Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra (1882-1906)

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1878

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'avril 1878. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1878.
p. 310
Surveillance du phylloxéra.
M. Schneider présente un rapport sur une circulaire ministérielle qui propose d'organiser, d'une manière plus active, la surveillance du phylloxéra.
M. le Ministre de l'Agriculture pense qu'on pourrait charger un professeur de sciences ou un Ingénieur des ponts et chaussées de se rendre dans le département de l'Hérault pour y étudier les mœurs du parasite, ses différents modes de transformation, ainsi que les moyens les plus efficaces pour lui résister.
La Commission n'est pas d'avis d'entrer dans cette voie.
M. le marquis de Quinemont dit que, dans le département d'Indre-et-Loire, il existe une Commission spéciale qui s'occupe de cette question avec autant de zèle et d'intelligence que le pourrait faire le fonctionnaire qu'on propose de nommer.
Les conclusions du rapport sont adoptées.
 

1879

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'août 1879. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1879.
p. 463
Phylloxéra.
J'ai déjà eu l'honneur de communiquer au Conseil général une circulaire, en date du 26 juillet dernier, par laquelle M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce faisait appel au concours des départements, à l'effet de seconder les efforts du Gouvernement dans le but d'arrêter les progrès du phylloxéra. Une seconde circulaire du 13 août renouvelle cet appel d'une manière plus pressante encore.
M. le Ministre insiste sur l'intérêt de préserver de l'invasion les départements qui sont ou qui paraissent indemnes. Si le phylloxéra ne nous a pas atteints, il ne faut pas oublier que le fléau est, pour ainsi dire, à nos portes, qu'il sévit dans les départements voisins, et qu'il nous menace de plusieurs côtés à la fois. M. le Ministre insiste donc pour que le Conseil général vote la la plus forte somme possible, pour organiser le service de surveillance ayant pour objet la rapide découverte de l'insecte et sa prompte destruction.
 

1880

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'avril 1880. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1880.


p. 8
Le phylloxéra n'a encore été signalé sur aucun point du département, et je ne laisse échapper aucune occasion de stimuler la vigilance des autorités locales au sujet de ce redoutable fléau.

p. 62-63
Le procédé pour la destruction facile du phylloxéra, brochure qui vous a été envoyée par son auteur M. Maufracs, sous-chef de bureau à la Préfecture des Charentes, témoigne du zèle de cet employé et entre dans la catégorie des très nombreuses publications qui se font tous les jours au sujet de cet épouvantable fléau, et sera examiné avec toute l'attention qu'elle mérite par la Commission spéciale qu'a nommée le Ministre de l'Agriculture.
 

1889

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'avril 1889. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1889.

Extrait, p. 85-86
7. Phylloxéra
Sur les conclusions de votre troisième Commission, vous avez décidé dans votre séance du 24 août 1888, que le crédit inscrit depuis quelque années au sous-chapitre XI du budget, pour les traitements anti-phylloxériques [traitements au sulfure de carbone] , ne figurerait plus au budget départemental.
Le matériel affecté à ces traitements [pals et charrues...] étant devenus, dès lors inutile, et comme je n'avais plus à ma disposition aucun crédit pour acquitter les frais de location du hangar sous lequel il était remisé, j'ai procédé, le 2 février dernier, à l'adjudication de ce matériel, avec l'autorisation de la Commission départementale.
Cette opération n'a abouti qu'en partie, et j'ai dû plus tard demander à la Commission départementale, qui me l'a accordée, l'autorisation d'aliéner de gré à gé les objets restant en magasin et qui avaient été déposés dans les dépendances de la Préfecture.
L'adjudication a produit 380 fr. ; trois soumissions reçues depuis s'élèvent ensemble à 35 francs.
Vous approuverez sans doute, Messieurs, les différentes dispositions qui ont été prises dans les circonstances que je viens d'exposer.  
Circulation des produits de la vigne.
Conformément à la demande formulée dans votre délibération du 25 août dernier, M. le Ministre de l'Agriculture a autorisé, par un arrêté du 16 janvier 1889 l'introduction des plants de vignes étrangères dans les arrondissements de Tours et de Chinon.
Cette mesure ayant été prise précédemment à l'égard de l'arrondissement de Loches, le département tout entier est maintenant ouvert à la libre circulation des produits de la vigne.

Extrait, p. 15
Vente du matériel affecté aux traitements anti-phylloxériques.
En raison de la suppression du crédit affecté aux traitements anti-phylloxériques, l'Administration, sur l'avis conforme de la Commission en date du 24 décembre 1888, a procédé à la vente, par adjudication, du matériel du service départemental, ainsi que du sulfure de carbone restant en magasin.
Cette adjudication, qui a eu lieu le 2 février dernier, a produit 380 francs ; mais comme certains objets n'avaient pu trouver d'acquéreurs aux prix fixés dans le cahier des charges, la Commission a cru devoir, pour en terminer, autoriser l'Administration à les vendre à l'amiable, au mieux des intérêts du département, sauf deux pals qui devront être mis à la disposition du professeur départemental d'agriculture et entreront dans le matériel de l'Ecole normale d'instituteurs de Loches, pour servir aux démonstrations pratiques que comporte le cours d'agriculture professé à cette école.

Extrait, p. 67-69
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le phylloxéra :
Messieurs,
Sur les conclusions de votre troisième Commission, vous avez décidé, dans votre séance du 24 août 1888, que le crédit inscrit depuis quelques années au sous-chapitre XI du budget pour les traitements anti-phylloxériques ne figureraient plus au budget départemental.
Le matériel affecté à ces traitements étant devenu dès lors inutiles, et comme il n'avait plus à sa disposition aucun crédit pour acquitter les frais de location du hangar sous lequel il était remisé, M. le Préfet a procédé le 2 février dernier, à l'adjudication de ce matériel, avec l'autorisation de la Commission départementale.
Cette opération n'a abouti qu'en partie, et M. le Préfet a dû plus tard demander à la Commission départementale ; qui la lui a accordée, l'autorisation d'aliéner de gré à gré les objets restant en magasin et qui avaient été déposés dans les dépendances de la Préfecture.
L'adjudication a produit 380 fr. ; trois soumissions reçues depuis s'élèvent à 35 francs.
Votre Commission vous propose de ratifier cette opération.
M. le Préfet nous fait, en outre, savoir que conformément à la demande formulée dans votre délibération du 25 août dernier, M. le Ministre de l'Agriculture a autorisé, par un arrêté en date du 16 janvier 1889, l'introduction des plants de vignes étrangères dans les arrondissements de Tours et de Chinon.
Cette mesure ayant été prise précédemment à l'égard de l'arrondissement de Loches, le département tout entier est maintenant ouvert à la libre circulation des produits de la vigne.
La Commission vous propose de donner acte de cette communication.
M. de Mauvise fait observer que le Conseil général, en supprimant le crédit qu'il avait inscrit au budget pour subventionner la pépinière de Mettray, a perdu la subvention de 2 000 fr. que l'Etat allouait au département.
L'honorable membre demande s'il ne conviendrait pas d'établir des pépinières cantonales non officielles, afin d'obtenir de nouveau une subvention de l'Etat.
M. de Mauvise profite de l'occasion pour remercier M. le Préfet d'avoir bien voulu inviter le professeur d'agriculture à faire dans le canton de Richelieu une séance de greffage de plants américains. Cette séance a eu le plus grand succès. Il ne faut pas oublier que les gens de la campagne ne planteront des vignes américaines que lorsqu'ils sauront les greffer eux-mêmes.
M. le Préfet fait observer qu'à la session d'août il avait proposé au Conseil général de créer des pépinières cantonales.
Il avait rappelé que dans le cas où ces pépinières seraient créées, le Ministre de l'Agriculture aurait accordé une subvention au département. Le Conseil général ; malgré cette promesse formelle d'une subvention sur les fonds de l'Etat, a refusé d'adopter la proposition qui lui était faite.
M. Tiphaine dit que Conseil général a estimé que du moment que chacun était libre d'implanter dans le département les plants qui lui conviendraient le mieux, il n'y avait plus de raison pour subventionner une pépinière officielle.
Quant à la création de pépinières cantonales, c'est une œuvre qui incombe aux Comices agricoles.
M. le Président fait remarquer que le département, en renonçant à subventionner une pépinière départementale, renonce du même coup à la subvention de l'Etat.
M. Tiphaine répond que rien ne garantit le département que la subvention qui était promise pur une année aurait été maintenue les années suivantes.
Le Conseil général, en présence de la liberté d'introduire des cépages étrangers, n'a pas voulu encourir la responsabilité de propager officiellement des plants qui pourraient donner des mécomptes à ceux qui les auraient achetés.
M. Drake estime, comme M. Tiphaine, que la reconstitution des vignobles phylloxérés dot être l'œuvre de l'initiative privée. Il rappelle à ce sujet les résultats très satisfaisants qui ont été obtenus dans plusieurs départements du midi.
Les conclusions du rapport de M. Tiphaine sont adoptées.
 

1889

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Session d'août 1889. Tours, Impr. E. Mazereau, 13, rue Richelieu, 1889.
Extrait, p. 219-220
Phylloxéra


1. Situation du département au point de vue phylloxérique.
Bien que le service administratif qui avait institué en vue de diriger et d'encourager la lutte contre les ravages du phylloxéra n'existe plus, par suite de la suppression des allocations au moyen desquelles ce service fonctionnait, j'ai cru devoir inviter M le Professeur de l'agriculture à l'adresser, comme par le passé, pour vous être communiqué, un rapport sur la situation actuelle des vignobles atteints par le redoutable insecte.
J'aurai soin de placer sous vos yeux ce rapport, qui contient d'intéressants détails sur l'état d'invasion phylloxérique et sur les efforts tentés par les viticulteurs pour reconstituer leurs vignobles ; car vous n'ignorez pas, Messieurs que la reconstitution des vignes est la plus vive préoccupation des propriétaires, la lutte par les insecticides étant aujourd'hui à peu près abandonnée.
Quand je dis que la lutte est abandonnée, je veux parler des individualités ; je me plais à constater, en effet que d'excellents résultats ont été obtenus par les syndicats cantonaux d'Amboise et de Montbazon, grâce à une persévérance et à un esprit de méthode dignes de tous les éloges.


2. Exécution de la loi du 1er janvier 1887 portant dégrèvement d'impôt des terrains nouvellement plantés en vignes.
Je vous rappelle, Messieurs, qu'aux termes de l'article 11 du décret du 4 mai 1888, portant règlement d'administration publique pour l'exécution de la loi du 1er décembre 1887, qui exonère l'impôt les terrains nouvellement plantés en vigne dans les départements ravagés par le phylloxéra, il vous appartient de désigner un membre de votre Assemblée à l'effet de présider le comité technique chargé de statuer sur les dissentiments qui se produiraient, à propos de demandes en remise d'impôt de cette espèce, entre l'administration des contributions directes et les contribuables.

p. 19-20
Jardin de la Préfecture.
La Commission a autorisé M. le Préfet à effectuer au service du jardin de la Préfecture, pour la destruction des vers blancs, un des pals qui faisaient partie du matériel servant au phylloxéra et qui n'avaient pas été vendus.
 

1890


Département d'Indre-et-Loire. Conseil général. Session d'août 1890. Rapport présenté par le Préfet au Conseil général. Tours Imp. E. Mazereau, 13 rue Richelieu. 1890.


Extrait p. 191-193
4. Phylloxéra.


Situation générale.
Dans un autre rapport spécial à la question du phylloxéra, M. le professeur d'agriculture fait connaître que l'étendue des vignobles attaqués par le puceron s'est accrue dans une proportion assez notable. Cette situation est d'autant plus critique que la tache phylloxérique s'étend aujourd'hui dans le nord du département, vers Château-la-Vallière, région considérée jusqu'ici comme préservée. L'attention des viticulteurs, un moment détournée du phylloxéra par d'autres maladies de la vigne qui ont causé de grands dommages, notamment le mildew, se reporte donc pour le moment, avec plus d'anxiété, sur les progrès de leur principal adversaire.
Le traitement des vignes par les insecticides est toujours pratiqué, mais dans une proportion bien restreinte comparativement à la superficie atteinte. M. le professeur d'agriculture ciye cependant des exemples concluants des résultats qu'on peut obtenir, du moins dans certains terrains, en combattant l'insecte au moyen du sulfure ce carbone, lorsque les traitements sont poursuivis avec méthode et aussi avec persévérance.
Il est vrai que les efforts des viticulteurs se sont portés sur la culture des cépages exotiques, dont on attend la reconstitution des vignobles.
Des essais qui ont été tentés se dégage, pour M. le professeur d'agriculture, la supériorité du procédé de greffage des plants du pays sur des porte-greffes américains. L'important est de préparer un nombre suffisant d'ouvriers à la pratique de cette opération quelque peu délicate ; M. Dugué y apporte tous ses soins, comme aussi à diriger les viticulteurs vers les méthodes dont l'emploi immédiat doit leur éviter des pertes de temps et des insuccès décourageants.


Exécution de la loi du 1er décembre 1887. Désignation d'un Conseiller général.
Conformément aux dispositions du décret du 4 mai 1888, un membre du Conseil général, élu annuellement par ses collègues, doit être appelé à présider le Comité technique chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu, entre l'administration des contributions directes et les contribuables, les demandes en dégrèvement d'impôts formulées en exécution de la loi du 1er décembre 1887 (dégrèvement applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vigne).
Vous voudrez bien, Messieurs, procéder à cette désignation au cours de votre session. Les fonctions dont il s'agit ont été confiées jusqu'ici à M. Tiphaine.

Extrait, p. 189-190
Phylloxéra.
M. Drake présente un rapport sur l'état des vignes du département, au point de vue du phylloxéra. Il résulte des documents communiqués par M. le Préfet que l'étendue des vignobles attaqués par le puceron s'est accrues dans une proportion notable.
Le traitement des vignes par les insecticides est toujours pratiqué, mais dans une proportion bien restreinte comparativement à la superficie atteinte.
La Commission ne peut que constater avec regret une pareille situation, faire appel plus que jamais à la vigilance des intéressés, et donne acte à M. le Préfet de sa communication.
Acte est donné.
Plantation de vignes. Dégrèvement d'impôts.
Le Conseil désigne M.Tiphaine pour présider le comité technique chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu, entre l'Administration des Contributions directes et les contribuables, les demandes en dégrèvement d'impôt applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vigne.
 

1891


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Séance d'avril 1891 [8 avril 1891]. Tours. Imp. E. Mazereau 13, rue Richelieu, 1891


p. 64-65

1. Agriculture - 1° Création de pépinières de vignes américaines.
I. Syndicat de communes du canton d'Amboise.

Le Conseil général apprendra avec satisfaction que douze communes du canton d'Amboise viennent de projeter la formation entre elles, dans les conditions prévues par la loi des 5 avril 1884-22 mars 1890, d'un syndicat de communes, ayant pour objet la création et l'entretien de pépinières de vignes américaines.
Ce projet, dû à l'initiative de l'honorable président de l'Assemblée départementale, M. le sénateur Guinot, maire d'Amboise, est actuellement soumis à l'Administration supérieure, et je ne doute pas que l'autorisation du Gouvernement ne soit obtenue sans difficulté.
II. Création de pépinières dans 75 écoles.
M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu, sur ma demande, faire mettre à ma disposition, par l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier une certaine quantité de plants de vignes américaines pour être répartis entre les instituteurs du département attachés aux communes dans lesquelles l'invasion phylloxérique a fait le plus de ravages, et qui se sont signalés par leur zèle dans l'enseignement agricole.
Les variétés de plants exotiques qui m'ont été expédiés consistaient en 3 000 Riparia, 2 300 Jacquez, 1 000 Solonis, 1 000 Taylor, 500 Elvira, 500 Champin, 100 Rupestris et 100 Vialla.
Il a pu ainsi être créé, dans les jardins de 75 écoles du département, de véritables champs d'expériences où sera étudiée la culture des plants les plus propres à réparer les désastres causés par le phylloxéra.

p. 136
Création par la ville de Tours d'une pépinière viticole. - Demande de subvention.
J'ai l'honneur de déposer sur votre bureau une lettre que j'ai reçue ce matin de M. le Maire de Tours et par laquelle ce magistrat municipal sollicite de la bienveillance du Conseil général une subvention pour la création d'un pépinière de vignes américaines.

p. 70-75
Création d'une pépinière de vignes américaines à Tours.
M. Drake présente le rapport suivant sur une demande de subvention pour l'établissement d'une pépinière de vignes américaine à Tours :
MESSIEURS,
Votre 3e Commission a été saisie, par un rapport supplémentaire de M. le Préfet, d'une demande émanant de la ville de Tours et tendant à l'obtention d'un secours du département pour l'établissement d'un pépinière de vignes américaines.
Notre ville n'a pas cru devoir se désintéresser d'une question qui touche de si près aux intérêts des habitants d'Indre-et-Loire, et elle a pensé qu'elle pouvait apporter un concours utile à la reconstitution des vignes qui font la richesse d'une population composant la majeure partie de la clientèle des commerçant et industriels de Tours. A la suite d'une visite faite à la pépinière du Loiret par des délégués du Conseil municipal, celui-ci a résolu d'établir une pépinière de vignes à Tours. Un terrain a été loué avenue de Grammont en deçà de la levée du Cher. Un devis a été dressé par M. Dugué, professeur d'agriculture. Les dépenses d'établissement, réparties sur trois années, s'élèvent à 7 210 francs. Les dépenses annuelles sont estimées à 3 200 francs. Quant au produit que l'on retirerait de la vente des boutures, elle n'est portée en compte qu'à partir de 1893 pour 1 050 francs, et s'élève à 3 150 francs pour 1895.
Nous n'avons pas à discuter de ces prévisions, qui peuvent être plus ou moins exactes, surtout en ce qui concerne les recettes : d'abord, parce que l'abondance des plants à vendre dépend essentiellement de la nature du cépage, ensuite parce que la ville de Tours nous semble destinée à faire de cet établissement projeté non pas une pépinière de production, mais une pépinière d'études, fournissant en petite quantité des plants d'essai aux viticulteurs de la contrée.
Il ne s'agit au surplus, pour le département, que de donner un secours pour l'établissement de cette pépinière, et en tenant compte de ce fait que le vote du Conseil municipal de Tours a été subordonné à l'obtention d'une participation pour moitié du Ministère de l'Agriculture dans la dépense.
Votre 3e Commission s'est souvenue qu'il y a quelque temps le Conseil général a hésité à créer une pépinière départementale, à cause de l'importance du chiffre de la dépense et de l'incertitude de l'entreprise où il s'engageait.
Dans le cas actuel la situation est changée : le département peut préciser exactement la limite de ses sacrifices. De plus nous devons tenir compte que la pépinière de la ville de Tours, telle qu'elle sera installée, semble offrir des garanties sérieuses au point de vue de la direction scientifique.
Dans ces conditions, votre 3e Commission vous propose d'allouer à la ville de Tours une somme de cinq cents fr. pour la création de sa pépinière.
M. Breton ne s'oppose pas à l'adoption des conclusions de la Commission. Lui-même votera le crédit qui est demandé, parce qu'il le considère comme un encouragement moral donné aux communes qui voudraient entrer dans cette voie ; mail il estime qu'il importe de bien déclarer que les dépenses de cette nature constituent des dépenses communales et que si le département intervient, c'est uniquement pour donner un appui moral et non pas un appui financier.
Les conclusions du rapport sont adoptées.
Pépinières de vignes américaines. Syndicat des communes du canton d'Amboise.
M. Drake présente un rapport sur une demande de subvention formulée par le syndicat des communes du canton d'Amboise constitué dans le but de créée dans chaque commune des pépinières de vignes américaines.
Ce syndicat entre communes est un fait nouveau et très heureux, qu'il faut encourager. La Commission propose de lui allouer une subvention de 150 fr. 
M. Houssard dit qu'une telle subvention fera l'effet d'une goutte d'eau dans la mer. Des subventions de cette nature, par leur multiplicité, grèvent le budget départemental et n'apportent aucune aide sérieuse à ceux qui les reçoivent.
M. le rapporteur répond que ce qu'on demande, c'est moins une aide efficace qu'un appui moral. Le jour où les syndicats verront qu'ils sont appuyés par le Conseil général, ils multiplieront leurs efforts.
M. le Président rappelle que le Syndicat des communes d'Amboise constitue la première application de la loi de 1890 sur les syndicats des communes.
Il s'agit d'établir des champs d'expériences dans des terrains différents. Les vignerons menacés dans leur fortune, qui, après tout, constitue la fortune du département, s'associent sous toutes les formes et multiplient leurs efforts pour organiser la lutte. Il faut que le département leur montre qu'il approuve leur initiative et leurs efforts.
M. Lecointre reconnait que tous ces efforts sont très méritoires et ne peuvent qu'être approuvés. Mais l'orateur craint que si le département alloue des subventions, demain on ne vienne lui demander des subsides pour des champs d'expériences qui seraient établis tantôt pour la vigne, tantôt pour le blé, ou pour toute autre culture.
M. le Président répond que la culture de la vigne constitue la principale richesse du département. Cette richesse est sérieusement menacée. Il est tout naturel que le département fasse pour la culture de la vigne un sacrifice qu'il refuserait si on le lui demandait pour toute autre culture.
M. de Mauvise comprend que le Conseil général ait voté 500 fr. en faveur de la pépinière de vignes établie par la ville de Tours qui est le chef-lieu du département. Mais il ne voit pas pourquoi les habitants e Richelieu contribueraient à des expériences qui se feront à Amboise.
M. le Président estime, au contraire, que la subvention demandée par le syndicat du canton d'Amboise, canton viticole par excellence, se justifie encore davantage que la subvention si justement accordée à la ville de Tours.
M. Drake, rapporteur fait remarquer que le département donne des subventions à tous les cantons sous la forme d'encouragements aux Comices agricoles. Comment refuserait-il un concours lorsqu'il s'agit de la vigne, c'est-à-dire la première richesse du département.
M. Breton dit que lorsqu'on se trouve en présence d'un mouvement qui ne fait que se dessiner, comme le cas pour le syndicat d'Amboise, le département a le devoir de donner son appui moral. Mais lorsque ces syndicats seront fortement constitués, le département devra énergiquement refuser toute subvention.
M. Goüin appuie les conclusions du rapport.
Ces conclusions sont adoptées.
M. le Préfet dit qu'à présent que toutes les demandes de subventions sont épuisée, il désire présenter pour l'avenir un observation d'ordre général. Le Préfet, d'accord avec la Commission dite des économies, a fait les plus grands efforts pour diminuer les dépenses départementales. Tous les services ont été réduits au strict nécessaire. Des dépenses même utiles ont été supprimées. Il serait regrettable de voir ces économies réalisées à grand peine compensées par des dépenses nouvelles, dont le Conseil n'aurait pas chiffré à l'avance le total.
Le Préfet ne désire pas assumer tout seul le rôle ingrat de défenseur à tout prix du principe des économies. Il demande qu'à l'avenir toute proposition nouvelle comportant le vote d'un crédit soit préalablement soumise à la Commission des finances (Assentiment général).

p. 96
SOUS-CHAPITRE XI
Augmentation de 500 francs à l'article 11 (nouveau) pour subvention à la ville de Tours pour la création d'une pépinière de vignes américaines.
Augmentation de 150 francs à l'article 12 (nouveau) pour subvention au syndicat des communes du canton d'Amboise qui se sont associées en vue de la création de pépinières de vignes américaines.
 

1891


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Séance d'août 1891 [19 août 1891]. Tours. Imp. E. Mazereau 13, rue Richelieu, 1891.


p. 165-167
Phylloxéra
Situation générale.

M. le professeur départemental d'agriculture, dans un rapport spécial à la question du phylloxéra, fait connaître que la période de sécheresse, qui dure depuis 15 mois environ, a amené une recrudescence dans l'invasion du puceron. La superficie des terrains plantés de vigne dans le département d'Indre-et-Loire étant évaluée à 65 800 hectares, et le coefficient d'accroissement de la maladie en 1890 ayant été de 2 %, on obtient, pour la superficie phylloxérique, une augmentation de 1 316 hectares qu'il convient d'ajouter au chiffre de 6 337 représentant les hectares contaminés à la fin de 1890, mais résistant encore à cette époque. Il y aurait donc actuellement un ensemble de 7 653 hectares sur lesquels le phylloxéra exercerait ses ravages.
Quant aux vignes détruites ou arrachées, le chiffre de 1 342 hectares signalés l'année dernière est venu s'augmenter de 10 %, ce qui en élève le total à 1 975 hectares.
La défense à l'aide des insecticides se continue de la part de quelques syndicats et d'un certain nombre de propriétaires. Les résultats obtenus sont assez variables, tantôt suffisants, c'est le cas dans les bonnes terres profondes et chargées de calcaires, tantôt insignifiants dans les terres dont la composition du sol favorise le développement et l'extension de l'insecte, tout en étant un obstacle à l'action asphyxiante des agents chimiques habituellement employés.
M. le professeur départemental d'agriculture préconise toujours avec beaucoup d'insistance les essais de greffage des plants du pays sur des porte-greffes américains.
Le point principal est de trouver les deux éléments nécessaires au succès de l'opération, des greffeurs et de bons porte-greffes. Les écoles de greffage ont déjà donné quelques centaines des premiers ; les pépinières communales syndicales et privées, qui ont reçu cette année un vigoureuse impulsion, fourniront bientôt les seconds en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins du pays.
Du reste l'idée a fait son chemin, et M. Dugué a constaté avec plaisir qu'au printemps dernier il avait été certainement planté plusieurs millions de boutures ou racines américaines.


Exécution de la loi du 1er décembre 1887. Désignation d'un Conseiller général.
Conformément aux dispositions du décret du 4 mai 1888, un membre du Conseil général, élu annuellement par ses collègues, doit être appelé à présider le Comité chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu entre l'Administration des contributions directes et les contribuables les demandes en dégrèvement d'impôt formulées en exécution de la loi du 1er décembre 1887 (dégrèvement applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vignes).
Vous voudrez bien, Messieurs, procéder à cette désignation au cours de votre session. Les fonctions dont il s'agit ont été confiées jusqu'ici à M. Tiphaine.
 


p. 89
Phylloxéra
La Conseil donne acte à M. le Préfet de sa communication relative au phylloxéra et désigne M. Tiphaine pour présider le Comité de l'examen des litiges auxquels pourraient donner lieu les demandes de dégrèvement pour les terrains replantés en vignes.
 

1907


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Session d'août 1907. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1907. [1907b]
Extrait, p. 230


Situation phylloxérique
Comme les années précédentes, M. le professeur départemental d'agriculture m'a fait parvenir une copie du rapport qu'il a adressé à la fin de l'année 1906 à M. l'Inspecteur général de la viticulture concernant la situation phylloxérique en Indre-et-Loire ; vous trouverez ce rapport également inséré à la fin du présent volume.
 

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Source : Archives départementales d'Indre-et-Loire, cote 8BH°722
Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra.
Par J.-B. MARTIN
Ingénieur agronome
Directeur honoraire des Services Agricoles
Correspondant de l'Académie d'Agriculture
Edité par "L'Action Agricole de Touraine" 
Année [vers 1945-1950]


Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra.
Par J.-B. MARTIN
Ingénieur agronome
Directeur honoraire des Services Agricoles


Le phylloxéra, venu d'Amérique, a été observé pour la première fois, en France, dans le Midi, en 1864 que quelques ceps du Gard. Ses ravages se firent sensibles à partie de 1870, dans les départements du Gard, de l'Hérault, et l'Aude. Les progrès de l'invasion furent très rapides. En moins de dix ans, tout le vignoble méridional fut atteint, et le fléau gagna de proche en proche les régions du Centre.
En 1877, vingt-huit départements étaient atteints ; en 1880, quarante-cinq départements ; en 1883, cinquante-trois départements.
A côté de l'Indre-et-Loire, en 1885, dans la Vienne dont le vignoble était de 55 000 hectares, 10 500 hectares étaient endommagés, et 2 700 hectares détruits.

Sa marche en Touraine
L'apparition du phylloxéra en Touraine fut signalée en 1882 à Vallères et sur quelques parcelles de vignes à Noizay, où avaient été introduits des plants venant de régions phylloxérées.
A cette époque, la surface du vignoble d'Indre-et-Loire était de 54 000 hectares dont 51 000 en pleine production. Il était constitué par des cépages bien adaptés aux diverses régions du département : le Pineau (ou Chenin) occupait les coteaux de Vouvray, Montlouis et Azay-le-Rideau ; le Breton (Cabernet franc), la région de Bourgueil, Ingrandes et le Chinonais ; le Groslot, la contrée de Cinq-Mars ; le Côt et le Gamay, la côte du Cher ; la Folle-Blanche, le Richelais, et le Noble-Joué [Pineau noir] et le Meunier [Pinot Meunier], la contrée de Joué et Saint-Avertin.
Le fléau s'étendit très rapidement.
En 1882 des foyers étaient constatés à Vallères, Noizay, Cangey et sur diverses parcelles, dans treize communes, particulièrement à Nazelles et dans le Richelais.
L'année suivante 1883, l'invasion portait sur près de 200 hectares dans vingt-quatre communes.
En 1884, 350 hectares sont atteints, répartis dans trente-quatre communes, parmi lesquelles Noizay, Cangey ; Vouvray (la Vallée Chartier) 2 hectares ; Vernou (les Quarts) ; Chançay (le Vaux) 2 hectares ; Saint-Avertin, 2 hectares ; Artannes (Erippe) 3 hectares ; Vallères ; Sainte-Maure, (Le Plessis), 11 hectares, et de nombreuses communes du Richelais : Pouzay, Theneuil, Brizay, Lémeré (La Noblaie), Chezelle, La Tour-Saint-Gélin, Antogny, Chaveigne, Courcoué (5 hectares), Bray-sous-Faye (Beauregard) 7 hectares...
La maladie s'étend aussi sur Yzeures, Bossay, Le Grand-Pressigny, Ciran, Ligueil, Tauxigny, Faye-la-Vineuse...
Le 15 décembre 1884, le ministre de l’Agriculture prit un arrêté aux termes duquel les taches phylloxériques constatées dans les communes de Vallères, Pouzay, Antogny, Braslou, Bossay, ainsi que la zone de protection, seraient traitées par le sulfure de carbone aux frais de l'Etat. Il était décidé en outre, que les surfaces phylloxérées recevraient comme complément, un badigeonnage contre l'œuf d'hiver.
En 1885, le fléau gagne en intensité dans les anciens foyers, et s'étend sur vingt-cinq communes, notamment à Saint-Martin-le-Beau, Limeray, Azay-sur-Cher, Crouzilles, Trogues, Saint-Epain, Reignac, Boussay, Preuilly, Saint-Bauld, Loches. A la fin de ladite années, le vignoble d'Indre-et-Loire était gravement atteint sur soixante-deux communes :

16 dans l'arrondissement de Tours sur 224 ha approximativement
26 dans l'arrondissement de Chinon sur 410 ha approximativement
20 dans l'arrondissement de Loches sur 200 ha approximativement soit environ 830 hectares.

On peut admettre que ces foyers réellement constatés ne représentaient qu'une faible partie du vignoble atteint.
Un an après 1886, malgré les efforts faits pour le combattre, ce fléau s'étend sur plus de 1 200 hectares dont 150 à 200 ha étaient complètement détruits.
Le vignoble était menacé de disparition complète, sauf dans la région de Bourgueil et d'Ingrandes où la vigne trouvait, dans les terrains siliceux, frais et riches, le moyen de résister.
En 1887, quatre-vingt-dix-huit communes sont atteintes sur plus de 2 000 hectares, et 300 hectares détruits complètement.
En 1888, la surface du vignoble était de 57 350 hectares ; 105 communes sont atteintes, 2 600 hectares sont phylloxérés et 400 détruits ;
En 1889, 3 200 ha atteints et 700 détruits ;
En 1890, 6 500 ha atteints et 1 350 détruits ;
En 1891, 7 650 ha atteints et 2 000 détruits ;
En 1892, 9 250 ha attaqués et 2 200 détruits ;
En 1893, 10 500 ha contaminés et 5 800 détruits ;
En 1894, la surface du vignoble est 54 000 ha, 12 600 sont contaminés et 9 500 détruits.
Encore quelques années à cette cadence qu'allait-il rester du vignoble tourangeau ?
Dès 1889, des mesures sérieuses s'imposaient.

Mesures de défense
Les premières attaques ne surprirent pas les vignerons tourangeaux, car le Midi était déjà atteint depuis plusieurs années, et l'ennemi était installé à la porte de la Touraine, dans la Vienne.
Les vignerons méridionaux, après avoir essayé différents procédés de protection, avaient fini par arracher leurs vignes, et les reconstituer par le greffage sur plants américains.
Mais les Tourangeaux réfractaires à l'arrachage, tentèrent à leur tour d'enrayer le fléau par des traitements destinés à tuer l'insecte.
Des syndicats de défense furent organisés dès 1883 à Amboise, Montbazon, Saint-Avertin. 
Les vignerons de Vouvray, quoique moins atteints, (car le phylloxéra ne sévit sérieusement dans cette commune qu'à partie de 1886) formèrent aussi un Syndicat les groupant avec les communes voisines phylloxérées.
On eut recours au sulfocarbonate de potasse ; mais il fallut y renoncer en raison de son prix élevé. On le remplaça par du sulfure de carbone appliqué à raison de 100 grammes par cep à l'aide du pal injecteur, et, dans la suite, au moyen d'un injecteur à traction ou charrue sulfureuse.
Les ceps étaient préalablement décortiqués et badigeonnés avec le mélange Balbiani (huile lourde et naphtaline). Le prix du traitement par hectare était de 250 à 300 francs au pal ordinaire, et de moitié environ avec la charrue.
Mais un grand nombre de vignes étaient soumises à l'ancienne taille sur ceps mal rangés [en foule], ce qui rendait cette opération difficile, et dans la plupart des cas, impossible.
Le sulfure de carbone valait, à cette époque, 140 francs le 100 kg rendu à Tours ; la charrue sulfureuse équipée, environ 500 francs, le pal injecteur ordinaire, 50 francs.
Les premiers traitements furent effectués à Vallères en 1883 et, en 1884, sur différentes parcelles, par les Syndicats de Vouvray et Saint-Avertin. Mais devant la résistance de la grande masse des vignerons, l'Administration joignit son action à celle ses Syndicats. La Préfecture ordonnait d'office les traitements sur les nouveaux foyers déclarés, pensant arrêter l'extension. 
Quoique faits aux frais de l'Etat, les traitements administratifs furent en général mal accueillis. Dans certaines communes, à Cangey, par exemple, pour vaincre la résistance, il fallut recourir à la Gendarmerie et à la police correctionnelle.
Malgré les efforts des Syndicats et de l'Administration, ces traitements s'avéraient de plus en plus impuissants, ainsi que l'indique la marche ci-dessus du fléau.
Il fallait trouver mieux : l'exemple du Midi était là. Après avoir essayé divers moyens de défense, submersions, traitements divers, il avait été reconnu que le seul moyen de maintenir le vignoble, était de le reconstituer par le greffage sur des plants américains résistants aux piqûres de l'insecte.
Mais le vigneron tourangeau tenait à conserver ses anciennes pratiques, et craignait que la vigne américaine ne résiste pas longtemps, et que le greffage nuise à la qualité de son vin.
En outre, certains vignerons encore peu atteints, étaient hostiles à l'introduction des vignes américaines auprès de leurs vignes indemnes.
Mais nécessité fait loi. Timidement, avec appréhension, il fallut se soumettre. Quelques essais de ceps américains, producteurs directs avaient été faits : Othello, Jacquez, Herbemont, Noah, furent introduits, mais n'eurent aucun crédit en raison du goût foxé de leurs vins.

Le salut était dans le greffage !
Une pépinière de porte-greffes obtenue par semis fut créée à Mettray. Tous les plants obtenus furent atteints par l'oïdium, sauf Riparia que l'on multiplia. Dans la suite on y adjoignit le Rupestris, le Solonis, le Vialla [hybride de Clinton et d'Isabelle]... que l'on essaya dans différentes natures de sols, et dont la faculté d'adaptation avait déjà été étudiée et reconnue dans le midi.
Malgré tout, la masse des vignerons restait hostile à l'introduction des boutures américaines dans leurs vignes. Il fallait d'ailleurs y être autorisé. Ce n'est qu'en 1886, après l'extension rapides des foyers à Cangey, Vallères, Saint-Avertin, Vernou, Saint-Martin-le-Beau..., où les traitements étaient impuissants à enrayer le fléau, que l'introduction de ces boutures fut autorisée. Les Services administratifs continuaient vainement la lutte par le sulfure.
Un fait singulier est à noter : les traitements administratifs étaient le plus souvent imposés aux récalcitrants et payés par la Préfecture, alors que les frais de traitements faits par les Syndicats étaient supportés par leurs adhérents.
Or, quoique gratuits, ces traitements administratifs mécontentaient tout le monde, et furent peu à peu abandonnés.
Les Syndicats se multiplièrent, mais ils devaient peu à peu reconnaître leur impuissance.
A partir de 1889, ils disparurent peu à peu ; bon gré mal gré, devant la marche de l'invasion et l'étendue du désastre, la vigne américaine s'imposait. Avant le phylloxéra, la vigne valait 3 500 à 4 000 francs l'hectare. En 1889, elle a perdu la moitié de sa valeur, et trouve peu d'acquéreurs.
Les communes de Noizay, Tauxigny, Pouzay, Paye-la-Vineuse, avaient déjà obtenu l'autorisation d'introduire sur leur territoire des boutures américaine. La pépinière de Mettray fut étendue ; d'autres furent créées, notamment celle de Loches dans les jardins de l'Ecole Normale. Le Riparia importé d'Amérique donnait satisfaction comme porte-greffes, par sa résistance au phylloxéra et au mildiou.
Un vigneron de Sainte-Maure, M. Martineau, obtenait d'un semi le Riparia-Martineau [Gloire de Touraine] d'une très grande puissance de végétation, qui fut très en faveur pendant quelques années. Jusqu'en 1893, ce fut à peu près le seul porte-greffe employé.
Il avait été jusque-là reconstitué à peine 1 800 hectares dont une centaine de producteurs directs, Othello principalement, dont la plupart étaient phylloxérés. Le vignoble était réduit à 52 000 hectares, dont 40 000 indemnes et 12 000 atteints et résistant encore.

Cours de greffage
A partir de 1894 le greffage sur plants américains prit une grande ampleur. Au Riparia-Martineau, on adjoignit le Rupestris pour les sols secs un peu calcaires. Des cours de greffage furent créés dans la plupart des communes, et subventionnés par l'Etat et le département. La greffe en fente en place, sur racinés, essayée tout d'abord ne tarda pas à être abandonnée. La greffe en fente anglaise sur boutures américaines fut seule pratiquée. Ces greffes liées en petites bottes, placées dans des caisses, dans un local un peu chaud pour hâter la soudure, étaient ensuite au début du printemps mises en pépinière.
Les cours de greffage avaient lieu pendant les mois de janvier er février. En 1896 il y en eut 360. Les frais, réduits le plus possible, comme il était de règle à l'époque pour toutes les dépenses administratives, s'élevèrent à 2 587,20 fr., supportés par moitié par l'Etat et par le département.
En 1897, les cours fonctionnaient dans soixante-quatorze communes de l'arrondissement de Tours, dans quarante-cinq de l'arrondissement de Chinon, et dans quarante-trois de l'arrondissement de Loches.
Les Écoles de greffage créées avaient formé des moniteurs et professionnels qui, dans ces diverses communes viticoles, établirent une vingtaine de pépinières de plants greffés.
A Savonnières, un viticulteur, Lothion-Lecomte, faisait de 1901 à 1905 une moyenne annuelle de 1 million et demi de greffes. A Sainte-Maure, Martineau en faisait 600 à 700 000, Pinguet-Houdet à Tours, 500 000, Blondeau à Huismes et Chartier à Azay-le-Rideau, 150 000, etc...
En 1903 et 1904, il fut fait dans le département au cours de ces deux années, environ trente millions de greffes par les pépiniéristes, et une dizaine de millions par les vignerons.

Défonçage
Des entreprises de défonçage avaient surgi dans tous les centres viticoles.
En Indre-et-Loire, vingt-sept matériels de défoncement à vapeur travaillaient chacun 20 à 25 hectares par an : mais la plupart des défoncements étaient faits à la main, ou surtout avec treuils ou charrues tirées par des chevaux.

Période active
1901 à 1905 fut la grande période active de la reconstitution. Il fallait rattraper le temps perdu dans l'obstination à défendre et maintenir le vignoble par les traitements anti-phylloxériques.
Des progrès sérieux étaient en cours dans le choix des porte-greffes et leur adaptation aux diverses natures du sol. A la pépinière-étude de Mettray et à celle de l'Ecole Normale de Loches, étaient venues s'ajouter d'autres pépinières importantes, notamment celle de la Ville de Tours à Grammont, qui réunissait une collection très importante de porte-greffes, susceptibles de donner satisfaction aux besoins si divers des différents coins du département et des cépages producteurs directs.
Les porte-greffes les plus recommandés étaient :

1° pour terrains fertiles frais : Riparia-Gloire [Riparia Gloire de Montepellier] et Riparia-Martineau, puis Riparia x Rupestris 3306 et 101-14 ; Mourvèdre x Rupestris 1202 ;
2° pour terrains secs : Rupestris du Lot ou phénomène et Bourrisquou-Rupestris 601 ;
3° pour terrains moyennement calcaires : Riparia x Rupestris 3306-3309 ;
4° pour sols plus calcaires : Berlandieri-Riparia ; Chasselas x Berlandieri 41 B.

Les producteurs directs dispensant du greffage avaient de chauds partisans. Les essais fait avec Othello, Herbemont hybrides Francs, et les premières créations de Couderc de Seibel, n'avaient pas donné de très bons résultats, mais dans la suite, des vignerons finirent par trouver dans les collections sans fin des hybrideurs des numéros qui leur donnèrent satisfaction, et notamment les hybrides rouges Seibel 54.55, 10 20-7 053 ; 87-45, remplacés dans la suite par de nouveaux plants plus satisfaisants.
Pour les blancs, à par le Noah qui, malgré sa vigueur et sa grande productivité ne fut jamais en faveur en Touraine à cause du goût foxé de son vin, il n'y avait pas d'hybrides pour concurrencer le Pineau [Chenin].
Les premières plantations de plants greffés ne furent pas très heureuses : les porte-greffes employés laissaient à désirer quant à leur adaptation, à leur résistance et à leur influence sur la fructification. Mais on mit à profit les renseignements, indications ou exemples fournis par les plantations déjà âgées du Midi qui ouvraient une voie sûre.
Aussi, à partir de 1895, les arrachages et les replantations furent accélérées, et se firent à la cadence annuelle de 2 500 à 3 000 hectares jusqu'en 1906 ; date à laquelle le vignoble tourangeau put être considéré comme reconstitué.
Cette reconstitution fut dirigée par le Professeur d'Agriculture Dugué, qui s'y employa avec un rare dévouement jusqu'à sa mort en 1902, puis pas son successeur, auteur de ces lignes.
Elle aurait pu être réalisée plus rapidement si, profitant des leçons de l'expérience du Midi, on avait accordé un peu moins confiance aux traitements anti-phylloxériques, et un peu plus au greffage.

Modification du vignoble
La reconstitution di vignoble ne s'est pas opérée sans en modifier la nature et la composition.
Sa surface qui était de 51 000 hectares, se trouva réduite en 1906 à 45 000 hectares, dont la presque totalité en vignes greffées ou en producteurs directs. Seule la région de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Ingrandes, grâce à son sol siliceux et frais, avait résisté au phylloxéra, et conservé en grande partie ses vieux ceps de Breton, qu'elle a renouvelés dans la suite par des plants greffés de même nature mais plus vigoureux.
Partout ailleurs le greffage s'est imposé pour le maintien des cépages Pineau, Breton, Côt, Gamay et Groslot.
Mais l'apparition d'hybrides producteurs directs, vigoureux, résistants au phylloxéra et dans une certaine mesure aux maladies cryptogamiques, allait modifie l'encépagement du vignoble. Le vin de ces hybrides n'était certes pas apprécié, mais il y avait la quantité, et l'on était dispensé du greffage. C'était bien tentant !
Le bon sens des vieux vignerons fiers de la réputation de leurs bons crus, et la campagne menée par le Professeur départemental d'Agriculture dans ses conférences ou dans la Presse locale, opposa un barrage aux hybrides dans les régions de crus. Voici un aperçu de la campagne de presse sur cette question :

RECONSTITUTION DU VIGNOBLE
Sans être alarmiste on peut avouer que la situation viticole actuelle n'est pas de nature à stimuler le zèle des propriétaires qui ont encore des vignobles à reconstituer.
Nous voici, cette année, avec une récolte de plus de 63 millions d'hectolitres, non compris la Corse et l'Algérie, alors que notre consommation annuelle n'a jamais dépassé 52 millions d'hectolitres.
J'entends bien que c'est là une année exceptionnelle à placer du côté de 1900 avec 67 millions d'hectolitres ; de 1875 avec 83 millions d'hectolitres et de 1869 avec 71 millions d'hectolitres.
Mais s'il est permis, dans une certaine mesure, de ne pas s'arrêter à des exceptions, les moyennes suivantes s'imposent à notre méditation :
De 1890 à 1894, la production moyenne a été de 35 millions d'hectolites ; de 1895 à 1899, elle a été de 37 millions d'hectolitres ; et de 1899 à 1903, elle a été de 55 millions d'hectolitres.
De l'examen de ces chiffres qui montrent le mouvement ascensionnel de la production, il ressort que nous sommes arrivés à répondre et au-delà aux besoins de la consommation et que si l'on ne cherche pas à étendre nous débouchés à l'étranger et à prendre des mesures fermes pour empêcher le mouillage et la fabrication de vins artificiels le grand problème que le viticulteur aura à résoudre sera de plus en plus celui-ci : J'ai produit 150 hectolitres de vin à l'hectare, comment me débarrasser de ma récolte ?
Je pose cette question aux viticulteurs, - il s'en trouve beaucoup - qui pensent encore qu'en présence des bas prix pratiqués sur les vins courants, il n'est de solution que dans l'abaissement des prix de revient par l'accroissement du rendement ou par l'emploi des hybrides réduisant (?) les frais de reconstitution et dispensant (?) des traitements anticryptogamiques.
Jusque-là, le viticulteur qui récoltait 120 hectolitres à l'hectare, tenait le bon bout, et pouvait dire, se frottant les mains : "je produis 120 hectolitres de Groslot, je vends 15 francs, soit 1 800 fr. par hectare. Si je cultivais du Côt j'obtiendrais 35 hectolitres, et je vendrais 25 fr., soit 875 fr. par hectare. Avec Groslot c'est la fortune avec le Côt ce serait la misère !"
Le raisonnement était juste. Ça "collait" parfaitement, comme on dit en argot étudiant. Et ça collerait toujours si les amateurs des grands rendements étaient restés l'infime exception. Ils auraient ainsi bénéficié dans l'ensemble du vignoble français d'une situation vraiment enviable. Mais des imitateurs ont surgi de toutes parts. Et maintenant les beaux calculs s'arrêtent aux portes du chai. Il faut vendre !
Dans ces conditions, doit-on continuer à planter ? That is the question.
Certes, s'il s’agissait d'étendre le vignoble dans les vallées - où il n'aurait pas dû descendre - la réponse serait facile : mieux vaudrait laisse les terres aux autres cultures.
Mais sur les coteaux de la Touraine, de l'Anjou, de la Sologne et du Blésois (pour ne parler que de notre région) il reste au moins 35 000 hectares à reconstituer. Et ces 35 000 hectares de coteaux secs, de terrains calcaires et maigres sont peu propres à d'autres cultures. Reconstitués dans de bonnes conditions ils donneraient d'excellents vins et amélioreraient dans son ensemble notre vignoble. Il y a donc lieu d'y poursuivre la reconstitution d'autant que la Touraine a pour l'écoulement de ses vins des avantages que pourrait à bon droit lui envier le Midi : située presque à la limite de la culture de la vigne, elle trouve dans son voisinage des débouchés pour une grande partie de sa récolte.
Nous pouvons donc planter encore, mais de grâce plantons de manière à faire du bon vin ; ne plantons que des cépages capables seuls, sans le secours de la betterave et du pharmacien, de nous donner un vin bien constitué, solide, agréable et sain.
Et quels cépages ?
La question se corse. Si vous tournez l'oreille du côté des hybrideurs ou des marchands d'hybrides, votre affaire sera claire : "La greffe est coûteuse vous diront-ils, elle fait varier la vigne et le vin, elle diminue la résistance aux maladies cryptogamiques, elle ne peut être qu'un moyen provisoire. Déjà vous pouvez vous affranchir de cette pratique ennuyeuse, coûteuse... fâcheuse en plantant nos meilleurs hybrides ; ils ne craignent pas - ou si peu ! - les maladies cryptogamiques, ils résistent victorieusement - presque ! - au phylloxéra ils sont d'un bon rapport, donnent un vin corsé, agréable et que vous pouvez déguster à l'hôtel du Lapin doré..."
Je ne voudrais pas contrister les hybrideurs parmi lesquels se trouvent de gens très compétents et d'un très grand mérite.
Mais si, dans le millier de plants hybrides que la trompette de la réclame a annoncés au monde entier, je vois des Batard, des Rubis, des Pardes, des Panaches, des Bayard aîné et Bayard jeunes, des Oiseaux bleu et autres oiseaux de passage, plus modestes, mais tout aussi méritants, je ne distingue pas très bien l'Oiseau rare - le rara avis - qui peut nous affranchir de la greffe et achever de reconstituer notre vignoble tourangeau.
"Dans les pays où la vigne est une culture tout à fait accessoire où, par suite de ses autres travaux, l'agriculteur se trouve dans l'impossibilité de prodiguer aux vignes indigènes greffées les soins, les traitements anticryptogamiques qui leur seraient indispensables, où il ne vise rien d'autre, pour ainsi dire, que de récolter la boisson nécessaire aux besoins de la famille de sa ferme - dans ceux aussi peut-être, où, sans être accessoire, la culture de la vigne cède le pas à des cultures plus importantes, céréales, prairies, etc., avec cette circonstance aggravante que la moisson, la fenaison y coïncident avec l'époque des sulfatages, des soufrages, etc., les producteurs directs pourraient être souvent utilisés avec avantage."
C'est ainsi que s'exprimait, en 1897, M. Prosper Gervais, le distingué secrétaire général de la Société des Viticulteurs de France.
Malgré les réclames faites autour de certains hybrides obtenus depuis cette époque, je ne pense pas que le champ réservé alors aux producteurs directs par l'honorable M. Gervais doive être élargi au contraire !
En tout cas, ce n'est pas sur les 35 000 hectares à planter dans notre région que je conseillerais de les introduire.
Là nous devons placer, sur de bons porte-greffes nos meilleurs cépages, ceux capables de donner le meilleur vin. Et chacun doit rester dans son aire géographique : le Breton dans le Chinonais, les côts sur les côtes du Cher et sur les coteaux calcaires, les Pinots de Loire et surtout le menu Pinot à Vouvray, à Montlouis et autres localités où ils donnent de bons résultats.

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Ainsi, sauf dans quelques grands crus (à Vouvray particulièrement), ce serait folie de ne pas garder intacte la liqueur d'or de Rabelais et de Courier, le Sauvignon jaune de Sauternes est appelé à améliorer les Pinots de la Loire. Nous réclamons pour lui une petite place dans les futures plantations.
J.-B. MARTIN
(Chronique agricole de "La Dépêche" (15 février 1905)

Les Pineau et Breton conservèrent leur position dans ces régions : mais le Côt perdit du terrain sur la Côte du Cher, ainsi que dans les Centres de Joué-lès-Tours, Ballan, Chambray, Saint-Avertin ; le Noble-Joué disparut aussi en grande partie de ces communes. Le Breton céda également la place dans les communes de Ligré, La Roche-Clermault et Lerné. Il en fut de même de la Folle-Blanche dans le Richelais.
Après sa reconstitution, l'encépagement du vignoble tourangeau s'est donc présenté ainsi :

A. - communes à vins fins ou de grands crus.

Vin blanc
Anciens cépages : Pineau (Chenin)
Grands crus : Vouvray, Rochecorbon, Vernou, Sainte-Radegonde, Montlouis, Saint-Martin-le-Beau, Lussault.
Vins fins : Noizay, Chançay, Saché, Neuillé-le-Lierre; Azay-le-Rideau, Limeray, Nazelles, Cheillé, Artannes, Monts.

Vin rouge
Ancien cépage : Breton
Grands vins : Bourgueil, Saint-Nicolas, Restigné, Ingrandes, Benais, Chinon, Cravant, Ligré, Beaumont-en-Véron, Avoine, Saint-Patrice.

Outre les communes à vocation de grands crus ou vins fins réputés, plusieurs autres dans la région d'Amboise, Joué-lès-Tours et Saint-Avertin, ont conservé leurs bons vieux cépages : Pineau, Breton, Côt, Gamay, et continuent de produire des vins fins renommés.
Citons notamment : Nazelles, Chargé, Pocé-sur-Cisse, Cangey, Négron, Mosnes, Saint-Avertin, Joué...
La région de Cinq-Mars-la-Pile est restée fidèle à son Groslot. Dans le Richelais on trouve encore quelques îlots de Folle-Blanche avec d'autres vieux cépages français.
Partout ailleurs les producteurs directs ont pris place et s'imposent de plus en plus.

Conduite de la vigne
Autrefois, la vigne était conduite sur échalas, et renouvelée par provignage. Les nouvelles plantations ont été faites en rangs conduits sur fil de fer.
Les ceps sont placés en général à 1 mètre l'un de l'autre sur le rang, et les rangs à 1,50 m. Les sarments sont soutenus par tris rangs de fil de fer ; le deuxième rang est à double fils pour l'accolage.
Cette disposition facilite les travaux intercalaires du sol, et les traitements anti-cryptogamiques.

Assiette du vignoble
L'assiette du vignoble s'est, elle aussi, trouvée assez sérieusement modifiée. Certains coteaux en pente au bord des vallées autrefois en vignes, n'ont pas été replantés. Mais la vigne a pris des terres plus faciles à travailler et plus fertiles. Les hybrides ont fait leur apparition dans diverses exploitations où ils permettent d'avoir du vin pour la consommation de la ferme.

Qualité
Malgré ces perturbations, le vignoble tourangeau a conservé ses crus et leur qualité que les appellations contrôlées sont venues protéger et confirmer.
Les grands vins blancs des coteaux de Vouvray et Montlouis voient leur réputation s'affirmer, de même que celle des vins de Saché, Noizay... Les grands vins rouges de Chinon et de Bourgueil se montrent toujours dignes de se recommander de Rabelais.
Mais dans les autres contrées, les hybrides producteurs directs ont modifié fortement la production au double point de vue, qualité et quantité ; il a été lancé un très grand nombre de variétés de producteurs directs, tous au dire des obtenteurs, plus méritants les uns que les autres. La plupart n'ont pas résisté à l'essai, et ceux qui sont encore en faveur, que seront-ils dans dix ou quinze ans ? Il faut de longues années de culture pour juger des mérites d'un cépage. Tel qui est vigoureux ou productif dans ses premières années, dépérit ou s'épuise très rapidement avec l'âge.
Ce sont les moines, dans les vignobles des Abbayes qui, par leur patientes recherches et observations, ont doté les diverses régions de la France de leurs bobs vieux cépages. 
Le Chenin de Touraine - le Pineau - n'est-il pas un enfant de l'Abbaye du Mont-Chenin (Cormery) ?
La Touraine a déjà usé beaucoup d'hybrides. Et il en surgit chaque année de nouveaux. Il faut espérer qu'il s'en trouvera qui résisteront à l'épreuve du temps, et qui ne feront pas trop regretter les vieux cépages français.

Superficie
Le désastre phylloxérique n'a pas eu, comme on pourrait le supposer, une influence aussi marquée sur la superficie du vignoble.
En 1882, le phylloxéra surprit le vigneron tourangeau dans un vignoble de 51 000 hectares. En 1907, après reconstitution, le vignoble s'étendait encore sur 46 000 hectares. Depuis cette époque, nous le voyons décroître graduellement (tableau 1).

Production
En revanche, malgré la diminution graduelle de la superficie, la production s'est trouvée en progression, surtout de 1900 à 1924.
De 1876 à 1900, la production s'est tenue aux environs de 700 000 à 800 000 hectolitres ; de 1900 à 1925, elle a plafonné autour de 1 200 000 hectolitres ; et depuis 1926, elle a baissé, et se tient aux environs de
900 000 hectolitres (tableau 2).
L'augmentation de la production, surtout pendant la période optimum (1900-1925) est due à diverses causes : rajeunissement des plantations, introduction des hybrides producteurs directs, tailles plus généreuses, emploi des engrais, etc...
Mais il est à craindre que cette production de 900 000 hectolitres pour un vignoble en régression sensible et constante, ne puisse se maintenir et finisse par suivre la marche décroissante de la superficie.
 

TABLEAU 1

Année    Surface (ha)    Rendement par ha (hl)    Production totale (hl)
1876        45 986               18,36                                 844 155
1877        47 948               32,68                              1 567 158
1878        48 375               26,44                              1 279 035
1879        49 347                 5,51                                 271 847
1880        49 176                 4,74                                 233 090
1881        51 131               19,10                                 976 423
1882        51 018                 8,53                                 435 268
1883        50 272                 9,93                                 499 256
1884        55 500               16,29                                 904 000
1885        56 304               18,35                              1 033 244
1886        54 125                 9,41                                 509 289
1887        56 073                10,50                                589 033
1888        57 350                10,83                                620 830
1889        57 892                7,20                                  416 620
1890        57 265                7,66                                  438 497
1891        57 730               15,04                                 868 000
1892        54 538                 8,37                                 456 735
1893        56 670               24,97                              1 415 138
1894        54 020               14,95                                 807 600
1895        51 525               13,91                                 716 677
1896        48 999               19,71                                 965 568
1897        48 760                 3,55                                 173 100
1898        46 816               10,21                                 477 952
1899       46 816                14,67                                 686 915
1900       49 850                29,07                              1 449 185
1901       50 175                31,99                              1 605 145
1902       46 920                20,80                                 975 895
1903       47 500                17,35                                 824 300
1904       46 500                44,09                              2 050 000
1905       45 321                31,99                              1 449 728
1906       44 777                42,67                              1 910 600
1907       46 145                16,90                                 780 000
1908       45 911                12,00                                 550 932
1909       45 700                33,45                              1 528 470
1910       42 500                  8,50                                 361 250
1911       41 745                32,00                              1 335 840
1912       42 255                48,00                              2 028 240
1913       41 300                11,50                                 475 000
1914       39 600                44,10                              1 746 360
1915       39 500                  9,00                                 355 500
1916       38 950                  22,41                               872 855
1917       37 830                  29,15                            1 102 744
1918       37 850                  34,20                            1 294 470
1919       38 305                  57,99                            2 221 169
1920       38 500                  38,67                            1 488 760
1921       38 200                 10,00                                382 000
1922       37 480                 70,02                             2 624 340
1923       37 500                 42,02                             1 575 600
1924       37 285                 45,00                             1 677 810
1925       37 650                 27,47                             1 034 275
1926       37 200                 12,50                                465 000
1927       35 990                 13,00                                467 870
1928       35 250                 16,84                                593 600
1929       36 800                 40,60                             1 494 000
1930       34 360                 12,45                                427 780
1931       33 045                 21,20                                700 550
1932       32 260                 30,86                                995 420
1933       31 340                 33,21                             1 040 890
1934       30 640                 54,00                             1 654 560
1935       30 120                 35,00                             1 054 200
1936       29 650                 15,00                                444 750
1937       29 400                 22,99                                676 000
1938       29 800                 43,00                             1 281 400
1939       29 230                 26,00                                760 000
1940       27 615                 27,00                                745 600
 

TABLEAU 2
Moyennes quinquennales
1876 à 1939


Années               Surperficie Ha.            Production, Hl.
1876-1879              47 914                          990 600
1880-1884              51 419                          609 600
1885-1889              56 349                          633 800
1890-1894              51 045                          797 400
1895-1899              48 583                          604 000
1900-1904              48 189                       1 381 000
1905-1909              45 571                       1 244 000
1910-1914              41 480                       1 190 000
1915-1919              38 487                       1 169 000
1920-1924              37 793                       1 550 000
1925-1929              36 578                          811 000
1930-1934              32 329                          966 000
1935-1939              29 640                          843 270
 

Publié dans viticulture

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