GAUTIER Jules (1856-1936)
Marié avec Marie Célestine Adrienne Louise SEARLE-BAUDELOCQUE (1856-1941) le 4 janvier 1879 à Saint-Ouen-les-Vignes (Indre-et-Loire) avec qui il a sept enfants (4 filles et 3 garçons)
Décédé le 23 novembre 1936 à Paris (6 rue Oudinot). Inhumé à Saint-Ouen-les-Vignes le 26 novembre.
Études et diplômes :
Bachelier ès lettres, licencié en lettres, agrégé d'histoire et géographie
Élève de l’École Normale Supérieure : 1875-1878
Professeur de Lycée :
Le Mans, 1878-1879
Rennes, 1879-1880
Reims, 1880-1882
Paris-Lycée Michelet, 1882-1891
Paris-Lycée Voltaire, 1891-1895
Paris-Lycée Racine, 1882-1895
Conseiller d'État : 1910
Directeur de la Censure : janvier-juin 1916
Missions à l'étranger et dans les Colonies : Diverses missions du ministère de l’Instruction publique, Délégué en 1920 à l'Assemblée générale de l'Institut international d'agriculture de Rome, Conseiller technique gouvernemental à la Conférence internationale du travail de Genève en 1921
Services rendus dans les établissements de bienfaisance, les commissions, les associations : Membre et Président d'un grand nombre de commissions à titre de Conseiller d'État dans les Ministères des Travaux publics, du Travail, de l'Agriculture, de l'Hygiène, de la Marine marchande, des P.T.T.
Légion d’Honneur :
Chevalier : 25 janvier 1900
Officier : 25 avril 1905
Commandeur : 2 mars 1922
Grand-Officier : 21 février 1926
Grande Croix : 11 juillet 1933
Président fondateur du Syndicat agricole et viticole de Saint-Ouen-les-Vignes (créé en pleine crise phylloxérique pour reconstituer les vignobles avec des plants greffés) : 1891
Maire de Saint-Ouen-les-Vignes : 1892-1936
Société d’agriculture d’Indre-et-Loire : élu membre titulaire en séance du 19 mai 1894, sur proposition de MM. Alluchon et Chauvigné
Chevalier du Mérite agricole
ASSOCIATIONS ET SYNDICALISME AGRICOLE
Président de la Confédération Nationale des Associations Agricoles (C.N.A.A.) : 1919-1920 et 1922-1936
Fédération des associations et syndicats agricoles et viticoles de Touraine (devient l’Union départementale des Associations agricoles d’Indre-et-Loire) : élu président le 3 janvier 1920
1926
La Terre Tourangelle, 11 février 1926, p. 11
Jules Gautier promu grand officier de la Légion d’honneur
https://archives.touraine.fr/ark:/37621/2pvwh70xqd1l/a456b38d-9c50-4830-a4b6-11e0c20646d9
1936
La Terre Tourangelle, 3 décembre 1936, ADIL numérisé p. 331
Le décès de M. Jules GAUTIER
L'Union Fédérative des Syndicats et Associations Agricoles d'Indre-et-Loire, la Confédération générale des Vignerons du Centre et de l'Ouest, la Confédération Nationale des Associations agricoles, l'agriculture française sont en deuil. M. Jules Gautier leur éminent président s'est éteint à Paris le 23 novembre à 18 heures.
Il était né à Strasbourg le 18 mars 1856, il avait 80 ans passés. Après une courte congestion pulmonaire, il s'était remis un jour au travail, le soir son cœur cessa doucement de battre. Une grande existence au service du pays puis de l'agriculture finissait.
Professeur d'Histoire et Géographie, Inspecteur général de l'Instruction Publique, Directeur de l'Enseignement secondaire, Président de section au Conseil d'État, Président de la C.N.A.A., chef de Cabinet de Bienveau-Martin et Briand, Vice-président du Conseil National Économique, Délégué au Bureau International du Travail, M. Jules Gautier reçut des gouvernements de délicates missions : Direction de la Censure, liquidation de l'Aéropostale, arbitrages de conflits économiques et sociaux etc., il y déploya des qualités de clarté et de fermeté.
Quelques semaines avant sa mort, il parlait avec autorité à Rome à l'Institut International de l'Agriculture.
Sa belle figure était l'orgueil des Congrès agricoles et son intelligente présidence en assurait la tenue, le rendement, l'éclat. Sa réputation dépassait nos frontières et j'ai entendu à Berlin, l'ancien ministre de l'Agriculture Hermès me dire son admiration pour lui.
Il était estimé et écouté des gouvernements, de tous les gouvernements. Nous trouvions souvent qu'il n'était pas assez combatif, il savait tirer parti de son calme par une argumentation forte et une obstination résolue.
Il était tourangeau, quoique né par hasard à Strasbourg, et bien des fois, en public, évoqua-t-il le pieux souvenir de cette grand'mère vigneronne de Touraine. Depuis 1892, il était maire de Saint-Ouen-les-Vignes. Depuis 1920, il présidait notre Association départementale, avant de présider la Fédération du Centre, la C.G.V.C.O, la C.N.A.A.. Il donna à ces associations, aux viticulteurs, aux vignerons le meilleur de sa vieillesse réfléchie et laborieuse.
Il avait élevé une nombreuse famille. Il avait toutes les vertus familiales au plus haut degré ; il laisse une veuve inconsolable, compagne dévouée de sa longue existence, de son ascension, de ses luttes, qui sur l'entourer de ses soins et de cette affection qui facilitent le travail, meublent le cœur, assurent au maximum l'équilibre, permettent l'effort surhumain d'une carrière comme la sienne.
C'est avec un particulier respect que les paysans de Touraine saluent ce grand mort, s'inclinent devant cette incomparable compagne de sa vie, devant ses enfants.
Les obsèques de M. Jules Gautier furent célébrés le jeudi 26 novembre en l'église de Saint-Ouen-les-Vignes. M. Jules Gautier, ni sa famille n'avaient voulu la grande pompe d'une cérémonie à Paris, ni le faite des honneurs militaires auxquels ce Grand Croix de la Légion d'honneur avait droit. Mais autour de son cercueil s'étaient groupés outre M. Chautemps ministre d'État représentant le gouvernement, les délégués de nombreux ministres, le Président du Conseil d'État, le Directeur de l'Agriculture, le Président de l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture et son Directeur, les personnalités représentant toutes les grandes organisations agricoles nationales, régionales, locales et quantité d'amis.
Au côté de la veuve et de ses enfants, M. Garnier conduisait le deuil. Il représentait la deuxième famille du défunt, non seulement l'agriculture française, mais particulièrement cette phalange de jeunes gens que Jules Gautier avait su grouper, former, encourager, lancer à sa suite dans la défense de l'organisation agricole. Car, parmi les immenses mérites du trépassé, le plus précieux peut-être et le plus méritoire fut son constant souci d'assurer la pérennité de son effort et de son oeuvre. Comme tous les grands sages, il pensa à l'avenir et le prépara.
M. Jules Gautier se faisait un devoir d'affirmer des idées démocratiques, mais il avait horreur de l'outrance et du désordre et au cours de notre récente et dernière entrevue dans son modeste appartement de la rue Oudinot, il ne ma cachait pas ses angoisses que lui imposaient les derniers événements. C'est dans la tristesse et l'inquiétude patriotique qu'il rendit l'âme.
Jules Gautier et Riverain ! Quelles merveilleuse impulsion eut l'agriculture de notre région.
E. B.
1936
La Terre Tourangelle, 10 décembre 1936, ADIL numérisé p. 335
À travers la presse
Du Paysan du Centre et de l'Ouest.
Les obsèques de M. Jules Gautier, président de la C.N.A.A., eurent lieu à Saint-Ouen-les-Vignes (Indre-et-Loire) au milieu d'une nombreuse affluence. L'énumération des personnalités dans le compte-rendu de la Dépêche était particulièrement remarquable à cet égard. C'est ainsi que notre confrère a aperçu MM. Queuille, Vimeux et Robineau, qui, à notre connaissance n'étaient pas présents. Par contre aucune mention ne fût faite de MM. Roncin et Jahan, vice-président et secrétaire général des Associations Agricoles d'Indre-et-Loire.
Nous n'en demandons pas le pourquoi !... [Ils sont les représentants départementaux du Parti Agraire et Paysan Français, part fachiste de droite en opposition avec la C.N.A.A.]
1936
La Terre Tourangelle, 24 décembre 1936, ADIL numérisé p. 339
Luzillé.
À la mémoire de M. Jules Gautier.
À TRANSCRIRE.
1936
La Dépêche du Centre et de l'Ouest, mardi 24 novembre 1936, ADIL numérisé p. 616
M. JULES GAUTIER MEURT SUBITEMENT
Cliché : portrait caricaturé
Paris 23.
Nous apprenons la mort de M. Jules Gautier, président honoraire de section au Conseil d'État, président de la Confédération nationale des Associations agricoles, président de la Confédération des vignerons du Centre et de l'Ouest, grand-croix de la Légion d'honneur, décédé subitement ce soir à 18 heures, en son domicile, rue Oudinot. M. Jules Gautier était âgé de 80 ans.
1936
La Dépêche du Centre et de l'Ouest, vendredi 27 novembre 1936, ADIL numérisé p. 631
TOURS
LES OBSÈQUES DE M. JULES GAUTIER ONT EU LIEU HIER À SAINT-OUEN
Cliché 1 : De nombreuses couronnes avaient été offertes par le B. I. T. et les grandes associations agricoles
Cliché 2 : M. le président Camille Chautemps, accompagné des représentants des ministres.
Jeudi après-midi, à 14 h., en l'église de Saint-Ouen-les-Vignes, ont eu lieu les obsèques du regretté M. Jules Gautier, président honoraire de section au Conseil d'État, grand-croix de la Légion d'honneur.
Toute la population de Saint-Ouen-les-Vignes, commune dont il était le dévoué maire depuis de très nombreuses années, ainsi que de nombreuses personnalités, étaient venues rendre un dernier hommage à l'éminent disparu.
La levée du corps eut lieu à la mairie d'où la dépouille mortelle du président fut transportée à la vieille église de Saint-Ouen-les-Vignes, où après les prières rituelles, M. l'abbé Timon, curé de Saint-Ouen, donna une absoute solennelle.
Aux premiers rangs des personnalités présentes, nous avons noté la présence de MM. le président Camille Chautemps ministre d'État, représentant le président du Conseil ; Théodore Tissier, président du Conseil d'État ; Bony Aimé, chef adjoint du cabinet du ministre de l'Agriculture ; Brasart, directeur de l'Agriculture ; Roulot, chef adjoint du cabinet du ministre d'État.
MM. Pujès, sous-préfet de Chinon, représentant M. le préfet préfet d'Indre-et-Loire ; Coursaget, conseiller général de Blois ; Rivé, inspecteur des Eaux et Forêts de Blois, représentant le directeur principal des Eaux et Forêts ; Bara, directeur des postes de Tours ; Garnier et Mme, secrétaire général de la Confédération des Vignerons du Centre et de l'Ouest ; Augé-Laribé, délégué de la France à l'Institut international de l'agriculture de Rome ; Brancher, directeur général de la Société nationale d'encouragement à l'agriculture ; J.-B. Martin, président de la Chambre d'Agriculture d'Indre-et-Loire.
MM. Thalamot, représentant de M. le Ministre des P. T. T., ainsi qu'une délégation d'une trentaine de postiers représentant la Fédération postale ; Paul Vitry, conservateur du Musée du Louvre ; Bernard, secrétaire de la Chambre d'Agriculture d'Indre-et-Loire ; Philippe, directeur du Crédit agricole du Loir-et-Cher ; Constant, directeur des Services agricoles d'Indre-et-Loire ; Durandeau, professeur d'agriculture ; Berthonneau, directeur du syndicat agricole du Loir-et-Cher ; Mignot-Aubert, président du syndicat de défense des vins de Vouvray.
MM. Gatheron, inspecteur de l'agriculture, chef de cabinet du sous-secrétaire d'État à l'Agriculture ; René Robineau, administrateur délégué à la Coopérative laitière centrale de Paris ; Chaudruc de Crazannes, secrétaire général de l'Association centrale des laiteries des Charentes et du Poitou ; Pierre-Henry, sous-préfet, représentant M. André Liautey, sous-secrétaire d'État à l'Agriculture ; M. de Vannoise, secrétaire des Syndicats agricoles de la Sarthe ; André Cramois, représentant M. Louis Tardy, directeur général de la caisse nationale de crédit agricole ; Henry Rétiffé, directeur du syndicat agricole d'Eure-et-Loir ; Assaud, représentant le groupe amical du centre-ouest des ingénieurs agricoles.
MM. Germain, sénateur, président du Conseil général d'Indre-et-Loire ; Cathelinaud, représentant les services du Génie Rural ; Tréfault, de l'Association des éleveurs et agriculteurs de l'Indre ; Martino, recteur de l'Académie de Poitiers, représentant le M. le Ministre de l'Éducation nationale ; Maurette, sous-directeur du Bureau international du Travail ; Teisseyre, secrétaire du conseil supérieur des P.T.T. ; Prault de la Confédération nationale des associations agricoles [C.N.A.A.] ; Letellier, adjoint, représentant M. le maire de Tours ; J. de Bois, de l'Union nationale des syndicats agronomes ; Brancher, du comité national d'entente et d'action agricole ; Joseph Faure, vice-président de la C.N.A.A. ; colonel Pic-Paris, maire de Pocé ; J. Mercier, du syndicat national des agents des P.T.T. ; Gaston Robin, président de la Fédération des syndicats viticoles de l'Anjou ; docteur Marcadier, maire de Limeray.
MM. Queuille, sénateur, président de la Fédération nationale de la mutualité et de la coopérative agricole ; Vimeux, secrétaire général ; Pattier, ingénieur agronome ; Riverain fils.
MM. Gounin, maire d'Amboise ; Aron, conseiller général d'Indre-et-Loire ; docteur Mahoudeau ; docteur Vitray ; Roque, président de la Société Archéologique ; Mathurin, directeur de l'École régionale des Beaux-Arts ; H. Hennion, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Tours ; le docteur Pierre Hennion.
M. Lejeau, adjoint au maire de Saint-Ouen, était entouré de tous les membres du Conseil municipal, ainsi que de MM. Borel, représentant l'Union des paysans suisses ; Mahoudeau Joseph, président des A. C. [Anciens Combattants] ; Bader, président de la Société de secours mutuels ; Bouhourdin, lieutenant de la compagnie de sapeurs-pompiers, etc...
L'INHUMATION
À l'issue de la cérémonie religieuse, le cortège se reforma pour se rendre au cimetière, où avait lieu l'inhumation. En tête marchaient les porteurs des drapeaux et de la bannière des Anciens Combattants, de la compagnie des sapeurs-pompiers et du Secours Mutuel. Venaient ensuite les enfants des écoles porteurs de bouquets de fleurs, puis les porteurs de couronnes.
Le lieutenant des pompiers portait le coussin sur lequel étaient épinglées les distinctions honorifiques, qui avaient été décernées à M. Jules Gautier, puis venait le corbillard dont les cordons étaient tenus par MM. Théodore Tessier, président du Conseil d'État ; M. le sénateur Germain ; Joseph Faure ; Gounin, maire d'Amboise ; Borel, représentant l'Union des paysans suisses et Lejeau, adjoint au maire de Saint-Ouen-les-Vignes.
Au cimetière, M. Lejeau, tant en son nom personnel qu'au nom de la municipalité, prononça le discours suivant :
C'est pour moi une bien triste mission d'adresser au nom de la commune et du Conseil municipal de Saint-Ouen-les-Vignes un dernier adieu à l'homme respecté, aimé et estimé que nous accompagnons à sa dernière demeure. M. Jules Gautier, maire de Saint-Ouen-les-Vignes depuis 44 ans [1892], aimait sa commune qu'il administrait avec dévouement et désintéressement, malgré ses nombreuses occupations. La dernière lettre qu'il écrivit fut pour sa petite commune. Appelé par le gouvernement aux plus hautes fonctions, grand’ croix de la Légion d'honneur, M. Jules Gautier ne vivait et ne pensait qu'à sa famille et à son pays. Tel a été le souci de celui que nous pleurons, et c'est dans la fierté d'un passé sans reproche qu'il nous a quitté.
Au nom du Conseil municipal, au nom de la commune, j'adresse à sa famille éplorée nos sincères condoléances. Cher Monsieur, Gautier, cher maire, cher ami, adieu !
M. CAMILLE CHAUTEMPS
M. le président Camille Chautemps, prend à son tour la parole pour rendre un dernier hommage à celui qui fut, toute sa vie, un travailleur acharné et un homme modeste et qui, dans ses dernières volontés, a tout simplement exprimé le désir de reposer dans son coin de la terre tourangelle qu'il aimait tant.
"Le gouvernement de la République, dit-il, se devait de rendre un hommage officiel à ce grand serviteur de la démocratie, à ce grand ami et animateur de nos grandes associations agricoles et viticoles et c'est au nom du gouvernement que j'apporte ici un témoignage de gratitude et d'affection".
Le représentant du gouvernement, rappelle ensuite que M. Jules Gautier, fidèle collaborateur et ami d'Aristide Briand, sut, au contact d'un maître, tourner son activité vers des domaines plus vastes que ceux qui l'avaient retenu jusqu'alors. Bonté, humanité, amour de la terre de France, furent à la base du magnifique effort accompli par Jules Gautier, qui, sur le terrain corporatif, a rendu un service inappréciable à la nation tout entière.
M. le président Camille Chautemps termine en adressant ses condoléances officielles du gouvernement de la République à Mme veuve Gautier, à ses filles, à ses fils, à son gendre et à toute la famille.
La cérémonie prit alors fin, tandis que la foule nombreuse s'écoulait après avoir apporté à la famille le témoignage de sa gratitude attristée.
Au cours des obsèques un assistant meurt brusquement.
Un habitant de Montreuil qui assistait aux obsèques de M. Jules Gautier, au cimetière de Saint-Ouen-les-Vignes, s'est soudainement affaissé. Plusieurs docteurs présents se sont immédiatement portés au secours du malade, mais tous soins furent inutiles, car il décéda peu après.
Il s'agit de M. Louis Porcher, âgé de 61 ans, dont le corps fut transporté au domicile d'un ami avant d'être conduit à son domicile.
1937
Nécrologie
L'AGRICULTURE PRATIQUE. La Gazette du village. 101e Année. N° 2, 9 janvier 1937
JULES GAUTIER
par Louis de VOGÜÉ
Le 23 novembre 1936, M. Jules Gautier, président de la Confédération Nationale des Associations Agricoles, disparaissait dans sa 80e année. Tous les journaux, le nôtre en particulier, ont annoncé son décès et publié une note sur la carrière de ce grand défenseur des intérêts de l'Agriculture Française. Mais la personnalité éminente de M. Jules Gautier mérite une étude plus détaillée des réalisations dont il a doté le pays tout entier. Nous croyons rendre le plus juste hommage à sa mémoire en publiant des extraits du très bel éloge que M. Louis de Vogüé, ancien Président de la Société des Agriculteurs de France, a prononcé à la séance du 6 décembre 1936 à l'Académie d'Agriculture. C'est pour nous un devoir de saluer ces grandes figures : c'est aussi une leçon que de méditer sur de telles existences.
"L'Agriculture a perdu, avec Jules Gautier, une lumière et une force. Et non pas seulement l'agriculture française : il n'est pas de pays où l'élite rurale n'éprouve les mêmes sentiments de tristesse et de vide en voyant disparaître, à une de ces heures critiques où les vrais chefs se font plus nécessaires et en même temps, hélas ! plus rares, un homme en qui elle avait placé, et à bon escient, sa confiance.
Jules Gautier était de souche terrienne. Il appartenait à une de ces vieilles familles de la campagne française qui sont l'essence et reflètent l'esprit même de la race. Son père, il est vrai, avait quitté la terre pour l'enseignement public ; c'est ainsi que les hasards de la carrière universitaire l'avaient fait naître, le 18 mars 1856, à Strasbourg. Lui aussi, suivant l'exemple paternel, se voua d'abord à l'enseignement. Entré à l'École Normale Supérieure, en 1875, reçu ensuite à l'agrégation d'histoire et de géographie, il professa l'histoire dans divers lycées de province, puis à Paris, au lycée de Vanves et au lycée Voltaire.
À partir de 1895, Jules Gautier se rapproche de la vie politique. À plusieurs reprises, il apporte son concours, comme chef de Cabinet, au Ministre de l'Instruction Publique ; il continue entre temps, de servir l'Université : nommé Inspecteur de l'Académie de Paris, bientôt Inspecteur général, il est appelé, en 1910, à la Direction de l'Enseignement secondaire. Il entre alors au Conseil d'État. Ce corps éminent devient désormais le centre de son activité : il reçoit, en 1928 [1918 !], la présidence de la Section des Travaux Publics, fonctions qu'il occupe jusqu'à l'heure de la retraite en 1921.
Encore faudrait-il ajouter d'autres postes qu'il occupa, et dont les plus importants furent la présidence de l'Alliance Française, la vice-présidence du Conseil Supérieur des P.T.T., celle du Comité consultatif des chemins de fer et, pendant la guerre, la direction de la censure : partout où il fallait de la clairvoyance, du dévouement, du caractère, on faisait appel à lui ; et jamais il ne se refusait au devoir entrevu, prêt à aller jusqu'au bout de ses forces dans l'intérêt de la chose publique.
Ce que ses amis connaissaient depuis si longtemps, ce qui les unissait à lui par des liens si durables, ce sens profond des vertus et ses besoins du terroir fut révélé aux autres en 1919 lorsque, sur l'initiative des grandes Sociétés d'Agriculture, un Congrès se réunit à Paris, en vue de jeter les bases d'une Fédération nationale où toutes les associations agricoles de France, oubliant leurs rivalités d'avant la guerre, s'uniraient pour travailler ensemble à la sauvegarde des intérêts ébranlés de l'agriculture. Et ce fut vraiment une révélation, quand nous le vîmes paraître à la tribune et que nous l'entendîmes développer avec force et avec clarté, avec l'autorité que donne une conviction sincère, les idées d'entente d'organisation et d'action qui lui étaient déjà chères, et par lesquelles il a lutté jusqu’à son dernier jour.
Ainsi naquit, sous la forte impression produite par sa parole persuasive, la Confédération Nationale des Associations Agricoles [C.N.A.A.]. Il se vit aussitôt confier et renouveler en 1922, après une interruption de deux ans, alors règlementaire, les fonctions de Président ; et, sur nos instances répétées et peut-être indiscrètes, il accepta toujours de conserver cette charge, dont la mort seule a pu le délivrer. "Le suprême enseignement que je puis vous laisser", nous disait-il, il y a quelques mois, "c'est d'essayer encore, à mon âge, de consacrer mes dernières forces au service de l'Agriculture française".
Outre un travail intérieur, déjà absorbant par lui-même, il trouvait à la C.N.A.A. un travail extérieur considérable, l'action auprès des Pouvoirs Publics. Là encore, la tâche était malaisée, particulièrement dans cette période de restauration et de transformation économiques qui succédait à la grande guerre. Il fallait empêcher que, dans le conflit des intérêts, ceux de l'agriculture fussent sacrifiés, et que, d'autre part, on pût les accuse de vouloir écraser les autres. Nul n'y pouvait mieux réussir que Jules Gautier, grâce à l'autorité que lui donnaient auprès des Gouvernements, la loyauté de sa carrière administrative, comme aussi la sagesse joint à la fermeté des voeux qu'il acceptait de leur porter.
Par le caractère qu'il sut ainsi imprimer à la C.N.A.A., il réussit à lui marquer une place importante dans l'organisation économique de la nation. À la création du Conseil National Économique, elle était vraiment le groupement le plus représentatif de l'agriculture, et à ce titre, elle eut à proposer les membres agricoles du Conseil. Son président fut naturellement le premier qu'elle désigna et il fut aussitôt porté à l'une des vice-présidences. Dès lors, il prit part à toutes les délibérations du Conseil et de la Commission permanente, et eut souvent à les diriger. On peut dire qu'il y joua un rôle prépondérant. Sa merveilleuse faculté d'adaptation le conduisait vite au fond des problèmes les plus complexes et sa clarté de conception faisait naître les solutions heureuses.
Toutes ces belles qualités devaient trouver sur le terrain international un large champ d'action.
Jules Gautier fut un des premiers à préconiser et un des plus actifs à poursuivre la transformation de la Commission Internationale d'Agriculture, lorsqu'après le Congrès de Varsovie, en 1925, elle parut susceptible de constituer l'Union Internationale des Associations agricoles, et de devenir ainsi le centre de ralliement des forces de l'agriculture universelle.
Son idéal de rapprochement des hommes et de collaboration des bonnes volontés l'attachait également aux institutions créées à Genève par le traité de Versailles. Son dévouement y voyait une œuvre utiles à accomplir dans le domaine des réalités ; son patriotisme y voyait un moyen d'étendre le rayonnement de la France. À la Société des Nations comme à la Conférence Internationale du Travail, il a toujours fait partie de la délégation du Gouvernement français. Ses interventions, fréquentes, et unanimement appréciées, soit dans les Assemblées générales, soit dans les Commissions, étaient inspirées par le désir d'arriver à des résultats concrets et acceptables par tous.
Il ne cessa de lutter avec une persévérance toujours en éveil, pour que fût assurée à l'agriculture, dans les organismes économiques internationaux, la place qui lui est légitimement due. C'est grâce à lui et grâce au concours qu'il obtint de quelques hommes dévoués, comme le professeur Laur et le docteur Hermès, que l'agriculture eut des représentants à la grande Conférence économique de 1927, où elle avait d'abord été oubliée et où finalement elle tint le devant de la scène. Il fut ensuite un des membres les plus écoutés du Comité consultatif économique qui prolongea pendant quelque temps la conférence. Récemment encore, il prit une part active aux travaux du Comité mixte créé par la Société des Nations pour étudier les questions d'alimentation : et par son action clairvoyante et ferme, il contribua à maintenir sur son véritable terrain cette question, qui ne relève pas seulement de l'hygiène, mais qui appartient aussi, pour une très large part, au domaine de l'économie sociale.
Son rôle n'était pas moins grand à l'Institut International de l'Agriculture, à Rome, où, depuis la guerre il a constamment assisté aux Assemblées générales dans les rangs de la délégation française. Il eut à intervenir à plusieurs reprises dans les questions relatives à l'organisation et au fonctionnement de l'Institut. Mais, c'est encore aux problèmes économiques qu'il s'intéressait le plus. Quand fut créé, auprès de l'Institut, un Comité économique, nul n'imaginait qu'un autre que lui pût assurer la présidence, tant il avait acquis d'autorité sur les esprits, tant la confiance qu'il inspirait à tous lui attirait les sympathies et les hommages.
Tel était Jules Gautier. Et l'on comprend l'émoi que sa mort a cause, en France et à l'étranger, et dont nous avons reçu de si touchants témoignages. Pour ceux qui l'ont connu, la peine est d'autant plus vive qu'il disparaît, malgré son âge, en pleine force, en pleine possession de lui-même, encore chargé des espoirs que partout on plaçait en lui pour les luttes qui continuent.
Puisse cette pensée, du moins, apporter quelque soulagement à la douleur des siens, à la douleur de ce foyer qui a toujours été le centre de ses affections, et que déjà la guerre avait cruellement frappé".
1937
La Terre Tourangelle, 12 août 1937, ADLI p. 407-408
Jules Gautier
Académie d'Agriculture de France