre avec le chef des cultures, M. Finot, sur les mesures à prendre en vue d'organiser les traitements anti-phylloxériques dans une vigne située aux Gaudières, commune de Chanceau-sur-Choisille, appartenant en partie à M. Gentry, et en partie à la Colonie.
Ce voyage m'a donné l'occasion de visiter, accompagné de M. Finot la pépinière de vignes américaines, non pas à titre officiel, puisque je n'avais pas qualité pour cela et que la Colonie est maîtresse chez elle, mais simplement pour mon instruction personnelle et aussi pour être en mesure de donner mon avis, le cas échéant.
La pépinière est établie sur une superficie de 30 ares, savoir :
10 ares plantés en 1884 avec les semis de 1883,
20 ares plantés en 1885 avec les semis de 1884.
Dans les deux cas les plants ont été placés en lignes distantes d'environ 0,50 m et à 0,30 m sur le rang. Ces distances pouvaient convenir à une pépinière – je veux dire des plants qu'on élève – mais elles sont absolument inacceptables pour des vignes auxquelles on a la prétention de faire donner du bois pour boutures, but de la création. Une transformation était nécessaire et elle s'imposait immédiatement, c''est-à-dire avant tout départ de végétation. Je conseillai donc à M. Finot, qui me consulta je dois le dire, et qui sans doute a pris mes observations pour des ordres, puisqu'il l'affirme :
1° D'éclaircir les plants sur les rangs, c'est-à-dire d'en faire arracher un sur deux dans la plantation de 1884 (10 ares) tout en respectant ces lignes : les plants devaient se trouver ainsi à peu près à 0,60 m en tous sens, condition à peine acceptable pour un cépage aussi vigoureux et expansif que le Riparia. C'était là un minimum, mais cela permettait de conserver la petite installation de fils de fer et d'échalas faite en 1885.
Les plants arrachés devaient être replantés sur le prolongement des lignes dans les mêmes conditions de distances.
2° De placer sur un hectare, à 1 m dans tous les sens, les 10 000 plants environ de 1885 qu'on avait disposés sur 0,20 ha en lignes distantes de 0,60 m et à 0,15 ou 0,20 m l'un de l'autre sur le rang. Ces conditions étaient encore moins acceptables que celles qui avaient été faites aux plants des 10 ares, déjà cités, en 1884 et leur mise en place, à des distances aussi rapprochées était pour le moins une fausse manœuvre qu'il convenait de réparer d'urgence par l'éloignement. Mais en faisant ces observations à M. Finot, je n'avais nulle intention de lui donner des ordres d'une part, car j'aurais donné ces ordres l'année dernière si j'avais eu à diriger la pépinière ; d'autre part je croyais bien sincèrement que le reliquat disponible sur les 1 000 f. cotés en 1883 par le Conseil général, pour création de la pépinière, était plus que suffisant pour couvrir les dépenses en 1886. Je n'avais pas en effet pensé qu'une pépinière fut-elle de vignes américaines, qui a été créée sur quelques m² en 1883 (semis de pépins), qui s'est étendue à quelques ares en 1884 pour parvenir à une surface de 0,30 ha en 1885, avait exigé au 31 décembre 1885 une dépense de 978 fr. Je le répète, je croyais que les fonds nécessaires existaient en caisse et j'établissais le compte des dépenses de 1886, à peu près de la manière suivante :
Loyer – 1 ha de terrain : 100 fr
Arrachage et plantation (1 000 plants, 2 journées à 2 travailleurs) : 50 fr
Façons (3 binages à la main comme pour betteraves) : 50 fr.
Imprévus : 50 fr.
Total : 250 fr

Le mildew n'attaquant jamais le Riparia il ne saurait être question de sulfate ce cuivre. Il avait été question de palissage sur fil de fer soutenu par un échalas tous les 10 m, mais cela ne pouvait être que pour 1887, car cette dépense est certainement inutile en 1886. Enfin, il n'avait pas été question de fumier. A vrai dire celui-ci n'a pas été mis dans cette intention, M. Finot a cru bien faire en prenant 1 ha de bonne terre dans sa sole de carottes, laquelle avait reçu 40 000 kg de fumier à l'ha. Il n'en compte que 20 000 kg, aussi sur ce point ne peut-on pas le taxer d'exagération, tout en regrettant une dépense que je considère comme inutile.
Voici en résumé, M. le Préfet, quel a été le rôle du délégué départemental relativement à ce qui s'est fait à la pépinière de vignes américaines depuis sa création.
Le Conseil général votera vraisemblablement à la pépinière les ressources nécessaires à son maintien. Je crois qu'en dehors du loyer, du fumier et des frais de replantation, toutes choses qui semblent acquises aujourd'hui, une somme de 100 fr est plus que suffisante pour faire face à tous les besoins en 1886, et toutes ces sommes totalisées ne me semblent pas devoir dépasser 500 fr.
Veuillez agréer Monsieur le Préfet
l'honneur de mon respectueux dévouement ;
Le délégué départemental.
A. Dugué
PS : ci-joint une lettre que l'a adressée M. le Directeur de Mettray [Blanchard]
 

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