Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra (1882-1906)

Publié le par histoire-agriculture-touraine

1867

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185
Le docteur Delorme, vétérinaire à Arles, signale le 8/12/1867 une nouvelle "maladie" dans les vignes.

1868

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185

Découverte du Phylloxéra par Bazille, Planchon et Sahut à Saint-Martin-de-Crau (Bouches du Rhône) le 15/7/1868

1868

GARRIER Gilbert, Le phylloxéra, une guerre de trente ans 1870-1900, Ed. Albin Michel, 1989. 196 p.
p. 27


1868-1876 : LA GRANDE TACHE DU MIDI PROVENÇAL
 

1869

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.
p. 170
Traitement au sulfure de carbone.
La méthode est mise au point en 1869 à Florac, Gironde, par le baron et chimiste Paul Thénard (Galet, 1988). Elle reprend une technique déjà utilisée pour de débarrasser des charançons. Elle est préconisée par Jean-Baptiste Dumas, membre de l'Académie des Sciences. etc...
 

1869

GARRIER Gilbert, Le phylloxéra, une guerre de trente ans 1870-1900, Ed. Albin Michel, 1989. 196 p.
p. 28


1869-1880 : L’EXTENSION DE LA TACHE BORDELAISE
 

1871

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185

Premier essai de greffage sur pieds américains par Gaston Bazille dans son domaine de Saint-Sauveur (Hérault).

Mise en place de la Commission supérieure du Phylloxéra (Paris) qui ouvre une prime à gagner pour l'inventeur d'un bon traitement.

1873

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185

J. E. Planchon fait un voyage en Amérique et déclare depuis là-bas : "L'insecte américain est absolument le nôtre" ; il observe la résistance au phylloxéra de certaines vignes américaine.

1874

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185

Mise en place des Commissions départementales du Phylloxéra.

1874

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Publiées sous la direction de M. l'Abbé C. CHEVALIER, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier d'Académie, Secrétaire-perpétuel Rédacteur, Deuxième série, Cent-treizième année, Tome LIII - Année 1874, TOURS, Imprimerie Ladevèze, Rue Royale, 1874.

Extrait p. 69
Causerie météorologique.
Séance annuelle de la Société d'agriculture du département d'Indre-et-Loire, du 27 décembre 1873
M. de TASTES
"Les inquiétudes légitimes que font naître les apparitions passagères de quelque fléau, comme l'oïdium ou le phylloxéra, qui restreignent notre production viticole, le malaise qui en résulte dans nos affaires, me dispensent d'insister sur les suite de notre affreuse hypothèse."


Extrait p. 118
Compte-rendu des travaux des sections.
Section d'agriculture.
Séance du 28 mars 1874
, sous la présidence de M. de Boissimon, président.
Michelle fils, secrétaire.
"M. Blanchard donne lecture d'un passage des comptes-rendus de l'Académie des sciences, inséré dans le Journal officiel du 13 mars 1874. Dans la séance du 9 mars, l'Académie a reçu le rapport de la Commission départementale de l'Hérault sur la submersion des vignes pour combattre le phylloxéra. Il ressort de ce travail qu'il est impossible de conserver le moindre doute sur l'efficacité de ce mode de guérison. Inondations et engrais sont les deux moyens combinés qui ont donné à M. Faucon les résultats remarquables relevés par la Commission. Sans nier l'efficacité du procédé, la Section regrette que cette méthode ne puisse être pratiquée d'une manière générale. En effet, ce moyen curatif ne saurait être employé pour nos vignobles s'ils venaient à être atteints."


Extrait p. 133
Extrait des procès-verbaux.
Séance du 11 avril 1874.

Présidence de M. Houssard, président.
"Lecture est faite du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les brochures suivantes :
Moyens de transformer promptement par les vignes américaines les vignobles menacés par le phylloxéra, par M. Bouschet, membre correspondant.
Lettres à M. Barral sur trois plantes (la pomme de terre, la vigne et le poirier) martyrisées par l'homme et guéries par elles-mêmes. - La vigne guérie par elle-même. - Le phylloxéra est le dernier symptôme et non la cause de la maladie de la vigne. - Ces trois opuscules dont l'auteur est M. Leroy-Mabille, sont adressée par M. Leroy fils, imprimeur à Boulogne-sur-Mer.
Ces divers travaux sont envoyés à l'examen de M. de Médine, avec prière de faire un rapport. Une autre communication sur la destruction du phylloxéra au moyen de vases irrigateurs par le procédé du marquis de Monestrol, est également envoyé à M. de Médine."

Extrait p. 146
Nouveau moyen très simple et peu coûteux pour arracher la vigne.
CHICOYNE, Docteur-médecin à la Chapelle-sur-Loire.
"Puisque nous sommes sur la question des vignes, après vous avoir présenté la manière de les monter avec des fils de fer, [...] permettez-mo de vous présenter un moyen très simple et peu coûteux pour les arracher lorsqu'il devient utile et nécessaire de le faire, ce qui arrive malheureusement trop souvent, soit suite des fortes gelées, soit suite des maladies qui les atteignent (phylloxéra, oïdium), soit par suite de l'âge. etc.

Extrait p. 192-193
Comptes-rendus des travaux des sections.
Section agriculture.
Séance du 27 juin 1874
, sous la présidence de M. de Boissimon, président.
M. de Médine [comte de Médine, propriétaire à Vouvray-sur-Loire] donne en quelques mots l'analyse de quatre fascicules traitant du phylloxéra.
Les trois brochures de M. Leroy-Mabille, intitulées : La vigne guérie par elle-même, Trois plantes martyrisées par l'homme et guéries par elles-mêmes, Le phylloxéra, et publiées en 1854, 1868 et 1874, soutiennent la même thèse et peuvent se résumer ainsi :
Le phylloxéra est le dernier symptôme et non la cause de la maladie de la vigne.
Suivant M. Mabille, c'est à la taille trop courte, aux ébourgeonnages et aux rognages multipliés que l'on doit attribuer cette dernière phase de la dégénérescence de la vigne. Aussi l'auteur, s'appuyant sur des expériences contradictoires faites à ce sujet par le docteur Guyot et d'autres viticulteurs connus, conseille-t-il de revenir à la théorie et de laisse les vignes libres.
Quant à M. Bouschet, auteur de la quatrième brochure, il déclare que de tous les remèdes employés contre le phylloxéra, il n'en reste plus que deux en présence : 1° la submersion ; 2° l'introduction de cépages américains qui ont résisté au phylloxéra.
M. de Médine termine son excellent travail en disant qu'il croit, comme M. Mabille, que le phylloxéra est plutôt un symptôme de dégénérescence du végétal qu'une cause spéciale de maladie. Mais, repoussant l'introduction des cépages américains, et surtout le mode de greffe, il s'étonne, en s'appuyant lui aussi sur les avis favorables du comte Odart, du docteur Guyot et des plus éminents viticulteurs, qu'on ne cherche pas à régénérer nos plants par le semis.
M. Mahoudeau rappelle à ses collègues qu'une commission viticole, nommée par le gouvernement, parcourt la France pour étudier les moyens de lutter contre le phylloxéra ; il demande s'il ne serait pas opportun de nommer une commission à ce sujet.
La section croit que chacun de ses membres doit apporter ses avis. Mais comme heureusement aucun cas de phylloxéra ne s'est manifesté dans notre département, il n'y a pas possibilité d'étudier sur place le fléau.
Au sujet de l'avis émis par M. de Médine, et sans se prononcer sur une question aussi grave, M. Turgan fait remarquer qu'il serait bon que la Société s'occupât sérieusement de l'établissement d'un champ d'expérience, où des essais de semis, plantations, engrais, enfin d'expériences à longs termes seraient scrupuleusement suivis, sans courir le risque d'être interrompus et perdus par l'absence ou la mort de l'expérimentateur, ce qui arrive si souvent dans les entreprises particulières de ce genre.
Cette proposition, dont l'utilité est d’importance ne sauraient être mises en doute, obtient la plus vive approbation de la section, qui demande qu'il en soit fait communication en séance général.
M. Nakwaski fait observer qu'il existe un établissement de ce genre dans le grand-duché de Bade. M. Guimas signale aussi celui de Strasbourg.

Extrait p. 225-226
Extrait des procès-verbaux.
Séance du 1er août 1874.

Présidence de M. Houssard, président.
Correspondance. - M. le Préfet d'Indre-et-Loire demande l'avis de la Société sur les mesures préventives qu'il conviendrait de prendre pour empêcher l'introduction du phylloxéra dans le vignoble de la Touraine, et transmet un arrêté du Préfet de l'Indre sur le même sujet. Cet arrêté prohibe d'une manière absolue l'introduction de cépages provenant, soit des autres départements, soit de l'étranger, et ordonne de brûler les cépages introduits frauduleusement, sans préjudice des peines à édicter pour la contravention.
M. le docteur Duclos fait remarquer qu'en ce qui concerne les maladies épidémiques, l'interdiction absolue de toute communication est le seul moyen qu'on ait trouvé jusqu'ici pour empêcher l'invasion du fléau ; il doit en être de même pour le phylloxéra. L'honorable membre approuve donc entièrement l'arrêté du Préfet de l'Indre, et formule le vœu qu'un arrêté semblable soit pris en Indre-et-Loire.
Cependant quelques membres expriment la crainte qu'une interdiction absolue ne nuise à la viticulture en Touraine ; beaucoup de terrains incultes, en effet, sont plantés en vignes, et des cépages sont fréquemment introduits pour cet objet du département de Loir-et-Cher.
L'assemblée, pesant ces diverses considérations, décide que M. le Préfet sera prié d'interdire absolument l'introduction de tous les cépages, sauf pourtant ceux du département de Loir-et-Cher, mais de prendre en même temps des mesures pour que cette exception ne serve pas à couvrir frauduleusement l'introduction de cépages étrangers. Ce résultat serait facilement atteint, si le Préfet de Loir-et-Cher prenait un arrêté semblable.

Extrait p. 228-229
Comptes-rendus des travaux de sections.
Section d'agriculture.
Séance su 31 octobre 1874
, sous la présidence de M. de Boissimon, président.
"M. le Président signale ensuite à ses collègues le mémoire de M. Dumas, sur les moyens de combattre l'invasion du phylloxéra.
Ce mémoire peut se résumer ainsi :
Comme moyen préventif, dans les pays sains, où la maladie débute, il faut détruire, par mesure de police, tout cep malade, et ceux qui l'entourent ; puis empoisonner le sol qu'ils occupaient.
Comme moyen répressif, dans les pays envahis, il faut (quand l'inondation et l'ensablement ne sont pas praticables), employer simultanément les engrais pour fortifier la vigne et les poisons pour tuer le phylloxéra.
M. Dumas recommande entre autres toxiques :
1° Le sulfhydrate d'ammoniaque, engendré lentement sous terre, par le mélange en nombre égal d'équivalents d'un sulfure alcalin et d'un sulfate d'ammoniaque.
2° Le sulfure de carbone
3° Le sulfocarbonate de potassium.
Enfin comme précaution d'avenir, M. Dumas conseille ne planter des vignes nouvelles que dans les terrains susceptibles d'être inondés, ou dans les terrains sablonneux, naturels ou artificiels, dont l'immunité est aujourd'hui indiscutablement constatée partout, même au sein des pays les plus infestés.

Extrait p. 247
Rapport de la Commission de viticulture.
"Grace à cette méthode, la culture de la vigne fait chaque jour des progrès considérables. La Société d'agriculture s'est placée résolument à la tête du jugement et elle a vu juste !
En effet, Messieurs, nous habitons un pays vraiment privilégié. N'avons-nous pas vu l'oïdium expirer pour ainsi dire à nos portes ? J'ai, quant à moi, le ferme espoir qu'il en sera de même de cette maladie terrible qui dévaste les vignes du Midi, et qui est produite par les atteintes du phylloxéra. [...] Or, Messieurs, si la France par rapport au reste du monde est un pays tempéré, la Touraine, par rapport à la France, est une contrée tempérée. [...] Ces maladie de la vigne, si violentes dans le Midi de la France, arrivent chez nous affaiblies, annihilées. Ce n'est donc pas sans raison, Messieurs, que je puis dire en terminant : Tourangeaux, mes chers compatriotes, plantez, plantez encore de la vigne !"
BELLE [Membre de la Société, juge suppléant à Tours].
 

1875


Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Publiées sous la direction de M. l'Abbé C. CHEVALIER, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier d'Académie, Secrétaire-perpétuel Rédacteur, Deuxième série, Cent-quatorzième année, Tome LIV - Année 1875, TOURS, Imprimerie Ladevèze, Rue Royale, 1875.

p. 45
Extrait des procès-verbaux - Séance du 9 janvier 1875, présidence de M. BLANCHARD, vice-président.
Correspondance. - M. le Préfet d'Indre-et-Loire transmet son arrêté, en date du 26 décembre dernier, relatif aux mesures à prendre contre la propagation du phylloxéra dans le département. Cet arrêté, conforme aux vœux émis par la Société, par les Comices de Loches et Chinon, et par la chambre consultative d'agriculture de Tours, interdit d'une manière absolue l'introduction et le transit dans le département, de cépages ou plants de vignes provenant, soit d'autres départements, soit de l'étranger ; cette prohibition ne s'applique pas aux cépages provenant du département de Loir-et-Cher, pour lequel une interdiction semblable va être formulée.

p. 79
LA VIGNE EST UN GRAND ARBRE par M. VALMY BENQUET.
"[...] Fertilité et longévité sont par lui [usage immémorial] solennellement promises aux treilles. L'oïdium, le phylloxéra, la gelée, la coulure, la grêle, le brûlis, passeront comme les sept plais d'Egypte à l'état légendaire, ou du moins deviendront tellement bénins dans leurs effets qu'à peine en devra-t-on tenir compte. [...] Quel dommage que nous connaissions tous des treilles qui ont de l'oïdium, d'autres qui gèlent, d'autres qui coulen, et si nous n'en connaissons pas encore qui soient phylloxérées, patience, nous en verrons !

p. 133
Extrait des procès-verbaux.
Séance du 8 mai 1875. Présidence de M. Houssard, Président.
Solution de la question du phylloxéra par les vignes américaines, par M. Bouschet, membre correspondant. - Renvoyé à l'examen de la commission permanente de viticulture.

p. 138-144
LE PHYLLOXERA
Lettre de M. le Ministre de l'Agriculture

Emploi de sulfocarbonates comme traitement destiné à combattre les ravages du phylloxéra.
Paris le 8 mai 1875.
Monsieur le Président,
etc...

p. 157-158
Extrait des procès-verbaux
Séance du 12 juin 1875.
Présidence de M. Blanchard, vice-président.
Correspondance. - A la suite d'un délibération unanime de la Société centrale d'agriculture de France, M. le Ministre de l'agriculture et du commerce, justement préoccupé des progrès toujours plus rapides du phylloxéra dans nos départements du Midi, a adressé aux présidents des sociétés consultatives d'agriculture, comices agricoles et chambres consultatives d'agriculture, une circulaire leur faisant connaître que l'Académie des sciences signalait les sulfocarbonates alcalins comme les substances les plus énergiques contre le phylloxéra, qui aient été signalées jusqu'ici.
Aux termes de cette circulaire, sur la demande adressée au ministère par les viticulteurs, des délégués de l'Académie des sciences sont envoyés sur place pour constater le mal et appliquer le remède. Il est mis à leur disposition, aux frais de l'administration, les produits nécessaires au traitement des ceps malades.
Mais il ne s'agit pas de soigner et de guérir administrativement les vastes régions envahies déjà depuis un certain temps par le fléau. L'administration ne peut qu'essayer de circonscrire le mal, de l'arrêter dans ses progrès chaque jour plus étendus et plus menaçants. Elle ne peut traiter que toute tache nouvelle avant qu'elle ne devienne un foyer d'infection, dans tous les cas où la présence de l'insecte aura été constatée à 30 ou 40 kilomètres des localités généralement envahies.
M. le Ministre ajoute que si des particuliers se refusaient à comprendre leurs véritables intérêts, peut-être y aurait-il lieu de s'adresser à l'Assemblée nationale afin d'obtenir soit un crédit, soit les moyens de recourir à des mesures plus efficaces, en leur appliquant la loi sur l'échenillage.

p. 201
Comice agricole des cantons réunis de Château-la-Vallière et de Neuillé-Pont-Pierre.
Dimanche 22 août 1875
DISCOURS DE M. HOUSSARD.
"Une autre circonstance exceptionnelle vient encore à l'appui des réflexions que je viens de vous présenter. Nos frères agriculteurs du Midi, messieurs, sont, vous le savez, atteints plus douloureusement chaque jour par le phylloxéra, ce fléau mortel de la vigne ; or, nous ne devons pas oublier que dans notre beau et salubre pays, les plus grandes épreuves qui l'atteignent ne sont que temporaires, témoins l'oïdium qui sévit encore dans le Midi et qui ne fit qu'apparaître chez nous sur quelques points isolés !
Nous pouvons donc espérer, messieurs, que notre climat tempéré nous préservera aussi du phylloxéra, et alors ce ne sera pas seulement la richesse locale que la culture de la vigne pratiquée sur une grande étendue et rationnellement faite vous aura donnée, ce sera la richesse générale de la France que vous aurez préservée du plus grand péril économique et financier qui l'ait menacée depuis des siècles.
Ayons donc foi dans notre avenir !"

p. 229
Extrait des procès-verbaux.
Séance du 14 août 1875.
Présidence de M. Blanchard, vice-président.
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les ouvrages suivants envoyés par leurs auteurs : 
Destruction pratique du Phylloxéra, par M. Rohard, manufacturier-chimiste.

p. 293
Extrait des procès-verbaux
Séance du 13 novembre 1875.
Présidence de M. Blanchard, vice-président.
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les ouvrages suivants envoyés par leurs auteurs : 
La vigne. Sa régénération par un nouveau système de viticulture pour la guérison du phylloxéra et de ses autres maladies, par M. Bouilllon, de Nancy.
 

1875

Département d'Indre-et-Loire. CONSEIL GENERAL. Rapport du préfet et procès-verbaux des séances du conseil suivi des rapports de divers chefs de services. Sessions de 1875.
p. 432-433
Interdiction de 'introduction de cépages américains en France.
M. Fournier présente un 3ème rapport sur un vœu déposé par MM. le marquis de Quinemont et Orye, vœu qui est ainsi conçu :
Le Conseil général, exprime le vœu que le gouvernement s'occupe d'approprier la législation actuelle aux besoins de défense des vignes, notamment en interdisant d'une manière absolue l'introduction du cépage américain en France.
Le Conseil général invite M. le Préfet à prendre un arrêté dans le sens ci-dessus pour le département, et à nommer une Commission d'hommes compétents chargée de contrôler l'apparition du fléau, de contrôler toute la durée et d'en faire un rapport.
La 4ème Commission trouverait bien grave qu'une question aussi importante que celle de l'interdiction absolue d'un cépage dans toutes nos contrées, fût décidé par une disposition ministérielle, et même par un arrêté préfectoral dans notre département, mais elle propose au Conseil de demander pour notre département dans l'intérêt vinicole, la constitution d'une Commission spéciale.
M. le marquis de Quinemont dit que partout on est convaincu que le phylloxéra a été introduit en France par le cépage américain. Or le fléau s'avance chaque année, de 16 à 25 kilomètres, il est déjà dans la Charente. Il est plus que temps d'avise. Dans beaucoup de départements vinicoles, le même vœu a été formulé.
M. Wilson fait observer que ces Commissions dont on demande la création sont toutes trouvées, car elles existent déjà : c'est la Société d'Agriculture de Touraine, ce sont les Comices agricoles de Loches et de Chinon.
M. le Préfet ne voit pas d'inconvénient à instituer une Commission spéciale. 
Les conclusions de la Commission sont adoptées.
 

1876

LEGROS Jean-Paul, Les Américanistes du Languedoc 1868-1893, Etude et Gestion des Sols, Volume 12, 2, 2005 pages 165-186.

p. 185

La commission départementale du phylloxéra de l'Hérault observe l'échec des tentatives d'éradication du phylloxéra ; à la même époque l'utilisation des plants américains commence à s'imposer.

1876

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Publiées sous la direction de M. l'Abbé C. CHEVALIER, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'Instruction publique, Correspondant du Ministère pour les Travaux historiques, Secrétaire-perpétuel Rédacteur, Deuxième série, Cent-quinzième année, Tome LV - Année 1876, TOURS, Imprimerie Ladevèze, Rue Royale, 1876.


p. 85
Extrait des procès-verbaux
Séance du 11 mars 1876
Présidence de M. Fennebresque, vice-président.
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les ouvrages suivants :
Le Phylloxéra. Moyens proposés pour le combattre ; état actuel de la question, par M. Mouillefert, chargé du cours de sylviculture à l'Ecole d'agriculture de Grignon, délégué de l'Académie des sciences et du Ministère de l'agriculture. Deux exemplaires. - Envoi de M. le Ministre de l'agriculture.
Instructions pratiques sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra, et spécialement pendant l'hiver, par une commission de l'Académie des sciences. Quatre exemplaires. - Envoi de M. le Ministre de l'agriculture.

p. 125
Extrait des procès-verbaux
Séance du 8 avril 1876
Présidence de M. Houssard, président.
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les ouvrages suivants :
Procès-verbal de la commission supérieure du phylloxéra, réunie le 24 février 1876. Sept exemplaires. Envoi du Ministre de l'agriculture.

p. 309
Extrait des procès-verbaux
Séance extraordinaire du 28 octobre 1876
Présidence de M. Houssard, président.
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des Sociétés correspondantes, il a été reçu les ouvrages suivants, offerts par leurs auteurs :
Expériences faites à la station viticole de Cognac, dans le but de trouver un procédé efficace pour combattre le phylloxéra, par MM. Max Cornu et Mouillefert, délégués de l'Académie des sciences.
Le Phylloxéra. Moyens pour le combatte ; état actuel de la question, par P. Mouillefert, chargé de cours de sylviculture à l'école d'agriculture de Grignon, délégué de l'Académie des sciences et au Ministère de l'Agriculture. Avec planches coloriées et figures dans le texte.
Destruction du phylloxéra at autres insectes nuisibles. Moyens de prévenir l'envahissement et la multiplication de ces ravageurs, par M. Ch. Goudenove du Comice agricole d'Orléans.
Le phylloxéra détruit et la vigne régénérée par l'emploi rationnel de la potasse, dont l'action, comme insecticide et comme engrais, et démontrée expérimentalement et par voie de déductions scientifiques d'apriori, par F.-G. Rexès, à Jarnac (Charentes). Deux exemplaires. [...] Après ces diverses communications, l'ordre du jour appelle l'examen de la question du phylloxéra, but principal de cette réunion extraordinaire. M. le Président lit d'abord une lettre de M. le Préfet qui, informé de la constatation récente de la présence du phylloxéra aux portes d'Orléans, a cru devoir renouveler l'arrêté de son prédécesseur, en interdisant d'une manière absolue l'introduction et le transit dans le département de tous cépages et plants de vignes provenant du dehors, sans en excepter le département de Loir-et-Cher qui avait d'abord été exempté de cette prohibition.
Depuis la publication de cet arrêté, quelques points douteux ayant été signalés dans plusieurs vignobles de Touraine, M. le Préfet s'est empressé d'en informer M. le Ministre de l'agriculture, qui a délégué immédiatement M. Mouillefert pour étudier la question sur place. M. Mouillefert est venu à Tours, après une conférence avec la commission départementale du phylloxéra, s'est transporté sur les points signalés, accompagné de MM. Houssard, Blanchard, Fennebresque et Nanquette.
Du rapport de M. Mouillefert, dont M. Houssard donne lecture à l'assemblée, il résulte que les quatre vignobles de Fondettes, indiqués comme étant malades, souffrent simplement d'une maladie désignée dans les pépinières sous le nom de blanc des racines, due à la présence d'un champignon parasite encore peu connu (le Rhizoctonia), qui enlace de son mycellium le chevelu des racines et en soutire les suc au moyen de suçoirs ; cette maladie, qui n'a rien de commun avec le phylloxéra, n'est souvent pas mortelle, et son action ne rayonne pas  de grandes distances. Quant au vignoble de Souvigné, ll n'y a pas non plus de phylloxéra, et la mort de de deux ou trois jeunes ceps, cause de l'alarme, peut-être attribuée à la présence de vers blancs, très nombreux dans cette vigne. "En résumé dit en terminant M. Mouillefert, actuellement on peut donc considérer le vignoble des environs de Tours comme indemne de phylloxéra, et par cela même je pense qu'il sera toujours très prudent de maintenir l'interdiction de plants de toutes sortes venant des pays phylloxérés."
Cette bonne nouvelle est confirmée par celles que donne M. le marquis de Quinemont et M. Mahoudeau, de vignes situées entre Saint-Epain et Crissé, et aux environs de Chinon, et qui avaient été signalées comme suspectes. Là aussi l'examen le plus attentif n'a pas fait découvrir la moindre trace du redoutable insecte, et la maladie de quelques ceps doit être attribuée à d'autres causes, notamment au champignon parasite di blanc des racines.
A la suite de ces diverses communications, l'assemblée remercie M. le Préfet de sa sollicitude, applaudit à son arrêté, et le prie, si cette mesure n'a pas encore été prise, de le signaler aux compagnies de chemin de fer, afin de prévenir, d'une manière absolue, l'introduction et le transit de cépages étrangers.
Sur proposition de M. Houssard, la Compagnie vote aussi les remerciements à M. le Ministre de l'agriculture, pour son empressement à envoyer M. Mouillefert sur les lieux, afin d'éclairer ou de rassurer nos populations, et décide qu'une copie du présent procès-verbal lui sera transmise par les soins du secrétaire perpétuel.
M. le président propose ensuite de nommer une commission, formée d'un membre de la Société pour chaque canton, avec mission d'étudier la question du phylloxéra, de se mettre au courant de toutes les publications relatives à ce fléau et de tous les remèdes préventifs ou curatifs proposés, et de surveiller avec soin tous les points de notre vignoble, pour signaler le mal dès ses débuts, s'il doit nous envahir. Cette précaution, ajoute M. Houssard, est d'autant plus nécessaire, que le remède le plus efficace jusqu'à présent, consiste dans l'arrachage immédiat des vignes atteintes et de celles situées dans une zone au-delà ; avec de la vigilance et un sacrifice peu considérable, on pourrait donc arrêter le fléau dès son apparition. Aussi est-il important de faire appel, non seulement au zèle de la commission, mais encore au zèle de tous les membres de la Compagnie et de tous les viticulteurs, en les invitant à transmettre leurs observations à la commission.
Ces vues ayant été unanimement approuvées, on procède, de la manière suivante, à la nomination de la commission de 24 membres, chargée d'étudier la question du phylloxéra :
ARRONDISSEMENT DE TOURS.
Amboise, M. de Gourjault.
Bléré, M. Lemaître.
Châteaurenault, M. de Frémeur.
Château-la-Vallière, M. de Fontenailles.
Montbazon, M. de Sazilly.
Neuillé-Pont-Pierre, M. de Lavalette.
Neuvy-le-Roi, M. d'Aubigny.
Tours-Centre, M. de Tastes.
Tours-Nord, M. Duclaud.
Tours-Sud, M. Thibault.
Vouvray, M. de Médine.
ARRONDISSEMENT DE LOCHES.
Lahaye-Descartes, M. Pinet.
Ligueil, M. Lebec.
Loches, M. Müller.
Montrésor, M. Duval.
Grand-Pressigny, M. Breton, fils.
Preuilly, M. Rabault.
ARRONDISSEMENT DE CHINON.
Azay-le-Rideau, M. Duret.
Bourgueil, M. Princé.
L'Isle-Bouchard, M. de Quinemont.
Langeais, M. Sudre.
Sainte-Maure, M. Mahoudeau.
Richelieu, M. Ferré.

La commission se réunira le samedi 14 novembre pour se constituer par l'élection d'un président et d'un secrétaire, et, s'il y a lieu, par la division en sous-commissions, et pour déterminer l'ordre de ses travaux.
M. Fennebresque obtient la parole pour lire un passage d'une lettre qu'il a reçue du doyen de la Faculté des sciences de Clermont. Ce savant, d'après les expériences qu'il a faites dans le Puy-de-Dôme, préconise l'emploi du sulfo-carbonate de potasse pour combattre le phylloxéra à ses débuts. Cette note est envoyée à la commission du phylloxéra.
M. Mahoudeau demande que cette commission fasse des conférences sur le phylloxéra afin d'éclairer tous les viticulteurs sur le caractère et les moyens curatifs de ce fléau. La Société ne croit pas devoir augmenter la tâche déjà lourde de sa commission, et laisse l'initiative de ses membres le soin de faire telles conférences qu'ils jugeront convenables, en s'entendant avec l'autorité compétente.
M. le président propose de fixer au samedi 30 décembre le jour de la séance publique académique, et au dimanche 11 août 1877 l'époque du comice agricole qui doit avoir lieu à Amboise pour les cantons réunis d'Amboise et de Bléré., ajoutant que, pour ce dernier point, il s'est assuré officieusement de l'agrément du conseil municipal d'Amboise. - Ces deux dates sont approuvées à l'unanimité par la Société ; il est de plus entendu que la séance académique aura lieu le soir, comme à l'ordinaire.
M. Lemaître obtient la parle pour rendre compte des observations viticoles qu'il a faites pendant so récent voyage dans l'Amérique du Nord, avec une délégation de la Société d'agriculture. Ce rapport, écouté avec une ferveur marquée, est envoyé au comité de publication.

p. 315
Séance du 11 novembre 1876
Présidence de M. Fennebresque, vice-président.
M. le Président annonce que la commission du phylloxéra s'est constituée par l’élection de M. Blanchard comme président, et de M. Duclaud comme secrétaire ; toutes les publications relatives au phylloxéra ont été renvoyées à l'examen de M. Duclaud.

p. 316
Avis aux viticulteurs au sujet du phylloxéra.
Dans sa séance du 11 novembre la Société d'agriculture, sur l'invitation de M. le Préfet, a nommé une commission d'étude et de vigilance contre le phylloxéra. Cette commission se compose d'un membre délégué par canton.
Le rôle des délégués est de se mettre en rapport avec les viticulteurs de leurs cantons respectifs pour en recevoir toutes les communications relatives au phylloxéra, qui n'a pas encore manifesté sa présence dans le département, on ne saurat trop le répéter.
La commission rappelle aux viticulteurs que divers arrêtés préfectoraux interdisent d'une manière absolue l'achat ou le transport de tous plants de vigne, enracinés ou non, provenant d'une localité quelconque située hors du département. Elle signale comme particulièrement dangereuse l'introduction des cépages américains, et elle invite les propriétaires ou les pépiniéristes qui auraient chez eux quelques-uns de ces cépages à les arracher immédiatement et à soumettre leurs racines à un examen attentif.
La commission recommande aux viticulteurs de visiter fréquemment les racines de ceps qui leur semblerait malade ou languissants. S'ils constataient par cet examen la présence de renflements jaunâtres ou bruns sur les petites racines, ils devraient en prévenir sans retard le délégué de leur canton qui procèderait à une visite du vignoble et en réfèrerait à la commission.
Comme moyens préventifs, la commission recommande le râclage et le brossage des ceps, l'ébouillantage et échaudage à l'aide de certains appareils spéciaux, et notamment de l'appareil Raclet, employé pour la destruction de la pyrale.
Il sera très bon, en outre, de badigeonner les ceps avec un pinceau imbibé d'un des substances qui suivent : térébenthine, huile de cade, pétrole, huile de schiste, huile lourde. L'époque la plus favorable à ces opérations est comprise entre novembre et mars. Les vignes devront être d'ailleurs être maintenues dans un état de végétation vigoureuse par l'emploi des engrais chimiques à base de potasse, azotates, carbonates, sulfates, soit seuls, soit mélangés avec les fumiers de ferme.

p. 319-330
RAPPORT A LA COMMISSION DU PHYLLOXÉRA DU DÉPARTEMENT D'INDRE-ET-LOIRE
Messieurs,
Vous m'avez fait l'honneur, dans votre séance du 11 novembre, de me nommer secrétaire de votre Commission ; et vous m’avez en cette qualité confié le soin d'analyser, pour vous en rendre compte les diverses communications officielles ou autres qui vous ont été adressées sue la question du phylloxéra....
[transcription en cours]
G. DUCLAUD
 

1876

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Publiées sous la direction de M. l'Abbé C. CHEVALIER, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'Instruction publique, Correspondant du Ministère pour les Travaux historiques, Secrétaire-perpétuel Rédacteur, Deuxième série, Cent-seizième année, Tome LVI - Année 1877, TOURS, Imprimerie Ladevèze, Rue Royale, 1877.

p. 17-19
Extrait des procès-verbaux
Séance du 9 décembre 1876
Présidence de M. Blanchard, vice-président
Lecture est donnée du bulletin bibliographique. Outre les publications périodiques des sociétés correspondantes, il a été reçu les brochures suivantes, envoyées par les auteurs :
Méthode insectifuge du phylloxéra ; infaillibilité de préservation du phylloxéra, par le Dr Grimal (de Montpellier).
Renvoyé à l'étude de la commission du phylloxéra.
Correspondance. - M. le Préfet, annonçant qu'il a transmis au ministre de l'agriculture le procès-verbal de notre séance extraordinaire du 28 octobre, relatif à la formation d'une commission d'étude et de vigilance contre le phylloxéra, M. le marquis de Nadillac ajoute qu'il se met complètement à la disposition de la commission, pour l'aider dans l'accomplissement de sa tâche.
Autre lette de M. le Préfet, qui, en annonçant l'intention de M. Mahoudeau de faire des conférences sur la viticulture, demande à la Société s'il y aurait lieu de solliciter pour cet objet une allocation de M. le Ministre de l'agriculture. - La Société, après avoir délibéré, a le regret, tout en applaudissant au zèle et au dévouement de M. Mahoudeau, de ne pouvoir approuver à l'avance un enseignement dont elle ne connaît ni le fond ni la forme, et croit qu'il faut laisser à la commission tout entière du phylloxéra le soin de donner au public les instructions et informations nécessaires ; quant à la subvention ministérielle il lui semble plus opportun de solliciter en faveur de la commission d'étude et de vigilance, qui aura des frais pour remplir sa mission.
Autre lettre de M. le Préfet qui, en transmettant une dépêche de son collègue de la Vienne, informe la Compagnie que le phylloxéra n'a point fait son apparition aux environs de Châtellerault, comme le bruit avait couru à Tours.
Lettre de M. Rabault, signalant l'état maladif de quelques-unes des vignes de la Trappe de Fontgombauld (Indre), particulièrement des cépages étrangers importés du Médoc et de la Bourgogne il y a une douzaine d'années. D'après une note communiquée à notre collègue par le R. P. Dosithée, abbé du monastère, ces vignes présentent une apparence de dépérissement visible ; les racines sont dans un état de souffrance très prononcé, et la loupe a fait apercevoir trois ou quatre petits corps ayant la forme d'un gland, et qui pourraient être les œufs d'un insecte microscopique. Néanmoins, le P. Dosithée ne croit pas que ce soit le phylloxéra et attribue le mal signalé à la compacité du sol et à la sécheresse exceptionnelle de l'année. - La Société décide que cette lettre sera transmise à M. le Préfet, avec prière de la communiquer à son collègue de l'Indre, notre département ayant tout intérêt à faire surveiller le vignoble de Fontgombaud, qui confine au canton de Preuilly. [...] 
M. Duclaud communique un Rapport sur le phylloxéra. Ce travail est renvoyé au comité de publication, et il est décidé que l'auteur en fera un résumé pour la séance académique. A ce rapport est jointe une note destinée à éclairer le public de notre région sur la grave question du phylloxéra. Cette note est approuvée par la Société ; elle sera publiée dans les journaux de la localité, et transmise à M. le Préfet avec prière de donner à cette pièce toute la publicité possible.

p. 20
Comptes-rendus des travaux des sections.
Section d'agriculture
Séance du 30 décembre 1876. - Présidence de M. de Boissimon.
M. Duclaud fait connaître à ses collègues le résumé des notes qui lui a été adressés comme secrétaire de la commission du phylloxéra.
Ces communications émanent de M. Schmid, de Fondettes, et de M. l'abbé Vallée, tous deux membres de la Société. La troisième est de M. Rexès, de Jarnac.
M. Duclaud regrette que, pour les deux premiers mémoires, on n'ait point assez précisé le lieu, l'époque et les conditions expérimentales dans lesquelles se sont produits les faits auxquels il est fait allusion.
La note de M. Rexès est beaucoup plus complète et plus précise, tant au point de ve du mode d'emploi qu'à celui des résultats obtenus. On y préconise l'usage de la potasse à haute dose, et la dépense est évaluée à environ 30 centimes par pied. Bien que le prix de revient puisse paraître élevé au premier abord, ce modus faciendi n'est cependant pas impraticable, surtout si l'on songe à l'importance du but à atteindre. Il est permis, du reste, d'espérer que l'on pourra trouver à se procurer de la potasse dans des conditions plus économiques.
La lecture de ces communications intéresse vivement l'assemblée.
M. Duclaud lit ensuite l'opuscule du docteur Grimal, sur ce qu'il appelle son insectifuge. Le style et le fond de ce document échappent à toute espèce d'appréciation.
MICHELLE fils, secrétaire.

p. 21-31
Séance publique académique de la Société d'agriculture di 30 décembre 1876
Extraits :
La séance publique annuelle de la Société d'agriculture a eu lieu le 30 décembre, au Palais de Justice, dans une salle élégamment décorée.
M. Houssard, qui présidait la séance, avait à sa droite M. le Préfet d’Indre-et-Loire. Sur l'estrade on distinguait, outre les dignitaires de la Société, MM. Torterue, vice-président du tribunal, le marquis de Menou, président du comice de Loches, Aulard, inspecteur d'Académie, Michelle, adjoint au maire de Tours [...].
Dans un discours d'ouverture, M. Houssard a rappelé à grands traits les principaux faits agricoles et scientifiques de l'année, et a payé un juste tribut d'éloge au Conseil général qui accorde sur chacun de ses budgets une allocation pour encouragements à l'agriculture ; M. le Préfet, qui a déployé tant de sollicitude contre les premières menaces du phylloxéra ; à M. Drouyn de Lhuys, fondateur du laboratoire agronomique de Mettray ; à M. de Tastes, organisateur du service météorologique dans le département ; et enfin à M. Mouchot, qui est allé installer en Algérie ses ingénieux appareils pour l'utilisation de l'énergie solaire. [...].
Il y a six mois M. Lemaître, qui partait pour l'exposition internationale de Philadelphie, avait été chargé par la Société d'étudier la question viticole en Amérique ; il est venu rendre compte des observations multipliées qu'il a eu l'occasion de faire dans ce voyage. L'honorable membre, après avoir décrit les cépages américains, la culture de la vigne et la vinification aux Etats-Unis, ajoute quelques notes sur le goût des vins américains comparé à celui des vins français, sur le prix des vins dans les deux contrées, sur les frais de transport et d'entrée en Amérique, et termine par quelques aperçus au sujet de l'avenir de nos vins aux Etats-Unis et au Canada. De cette étude, il résulte que si les droits d'entrée étaient abaissés, les vins français pourraient lutter très avantageusement sur les marchés d'Amérique avec les vins indigènes, et que, dès ce moment, il y aura lieu de tenter quelques efforts dans ce sens di côté du Canada, où les droits d'entrée ne sont pas plus élevés qu'en Angleterre.
La question viticole s'est représentée à nouveau, à propos du phylloxéra. Dans un rapport lumineux, M. Duclaud, secrétaire rapporteur de la commission d'étude et de vigilance que la Société a instituée contre le phylloxéra, montre le redoutable insecte s'introduisant chez nous avec les cépages américains, s'étendant comme une tache d'huile, tout autour du point primitivement attaqué, et envahissant rapidement de vastes régions, grâce à une fécondité prodigieuse, favorisée par la parthénogénèse. Le savant rapporteur aborde ensuite l'examen des moyens préventifs et répressifs, et donne d'excellents conseils à nos viticulteurs.
[...]
Discours de M. Houssard
[...] Un homme éminent, autant par l'élévation de son caractère que par sa générosité et son dévouement à toutes les œuvres utiles, M. Drouyn de Lhuys, président de la Société des agriculteurs de France et de la Société paternelle des jeunes détenus, a fondé, de ses deniers, à notre colonie de Mettray, un laboratoire exclusivement destiné aux recherches et aux expériences agricoles.
Presque au même moment, M. le Ministre de l'agriculture, faisant droit à des vœux plusieurs fois exprimés par vous, et à une demande du Conseil général d'Indre-et-Loire, créait à notre ferme-école des Hubaudières une station viticole, et M. Nanquette, notre collègue, recevait mission de donner aux élèves de notre école normale d'instituteurs [située à Loches] des leçons d'agriculture et d'horticulture.
Lorsque ces divers moyens d'étude et d'enseignement viendront se joindre, comme nous l'espérons, les cours et conférences d'un professeur départemental, nous pourrons dire que notre Touraine possèdera toutes les conditions nécessaires à la vulgarisation des méthodes scientifiques appliquées à l'agriculture.
[...] Au milieu de cette activité générale, une inquiétude bien légitime, en présence de l'apparition du phylloxéra dans un département voisin, s'est tout à coup propagée dans notre pays. Quelques cultivateurs ayant cru reconnaître les signes du fléau, nous avons signalé à M. le Préfet, dont la sollicitude a obtenu du Ministre de l'agriculture l'envoi d'un savant observateur, M. Mouillefert, délégué de l'Académie des sciences. Les membres de notre bureau ont accompagné ce délégué dans ses visites, et l'honorable savant, après un examen attentif, a déclaré que nos vignes ne présentaient pas la moindre trace de la présence du terrible insecte.
Votre président, Messieurs, remercie en votre nom M. le Ministre de l'agriculture et M. le préfet de l'empressement avec lequel ils ont tenu à rassurer vos viticulteurs.
A cette heure, Messieurs, le monde agricole devant l'apparition toujours possible du phylloxéra, et jusqu'à ce jour les moyens recommandés pour le combattre consistent seulement dans l'inondation du sol envahi, moyen reconnu le plus souvent impraticable, et dans l'emploi de diverses substances insecticides dont malheureusement le prix est encore assez élevé pour que la production commerciale ordinaire en supporte difficilement les charges. 
Est-ce qu'il ne serait pas possible, Messieurs, de prévenir, du moins de limiter les ravages que nous redoutons, en s'inspirant des lois de la création ?
"Il n'y a rien de trop dans la nature," a dit notre fabuliste philosophe La Fontaine ; tout ce qui vit a sa raison d'être, et joue son rôle dans la constitution de l'harmonie universelle. La puissance créatrice supérieure maintient cette harmonie en limitant la production de certaines espèces par une destruction équivalente.
C'est ainsi qu’elle a donné aux insectes microscopiques des ennemis doués d'organes assez fins pour les apercevoir : ces ennemis naturels, ce sont les petits oiseaux, dont les insectes froment la nourriture habituelle.
Or, dans les pays méridionaux si cruellement atteints par le phylloxéra, la destruction des petits oiseaux est presque complète ; le fusil ne suffit plus, et les grands filets tendus par tous les temps font de véritables hécatombes, même des petits oiseaux voyageurs.
Quelle singulière coïncidence, Messieurs ! ce sont les vignes et les arbres fruitiers de cette campagne du Midi, dépeuplée d'oiseaux, qui succombent les premiers sous les coups du plus redoutable des insectes microscopiques : le phylloxéra !
Félicitons donc nos populations rurales, Messieurs de n'être point entrées dans une voie de destruction des innombrables ouvriers spéciaux que le Créateur a peut-être préposés à notre défense. Récompensons, comme nous l'avons déjà fait, ceux d'entre nos instituteurs qui apprennent aux enfants à conserver les petits oiseaux, les défenseurs naturels de nos récoltes.
Compte-rendu annuel du secrétaire perpétuel.
[...]
Ces occupations sereines contrastent fortement avec l'activité fiévreuse des sociétés agricoles du Midi. Celles-ci, depuis quelques années, ont une histoire, une histoire douloureuse et lamentable, et leur champ d'étude est devenu un champ de bataille. Le phylloxéra, cet ennemi redoutable, les tient sans cesse sur la brèche, et leur demande une vigilance continuelle, des efforts soutenus, des expériences multipliées, des sacrifices de toute sorte, trop souvent payés, hélas ! par d'amères déceptions, au milieu de désastres toujours croissants. En présence de ce tableau, n'est-ce pas le cas de redire : Heureuses les sociétés agricoles qui n'ont point d'histoire ?
Espérons, Messieurs, que notre vignoble sera épargné, quoique l'ennemi nous serre de près et qu'il menace d'envahir notre département. Mais si le fléau devait nous atteindre, la Société d'agriculture serait à la hauteur de la tâche nouvelle qui lui incomberait, et elle trouverait dans son sein des hommes résolus à poursuivre le mal avec un ardeur invincible.
Dans cette lotte, elle serait aidée par plusieurs des recrues qu'elle a enrôlées cette année sous sa bannière. Quelques-uns de ces nouveaux collègues, comme MM. Schmid, de Fondettes, Sudre, de Langeais, Baratte, de Montécla, Cottin, de Véretz, Legavre, de Fondettes, Barré Félix et Barré Jules, de Boulay et Latour de Châteaurenault, sont des viticulteurs distingués, dont nous apprécions grandement les lumières.
[...]
Mais le collègue nouveau duquel nous attendons le plus, est sans contredit M. Leclerc, directeur du laboratoire agronomique que la Société des agriculteurs de France vient de fonder à la colonie de Mettray. La mission confiée à M. Leclerc est des plus importantes. Analyser les sols, les aux et les engrais ; suivre les effets des engrais divers sur la marche des produits de la végétation ; instituer des expériences pour éclairer le cultivateur, et déterminer les lois chimiques qui gouvernent la nutrition des végétaux et des animaux, tel est le vaste programme assigné au directeur du laboratoire agronomique de Mettray. La Touraine est appelée à tirer le plus grand profit de ces belles et savantes études, et notre Compagnie peut être fière de compter parmi ses membres l'habile disciple de M. Grandeau.
[...]
Cette année, nous avons dû inscrire cinq noms à notre nécrologie. 
M. Maurice du Plessis père, propriétaire à Saint-Antoine-du-Rocher, avait cherché à réalise toutes les améliorations sur son domaine du Plessis, et pour cela il en avait confié la direction à un agronome distingué, que la Société comptait parmi ses dignitaires. Son fils, qui a voulu le remplacer parmi nous, continuera cette œuvre excellente.
M. Nicolle, à Vouvray, avait porté tous ses soins sur un vignoble d'élite. Son expérience nous avait été plus d'une fois utile dans les questions relatives à la viticulture.
M. Huret était aussi un viticulteur distingué. Sa connaissance approfondie du vignoble de Touraine et des diverses méthodes de culture de la vigne, a été pour nous d'un secours précieux dans plus d'une circonstance.
M. Nakwaski, ancien nonce à la diète de Pologne [...].
Tours, le 30 décembre 1876.
L'abbé C. CHEVALIER
 

1876

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session ordinaire d'août 1876. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1876.

p. 275
Vœu relatif à l'interdiction de l'introduction dans le département de cépages américains.
2° Vœu proposé par M. le marquis de Quinemont et M Orye.
Le Conseil remercie le gouvernement de ses efforts et sacrifices pour combattre le phylloxéra, et, ne partageant pas l'opinion des personnes qui regardent nos vignobles comme voué à une destruction plus ou moins lointaine, sollicitent l'introduction, en ce moment interdite, des cépages américains, cause primaire de nos désastres, le Conseil demande que l'introduction de ces cépages, dont les conséquences désastreuses sont positives et les bienfaits opérés très incertains, ne soit pas autorisée.
 

1878

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'avril 1878. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1878.
p. 310
Surveillance du phylloxéra.
M. Schneider présente un rapport sur une circulaire ministérielle qui propose d'organiser, d'une manière plus active, la surveillance du phylloxéra.
M. le Ministre de l'Agriculture pense qu'on pourrait charger un professeur de sciences ou un Ingénieur des ponts et chaussées de se rendre dans le département de l'Hérault pour y étudier les mœurs du parasite, ses différents modes de transformation, ainsi que les moyens les plus efficaces pour lui résister.
La Commission n'est pas d'avis d'entrer dans cette voie.
M. le marquis de Quinemont dit que, dans le département d'Indre-et-Loire, il existe une Commission spéciale qui s'occupe de cette question avec autant de zèle et d'intelligence que le pourrait faire le fonctionnaire qu'on propose de nommer.
Les conclusions du rapport sont adoptées.
 

1879

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'août 1879. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1879.

p. 463
Phylloxéra.
J'ai déjà eu l'honneur de communiquer au Conseil général une circulaire, en date du 26 juillet dernier, par laquelle M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce faisait appel au concours des départements, à l'effet de seconder les efforts du Gouvernement dans le but d'arrêter les progrès du phylloxéra. Une seconde circulaire du 13 août renouvelle cet appel d'une manière plus pressante encore.
M. le Ministre insiste sur l'intérêt de préserver de l'invasion les départements qui sont ou qui paraissent indemnes. Si le phylloxéra ne nous a pas atteints, il ne faut pas oublier que le fléau est, pour ainsi dire, à nos portes, qu'il sévit dans les départements voisins, et qu'il nous menace de plusieurs côtés à la fois. M. le Ministre insiste donc pour que le Conseil général vote la la plus forte somme possible, pour organiser le service de surveillance ayant pour objet la rapide découverte de l'insecte et sa prompte destruction.
 

1880

GARRIER Gilbert, Le phylloxéra, une guerre de trente ans 1870-1900, Ed. Albin Michel, 1989. 196 p.

p. 34

1880 : L'INVASION GRANDISSANTE
[L'Indre-et-Loire n'est pas encore touché mais le mal rôde sur les frontières Sud et Est.]
[La Vienne, l'Indre, Le Loir-et-Cher et le Loiret sont atteints.]

 

1880

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et des délibérations du Conseil général. Session d'avril 1880. Tours, Impr. Rouillé-Ladevèze, rue Chaude 6, 1880.

p. 8
Le phylloxéra n'a encore été signalé sur aucun point du département, et je ne laisse échapper aucune occasion de stimuler la vigilance des autorités locales au sujet de ce redoutable fléau.

p. 62-63
Le procédé pour la destruction facile du phylloxéra, brochure qui vous a été envoyée par son auteur M. Maufracs, sous-chef de bureau à la Préfecture des Charentes, témoigne du zèle de cet employé et entre dans la catégorie des très nombreuses publications qui se font tous les jours au sujet de cet épouvantable fléau, et sera examiné avec toute l'attention qu'elle mérite par la Commission spéciale qu'a nommée le Ministre de l'Agriculture.
 

1881

POUGET Roger, Histoire de la lutte contre le phylloxéra de la vigne en France. INRA, OIV, Paris 1990. 157 p. 

P. 87
En 1884, 53 000 ha seulement avaient été replantés avec des vignes américaines, dont 30 000 ha dans le département de l'Hérault. A la même époque, 1 million d'ha avaient été détruits par le phylloxéra et 664 000 étaient atteints par le parasite et en voie de dépérissement. La replantation jusqu'en 1880 s'est faite très lentement et avec beaucoup de difficultés, pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. A partir de 1881, elle va s'accélérer grâce à la meilleure connaissance des aptitudes des différents porte-greffes acquise à la suite des expériences antérieures. 

p. 88
Toutefois, les "américanistes", fervents propagandistes des vignes américaines et du greffage, se heurtaient très souvent à l'hostilité active des "sulfuristes" ou "insecticideurs", partisans non moins acharnés des traitements insecticides, seul moyen efficace, d'après eux, pour lutter contre le phylloxéra. 
"Les Inspecteurs généraux et régionaux de l'Agriculture avaient reçu la mission de favoriser les traitements insecticides, que l'on appelait alors "défense", au détriment de la replantation avec des vignes américaines."
"L'Administration du Ministre de l'Agriculture et la Commission supérieure du phylloxéra ne furent pas exemptes de toute critique au début de la période de reconstitution des vignobles et le rôle de frein qu'elles jouèrent trop souvent fut ressenti comme une erreur et une injustice par beaucoup de viticulteurs meurtris par la crise phylloxérique. 
Les rivalités entre les "américanistes" et les "sulfuristes" ne furent jamais ouvertes et violentes, mais le plus souvent sournoises et feutrées. 

p. 89
"L'auteur fait aussi allusion à la loi de 1878 qui interdit la circulation des vignes américaines dans les zones non contaminées par le phylloxéra. Cette loi était certes nécessaire mais il est probable, qu'appliquer sans discernement et avec beaucoup de rigueur, elle ne facilita pas la reconstitution dans certaines régions "
 

1881

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LX, 1881

p. 45
Séance du 26 février 1881
Extrait :
M. Blanchard veut bien entretenir la section de sa visite au concours d'animaux de boucherie de Paris. Il résume en outre très brièvement les idées échangées à la séance de la section de viticulture de la Société des agriculteurs de France. Relativement au phylloxéra qui a fait l'objet d'une très intéressante discussion, il a été reconnu : que les traitements par les insecticides étaient chers et devaient être renouvelés chaque année pour parer à l'effet des ré invasions annuelles ; que c'était surtout au début de l'invasion et dès le signalement du fléau qu'il fallait agir vigoureusement afin de foudroyer l'insecte avant son extension. Le traitement au sulfure de carbone coûte 1/3 en moins que celui fait avec le sulfo-carbonate, il n'exige pas d'eau et donne des résultats moins égaux.
La question des vignes Américaines n'est pas encore complètement élucidée ; et seule, la submersion prolongée pendant au moins 60 jours d'hiver, donne des résultats certains attestés par les faits.
Dans le centre, la tache du Loiret s'étend, celle du Vendômois reste stationnaire.
Dans le midi, l'insecte poursuit son œuvre de destruction. Pour terminer M. Blanchard indique comme relevé statistique, sur l'importation de vins étrangers en 1880, le chiffre de 38 millions d'hectolitres dont 6 millions seulement représentent du vin naturel ; le reste soit les 5/6, des vins de sucre et notamment de raisins secs.
Cette importation nécessitée par ma malheureuse année viticole de 1879 cessera en grande partie, le jour où la France sera rentrée dans sa production normale. 
Le secrétaire,
A. DUGUÉ
 

1881

Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LX, 1881
p. 129-130
Séance du 26 novembre 1881
Extrait : 
M. Dugué, qui a été délégué par le Conseil général d'Indre-et-Loire et sur l'initiative de M. le Préfet au congrès phylloxérique qui s'est réuni à Bordeaux du 10 au 15 octobre dernier, rend compte très sommairement des travaux de cette assemblée.
Il résulte des travaux présentés et des communications diverses qui ont été faites au Congrès par les délégués de tous les pays phylloxérés, et notamment par les savants et viticulteurs français, que le phylloxéra continue ses ravages dans les territoires envahis et que son extension se poursuit dans les régions jusqu'ici indemnes, alors que les moyens de lutte et les procédés de destruction restent stationnaires.
La résistance a toujours à son service les mêmes armes qu'autrefois, à savoir : la submersion, la plantation dans les sables, les vignes américaines et les insecticides.
La submersion et la plantation dans les sables donnent de bons résultats, et, dans ces deux cas particuliers, la lutte est facile là où elle est possible. Le phylloxéra est asphyxié avec la submersion, tandis que sa multiplication et sa circulation dans les sables sont excessivement restreints, par suite, probablement, de l'état moléculaire de la masse, er, sans doute aussi, ainsi que quelques savants l'admettent, en raison de l'état hygroscopique des sols sablonneux. Malheureusement, c'est là l'exception parmi les surfaces envahies ; et ces moyens de combattre ce redoutable ennemi de nos vignobles ne peuvent être considérés que comme une bonne fortune pour les propriétaires privilégiés qui possèdent des terrains permettant de lutter par l'un ou l'autre de ces deux procédés, mais nullement comme un moyen de reconstitution en grand de notre vignoble détruit.
Les vignes américaines ont leurs partisans convaincus [américanistes] ou intéressés comme leurs détracteurs acharnés. Exagération dans les deux sens. Les faits ont déjà parlé en leur faveur sur de grandes surfaces dans le midi de la France tout aussi bien qu'en Amérique, et il y a, sans aucun doute, grand profit à tirer des cépages résistants américains au point de vue de la reconstruction. Mais la question reste encore fort obscurcie par suite du commerce souvent déloyal des boutures et de l'incertitude dans laquelle nous sommes encore aujourd'hui au sujet de la très importante question de l'adaptation des cépages au sol et au climat.
La création prudente en cépages, américains de pépinières départementales a semblé à beaucoup de délégués le moyen le plus rapide et le plus pratique comme le plus économique pour résoudre le problème de la reconstruction et de la résistance efficace.
Quant aux insecticides, sulfure de carbone et sulfo-carbonates, ils donnent le plus souvent lorsqu'on opère à temps des résultats satisfaisants, soit comme régénération, soit comme maintien de l'état de production si quelquefois on échoue, cela tient à ce que les traitements arrivent trop tard ou à la nature spéciale du sol, ou bien encore parce qu'il y aura eu inobservance des règles pratiques, aujourd'hui assez bien connues pour éviter de mécomptes dans la plupart des cas.
Les fumures sont absolument nécessaires pendant au moins les trois années de la régénération, ce qui élève le prix des traitements à un taux élevé : 700 francs avec les sulfo-carbonates et 400 francs avec le sulfure de carbone, le tout par hectare.
D'où la conclusion à tirer : que lorsque toute une région comme la nôtre est envahie par l'insecte, la résistance, eu égard aux rendements moyens di vignoble, est à peu près impossible. On peut l'admettre et, nous disons plus, elle s'impose avec la dernière énergie aux propriétaires réunis en syndicats pour bénéficier des dispositions de la loi, dès le début de l'invasion, afin de localiser le fléau et de la maintenir, tout au moins, le plus longtemps possible dans des limites restreintes.
Le secrétaire,
A. DUGUÉ
 

1882

L'INDRE-ET-LOIRE EST ATTEINT

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 229

Au cours de l'été 1882, la Commission phylloxérique d'Indre-et-Loire observe les premières taches phylloxériques dans 22 communes du département. Vu l'ampleur des dégâts constatés, le professeur Dugué estime que l'insecte était déjà présent depuis 1875. 

 

 

1883

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 229

Dès 1883, les traitements au sulfure de carbone sont effectuées en Indre-et-Loire

1883

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'avril 1883. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1883.

p. 7
M. Le Préfet informe le Conseil qu'il a reçu de M. le Ministre de l'Agriculture un paquet de graines de vitis californica. Cette espèce de vigne est réputée réfractaire au phylloxéra.
M. le Préfet met ces grains à la disposition de ceux des membres du Conseil qui désireraient faire des essais de culture de cette espèce nouvelle. L'expérience sera faite d'ailleurs par la Colonie de Mettray et par le Jardin botanique de Tours.

p. 10
Depuis la dernière session, les recherches de M. le délégué départemental ont évalué à 13 le nombre de communes atteintes par le phylloxéra. Les trois arrondissements ne sont plus indemnes. Des syndicats se sont formés dans les cantons d'Amboise et de Vouvray pour combattre le fléau. Dans les arrondissements de Loches et de Chinon, où les taches sont moins considérables, les propriétaires intéressés ne paraissent pas comprendre la gravité de la situation, la Commission départementale, consultée en exécution de l'article 3 du décret du 26 décembre 1878, a émis à l'unanimité l'avis qu'il y avait lieu d'appliquer aux vignes atteintes le traitement par voie administrative, et nous avons lieu d'espérer que le Ministère de l'Agriculture saura prendre en temps opportun les mesures nécessaires.

p. 69-71
Rapport du Préfet
3. Phylloxéra
1. Situation des vignobles du département. Formation des syndicats.
D'après le rapport que j'ai eu l'honneur de présenter au Conseil général, à sa session d'août dernier, la situation du département au point de vue de l'invasion phylloxérique, la présence du puceron avait été reconnue, jusqu'à cette époque, dans trois communes de l'arrondissement de Tours et dans huis communes de l'arrondissement de Chinon
Depuis cette session, M. le Délégué départemental au service du phylloxéra, poursuivant ses recherches, a constaté des taches phylloxériques dans les communes de Bossay (arrondissement de Loches) et de Faye-la-Vineuse (arrondissement de Chinon).
Le nombre des communes atteintes par le redoutable insectes s'élève actuellement à 13.
Une association syndicale temporaire s'est constituée, dès le mois de novembre [1882], entre les propriétaires du canton de Vouvray, en vue de la destruction du phylloxéra sur le territoire des communes de Chançay et de Noizay.
Un syndicat s'est également formé dans le canton d'Amboise pour combattre le fléau constaté dans la commune de Cangey.
Quant aux vignobles des arrondissements de Loches et de Chinon, reconnus atteints par le même fléau, les propriétaires intéressés ne paraissent pas disposés à se syndiquer, je les ai invités, conformément aux instructions ministérielles, à déclarer s'ils entendaient appliquer dans leurs vignes l'un des traitements approuvés par la Commission supérieure du phylloxéra.
D'un autre côté, en exécution de l'article 3 du décret du 26 décembre 1878, j'ai soumis la question à la Commission départementale qui, dans sa séance du 20 janvier dernier, a exprimé, à l'unanimité, l'avis qu'il y avait lieu d'appliquer aux vignes dont il s'agit le traitement par voie administrative.
Enfin, le dossier a été transmis par mes soins à M. le Ministre de l'Agriculture, pour être placé sous les yeux de la section permanente de la Commission supérieure chargée, aux termes de la loi, d'indiquer le mode et la nature du traitement à adopter.
Un arrêté ministériel, intervenu à la date du 13 mars courant, porte que les taches phylloxériques constatées dans les communes de Vallères, Sainte-Maure, Sonzay, Antogny, Brizay, Theneuil, Braslou, Braye-sous-Faye, Faye-la-Vineuse et Bossay, seront traitées administrativement au sulfure de carbone.
Par décision en date du même jour, M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu mettre à ma disposition une allocation de 5 000 francs, pour faire face aux dépenses qu'entraîneront les opérations de traitement.
Conformément à l'invitation de l'Administration supérieure, j'ai pris immédiatement les mesures nécessaires afin d'assurer l'exécution de l'arrêté précité.
2. Subventions de l'Etat.
Le Conseil général apprendra avec satisfaction qu'une subvention sur les Fonds de l'Etat, égale à celle votée par l'Assemblée départementale dans sa dernière session, a été accordée au département pour les dépenses relatives au service phylloxéra.
D'autre part, une subvention de 1 000 francs, égale au crédit voté par le Conseil municipal de Sainte-Maure, a été accordée à cette commune pour la même destination.
3. Pépinière départementale de vignes américaines.
Par décision du 9 décembre 1882, M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu approuver la création d'une pépinière départementale e vignes américaines, pour l'installation de laquelle vous avez inscrit à votre budget une somme de 1 000 francs.
Sur ma demande, M. le Ministre a autorisé M. le Directeur de l'Ecole d'Agriculture de Montpellier à m'adresser 5 kg de pépins destinés aux semis à faire, ce printemps, dans le terrain offert par la Colonie de Mettray.
 

1883

CG37_session août 1883 Phylloxéra
p. 128-130
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le service du phylloxéra.
Vous vous rappelez l'émotion, je dirai presque la consternation qui s'est produite dans notre département à la nouvelle de l'apparition du phylloxéra ; chacun connaissait les ravages les ravages de ce puceron qui avait accumulé sur son passage des ruines presque irréparables, et avait laissé la misère là où autrefois la vigne entretenait la richesse et la prospérité.
Grâce aux exhortations pressantes de M. le Préfet, les communes de Vouvray et d'Amboise formèrent des syndicats de défense contre la terrible invasion. Il fallait réunir en un faisceau cantonal les efforts de tous pour les rendre plus efficaces dans la lutte à entreprendre. C'est ce qui fut fait, et l'Etat accorda à ces syndicats de larges subventions pour les aider à opérer les traitements au sulfure de carbone sur les points contaminés ou simplement menacés/
Le rapport très complet de M. Dugué donne les détails les plus intéressants sur la marche envahissante du puceron et aussi sur les méthodes employées pour la combattre.
Nous saisissons cette occasion pour remercier le très actif et dévoué professeur de tous les soins qu'il a donnés aux diverses opérations du traitement ; partout il y a déployé une activité remarquable, encourageant les adhésions aux syndicats et protestant avec énergie contre les tentatives de quelques récalcitrants.
La situation reste très grave, mais il est consolant de constater que les vignes traitées se trouvent dans des conditions meilleures, l'expérience est faite, et il n'y a qu'à continuer activement les traitements qui devront préserver le vignoble de notre département. Nous avons applaudi à la formation de syndicats cantonaux ; ils ont rendu les services que vous connaissez.
Une objection sérieuse cependant a été présentée contre ces association ; le canton, a-t-on dit, est trop vaste et comprend des intérêts divers ; la commune, au contraire, a des intérêts presque identiques et formerait naturellement un groupe plus uni, plus compact.
Sans doute le syndicat communal, formé dans une commune envahie, comme Noizay, par exemple, ne pourrait suffire aux dépenses du traitement avec ses ressources propres, mais il aurait la subvention de l'Etat, ce qui n'empêcherait pas le Conseil général d'intervenir et de le subventionner également pour protéger le vignoble qui constitue la fortune de notre département.
La loi et la règle deviendraient ainsi communes à tous, et on ne verrait plus, ce qui a été mal interprété, les traitements administratifs opérés ici au frais des syndiqués, et là aux frais exclusifs de l'Etat.
Sans doute, l'Etat seul a le droit de faire traiter d'office les vignes des propriétaires récalcitrants, et les syndicats, loin de le trouver mauvais, devraient se féliciter de ne pas rencontrer dans leur seing de mauvaises volontés qu'il faut vaincre à tout prix.
Si votre Commission a soulevé cette question, c'est qu'elle a pensé devoir signaler ces vœux à la bienveillante attention du Conseil général, et demander à M. le Préfet de vouloir bien, avec le zèle et le dévouement dont il a fait œuvre dans la campagne, si vivement menée contre le phylloxéra, provoquer la création de syndicats communaux, partout où la nécessité s'en ferait sentir.
M. Tiphaine ajoute que les semis américains qui avaient été confiés à la Colonie de Mettray ont généralement réussi. On espère pouvoir dans quelques années donner des plants de vigne aux propriétaires des pays phylloxérés.
Acte est donné à M. le Préfet de la communication de son rapport.

p. 250-252
9. Phylloxéra
1. Situation des vignobles du département. Traitements administratifs.
L'invasion phylloxérique place aujourd'hui la viticulture tourangelle dans une situation critique. Le fléau poursuit sa marche envahissante, beaucoup plus vite que peut-être on était en droit de supposer. Dans plusieurs communes, la constitution géologique du sol est favorable à l'insecte dévastateur, et leur nature calcaire place certains cantons du département d'Indre-et-Loire dans des conditions malheureusement trop semblables à celle des Charentes, ce pays autrefois si riche, maintenant appauvri depuis la destruction des vignobles qui faisaient sa prospérité.
Cependant de nouvelles taches n'ont pas été découvertes cette année, et le nombre des communes atteintes reste le même. Mais l'étendue des vignes phylloxérées a plus que doublé et peut être évaluée à 55 ha, en laissant toutefois, en dehors de cette évaluation, le grand foyer de Noizay, où l'importance des surfaces contaminées n'est pas inférieure à 100 ha.
Vous trouverez d’ailleurs, inséré dans ce volume, un rapport très détaillé présenté par M. le Délégué départemental, et contenant la description de l'état actuel tant des vignes traitées administrativement que de celles opérées par les soins des syndicats d'Amboise et de Vouvray.
Les résultats obtenus sont aussi satisfaisants que possible ; mais, ainsi que le fait remarquer très judicieusement M. Dugué, l'action de l'Etat est appelée à rester manifestement insuffisante, en raison non seulement des ressources trop faibles dont l'Administration dispose, mais encore et surtout par suite de la dissémination de ses forces sur de trop vaste étendues. Aussi, le zélé et actif Délégué insiste-t-il sur l'énergique intervention de tous les intéressés par la constitution de syndicats, soit communaux, soit cantonaux, seul moyen d'opposer une barrière suffisamment efficace à la dissémination du puceron redoutable.
2. Subventions de l'Etat.
Le Conseil général apprendra avec satisfaction qu'une subvention, sur les fonds de l'Etat, de 7 500,65 francs, égale au montant des souscriptions recueilles, a été accordée au syndicat anti-phylloxérique d'Amboise.
D'un autre côté, sur la demande de ce syndicat, et suivant mes propositions, l'Administration supérieure a autorisé le traitement, aux frais de l'Etat, de 4,69 ha de vignes phylloxérées situées dans la commune de Cangey et qui, sur le refus des propriétaires, n'avaient pas été comprises dans les parcelles traitées par les soins de ce syndicat.
Afin de faire face à cette dépense, M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu mettre à ma disposition une allocation de 1 000 francs.
3. Pépinière départementale de vignes américaines.
Par une lettre qui vous sera communiquée, M. le Directeur de la Colonie de Mettray fait connaître la situation des semis effectués, par ses soins, dans un terrain offert par cet établissement pour la création d'une pépinière départementale de vignes américaines.
Un kilogramme 150 grammes de pépins de diverses variétés ont produit 6 000 plants, qui sont aussi beaux que possible, malgré les ravages causés par les limaces que l'habile Directeur a combattues avec le plus grand succès.
M. Blanchard ajoute que ces plants donneront, en 1884, une grande quantité de boutures dont une partie pourra être greffée, et il termine son rapport en exprimant l'espoir d'arriver, avec le temps, à fonder une école d'acclimatation dont les sujets indemnes pourraient peut-être préserver le département du fléau qui le menace si gravement.
D'un autre côté, sur ses indications, j'ai adressé à M. le Ministre de l'Agriculture, un demande à l'effet d'obtenir des graines de Riparia, cépage qui paraîtrait mieux convenir à notre pays, en raison de sa résistance et de sa vigueur.

p. 555
Phylloxéra.
Je suis informé à la dernière heure, que le phylloxéra a fait son apparition dans les communes de Champigny-sur-Veude et Lémeré, canton de Richelieu
Des mesures vont être prises afin de traiter, aussitôt que possible, les vignes malades.
Le nombre de communes atteintes se trouve donc actuellement porté à 15.
 

1884

CG37_session avril 1884
p. 84-85
3. Phylloxéra
Situation des vignobles du département.
J'aurai l'honneur de placer sous vos yeux un rapport très détaillé, présenté par M. le Délégué départemental, sur la situation phylloxérique des vignobles d'Indre-et-Loire.
Il résulte de cet intéressant document que le fléau continue sa marche envahissante ; depuis le 1er juillet dernier, la présence du terrible insecte a été officiellement constaté dans 11 nouvelles communes du département, ce qui porte à 38 le nombre de communes actuellement atteintes.
Les superficies reconnues contaminées représentent une étendue de 266,30 ha, sur lesquels 22,50 ha sont traités administrativement, et 29,15 ha sont opérés par les soins des syndicats.
Il semble bien démontré aujourd'hui que le mode de traitement recommandé par la Commission supérieure du phylloxéra est appelé à combattre efficacement le redoutables ennemi de la vigne.
Toutefois, il est profondément regrettable qu'au lieu d'oppose, sur certains points, une résistance mal comprise, la viticulture tout entière, groupée en syndicats, ne s'associe pas à une lutte entreprise dans l'intérêt de l'une des principales richesses du pays.
Subvention de l'Etat.
Le Conseil général apprendra avec satisfaction que par décision en date du 9 février dernier, M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu continuer, pour 1884, la subvention de 2000 fr. accordée sur les fonds de l'Etat au département pour les dépenses relatives au service du phylloxéra.
 
p. 49-50
Situation phylloxérique du département.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur la situation phylloxérique des vignobles d'Indre-et-Loire.
M. le Préfet a communiqué au Conseil général un rapport de M. le Professeur d'agriculture, délégué départemental ; sur la situation phylloxérique des vignobles d'Indre-et-Loire.
Votre Commission a pris connaissance de ce document très détaillé et rempli de faits intéressants ? Le fléau n'arrête point ses ravages ; des communes nouvelles sont envahies, et cependant les intéressés montrent quelquefois une indifférence véritablement fâcheuse. Les syndicats ont peine à se constituer, et leurs opérations, quoique conduites avec la plus grande prudence, sont critiquées parce qu'elles n'ont point donné immédiatement le succès.
Pouvait-il être obtenu de suite, lorsque le traitement s'exécute sur des vignes déjà épuisées par l'insecte ?
Adressons un suprême appel à tous les vignerons de notre département, pour qu'ils ne laissent point périr la principale richesse de notre sol. Il est avéré que le sulfure de carbone peut combattre efficacement le phylloxéra ; sans doute il faut l'employer avec les plus grands ménagements, - nous pouvons être assurés que sous la direction de notre habile professeur d'agriculture les accidents ne se produiront point ; - mais nous lui recommandons de choisir avec prudence les équipes qui fonctionnent sous ses ordres. Quelquefois ce sont ces journaliers, laissés seuls avec la population, qui froissent et irritent les propriétaires et peuvent les pousser à des extrémités.

1885

CG37_session avril 1885
p. 39-41
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le phylloxéra.
Messieurs,
La situation phylloxérique de notre département est loin de s'améliorer. Les documents fournis par M. le Préfet constatent que 36 communes sont atteintes et que la surface contaminée est de 369 ha. Les traitements sont effectués avec le plus grand soin, et aucune résistance ne s'est produite.
L'Etat, conformément à ses engagements, a versé à titre de subventions soit au département, soit aux syndicats, une somme égale à celle qui a été dépensée par le service phylloxérique.
En outre, l'Etat a mis à la disposition de M. le Préfet une somme de 8 000 fr. pour continuation du traitement, par voie administrative, de taches constatées dans les arrondissements de Chinon et de Loches, et aussi pour la destruction de l'œuf d'hiver.
Malgré cette sollicitude de l'Etat et du département, malgré l'ardeur infatigable du professeur d'agriculture dont le rapport est rempli d'observations très justes et d'appréciations fort tristes pour l'avenir, malgré les efforts incessants des bureaux de syndicats, les incrédules abondent qui ne croient pas à toute l'étendue du mal et à l'efficacité des traitements opérés par les syndicats ou l'administration.
Les plus intéressés même à la défense contre le fléau, ceux dont les vignes sont atteintes ou menacées de très près, résistent sinon par la force, au moins par une indifférence fâcheuse à tous les efforts tentés contre l'invasion du puceron.
Les syndicats cantonaux se désorganisent ; les associés de la première heure se divisent, et tout fait craindre qu'à l'expiration de leur engagement ils se sépareront.
Le rapport de M. Dugué laisse entrevoir cet état des esprits, sans en indiquer les causes qu'il serait important de rechercher.
Si au moins des syndicats communaux devaient se substituer aux autres et intéresser tout une commune à la lutte contre le phylloxéra, il n'y aurait pas grand mal. Circonscrite dans la commune, l'association pourrait encore produire des excellents services ; la solidarité s'établirait plus étroite et l'entente serait obtenue plus facilement.
C'est sur ce pont que votre Commission appelle l'attention de l'administration, qui devrait provoquer autant qu'il est possible la création de petits syndicats communaux, en facilitant leur formation et en les aidant d'une façon efficace dans les opérations de traitement.
 

p. 87
Séance du 22 août 1884
Vœux exprimés
Le Conseil général émet le vœu qu'une loi intervienne pour donner à l'Administration les moyens de faire cesser le mauvais vouloir et même la résistance des propriétaires dont les vignes sont atteintes de phylloxéra.
Suite donnée aux vœux
Ce vœu a été transmis le 12 septembre 1884 à M. le Ministre de l'Agriculture, qui, par dépêche en date du 29 du même mois, a fait connaître que cette communication serait soumise à l'examen de la Commission supérieure du phylloxéra. Aucune décision n'est intervenue.
 

Phylloxéra
Rapport du Préfet
p. 121-123
Le phylloxéra poursuit sa marche envahissante dans le département, où sa présence continue à se manifester sur de nouveaux points.
Le Conseil général lira avec un vif intérêt le rapport que M. le délégué départemental m'a présenté à ce sujet, postérieurement à l'impression du volume qui vous a été adressé pour la présente session.
Il résulte de ce document que le nombre des communes atteintes, qui était au 1er juillet dernier de 29, est actuellement de 36. Le puceron dévastateur s'est donc révélé dans 7 nouveaux territoires.
La surface contaminée, qui était en 1883 de 192,50 ha, s'est augmentée en 1884, de 176,76 ha en sorte qu'aujourd'hui la superficie atteinte connue est de 369,25 ha.
Les traitements faits par les soins des syndicats ont porté sur 39,50 ha, ceux entrepris par l'administration ont compris 14,20 ha.
La reprise des traitements administratifs dans la commune de Cangey a été assurée dans des conditions de sécurité telles pour les travailleurs qu'aucune nouvelle tentative de résistance ne s'est produite.
Deux nouvelles associations temporaires se sont constituées, l'une pour le canton de Montbazon, l’autre dans la commune de Saint-Avertin ; toutefois cette dernière n'a pas encore fonctionné.
Il est à craindre, ainsi que le fait remarquer M. le délégué départemental, que la situation phylloxérique, déjà inquiétante dans l'Indre-et-Loire, ne s'aggrave encore à l'té prochain par un mouvement offensif de l'insecte, qui, à la faveur des chaleurs exceptionnelles de 1884, a dû se multiplier dans des proportions importantes.
Il serait vivement à désirer que des syndicats s'organisassent, dès cette année, dans toutes les communes atteintes, afin de lutter efficacement contre le fléau et d'empêcher, autant que possible, sa propagation.
Le Conseil général apprendra avec satisfaction qu'une subvention sur les fonds de l'Etat, égale à celle votée par l'Assemblée départementale dans sa dernière session, a été accordée au département pour faire face aux dépenses relatives au service phylloxéra.
D'un autre côté, M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu mettre à ma disposition une somme de 8 000 fr. pour les opérations ayant pour but la destruction de l'œuf d'hiver et la continuation du traitement, par voie administrative, des taches phylloxériques constatées dans les communes de Vallères, Pouzay, Antogny, Brizay, Theneuil, Braslou, Faye-la-Vineuse (arrondissement de Chinon), et dans la commune de Bossay (arrondissement de Loches).
Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien me donner acte de cette communication.
 

1885

Bulletin de la Société Tourangelle d'Horticulture. Tours 1885-1886
Rapport de M. Thomé-Thibaudeau sur l'Exposition horticole de St-Symphorien, des 22, 23 et 24 août 1885
Cinquième section, arboriculture
p. 166-167
Médailles d'argent
M. AUDEBERT, jardinier chef au château de Candé, Monts. [membre titulaire de la Société Tourangelle d'Horticulture]
Si le lot de M. Audebert est d'une apparence modeste, il est par contre d'une importance considérable. Il a en outre, un intérêt d'actualité qui lui donne une grande valeur et le recommande tout particulièrement à l'attention des viticulteurs. M. Audebert a exposé des plants de vigne américaine, le Vitis Riparia, greffés de cépages français.
On a enfin commencé à comprendre que pour remédier aux ravages du phylloxéra, et pour reconstituer les vignobles qu'il a complètement détruits, l'emploi d'agents chimiques outre qu'il est très coûteux, était non seulement d'une grande difficulté d'application, mais encore d'une efficacité plus que douteuse. Aussi les esprits éclairés et pratiques se sont-ils empressés d'y renoncer et d'adopter le seul remède qui jusqu'à présent a offert le plus de chances de succès, je veux parler du greffage de cépages français sur des vignes américaines. On n'ignore pas que ces vignes ont le privilège de rester indemnes à l'action du trop fameux puceron vestator. On n'ignore pas non plus que des essais d'expérimentation de ces systèmes de reconstitution des vignobles détruits se font dans notre département, à la colonie de Mettray, où l'administration a créé des pépinières de plants américains.
Mais déjà depuis quelques années, le jeune et intelligent propriétaire du château de Candé, que son goût si connu pour les Beaux-Arts, dont il a le culte, ne détourne pas du soin d'embellir son magnifique domaine, avait donné chez nous, et sur une grande échelle, la première impulsion, en plantant plusieurs hectares de son vignoble de plants américains greffés.
Le jury a été unanime pour féliciter M. Drake del Castillo de son heureuse et féconde initiative, et pour le remercier d'avoir bien voulu nous envoyer des spécimens de ses greffages. Ces plants, qui n'ont qu'un an d'opération et atteignent plus d'un mètre de hauteur, témoignent des soins de culture que M. Audebert leur a prodigués ; ils seront, nous n'en doutons point, d'un exemple encourageant pour les viticulteurs soucieux de reconstituer d'une manière non problématique, mais assurée, leurs vignes atteintes du fléau. Là, à notre sens, est le vrai remède ; là est le salut pour elles.


p. 262
PLANTS DE VIGNE POUR VIGNOBLES

POUR VINS BLANCS
Gros Pinot, un an, le cent, 5 fr. ; le mille, 45 fr.
Gros Pinot deux ans, le cent, 6 fr. ; le mille, 55 fr.

POUR VNS ROUGES
Côt, un an,  le cent, 5 fr. ; le mille, 45 fr.
Côt, deux ans,  le cent, 6 fr. ; le mille, 55 fr.
Gros noir ou teinturier, un an,  le cent, 6 fr. ; le mille, 50 fr.
Gros noir ou teinturier, deux ans,  le cent, 7 fr. ; le mille, 65 fr.
Gamai teinturier, un an,  le cent, 8,50 fr. ; le mille, 75 fr.
Gamai teinturier, deux ans,  le cent, 10 fr. ; le mille, 85 fr.
Groslot de Cinq-Mars, un an,  le cent, 5 fr. ; le mille, 45 fr.
Groslot de Cinq-Mars, deux ans,  le cent, 6 fr. ; le mille, 55 fr.

VIGNE AMERICAINE
Riparia, un an,  le cent, 8 fr. ; le mille, 75 fr.
Riparia bouture,  le cent, 3,50 fr. ; le mille, 30 fr.

A parti du 1er octobre 1886
Cépages de Touraine greffés sur Riparia (Vitis riparia), espèce, parmi les américaines, reconnue comme résistant bien au phylloxéra ;  le cent, 35 fr. ; le mille, 300 fr.

Cépages pour Raisins de table
Chasselas de Fontainebleau,  le cent, 30 fr. ; pièce 35 centimes.
Variétés les plus renommées, le cent, 40 fr. ; pièce, 45 centimes

Adresser les demandes à M. Er. MADELAIN, Jardin botanique de Tours.


 

1885

Le 30 mai 1885 à Montpellier, Alexandre DUGUE se marie à Montpellier avec Jeanne Caroline CAVALIER qui y réside avec ses parents.

Léon DEGRULLY, Directeur de l’hebdomadaire, le Progrès agricole et viticole et professeur à l'Ecole d'agriculture de Montpellier est témoin en tant que camarade de promotion (Ecole de Grignon).

Alexandre DUGUE, professeur départemental d'agriculture en Indre-et-Loire est ainsi très bien introduit auprès du milieu viticole du Midi dont la reconstitution du vignoble est en cours avec des variétés américaines résistantes au phylloxéra.

1886

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session de mai 1886. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1886.
p. 7-8

Traitement administratif du phylloxéra.
Conformément à l'art. 3 du décret du 26 novembre 1878, et sur demande de l'Administration, la Commission a donné un avis favorable au traitement administratif [sulfure de carbone] du phylloxéra à exercer sur le territoire des communes de Saint-Martin-le-Beau, Lussault et Saint-Denis-Hors.


p. 99-105
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur la situation du département au point de vue phylloxérique.
MESSIEURS,
Il résulte d'un rapport du professeur d'agriculture que la situation de notre département, au point de vue phylloxérique, reste à peu près la même ; le puceron continue sa marche envahissante, et le traitement au sulfure de carbone se poursuit sur tous les points envahis.
Quatre-vingt-dix communes sont déclarées phylloxérées, et on estime la superficie des vignes contaminées à 900 ha et celle des vignes détruites à 100 ha.
Le professeur d'agriculture, dans tous ses rapports, a toujours insisté sur l'étendue du mal qui va croissant chaque année, et il a préconisé avec la plus grande ardeur et la plus grande sincérité les traitements administratifs. Tous les syndicats se sont rangés à son opinion, et nous pouvons dire que la défense contre le phylloxéra est organisée aussi bien que possible ; les frais de main-d’œuvre ont été diminués dans de sensibles proportions par l'emploi d'une charrue sulfureuse dans les vignes plantées à distance.
Néanmoins, le sulfure de carbone constitue un remède qui coûte cher et qui doit être renouvelé chaque année. Aussi plusieurs propriétaires de vignes contaminées ou peut-être détruites ont pensé que le vrai remède, le remède à bon marché, résidait dans la libre importation chez nous des cépages américains et leur plantation dans notre département.
Ils ont introduit une demande à l'effet d'être autorisés à introduire dans leur commune phylloxérée des boutures ou des plants enracinés d'espèce dite américaine.
Vous savez, Messieurs, que le phylloxéra, d'importation américaine, passe pour vivre sur les cépages d'Amérique sans les détruire ; aussi les vignobles du Midi, entièrement détruits par le puceron étranger, ont été reconstitués avec les dits cépages, et le commerce des plants américains a pris un développement si considérable qu'il est en mesure de fournir à tous les besoins de France.
Les propriétaires de la commune de Noizay se sont demandé si ce procédé, qui avait si bien réussi dans le Midi, n'aurait point le même succès dans leur vignoble.
De là est née la question qui fait en ce moment l'objet de nos études. Y a-t-il lieur de demander au Ministre de l'Agriculture, conformément au décret du 22 mars 1886, l'autorisation de laisser introduire les cépages étrangers dans le département ?
La question a été posée, et M. le Préfet a provoqué l'avis du Comité d'études et de vigilance des trois arrondissements, des Conseils municipaux du département et de ceux des communes limitrophes dans un rayon de 10 km.
La discussion a donc été ouverte sur le même sujet dans tout le département : elle a donné naissance à plusieurs systèmes, et cela devait être, à cause même de la position de la question.
Le Comité central d'études et de vigilance de Tours a émis l'avis qu'il y avait lieu de demander l'autorisation dont il s'agit pour les communes déclarées phylloxérées seulement.
Le Comité de Chinon exprima l'opinion que son arrondissement ne pourrait recevoir que les boutures de vignes américaines élevées à la Colonie de Mettray.
Le Comité de Loches n'a donné aucune réponse.
Vous remarquerez, Messieurs, que ces Comités ne répondent pas à la question posée ; on leur demande de formuler un avis sur ce point : Faut-il autoriser l'importation des cépages étrangers dans le département ? Celui de Tours répond : dans les communes phylloxérées seulement des trois arrondissements.
Celui de Chinon n'admet que la libre circulation des plants de Mettray, ce qui n'est pas en discussion.
Les Conseil municipaux se sont divisés ; ils ont donné 164 avis favorables, 65 avis défavorables, 28 avis conditionnels, 10 abstentions.
Les avis favorables dominent dans les départements limitrophes.
M. le Préfet constate dans son rapport que les protestations sont nombreuses et énergiques, mais il est juste d'ajouter que les approbations l'emportent de beaucoup par le nombre.
Votre Commission, Messieurs, s'est trouvée bien hésitante sur un aussi grave sujet, et elle n'a pas pensé que la question posée comme elle l'est, à savoir autorisation de laisser introduire les cépages étrangers dans le département, pouvait être résolue définitivement.
Il semble résulter de toutes ces manifestations d'opinions que nos Conseils élus n'ont envisagé la question qu'au point de vue particulier des intérêts de la commune qu'ils représentent : ils ont donné un avis favorable pour l'introduction des cépages étrangers dans leur commune, généralement phylloxérée ou voisine du phylloxéra ; mais ils n'ont pas entendu réclamer une introduction générale dans tout le département ou même dans leur arrondissement.
Dans ces conditions, votre Commission émet l'avis que le remède proposé comme souverain ; consistant dans la plantation de cépages américains, ne peut convenir qu'aux départements dont les vignobles sont entièrement détruits, que tel n'est point le cas de l'Indre-et-Loire qui se défend, qui lutte courageusement, qui n'a encore arraché aucune vigne, qui en plante de nouvelles avec les cépages indigènes. Elle ne croit pas la situation aussi désespérée que veulent le dire les pessimistes, et elle redoute que le cépage américain, importé des départements phylloxérés du Midi, n'apporte avec lui dans l'Indre-et-Loire des multitudes d'insectes contre lesquels nos vignerons auraient à lutter encore.
En conséquence votre Commission vous propose l'ajournement de la question.
Reste, Messieurs, la question de la pépinière de Mettray. M. le Préfet a demandé au Ministre de l'Agriculture l'autorisation de distribuer les plants qui y sont entretenus aux frais du département. Le Ministre a répondu télégraphiquement qu'il ne voyait pas d'inconvénients à cette distribution dans l'arrondissement de Tours.
Mais, répondra-t-on, ces plants appartiennent au département et non à l'arrondissement de Tours ; il ne serait pas juste de les distribuer dans le seul arrondissement chef-lieu.
Il y a en ceci une sorte de confusion qu'il faudrait dissiper.
Elle provient de ce que le Ministre ne connaît que l'arrondissement, et non les communes ; il déclare phylloxéré l'arrondissement, tandis que M. le Préfet déclare phylloxérée la commune et non l'arrondissement.
Il en ressort que la commune de Mettray, n'étant pas déclarée phylloxérée par arrêté préfectoral, a le droit incontestable de transporter ses plants et bouture de vignes dans les autres communes ; mais la commune de Mettray faisant partie de l'arrondissement de Tours, déclaré phylloxéré par le Ministre, celui-ci refuse le transport des plants et boutures de Mettray en dehors de l'arrondissement.
La Commission demande à M. le Préfet de faire cesser au plus vite cet état de choses et d'obtenir du Ministre la libre circulation des cépages de la Colonie de Mettray. Elle demande, ce point étant acquis, que les boutures et plants de Mettray soient distribués dans les communes les plus phylloxérées du département.
M. Drake estime qu'il n'y a pas grande différence entre les cépages américains venant du Midi de la France et les cépages américains venant de Mettray.
Il pense qu'on pourrait demander la libre circulation dans l'Indre-et-Loire des cépages américains du Midi. Si ces cépages ne peuvent être introduits dans le département, beaucoup de propriétaires laisseront péricliter leurs vignes.
Un département qui, au point de vue phylloxérique, a beaucoup de ressemblance avec l'Indre-et-Loire, le département de la Haute-Garonne, a demandé et obtenu l'autorisation d'introduire des cépages américains sur son territoire, et il se trouve bien de cette mesure.
On pourrait décider que ces cépages, avant d'être introduits dans le département, seraient badigeonnés.
M. Tiphaine répond qu'il y a une grande différence entre les cépages américains du Midi de la France et les cépages américains de Mettray. Les premiers ont le phylloxéra, et les seconds ne l'ont pas. Quant au badigeonnage, il ne suffit pas pour détruire le phylloxéra.
M. le Préfet rappelle que les cépages de Mettray sont nés dans la Colonie de graines qu'on y a semées. Ces cépages ne devraient donc pas avoir le phylloxéra. En tous cas, avant de les distribuer dans le département, on les examinera.
M. Houssard voudrait que par la voie des Comices agricoles on invitât les agriculteurs à établir eux-mêmes des pépinières dans leur propriété et à créer ces pépinières à l'aide de semis.
M. le Préfet dit que, pour le moment, il faut que ces semis soient faits par des hommes compétents. A Mettray on a semé huit espèces différentes de graines, et il n’y en a que deux qui aient réussi.
Aujourd'hui, l'Administration voudrait distribuer ces plants entre divers propriétaires et sur différents points du département, afin de voir quelle est la qualité qui convient le mieux au département. Lorsque cette question sera élucidée, alors on pourra recourir aux semis.
M. Tiphaine fait remarquer que l'exploitation de la pépinière de Mettray a coûté fort cher. Il pense que si le département doit continuer à faire des semis, il importe d'obtenir des conditions moins onéreuses.
M. le Préfet répond que si les 2 000 ceps qui actuellement sont à Mettray on coûté très cher, cela provient que sur 8 espèces de graines semées il n'y en a que 2 qui aient réussi.
A l'avenir, on ne sèmera que des grains de l'espèces de celles qui ont réussi, et les résultats, probablement seront meilleurs.
Les conclusions du rapport de M. Tiphaine son adaptées.
M. le Préfet est invité à faire distribuer gratuitement entre différents propriétaires les ceps de Mettray.
 

1886

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session de mai 1886. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1886.
p. 83-88
9. - Phylloxéra.
1. Situation du département au point de vue phylloxérique.
Le phylloxéra poursuit sa marche envahissante dans le département. Depuis votre dernière session d'août [1885], vingt nouvelles communes ont été déclarées officiellement phylloxérées. Actuellement, le puceron a été découvert sur le territoire de 90 communes ; on peut évaluer la superficie des vignes contaminées à 900 ha, et celle des vignes détruites à 100 ha, et il faut peut-être admettre que ces chiffres ne sont pas l'expression exacte de la vérité, l'étendue du mal étant imparfaitement connue et chaque jour amenant d'ailleurs la découverte de nouveaux envahissements.
2. Introduction des vignes étrangères.
Cet état de choses place les vignobles du département dans un situation critique. Il faut, en effet, songer à reconstituer les vignes détruites, et cependant il ne serait pas bon de compromettre la défense dans les régions où elle peut encore donner des résultats.
Cette nouvelle phase de la situation phylloxérique mérite la plus sérieuse attention. Aussi ai-je cru devoir, pour donner satisfaction aux nombreuses demandes qui m'ont été adressées, mettre à l'étude la question de savoir s'il conviendrait de demander à M. le Ministre de l'Agriculture l'autorisation prévue à l'article 2 du décret du 22 mars 1886, afin de permettre aux viticulteurs du département de procéder à la reconstitution des vignobles en cultivant des cépages américains. 
A cet effet, j'ai fait inviter les Comités d'études et de vigilance de chacun des arrondissements, les Conseils municipaux du département et ceux des communes limitrophes, dans un rayon de 10 km, à faire connaître leur avis sur cette question.
Le Comité central d'études et de vigilance a émis l'avis qu'il conviendrait d'autoriser la mise en culture des cépages américains, mais en limitant cette autorisation aux communes déclarées officiellement phylloxérées.
Le Comité de l'arrondissement de Chinon a exprimé l'opinion que la seule importation qui pourrait être autorisée dans l'arrondissement serait celle des boutures provenant des semis faits à la Colonie de Mettray, et que, cette autorisation devrait être limitée aux communes contaminées.
Le Comité de l'arrondissement de Loches n'a pris aucune délibération.
Les avis des Conseils municipaux ne sont pas encore complètement parvenus à mon Administration ; mais, sans établir dès maintenant le chiffre des avis favorables et des oppositions formulées, je puis déclarer que la question de l'introduction des vignes étrangères dans le département a soulevé de nombreuses et énergiques protestations.
Peut-être s'exagère-t-on la portée de cette mesure ; il est permis de dire, en effet, maintenant que notre contrée est atteinte sur presque tous les points, que le développement normal des foyers phylloxériques existant actuellement est plus à craindre pour les vignes restées indemnes que la franchise de circulation des cépages étrangers.
La nouvelle situation qui résulterait de l'autorisation dont il s'agit aurait cependant pour fâcheux résultat de paralyser l'effort des vignerons qui traitent leurs vignes pour enrayer les ravages du phylloxéra.
D'un autre côté, je crois pouvoir affirmer qu'une demande réduite aux proportions indiquées par les Comités de vigilance n'aurait pas de chance d'aboutir. L'unité adoptée par le Gouvernement relativement aux mesures de police prises pour empêcher la propagation du phylloxéra est l'arrondissement, et je ne crois pas que M. le Ministre de l'Agriculture consente à limiter l'autorisation de cultiver des vignes étrangères à une circonscription administrative plus restreinte, à raison de la difficulté d'application qui en résulterait.
J'ai d'ailleurs prié M. le Ministre de me faire connaître si la libre circulation pourrait être accordée seulement en ce qui concerne les produits de la pépinière de la Colonie de Mettray. J'espère pouvoir vous faire connaître au cours de votre session, la réponse de l'Administration supérieure à cet égard.
Il convient, dans tous les cas, d'examiner si le moment est venu de permettre l'introduction dans le département, ou seulement dans les uns ou les autres des arrondissements, de vignes américaines et généralement de toutes les vignes étrangères, ou s'il préférable d'ajourner cette mesure.
Telle est la question sur laquelle le Conseil général est appelé à délibérer, conformément aux dispositions de l'art. 2 du décret du 22 mars 1886. Je suis convaincu qu'elle sera résolue au mieux des graves intérêts en cause.
3. Pépinière départementale de vignes américaines.
Dans la réunion qu'il a tenue en la circonstance dont il s'agit, le Comité central d'études et de vigilance du phylloxéra a émis le vœu que 2 000 plants de vignes américaines de la pépinière établie à la Colonie de Mettray fussent distribués à des viticulteurs expérimentés, pour permettre d'étudier les résultats obtenus dans les différents terrains affectés à la culture de la vigne.
Comme cette pépinière a été établie aux frais du département et au moyen de pépins concédés gratuitement par le Ministre de l'Agriculture il appartient au Conseil général de déterminer les conditions dans lesquelles les produits de la pépinière pourraient être distribués.
Je vous prie Messieurs de prendre une décision à ce sujet. Dans le cas où vous penseriez que le département devrait rentrer dans ses avances en faisant payer les plants de vigne à délivrer, vous auriez à adopter un tarif des prix de vente de ces plants de vigne.
Vous trouverez au dossier quelques éléments d'appréciation sue ce point.
Depuis sa création, la pépinière de Mettray a occasionné des dépenses qui ont absorbé presque complètement le crédit de 1 000 fr. alloué au budget de 1883, suivant votre délibération du 24 août 1882, et dont le reliquat disponible a été successivement reporté au compte des exercices 1884 et 1885.
D'un autre côté, l'état actuel des plants obtenus au moyen des semis fait en 1883 et en 1884 nécessite l'emploi d'un terrain plus étendu, et, par une lettre qu'il m'a adressée à la date du 22 mars dernier, M. le Directeur de la Colonie de Mettray m'a fait connaître qu'il mettait à la disposition de l'Administration départementale, pour l'extension de la pépinière, un hectare d'excellent terrain ; mais il a ajouté que cette extension donnera lieu en 1886 et en 1887, à une nouvelle dépense de 1 000 fr.
En raison de l'urgence, je vous serai obligé de vouloir bien autoriser dès maintenant le prélèvement, sur les fonds libres de l'exercice courant, du crédit nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de la pépinière départementale de vignes américaines. Ce crédit serait inscrit ensuite au budget rectificatif de l'exercice 1886.
Je vous soumettrai, du reste, la demande de M. le Directeur de la Colonie de Mettray et le rapport spécial de M. le Délégué départemental au service du phylloxéra.

1886

Ann. Soc. Agr. I&L. 1886. p. 63. Séance du 10 avril 1886. 
Lettre de M. Dugué, professeur d'agriculture, informant la Société que M. Dracke a installé à Monts, au château de Candé, un atelier de greffage de la vigne américaine et invitant les membres de la Société à la visiter. Les membres absents seront informés par la voix des journaux.

1886

Ann. Soc. Agr. I&L. 1886. 
Rapport sur l'exposition d'Orléans
p. 151-155
Château de Beaulieu, commune de Neuvy-le-Roi, 27 octobre 1886 (par Victor d'Aubigny)
Extrait p. 154
La pépinière du Loiret nous fournit un riche sujet d'étude indépendamment des cépages américains ; dans le but de conserver nos bonnes espèces françaises, il a été décidé en 1885 qu'on ferait appel à toutes les collections, et que tout cépage français ou américain y serait expérimenté. Je ne puis engager nos viticulteurs d'Indre-et-Loire à aller la visiter, ils seront assurés d'avance de toute la connaissance de M. Duplessis, professeur départemental, il consacre tout son zèle et son savoir à cette importante création.

1886

Conseil Général d'indre-et-Loire

Session de mai 1886

Phylloxéra
p. 112-114
M. Herpin présente le rapport suivant sur le service du phylloxéra.
M. le Préfet vous demande de fixer les honoraires auxquels pourront donner lieu les déplacements de M. le professeur d'agriculture ou de ses suppléants, MM. les membres des comités d'études et de vigilance, pour le service du phylloxéra (recherches et constatations, mises en œuvre des traitements, etc.)
Il propose de diviser ces honoraires en deux catégories : journées entières, ou simples vacations s'il s'agit de déplacements de moins d'une journée. Comme base il indique que les délégués chargés par la Ministre de l'Agriculture des traitements administratifs reçoivent une allocation de 15 fr. par jour, outre le remboursement des frais de voyage.
La Commission, après avoir pris connaissance des diverses allocations touchées par M. le professeur d'agriculture, a trouvé qu'il reçoit :
Comme professeur à l'Ecole normale de Loches. 1 750 fr.
Comme professeur départemental d'agriculture. 1 750 fr.
Et pour les frais de tournées et de conférences. 2 000 fr.
Total par an. 5 500 fr.
En présence de ce chiffre, relativement considérable, la Commission n'a pas cru devoir entre dans l'ordre d'idées indiqué par M. le Préfet ; elle a pensé que le surcroît de travail occasionné par le service du phylloxéra à M. le professeur d'agriculture serait suffisamment rémunéré par une augmentation de traitement fixe de 500 fr., les déboursés pouvant être compris dans l'allocation de 2 000 fr. pour frais de tournées et de conférences, laquelle n'est évidemment jamais en fait employée intégralement, loin de là, étant donné le chiffre maximum de conférences fait chaque année.
Quant aux frais honoraires qui pourraient être réclamés par les membres des comités de vigilance, la Commission a pensé que cette suppléance ne pouvant survenir que par suite d'empêchement du professeur d'agriculture, ce serait, audit cas, à celui-ci à assurer le service de ses frais.
Dans ces conditions, la troisième Commission a l'honneur de vous proposer d'augmenter purement et simplement comme honoraires pour le service du phylloxéra, de 500 fr. le traitement du professeur d'agriculture, les déboursés de déplacements devant être pris sur le crédit de 2 000 fr. à lui déjà alloué pour frais de tournées et de conférences.
Les conclusions de la Commission sont adoptées. Le Conseil décide que la nouvelle situation qui est faite au professeur d'agriculture aura son effet à partir de ce jour.
 

1886

Publication de la Société tourangelle d'horticulture

Société tourangelle d'horticulture
Les parasites de la vigne en Touraine
Phylloxéra & Mildiou, leurs traitements
L'incision annulaire, ses résultats
Mémoires destinés à la Société tourangelle d'horticulture
par Er. MADELAIN, Directeur des Jardins publics de Tours, rapporteur-trésorier de la Société.
1886-1887
Tours, imprimerie Rouillé-Ladevèze Deslis frères successeurs 1887
ADIL 8°BH260
p. 5-21
Le phylloxéra en Touraine et les vignes américaines.
Mai 1886
Messieurs,
J'ai l'honneur de réclamer votre attention sur un sujet qui semble, au premier abord, être pris complètement en dehors de ceux que nous traitons habituellement, mais qui n'en constitue pas moins une question importante sur laquelle plusieurs d'entre vous ont été appelés déjà, j'en suis sûr, à donner leur avis. Je veux parler de l'invasion du phylloxéra en Touraine.
C'est aussi pour répondre aux demandes qui m'ont été adressées que j'ai rédigé ce rapport dont la plupart des faits qui y sont relatés sont le résultat de mes travaux et de mes observations personnelles Je le soumets à votre appréciation, vous priant de le discuter et de lui donner votre approbation si vous le jugez à propos.
Notre association n'a-t-elle pas été une des premières à s'occuper des questions qui touchent de près, aussi bien l'agriculture que l'horticulture et à émettre par le travail de ses membres son appréciation ? Il y a deux ans, la situation malheureuse que nous a créé le mildiou (peronospora viticola) qui tend à s'aggraver d'une manière fâcheuse, avait été l'objet d'une discussion de plusieurs de nos réunions, et certes, le résultat a éclairé plus d'un propriétaire, plus d'un viticulteur soucieux d'atténuer les ravages causés par ce cryptogame.
Quoique la question du phylloxéra soit autrement importante que celle du mildiou (Depuis la lecture de ce rapport (mai 1886), je suis convaincu que le mildiou doit être plus redouté de nos viticulteurs que le phylloxéra.), quoiqu'elle semble devoir être résolue exclusivement par la Société d'agriculture, qui comprend parmi ses membres les plus grands propriétaires de la Touraine, éclairés par M. Dugué, le sympathique professeur d'agriculture du département, qui, depuis deux ans, fait preuve d'un activité remarquable, je crois qu'il est de notre devoir de rechercher et de publier les moyens les plus efficaces pour parer aux ravages qui s'accentuent davantage.
Il ne faut plus se faire d'illusion, Messieurs, mais se rendre à l'évidence, la majeure partie des vignobles tourangeaux sont attaqués par ce redoutable puceron du Nouveau-Monde qui, il y a une dizaine d'années, a presque anéanti les cultures du Midi dans un laps de temps relativement restreint.
Malgré les syndicats et les commissions qui se sont formés pour en entraver la marche ; malgré les remèdes que les chimistes et les viticulteurs les plus distingués ont recherchés et appliqués ; malgré la récompense promise par le Gouvernement à celui qui détruirait ce parasite de la vigne, le phylloxéra n'en poursuit pas moins sa marche ascendante avec une intensité incroyable.
Il va se passer, ou plutôt, il se passe en Touraine les mêmes faits qui se sont accomplis dans la Gironde, les Charentes, il y a une dizaine d'années. Espérons que sans plus attendre et profitant des essais faits par nos concitoyens du Midi, nos viticulteurs vont prendre leurs dispositions pour parer, dans la mesure du possible, à la suppression du meilleur produit de notre contrée.
Quels sont donc les procédés qui ont été employés et qui ont donné les meilleurs résultats ? L'expérience nous démontre que le greffage de nos variétés françaises sur les espèces américaines, où de tout temps a vécu le phylloxéra, et la recherche de variétés américaines à production directe doivent être la base de nos opérations.
Si nous examinons ce que les viticulteurs du Midi, principalement ceux de l'arrondissement de Libourne, ont tenté depuis l'invasion phylloxérique dans leurs vignobles et les produits qu'ils ont obtenus dans ces dernières années, nous sommes en droit d'être convaincus que les deux procédés que je viens d'indiquer sont les seuls, pour le moment que nous devons rechercher. Je laisse de côté l'immersion, dont les résultats sont fort appréciables, mais qui, pour nous, seraient très coûteux et presque impraticables dans la majeure partie de nos plantations, ainsi que le traitement au sulfure de carbone que je considère impuissant, malgré la grande publicité et l'application obligatoire de ces dernières années (1).
Lorsqu'il fut démontré que les vignes américaines résistaient aux piqûres du phylloxéra, les premières tentatives furent faites pour reconstituer par greffage les vignobles détruits. Les résultats ont surpassé toute attente. Mais ce n'est, croyez-le, Messieurs, qu'après de longs essais, souvent infructueux, que l'on est parvenu à pouvoir déterminer, sur la grande quantité d'espèces que l'on avait à sa disposition, quelles étaient les plus favorables à l'adaptation et au développement de nos variétés françaises.
Les espèces et les variétés américaines sont fort nombreuses, c'est bientôt par centaines qu'elles se comptent ; sur ce nombre, d'après les expériences faites avec le plus grand soin, cinq seulement ont donné des résultats satisfaisants et sont employés en grand dans les départements de la Vienne, des Charentes, de la Gironde, etc. Cette quantité vous paraîtra évidemment bien restreinte ; cependant, pour moi, qui ai examiné et jugé les essais de quelques viticulteurs tourangeaux, un seul semble réunir toutes les conditions désirables au point de vue de l'adaptation et des terrains. C'est le Vitis Riparia, que l'on divise en Riparia tomenteux (V. Riparia tomentosa) et Riparia à larges feuilles (V. Riparia latifolia).
Je crois qu'il est de mon devoir de vous faire connaître le premier qui, en Touraine, s'est occupé de rechercher la meilleure des espèces américaines propre au greffage du Côt, du Groslot, du Gamay teinturier, etc., si répandus dans notre région. C'est un de nos collègues, M. Pierre Gerberon-Nau, viticulteur à la Roche, commune de Cinq-Mars, à qui la Société tourangelle d'horticulture décernait un premier prix en 1882, pour les plants américains qu'il exposait au comice de Langeais. Puis sont venus des grands propriétaires qui, à l'heure actuelle, sont prêts à reconstituer leurs vignobles s'ils étaient atteints par le phylloxéra. L'un d'eux M. Jacques Drake, propriétaire à Candé (Monts), a même installé une école de greffage où se sont rendus les propriétaires et les vignerons soucieux de leur exploitation.
J'engage donc à multiplier, pour le moment, cinq vignes américaines seulement comme porte-greffes, me basant sur les résultats acquis et sur les témoignages publiés dans les comptes rendus des pays phylloxérés, le Libournais entre autres.
1° Le Vitis Riparia tomentosa, riparia tomenteux, pour les terres fortement argileuses ;
2° Le Vitis riparia latifolia, riparia à larges feuilles, et le Vitis York Madeira, pour les terrains argilo calcaires ;
3° Le Solonis, pour les terres calcaires ;
4° Le Vialla, pour les terrains siliceux.
Je ne puis quitter ce sujet si important sans vous faire connaître l'opinion que nous avons maintenant sur trois cépages qui, pendant ces dernières années, ont été fort renommés. Je veux parler du Clinton, du Taylor, et du Rupestris.
Le Clinton est à peu près abandonné partout, quoique, sur cette variété, le greffage soit facile ; mais il ne végète bien que dans les terres riches en silice. Il en est de même du Taylor. Quant au Rupestris, les résultats n'ont été que fort peu appréciés sous le rapport de la végétation.
C'est donc sur le Riparia, le York-Madeira, le Solonis et le Vialla que doivent se concentrer tous les efforts que vont tenter nos viticulteurs.
Mais, je le répète, le préférable est sans contredit le Riparia, quoiqu'on lui ait reproché de végéter peu vigoureusement dans les terres imprégnées d'eau pendant une partie de l'année ou de couleur blanchâtre. Je l'ai vu atteindre des dimensions considérables en Touraine, dans l'un et dans l'autre de ces sols.
Le greffage de la vigne n'est pas à son début. Cependant ce n'était que par hasard qu'il était employé et plutôt dans les jardins fruitiers que dans les vignobles où un mauvais plant est vite remplacé par le marcottage pu la bouture. Il en était ainsi de même dans le Midi jusqu'à l'invasion phylloxérique ; mais on peut dire que depuis une dizaine d'années ce mode de multiplication a pris une extension considérable, extension due aux résultats obtenus.
En pourrait-il être autrement ? Il était certain que le greffage des cépages français sur les vignes américaines donnerait de bons résultats au double point de vue de la résistance au phylloxéra et à la production comme quantité et qualité. Le vin fait avec les vignes greffées est identique au cépage qui a fourni les greffons, de même que le greffon d'une poire Williams placé sur un poirier franc ou sur un cognassier fournit des fruits comme s'il était franc de pied. Je dirai plus, la production est et de beaucoup supérieure. Je ne veux pour le prouver que citer le fait suivant : en 1885, au printemps, j'ai greffé plusieurs Riparia avec du Gamay teinturier ; au mois de septembre 1886, c'est-à-dire à la deuxième végétation, les greffons avaient produit de trois à quatre sarments atteignant 2,50 m de hauteur, malgré un pincement et étaient munis de huit à dix grappes de raisins parfaitement mûrs. Le même résultat a été obtenu à Candé, par M. Audebert, qui avait greffé des Groslots de Cinq-Mars sur des Riparias.
Bien des viticulteurs se demanderont peut-être quelle longévité pourrait avoir un vignoble ainsi créé. J'avouerai que moi-même le premier j'ai un instant douté du succès que l'on obtiendrait par ce mode de reproduction ; j'avais peu d'espoir sur sa durée quoique ne doutant pas de son rendement pendant plusieurs années.
Les comptes rendus du Libournais sont des plus satisfaisants et des plus concluants. Voici ce que dit M. Poiteau conseiller général de Gironde, sur les résultats constatés en 1885 dans l'arrondissement de Libourne ; "Au cours de nos excursions, nous entendions dire par un praticien sérieux que si ses vignes greffées duraient de quinze à seize ans, cette période de temps lui permettrait non seulement de couvrir toutes ses dépenses, mais encore de réaliser des bénéfices importants. Or il résulte de nos visites, que cet espoir ne sera pas déçu, puisque nous avons observé des greffes qui ont accompli leur neuvième année et qui non seulement se portent à merveille, mais qui semblent augmenter de vigueur. Il est indiscutable que les vignes greffées dont nous parlons, devraient-elles succomber contre toute attente et tout probabilité dans un avenir relativement prochain, ce qui nous paraît absolument impossible, ce ne sera jamais avant cinq ou six ans, c'est-à-dire que leur longévité viendrait satisfaire le propriétaire."
Par l'opération de greffage, je constate un double avantage : conserver intacts nos produits, dont plusieurs, le Bourgueil, le Joué, le Saint-Avertin, le Vouvray, font depuis un temps immémorial les délices des gourmets, et assurer une production plus considérable, car le greffage portera plus tôt la vigne à fruit que si elle était multipliée par les procédés ordinaires.
Des essais faits au printemps 1885 dans les vignobles phylloxérés du canton de Sainte-Maure [Louis Martineau], ont été extrêmement satisfaisants. Là, j'ai vu des Riparias dont les greffes se sont développées dans l'année de plus d’une mère portant des fructifications ; ces Riparias avaient été plantés au milieu des variétés du pays complètement mortes, malgré le sulfure de carbone dont les bombonnes jetées çà et là démontraient l'impuissance.
Je crois donc, Messieurs, qu'il y a des éléments pratiques assez probants, assez démonstratifs pour encourager le greffage et qu'il n'est pas nécessaire de conseiller à nos vignerons de s'en tenir encore à de simples essais (2).
Le greffage peut s'opérer de deux manières : sur place et sur table.
Dans la première, les sujets américains ont été dispersés de façon à former un vignoble ; ils reçoivent le greffon la deuxième ou la troisième année, c'est-à-dire, lorsque leur grosseur à la base est à peu près égale à la variété qu'ils doivent faire végéter.
Ce procédé a été jusqu'à ce jour peu employé parce que les greffes exigent pendant leur première végétation des soins qu'il n'est pas toujours facile de donner, étant disséminées sur une grande surface et sujettes aux nombreuses intempéries du printemps. La reprise n'étant pas absolue, i fallait plusieurs années pour arriver au greffage de tous les ceps d'un vignoble et par suite la végétation était irrégulière ainsi que la production.
Il est donc préférable d'employer la greffe sur table, sur bouture ou sur plant enraciné, mis en pépinière, pour les trois raisons principales constatées par M. Poiteau, dans l'un de ses rapports publiés en 1884 : 1° La mise en pépinière greffée sur bouture donne d'aussi belles vignes que le greffage sur place ; 2° il y a aussi une notable économie, 10 000 boutures en pépinière ne coûtant pas plus en travaux de culture que 1 000 sujets mis en place ; 3° enfin, parce que ce procédé créé un vignoble régulier et dans sa végétation et dans sa fructification."
Quant aux modes de greffer, ils sont assez nombreux si l'on en croit les praticiens qui ont réussi dans une proportion notable par des systèmes différents. Cependant la greffe en taille pleine qui consiste à tailler le greffon en coin sur une longueur de 2 à 3 cm, ayant soin que la naissance du coin soit située à 0,01 m d'un œil, à couper le sujet à 3 cm au-dessus de la surface du sol, à faire une fente verticale passant par la moelle d'un longueur de 2 à 3 cm, introduisant alors le coin du greffon dans la fente faisant en sorte que les écorces coïncident bien, est celle due je conseille pour le greffage sur table, par sa simplicité et la rapidité de son exécution. Il faut faire en sorte que les sujets soient de la même grosseur ; dans le cas où la vigne américaine serait plus volumineuse, il est urgent que d'un côté les écorces soient parfaitement en rapport.
La greffe faite au moyen du greffoir perfectionné dont s'est servi M. Audebert de Candé (Monts), me semblerait supérieure (3) en ce que le sujet n'est plus coupé horizontalement mais évidé de sorte que toutes les parties, même la moelle, se trouvent en contact et qu'aucune perte de sève n'est possible.
La greffe anglaise est aussi employée avec succès, mais c'est surtout pour le greffage sur place que je la conseille. Il faut dans ce cas que le greffon et le sujet soient de même grosseur. On coupe la tête du sujet en biseau très allongé ; au tiers supérieur de la plaie on fait une fente longitudinale ; le greffon est préparé de la même manière en sens inverse en ayant soin de faire passer le biseau près d'un œil ; on réunit les deux sarments en les agrafant.
Dans le cas où le sujet serait plus considérable, on peut appliquer la greffe en fente de côté, que vous connaissez tous, en mettant deux greffons diamétralement opposés, etc., etc.
Avant de vous parler des soins à donner aux greffes faites en plein champ ainsi que les opérations du greffage sur table, un mot seulement sur le ligaturage.
Le ligaturage a pour but de rapprocher entre elles les parties et de maintenir le greffon dans un bonne position.
La meilleure ligature, la plus rapide dans son application et la plus économique est sans contredit le raphia qui, depuis quelques années, est employé dans bien des travaux horticoles et agricoles, remplaçant avec avantage les liens d'osier, l'écorce de tilleul, la paille et le chanvre, etc. et dont le bon marché le met à la portée de tous les viticulteurs. Ayant remarqué que le raphia était susceptible de se décomposer assez rapidement et par suite de disparaître avant la reprise complète de la greffe, je crois qu'il est indispensable de le faire tremper quelques instants avant de s'en servir dans une dissolution de sulfate de cuivre à la dose de 2 grammes pour 100 grammes d'eau. A une dose plus forte, et ayant séjourné une heure seulement, il y aurait un grave inconvénient (je l'ai essayé à mes dépens) de ligaturer les greffes.
Le raphia se trouve dans le commerce chez tous les marchands grainiers. Son prix est de 3,50 fr/kg environ.
A quelle époque doit se faire le greffage sur place ? L'expérience a démontré que cette opération doit se faire de la mi-avril au commencement de juin, lorsque la sève circule abondamment. Il faut avoir soin que les greffons coupés de bonne heure soient demeurés inactifs sous le rapport de la végétation, que tous les yeux dont ils sont munis soient restés complètement à l'état latent, en un mot, qu'ils aient été retranchés de la souche vers le mois de février et conservés à l'air dans un endroit humide complètement à l'abri des rayons solaires.
Le greffage fait en février ne donne guère comme résultats que 30 %. J'attribue cette non-réussite à l'humidité qui, à cette époque de l'année, sévit avec intensité et envahit les coupes faites au sujet et au greffon. Il en est de même des greffes opérées en mars. Plusieurs essais, pratiqués dans des communes différentes : Cinq-Mars, Sainte-Maure, n'ont donné que 40 % en moyenne. En avril, ou plutôt vers la fin avril, j'ai obtenu 70 % à Cinq-Mars, et notre honoré collègue, M. Audebert, de Candé, inscrivait comme résultat par des greffes faites en mai près de 80 %. Cet habile observateur avait reconnu que la soudure des coupes s'opérait à cette saison avec une promptitude incroyable, quelques heures seulement suffisaient. Ce fait a été observé par M. Gerberon-Nau qui a bien voulu mettre à ma disposition les notes intéressantes qu'il recueillait depuis deux ans sur l'époque du greffage et les différents systèmes qu'il employait.
Je conseillerai donc de pratiquer le greffage sur place du 15 avril au 15 mai, suivant que la végétation est plus ou moins avancée par les influences atmosphériques. En résumé, cependant, il ne faut pas s'attendre, quel que soit le mode de greffage que l'on emploie, à une réussite de plus de 70 %. Ce nombre vous paraîtra peut-être restreint, mais je vous démontrerai, tout à l'heure, les soins assidus qu'exigent les greffes pendant la première année, soins qu'il n'est pas toujours facile de leur donner en plein vignoble. Vous verrez que je n'exagère pas. Mais avant, je crois qu'il est extrêmement utile de faire connaître approximativement le nombre des plants que les cultivateurs devront greffer en pépinière en prévision des manquants dans l'opération du greffage sur place.
Le tableau le plus complet et que je crois le plus vrai étant en rapport avec les résultats obtenus par trois de nos collègues est celui qu'a publié M. Lareron, professeur d'agriculture du département de la Vienne, au printemps 1886. La plantation d'un hectare se résume ainsi :
Supposons qu'on veuille mettre en place 4 000 plants ; en admettant que les manquants peuvent atteindre 30 %, soit un tiers, on devra donc planter de la manière suivante :
En place, quatre mille plants.....4 000
En pépinière, d'abord, 33 % de 4 000..... 1 333
Plus 33 % de 1 333.... 444
Total.... 5 777
Soit 8 500 plants. C'est-à-dire que pour un hectare dans lequel entreraient 4 000 plants, on devra greffer en même temps 1 800 plants en pépinière, plants qui seront transplantés à la place des manquants en janvier ou février l'année suivante, ce qui assurera au vignoble un végétation et une fructification régulières (4).
Quelles que soient les terres dans lesquelles on opère, il est bon après ligaturage de mastiquer, c'est-à-dire de recouvrir d'un corps gras, la ligature, empêchant ainsi toute humidité dans la coupe et tout déperdition de sève. Le mastic le plus économique est sans contredit l’argile délayée dans l'eau que l'on pétrit et qui s'applique facilement.
Ces opérations printanières se terminent par le buttage qui consiste à recouvrir de terre bien meuble le greffon qui doit disparaître sous une épaisseur de quelques centimètres.
Les soins culturaux que la plantation doit recevoir pendant l'été qui suit le greffage sont très simples, mais des plus urgents. Ils consistent à entretenir le sol exempt de mauvaises herbes, ce que l'on obtient par les sarclages et les binages répétés autant de fois que cela est nécessaire, tout en se gardant bien de toucher aux buttes autrement que pour supprimer les végétations qui s'y seraient développées ; encore je conseille de faire cette opération à la main, car le moindre dérangement, la moindre secousse imprimée au greffon avant sa parfaite soudure avec le sujet peut entraîner sa perte. Ce n'est que vers le commencement d'octobre que l'on viendra constater les résultats obtenus en déchaussant les ceps.
Presque toujours, le greffon ainsi enterré émet des racines près des yeux ou de l'œil dont il est muni, il faut alors avec un instrument bien tranchant les supprimer toutes. Ce travail ne sera plus à recommencer les années suivantes puisque le greffon a été placé quelques centimètres au-dessus de la surface du sol dans le but qu'il ne puisse s'affranchir. Je n'engagerai pas à faire ce retranchement au printemps, la greffe et le sujet pourraient en souffrir par la force que les racines auraient pu acquérir.
Les tissus nouveaux qui unissent les deux sujets étant à peine formés, plusieurs viticulteurs se sont aperçu qu'un second buttage était nécessaire sitôt que les froids se faisaient sentir ; il y avait bien des greffes qui périssaient dans le premier hiver qui suivait le greffage et qui, à l'automne, semblaient végéter vigoureusement. Cependant, dans le Midi où cette saison est généralement moins rigoureuse que chez nous, cette opération n'est pas urgente, elles pratiquée seulement pour les sujets languissants.
A l'automne, les plants qui n'auraient pas réussi peuvent être arrachés et transplantés en pépinière où ils seront de nouveau transformés en boutures pour servir plus tard de porte-greffes ; et, si le propriétaire a eu le soin de tenir en réserve une certaine quantité de greffes reprises, les vides pourront être immédiatement comblés.
Les années suivantes les vignes ainsi formées recevront les mêmes soins que les autres vignobles, sans toutefois allonger la taille, quelle que soit la vigueur des sujets greffés.
Le greffage sur table peut s'effectuer sur bouture ou sur plant raciné. Ce dernier mode est préférable, car, le sujet entrant immédiatement en végétation fournit au greffon un sève abondante qui assure la soudure des parties coupées dans un temps beaucoup plus court que la bouture qui doit pourvoir d'abord à sa propre subsistance avant d'alimenter la greffe.
Quel que soit le système de greffe que l'on emploie, il faut toujours faire en sorte que les sarments soient à peu près de la même grosseur, de façon que l'opération faite, les écorces coïncident parfaitement entre elles, laissant ainsi arriver la sève du sujet dans le greffon sans subir un temps d'arrêt qui, souvent sans cette précaution entraîne la perte du travail.
Les greffes ainsi préparées, vers la fin mars, commencement d'avril, devront être placées sur couches de fumier mélangé de feuilles, couches donnant une température de 10°C à 15°C, enterrées dans un compost très sableux et recouvertes soit de cloches, soit de châssis.
S'il est possible de se servir de châssis, ce qui est préférable, les greffes devront être placées l'une près de l'autre, distantes de 5 à 6 cm, devant végéter la première année sans être dérangées. Dans le cas contraire, si leur reprise doit s'effectuer sous cloche, il faut les réunir par bottes de 50 à 60 et les enfouir complètement jusqu'à ce que la soudure soit opérée, ce qui demande un mois environ. Le sujet alors est muni de racines et les yeux du greffon sont prêts à se développer. Alors, par une journée humide et calme, on les transporte dans un terrain préparé ad hoc ayant soin de laisser les radicelles du sujet intactes et de retrancher celles qui se seraient formées soit sur le greffon, soit sur la coupe. Elles seront buttes jusqu'à la naissance du deuxième et dernier œil.
Dans le cours de l'été, elles devront faire l'objet de l'attention du viticulteur qui leur procurera tous les soins nécessaires pour leur assurer une bonne végétation qui permettra de les transplanter, le printemps suivant, dans le vignoble. Ces soins se résument : 1° à débutter, c'est-à-dire à découvrir l'œil de la base quinze jours environ après plantation. La greffe proprement dite devra être enfouie dans le sol jusque vers le mois d'août ; 2° à supprimer au fur et à mesure de leur apparition les bourgeons que pourraient émettre les sujets et à retranche les radicelles qui se développeraient sur les coupes ; 3° enfin, à entretenir le terrain exempt de mauvaises herbes et dans une légère humidité, ce que l'on obtiendra facilement en couvrant le sol d'un léger paillage.
En résumé, Messieurs, je suis on ne peut plus partisan de la reconstitution des vignobles phylloxérés par le greffage, certain à l'avance qu'il est peut-être le seul de tous les moyens employés jusqu'à ce jour pour combattre avec efficacité le puceron dévastateur. Je ne parle pas de l'immersion, impraticable dans la majeure partie des vignobles, ni du sulfocarbonate de potassium par trop onéreux. A ces deux moyens employés avec succès dans le Libournais, restent les producteurs directs, dont vous avez sans doute entendu parler, tels que le Jacquez, l'Othello, le Noah, etc. J'aurai l'honneur de vous soumettre les résultats qu'auront acquis les quelques viticulteurs tourangeaux qui d'occupent de cette importante question. J'espère qu'ils voudront bien me permettre de l'étudier avec eux. Quoi qu'il en soit à ce sujet, je ne saurais trop engager les propriétaires à chercher d'hybrider les cépages qu’ils cultivent avec des espèces américaines telles que le riparia, le rupestris, afin d'obtenir des variétés pouvant supporter sans souffrir les piqûres de l'insecte qui a détruit si rapidement les vignes asiatiques. Le phylloxéra nous vient du Nouveau-Monde et de tout temps a vécu sur les vignes américaines, c'est par celles-ci, j'en suis convaincu, que l'on parviendra à le combattre, soit par les producteurs directs, soit plus certainement par le greffage.
Je termine, Messieurs, en vous priant de croire que c'est à la Société tourangelle d'horticulture que reviendra l'honneur d'avoir fait, en Touraine, les premiers essais, et, espérons-le, de résoudre, dans la mesure du possible, cette grande question : la reconstitution du vignoble par les cépages américains.
Il y a encore beaucoup à faire, je le sais. Ce n'est pas en quelques années seulement que nous trouverons les meilleurs porte-greffes, les producteurs directs résistants pour notre région et pour les différents cépages qui s'y cultivent. Non. Mais c'est en travaillant sans relâche, les yeux fixés sur le Midi, que nous parviendrons à mettre nos vignobles à l'abri de l'invasion phylloxérique.
Je remercie ici, bien sincèrement, MM. Audebert, de Candé (Monts), Gaschereau, d'André (Mettray), Gerberon-Nau, de la Roche (Cinq-Mars), Testu, de Richelieu, membres de notre Association, qui se sont mis à l'œuvre depuis trois ans et qui m'ont permis de recueillir et de vous communiquer les notes consignées dans ce rapport. Cette œuvre, ils la mèneront à bonne fin, car dès aujourd'hui, les résultats qu'ils ont obtenus peuvent servir de base aux opérations de ceux qui doutent encore.

(1) Mon appréciation sur l'emploi du sulfure de carbone est peut-être exagérée, mais je ferai remarquer que je ne relate, dans ce rapport, que les faits que j'ai observés en 1884 et 1885. Dans une prochaine communication, je reviendrai sur ce sujet important, suivant avec intérêt les expériences faites au moyen des charrues sulfureuses dans le domaine de Richelieu.

(2) Depuis la lecture de ce rapport, un des grands propriétaires de la Touraine plante cette année trois hectares de Riparia. Ce vignoble, dans deux ou trois ans, sera un champ d'expériences précieux pour les vignerons du canton de Tours-Nord.

(3) Cinq cent greffes faites en 1886, avec cet instrument, par M. Gerberon de la Roche (commune de Cinq-Mars), m'ont de nouveau fait apprécier le greffoir bordelais que je recommande d'une façon toute particulière pour le greffage sur table, à Tours, chez M. Lignelet, maison Leyet, 19, rue de la Scellerie.
Frappé des résultats acquis avec cet instrument de précision dans le greffage bouture sur bouture ou sur plant enraciné, je me suis demandé si ce greffoir ne pouvait pas subir des modifications telles qu'il pourrait être applicable au greffage en plein vignoble, tout en offrant les mêmes garanties dans l'exécution du travail. Les recherches de M. Lignelet viennent d'être couronnées de succès. Non seulement l'instrument qu'il vient de mettre au commerce peut remplir toutes ces conditions désirables, mais il peut aussi bien s'employer pour le greffage sur table que pour le greffage en plein champ. Son double emploi, ainsi que la modicité de son prix, comparée à celle du greffoir bordelais (30 fr.), le mettra, je n'en doute pas, à la portée de tous les viticulteurs.

(4) La greffe se place sur le sujet à 5 cm environ de la surface du sol, pour que par la suite le greffon ne s'enracine pas. Le bourrelet qui nécessairement se forme à l'endroit où les coupes sont réunies émettrait des racines s'il était enterré, et par conséquent le cépage greffé s'affranchirait, entraînant promptement la perte du sujet. Les greffes devront s'effectuer par un temps doux et humide.
 

1887

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'avril 1887. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1887.

p. 91-93
4 Phylloxéra.
I. Situation du département.
Le rapport que m'a adressé M. le délégué départemental au service du phylloxéra en vue de votre prochaine session, et qui sera placé sous vos yeux, constate que, si la marche de l'insecte dévastateur n'a pas été enrayée d'une manière efficace, du moins son action ne s'est pas fait sentier avec plus d'intensité que les années précédentes. Le nombre des communes phylloxérées, qui étaient de 90 lors de votre dernière session d'août, se trouve en effet porté, à l'heure actuelle, à 95.
La défense des vignes s'opère, comme par le passé, d'une façon absolument insuffisante, malgré les efforts incessants de l'Administration qui a cependant pu obtenir, sur différents points du département, avec le concours de quelques propriétaires dévoués, de véritables champs de démonstration anti-phylloxériques.
Les frais auxquels ont donné lieu les traitements [sulfure de carbone] entrepris sous le contrôle de l'Administration ont été couverts au moyen du fonds commun de 4 000 francs, provenant du crédit de 2 000 francs alloué au budget départemental et d'une subvention de parelle somme accordée par le Ministre de l'Agriculture. [...]
II. Pépinières départementales de vignes américaines.
En vertu des pouvoirs que le Conseil général m'avait délégués à cet effet, les produits de la pépinière départementale de vignes américaines, établie à la colonie de Mettray, ont été répartis par mes soins entre les propriétaires de l'arrondissement de Tours qui en avaient fait la demande ; aux prix ci-après fixés par la Commission départementale, savoir : 35 francs le mille pour les plants racinés et 15 francs le mille pour les boutures.
Comme il a été distribué 4 200 plants racinés et 38 000 boutures, la caisse départementale aura ainsi à percevoir une somme de 720 francs environ, qui viendra en atténuation des dépenses faites pour la création de cette pépinière.
III. Circulation des produits de la vigne.
Vous connaissez, Messieurs, les conditions dans lesquelles se trouve le département au point de vue de la circulation des produits de la vigne. Les mesures prohibitives actuellement en vigueur donnant lieu, dans la pratique à de sérieuses difficultés, j'ai été saisi de la question de savoir s'il ne serait pas opportun de reprendre l'instruction de la demande tendant à obtenir la franchise de circulation dans tout le département, demande que vous avez ajournée, aux termes de votre délibération du 6 mai 1886.
D'après M. le délégué départemental, dont j'ai pris l'avis à ce sujet, la situation du département ne semble pas s'être assez sensiblement modifiée pour permettre de reprendre cette question. M. Dugué estime d'ailleurs que cette franchise de circulation ne saurait être acceptable qu'autant qu'elle serait limitée a certains cantons, afin de mettre à l'abri des chances de contagion inhérentes à un état de liberté complète les contrées qui sont encore actuellement indemnes.
Or, l'unité adoptée par le Gouvernement, en cette matière, est l'arrondissement. Il ne serait donc pas possible de poser la question en des termes différents de ceux qui ont servi de base à votre délibération de mai 1886.

p. 116-119
20 avril 1887
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le phylloxéra.
MESSIEURS,
La situation phylloxérique ne s'est guère modifiée depuis l'année dernière ; l'insecte gagne toujours du terrain, mais lentement : cinq communes nouvelles ont été déclarées phylloxérées, ce qui porte le nombre à 95.
La défense du vignoble s'opère avec insuffisance. Le sulfure de carbone reste toujours l'insecticide le plus efficace. Lex expériences de Vallères, de Theneuil, d'Yzeures, de Chaveignes, Neuville et Ligré en sont les meilleures preuves.
Dans un remarquable rapport, le professeur d'agriculture s'efforce d'établir que la résistance serait possible encore, malgré l'étendue du mal, si tous les viticulteurs s'entendaient pour arrêter la marche envahissante du phylloxéra. Ils n'en font rien ; le phylloxéra ne les occupe plus, ils sont tous au mildew.
Tout ceci est bien menaçant pour la principale source de revenu de notre département. Les viticulteurs sont bien décidés à se défendre contre le mildew, et les conférences de M. Dugué leur ont donné une entière assurance dans le succès.
Reste le phylloxéra. Le Conseil général ne saurait qu'encourager toutes les tentatives des syndicats et des particuliers qui luttent ave énergie ; il continuera certainement son concours à ces entreprises.
Vous vous rappelez, Messieurs, que dans une de vos délibérations de l'an dernier, vous avez ajourné la question relative à l'importation des cépages américains dans notre département.
Les arguments pour et contre sont encore présents à votre souvenir. Y aurait-il lieu cette année, d'accorder la libre importation des plants étrangers ?
Votre troisième Commission ne le croit pas ; le professeur d'agriculture ne le croit pas. La situation n'a pas changé depuis 1886 ; nous vous proposerons d'ajourner encore la question.
Ceux qui croient que le cépage américain est le sauveur sont certainement moins ardents dans leur demande de libre importation ; la pépinière de Mettray a fourni plus de 42 000 plants américains, qui ont été distribués entre 45 viticulteurs de l'arrondissement de Tours. Ces plants se multiplieront à l'infini, et dans quelques années il y en aura pour tout le monde.
Une autre question pourrait être posée. Le département verrait-il un inconvénient à la libre importation dans nos communes de cépages français, pris en France, dans des départements voisins phylloxérés ?
La prohibition est de droit. L'arrondissement phylloxéré ne peut diriger aucun plant ou bouture de vigne sur un autre arrondissement. Cette règle est une entrave à la reconstitution de notre vignoble par les cépages français. Ainsi l'arrondissement de Saumur possède, dit-on, des cépages remarquables ; un propriétaire du canton de Vouvray, les connaissant de réputation, voudrait s'en procurer pour établir une nouvelle plantation à Vouvray.
Tous les règlements s'opposent à cette importation, et le propriétaire fort mécontent ne plante pas.
Le Conseil général pourrait émettre le vœu que cette importation directe d'arrondissements dits phylloxérés fût autorisée dans d'autres arrondissements également phylloxérés, sous toutes conditions de surveillance que le Ministre de l'Agriculture imposerait pour une pareille circulation.
Il ne me reste plus, Messieurs, qu'à vous parler d'une demande de crédit pour subvenir aux frais d'une mission en Amérique, dont l'idée revient au département de la Charente-Inférieure et à M. le Dr Ménadier.
Le Comité d'études et de vigilance de la Charente-Inférieure se propose de faire rechercher en Amérique les meilleurs plants de vignes, résistant au phylloxéra et venant naturellement sur les sols calcaires.
Les Conseils généraux de la Charente-Inférieure et de l'Hérault ont voté une subvention de 1 000 fr., et une demande de subvention nous est adressée.
Votre troisième Commission vous propose de ne pas accueillir cette demande, pour ne pas vous mettre en contradiction avec vous-mêmes. Vous avez voté contre l'importation des plants américains dans l'Indre-et-Loire, il serait étrange que vous participiez à une dépense qui aurait pour but de rechercher et de trouver en Amérique un plant américain qui ne pourrait être introduit dans l'Indre-et-Loire.

M. Le Jouteux combat la proposition tendant à autoriser l'introduction en Indre-et-Loire de cépages français provenant d'arrondissements phylloxérés.
M. Thiphaine dit que si cette introduction était autorisée, elle serait naturellement soumise à certaines mesures préventives.
M. Drake estime qu'à cette heure toutes les mesures préventives qu'on pourrait prendre seraient illusoires.
M. le Préfet fait remarquer que, pour autoriser l'importation de cépages provenant d'arrondissements phylloxérés, il faudrait modifier la législation.
Si on ouvre la porte aux exceptions, il ne sera plus possible de se défendre.
Les conclusions de la Commission sont adoptées, sauf en ce qui concerne l'introduction de cépages français provenant d'arrondissements phylloxérés.

1887

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Séance publique de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres d'Indre-et-Loire, du 17 décembre 1887.

Extrait p. 53
La séance est reprise peu d'instants après la lecture de M. Robin de Jugny, sur le concours départemental de viticulture de 1887.
M. Robin de Jugny, dont on ne saurait trop admirer la haute compétence dans la question, donne un exposé de la situation générale des vignobles tourangeaux ; il déplore les fléaux qui les déciment à l'heure actuelle et engage vivement les viticulteurs de la région à pratiquer les moyens de défense et de reconstitution (par les cépages américains), mis en usage jusqu'ici avec un réel succès.
L'éminent rapporteur cite, à l'appui de ses allégations, maintes expériences toutes plus concluantes les unes que les autres, auxquelles il a souvent pris part et qu'on ne saurait trop encourager. Il fait enfin ressortir les différents mérites des concurrents et appelle l'attention de l'assistance sur leur mode de culture.
Il signale notamment M. Heine, propriétaire de la terre de Richelieu ; ses profondes connaissances, son personnel intelligent lui permettent d'exploiter d'une manière à la fois rationnelle et économique son important vignoble, qui lui produit chaque année de superbes résultats.
Aussi M. Heine est-il proclamé grand prix départemental dans la section grande culture.
M. Robin de Jugny fait également l'éloge de M. Jules Tessier, de Pocé, lauréat de la petite culture ; il se plaît à reconnaître l'initiative de ce propriétaire et le parfait entretien de ses vignes. Nous nous associons du reste d'autant plus volontiers à ces félicitations que M. Jules Tessier nous est particulièrement connu et que nous savons qu'il peut haut la main y prétendre.
Honneur donc, et surtout courage ! à nos vaillants viticulteurs qui recueilleront dans leurs œuvres mêmes la légitime récompense de leurs travaux.
Le rapport de M. Robin de Jugny se termine sous une salve d'applaudissements prolongés.

Edouard Testoin
Membre de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire
 

1887

p. 11-12
Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
Par M. R. DE JUGNY
[Commission de visite : MM. RENOU, ROBIN DE JUGNY, DENIS-COUSIN, GUIMAS, LATOUR]
Mesdames, Messieurs,
La Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire, fidèle à la mission qu'elle s'est imposée, cherche par tous les moyens en son pouvoir à venir en aide à l'agriculture. N'est-ce pas elle qui est la richesse principale de la France ? Elle ne réclame pas des privilèges, elle ne demande pas d'être traitée à l'égal de toutes nos industries, et, cependant elle est la plus méconnue, la plus éprouvée, la moins favorisée. Le cadre que je me suis tracé ne me permet pas de vous décrire des souffrances, d'autres plus autorisés que moi l'ont déjà fait.
Il est un point toutefois que je tiens à signaler, c'est la facilité avec laquelle on vend des produits souvent nuisibles à la santé. Ces produits ont pour but de fabriquer des vins dans lesquels le raisin et ce qui en dérive est tout à fait étranger. Qui de vous n'a vu sur nos places publiques des industriels mêler une poudre avec de l'eau, faire un liquide rivalisant de couleur avec nos vins les plus beaux ? Ils annoncent pompeusement que le phylloxéra n'était pas à redouter, que les vignes mêmes pouvaient disparaître, puisqu’avec un franc cinquante on en obtient une barrique.
Séance tenante, ces mêmes industriels de livraient à leur fabrication, ils buvaient leur dit vin, coram populo, ils le faisaient déguster, le public l'acceptait, et, qui plus est, ils vendaient leurs produits.
Je ne crains pas de dire, Messieurs, que cette industrie ne devrait pas être tolérée, je vais plus loin en disant que les pouvoirs publics devraient la punir. C'est engager des propriétaires peu scrupuleux à la fraude, soit en colorant artificiellement la récolte ou en vendant du vin blanc pour du rouge, [parie manquante] de la supériorité des concurrents, mais elle n'a pas été au-dessus de nos forces, nous souhaitons encore voir augmenter le travail.
Nous sommes heureux, Messieurs, de voir le prix qu'on attache aux récompenses ; plus nos concours sont connus, et plus ils sont suivis ; nous ne pouvons en trouver la cause que dans la justice et l'impartialité de nos décisions.
Le concours de viticulture a eu, cette année, un vif intérêt ; il sera d'un grand enseignement dans l'avenir. Il nous démontre l'impuissance des insecticides contre le phylloxéra et la valeur des remèdes employés pour combattre les nombreuses maladies qui atteignent la vigne, que ce soit l'oïdium, le mildew, l'anthracnose, le cochylis, et bien d'autres dont l'énumération est, hélas ! trop longue.
La nécessité s'impose pour nous d'étudier les cépages américains, tant ceux à production directe que ceux greffés ; les derniers surtout, qui nous permettront de conserver nos précieux cépages de Touraine.
J'espère, Messieurs, vous montrer sans ce rapport avec quel intérêt nous devons suivre les essais faits par un de nos concurrents ; qui par suite d'une trop grande modestie les aurait tenus cachés, sin nous ne l'avions engagé, dans l'intérêt général, à nous les faire connaître pour servir à tous d'enseignement.
Nous avons visité, tant pour l'entretien que pour la création de nouveaux vignobles :
GRANDE CULTURE
M. Fuzier-Herman, à la Houssière, commune de Ligueil ;
M. Brisgault, à Cinq-Mars-la-Pile :
M. Goupil de Bouillé, au château de Pavée, près Bourgueil ;
Mme de la Mothe, au château de Razé, près Céré ;
M. Lamaître-Pays, à Fosse-Besse, près Bléré :
M. Heine, au château de Richelieu, à Richelieu ;
M. Desaché, à la Garnaudrie, près Sainte-Maure ;
M. Lelarge, à la Planche, commune de Chanceaux ;
M. Le colonel Salvador, à la Commanderie, près Ballan.
PETITE CULTURE
M. Tessier, à Pocé, près Amboise ;
M. Beaupied-Cureau, à Benais, par Bourgueil ; 
M. Gadin, à Esves-le-Moutier, par Ligueil ;
M. Rondeau, à la Chapelle-Blanche, par Ligueil
 

1887

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
PETITE CULTURE

p. 13
BEAUPIED-CUREAU, à Benais, par Bourgueil
Le vignoble est très bien tenu et d'un seul tenant, les ceps sont bien dirigés, l'accolage est parfait, rien ne manque à ce vignoble.
Nous n'aurions que des éloges à faire à M. Beaupied sur la bonne direction de ses vignes, sur les fumures et les soins qu'il donne ; cependant nous devons lui adresser un reproche sérieux ; l'année 1886 a épargné sa vigne, le mildew ne l'a pas visité, et, cette année, il est encore presque indemne, cependant il nous a semblé à l'état latent ; nous l'avons engagé à traiter, il nous a répondu que s'il ne l'avait pas fait, c'est qu'on lui avait dit qu'il empoisonnerait sa vigne et rendrait sa terre stérile dans l'avenir.
Il est regrettable de voir combien les choses les plus absurdes sont imitées, combien elles seraient nuisibles à la France entière si beaucoup étaient aussi crédules que M. Beaupied, qui laisse ses vignes sans traitement, soit qu'il s'agisse de l'oïdium ou du mildew.

p. 13-14
M. GADIN, à Esves-le-Moutier
M. GADIN, à Esves-le-Moutier, cultive 2,5 ha de vignes, qu'il a plantés il y a environ onze ans, en divers cépages : côt, grolot, gros noir et folle blanche, le tout dans un terrain autrefois inculte, difficile à travailler ; il est argilo-calcaire et argilo-siliceux ; il a dû en extraire de gros blocs de cailloux.
Les vignes reçoivent deux façons de charrue, quelquefois trois, quand le temps le permet, deux façons de herse. Tous les ans elles sont en partie fumées avec des terreaux mélangés à des fumiers.
Le vignoble est très bien tenu, très propre, l'accolage bien fait et la taille bien entendue. M. Gadin fait tout le travail par lui-même.
La création de son vignoble est la conséquence salutaire du bon exemple de son voisin M. Fuzier-Herman.
Nous ne pouvons cependant passer sous silence le grand tort qu'il a eu de ne pas vouloir croire aux diverses maladies de la vigne ; heureusement pour lui le mildew l'a peu visité en 1886, jusqu'à ce jour ses atteintes ont été faibles, mais il se montre. La Commission lui a fait observer qu'il y avait urgence et le plus grand intérêt pour lui à ne pas attendre plus longtemps, s'il ne voulait pas compromettre une partie de sa récolte.
Nous avons constaté la présence de quelques taches de phylloxéra, auxquelles M. Gadin ne voulait pas croire, il les attribuait à la présence d'arbres. Nous lui avons démontré combien était grande son erreur, en lui faisant voir et toucher du doigt l'infatigable et pernicieux petit insecte. La Société lui décerne le troisième prix, médaille de bronze des agriculteurs de France.

p. 14
M. RONDEAU, à la Petite-Croix, près de la Chapelle-Blanche
M. RONDEAU, à la Petite-Croix, près de la Chapelle-Blanche, cultive par lui-même un vignoble de 10 ha, qu'il a créé en entier dans une contrée où il n'y avait presque pas de vignes. Le terrain est argilo-calcaire, très pierreux, il ne produisait que des brandes et des ronces ; après avoir été défriché il fut planté 5 ha en côt, 2 ha en grolot, 2 ha en gros noir et 1 ha en breton.
Le vignoble est très bien tenu, l'accolage bien fait. Deux façons sont données à la charrue et les autres l'araire, la herse et l'extirpateur, toutes les fois que le besoin s'en fait sentir. Le rang de vigne est bêché deux fois à la main par un vigneron à raison de 22 francs l'hectare.
La végétation est très belle, les côts surtout d’une végétation presque trop belle, ce qui nous a porté à lui faire remarquer que sa taille était trop courte, le cépage devant être taillé à long bois, il faut le charger. Il nous fit observer qu'il reconnaissait le bien fondé de nos observations, mais il avait été obligé d'agir ainsi, ses vignes ayant beaucoup souffert en 1886 du mildew, auquel il ne voulait pas croire, aimant mieux attribuer la cause de la maladie à toute autre influence. Cette année encore il n'a traité qu'une seule fois, le mildew ayant fait son apparition sur un grand nombre de ceps, sur plusieurs il semble s'y tenir à l'état latent, n'attendant qu'un moment favorable pour se développer.
L'espace entre les rangs est de 2,33 m, ce qui permet le passage de tombereaux pour le transport des fumiers, celui réservé entre chaque pied sur le rang est de 1 m, le tout est palissé sur deux rangs de fil de fer.
M. Rondeau a fait une plantation qui est aujourd’hui à sa quatrième feuille tant en breton qu'en côt et ce en rangs alternés, ce dernier a été atteint fortement par le mildew, tandis que les rangs en breton sont tout à fait indemnes. La différence de végétation est tellement grande qu'on ne pourrait jamais croire que les deux plantations sont du même âge.
La Commission est unanime à reconnaître en M. Rondeau un homme d'initiative et surtout un travailleur ; son fils, son collaborateur, ne semble pas lui céder sur ce point, une entente parfaite dans cette famille leur permet de conduire à bien l'entreprise.
La Commission propose de lui décerner le deuxième prix, la médaille d'argent petit module de la Société.

p. 14-15
M. Jules TESSIER, à Pocé.
M. Jules TESSIER a créé de toutes pièces un fort joli vignoble de 10 ha environ à environ 1 500 m de Pocé, sur un plateau fort bien exposé, recevant toute la journée les rayons solaires. Le terrain est un bornais à sous-sol très argileux ; pendant l'hiver il est difficile d'y pénétrer et l'été le sol se durcit d'une façon extraordinaire.
La plantation est faite pour 5 ha en côt, 3 ha en gros noir, et 2 ha en cépages divers.
M. Tessier cultive ses vignes par lui-même avec un domestique à l'année. Les façons sont très bien faites, le terrain est tenu très propre, il n'y avait pas apparence d'herbe. Les vignes reçoivent trois façons de labour, deux hersages. L'hiver une façon de butteur est donnée entre les rangs, de la sorte l'eau est retirée du pied des ceps.
Lesdites façons sont évaluées à un prix de 250 francs de l'hectare
Le tout est sur fil de fer ; la taille est bien comprise, le côt est taillé à très long bois suivant la force de la végétation, laquelle est partout remarquable.
De tous les vignobles que votre Commission a parcourus, c'est dans cette contrée qu'elle a constaté le plus de mildew. M. Tessier est actif, intelligent ; il veille sérieusement à tout son vignoble. Il a traité ses vignes en 1886 à la bouillie bordelaise, aussi a-t-il cette année une belle végétation. Ses côts sont chargés de fruits, tandis que ses voisins n'ont rien ou à peu près. Il a traité deux fois ses vignes cette année à la bouillie bordelaise, il a ainsi enrayé l'invasion du mildew qui cependant existe encore, mais il ne reculera pas devant un troisième traitement.
Les vignes sont jeunes ; elles ne sont âgées que de six à sept ans, elles n'ont reçu, jusqu'à présent que peu d'engrais.
M. Tessier ayant jusqu'à ce jour peu récolté, réserve à des temps meilleurs une installation vinaire complète, il s'est contenté d'aménager de magnifiques caves dans le roc.
La Commission ayant trouvé que les résultats obtenus étaient remarquables, a été unanime à lui décerner le premier prix de la petite culture, c'est-à-dire une médaille d'argent offerte par la Société des Agriculteurs de France et 100 francs
 

1887

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
GRANDE CULTURE

p. 15-16
FUZIER-HERMAN à la Houssière, commune d'Esves-le-Moutier
FUZIER-HERMAN a créé à la Houssière, commune d'Esves-le-Moutier, un vignoble d'environ 16 ha, plantés en pineau blanc, grolot, gammori pour deux dixième, et le surplus est en côt, ce qui lui permet un judicieux mélange à la cave.
Le tout est planté en quatre pièces attenant au château. Les vignes sont portées sur échalas et sur fil de fer, et enfin un des morceaux de quatre hectares est en chaintre.
Les vignes sont fumées à l'aide d'un terreau composé avec le plus grand soin ; d'ajoncs, de débris végétaux, curures de fossés, fumier de ferme et de chanvre ; cette dernière accélère la décomposition tout en aidant puissamment à la nitrification de la masse.
La production est de 25 à 30 hl à l'hectare, qui sont vendus à raison de 30 francs.
La Commission a été heureuse de constater la belle vigueur des vignes de Houssière ; beaucoup de taille pour l'année prochaine, mais peu de fruits pour cette année par suite de l'invasion du mildew en 1886, malgré un traitement à la bouillie bordelaise, qui aura été fait probablement trop tardivement. Le terrible cryptogame commence déjà à reparaître, il espère par un troisième traitement le combattre avec succès. 
La Commission regrette d'avoir constaté un peu trop d'herbes dans le vignoble, un coup de herse suivi d'un bon hersage aurait fait disparaître les plantes adventices.
M. Fuzier est un travailleur plein d'activité, il a eu le grand mérite de créer un vignoble dans des terres presque incultes, très difficiles à travailler. Le sol est argilo-calcaire, très mouillé, de là la grande difficulté de donner les diverses façons pour lesquelles il faut choisi le moment favorable, faire le travail rapidement.
Le pays était dépourvu de vignes ; il a fallu du courage et de l'énergie à M. Fuzier qui s'est mis résolument à l'œuvre ; il a formé des vignerons et fermé les oreilles à toutes les critiques malveillantes.
Les résultats obtenus, les récoltes abondantes l'ont grandement dédommagé de ses peines. Il a eu la satisfaction de voir ses exemples suivis par ceux-là mêmes qui croyaient, si ce n'est qu'il faisait une œuvre insensée tout au moins téméraire.
L'installation vinaire laisse à désirer ; en présence de tous les aléas qui pèsent sur la vigne, il serait peut-être imprudent quant à présent d'immobiliser un capital qui ne serait pas rémunérateur. Votre Commission, Messieurs, ne peut que lui adresser des éloges, l'encourager à persévérer et à faire mieux.

p. 16-17
M. DESACHÉ, la Garnaudrie, près Sainte-Maure.
M. DESACHÉ a créé, depuis 1870, un joli vignoble de 20 ha sur sa propriété de la Garnaudrie, sur un sol argilo-calcaire, très difficile à travailler, soit par l'humidité ou la sécheresse.
Les 20 ha sont plantés de la façon suivante : 3 ha en précoce de malingre, 7 ha en côt, 5 en grolot, et enfin 5 ha en pineau de Bourgogne, dénommé souvent chenin [inexact : le chenin est le gros pineau de la Loire].
Les façons sont faites par les domestiques de la Garnaudrie, avec trois chevaux ; elles consistent en deux labours à la charrue, un coup d'araire et deux hersages. Les façons à la main sont les suivantes : la taille, l'accolage, l'enlèvement des échalas, leur remise en place au printemps, deux bêchages dans les rangs ; le tout est marchandé à des vignerons à raison de 100 francs l'hectare.
M. Desaché, qui cependant est un homme d'initiative, a négligé de traiter ses vignes en 1886 contre le mildew, ce qui nous a expliqué pourquoi il n'a pas eu de taille et par suite pas de fruits ; les vignes cependant sont bien poussées. Cette année elles ont été traitées deux fois à la bouillie bordelaise, ainsi qu'à la poudre Podechard, cette dernière n'a pas donné de résultats satisfaisants. Le malingre est pour une partie assez beau : la récolte pourra s'en effectuer vers le 10 septembre.
Le phylloxéra est malheureusement entré dans ce vignoble à terrain compact. M. Desaché a cherché à le combattre avec l'engrais phylloxéricide de M. Julieme, mais le résultat a été tout à fait nul.
La Commission n'a pu s'expliquer comment M. Desaché, qui ne recule pas en faisant le nécessaire pour faire prospérer ses vignes, en leur donnant de bonnes fumures, soit avec du fumier de cheval mélangé avec des ajoncs, soies de porcs, vieux chiffons de laine, soit enfin avec des engrais chimiques ; qui a décortiqué tous ses ceps pour les badigeonner avec du sulfate de cuivre et de la chaux, a eu la malheureuse idée de faire semer dans une partie de son vignoble dans lesquels les rangs ne sont qu’à 1,33 m et les ceps à 1 m sur le rang, de l'avoine, qui certainement n'a pu lui donner qu'un faible rendement dans un terrain déjà peu fertile. Nous l'avons engagé à ne pas continuer cette manière de faire, qui lui serait funeste, tout en étant d'un exemple peu salutaire.

p. 17-18
Mme DE LA MOTHE, au château de Razay, par Céré.
Mme DE LA MOTHE, au château de Razay, par Céré, a trouvé sur la terre de Razay, lors de son acquisition, 12 ha de vignes pour la plupart laissées en friche depuis deux ans.
Elle confia la direction de son domaine à un homme actif et intelligent, M. Gondard. Sa tâche était difficile, ayant beaucoup de travaux à conduire de front, notamment la construction du château, qui prit une grande partie de son temps.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur la culture ; les façons sont à peu près les mêmes que celles données aux vignobles précédemment décrits ; le prix de revient est de 200 francs de l'hectare. Les vignes sont dans un bon terrain pour cette culture, mais difficile à travailler, étant argilo-siliceux très mouillé. La végétation est splendide. Ce qui nous a frappé, c'est la quantité de raisins, alors que les vignes des voisins n'ont presque rien ; toutes les verges à fruits laissées en 1886 sont mortes, la végétation cependant es est belle, ce qui est de bon augure pour l'année prochaine ; quant au vin, en 1887, il ne faut pas y compter.
Ce résultat si concluant doit être attribué aux traitements qui ont été faits par M. Gondard contre le mildew. La récolte de 1886 a donné un beau rendement de 17 hl/ha et surtout un vin d'une qualité extraordinaire. Le côt en particulier était des mieux réussis ; il pesait 9,5 ° : nous aurions eu peine à le croire si nous ne l'avions dégusté et si M. Gondard ne nous avait affirmé qu'il avait été obtenu sans addition de sucre : il en était de même pour le vin blanc. M. Gondard nous a ensuite fait goûter un vin de sucre de deuxième cuvée qui était très coloré, très fort, très agréable au goût, et qui ne cédait rien au premier.
M. Gondard peut être fier à juste titre du résultat qu'il a obtenu. La Commission regrette de ne pouvoir que lui décerner des éloges, en particulier sur la comptabilité, qui est fort bien tenue ; elle fait ressortir les pertes et le profit de chaque ferme.
Le premier succès devra lui donner courage, pour persévérer dans la voie qu'il s'est tracée : augmenter le vignoble de Razay, en continuant les plantations commencées en vignes américaines ; c'est peut-être la seule planche de salut pour l'avenir.

p. 18-19
Mr LE COLONEL SALVADOR, à la Commanderie, près Ballan.
La terre de la Commanderie, Messieurs, vous est connue depuis longtemps ; le colonel Salvador, qui en est le propriétaire, a été plusieurs fois lauréat dans les concours et en particulier au concours régional de 1881 pour l'ensemble de son exploitation. Il est aussi viticulteur émérite, aimant aller de l'avant, suivant chaque jour les progrès de la science, afin de combattre les nombreuses maladies de la vigne. 
Il fait cultiver 24 ha plantés en vignes, toutes accolées sur fil de fer. Les divers cépages sont le côt pour 18 ha, le plant meunier et le malvoisie 5 ha et le bergerac blanc 1 ha.
Le vignoble de la commanderie reçoit de nombreuses façons, mais, avant, disons que le sol est calcaire, vulgairement dénommé dans la contrée, perruche ; il est facile de travailler. Une autre partie, environ moitié, sur un fond argileux beaucoup moins facile à façonner. Les vignes reçoivent trois labours à la charrue, deux hersages et enfin une façon de paroire (raclette ou chardonnière). Ces différents travaux sont exécutés par des chevaux et des domestiques de la Commanderie.
Deux façons de bêche dans le rang sont faites par des tâcherons, ainsi que l'accolage et le pointage. Il résulte de la comptabilité que chaque hectare revient à 250 francs. Dans ce prix toutefois, n'est pas comprise la taille, qui est une opération de longue durée.
Le colonel, de près ou de loin dirige son importante exploitation, sous la direction et la surveillance active et intelligente de son régisseur, M. Gaillot, depuis longtemps à son service. Deux serviteurs exécutent les travaux des vignes, en particulier le sieur Jean Barbereau, doyen de ces vignerons, qui est attaché à la Commanderie depuis près de quarante ans, et pour lequel nous réclamons une médaille d'argent. Nous ne saurions trop, Messieurs, récompenser ces anciens serviteurs, qui deviennent chaque jour de plus en plus rares ; il semble, en effet, qu'un souffle malfaisant ait passé sur cette classe de la société, qui ne sait plus voir en son maître un ami qui s'intéresse à son sort. La Commission accorde une médaille d'argent petit module à Jean Barbereau.
La végétation est assez belle dans tout le vignoble, mais l rendement en vin sera peu satisfaisant, le bois de taille ayant manqué, les vignes n'ayant pas été traitées en 1886 ; mais en 1887 elles ont reçu deux traitements : le premier du 8 au 30 juin, et le deuxième du 27 juillet au 10 août. Le premier traitement a été fait sur un côté du rang, ce qui a nécessité dix-sept journées, et, le deuxième de chaque côté du rang a demandé vingt-autre journées. Par suite de ces traitements, nous n'avons pu constater la présence de mildew et définir la dose la plus favorable pour le combattre, le colonel ayant eu soin de faire traiter avec des quantités variables de sulfate de cuivre et de chaux.
Les vignes sont généralement bien tenues ; quelques-unes cependant avaient encore de l'herbe dans le rang ; l'explication nous en a été donnée par le besoin qu'on avait de laisser de l'ouvrage pour occuper le personnel.
Le vignoble est fumé avec du fumier de ferme, des composts de terre, des résidus de laine, soies de porcs, dans la proportion de 4 à 5 000 kg/ha.
La vendange se paye à raison de 1 franc pour les femmes et 2 francs pour les hommes ; ces derniers nourris. La production est 19 à 38 hl/ha et le prix moyen des ventes est de 50 Fr./hl.
L'installation vinaire est excellente.
La Commission a été heureuse de sa visite et adresse de sincères éloges au propriétaire de la Commanderie.
 

1887

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Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
GRANDE CULTURE

p. 19-21
M. LEMAÎTRE-PAYS, à Fosse-Besse, commune de Bléré
M. LEMAÎTRE-PAYS, propriétaire à Bléré, a créé à Fosse-Besse un vignoble de 14 ha, qui depuis vingt-cinq ans, est prospère, le sol est argilo-siliceux ; planté par moitié en côt, une autre moitié en gros-noir, et pour 1 ha en grolot.
M. Lemaître est toujours sur la brèche.
La propriété de Fosse-Besse est déjà connue de plusieurs d'entre-vous, par sa culture, que M. Bribard, régisseur de M. Lemaître, dirige depuis douze ans avec intelligence et activité.
Les vignes sont très bien tenues ; elles sont sur fil de fer maintenu par des poteaux en fer et d'autres en bois ; elles sont faites à la charrue, le rang est bêché deux fois, le tout par des domestiques. M. Bibard estime toutefois le prix de revient à 225 francs à l'hectare.
La vigne se plaît beaucoup à Fosse-Besse, aussi M. Lemaître ne lui donne-t-il que peu de fumier.
L'attention de la Commission a surtout été attirée par la taille que pratique M. Bibard ; sa manière d'opérer est tellement en dehors de l'usage établi, que nous devons vous la signaler, tout en encourageant le régisseur à continuer, après en avoir constaté les heureux résultats. Le grolot est taillé en verge et coussou, mais pour le gros-noir, qui était surtout chargé de fruits, il prend la verge à fruit au pied du cep au ras de terre, c'est-à-dire que l'on conserve une verge que généralement on nomme branche gourmande. Sur chaque cep on laisse deux ou trois couronnes d'un œil seulement.
Les rendements sont considérables ; en 1875, il a été de 75 hl/ha ; en 1881, de 65 hl/ha ; dans les années intermédiaires, le rendement a été bien inférieur. Le prix moyen de vins est de 54 francs l'hectolitre.
Le transport de la vendange se fait avec les tombereaux ordinaires de la ferme, qui reçoivent une caisse en forte tôle. Le tout est déchargé dans un vendangeoir bien aménagé, mais auquel toutefois il convient de reprocher un peu trop d'exiguïté. Il est cependant bien compris, tout autour en forme de fer à cheval se trouvent déposées neuf cuves en pierre de contenances diverses, une bande automatique les ferme. Le vin est tiré chaud, il se rend dans un récipient qui commun pour toutes les cuves ainsi que pour le pressoir qui se trouve au milieu. Le pressoir est de Decombe, un dérivé du système Mabille.
La Commission tenant à récompenser M. Bibard, vigneron de M. Lemaître pour ses bons services, lui accorde une médaille de bronze offerte par la Société des Agriculteurs de France.


p. 20-22
M. LELARGE, à Fondettes
M. LELARGE, à Fondettes, a acheté en 1878 à de très bonnes conditions, 16 ha de terre, reliquat d'une propriété située à Langennerie, commune de Chanceaux du nom de la Planche, pour 27 000 francs, les bâtiments seuls valaient plus que cette somme.
Le terrain peut être classé dans la catégorie des bornais ou aubuis de terre forte, la position sur un petit mamelon était parfaite et la nature du sol devait attirer l'attention de M. Lelarge, qui planta en 1879 les 16 ha en vignes dont 12 en grolot et les 4 autres en côt. Par suite du grand hiver de 1879 tout fut gelé et le vignoble fut à nouveau replanté en 1880. Une allée circulaire et transversale divise les 16 ha elles sont plantées en pommiers d'une belle venue. Les rangs de vigne sont à 2 m et les ceps à 1 m sur le rang, le tout est sur fil de fer.
La végétation de la vigne est très belle.
La Commission a trouvé le vignoble très bien tenu, il n'y avait pas l'ombre d'herbe, le sol bien ameubli par suite de bonnes fumures, qui sont données de la manière suivante et aux prix ci-après :
Un chef vigneron est logé dans la maison attenant au vignoble, c'est lui qui est chargé du labour, qui se fait avec deux chevaux, un seul est gardé à l'année, tandis qu'un autre de peu de valeur est acheté pour le moment des grands travaux puis revendu à l'entrée de l'hiver.
2 façons à bras dans le rang... 21,00 francs
4 labours à la charrue...60,00
2 façons d'extirpateur...10,00
accolage...22,50
taille...30,00
Donc, à l'hectare...145,50
Nous pensons que le prix de revient doit être plus élevé que celui qui nous a été déclaré, il est croyable qu'on n'a pas compris dans ce compte les journées supplémentaires consacrées à ce vignoble. Sur notre objection du prix peu élevé des labours, M. Lelarge nous a répondu que sa terre était toujours tenue très meuble, le labourage se faisant toujours très rapidement. Toujours est-il que le vignoble est bien tenu, que l'outillage est bon tout en n'ayant rien d'extraordinaire.
Le bois de taille est au propriétaire pour les trois quarts, l'autre quart est au vigneron, à moins toutefois que M. Lelarge préfère le conserver ; dans ce cas il paye à raison de 5 centimes le fagot de 10 javelles.
Les vignes n'ont pas reçu d'engrais jusqu'à ce jour, leur rendement est de 54 hl pour le grolot, et, 8 hl pour le côt.
M. Lelarge est un travailleur qui souvent met la main à l'œuvre ; c'est un homme qui, suivant l'expression généralement adoptée, veille au grain. Chaque semaine il vient au Beaupied, commune de Fondettes, passer trois ou quatre jours dans une installation toute primitive. C'est certainement à sa surveillance qu'il doit sa réussite.
Le sulfatage des vignes a été fait en 1886 et 1887, aussi aura-t-il une abondante récolte, les ceps étant tous chargés de raisins.
M. Lelarge a imaginé un appareil de sulfatage qui est fort ingénieux et que nous tenons à vous signaler. C'est un fût de la contenance de 150 litres qui est monté sur une petite voiture traînée par un cheval, une pompe est placée à l'arrière du fût pour y faire la pression, elles actionnée à de rares intervalles par un homme, qui, d'une main dirige sur un rang de vigne un jet de pulvérisation, à l'avant se trouve un autre homme muni d'un autre jet, qu'il dirige tout en conduisant le cheval. Avec cet instrument on traite deux rangs de vigne à la fois, il n'y a pas de temps perdu comme pour le remplissage des pulvérisateurs ordinaires, pas d'interruption au milieu d'un rang, par suite économie d'u troisième homme desservant les deux autres.
L'installation vinaire est bonne : le pressoir se trouve dans le vignoble, une heureuse disposition du terrain a été mise à profit, le vin, au sortir des cuves traverse une cour à l'aide de tuyaux en toile, qui le rendent directement dans des demi-muids ; un beau pressoir est installé au centre des tonneaux.
Le chargement des vins se fait facilement lors de la vente ; par suite d'un petit quai qui a été établi à peu de frais, toujours utilisant la déclivité du sol. Il n'y a rien pour flatter l'œil de prime abord, c'est par suite d’une heureuse disposition de toutes choses et surtout de la pente du terrain que les frais de main-d’œuvre sont, si ce n'est supprimés, tout au moins considérablement diminués.
Votre Commission, Messieurs, ne peut que féliciter M. Lelarge et l'encourager à persévérer, elle est heureuse de pouvoir lui décerner le troisième ex aequo, médaille d'argent de la Société.

p. 22 et 34-35
M. GOUPIL DE BOUILLÉ, château de Pavé, près Bourgueil.
M. GOUPIL DE BOUILLÉ, propriétaire au château de Pavé, près Bourgueil, ne possédait que 10 ha de vignes depuis de longues années. Les bénéfices qu'on obtenait avec cette culture, la supériorité des vins de la contrée, furent pour lui autant de raisons qui le déterminèrent à les augmenter dans une notable proportion, après avoir cherché où il pouvait bien les placer, pour ne pas y conserver des terres de premiers choix de la vallée, si propices aux cultures de spécialité, graines de toutes sortes expédiées à la maison Vilmorin et autres, réglisse, etc., il pensa à mettre en rapport des terres presque incultes mais d'un abord difficile ; il choisit des plateaux élevés, défricha de mauvais bois et y fit établir des chemins de communication, des routes assez bien entretenues furent tracées sur le flanc des collines.
M. de Bouillé créa 30 nouveaux hectares, plantés en partie de grolot et de breton.
Les terrains étaient les uns graveleux, d'autres argilo-calcaires. Ils furent drainés et défrichés ; aux brandes et aux mauvais bois, succédèrent bientôt des vignes plantureuses, qui semblent encore à l'heure actuelle avoir de l'avenir devant elles, si les malheureuses maladies qui sont sur la vigne ne viennent pas faire disparaître ce précieux arbuste, dont la liqueur a une si salutaire influence sur le caractère français.
Le vignoble de Pavée est divisé en cinq morceaux assez éloignés les uns des autres. Ils sont bien tenus, une partie est sur fil de fer et l'autre sur échalas. Les rangs sont espacés de 2,30 m et les pieds de vigne sont à 1 m dans le rang.
Le vignoble se porte bien, il a peu souffert du mildew, il a été traité à la bouillie bordelaise en 1886, ce qui explique pourquoi ses ceps sont chargés de fruits. Un premier traitement a été fait cette année, et le propriétaire se propose d'en faire un deuxième si le besoin s'en fait sentir.
C'est M. de Bouillé qui le premier a introduit dans la contrée le cépage grolot, qui lui donne de grands rendements d'une bonne qualité ; il n'a pas voulu toutefois tout consacrer à ce cépage ; désireux qu'il était de conserver à son vignoble la haute réputation dont il jouit, il planta simultanément le fin cépage dit " le breton ".
Questionné sur le prix de revient des façons, il les estime à 150 francs l'hectare, décomposées comme suit. La taille est faite à son compte par des domestiques, ses vignerons et des journaliers habitués à ce genre de travail ; il déclare en avoir toujours été payé jusqu'à présent par la vente qu'il faisait chaque année de crossettes, boutures ou crochets.
Les deux façons de bêche, l'accolage, l’ébourgeonnement et le pincement sont marchandés à raison de 62 francs à l'hectare, ci.... 62 francs
Deux labours à la charrue et deux hersages sont faits par deux domestiques à raison de 62 francs l'hectare.... 62
La taille est estimée à 22 francs l'hectare, ci....22
Donc à l'hectare, une dépense de 146 francs.
Ce chiffre cependant ne nous a pas paru être suffisant.
Le travail demande à être fait rapidement dans ces terres qui sont mouillées et difficiles à travailler ; lorsque le temps est favorable M. Bouillé prend dans les fermes qu'il a à moitié, des chevaux qu'il nourrit pendant qu'il les emploie, et qu'il paye à raison de 2,50 francs par jour et par collier, ils sont conduits par ses hommes. Cette combinaison lui permet d'arriver en temps opportun à faire un bon travail.
Chacune de ses pièces est divisée par de larges allées.
Le vignoble est fumé dans l'espace de quatre à cinq ans à raison de 60 mètres cubes à l'hectare, des terreaux sont fabriqués avec des ajoncs et bruyères qu'il fait faire dans ses bois à raison de 15 francs le cent, le fumier revient à 6,50 francs le mètre cube.
Les vignerons sont logés par M. Bouillé à proximité des vignobles. La vendange est payée à raison de 1,50 franc par jour pour les femmes, et pour les hommes à raison de 2,50 francs, sans être nourris.
Le rendement est de 12 hl/ha pour le breton qui est vendu 60 francs et de 25 hl pour le grolot vendu à 30 francs.
La vendange est cuvée pendant quinze jours, après avoir été égrappée dans trois cuves en bois contenant ensemble 400 barriques de 220 litres ; deux pressoirs mobiles à proximité des cuves complètent une bonne installation vinaire. Le vin est logé dans une cave bien aménagée qui contient encore une précieuse réserve des bonnes années.
M. de Bouillé a donc donné dans le pays un bon exemple qui a été suivi, et, en sage administrateur, il a su se faire des revenus avec des terres de peu de valeur.
La Commission est heureuse de pouvoir lui décerner le troisième prix ex aequo, médaille d'argent offerte par la Société des agriculteurs de France.
 

1887

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
GRANDE CULTURE

p. 35-38
M. BRISGAULT à Bois-Prieur, commune de Cinq-Mars-la-Pile
M. Brisgault nous était connu depuis longtemps par l'importante fabrication de meules qu'il a créée à Cinq-Mars-la-Pile, sa réputation à ce sujet n'est plus à faire. Nous ignorions qu'il était bon viticulteur, et qu'à ce titre encore il devait être donné en exemple. Partout nous avons trouvé l'homme intelligent, actif, laborieux, le chercheur, qui avec un sens pratique en toute chose a su créer un vignoble en tous points irréprochable, avec une installation vinaire qui ne laisse rien à désirer. Il a su tout à la fois se faire fabriquant et viticulteur, et jeune encore il peut se reposer de son labeur, ayant confié son usine à un gendre qui le seconde.
M. Brisgault a acheté à Bois-Prieur en 1877, à 3 km environ de Cinq-Mars, 10 ha de terre que la route de Château-la-Vallière longe. Ce terrain est admirablement situé au sommet d'une plantation, il était inculte. Le défricher, combler les fossés, drainer le tout, fut rapidement effectué.
Le sol est argilo-calcaire et siliceux à la surface ; au premier abord il semble facile à cultiver, mais le sous-sol est formé d'une glaise jaune où la vigne à la vérité se plaît admirablement, mais il retient l'eau, ce qui empêche d'y travailler quand les pluies viennent. Le terrain a été défoncé et passé à la fouilleuse. Une large allée contourne toute la pièce, pour faciliter l'exploitation du vignoble tant pour l'enlèvement des récoltes que pour l'apport des fumiers. Une petite maison servant d'abri aux vignerons et une écurie pour les chevaux ont été élevées au milieu du vignoble, et enfin une petite habitation a été construite, en face du vignoble, elle est occupée par le chef vigneron M. Barèze ; la propreté et l'ordre règnent tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de cette demeure simple et confortable. M. Barèze s'acquitte avec zèle et intelligence du travail qui lui a été confié depuis 1879 ; cet homme jeune mérite à tous égards les félicitations de la Commission.
M. Brisgault planta 8 ha en grolot et 2 autres ha en côt, d'un autre côté il possédait déjà 2 ha à quelque distance de Bois-Prieur, ce qui au total nous donne un vignoble de 12 ha, auquel nous pouvons ajouter pour mémoire 4 ha que M. Brisgault a donné à son gendre M. Garnier, lors de son mariage.
La vigne est très vigoureuse, ben tenue, d'une propreté remarquable grâce à un outillage soécial que nous vous signalerons. Les façons sont économiques et données en temps opportun. Le labourage est fait par un seul domestique, qui est payé à raison de 80 francs par mois. Cet homme, du nom de Sottier est très soigneux et bon ouvrier, il fait en plus des vignes, environ pour 7 à 800 francs de travail à l'usine de son maître. Voici de quelle manière est exécuté le travail.
1° Une façon de charrue dite de déchaussage en approchant le plus près des ceps ;
2° Un hersage ;
3° Un labour avec une charrue à couteau horizontal et triangulaire ; cette façon a pour but d'amollir le sol, de couper l'herbe à la surface, tout en chaussant légèrement le rang, les radicelles de la vigne ne sont pas tranchées par ce labourage ; ces façons successives sont évaluées à 100 francs l'hectare.
L'outillage se compose de herses énergiques, charrues faucilleuse au début, charrues de différentes forces suivant qu'on veut plus ou moins relever la terre, et, enfin de la charrue triangulaire et horizontale, sur laquelle on pose à l'aide de deux boutons une petite ailette d'acier de diverses hauteurs suivant qu'on veut plus ou moins chausser le rang, tellement près, qu'il est inutile de la parer, ce qui permet de ne donner au rang qu'un seule façon.
Le sieur Barèze fait toute la taille au sécateur à raison de 30 francs de l'hectare, il déchausse et repasse pour 30 francs, enfin il ébourgeonne, il éclaircit, accole et fait le pincement à raison de 45 francs, au total 105 francs l'hectare, qui, avec ceux du labour donnent pour tout le travail un prix de revient de 205 francs à l'hectare.
Le côt qui, au début était de 2 ha, a été considérablement réduit, il ne donnait pas de récolte, il a été en partie arraché et remplacé par du grolot, qui est un cépage d'une fécondité admirable ; il est là chez lui dans son pays d'origine, où il donne de bon vin et assez de couleur. M. Brisgault ne lui ajoute pas à la cuve de gros noir, cépage qu'il ne cultive pas.
Le rendement du grolot a été en 1875 de 140 hl/ha de de 150 en 1877 ; dans les années de plus faible rendement il a encore 38 hl.
Malgré cette production, nous lui avons conseillé de conserver ce qui lui restait de côt ; c'est un cépage fin, délicat, son produit est de première qualité ; il a eu ses beaux jours, il faut espérer que la providence lui en réserve encore d'autres. En changeant son côt dont la végétation est trop grande, en lui laissant deux verges à fruit peut-être trois il est sûr d'avoir par contre du fruit.
Les vignes ont été traitées en 1886 un seule fois, contre le mildew avec succès et en 1887, une seule fois, mais un deuxième traitement doit être fait, si le temps devenait chaud et humide le mildew ne tarderait pas à se développer, se montrant déjà en quelques endroits.
La totalité des vignes est fumée dans l'espace de cinq à six ans avec du fumier provenant des casernes de cavalerie de Saumur ; il est payé à raison de 4 francs le mètre cube sur wagon. Le transport, l'épandage sur les vignes reviennent à 1,50 francs ce qui porte le mètre cube à 5,50 francs.
le vignoble est tout sur fil de fer et échalas.
L'installation vinaire est bien comprise. M. Brisgault transporte toute sa vendange à Cinq-Mars à l'aide de tombereaux étanches, il donne la préférence à ceux qui ne se déchargent qu'en dételant le cheval c'est-à-dire tombereaux à caisse fixe, il la fait cuver pendant 8 à 10 jours, dans huit cuves qui peuvent tirer ensemble 605 hl.
Le vendangeoir est situé dans une cour, il est vaste et bien aménagé : d'un côté trois cuves en bois sont placées sur un plancher élevé de 1 m à 1,30 m au-dessus du sol du vendangeoir. Ces cuves sont disposées de façon à servir de foudres au cas échéant, elles contiennent ensemble 155 hl ; un fond mobile est placé dans chaque cuve au-dessus de la vendange, qui n'est pas égrappée, il est retenu en place à l'aide de taquets. Le plancher sur lequel reposent les cuves recouvre lui-même d'autres cuves en maçonnerie qu'on emplit sur le côté à niveau du sol ; en face de chacune d'elle se trouve une espèce de puits dont le fond est lui-même plus bas que celui des dites cuves, ils servent à tirer le vin qu'une pompe rotative transvase. Des échelles mobiles en fer sont fixées à chacune des cuves supérieures, pour en opérer le service et la surveillance.
Sur le côté et en face la porte d'entrée existe un pressoir Mabille. Une bonne bascule sert à peser les vins qui sont vendus au poids. Au-dessus du vendangeoir se trouve un vaste grenier pour tous les instruments vinaires.
Dans la cour une petite chambre renferme tous les outils nécessaires pour réparer les futs, les instruments à mildew, un filtre d'une grande puissance pour les lier et enfin tous les objets utiles dans les soins à donner aux vins, à côté une pompe avec petit château d'eau pour le rinçage des futs ; puis les chaudières nécessaires pour chauffer l'eau destinée à les nettoyer.
Dans cette même cour et en face le vendangeoir une vaste cave de 50 m de long taillée dans le roc, au milieu de laquelle se trouve un autre pressoir Mabille de chaque côté duquel il existe une cuve formée d'un côté par le rocher et des deux autres par la maçonnerie. Elles se déversent l'une et l'autre dans un récipient qui leur est commun ainsi qu'au pressoir.
Tout est simple et pratique, en ordre. Un personnel de vignerons toujours le même depuis longtemps au service de M. Brisgault assure le travail d'une façon parfaite.
La Commission est heureuse de pouvoir lui décerner le deuxième prix, une médaille de vermeil.
 

1887

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Rapport du Concours de viticulture organisé par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire en 1887
GRANDE CULTURE

p. 38-44
M. HEINE château de Richelieu, commune de Richelieu.
Nous n'avons plus Messieurs qu'à vous entretenir de vignoble créé par M. Heine, propriétaire de la magnifique terre de Richelieu. Elevé dans le Bordelais, dans ce pays que nos anciens auraient divinisé pour ses excellents vins, il devait avoir une influence particulière sur M. Heine. Voilà ce qui nous explique pourquoi il s'est attaché à créer un vignoble vraiment remarquable, ne se laissant décourager par rie, luttant sans cesse contre tous les ennemis de la vigne, avec un certain succès, ainsi que j'espère vous le démontrer ; ne se laissant pas abattre, résolu à tenter tout ce qui est possible pour sauver son vignoble et même à le reconstituer si malgré ses soins il venait à disparaître.
La vigne américaine a été étudiée, mise à l'essai dans la mesure du possible ; l'introduction du cépage américain nous est malheureusement interdite ; je dis malheureusement, regardant comme déplorable de ne pouvoir le cultiver et l'introduire librement dans un canton, je dois même dire dans un arrondissement qui est déclaré officiellement phylloxéré. C'est un grand retard et un véritable préjudice apporté à la richesse du pays, n'est-il pas suffisamment démontré que toutes les mesures prises jusqu'à ce jour ont été inefficaces pour combattre le terrible fléau ?
De 1877 à 1887, M. Heine a planté 154 ha de vigne en folle blanche, en trois endroits différents : à la Garrellière, commune de Razine ; à Varennes, commune de Bralou, et enfin Razier, commune de Pouant. M. Heine sut rencontrer pour cette création un régisseur d'une activité et d'une intelligence hors ligne, M. Maingon. Il sut conduire de front les travaux vraiment remarquables qui ont été entrepris sur cette terre : vicinalité, aménagement des eaux, constructions, terrassements de toutes sorte ; il a été paysagiste en coopérant au tracé du parc ; ayant su profiter des leçons reçues à l'école d'un maître comme M. Bülher, ses travaux sont autant d'œuvres menées à bien qui lui font honneur. M. Maingon du reste avait ses preuves chez M. Mame aux Touches, et chez M. le comte de Villarmois à Montgauger, mais comme viticulteur il s'est surpassé à Richelieu dans la création du vignoble de M. Heine.
Le sol est calcaire, argilo-calcaire ; argilo-siliceux, les rangs sont espacés de 2,50 m et les ceps sont à 1,20 m, 1,10 m et 1,30 m suivant la nature du sol.
C'est à la suite d'une récolte de céréales que la plantation est faite de la façon suivante : les tranchées de 35 sur 40 cm sont ouvertes avant et pendant l'hiver à 2,50 m de distance, de façon que la terres s'ameublisse et que l'aération du sol soit parfaite. L'azote de l'air se combine avec le sol et alors du 15 mars au 15 avril, suivant le temps, o procède à la plantation. Les tranchées occupent à l’hectare 3 840 mètres et par suite 3 200 ceps. Le prix des tranchées est de 4 à 7 centimes le mètre linéaire, suivant la difficulté su sol, mais le prix le plus généralement employé est de 5,25 francs les 100 mètres. La plantation et le remblai se payent à raison de 1,75 les 100 m, soit 7 francs pour 100 m linéaires.
D'où à l’hectare 3 840 m à 7 francs le 100 m, 268,80 francs.
Quand la plantation est faire, on donne entre les rangs deux coups d'araire, ou plus ; si le terrain ou le temps l'exigent une façon de houe ou de chardonnière à lame étroite et quelque peu triangulaire soulève le billon précédemment formé. Plus tard une ou deux façons de binage à la chardonnière ou à l'extirpateur donnent un excellent état de culture à la vigne, dès la première année, sans augmentation sensible sur les façons qui seront plus loin déraillées.
Le vignoble étant créé, M. Heine, par une heureuse combinaison, a trouvé le moyen de n'avoir aucun attelage, aucun matériel, tout est marchandé et fait en temps opportun.
Sur chacun des trois vignobles il existe un chef vigneron ; il est logé et payé 1 000 francs par an. Il est chargé de la surveillance, de l'entretien exclusif de 3 ha de vigne, des haies et des routes qui traversent et entourent chaque vignoble.
Le travail est divisé en deux parties, une faite à la main et l'autre avec des chevaux, conduits par de simples laboureurs, ou par des hommes tout à la fois laboureurs et vignerons.
Première partie. - C'est le rang des ceps qui est compté pour un quart de la surface, c'est-à-dire que le vigneron taille, déchaume, donne trois façons et bêche sur une largeur de 0,60 m, il est payé à raison de 139 francs l'hectare, ou 11 francs les 7,92 centiares, et garde pour lui le bois de taille
Deuxième partie. - C'est celle qui est faite exclusivement par des chevaux, c'est-à-dire que les trois quarts de la surface, ou 1,90 ha reçoit un premier labour l'hiver, ou de printemps, ensuite un hersage. Un deuxième labour pour rechausser les ceps, et, enfin une façon de chardonnière ou d'extirpateur, suivant que l'ordre en est donné par le régisseur. Toutes ces façons sont données en temps opportun, et s'il arrivait qu'une de ces façons ne fût pas faite en temps utile, le travail est exécuté par un autre et on retranche le prix à celui qui en était chargé.
M. Heine, pour s'éviter toute surveillance du matériel, a confié à chacun de ses vignerons une charrue, qui a son numéro d'ordre. Chaque ouvrier doit l’entretenir ses frais, et, s'il vient à quitter la maison, il doit la rendre dans l'état où il l'a reçue. Trois ou quatre herses ou extirpateurs cependant, suivant l'importance du vignoble, sont mis à la disposition du laboureur.
Il résulte de ce qui précède que M. Heine n'a pas de domestiques, pas de chevaux, et pas ou peu d'entretien d'outillage.
Les prix des façons se répartit de la manière suivante à l'hectare.
2 labourages à 32 francs .... 64,00
1 binage à l'extirpateur 15,00
1 à la chardonnière... 12,50 que nous portons l'un dans l'autre à 15,00 fr
Le hersage avec obligation de passer deux fois dans le rang... 7,00
Au total .... 86,00 francs
Par suite de la division des façons, les trois quarts étant faits par des chevaux et l'autre quart à la main, il s'ensuit que 4 hectares reviennent à 397 francs...ci 397,00
ou 3 hectares à 86,00 francs
1 hectare à 139 franc ...139,00
Ensemble... 398,00
Donc pour toutes façons à l'hectare .... 99,25
et pour le cas où dans les années pluvieuses il faut une façon supplémentaire, M. Heine porte son prix de revient à l'hectares à 105 francs, ci....105,00
Toutefois la façon supplémentaire n'est payée que tout autant que le régisseur M. Maingon la fait exécuter.
La vendange est faite à la journée, le transport lui-même est marchandé des lieux de production au vendangeoir, à raison de 0,25 francs ou 0,45 francs l'hectolitre de vin, logé dans les demi-muids de la cave, le prix de 0,45 francs est pour une distance de 6 km sur route il est vrai ; le prix de la vendange revient à 2 francs l'hectolitre mise en fûts.
Le vignoble qui, au début était de 18 ha, qu'on a laissé subsister à cause de la qualité exceptionnelle du produit, s'est augmenté de 39 ha de 1879 à 1881, et en 1882 on plantait encore 45 ha ; mais à cette époque le phylloxéra commença à se montrer sans les nouvelles vignes, ce qui ralentit la plantation qui ne fut que de 12 ha en 1883. Le terrible insecte continuant ses ravages, on suspendit toute plantation en 1884. Les résultats obtenus en 1883 et 1884 par le sulfure de carbone engagèrent M. Heine à planter 22 autres hectares, et, enfin en 1886, 15 autres hectares.
Le traitement au sulfure de carbone exécuté à la main au pal injecteur, revient à 157,50 francs, décomposés comme suit :
Sulfure 200 kg à 40 francs .... 80,00
18 journées d'hommes au pal à 3,75 francs .... 67,50 
Transport, manutention, entretien de l'outillage ... 10,00
Au total .... 157,00
Depuis on se sert dans le vignoble de M. Heine du salvator vitis de M. Octave Audebert de Bordeaux. Ce petit instrument qui s'adapte à toutes les charrues répand le sulfure au fur et à mesure du labourage : par suite une grande économie de main-d’œuvre puisque le traitement ne revient plus qu'à 110 francs de l'hectare, ci.... 110,00 
Voici, Messieurs, quelle est l'appréciation de M. Maingon sur le traitement par le sulfure, que nous avons trouvé très judicieuse.
"Ceux qui ont de bonnes vignes ont tort de ne pas les traiter ; on prolonge leur existence pendant plusieurs années ; il y a à la Garrelière des vignes vivant depuis 5 ans avec le phylloxéra." Il a été donné à votre Commission de voir en particulier une vigne de 2 ha en cépage dit le breton d'une végétation remarquable, admirablement tenue, et surtout chargée d'une belle récolte, on a dit qu'elle était très phylloxérée ; le fait lui a paru tellement problématique, qu'elle a voulu s'en rendre compte ; à l'aide d'une bêche nous avons pris des racines qui étaient couvertes d'insectes et qui plus est la terre elle-même en fourmillait ; elle a été obligée de se rendre à l'évidence. Le sol, il est vrai, est de première qualité, il est siliceux, argileux.
"Quant aux terrains de qualité secondaire, on prolonge l'existence de la vigne pendant trois ou quatre ans."
M. Heine voulant être fixé sur la valeur du procédé Maiche très vanté cette année, a fait traiter plusieurs rangs de vigne à côté d'autres traités au sulfure de carbone, nous n'avons pu à présent distinguer quelle pouvait en être la différence ; pour se prononcer définitivement, nous croyons qu'il faut attendre le nouveau départ de végétation, c'est-à-dire le printemps 1888. Quant à nous, nous pouvons toutefois craindre que son emploi ne puisse se généraliser, le prix de revient étant trop élevé...
Nous n'avons plus de salut à attendre que de la vigne américaine greffée ; quant à celle à production directe, elle est encore de création trop récente pour être bien fixé. Mais pour la vigne américaine il faut un bon sol, 30 à 40 cm de terre végétale. Nous avons vu un demi-hectare greffé sur des semis de diverses sortes, sortis des pépinières faites au château, et deux hectares plantés en 1887 en divers endroits des vignobles que nous avons visités, et cela au milieu des ceps phylloxérés, toutes ces vignes semblaient bien se comporter. C'est donc de ce côté que nous devons tourner nos regards, c'est triste à dire, mais c'est peut-être notre spes unica.
Laissez-moi vous dire Messieurs, avec quel intérêt nous devons suivre le vignoble de M. Heine, car ses expériences, ses essais en 1888 nous rendront à tous service, des greffages bien plus grands s'effectueront, des hommes habiles s'y sont formés et, si l'introduction des cépages américains était autorisée, ce que nous souhaitons de tous nos vœux, nous verrions bientôt de former sur cette terre de Richelieu un vaste et beau vignoble. M. Heine veut de la vigne, source de tant de richesses pour notre pauvre agriculture si éprouvée, et si Dieu nous prête vie j'aime à croire qu'il nous récompensera de nos généreux efforts.
Le jour où nous prenions congé de M. Heine, il envoyait M. Maingon son régisseur visiter les vignobles américains créés dans la Charente et dans le midi ; espérons donc qu'il aura rapporté de son voyage une ample provision de salutaires enseignements dont nous profiterons.
En présence de l'étendue du vignoble, de la tenue générale de la terre de Richelieu, pour ce qu'il nous a été donné de voir pendant le court espace de temps, une journée entière cependant bien remplie, nous avons voulu nous mettre à l'abri de toute influence fâcheuse, trop à l'avantage de M. Heine, surtout connaissant sa haute situation financière, nous avons demandé à voir la comptabilité, ce qui nous a été montré avec empressement. Comme elle était un peu longue, quoique très claire, j'ai été chargé par votre Commission de l'examiner en détail. Nous avons été étonnés, Messieurs, de sa régularité, nous avons constaté surtout que tout ce que nous avions vu avait été fait relativement à eu de frais, étant donné la grande étendue de vignes plantées. On nous a montré le compte de chaque vigneron, nous avons reconnu que tout y était très pratique, et surtout que les prix à l'hectare étaient inférieurs à ceux qu'on donne dans la contrée.
Voici Messieurs, pourquoi nous sommes entrés dans beaucoup de détails, et cependant nous n'avons pas cru devoir vous entretenir, dans ce rapport déjà beaucoup trop long, du prix des terres lors de la prise de possession, de leur valeur actuelle, des coûts de la vendange pour les années 1883 à 1185, du rendement en hl et du prix de vente de la récoltes de chacune des dites années, du prix exact de revient de chaque année de plantation ; dans ces prix se trouve compris l'intérêt composé, le matériel et les frais d'installation vinaire, le tout calculé à l'hectare, et enfin à quel taux d'intérêt se trouve le capital engagé, en y comprenant les frais de traitement au sulfure de carbone et au procédé Maiche.
Le prix des engrais depuis 1885 seulement s'élève à 25 000 kg achetés au syndicat central des agriculteurs de France. Ils n'ont été employés que pour compenser le traitement épuisant au sulfure de carbone. Notons en passant, que sans le phylloxéra on ne devait pas avoir recours aux engrais.
A le Gasselière, on sut mettre à profit la déclivité du terrain, pour diminuer la main d'œuvre. Dans la partie supérieure il a été construit un vaste bâtiment dans lequel se trouve quatre vis en fer scellées dans le sol, deux sont du système Marchand, et deux autres du système Mabille. L'aire de ce vendangeoir est cimenté ; à l'avant de chaque vis se trouve une vaste citerne longitudinale, parfaitement étanche, d'une contenance de 50 à 60 hl. Elle reçoit le vin exprimé les dites vis, une canalisation en cuivre rouge étamé distribue dans les celliers le vin qui est entonné automatiquement dans les fûts vinaires. La contenance de la citerne permet d'obtenir des produits d'une régularité parfaite. L'accès avec vis se fait par quatre larges ouvertures, qui permettent à des tombereaux étanches de s'y déverser.
A droite et à gauche en contre bas et en retour d'équerre se trouvent deux vastes celliers, meublés de trois rangs de un demi-muids, lesquels sont remplis comme nous venons de le dire, à l'aide d'un tuyau de caoutchouc qui se visse à des raccords placés de distance en distance, sur le parcours du tuyau métallique qui longe les celliers. A l'extrémité de chacun d'eux, une vaste porte cochère permet aux voitures d'entrer pour opérer facilement le chargement.
A Varenne, il existe une disposition analogue à celle précédemment décrite.
Il n'a pas été fait d'installation vinaire sur place, au vignoble de Razier, situé à 6 km de Richelieu. On a utilisé au château l'endroit dit des serres, auxquelles n’a adossé un vendangeoir comme celui de Gasselière ; de là le vin se rend dans trois magnifiques caves parallèles, bâties par le cardinal de Richelieu. Les demi-muids se remplissent de la même façon qu’à Gasselière.
En résumé belle installation vinaire dans chaque endroit, tout a été bien conçu, sagement aménagé, rien n'a donné au luxe, on ne peut rien en retrancher, et tout ce qui y serait ajouté ne pourrait être que superflu.
C'est sans conteste une installation que nous n'hésitons pas à donner en exemple à tous ceux qui ont une installation vinaire à établir sur un vignoble, quelle qu'en soit l'importance.
J'étais donc bien autorisé, messieurs, en commençant ce rapport, de vous signaler combien aurait été préjudiciable pour tous de ne pas faire connaître l'œuvre de M. Heine et celle de son intelligent régisseur. Merci donc à M. Heine d'avoir bien voulu mettre de côté sa modestie, nous mettant ainsi à même de tirer bon profit de ses expériences et de tout ce que nous avons vu.
Votre Commission, messieurs ; a été unanime pour déclarer M. Heine, lauréat de notre prime de viticulture ; en conséquence elle lui décerne sa plus haute récompense, qui consiste en un objet d'art de la valeur de 500 francs.
Elle déclare à M. Maingon, son régisseur, une mention exceptionnelle, avec félicitation du Jury.
 

1888

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 230

Dès 1883, les traitements au sulfure de carbone sont effectuées en Indre-et-Loire

En 1888, les surfaces traitées au sulfure de carbone s'élèvent,  péniblement à 500 ha, bien loin de compenser le 7 000 ha contaminés et les 1 500 ha déjà détruits.

1888

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'avril 1888. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1888.
p. 72-76
Rapport du Préfet [Gustave Le Mallier est le nouveau préfet d'Indre-et-Loire nommé début 1888]
7. Phylloxéra
I. Situation du département au point de vue phylloxérique
J'aurai l'honneur de présenter au Conseil général, comme cela a été fait jusqu'ici à chacune de ses sessions, les rapports qui m'ont été communiqués par M. le Professeur départemental d'agriculture sur la question du phylloxéra.
A cette époque de l'année, M. le Professeur départemental d'agriculture n'a pu apporter de nouvelles indications sur la situation du département d'Indre-et-Loire, et jusqu'à ce que la saison nouvelle ait permis au puceron de se développer, l'état de l'invasion phylloxérique ne peut être exactement déterminé.
Il m'a semblé cependant que, malgré les résultats obtenus, un certain affaiblissement se produisait dans la défense des vignes par le sulfure de carbone. Au début, alors qu'il pouvait être question d’enrayer le mal, des traitements avaient été ordonnés par M. le Ministre de l'Agriculture ; depuis, l'Administration a dû céder à l’initiative privée le soin de protéger les vignobles menacés, et un certain nombre de syndicats anti-phylloxériques s'étaient constitués dans ce but. Mais, depuis longtemps aucune nouvelle association de ce genre n'est entrée en ligne, et, au contraire, deux des syndicats existants, des moins importants, il est vrai, sont sur le point de se dissoudre : enfin le syndicat du canton de Vouvray n'a pu être reconstitué à l’expiration de la période qu'il s'était fixée.
Il ne reste actuellement pour la défense des vignes au moyen du sulfure de carbone, en dehors de l'action isolée de quelques propriétaires, que trois syndicats cantonaux et deux syndicats communaux. L'Administration, de son côté, n'a à sa disposition, pour cet objet, qu'un fonds de 4 000 fr., qui est employé aux traitements exécutés surtout à titre d'expériences.
Aussi les viticulteurs songent-ils dès maintenant à assurer la reconstitution de leurs vignobles au moyen des cépages américains. J'aurai l'honneur de placer sous vos yeux quelques pétitions qui m'ont été adressées à ce sujet.
II. Circulation des produits de la vigne dans le département.
Je suis amené, dans ces conditions, à soumettre à nouveau à vos délibérations la question de la libre circulation des vignes étrangères dans le département, cette circulation étant, comme vous le savez, actuellement interdite dans chacun des trois arrondissements et l'avis du Conseil général étant nécessaire pour obtenir la levée de l'interdiction dont il s'agit.
A cet effet, j'ai consulté les Comités d'études et de vigilance qui, d'une manière générale, se sont prononcés en faveur de la libre circulation des produits de la vigne.
Dans la réunion qui s'est tenue à la Préfecture le 10 mars dernier, le Comité central a bien exprimé ses préférences pour une solution qui donnerait satisfaction à tous les intérêts, en limitant aux cantons les plus atteints la liberté d'introduire les cépages étrangers ; mais, ainsi que l'on reconnu les membres du Comité, cette solution ne peut être envisagée, l'Administration supérieure ayant, d'une manière irrévocable, choisi l'arrondissement comme unité territoriale pour la délimitation des circonscriptions sur l'étendue desquelles la circulation des plants de vigne est permise ou interdite.
Je ne m'étendrai pas d'ailleurs sur cette question, dont mon prédécesseur [Gustave Le Mallier est préfet d'Indre-et-Loire de 1888-1890 précédé par Léon Daunassans 1877-1888] a déjà eu l'occasion de vous entretenir et qui a fait l'objet de délibérations lors de vos sessions d'avril des années 1886 et 1887 ; mais je vous demande la permission, Messieurs de me ranger à l'avis des Comités d'études et de vigilance. Il me paraît certain, en effet, en présence de l'état d'invasion du phylloxéra dans l'Indre-et-Loire, que l'interdiction qui pèse sur le département ne constitue pas un moyen de défense d'une grande efficacité, alors que cette interdiction peut compromettre gravement l'avenir en empêchant des essais d'adaptation de vignes étrangères auxquels on devra forcément procéder pour en arriver à la reconstitution des vignobles actuellement détruits par le phylloxéra ou qui le seront prochainement.
Si vous adoptiez ma manière de voir, je procéderais sans retard à l'accomplissement des dernières formalités nécessaires pour obtenir de M. le Ministre de l'Agriculture la franchise de circulation des produits de la vigne dans chacun des arrondissements du département.
Suivant le désir exprimé par le Comité central d'études et de vigilance, je ferais, en temps utile, donner une large publicité aux moyens à employer pour détruire le phylloxéra que pourrait contenir les plants étrangers au moment de leur importation.
III. Pépinière départementale de vignes américaines.
Il vient d'être distribué à ceux des cultivateurs de l'arrondissement de Tours qui en ont fait la demande 5 000 plants racinés et environ 100 000 boutures de la pépinière départementale de vignes américaines établie à la Colonie de Mettray. Ces plants ont été concédés suivant les prix fixés par la Commission départementale, 1 fr. pour les boutures et 3 fr. pour les plants racinés.
Malheureusement, une seule des variétés mises en culture à Mettray, celle dite "Riparia", a réussi, et il n'a pu être donné satisfaction aux demandes des propriétaires qui désiraient tenter des essais sur plusieurs variétés.
Aussi, il reste environ 60 000 boutures qui n'ont pas trouvé d'acquéreur ; ces boutures vont être replantées, de manière à laisser disponible, l'année prochaine, une plus grande quantité de plants racinés.
J'aurai à vous présenter une demande de M. le Directeur de la Colonie de Mettray tendant à obtenir le paiement d'une somme de 874 fr. que réclame cet établissement pour soins donnés à la pépinière départementale et au loyer du terrain qu'elle occupe.
Dans le cas où vous admettriez cette réclamation, vous auriez à voter le crédit nécessaire pour y donner satisfaction.
Par la même communication, M. le Directeur m'a dit que la Colonie de Mettray se propose d'installer pour son propre compte, une pépinière de vignes américaines. Je crois devoir porter cette information à votre connaissance.

1888

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'août 1888. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1888.
p. 37-46
10 avril 1888
Phylloxéra. Circulation des produits de la vigne.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le phylloxéra,
MESSIEURS,
La situation phylloxérique dans notre département est loin de s'améliorer ; sur le 68 000 ha de vignes que possède l'Indre-et-Loire, on estime que plus de 2 000 sont entièrement contaminés et que les taches phylloxériques se répandent sur 98 communes.
Ces chiffres sont les chiffres officiels ; mais il est à craindre que le mal soit plus grand encore. Que de communes non déclarées phylloxérées, où il est de notoriété publique cependant que le phylloxéra existe ! Que de taches plus ou moins nombreuses sont ignorées par l'Administration !
Et cependant, malgré cette gravité de la situation, la défense du vignoble contre le phylloxéra paraît s'être amoindrie. Les syndicats sont peu nombreux ; les uns se séparent, et d'autres ne se forment point à leur place.
Les traitements au sulfure de carbone n'inspirent qu'une confiance médiocre. Les champs d'expériences entretenus aux frais du département ne donnent point de résultats tout à fait satisfaisants, et les vignerons se demandent si le vignoble tourangeau est destiné à périr.
Le découragement est partout. Si les cépages indigènes sont frappés de mort par le puceron, l'expérience des départements du Midi n'a-t-elle pas démontré que les plants américains pouvaient avantageusement les remplacer ?
Tous les viticulteurs tournent en ce moment leurs espérances de ce côté, et tous demandent au Conseil général, sous forme de vœu ou de pétition, de revenir sur la décision antérieure [1874] qui interdisait, dans le département, la circulation des vignes étrangères.
A cette époque, Messieurs, le Conseil général pensait que le département n'était pas dans un état assez désespéré, au point de vue phylloxérique, pour permettre la libre importation de cépages qui avaient la réputation de porter le phylloxéra avec eux. Sans doute ces cépages étaient résistants, ils vivaient, dit-on, avec le puceron. Mais n'était-il pas à craindre que le puceron ne se répandît aussitôt sur les cépages de nos pays et n'occasionnât leur mort ? Pour un hectare planté en américains, c'était peut-être, 10, 20, 100 hectares de vignes indigènes menacés de la terrible contagion.
Le Conseil général, redoutant une pareille catastrophe, a préféré ajourner la question.
Elle se représente de nouveau. Il est malheureusement démontré que l'invasion du phylloxéra continue chaque année ses ravages et que le nombre d'hectares atteints va sans cesse en augmentant. Dans ces conditions, il devient d'un intérêt général de rechercher les moyens de reconstituer le vignoble, si cruellement éprouvé.
De nombreuse pétitions ont demandé la libre circulation des cépages étrangers. Les Comités d'étude et de vigilance, consultés à cet effet par M. le Préfet, se sont prononcés, d'une manière générale, en faveur de la même importation, en la limitant toutefois aux cantons les plus atteints.
M. Le professeur d'agriculture est du même avis. Votre troisième Commission, Messieurs, a examiné la question avec le plus grand soin, et elle a pensé qu'il y avait lieu pour le Conseil général de se départir de sa sévérité de 1886 et 1887.
En effet, d'un bout à l'autre du département, tous les viticulteurs jettent un cri d'alarme et ne voient la possibilité de reconstituer leur vignoble que dans la plantation de cépages étrangers. Est-il possible de leur refuser plus longtemps le moyen de réparer les désastres de leur fortune.
Je sais bien que l'argument de la contagion peut encore être allégué, quoiqu'il perde une partie de sa force en présence de l'accroissement des progrès du phylloxéra.
Néanmoins, votre troisième Commission vous propose, Messieurs, de déclarer qu'à l'avenir la circulation des cépages étrangers sera libre dans le département d'Indre-et-Loire, et elle vous prie d'inviter M. le Préfet à obtenir dans le plus bref délai les autorisations nécessaires du Ministre de l'Agriculture.
M. Le Jouteux [Jean Le Jouteux, Conseiller général, maire de Bourgueil, parti monarchiste], au nom de la minorité de la Commission, combat les conclusions du rapport.
L'honorable membre demande que la libre introduction des cépages américains soit au moins interdite dans les cantons non contaminés.
On objectera peut-être que les décrets relatifs au phylloxéra prennent comme unité territoriale l'arrondissement, et non pas le canton. Mais, puisqu'il y a dans un même arrondissement des cantons non contaminés et d'autres qui ne le sont pas, on pourrait demander que les décrets fussent modifiés. Il serait désastreux d'autoriser l'introduction de cépages américains dans des cantons qui, à cette heure, ne sont nullement contaminés.
M. Lemesle [Albert Lemesle, conseiller général, maire de Saint-Michel-sur-Loire, canton de Langeais, parti républicain] se joint à son collègue pour combattre les conclusions de la Commission.
Si on permet la libre introduction, dans le département, des vignes américaine, l'invasion phylloxérique qui actuellement marche lentement, sera plus rapide et plus dangereuse.
D'ailleurs, les cépages américains constituent-ils vraiment un remède contre le mal, La question est loin d'être résolue : elle est controversée dans le Midi, où des expériences en grand ont été faites, et il est démontré que des plants qui conviennent au Midi de la France ne réussissent pas en Touraine.
Dans ces conditions, M. Lemesle estime qu'il convient d'attendre encore avant de prendre la résolution que la Commission propose, résolution qui pourrait avoir pour conséquence de ruiner complètement la production viticole du département et contre laquelle les populations de son canton protestent.
M. Tiphaine, rapporteur, dit que la Commission a examiné la question de savoir si, comme le demande M. Le Jouteux, on ne pourrait pas interdire l'introduction des plants américains dans les cantons non atteints. Malheureusement les décrets relatifs au phylloxéra ont pris comme unité territoriale l'arrondissement, et non le canton. Il faudrait donc, pour donner satisfaction à l'honorable M. Le Jouteux, modifier ces décrets, et tout le monde sait que la modification de décrets de cette nature demanderait beaucoup de temps.
C'est par erreur que M. Lemesle a dit que les populations qu'il représente protestent contre la libre introduction des cépages américains. Si en effet on consulte l'enquête, on voit que six communes du canton de Langeais ont donné un avis favorable à la libre introduction des cépages américains, trois communes ont émis un avis contraire, deux ne se sont pas prononcées.
De même, dans le canton que représente l'honorable M. Le Jouteux plusieurs communes demandent la libre introduction des cépages américains.
Ces cépages, dit-on, peuvent donner la contagion. Mais les cépages indigènes phylloxérés donnent également la contagion, et ces cépages peuvent circuler. D'ailleurs tout le monde sait que, malgré la loi, les cépages américains sont introduits dans le département.
M. G. Houssard dit que le syndicat anti phylloxérique du canton de Neuillé [Pont-Pierre] a étudié la question de la libre circulation des cépages américains. A l'unanimité, ce syndicat s'est prononcé contre.
En effet, dans ce canton le phylloxéra n'a encore fait que très peu de ravages, et, dans ces conditions, le remède que l'on propose pourrait avoir pour conséquence de ruiner le pays. Aussi M. Houssard votera-t-il contre les conclusions de la Commission.
M. Patry [M. Patry, Conseiller général du canton de Sainte-Maure, maire de Sainte-Maure] fait remarquer que les Comités d'études et de vigilance se sont prononcés pour la libre circulation des cépages américains. Or, ces Comités sont composés d'hommes très compétents.
On est obligé de reconnaître que si officiellement il n'y a qu'un certain nombre de cantons qui soient phylloxérés, en fait le phylloxéra est partout. L'orateur en a lui-même fait l'expérience ? Il a eu la curiosité d'arracher des vignes qui poussaient très vigoureusement, et il a trouvé du phylloxéra dans les racines. Le mal est donc certain, et, puisque le seul remède consiste à reconstituer les vignobles avec des cépages américains, il est logique de ne mettre aucune entrave à la libre introduction des cépages.
M. Drake tient à répondre à plusieurs objections de M. Lemesle, qui seraient de nature à jeter le doute dans les esprits. Il est d'abord inexact que les vignes américaines n'aient pas fait leurs preuves dans le Midi. Le département de l'Hérault, ruiné par le phylloxéra, revient peu à peu à ses belles récoltes de 1874 et 1875, grâce aux cépages américains directs ou greffés. M. Lemesle demande aussi qu'on attende. Mais en attendant on perd du temps. Ce n'est pas en une année qu'on pourra reconstituer nos vignobles en cépages américains. Il faut de patientes recherches pour l'adaptation des espèces à notre climat et nos différents sols : pour cela il faudra quatre ou cinq années de travaux et d'études. Si on attend, tout le vignoble tourangeau sera détruit avant qu'on ait fait des tentatives concluantes.
Enfin, il y a deux moyens de parer aux principaux inconvénients de l'importation des plants : d'abord l'administration a le devoir, pas des instructions très répandues, de gader nos importateurs contre l'envahissement des cépages de mauvaise qualité, dont des industriels du Midi voudront les encombrer ; ensuite, il existe un procédé très pratique pour détruire tous les germes phylloxériques qu'une bouture ou une racine importée peuvent contenir, c'est l'ébouillantage l'immersion dans l'eau chaude à 45 °C pendant quelque minutes. L'Administration doit le recommander.
De cette manière, on se mettra à l'abri des dangers signalés à l'importation des cépages américains, mesure que M. Drake se déclare prêt à voter dans l'intérêt de la viticulture.
M. le Préfet dit qu'avant d'être nommé dans l'Indre-et-Loire il a eu l'honneur d'administrer deux départements, la Dordogne et Saône-et-Loire.
Quand il est arrivé en Dordogne [Préfet de 1882 à 1883], il n'y avait plus pour ainsi dire plus de traces de vignobles. M. de Mahy, alors Ministre de l'Agriculture, dans un voyage qu'il fit dans ce département, fut frappé de cet état de ruine, et, voulant essayer d'y porter remède, il mit à la disposition de l'Administration une somme de 40 000 fr. pour créer une pépinière de vignes américaines [pépinière départementale de la Dordogne]. Cette pépinière a été créée sous la direction du professeur d'agriculture. Elle a parfaitement réussi, et aujourd'hui, grâce aux boutures fournies par cette pépinière, le département a presque entièrement reconstitué ses vignobles.
Quant au département de Saône-et-Loire [Préfet de 1886 à 1888], il est dans une situation beaucoup plus malheureuse que celle d'Indre-et-Loire. Les viticulteurs de Saône-et-Loire se sont opposés à l'introduction des plants américains, et pendant ce temps-là le phylloxéra a continué ses ravages ; aujourd'hui le mal est tel que des propriétés qui ont été achetées 300 000 fr. se vendent 50 000 fr. Si la circulation des vignes américaines avait été autorisée plus tôt, aujourd'hui le département de Saône-et-Loire serait sur le pont de reconstituer ses vignobles, car il connaîtrait les cépages qui conviennent le mieux au climat de cette région. Il ne faut pas oublier, en effet, que le plant qui convient au climat d'une commue ne réussit pas dans la commune voisine. C'est pour cela qu'il est nécessaire de se livrer à des expériences multiples, qui ne peuvent réussir qu'avec la libre circulation de tous les cépages.
Il conviendrait donc d'autoriser cette libre circulation en recommandant la précaution qu'indiquait M. Drake et qui consiste à tremper les plants de vignes dans un bain d'eau chaude à la température de 45 °C.
M. de Mauvise [Louis Charles Marie René de Mauvise (1848-1907), Conseil général du canton de Richelieu, commune Courcoué] dit qu'il représente un canton qui a été cruellement éprouvé par le phylloxéra. Dans ce canton on n'a pas hésité à planter des vignes américaines [Heine et Maingon au château de Richelieu], et l'expérience a réussi. Aujourd'hui à Richelieu on boit du vin de vignes américaines.
M. Lemesle persiste à penser que l'expérience des vignes américaines n'est pas terminée et qu'il serait sage d'attendre quelques années encore avant d'autoriser la libre circulation des plants étrangers.
M. Girault-Banne [Célestin Honoré Girault-Banne, conseiller général du canton de l'Ile-Bouchard et ancien maire de l'Ile-Bouchard, parti républicain, ancien notaire] estime qu'il faut envisager la question au point de vue général, et non au point de vue de l'intérêt de tel ou tel canton.
La vérité, c'est que le phylloxéra est partout et que le seul remède efficace consiste à reconstituer le vignoble à l'aide des cépages américains.
C'est le conseil que donnent tous les professeurs d'agriculture, et, par une singulière anomalie, lorsque les viticulteurs veulent suivre ce conseil, ils se voient condamner à une amende.
Malgré la loi, malgré l'amende, on plante des vignes américaines. Le résultat est excellent. Il est donc temps d'autoriser la libre circulation de tous les cépages.
M. Houssard ne voit pas pourquoi on autoriserait la libre circulation des cépages américains, alors qu'il y a encore la pépinière de Mettray et dans d'autres pépinières des plants américains provenant de semis. Il sera temps d'autoriser la circulation des plants étrangers lorsque les viticulteurs auront épuisé le stock qui est leur disposition et dont ils ne paraissent pas vouloir user.
M. Drake fait observer que les pépinières dont parle M. Houssard ne contiennent qu'une seule qualité de cépages. Or, il faut que toutes les qualités puissent être introduites, si on veut que les viticulteurs soient en état de choisir celles qui conviennent le mieux à chaque terre.
M. Le Préfet fait remarquer qu'il est inexact de dire que les viticulteurs ne veulent pas faire usage de plants provenant de la pépinière départementale de Mettray. Cette pépinière a fourni environ 100 000 boutures et 5 000 racinés.
M. Houssard répond que la pépinière départementale est en état de faire face à toutes les demandes et que dès lors, son observation subsiste.
L'honorable membre demande que la question soit scindée et que le Conseil soit appelé à se prononcer successivement sur la libre circulation des plants étrangers dans chaque arrondissement.
M. Oudin [M. Oudin, conseiller général du canton de Tours-sud, avocat, conseiller municipal à Tours] estime qu'il faut tout d'abord mettre aux voix la question de principe.
Cette proposition est mise aux voix, et, à la majorité de 14 voix contre 3, le Conseil général émet un avis favorable à la libre circulation de tous les plants étrangers dans le département.
Le Conseil décide ensuite, comme conséquence de ce vote, que la pépinière de Mettray sera supprimée.
M. Le Préfet est invité à prendre les mesures nécessaires pour exécuter cette résolution. Le Conseil vote un crédit de 874 fr. applicable aux frais faits par la Colonie de Mettray, pendant les années 1886 et 1887, pour l'entretien de cette pépinière. Ce crédit sera inscrit au budget rectificatif.
Sur proposition de M. Tiphaine, M. le Préfet est invité à s'entendre avec la Colonie de Mettray pour la cession des boutures actuellement disponibles et des pieds mères qui ont servi à fournir ces boutures.
 

1888

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Extrait p. 56-57
Chronique agricole
Les semis de Riparia ayant aujourd'hui une certaine importance en Touraine [M. Martineau à Sainte-Maure, Pépinière départementale à la Colonie de Mettray, M. Heine à Richelieu, etc...] il peut y avoir intérêt à connaître le procédé indiqué par M. Laliman pour favoriser la reprise des greffes opérées sur ce cépage.
"La pratique nous a appris, dit-il, que surtout dans la famille des Riparias si fougueuse par nature, et qui n'a guère d'affinité à se greffer avec notre Vitis vinifera (exception faite pour les Solonis et les Vialla), il fallait pour relever certains porte-greffes défaillants, user d'un pondérateur qui consiste dans le nombre de branches sauvages laissées au porte-greffe.
Je pourrais montrer des porte-greffes trop tôt sevrés de leurs branches sauvages, qui s'étiolent, languissent, et semblent porter avec dégoût des raisins français, mais renaissent au fur et à mesure que les branches sauvages repoussent et que j'ai pu les soustraire à la brutalité du sécateur. Cette remarque, qui est pour moi le secret du succès de la greffe dite de Cadillac, aucune grande importance à mes yeux. Elle doit aider au relèvement des Riparias qui filent et doit éviter les surgreffages onéreux proposés comme remède in extremis aux trop nombreux Riparias plantés sans discernement.
Avant de quitter ce sujet rempli d'actualité, parlons du concours de greffage ayant eu lieu en mai dernier à Limoux (Aude) et dont les résultats pratiques ont été contrôlés au mois de septembre par une commission nommée au sein du comice agricole.
Vingt-neuf concurrents avaient pris part à la lutte qui se produisait pour la première fois dans le département.
Six-cent vingt-neuf [629] greffes sur huit-cent soixante et onze [871] pratiquées, ont parfaitement réussi. Cette proportion de 70 % est fort satisfaisante pour un pays dans lequel la greffe est encore à l'état d'essai. Encore convient-il d'ajouter que l'état d'humidité des terres et la pluie diluvienne tombée le soir même du concours ont exercé une influence défavorable.
La moyenne du temps employé à faire trente [30] greffes sur place a été de 35 mn buttage compris ; ce chiffre représente 510 greffes pour une journée de 10 h. Six concurrents ont voulu se montrer plus agiles et ont mis moins de 30 mn, mais aucun n'a été classé dans les dix premiers pour la bonne exécution, la parfaite réussite de son travail. L'un d'eux même, greffeur expérimenté pourtant et qui avait mis seulement 19 mn à faire ses 30 greffes, a payé cet exploit en se faisant classer 27ème sur 29. Le genre de greffe le plus généralement adopté a été la fente simple. C'est la plus commode entre les mains d'ouvriers novices et elle a donné des reprises très réussies.
La greffe anglaise a eu quatre adeptes qui ont été classés en septembre sous les n° 18, 20, 24, 29. La moyenne obtenue par ces quatre greffeurs n'a été que de 60 %. Mais l'un d'entr'eux le sieur Villefranque, inventeur d'un outil qui lui permet de tailler des sections et des biseaux avec une régularité mathématique, a obtenu les soudures les plus parfaites de tous les concours.
La ficelle et le raphia employés indifféremment pour les ligatures ont donné les mêmes résultats ; un greffeur n'ayant fait aucune ligature a obtenu seulement 16 reprises. 
Nos vignerons tourangeaux pourront retirer quelque profit de ces indications techniques. Dans un second bulletin de la Société d'agriculture de l'Aude, M. Rousseau, sur une interpellation du président, répond que les plants Américains se comportent bien dans les terrains fertiles, profonds, friables, et ressuyant bien. Les résultats sont au contraire mauvais dans les terres compactes, sauf peut-être pour le Jacquez qui l'emporte alors beaucoup sur les Riparias.
Quantités de greffes de quatre et cinq ans sont atteintes de chlorose et dépérissent après avoir donné dès le début les plus belles espérances. En terrain argilo-ferrugineux les greffes sur Rupestris et sur York-Madeira se comportent très bien. Parmi le nombreux hybrides Bouschet grièvement tteints par la chlorose, le petit Bouschet présente seul une remarquable exception. Il y a d'autant plus lieu de signaler ici ce fait, que le petit Bouschet commence à se propager en Touraine de façon appréciable.
Des détails précieux pourraient être extraits du discours prononcé en octobre au congrès viticole de Mâcon pa M. le sénateur Gaston Bazille, je les réserve pour une communication ultérieure me proposant de les réunir au =x savantes observations de M. Millardet sur le même sujet.
G. DUCLAUD, Président

1888

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Extrait p. 97

Séance du 10 mars 1888
M. Duclaud, obligé de se retirer pour assister aux travaux de la commission départementale du phylloxéra, s'excuse de quitter la séance et cède la présidence à M. Vallée, vice-président.
 

1888

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Extrait p. 73-77
Chronique agricole
Le 10 mars dernier, le jour même où avait lieu notre séance mensuelle, la Commission départementale du phylloxéra était convoquée par M. le Préfet. Je dois, Messieurs, vous faire connaître la résolution adoptée dans cette réunion, à laquelle j'assistais. Gardez-vous bien toutefois de croire que l'on ait voulu consulter en ma personne, la Société que j'ai l'honneur de présider. La convocation était adressée au propriétaire viticulteur, et non pas à votre Président. On avait bien demandé l'avis des trois Comices agricoles [depuis 1881, la Société d'agriculture a été remplacée par le Comice de l'arrondissement de Tours, non sans problèmes et tensions !!!!!!!!!!], mais on désirait sans doute se passer de celui de notre compagnie comme on s'est passé de son concours dans la formation du Comité de l'exposition universelle de 1889.
En face d'un parti pris, j'ai cru de notre dignité à tous de ne point élever une réclamation qui serait restée vaine. Je rappelle seulement ici, que la Société d'Agriculture avait, avait, il y a dix à douze ans [1876-1878], organisé un Comité d'études et de vigilance hautement approuvé et encouragé par M. le Préfet, Marquis de Nadillac, et que ce Comité a fonctionné jusqu'au moment où une loi a ordonné la création de commissions administratives départementales.
Dans la réunion du 10 mars, l'assemblée, à l'unanimité, reconnaissait que les progrès de l'invasion phylloxérique rendent inutiles toutes les prohibitions légales, émet le vœu que ces prohibitions soient levées. En conséquence, elle invite M. le Préfet à solliciter du Ministre la libre circulation des plants dans toute l'étendue du département ; comme aussi l'autorisation d'introduire des plants indigènes exotiques de n'importe quelle provenance.
Toutefois, la Commission considère comme inutile qu'une circulaire préfectorale recommande une simple mesure de précaution très facile à prendre. ll s'agirait de d’échauder tous les plants introduits, par une immersion de dix minutes, dans de l'eau chauffée à 50 degrés.
Les expériences faites avec un grand esprit de méthode à la date du 24 mars 1887, par MM. Couesnon, Henneguy et Salomon, dans les cultures de ce dernier, à Thomery ; ne laissent aucun doute sur l'efficacité du procédé.
Là où le badigeonnage Balbiani appliqué à des boutures a donné de mauvais résultats, l'échaudage, a, pourrait-on dire fait merveille. Il semble même que cette opération précédant la stratification des boutures ait exercé sur elles une action favorable, car leur reprise a été plus complète que celles des boutures témoins, n'ayant subi aucune préparation. Il est à remarquer, toutefois, que l'échaudage succédant à la stratification au lieu de la précéder, donne des résultats beaucoup moins bons. De même le badigeonnage préventif Balbiani, déjà peu recommandable pour les boutures à stratifier, devient tout à fait désastreux pour celles qui ont déjà subi la stratification. Il semble que les tissus attendris soient plus facilement désorganisés par les vapeurs d'huile lourde et de naphtaline.
Cette question de l'introduction probable des cépages américains, donne plus d'actualité encore, s'il est possible, aux remarquables travaux de MM. Millardet et de Grasset, Couderc, Ganzin.
Ayant laissé, bien malgré moi, s'accumuler un nombre considérable de communications à condenser ou analyse, j'éprouve un certain embarras pour me tracer un programme.
Afin de donner le temps de décider une classification rationnelle entre les différents travaux concernant les vignes américaines, je vais vous entretenir d'un cépage français résistant depuis 25 ans au milieu de vignobles pour la plupart détruits par le phylloxéra.
M. Terrel des Chênes, dont la haute compétence viticole est bien connue, m'a fait l'honneur de m'adresser plusieurs exemplaires d'une intéressante plaquette consacrée à un cépage d'origine dauphinoise. L'Etraire de l'Adhuy, son histoire, sa monographie, l'indication précise des propriétés où on le cultive, les attestations les plus authentiques et les plus recommandables, au sujet des qualités de résistance de ce cépage, telle est en trois lignes la substance d'un opuscule se recommandant de lui-même à tout viticulteur qui n'a pas d'idées préconçues.
Certes, la reconstitution de notre vignoble tourangeau par la plantation de porte-greffes américains serait une belle et bonne chose. Mais que de dépenses, que de mécomptes, que de temps, et aussi que d'incertitudes quant à la persistance de l'immunité phylloxérique !
Avec un plant indigène qui d'ailleurs est cultivé depuis plus d'un siècle en Savoie et dans les départements limitrophes, avec un plant qui s'accommode à peu près de tous les sols, de toutes les altitudes, nous pourrions sans grosse dépense, sans recourir au greffage, sans redouter le dépérissement de nos plantations, reconstituer les vignobles qui n'ont pas l'ambition de produire un vin de qualité spéciale, comme Vouvray, Bourgueil, Chinon ou Saint-Avertin. Je me permets donc, Messieurs, de vous recommander tout spécialement la lecture...

Le Président, G. DUCLAUD
 

1888

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Extrait p. 101-102
Chronique agricole
Le rapport général présenté par M. Tisserand à la Commission supérieure du phylloxéra contient des indications d'un haut intérêt, particulièrement au point de vue statistique.
Nous possédons encore 1 944 150 hectares de vignes, sur lesquelles 75 000, en chiffres ronds, sont traités au sulfure de carbone pour 66 500 au sulfocarbonate de potassium pour 8 500. La submersion est appliquée à 27 000. Enfin, 166 517 hectares sont reconstitués en cépages américains.
Dans ce dernier chiffre, l'Hérault figure pour 77 000 ha
l'Ariège pour 20 000
le Gard pour 15 000
le Pyrénées-Orientales pour 12 500
la Gironde pour 10 500
le Var pour 8 000
Viennent ensuite pour 1 000 ha en moyenne et sensiblement sur le même pied : 
Les Basses-Alpes, la Haute-Garonne, le Gers, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Rhône, le Tarn, le Tarn-et-Garonne.
Les mesures énergiques appliquées dans le vignoble Algérien ont empêché la propagation du fléau sur un territoire qui peut devenir à un moment donné notre suprême ressource viticole. Du reste, depuis quinze ans bientôt, les mesures que nous appliquons au territoire Algérien, ont force de loi dans la Confédération Suisse et suffisent à circonscrire le fléau et en atténuer les effets.
M. Tisserand signale les travaux en cours, et dont le gouvernement accélère le plus possible l'achèvement pour la création de canaux d'irrigation permettant à certains départements du S-E et du S-O de pratiquer la submersion.
Le département de la Gironde compté déjà 7 561 ha soumis à ce traitement.
 

1888

Annales de la Société d'Agriculture Science Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, Tome LXVIII, Tours, 1888
Extrait p. 104-105
Chronique agricole 
Le Journal officiel a publié, le 2 mai, un règlement d'administration publique, déterminant les conditions d'application de la loi du 1er décembre 1887. Cette loi accorde, on le sait, l'exonération de l'impôt foncier pour les terrains nouvellement plantés ou replantés en vignes dans les arrondissements phylloxérés.
A l'égard des vignes destinées à être greffées, le point de départ de l'exemption est déterminé par le fait du greffage et non pas celui de la plantation. Les maires des différentes communes ont reçu ou vont recevoir toutes les instructions préfectorales pour assurer une équitable et intelligente application de la loi.
Puisque le mot greffage s'est rencontré sous ma plume, je signalerai le mouvement considérable dont cette pratique est l'objet dans la plupart des départements méridionaux. Cours publics de greffage, praticiens ambulants subventionnés par les sociétés agricoles et parcourant les centres de production pour initier les viticulteurs, concours de greffe subventionnés par l'Etat... rien ne manque, là où l'esprit d'initiative est second" par l'apport de ressources pécuniaires. C'est ainsi que le 17 mai prochain aura lieu, chez M. le marquis de Palaminy le concours de l'arrondissement de Muret. Une section spéciale de concurrents sera formée par les enfants des écoles, initiés de bonne heure, on le voit, à la pratique du greffage.
L'Etat accorde à ce concours une subvention de 2 700 francs.
Voilà de bons exemples, voilà de bonnes mesures, et je ne puis m’empêcher de faire un triste retour sur la situation au moins singulière faite à notre compagnie, que l'on semble vouloir systématiquement oublier, et qui n'est même plus appelée à nommer de délégués pour les concours, dans la région dont elle fait partie...

Le Président, G. DUCLAUD
 

1888

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 33-34
Extrait des procès-verbaux
Séance du 8 décembre 1888
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
M. le Président demande qu'un vœu soit émis par la Société et adressé à M. le Préfet pour obtenir la libre circulation des plants américains dans les arrondissements de Tours et de Chinon. Un membre s'associe à cette proposition et déclare le moment opportun pour hâter les lenteurs administratives. M. le Président écrira dans ce sens à M. le Préfet.
[...]
L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition de M. Dugué, relative à la création d'écoles de greffage dans le département d'Indre-et-Loire.
M. Dugué expose très clairement les bases sur lesquelles l'essai doit être tenté, et est chargé par la Société de faire le nécessaire pour exécuter ce projet, dont la réalisation pourrait avoir une grande importance.
Une somme de 400 francs est votée sur l'exercice de 1889 pour être employée à cet effet.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

1889

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 114
Concours départemental de viticulture de 1889
Rapport de la Commission
Est-il besoin de rappeler qu'alternativement la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire encourage l'agriculture et la viticulture de notre département avec l'attribution de récompenses importantes. L'année dernière vous assistiez à la lecture de l'intéressant rapport de M. Testoin sur le Concours d'agriculture ; cette année, nos collègues de la Commission, MM. Duclaud notre honorable président, Denis-Cousin et Guimas ont bien voulu me charger de vous présenter, comme rapporteur, les lauréats du Concours de viticulture et de vous faire connaître, dans rapide exposé, les mérites divers des vignobles primés. Je dois tout d'abord, au nom de la Commission, exprimer un regret, celui que le nombre des candidats, qui se sont mis sur les rangs pour se disputer nos récompenses, n'ait pas été plus considérable. Trois déclarations seulement sont restées fermes pour solliciter notre visite, tandis que plusieurs autres étaient annulées à la dernière heure par des concurrents dont le mildiou, mal combattu sans doute n'avait pas ménagé les vignes. Certes il y a là matière à circonstances atténuantes et aussi explication du petit nombre de propriétaires ayant consenti à rester candidats ? Espérons qu'instruits par une expérience si chèrement acquise, les vignerons et viticulteurs d'Indre-et-Loire de montreront désormais à la hauteur de la défense que leur imposent pour l'avenir les trop nombreuses maladies cryptogamiques et autres de l'heure présente.
Les trois candidats que la Commission a eu à visiter sont :
M. Camus-Tessier, à Pocé ;
Mme Lemesle, à Bourgueil ; 
M. le docteur Mattrais, à Chinon.
Nous allons suivre dans ce rapport l'ordre de nos visites :

p. 115-116
PETITE CULTURE
Vignoble de Chauffours, commune de Pocé, M. CAMUS-TESSIER, propriétaire exploitant.
M. Camus-Tessier exploite directement au lieudit Chauffours, commune de Pocé, un vignoble de 7,50 ha d'un seul tenant qu'il a acquis par héritage de son beau-père, en 1879, sans toutefois 0,70 ha qu'il a planté personnellement et depuis. Les cépages cultivés sont, le côt sur une étendue de 5 ha, le gros noir sur 2 ha et enfin 0,50 ha fr gros et menu pinot de la Loire. Le sol sur lequel sont plantées les vignes du concurrent est argilo-siliceux avec sous-sol argileux peu perméable, sorte de bournais fort mélangé de cailloux siliceux en sa plus grande étendue.
D'une manière générale, la tenue du vignoble est bonne : les façons d'ameublissement et de sarclage paraissent bien conduites, tout au plus pourrait-on faire une légère observation sur les gros noirs, placés dans le milieu le plus argileux et où les rangs de vigne nous ont paru renfermer un excès d'agrostis des champs. Toutes les vignes de M. Tessier sont en rangs ; les unes sont franches de pied, tandis que les autres ont été recouchées. La plantation est à distances variables, ici 1,50 m en tous sens et là à 2 m contre et sur le rang. Les côts sont établis sur échalas et trois rangs de fil de fer, les autres plants au contraire sont maintenus simplement avec des échalas.
La végétation est bonne dans l'ensemble, cependant dans une pièce de côt d'environ 1 ha, nous avons trouvé des feuilles jaunissantes, des raisins un peu maigres et une taille trop généreuse, comportant deux verges et coursons. Contre le mildiou, trois sulfatages dont le résultat était très ordinaire. Depuis que M. Camus-Tessier jouit de cette vigne, il ne l'a jamais fumée, nous a-t-il déclaré, si on ajoute à cela l'exagération de la taille relatée plus haut, cela constitue un régime qui n'est pas sans danger pour l'avenir de l'arbuste. Par contre M. Camus-Tessier fume son teinturier, aussi y avons-nous constaté une fort belle vendange, avec une protection suffisante contre le mildiou. Une autre pièce de côt de 4 ha, attenant au gros noir, a été trouvée ne laissant rien à désirer. M. Camus-Tessier nous a montré dans cette vigne une application assez étendue de l'incision annulaire, d'ailleurs parfaitement réussie. Les raisins étaient plus nombreux, à grains beaucoup plus gros, sans trace de coulure et nous ne surprendrons personne en avançant que les fruits des souches incisées se présentaient comme maturité, en avance de huit à dix jours sur ceux des ceps qui n'avaient pas été opérés.
Ici encore le syndicat anti phylloxérique d'Amboise traite avec plein succès, depuis cinq ans [1884], une tache occasionnée par la présence du phylloxéra. Des fumures au fumier complètent l'opération. Comme installation vinaire M. Camus-Tessier possède une cave dans le roc où sont logées quatre cuves en pierres, tirant chacune quinze pièces, et un pressoir à lanterne. Il dispose en outre d'assez d'espace pour loger convenablement 200 pièces de vin. L'ensemble est bon et capable de suffire à tous les besoins résultant des récoltes à provenir du vignoble existant. M. Camus-Tessier a hérité de cette installation en même temps que du vignoble.
Suivant déclaration du concurrent, il avait été récolté, en 1888, cent six pièces de vin, vendu le rouge 109 francs et le blanc 95 francs la pièce de 250 litres. Le vin de 1888 a été trouvé bon à la dégustation.
En résumé, si M. Camus-Tessier n'a pas montré à la Commission un vignoble d'une tenue irréprochable, on peut dire néanmoins que les conditions qui régissent d'ordinaire le bon aménagement d'une culture de vignes ont été remplies chez lui et donnent des résultats satisfaisants et rémunérateurs dans une région où la plupart des vignes présentaient lors de notre visite un aspect lamentable, tant du fait des maladies cryptogamiques que de la mauvaise culture. Pour ces raisons, la Commission cru devoir classer M. Camus-Tessier, dans l'espérance que ce sera pour lui un encouragement à mieux faire encore, en s'inspirant sur quelques points des réflexions qui précèdent.


p. 116-117
PETITE CULTURE
Mme LEMESLE, à Bourgueil.

Comme son concurrent, M. Camus-Tessier, Mme Lemesle se présente en petite culture avec 5 ha de vignes environ, réparties en quatre pièces. Trois de ces pièces, d’une étendue de 65 boisselées, sont assez rapprochées l'une de l'autre et appartiennent à la plaine de Bourgueil et de Saint-Nicolas. La quatrième, mesurant 35 boisselées, est située au bas du coteau qui limite la lande et la sépare des vignes. Le sol du vignoble de Bourgueil est connu : c'est un sable profond généralement, gras par endroits, sec dans d'autres, dans les deux cas, plus ou moins mélangé de cailloux roulés des alluvions.
Les vignes de Mme Lemesle sont déjà anciennes, les façons y sont nombreuses et la Commission n'a pu constater que leur parfait état d'entretien. Elles sont plantées en lignes, soit à 2 m soit à 1,50 m contre un. Elles sont montées sur échalas et fils de fer. Les remplacements sont faits régulièrement avec des chevelus de deux ans que l'on fume aux engrais chimiques, tandis que les vieilles vignes reçoivent du fumier de ferme et des ajoncs que l'on dispose dans des aujoux creusés entre les rangs.
La végétation ne laisse rien à désirer, les raisins sont assez fournis et de belle apparence, pas de mildiou, bien que l'on n'eût fait qu'un sulfatage. Toutefois la Commission a constaté un peu d'oïdium et c'est avec une certaine surprise qu'elle a appris que la propriétaire ne prescrivait jamais le soufrage. Il y a là une lacune à combler.
Les vignes au pied du coteau, ne diffèrent des autres que par la nature du sol qui est ici argilo-siliceux.
Comme tenue, rien à dire qu'à la louange de Mme Lemesle qui ne néglige rien pour conserver à son vignoble la bonne réputation qu'avait su lui acquérir M. le Dr Lemesle. J'ajouterai que la propriétaire est habilement secondée par son vigneron, le nommé Mesme Baptiste, qui nous a paru être un garçon intelligent et plein de sollicitude pour les vieilles souches et les soins qui lui sont confiés.
L'installation vinaire comprend un vaste chaix où nous avons trouvé des cuves en bois, un pressoir et de nombreuses futailles appropriées à la vente qui se fait généralement au détail.
L'ensemble est suffisant et d'un bon aménagement que complète d'ailleurs une cave dans le rocher où le vin attend le moment des expéditions.
En 1888, Mme Lemesle a récolté, nous a-t-elle déclaré, 36 pièces de vin vendues de 130 à 140 francs la pièce de 225 litres.
La Commission, appréciant le vignoble et l'installation vinaire de Mme Lemesle, décide d'en retenir l'ensemble pour le classement définitif.

p.117-120
PETITE CULTURE
M. le Dr MATTRAIS, à Chinon.

M. le Dr Mattrais s'est présenté dans la grande culture pour un vignoble d'une étendue supérieure à 10 ha, chiffre maximum qui limite les concurrents de la petite culture, mais la Commission, eu égard aux plantations éloignées du concurrent, a dû le déclasser pour le placer ainsi que les autres candidats dont il vient d'être question, dans la petite culture, son vignoble ne comportant pas en réalité une étendue entièrement plantée supérieure à 7 ou 8 ha.
M. le Dr Mattrais a commencé ses plantations en 1881 dans une propriété d'une quarantaine d'arpents dont il venait de faire l'acquisition dans de bonnes conditions de prix, à environ 4 km de Chinon. Le vignoble se compose de trois parties, d'ailleurs attenantes l'une de l'autre et que nous allons examiner successivement et rapidement.
1° D'abord le Clos, entouré de murs et d'une étendue d'un arpent. Le sol est ici, comme dans l'ensemble de la propriété, sablonneux, généralement profond, de teinte rouge, avec des proportions variables de calcaire se présentant le plus souvent avec le caractère pulvérulent, comme cela existe dans tout le coteau.
Le cépage est l'alcantino et la plantation remonte à 1882-83. On a adopté la disposition en lignes distantes de 3,50 m avec fils de fer et quelques échalas de distance en distance pour les maintenir. Les ceps sont à 1,30 m sur le rang. La taille appliquée est le système Guyot doublé sur chaque souche, c'est-à-dire avec deux verges. Au milieu des rangs une ligne d'asperge de la plus belle venue.
La végétation des vignes est aussi belle qu'on peut le désirer, et la Commission a pu constater qu'elles étaient chargées d'une vendange abondante, bien nourrie et promettant de faire du bon vin.
Par sa nature chaude et extrêmement perméable, le sol est ici comme dans la vigne d'à côté où nous étions tout à l'heure, peu fertile, aussi M. le Dr Mettrais n'a-t-il pu obtenir les résultats qu'il met sous nos yeux, qu'avec d'abondantes fumures, souvent répétées et provenant, les unes d'une vacherie exploitée pour la vente du lait en nature, les autres de boues de la ville de Chinon qui ne lui reviennent, rendues sur place, qu'à 2 francs le mètre cube pour une quantité moyenne et annuelle de 600 mètres cubes.
2° La pièce de vigne dans laquelle la Commission pénètre ensuite est située, comme la précédente, sur la crête du coteau. Même sol, peut-être un peu plus sec encore et légèrement pierreux. La superficie est de 3 ha, comprenant 2,60 ha en jeune vigne de breton âgée de deux, trois et quatre ans et 0,40 ha en vieilles vignes de même cépage. La plantation dans ce deux cas est en rangs distants de 3,50 m avec une distance moyenne de 1,33 m sur le rang.
Ici, même culture soignée, même fumure abondante et mêmes résultats satisfaisants comme fruits et végétation. Au 5 septembre, époque de notre visite, nous avons pu goûter des raisins bien tournés et déjà doux dans les côts qui avaient subi avec succès une application de virolage. Entre les rangs, suivant une habitude régulièrement observée chez M. le Dr Mattrais, nous avons trouvé comme cultures intercalaires des pommes de terre, des salsifis etc., sur les raisins et pour ne rien oublier, la Commission a constaté d'assez nombreuses taches d'oïdium. M. le Dr Mattrais ne soufre pas, c'est une lacune que la Commission sz permet de lui signaler.
Nous descendons maintenant une pente assez raide et nous arrivons dans le vallon qui renferme la plus grande partie des terres de la propriété. Même sol formé de sable fin, frais, cette fois avec absence de cailloux et rareté du calcaire. Une superficie de 9 ha est occupée par les vignes, dont la végétation et l'état de fructification sont certainement remarquables. Nous sommes ici dans un milieu de meilleure végétation où la même fumure que ci-dessus est appliquée régulièrement chaque année en vue des cultures intercalaires.
Nous rencontrons d'abord une vigne de folle-blanche âgée de six ans, conduite en verges et chargée d'une belle et abondante vendange. Les ceps, sur échalas, sont en rangs distants de 3,50 m et à 1,33 m sur la ligne. A côté quelques rangs de breton à leur quatrième bourgeon et plantés à 4,50 m. Ensemble 3 hectares avec cultures intercalaires de rutabagas, melons et betteraves.
Enfin le reste de la pièce (6 ha) est occupé par de la folle-blanche d'abord puis du côt, du grollot et du breton. Même aspect luxuriant que partout ailleurs dans ces vignes où les rangs sont distants les uns des autres de 7 m. La vendange est peut-être plus abondante encore. Le virolage ou incision annulaire a été appliqué sur la plupart des souches des différents cépages, taillés en verges, et son heureuse influence est manifeste et va certainement doubler la récolte. La vigne n'en paraît pas le moins du monde affectée ; elle est ici en culture intensive, ce qui n'a pas l'air de lui déplaire, si l'on en juge à sa bonne mine.
Ici encore des cultures intercalaires, sur 4 rangs cette fois, entre les lignes. Les asperges occupent près de 4 ha tandis que le reste revient aux citrouilles et aux betteraves.
Voilà l'œuvre de M. le Dr Mattrais, elle est des plus satisfaisantes et certainement lucrative. On pourrait peut-être discuter sur les avantages et les inconvénients des cultures intercalaires : la Commission préférerait le divorce et des cultures séparées ; néanmoins elle a constaté et elle répète que le côté économique de l'entreprise du M. le Dr Mattrais donne de bons résultats et, si l'on juge l'arbre aux fruits, one ne peut que lui adresser des félicitations. La Commission lui adresse volontiers tout en exprimant le désir de lui voir dédoubler des distances de 7 m là où la culture de l'asperge ne s'y oppose pas.
M. le Dr Mattrais a une installation vinaire simple, mais cependant suffisante pour le moment. Plusieurs cuves en bois, d’une contenance de 150 hl, et refermant chacune trois claies superposées servent à la fermentation du raisin après égrappage et foulage à l'aide d'un cylindre. La cuvaison dure de 12 à 14 jours puis le vin tiré le marc est jeté sur un pressoir Cathelineau pour en extraire le vin de presse qui est ensuite mélangé proportionnellement avec la goutte. Le prix de vente en 1888 a été de 60 fr/hl pour le rouge et 30 francs pour le blanc, logés en fûts du pays d'une contenance moyenne de 225 litres.
D'après les déclarations relatives aux contenances plantées, M. le Dr Mattrais possèderait 6,50 ha de vignes espacées de 3,50 m entre les rangs et 6 ha à 7 m; soit 12,50 ha au total ; mais la Commission n'a pas pensé pouvoir considérer cette surface comme réellement occupée par la vigne, les cultures intercalaires prenant environ la moitié du terrain et c'est pourquoi elle a cru devoir placer l'honorable concurrent dans la petite culture où il doit figurer réellement, ainsi que l'indiquent les règlements de la Société.
La Commission cependant resterait incomplète vis-à-vis de M. le Dr Mattrais, si elle n'associait pas à son œuvre, si méritante, son vigneron, Bouchet (François), dont l'intelligence et le dévouement n'ont pas été sans influence sur le succès final de cette collaboration bien comprise.
La Commission n'ayant dès lors pas de candidats dans la grande culture, a pensé qu'il lui appartenait à la petite, les ressources qui étaient mises à sa disposition par la Société pour la première, et, en conséquence, après discussion des mérites divers des candidats, elle a décerné :
Une médaille d'or de 200 francs à M. le Dr Mattrais, à Chinon.
Une médaille d'argent de la Société des agriculteurs de France à Mme Lemesle, à Bourgueil.
Une médaille de bronze de la Société des agriculteurs de France et 50 francs à M. Camus-Tessier, à Pocé.
Une médaille de bronze aux deux vignerons de M. le M. le Dr Mattrais et de Mme Lemesle : MM. Bouchet et Mesme.
Le rapporteur, 
A. Dugué,
Professeur d'agriculture.


p. 129-130
Extrait des procès-verbaux
Séance du 19 octobre 1889
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
M. Dugué ; vice-président et rapporteur de la Commission du Concours départemental de viticulture en 1889, donne lecture du compte rendu de ses opérations. Ce rapport sera inséré en entier dans les Annales de la Société. Voici quelles en sont les conclusions en ce qui concerne les lauréats :
PETITE CULTURE
1er Prix : Médaille d'or d’une valeur de 200 francs à M. le Dr Mattrais, à Chinon ;
2e Prix : Médaille d'argent offerte par la Société des agriculteurs de France, à Mme Veuve Lemesle, à Bourgueil ;
3e Prix : Médaille de bronze offerte par la Société des Agriculteurs de France et et un somme de 50 francs, à M. Camus-Tessier ; à Pocé.
COLLABORATEURS
Médaille de bronze à M. Bouchet (François) , vigneron de M. le Dr Mattrais ;
Médaille de bronze à M. Mesme (Baptiste), vigneron de Me veuve Lemesle.
Les conclusions du rapport sont adoptées à l'unanimité.
M. Dugué entretient alors ses collègues des cultures de vignes américaines de M. Martineau de Sainte-Maure. Les résultats obtenus, et qui ont été déjà signalés dans le dernier numéro des annales, dont remarquables pour des raisons multiples : ils déterminent M. Dugué à demander l'envoi à Sainte-Maure d'une délégation de la Société dans le but de constater l'état unique et merveilleux de la pépinière. Cette délégation est aussitôt constituée, MM. Dugué, Duclaud, Chauvigné père, Pic-Paris et Gauvin sont désignés pour en faire partie et se rendre à Sainte-Maure le 25 octobre suivant.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.
 


 

1889

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 121-124
LE RIPARIA MARTINEAU
GLOIRE DE TOURAINE

Il y a quelque chose comme trois semaines, j'ai essayé dans deux articles d'appeler l'attention des viticulteurs d'Indre-et-Loire sur le Riparia Martineau.
Les nombreux visiteurs qui depuis, se sont transportés à Sainte-Maure, me sont une preuve que je n'ai pas prêché dans le désert, mais d'un autre côté, j'ai reçu tout récemment un assez grand nombre de lettres qui me sont une autre preuve que beaucoup d'intéressés n'ont point eu connaissance de mes précédentes communications à la presse. J'e suis un peu surpris, car nous étions alors au moment où les partis venaient de brûler leurs dernières cartouches en vue de la lutte électorale, et il n'est point étonnant, qu'ayant parlé sans bruit et au moment même de grandes préoccupations politiques, notre voix n'ait été que médiocrement entendue.
Cependant la question en vaut la peine, c'est pourquoi je reviens à la charge aujourd'hui d'autant mieux que je revoyais, il y a deux jours, les plantations de M. Martineau, et que j'en revenais, dois-je l'avouer, tout fier pour notre Touraine, du spectacle consolant que, pour la seconde fois et à un mois d'intervalle, j'avais sous les yeux.
On se rappelle l'origine de la question. M. Martineau possédait à Sainte-Maure un petit vignoble dans le voisinage immédiat duquel le phylloxéra se manifestait en 1882. Lui-même ne tardait pas à être contaminé, et en 1883 il faisait venir, sur mon conseil, des pépins de diverses variétés américaines de chez Vilmorin, et commençait ses semis au printemps de cette même année. Le Riparia seul donna des résultats satisfaisants comme levée et végétation. La plupart des autres pépins ne levèrent pas ou mal, et les quelques sujets obtenus ont aujourd'hui pour la plupart disparu.
Je n'ai pas besoin d'insister sur le grand nombre de variétés qui se manifestèrent dans les Riparias. C'est le cas ordinaire à tous les semis de vigne. Une sélection méthodique fut aussitôt appliquée, et M. Martineau fit disparaître tout ce qui lui parut être de qualité inférieure, à petits bois et petites feuilles. Il obtint ainsi d'abord une souche unique qui se distingua immédiatement par la puissance de sa végétation, sa rusticité, la grosseur de ses sarments et les dimensions invraisemblables de ses feuilles. Le reste, comprenant quelques centaines de souches, formait bien encore plusieurs variétés, mais somme toute assez semblables entre elles La souche unique surnommée Riparia n° 1 tandis que l'heureux semeur appelait Riparia n° 2 l'ensemble des autres Riparias.
Je ne veux point faire le procès de ces derniers, ils sont bons, peuvent très bien être utilisés pour les plantations nouvelles car, la moyenne se rapproche sensiblement de ce que dans l'Hérault, on appelle la Gloire de Montpellier et d'autre variétés que j'ai eu l'occasion de voir dans les très intéressantes plantations du château de Richelieu, chez MM. Drake à Candé, Roux à Monts, et sur quelques points encore de notre département.
Mais ce que je considère comme tout à fait remarquable ; c'est la souche et ses dérivés qui ont constitué le Riparia n° 1, que nous appellerons désormais Riparia Martineau, pour perpétuer le souvenir du vigneron qui a eu la bonne fortune de le faire naître et de le remarquer, et Gloire de Touraine pour lui conserver son origine tourangelle.
Le "Riparia Martineau" est déjà vieux de 6 années et il est resté jusqu'ici à peu près inconnu et vierge de toute recommandation autre que la mienne. A la vérité, il n'y a guère que deux ans que j'en ai parlé incidemment dans mes conférences et je l'ai fait si timidement que bien peu de personnes en ont conservé le souvenir. Assurément la plume me démangeait fort, toutefois j'attendais toujours de crainte d'une dégringolade imprévue. Cela fut vain. Quelque chose est bien venu, mais c'est l'assurance que nous sommes en présence d'un cépage dont les mérites s'affermissent chaque jour avec des avantages comme porte-greffes tels que je n'en ai rencontré nulle part.
Pourtant il n'a fallu rien moins que la visite, le 1er septembre dernier, de M. Félix Sahut, président de la Société d'horticulture de l'Hérault, l'un des hommes qui connaissent sans aucun doute le mieux la question des vignes américaines, auteur de nombreux ouvrages de viticulture, pour forcer en moi cette conviction que le Riparia Martineau est bien une vivante réalité. Et c'est d'un commun accord, et en présence de M. Martineau, sur le terrain même de ses succès, au milieu des pampres verdoyants et des grappes énormes des souches greffées, que nous avons déclaré à l'intelligent viticulteur que son Riparia n°1 s'appellerait désormais Riparia Martineau Gloire de Touraine.
J'ai confiance dans le jugement de M. Sahut, le nouveau venu fera sa trouée, et par cette trouée passera la reconstitution de nos vignobles d'Indre-et-Loire, et celle de bien d'autres départements.
M. Sahut m'écrivait de Montpellier à la date du 8 courant comme écho de notre visite du 1er septembre à Sainte-Maure, que les membres de la Société d'horticulture de l'Hérault, sous les yeux desquels il a placé les feuilles du Riparia Martineau qu'il avait emportées, les ont trouvées "splendides". Que diront-ils lorsqu'il verront les échantillons de terre où végète ce cépage, et les sarments que je viens d'envoyer au directeur du Progrès agricole et viticole de Montpellier, qui me les avait demandés pour les exposer dans les bureaux de son journal, l'un des plus réputés de la région méridionale ?
Le Riparia Martineau, tous ceux qui l'ont vu - et ils sont nombreux - pourront l'affirmer, est doué d’une végétation comparable qui semble défier même jusqu'aux sols la plus rebelles. C'est ainsi que dans des milieux formés presque essentiellement de pierre calcaire tendre, sorte de tufs gras ou secs il se soutient depuis 5 ans sans aucune faiblesse ; et alors que dans ces terrains les arbres à fruits à noyaux eux-mêmes végètent ou meurent de la chlorose, cet incroyable cépages comporte ni plus ni moins que s'il avait à sa disposition des terres d'alluvions, qu'il soit d'ailleurs greffé ou non, : ce sont toujours des sarments qui dépassent souvent dix mètres de longueur, portant des feuilles qui ne mesurent pas moins de 25 à 30 cm dans leurs grandes dimensions.
M. Martineau possède aujourd'hui un assez grand nombre de greffes, tant sur son Riparia n° 2 que sur le n° 1. Elles sont toutes belles et chargées de fruits ; mais je dois à la vérité de dire que le Riparia Marineau ne supporte aucune comparaison On ne peut rien imaginer de plus beau. Les grappes sont énormes et nombreuses, mûre à point et promettent de faire d'excellent vin. Nous avons remarqué surtout les Alicante Henri Bouschet (cépage de l'Hérault), qui ont fait l'admiration de tous les visiteurs, un Breton précoce qui mérite d'être propagé et des Grollots. Ces derniers sont à raisins si volumineux et à grains si serrés qu'on a peine à les reconnaître. Tout cela est d'un réel et très grand intérêt pour notre viticulture su éprouvée, et c'est pourquoi je voudrais voir nos vignerons entreprendre en colonnes serrées le voyage aux pépinières de Sainte-Maure, convaincu qu'il en rapporteraient la conviction que rien pour eux n'est perdu encore, et que; malgré le phylloxéra, le mildiou et autres féaux, ils peuvent, s'ils le veulent, reconstituer leurs vignes et peut-être retrouver la prospérité d'autrefois.
M. Martineau, qui est un viticulteur habile, un greffeur émérite, ne veut pas être seul à profiter de sa découverte ; aussi a-t-il retardé ses vendanges jusqu'à la semaine prochaine pour convaincre ses visiteurs avec la démonstration par la preuve.
Le Riparia Martineau pourrait encore être appelé le Riparia des terres calcaires, puisqu'il y vient aussi bien que dans les meilleurs sols. Au surplus, ce sera peut-être là son caractère distinctif, car tous ceux qui s'occupent des vignes américaines savent que la pierre d'achoppement de ces cépages est précisément la résistance qu'ils présentent à s'acclimater dans les terrains calcaires, et, malgré les sélections, les hybridations faites jusqu'ici, la viticulture ne semble pas avoir encore trouvé le cépage américain des plantations dans les milieux de semblable origine. Si l'avenir confirme cette première expérience, vieille de cinq années, je le répète, quelle somme de reconnaissance l'arrondissement de Chinon, les Charentes et en général tous les pays à sol calcaire ne devront-ils pas plus particulièrement au petit et modeste vigneron de Sainte-Maure.
Vignerons d'Indre-et-Loire, reprenez courage, si je désir que j'ai de faire quelque bien à votre cause si intéressante ne m'abuse pas - et je ne puis le penser - je crois qu'avec le "Riparia Martineau" une ère nouvelle va commencer pour nous.
Les pépinières de Sainte-Maure présentent encore un côté intéressant, relatif cette fois aux producteurs directs américains. Nous avons goûté la plupart des raisins des nombreuses variétés cultivées et cela n'a pas toujours été sans désillusion. Il me semble résulter de ce que nous avons vu, que sous notre climat, il conviendra de porter l'attention plus spécialement sur l'Othello, l'Huntingdon, le Secretary, le Senasqua, le Cornucopia. Reste la qualité du vin que fourniront leurs nombreuses grappes ; ce point sera examiné ultérieurement avec pièces à l'appui.
A. Dugué
Professeur départemental d'agriculture. 

P.-S. - Voici les résultats d'analyses faites par le laboratoire de l'Ecole d'agriculture de Montpellier sur deux échantillons de terres calcaires où la végétation du Riparia-Martineau ne laisse absolument rien à désirer.
Terre blanc-verdâtre. (Terrain Martineau)
   Calcaire... 78,3 %
   Argile... 12,5 %
   Sable... 9,2 %
Terre blanc-jaunâtre. (Terrain Boissoneau)
   Calcaire... 63,3 %
   Argile... 32,2 %
   Sable... 4,5 %
A. D.

p. 131-133
LE RIPARIA GLOIRE DE TOURAINE
Dans sa dernière séance [19 octobre 1889], la Société d'Agriculture, sur proposition de M. Dugué, Vice-Président, décidait qu'une visite officielle serait faite au vignoble de M. Martineau, à Sainte-Maure.
Il s'agissait de constater de visu les nombreux mérites d'un Riparia obtenu de semis effectués en 1883 par M. Martineau, et baptisé très justement, pensons-nous, "Gloire de Touraine" ? En conséquence, une délégation composée de MM. Dugué, Vallée, Chauvigné père, Gauvin, Duclaud, se présentait le 27 octobre [1889] chez l'intelligent vigneron, accompagné de plusieurs propriétaires, viticulteurs étrangers à la Société.
Guidé par M. Dugué, dont la compétence et le dévouement sont l'un et l'autre hors de prix, M. Martineau a pratiqué des sélections sévères, et à l'aide d'un pied unique obtenu de semis et habilement propagé, il a constitué une importante culture dans des conditions qui semblent tout d'abord devoir éloigner le succès.
Pour peindre en quelque sorte son enseigne, pour bien affirmer les qualités d'adaptation du Riparia-Martineau dans les terrains calcaires, deux ceps ont été plantés à droite et à gauche de la porte d'entrée de l'habitation. Lorsqu'après avoir admiré la longueur, la grosseur, la belle santé des sarments et la largeur anormale des feuilles, on regarde le sol, on constate que chaque cep est implanté dans un tuf maigre, lamelleux, d'aspect gris verdâtre ; et sans être géologue ou chimiste, on conclut à une forte proportion de calcaire. Le tuf, en effet, analysé à l'Ecole de viticulture de Montpellier, a donné 78 % de calcaire.
Voici donc un premier point et le plus important à coup sûr : la vigueur végétative du Riparia-Martineau dans les sols calcaires si nombreux en Touraine. La confirmation de ce fait, devait nous être donné par l'examen d'un cep poussant avec une vigueur tout au moins égale chez M. Boissonnot, négociant à Sainte-Maure. Malheureusement le temps nous fit défaut. Le tuf de M. Boissonnot également analysé présente 63 % de calcaire et une proportion d'argile triple de celle constatée chez M. Martineau.
La vigueur du Riparia Gloire de Touraine, la longueur de ses sarments qui atteignent 7 à 8 m et quelquefois 10, gardent une grosseur exceptionnelle, la facilité de reprise au bouturage, non moins que la perfection de la soudure entre le greffeur [greffon] et le sujet [porte -greffe Riparia Martineau], suffiraient certainement à le faire classer au premier rang. Mais que dire, lorsqu'à tous ces avantages se joint la faculté de végéter admirablement dans tous les terrains, les meilleurs comme les plus maigres, froids et compactes, secs et rocailleux ?
Après avoir admiré l'enseigne, il fallait bien savoir ce que renfermait la boutique et nous dûmes nous transporter au vignoble distant de 1 500 m. On avait laissé tout exprès pour nous une trentaine de ceps portant encore leur récolte. Que pouvions-nous dire ? Habitués depuis des semaines, des mois, à ne voir que des vignes dans lesquelles la coulure, la grêle, le mildiou, avaient fait rage, sans parler de celles qui, méconnaissant la loi contre le cumul, s'étaient laissées visiter par les trois fléaux à la fois !
Ce n'était plus à se croire en Touraine. Des greffes de 2 ans, et même d’un an, portant sur de beaux et vigoureux sarments, d'énormes grappes, au nombre de 20 à 25, pour le Grolleau, avec une belle couleur noire bleuâtre, un peu pruinée, des grains plus gros que les prunelles des haies, une maturité parfaite, un goût très sucré qu'il est bien rare de rencontrer chez le Grolleau. Quan à l'Alicante-Bouschet, teinturier des plus méritants, l'aspect, pour ne pas être identique, n'était pas moins curieux ; grappes un peu moins nombreuses mais plus grosses ; grains d'un noir brillant et d'un volume exceptionnel, jus auprès duquel celui des mûres de haies aurait semblé rose.
Un troisième cépage, un Cabernet (Breton) hâtif avait été vendangé. Mais un des visiteurs qui nous accompagnait nous affirmait la parfaite exactitude des allégations de M. Martineau touchant à la beauté de cette récolte. Les exclamations admiratives, les appels réciproques pour mesurer les sarments de 10 m, pour goûter à des grappes devant peser plus de 500 gr et douces comme le miel, les amoureux retours en arrière, les explications techniques données par M. Martineau sur sa façon de greffer, ses démonstrations dans le but de justifier ses préférences pour la greffe en place et pour le genre de greffe dit "Cadillac", tout cela avait absorbé la presque totalité de notre temps. Et pourtant nous voulions voir encore les producteurs directs : Sanasqua, Othello, Herbemont. Quelques-unes végètent fort bien, ma foi ! et donnent, paraît-il, abondamment. Mûrissent-ils ? C'est une autre affaire ? Et parmi les personnes présentes, beaucoup, après avoir goûté le vin des producteurs directs, estimaient que leur place serait toute trouvée auprès d'Orléans, pour alimenter les usines à vinaigre ! Quant au vin des plants greffés, il est bon, suffisamment corsé, et l'Alicante-Bouschet lui donne une belle couleur.
La vigne de M. Martineau, dans laquelle prospéraient jadis les cépages du pays, aujourd'hui détruits par le phylloxéra, est un terrain froid, assez compact et de nature argilo-calcaire. La plantation de Riparia et des autres américains a succédé sans interruption à l'arrachage des ceps détruits.
Notre dilettantisme vinicole nous ayant amené à l'heure extrême du départ pour la gare, il ne nous fut pas possible de visiter M. Boissonnot. "Le chemin de fer n'attend pas", dit-on proverbialement. Non ! mais il fait parfois diablement attendre. Cinq quarts d'heure de retard, un vent glacial dans la gare disposée en couloir ; un affolement de voyageurs, un train bondé de monde ! Bref, in train de plaisir.... paraît-il, pour ceux qui allaient vers Paris ! Quant à nous, pressés de rentrer à Tours, agacés par le retard et par le piétinement sur place, nous avions plutôt l'air de revenir de Pontoise que de Sainte-Maure, et nous pouvions philosopher à perte de vue sur l'ironie du sort qui nous colloquait dans un train de plaisir.
Désireux de conserver à ses concitoyens la faculté de pouvoir régénérer leur vignoble, M. Martineau a refusé de se prêter à une spéculation qui pouvait être excessivement fructueuse. Il s'agissait de vendre pour cinq années à un industriel du Midi toute la production du Riparia Gloire de Touraine. Vivant du travail de ses bras, ayant charge d'enfants, M. Martineau, plus que personne, avait le droit de faire passer en première ligne l'espoir d'un profit assuré très légitimement acquis. Il ne l'a pas voulu. Son cœur de Tourangeau s'est ému à la pensée de rendre son département tributaire d'une autre contrée qui fait à la Touraine une rude concurrence viticole. Le sentiment par lequel il s'est laissé guidé, mérite d'être hautement loué.
En présence des services dès maintenant rendus à la viticulture, par M. Martineau, en présence aussi de la certitude où nous sommes qu'il continuera ses travaux pratiques, ses recherches, sa propagande active, nous n'hésitons pas à vous demander pour lui une des deux médailles d'argent que la Société des agriculteurs de France a bien voulu mettre à notre disposition.
Elle sera tout à la fois pour M. Martineau un remerciement, un encouragement, une marque de haute estime.
G. DUCLAUD, Président.

p. 145-146
Extrait des procès-verbaux
Séance du 14 décembre 1889
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
Selon les conclusions du rapport de M. Duclaud sur le Riparia Gloire de Touraine de M. Martineau, une médaille d'argent offerte par la Société des agriculteurs de France est remise à M. Martineau propriétaire cultivateur à Sainte-Maure.
[...]
En terminant, M. le Président fait la présentation, comme membre titulaire, de M. Martineau propriétaire cultivateur à Sainte-Maure, présenté par MM. Duclaud, Dugué et Chauvigné fils.
Le Secrétaire perpétuel ;
Auguste Chauvigné
 

 

1889

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 33-34
Extrait des procès-verbaux
Séance du 9 février 1889
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
M. le Président fait part alors à la l'Assemblée des dispositions du prochain Concours départemental, qui sera affecté spécialement à la viticulture, selon l'ordre ordinairement suivi dans la Société.
[...]
Lettre de M. Guillebot, de Bordeaux, annonçant le prochain envoi de machines à greffer que la Société lui a commandée. 
[...]
M. Dugué obtient la parole pour exposer son projet de création de cours de greffage, ainsi que le porte l'ordre du jour.
Les premières conférences auront lieu à Tours, les16, 18 et 19 février, et seront suivies chaque jour d'une instruction pratique de greffage.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

p. 49
Séance du 9 mars 1889
Présidence de M. Duclaud, président
[...]
A ce moment, M. le Président fait également part de la mort de M. le colonel Salvador, plusieurs fois lauréat de notre Société et l'un des membres les plus actifs et les plus zélés.
[...]
Une brochure de M. Juillau, fabricant de sulfate de cuivre à Béziers, est transmise avec échantillon à M. Dugué, pour être examinée.
[...]
M. Dugué fait une communication verbale sur les cours de greffage organisés par la Société. Les villes de Preuilly, Chinon et Richelieu sont désignées pour la tenue des dernières conférences.
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

p. 65
Séance du 11 mai 1889
Présidence de M. Pic-Paris, vice-président
[...]
L'ordre du jour appelle ensuite la lecture du rapport de la séance de clôture des cours de greffage par le secrétaire perpétuel. 
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

p. 73
[...]
L'année 1889
Budget extraordinaire.
Circulaire contre le mildiou, impression, affranchissement....120 francs
Cours de greffage....400 francs
Le Trésorier, A. GAUVIN

p. 81
Séance du 8 juin 1889
Présidence de M. Duclaud, Président
[...]
M. le Président, absent à la dernière séance, et insistant sur l'importance et le succès des cours de greffage organisés par la Société, renouvelle à M. Dugué l'expression des plus chaleureux remerciements de la Société, pour l'initiative intelligente et l'actif dévouement dont il a fait preuve à cette occasion. La voie est maintenant ouverte et la campagne qui sera renouvelée l'an prochain complètera cette oeuvre, dont l'utilité n'échappera à personne.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.
 

1889

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXIX, 1889
p. 50-51
Rapport sur les cours de greffage organisés en 1889 par la Société d'Agriculture
Messieurs, 
Vous avez tous eu connaissance de l'importante décision qu'a prise la Société, de créer des cours de greffage de la vigne dans les divers centres viticoles du département.
Ce projet a reçu une exécution complète, et, je dois le dire, les meilleurs résultats sont venus couronner les efforts généreux de notre distingué vice-Président, M. Dugué, qui a été le promoteur et l'organisateur de cette bienfaisante campagne.
Il est généralement reconnu que la reconstitution des vignobles phylloxérés, par la vigne américaine greffée, demeure le moyen le plus pratique de surmonter les désastreux effets du fléau.
Entrant hardiment dans cette voie, la Société d'Agriculture a cru qu'il était d'une importance de premier ordre d'éclairer les viticulteurs sur les meilleurs modes de greffage et de créer le plus grand nombre possible de bons greffeurs destinés à pratiquer et à enseigner eux-mêmes, dans nos campagnes, leurs connaissances sanctionnées par un jury compétent.
C'est ainsi que vous n'avez pas hésité à mettre à la disposition du bureau une somme de 400 francs destinée à créer des cours de greffage.
M. Dugué, professeur départemental, s'est mis de suite à l'œuvre, et, durant les mois de février, mars et avril, des conférences ont été faites successivement, à Tours, Montbazon, Azay-le-Rideau, Bléré, Neuillé-Pont-Pierre, Amboise, Langeais, Richelieu, Chinon et Preuilly, après avoir été annoncées dans de nombreuses communes par des affiches spéciales et par la presse départementale.
Partout une foule d'auditeurs est venue profiter des cours et s'exercer, outils en main : partout l'importance considérable de cette mission a éveillé l'intérêt des vignerons et a fait connaître quelle était la sollicitude de la Société pour les grandes questions agricoles.
Après avoir accompli cette première partie de notre rôle, nous avons voulu en poursuivre le développement; et, par la voie de la presse nous avons convoqué tous les intéressés à venir à Tours, le 13 avril dernier, dans la salle du Manège, prêtée gracieusement par la municipalité, se présenter devant un jury composé de praticiens pour obtenir un brevet de greffeur.
Convaincus du profit direct que ce titre pouvait leur procurer en pratiquant pour eux, ou pour le compte de propriétaires, 28 candidats ont répondu à notre appel.
Un jury composé de MM. Dugué, Maingon, Gaschereau, Bressoud, Martineau, et Auger, praticiens d’une autorité absolue et d'un dévouement précieux, a procédé à l'examen du travail des vignerons qui consistait en l'exécution de trois greffes de chacun des genres les plus connus, soit la greffe anglaise, la greffe en fente et la greffe de Cadillac.
Après un examen minutieux et une longue délibération, le Jury a remis les résultats de ses opérations à M. Duclaud, Président de la Société, qui les a proclamés à la suite d'une allocution fort applaudie.
Voici les noms des candidats qui ont obtenu le diplôme de greffeur créé par la Société :
MM. Auvray, jardinier à Chinon.
        Barat Auguste, chef d'atelier à la colonie de Mettray.
        Berthault Renier, à Joué.
        Moreau Léon, à Sainte-Catherine-de-Fierbois.
        Panier, à Richelieu.
        Fiot Louis, à Artanne.
        Hénault Jean, à Sainte-Maure.
        Laroze Léopold, à la colonie de Mettray.
        Dufresne Louis, à Mettray.
En terminant ce compte rendu rapide de la clôture de nos cours de greffage, je tiens à unir, au nom de la Société, dans un même sentiment de reconnaissance, toutes les personnes qui ont pris part à cette entreprise.
Que M. le maire de Tours reçoive l'expression de nos vifs remerciements pour la bienveillance qu'il a mise à nous fournir un local de réunion ; ainsi que M. Dugué, notre infatigable conférencier, prenne sa large part de félicitations pour l'activité qu'il a déployée dans toute cette campagne, et enfin, que MM. les membres du Jury, nommés plus haut, sachent bien toute la gratitude que nous leur conservons pour s'être associés, par une généreux concours, à l'œuvre entreprise par la Société.
Et vous, Messieurs les membres de la Société d'Agriculture, qui avez pris l'initiative de cet utile projet, et dont le rôle, plus obscur, a été cependant de fournir aux organisateurs les moyens de mener leur entreprise à bonne fin, sachez que vous avez rendu service à nos vignerons et que vous vous êtes montrés comme toujours, les vrais protecteurs de l'agriculture.
Le Secrétaire perpétuel.
Auguste CHAUVIGNÉ.
 

1889

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Deuxième session d'avril 1889. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1889.

Rapport du Préfet [Gustave Le Mallier est le nouveau préfet d'Indre-et-Loire nommé début 1888]
Extrait, p. 85-86
7. Phylloxéra
Sur les conclusions de votre troisième Commission, vous avez décidé dans votre séance du 24 août 1888, que le crédit inscrit depuis quelque années au sous-chapitre XI du budget, pour les traitements anti-phylloxériques [traitements au sulfure de carbone] , ne figurerait plus au budget départemental.
Le matériel affecté à ces traitements [pals et charrues...] étant devenus, dès lors inutile, et comme je n'avais plus à ma disposition aucun crédit pour acquitter les frais de location du hangar sous lequel il était remisé, j'ai procédé, le 2 février dernier, à l'adjudication de ce matériel, avec l'autorisation de la Commission départementale.
Cette opération n'a abouti qu'en partie, et j'ai dû plus tard demander à la Commission départementale, qui me l'a accordée, l'autorisation d'aliéner de gré à gé les objets restant en magasin et qui avaient été déposés dans les dépendances de la Préfecture.
L'adjudication a produit 380 fr. ; trois soumissions reçues depuis s'élèvent ensemble à 35 francs.
Vous approuverez sans doute, Messieurs, les différentes dispositions qui ont été prises dans les circonstances que je viens d'exposer.  
Circulation des produits de la vigne.
Conformément à la demande formulée dans votre délibération du 25 août dernier, M. le Ministre de l'Agriculture a autorisé, par un arrêté du 16 janvier 1889 l'introduction des plants de vignes étrangères dans les arrondissements de Tours et de Chinon.
Cette mesure ayant été prise précédemment à l'égard de l'arrondissement de Loches, le département tout entier est maintenant ouvert à la libre circulation des produits de la vigne.

Extrait, p. 15
Vente du matériel affecté aux traitements anti-phylloxériques.
En raison de la suppression du crédit affecté aux traitements anti-phylloxériques, l'Administration, sur l'avis conforme de la Commission en date du 24 décembre 1888, a procédé à la vente, par adjudication, du matériel du service départemental, ainsi que du sulfure de carbone restant en magasin.
Cette adjudication, qui a eu lieu le 2 février dernier, a produit 380 francs ; mais comme certains objets n'avaient pu trouver d'acquéreurs aux prix fixés dans le cahier des charges, la Commission a cru devoir, pour en terminer, autoriser l'Administration à les vendre à l'amiable, au mieux des intérêts du département, sauf deux pals qui devront être mis à la disposition du professeur départemental d'agriculture et entreront dans le matériel de l'Ecole normale d'instituteurs de Loches, pour servir aux démonstrations pratiques que comporte le cours d'agriculture professé à cette école.

Extrait, p. 67-69
Phylloxéra.
M. Tiphaine présente le rapport suivant sur le phylloxéra :
Messieurs,
Sur les conclusions de votre troisième Commission, vous avez décidé, dans votre séance du 24 août 1888, que le crédit inscrit depuis quelques années au sous-chapitre XI du budget pour les traitements anti-phylloxériques ne figureraient plus au budget départemental.
Le matériel affecté à ces traitements étant devenu dès lors inutiles, et comme il n'avait plus à sa disposition aucun crédit pour acquitter les frais de location du hangar sous lequel il était remisé, M. le Préfet a procédé le 2 février dernier, à l'adjudication de ce matériel, avec l'autorisation de la Commission départementale.
Cette opération n'a abouti qu'en partie, et M. le Préfet a dû plus tard demander à la Commission départementale ; qui la lui a accordée, l'autorisation d'aliéner de gré à gré les objets restant en magasin et qui avaient été déposés dans les dépendances de la Préfecture.
L'adjudication a produit 380 fr. ; trois soumissions reçues depuis s'élèvent à 35 francs.
Votre Commission vous propose de ratifier cette opération.
M. le Préfet nous fait, en outre, savoir que conformément à la demande formulée dans votre délibération du 25 août dernier, M. le Ministre de l'Agriculture a autorisé, par un arrêté en date du 16 janvier 1889, l'introduction des plants de vignes étrangères dans les arrondissements de Tours et de Chinon.
Cette mesure ayant été prise précédemment à l'égard de l'arrondissement de Loches, le département tout entier est maintenant ouvert à la libre circulation des produits de la vigne.
La Commission vous propose de donner acte de cette communication.
M. de Mauvise fait observer que le Conseil général, en supprimant le crédit qu'il avait inscrit au budget pour subventionner la pépinière de Mettray, a perdu la subvention de 2 000 fr. que l'Etat allouait au département.
L'honorable membre demande s'il ne conviendrait pas d'établir des pépinières cantonales non officielles, afin d'obtenir de nouveau une subvention de l'Etat.
M. de Mauvise profite de l'occasion pour remercier M. le Préfet d'avoir bien voulu inviter le professeur d'agriculture à faire dans le canton de Richelieu une séance de greffage de plants américains. Cette séance a eu le plus grand succès. Il ne faut pas oublier que les gens de la campagne ne planteront des vignes américaines que lorsqu'ils sauront les greffer eux-mêmes.
M. le Préfet fait observer qu'à la session d'août il avait proposé au Conseil général de créer des pépinières cantonales.
Il avait rappelé que dans le cas où ces pépinières seraient créées, le Ministre de l'Agriculture aurait accordé une subvention au département. Le Conseil général ; malgré cette promesse formelle d'une subvention sur les fonds de l'Etat, a refusé d'adopter la proposition qui lui était faite.
M. Tiphaine dit que Conseil général a estimé que du moment que chacun était libre d'implanter dans le département les plants qui lui conviendraient le mieux, il n'y avait plus de raison pour subventionner une pépinière officielle.
Quant à la création de pépinières cantonales, c'est une œuvre qui incombe aux Comices agricoles.
M. le Président fait remarquer que le département, en renonçant à subventionner une pépinière départementale, renonce du même coup à la subvention de l'Etat.
M. Tiphaine répond que rien ne garantit le département que la subvention qui était promise pour une année aurait été maintenue les années suivantes.
Le Conseil général, en présence de la liberté d'introduire des cépages étrangers, n'a pas voulu encourir la responsabilité de propager officiellement des plants qui pourraient donner des mécomptes à ceux qui les auraient achetés. [remarque pour ménager les membres du conseil général, contre cette liberté; attitude qui démontre un manque de courage de la part de M. Tiphaine].
M. Drake estime, comme M. Tiphaine, que la reconstitution des vignobles phylloxérés dot être l'œuvre de l'initiative privée. Il rappelle à ce sujet les résultats très satisfaisants qui ont été obtenus dans plusieurs départements du midi [M. Drake, fervent défenseur de l'utilisation des variétés américaines semble diplomate, il ne veut vexer personne. Deux ans plus tard en 1891, il défendra la cause de la pépinière de la ville de Tours pour qu'elle obtienne un subvention de 500 fr. du Conseil général]
Les conclusions du rapport de M. Tiphaine sont adoptées.
 

1889

Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Session d'août 1889. Tours, Impr. E. Mazereau, 13, rue Richelieu, 1889.
Extrait, p. 219-220
Phylloxéra


1. Situation du département au point de vue phylloxérique.
Bien que le service administratif qui avait institué en vue de diriger et d'encourager la lutte contre les ravages du phylloxéra n'existe plus, par suite de la suppression des allocations au moyen desquelles ce service fonctionnait, j'ai cru devoir inviter M le Professeur de l'agriculture à l'adresser, comme par le passé, pour vous être communiqué, un rapport sur la situation actuelle des vignobles atteints par le redoutable insecte.
J'aurai soin de placer sous vos yeux ce rapport, qui contient d'intéressants détails sur l'état d'invasion phylloxérique et sur les efforts tentés par les viticulteurs pour reconstituer leurs vignobles ; car vous n'ignorez pas, Messieurs que la reconstitution des vignes est la plus vive préoccupation des propriétaires, la lutte par les insecticides étant aujourd'hui à peu près abandonnée.
Quand je dis que la lutte est abandonnée, je veux parler des individualités ; je me plais à constater, en effet que d'excellents résultats ont été obtenus par les syndicats cantonaux d'Amboise et de Montbazon, grâce à une persévérance et à un esprit de méthode dignes de tous les éloges.


2. Exécution de la loi du 1er janvier 1887 portant dégrèvement d'impôt des terrains nouvellement plantés en vignes.
Je vous rappelle, Messieurs, qu'aux termes de l'article 11 du décret du 4 mai 1888, portant règlement d'administration publique pour l'exécution de la loi du 1er décembre 1887, qui exonère l'impôt les terrains nouvellement plantés en vigne dans les départements ravagés par le phylloxéra, il vous appartient de désigner un membre de votre Assemblée à l'effet de présider le comité technique chargé de statuer sur les dissentiments qui se produiraient, à propos de demandes en remise d'impôt de cette espèce, entre l'administration des contributions directes et les contribuables.

p. 19-20
Jardin de la Préfecture.
La Commission a autorisé M. le Préfet à effectuer au service du jardin de la Préfecture, pour la destruction des vers blancs, un des pals qui faisaient partie du matériel servant au phylloxéra et qui n'avaient pas été vendus.
 

1890

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 229

En 1890, 127 communes du département d'Indre-et-Loire sont atteintes par le phylloxéra.

1890


Département d'Indre-et-Loire. Conseil général. Session d'août 1890. Rapport présenté par le Préfet au Conseil général. Tours Imp. E. Mazereau, 13 rue Richelieu. 1890.


Extrait p. 191-193
4. Phylloxéra.


Situation générale.
Dans un autre rapport spécial à la question du phylloxéra, M. le professeur d'agriculture fait connaître que l'étendue des vignobles attaqués par le puceron s'est accrue dans une proportion assez notable. Cette situation est d'autant plus critique que la tache phylloxérique s'étend aujourd'hui dans le nord du département, vers Château-la-Vallière, région considérée jusqu'ici comme préservée. L'attention des viticulteurs, un moment détournée du phylloxéra par d'autres maladies de la vigne qui ont causé de grands dommages, notamment le mildew, se reporte donc pour le moment, avec plus d'anxiété, sur les progrès de leur principal adversaire.
Le traitement des vignes par les insecticides est toujours pratiqué, mais dans une proportion bien restreinte comparativement à la superficie atteinte. M. le professeur d'agriculture cite cependant des exemples concluants des résultats qu'on peut obtenir, du moins dans certains terrains, en combattant l'insecte au moyen du sulfure ce carbone, lorsque les traitements sont poursuivis avec méthode et aussi avec persévérance.
Il est vrai que les efforts des viticulteurs se sont portés sur la culture des cépages exotiques, dont on attend la reconstitution des vignobles.
Des essais qui ont été tentés se dégage, pour M. le professeur d'agriculture, la supériorité du procédé de greffage des plants du pays sur des porte-greffes américains. L'important est de préparer un nombre suffisant d'ouvriers à la pratique de cette opération quelque peu délicate ; M. Dugué y apporte tous ses soins, comme aussi à diriger les viticulteurs vers les méthodes dont l'emploi immédiat doit leur éviter des pertes de temps et des insuccès décourageants.


Exécution de la loi du 1er décembre 1887. Désignation d'un Conseiller général.
Conformément aux dispositions du décret du 4 mai 1888, un membre du Conseil général, élu annuellement par ses collègues, doit être appelé à présider le Comité technique chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu, entre l'administration des contributions directes et les contribuables, les demandes en dégrèvement d'impôts formulées en exécution de la loi du 1er décembre 1887 (dégrèvement applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vigne).
Vous voudrez bien, Messieurs, procéder à cette désignation au cours de votre session. Les fonctions dont il s'agit ont été confiées jusqu'ici à M. Tiphaine.

Extrait, p. 189-190
Phylloxéra.
M. Drake présente un rapport sur l'état des vignes du département, au point de vue du phylloxéra. Il résulte des documents communiqués par M. le Préfet que l'étendue des vignobles attaqués par le puceron s'est accrues dans une proportion notable.
Le traitement des vignes par les insecticides est toujours pratiqué, mais dans une proportion bien restreinte comparativement à la superficie atteinte.
La Commission ne peut que constater avec regret une pareille situation, faire appel plus que jamais à la vigilance des intéressés, et donne acte à M. le Préfet de sa communication.
Acte est donné.
Plantation de vignes. Dégrèvement d'impôts.
Le Conseil désigne M. Tiphaine pour présider le comité technique chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu, entre l'Administration des Contributions directes et les contribuables, les demandes en dégrèvement d'impôt applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vigne.
 

1890

Annales de la Société d'Agriculture, Sciences, arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXX, 1890
p. 13
Extrait des procès-verbaux
Séance du 11 janvier 1890
Présidence de Pic-Paris, Vice-Président.
[...]
Le projet de budget est adopté, sous réserve d'ouvrir, le cas échéant, un budget extraordinaire pour faire face aux frais supplémentaires qui pourraient se produire à l'occasion des concours de sylviculture et de greffage [vigne].

Extrait des procès-verbaux
Séance du 11 janvier 1890
Présidence de Pic-Paris, Vice-Président.
p. 14
[...]
Il est ensuite procédé à l'élection comme membre titulaire de M. Martineau, de Sainte-Maure, présenté par MM. Duclaud, Dugué et Chauvigné fils.
[...]
Le secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

Extrait des procès-verbaux
Séance du 8 février 1890
Présidence de Pic-Paris, Vice-Président.
p. 18
[...]
M. Dugué entretient alors ses collègues de l'organisation des cours pratiques de greffage qui auront lieu cette année successivement dans les villes de Tours, de Loches et de Chinon à des dates à fixer ultérieurement :
Les cours auront lieu pendant trois jours consécutifs à Tours et deux jours pour les autres villes, une conférence sur la vigne américaine sera faite par M. Dugué à l'ouverture de chacune des trois séries de cours, pour lesquelles deux moniteurs seront nécessaires.
[...]
Le secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

Extrait des procès-verbaux
Séance du 8 mars 1890
Présidence de M. Dugué, Vice-Président.
p. 33-34
[...]
L'établissement des cours de greffage est définitivement arrêté aux dates fixées sur les affiches et dans les annonces des journaux. M. Dugué est d'avis avec la Commission de distribuer le plus possible de diplômes de greffeur, pour encourager la pratique de la greffe dans le département.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

Extrait des procès-verbaux
Séance du 12 avril 1890
Présidence de M. Duclaud, Président.
p. 65
[...]
Après une entente commune il est décidé que les concours de greffage, pour l'obtention du diplôme de greffeur, auront lieu à Tours, salle du Manège, le 19 avril, à 2 heures, et à Richelieu, le 28 avril, à la mairie, à 1 heure.
Les intéressés qui se seront fait inscrire seront prévenus par une circulaire spéciale et aussi par la voix des journaux.
Il est ensuite procédé à la nomination d'une Commission faisant fonction de Jury. MM. Maingon, à Richelieu ; Bressoud, à Joué ; Martineau, à Sainte-Maure ; Gaschereau, à Saint-Antoine-du-Rocher, sont désignés comme jurés.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

DÉPENSES
p. 66
[...]
Cours de greffage....548,85 francs
Concours annuel....389,19
Achat d'un greffoir....44,50

Extrait des procès-verbaux
Séance du 10 mai 1890
p. 81
Présidence de M. Duclaud, Président.
[...]
M. Dugué, vice-président et organisateur des cours de greffage a la parole pour faire le rapport de la séance de Richelieu.
M. Dugué expose que, si les candidats qui se sont présentés au concours ne sont pas encore de parfaits greffeurs, ils prouvent au moins l'avantage d'une pratique sérieuse et des meilleures dispositions à bien faire. Sur le nombre des candidats, 19 d'entre eux ont été jugés dignes du titre de greffeur et ont reçu le diplôme. Leurs noms seront signalés dans un rapport spécial sur l'ensemble des concours.
[...]
Le secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

p. 99-101
RAPPORT SUR LES CONCOURS DE GREFFAGE DE 1890
La Société d'Agriculture d'Indre-et-Loire, poursuivant la mission qu'elle s'est donnée d'encourager dans notre département la reconstitution des vignobles par la vigne américaine et d'en favoriser la culture, a organisé cette année, pour la seconde fois, des cours de greffage qui ont été couronnés d'un plein succès.
De même qu'en 1889, M. Dugué, notre actif vice-président et professeur d'agriculture, en a été le principal organisateur et le conférencier éloquent.
Il convient donc, avant tout, et dès le début de ce rapport, de lui exprimer les plus vifs remerciements et la plus sincère gratitude de notre Compagnie pour son zèle ardent ainsi que pour son actif et bienfaisant concours.
Les cours sur la greffe de la vigne, dont le but pratique et final était la création d'un concours entre vignerons qui les auraient suivis, ont été inaugurés à Tours le 14 et 15 mars, et ont été fréquentés par un nombre relativement considérable d'auditeurs.
Les 18 et 18 mars M. Dugué se transportait avec ses deux moniteurs à Loches, où il faisait une conférence à la Mairie.
Le 25 mars c'était le tour de Richelieu, et le 7 avril, il clôturait ses conférences par Chinon.
Les principes et les explications pratiques étaient désormais répandus, il ne restait plus qu'à s'assurer que les auditeurs des cours avaient profité des conseils qui leur avaient été donnés, et étaient devenus des greffeurs autorisés.
Les concours organisés le 19 avril, à Tours, dans la salle du Manège, prêtée gracieusement par la municipalité, et le 28 du même mois, à Richelieu devaient prouver à notre Société que sa voix avait été entendue et lui donner l'occasion de délivrer de nombreux diplômes de greffeurs.
A Tours, sous la présidence de M. Duclaud et du Bureau entier, la Commission d'examen composée de MM. Dugué, Maingon de Richelieu, et Martineau de Sainte-Maure, a fait travailler sous ses yeux les candidats qui s'étaient fait inscrire, et, après un pointage minutieux, a délivré neuf diplômes aux personnes dont les noms suivent :

MM.
Guillet (Sylvain), à Mettray ;
Dallair (Victor), à Semblançay ;
Poteau (Victor), à Semblançay ;
Blondeau-Chassa, à Huismes ;
Ducard (Thomas), à Limeray ;
Auger (Alexandre), à Rochecorbon ;
Bezault (Sylvain), à Noizay ;
Potier-Cador, à Semblançay ;
Picard (Charles), Luynes.

Après une allocution dans laquelle M. Dugué a recommandé aux greffeurs diplômés de perfectionner leur instruction par une pratique soutenue et raisonnée, M. Duclaud, président, a distribué les diplômes en adressant des félicitations et des encouragements à chacun ainsi que ses plus vifs remerciements aux membres du Jury qui avaient bien voulu accepter cette mission délicate.
Le 28 avril suivant, une Commission composée de MM. Dugué, Guimas, Martineau, et Testu, jardinier du château de Richelieu, remplaçant M. Maingon empêché, a procédé aux mêmes opérations d'examen pour des vignerons qui s'étaient fait inscrire à Richelieu.
Après avoir examiné les trois sortes de greffes : en fente, anglaise et de côté, dite de Cadillac, qui, comme à Tours, composaient l'épreuve, le Jury a décidé de donner un diplôme aux vignerons dont les noms suivent :

MM.
Paimbert (Louis), à Richelieu ;
Marlet (Louis), à Richelieu ;
Allanic (Jules), à Richelieu ;
Farou (Eugène), à Richelieu ;
Leteuil (Charles), à Richelieu ;
Vergnol (Jules), à Richelieu ;
Boudoin (François), à Richelieu ;
Renault (Henri), à Richelieu ;
Boureau (Eugène), à Richelieu ;
Retif (Joseph), à Richelieu ;
Boureau (Alfred), à Richelieu ;
Destouches (Émile), à Richelieu ;
Bachelier-Chevalier, à Richelieu ;
Lemoine (Abel), à Richelieu ;
Moreau (Jean-Baptiste), à Richelieu ;
Despruis (Georges), à Richelieu ;
Deboine (Joseph), à Richelieu ;
Remy (Gomez), à Balesmes ;
Simon (Édouard), professeur à la Colonie de Mettray.

Ainsi s'est terminée la seconde manifestation de notre Société en faveur de la défense et de la reconstitution de nos vignobles de Touraine ; les résultats obtenus nous font espérer que le rôle utile que nous avons entrepris de remplir sera fécond en bienfaits et que nous n'aurons pas à regretter nos sacrifices.
Car, il ne faut pas l'oublier, toute entreprise a un côté essentiellement financier et je suis heureux de vous dire en terminant que, grâce à une habile administration, le crédit voté par la Société pour les cours de greffage en 1890 n'a pas été dépassé.
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

p. 130
Extrait des procès-verbaux
Séance du 12 juillet 1890
Présidence de M. Duclaud, Président.
[...]
M. Chauvigné donne ensuite lecture du rapport annuel sur les cours de greffage organisés cette année dans le département. Ce document sera inséré dans les Annales.
[...]
Le Secrétaire perpétuel,
Auguste Chauvigné.

AVIS Publicitaires
[...]
VIGNES AMÉRICAINES
Domaine de Saint-Estève
Martial Ombras, propriétaire à Montbazin (Hérault)
Othello, Jacquez, Herbemonts, Riparias, Solonis, Rupestris, Saint-Sauveur. - Racinés et Boutures d'un mètre pour greffages. Riparias Gloire de Montpellier.
PRIX TRES MODÉRÉS

1891


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Séance d'avril 1891 [8 avril 1891]. Tours. Imp. E. Mazereau 13, rue Richelieu, 1891


p. 64-65

1. Agriculture - 1° Création de pépinières de vignes américaines.
I. Syndicat de communes du canton d'Amboise.

Le Conseil général apprendra avec satisfaction que douze communes du canton d'Amboise viennent de projeter la formation entre elles, dans les conditions prévues par la loi des 5 avril 1884-22 mars 1890, d'un syndicat de communes, ayant pour objet la création et l'entretien de pépinières de vignes américaines.
Ce projet, dû à l'initiative de l'honorable président de l'Assemblée départementale, M. le sénateur Guinot, maire d'Amboise, est actuellement soumis à l'Administration supérieure, et je ne doute pas que l'autorisation du Gouvernement ne soit obtenue sans difficulté.
II. Création de pépinières dans 75 écoles.
M. le Ministre de l'Agriculture a bien voulu, sur ma demande, faire mettre à ma disposition, par l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier une certaine quantité de plants de vignes américaines pour être répartis entre les instituteurs du département attachés aux communes dans lesquelles l'invasion phylloxérique a fait le plus de ravages, et qui se sont signalés par leur zèle dans l'enseignement agricole.
Les variétés de plants exotiques qui m'ont été expédiés consistaient en 3 000 Riparia, 2 300 Jacquez, 1 000 Solonis, 1 000 Taylor, 500 Elvira, 500 Champin, 100 Rupestris et 100 Vialla.
Il a pu ainsi être créé, dans les jardins de 75 écoles du département, de véritables champs d'expériences où sera étudiée la culture des plants les plus propres à réparer les désastres causés par le phylloxéra.

p. 136
Création par la ville de Tours d'une pépinière viticole. - Demande de subvention.
J'ai l'honneur de déposer sur votre bureau une lettre que j'ai reçue ce matin de M. le Maire de Tours et par laquelle ce magistrat municipal sollicite de la bienveillance du Conseil général une subvention pour la création d'un pépinière de vignes américaines.

p. 70-75
Création d'une pépinière de vignes américaines à Tours.
M. Drake présente le rapport suivant sur une demande de subvention pour l'établissement d'une pépinière de vignes américaine à Tours :
MESSIEURS,
Votre 3e Commission a été saisie, par un rapport supplémentaire de M. le Préfet, d'une demande émanant de la ville de Tours et tendant à l'obtention d'un secours du département pour l'établissement d'une pépinière de vignes américaines.
Notre ville n'a pas cru devoir se désintéresser d'une question qui touche de si près aux intérêts des habitants d'Indre-et-Loire, et elle a pensé qu'elle pouvait apporter un concours utile à la reconstitution des vignes qui font la richesse d'une population composant la majeure partie de la clientèle des commerçant et industriels de Tours. A la suite d'une visite faite à la pépinière du Loiret par des délégués du Conseil municipal, celui-ci a résolu d'établir une pépinière de vignes à Tours. Un terrain a été loué avenue de Grammont en deçà de la levée du Cher. Un devis a été dressé par M. Dugué, professeur d'agriculture. Les dépenses d'établissement, réparties sur trois années, s'élèvent à 7 210 francs. Les dépenses annuelles sont estimées à 3 200 francs. Quant au produit que l'on retirerait de la vente des boutures, elle n'est portée en compte qu'à partir de 1893 pour 1 050 francs, et s'élève à 3 150 francs pour 1895.
Nous n'avons pas à discuter de ces prévisions, qui peuvent être plus ou moins exactes, surtout en ce qui concerne les recettes : d'abord, parce que l'abondance des plants à vendre dépend essentiellement de la nature du cépage, ensuite parce que la ville de Tours nous semble destinée à faire de cet établissement projeté non pas une pépinière de production, mais une pépinière d'études, fournissant en petite quantité des plants d'essai aux viticulteurs de la contrée.
Il ne s'agit au surplus, pour le département, que de donner un secours pour l'établissement de cette pépinière, et en tenant compte de ce fait que le vote du Conseil municipal de Tours a été subordonné à l'obtention d'une participation pour moitié du Ministère de l'Agriculture dans la dépense.
Votre 3e Commission s'est souvenue qu'il y a quelque temps le Conseil général a hésité à créer une pépinière départementale, à cause de l'importance du chiffre de la dépense et de l'incertitude de l'entreprise où il s'engageait.
Dans le cas actuel la situation est changée : le département peut préciser exactement la limite de ses sacrifices. De plus nous devons tenir compte que la pépinière de la ville de Tours, telle qu'elle sera installée, semble offrir des garanties sérieuses au point de vue de la direction scientifique.
Dans ces conditions, votre 3e Commission vous propose d'allouer à la ville de Tours une somme de cinq cents fr. pour la création de sa pépinière.
M. Breton ne s'oppose pas à l'adoption des conclusions de la Commission. Lui-même votera le crédit qui est demandé, parce qu'il le considère comme un encouragement moral donné aux communes qui voudraient entrer dans cette voie ; mail il estime qu'il importe de bien déclarer que les dépenses de cette nature constituent des dépenses communales et que si le département intervient, c'est uniquement pour donner un appui moral et non pas un appui financier.
Les conclusions du rapport sont adoptées.
Pépinières de vignes américaines. Syndicat des communes du canton d'Amboise.
M. Drake présente un rapport sur une demande de subvention formulée par le syndicat des communes du canton d'Amboise constitué dans le but de créée dans chaque commune des pépinières de vignes américaines.
Ce syndicat entre communes est un fait nouveau et très heureux, qu'il faut encourager. La Commission propose de lui allouer une subvention de 150 fr. 
M. Houssard dit qu'une telle subvention fera l'effet d'une goutte d'eau dans la mer. Des subventions de cette nature, par leur multiplicité, grèvent le budget départemental et n'apportent aucune aide sérieuse à ceux qui les reçoivent.
M. le rapporteur répond que ce qu'on demande, c'est moins une aide efficace qu'un appui moral. Le jour où les syndicats verront qu'ils sont appuyés par le Conseil général, ils multiplieront leurs efforts.
M. le Président rappelle que le Syndicat des communes d'Amboise constitue la première application de la loi de 1890 sur les syndicats des communes.
Il s'agit d'établir des champs d'expériences dans des terrains différents. Les vignerons menacés dans leur fortune, qui, après tout, constitue la fortune du département, s'associent sous toutes les formes et multiplient leurs efforts pour organiser la lutte. Il faut que le département leur montre qu'il approuve leur initiative et leurs efforts.
M. Lecointre reconnait que tous ces efforts sont très méritoires et ne peuvent qu'être approuvés. Mais l'orateur craint que si le département alloue des subventions, demain on ne vienne lui demander des subsides pour des champs d'expériences qui seraient établis tantôt pour la vigne, tantôt pour le blé, ou pour toute autre culture.
M. le Président répond que la culture de la vigne constitue la principale richesse du département. Cette richesse est sérieusement menacée. Il est tout naturel que le département fasse pour la culture de la vigne un sacrifice qu'il refuserait si on le lui demandait pour toute autre culture.
M. de Mauvise comprend que le Conseil général ait voté 500 fr. en faveur de la pépinière de vignes établie par la ville de Tours qui est le chef-lieu du département. Mais il ne voit pas pourquoi les habitants de Richelieu contribueraient à des expériences qui se feront à Amboise.
M. le Président estime, au contraire, que la subvention demandée par le syndicat du canton d'Amboise, canton viticole par excellence, se justifie encore davantage que la subvention si justement accordée à la ville de Tours.
M. Drake, rapporteur fait remarquer que le département donne des subventions à tous les cantons sous la forme d'encouragements aux Comices agricoles. Comment refuserait-il un concours lorsqu'il s'agit de la vigne, c'est-à-dire la première richesse du département.
M. Breton dit que lorsqu'on se trouve en présence d'un mouvement qui ne fait que se dessiner, comme le cas pour le syndicat d'Amboise, le département a le devoir de donner son appui moral. Mais lorsque ces syndicats seront fortement constitués, le département devra énergiquement refuser toute subvention.
M. Goüin appuie les conclusions du rapport.
Ces conclusions sont adoptées.
M. le Préfet dit qu'à présent que toutes les demandes de subventions sont épuisée, il désire présenter pour l'avenir un observation d'ordre général. Le Préfet, d'accord avec la Commission dite des économies, a fait les plus grands efforts pour diminuer les dépenses départementales. Tous les services ont été réduits au strict nécessaire. Des dépenses même utiles ont été supprimées. Il serait regrettable de voir ces économies réalisées à grand peine compensées par des dépenses nouvelles, dont le Conseil n'aurait pas chiffré à l'avance le total.
Le Préfet ne désire pas assumer tout seul le rôle ingrat de défenseur à tout prix du principe des économies. Il demande qu'à l'avenir toute proposition nouvelle comportant le vote d'un crédit soit préalablement soumise à la Commission des finances (Assentiment général).

p. 96
SOUS-CHAPITRE XI
Augmentation de 500 francs à l'article 11 (nouveau) pour subvention à la ville de Tours pour la création d'une pépinière de vignes américaines.
Augmentation de 150 francs à l'article 12 (nouveau) pour subvention au syndicat des communes du canton d'Amboise qui se sont associées en vue de la création de pépinières de vignes américaines.
 

1891


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Séance d'août 1891 [19 août 1891]. Tours. Imp. E. Mazereau 13, rue Richelieu, 1891.

p. 165-167
Phylloxéra
Situation générale.

M. le professeur départemental d'agriculture, dans un rapport spécial à la question du phylloxéra, fait connaître que la période de sécheresse, qui dure depuis 15 mois environ, a amené une recrudescence dans l'invasion du puceron. La superficie des terrains plantés de vigne dans le département d'Indre-et-Loire étant évaluée à 65 800 hectares, et le coefficient d'accroissement de la maladie en 1890 ayant été de 2 %, on obtient, pour la superficie phylloxérique, une augmentation de 1 316 hectares qu'il convient d'ajouter au chiffre de 6 337 représentant les hectares contaminés à la fin de 1890, mais résistant encore à cette époque. Il y aurait donc actuellement un ensemble de 7 653 hectares sur lesquels le phylloxéra exercerait ses ravages.
Quant aux vignes détruites ou arrachées, le chiffre de 1 342 hectares signalés l'année dernière est venu s'augmenter de 10 %, ce qui en élève le total à 1 975 hectares.
La défense à l'aide des insecticides se continue de la part de quelques syndicats et d'un certain nombre de propriétaires. Les résultats obtenus sont assez variables, tantôt suffisants, c'est le cas dans les bonnes terres profondes et chargées de calcaires, tantôt insignifiants dans les terres dont la composition du sol favorise le développement et l'extension de l'insecte, tout en étant un obstacle à l'action asphyxiante des agents chimiques habituellement employés.
M. le professeur départemental d'agriculture préconise toujours avec beaucoup d'insistance les essais de greffage des plants du pays sur des porte-greffes américains.
Le point principal est de trouver les deux éléments nécessaires au succès de l'opération, des greffeurs et de bons porte-greffes. Les écoles de greffage ont déjà donné quelques centaines des premiers ; les pépinières communales syndicales et privées, qui ont reçu cette année un vigoureuse impulsion, fourniront bientôt les seconds en quantité suffisante pour répondre à tous les besoins du pays.
Du reste l'idée a fait son chemin, et M. Dugué a constaté avec plaisir qu'au printemps dernier il avait été certainement planté plusieurs millions de boutures ou racines américaines.
Exécution de la loi du 1er décembre 1887. Désignation d'un Conseiller général.
Conformément aux dispositions du décret du 4 mai 1888, un membre du Conseil général, élu annuellement par ses collègues, doit être appelé à présider le Comité chargé de l'examen des litiges auxquels pourrait donner lieu entre l'Administration des contributions directes et les contribuables les demandes en dégrèvement d'impôt formulées en exécution de la loi du 1er décembre 1887 (dégrèvement applicable aux terrains replantés ou nouvellement plantés en vignes).
Vous voudrez bien, Messieurs, procéder à cette désignation au cours de votre session. Les fonctions dont il s'agit ont été confiées jusqu'ici à M. Tiphaine.

p. 89
Phylloxéra
La Conseil donne acte à M. le Préfet de sa communication relative au phylloxéra et désigne M. Tiphaine pour présider le Comité de l'examen des litiges auxquels pourraient donner lieu les demandes de dégrèvement pour les terrains replantés en vignes.
 

1893


Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 19-28
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE,, vice-président
Messieurs,
La Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, après une année d'interruption occasionnée par le Concours Régional de l'année dernière, a repris en 1893 l'attribution qu'elle fait chaque année, aux agriculteurs du département, des récompenses qui sont de sa part un encouragement précieux au progrès agricole en Touraine depuis plus d'un siècle.
L'agriculture et la viticulture sont places parallèlement par notre Société et arrivent alternativement pour recevoir ses récompenses. Cette année, c'était le tour de la viticulture, et dans la situation présente, alors que l'ennemi menace l'existence même du vignoble tourangeau, il y avait, pour la Commission que la Société a bien voulu charger de la difficile, mais aussi très intéressante mission de visiter les lauréats, un double enseignement à dégager : l'un résultant de ce qui a été fait jusqu'ici, et l'autre de ce qui reste à faire. 
La Commission était composée de MM. Auguste Chauvigné fils, secrétaire perpétuel, Dugué, vice-président, et F. Coupé ; membre de la Société et viticulteur à Saint-Avertin. La Commission a fait à son président de droit le très grand honneur de lui confier la rédaction de ce Rapport, tandis que notre dévoué secrétaire perpétuel, qui est en même temps un américaniste convaincu, consentait à remplir les fonctions de secrétaire. C'est le 24 juillet que la Commission a commencé ses opérations, qu'elle a poursuivies durant les chaudes journées des 25, 26 et 28. Quatorze concurrents se sont mis sur les rangs, savoir : cinq pour la grande culture, huit pour la petite culture et un que nos règlements nous ont obligés à classer hors concours tout en lui accordant la visite.
Notre Société n'est pas aussi riche qu'elle le désirerait pour étendre encore les encouragements aux agriculteurs du département ; aussi la Commission était-elle tenue par son programme à apporter une certaine réserve dans l'attribution des récompenses que les nécessités impérieuses de l'équilibre d'un budget, fût-il modeste comme le nôtre, font une loi de laquelle toute bonne administration ne doit jamais s'écarter.
Mais la Commission, en présence des mérites à récompenser - et devant l'être, - a forcé la consigne et fait appel aux largesses inaccoutumées de notre Compagne pour un supplément de médailles, qui lui a été accordé. Toutefois, rassurez-vous, Messieurs, et n'ayez aucune inquiétude quant à la validité de cet équilibre dont je parlais et que je célébrais tout à l'heure. Notre Société - ceci est un secret que je vous confie - a, dans des jours plus heureux, imité de la fourmi la prévoyance et mis de côté quelque argent pour ses vieux jours : c'est à la porte de ce petit trésor que nous avons frappé et il s'est tenu ouvert comme il sait toujours s'ouvrir quand il s'agit de faire œuvre d'utile propagande, de travailler au bien du pays. Les concurrents comprendront maintenant comment il se fait que la Société a pu, pour quelques-uns, marquer sa satisfaction par l'attribution de mentions et de médailles supplémentaires ne figurant point dans le programme di Concours.
Messieurs, ce serait peut-être le moment de vous entretenir de ceux que vous allez tout à l'heure applaudir ; mais vous saurez, je l'espère, faire crédit de quelques instants; et sans trop d'impatience, au Rapporteur qui a, au préalable, à vous entretenir, au nom de le Commission, de quelques considérations générales, de valeur rétrospective peut-être pour quelque unes, mais qui, jeunes et vieilles, nous paraissent bien en situation en présence d'un auditoire qui ne mesure pas l'intérêt qu'il porte aux choses de la Viticulture en Touraine.
Affirmons d'abord que la culture de la vigne en Indre-et-Loire n'est pas un mythe, comme le disent quelquefois les grands viticulteurs de Bercy, et que notre viticulture, quoique blessée au défaut de la cuirasse, nous ne le nions pas, est encore debout dans l'expectative d'un malade que veut se ressaisir et qui sait qu'à force de volonté et de persévérance il retrouvera avec la santé les années de prospérité d'autrefois. De tous les départements du centre de la France, l'Indre-et-Loire tient sans conteste la première place au point de vue viticole, et comme production et comme superficie plantée. A l'heure actuelle nous avons encore, après l'amputation sérieuse pratiquée par les divers ennemis s'attaquant au précieux arbuste, parmi lesquels le phylloxéra tient de beaucoup la première place, environ 60 500 hectares de vignes, sur lesquels près de 10 000 ha sont contaminés par le puceron, mais résistent encore. Si l'on ajoute à ce qui nous reste le 6 000 ha qui ont disparu depuis l'invasion phylloxérique, cela nous reporte à l'année 1882 avec une superficie plantée en vignes à 66 500 ha.
1882 ! C'est l'année fatale pour notre viticulture tourangelle, l'année où le puceron maudit a été découvert pour la première fois en Touraine, par les délégués de la Société d'Agriculture, auxquels s'était joint le Professeur départemental.
C'était par une belle journée ensoleillée des premiers jours de juillet (le 4), nous nous rendîmes (notre attention ayant été mise en éveil par certaines rumeurs qui circulaient dans les coteaux de la Loire) à Noizay, et les recherches auxquelles nous nous livrâmes nous permirent bientôt de signaler la présence du redoutable insecte : le phylloxéra était bien réellement en Indre-et-Loire.
Nous ne voulons pas, parce que cela nous entraînerait trop loin, faire ici l'histoire, au point de vue phylloxérique, des onze années qui depuis se sont écoulées, et nous ne voulons rappeler que pour mémoire l'incrédulité et l'indifférence de nos vignerons que les ravages antérieurs dans la Midi de la France n'avaient pas suffi à convaincre ni à éclairer ; la résistance des populations aux traitements administratifs gratuits que nous avons dirigés personnellement jusqu'en 1887 ; la création de nombreux syndicats anti phylloxérique dont quelques-uns, et notamment ceux de Vouvray, d'Amboise et de Montbazon ont lutté vaillamment, tandis que la majorité succombait même avant d'avoir pu fonctionner. Je dois aussi signaler l'essai de pépinière de vignes américaines tenté par le Département et abandonnée peu de temps après par suit de vente à la Colonie de Mettray ; et enfin les tentatives nombreuses qui ont été faites par quelques viticulteurs pour essayer les remèdes, les fameux remèdes qui devaient tout détruire en tant que phylloxéra, et dont le rôle s'et borné à mettre à l'épreuve et nous voudrions le croire, à use la patience de nos vignerons. Rien n'a été obtenu de ce côté, empressons-nous de le déclarer, et nous sommes en cela, bien qu'on ait dit récemment encore, à peu près aussi avancés qu'il y a vingt ans, au début de la maladie. De tout ce qui a été préconisé pour tuer le phylloxéra, il reste le sulfure de carbone et son dérivé, le sulfocarbonate de potassium.
En Touraine, la lutte pour la défense du vieux vignoble n'a jamais été bien ardente, parce qu'on n'avait pas confiance d'abord, et ensuite, et surtout parce qu'elle se présentait dans une période des plus calamiteuses pour la vigne, qui, en dehors du phylloxéra lui-même, n'en était plus à compter les ennemis des deux règnes qui s'acharnaient à sa perte : de là, les mauvaises récoltes, dont vous n'avez peut-être pas encore perdu le souvenir, parlant pas d'argent dans la bas de laine et, par suite, ni l'envie ni la possibilité d'en dépenser.
Il faut reconnaître, Messieurs, qu'il était difficile d'imaginer un plus triste concours de circonstances comme soutien de l'effort considérable qu'allait avoir à faire la Viticulture en Touraine.
Il n'est donc pas extraordinaire que, pour cette défense du vieux vignoble, relativement coûteuse puisqu'elle exigeait à côté du remède l'emploi de l'adjuvant nécessaire pour restaurer et fortifier le végétal ; il y ait eu peu de propriétaires du côté de la résistance.
Celle-ci ne s'est jamais exercée que plus de 300 ha en Indre-et-Loire. En ce moment elle ne concerne plus guère que 253 ha, traités exclusivement au sulfure de carbone, et plus particulièrement par les syndicats, les seuls ayant subsisté, d'Amboise et de Montbazon, que nous avons aidé à fonder il y a bien près d'une dizaine d'années, et par M. Heine, propriétaire de la terre de Richelieu, qui fut récemment premier lauréat de notre Société pour la viticulture.
Si les syndicats signalé plus haut ont subsisté et si M. Heine lui-même a maintenu l'application du sulfure depuis onze ans, à son important vignoble qui s'étendait au début sur 170 ha, c'est que les uns et les autres y ont trouvé avantage ; et il est regrettable que ces avantages n'aient pas été aperçus par un plus grand nombre de viticulteurs, car, en généralisant les traitements, l'assistance de l'Etat étant assurée à tous les Syndicats anti phylloxériques, nous aurions pu vraisemblablement enrayer dans une certaine mesure la marche du fléau et gagner du temps pour arriver à la reconstitution par les cépages américains.
M. le Président du Syndicat d'Amboise nous écrivait, il y a quelques jours, que les membres de son Association étaient toujours satisfaits du sulfure et qu'en bonnes terres il y avait avec lui possibilité de maintenir la vigne en végétation et production convenables.
De son côté, M. Maingon, régisseur de la terre de Richelieu qui chaque année veut bien, nous tenir au courant de ses travaux, sachant qu'ils sont pour nous et notre Société d'un réel intérêt, constatait qu'il avait maintenu, en 1893, le traitement au sulfure sur 150 ha ; que les très bonnes terres se défendaient remarquablement, mais que sur les autres il fallait désormais y renoncer.
C'est ainsi que 40 ha vont être abandonnés par la défense en 1894, ce qui, avec les 8 ha sacrifiés antérieurement, porte à 48 ha par que s'est faite le phylloxéra durant onze ans dans un vignoble 170 ha.
Actuellement M. Maingon est armé pour les replantations américaines et il peut désormais couvrir honorablement sa retraite devant l'ennemi implacable dont les légions n'ont rien, quoi qu'on en dise, perdu de leur vigueur première.
On nous pardonnera d'avoir un peu allongé le récit, pourtant très succinct, de la défense du vieux vignoble français en Indre-et-Loire ; mais il a semblé à la Commission que ce devait être là comme une introduction à ce que nous allons décrire sur a viticulture nouvelle. Avant de montrer ce qu'on peut faire avec celle-ci, il nous a paru nécessaire d'établir le peu qu'on avait fait chez nous, sinon pour sauver, du moins pour prolonger l'ancienne, et de faire connaître les moyens employés et les résultats qu'on est susceptible d'obtenir, afin que ceux qui sont déjà aux prises avec l'ennemi ou qui le seront demain sachent à quoi ils s'engagent avec les insecticides et ce qui leur est permis d'en attendre. Toutefois la porte des découvertes n'est pas fermée et l'on peut croire qu'un jour ou l'autre, à une époque de progrès comme la nôtre, le phylloxéra sera vaincu.
Mais en attendant, la reconstitution du vignoble français avec le concours des vignes américaines paraît être l'œuvre de l'avenir, l'espérance qui tient au cœur des viticulteurs et de la majorité des vignerons.
Après l'épreuve de l'année dernière, renforcée singulièrement par les chaleurs prolongées et la sécheresse de 1893 qui ont amené une extension considérable du fléau, sa dispersion dans toutes les communes, avec un spectacle de mort et de tristesse dans un grand nombre de nos coteaux, il n'est plus possible d'hésiter, de marquer le pas en un mot, dans l'attente, bien douce sans doute, mais sans doute aussi irréalisable, que l'ennemi s'en ira comme il est venu.
C'est avec de semblables illusions qu'une nation, non seulement déchoit dans sa propre estime, mais encore arrive à se laisser supplanter par les nations rivales. Nous n'en sommes pas là, heureusement, et si, pour des causes diverses, la reconstitution du vignoble n'a pas pris en certains départements, et notamment dans le nôtre, le développement nécessaire, on ne saurait nier que des efforts considérables ont été tentés dans ce but, que les initiatives se sont multipliées, enfin que des sommes ont été dépensées et le problème résolu pour environ 500 000 ha.
Voilà des résultats qui s'imposent aux méditations de ceux qui ne peuvent plus hésiter à s'engager dans le chemin si bien tracé par leurs devanciers. Honneur aux vaillants qui ne savent pas désespérer dans les jours d'épreuves et qui ont su distinguer dans le désastre viticole, au milieu de la grande broussaille des appétits, la véritable route à suivre. C'est à eux, aux pionniers de la première heure, que la France doit d'avoir maintenu sa viticulture, cette sœur aînée de l'agriculture, au premier rang des industries de notre pays, cette viticulture qui représente chez nous tant d'intérêts de l'ordre matériel et moral.
Nous sommes parmi les derniers venus, quant au nombre ; mais la cause de la viticulture américaine est assez bien défendue en Indre-et-Loire, somme toute, pour que nous ayons l'espoir de voir s'engager résolument désormais dans le sentier singulièrement éclairé aujourd'hui des cépages du Nouveau Monde.
L'Hérault a actuellement reconstitué 180 000 ha et il s'en trouve bien ; nous n'en sommes qu'à 1 300, tandis que l'ennemi a attaqué ou détruit le quart de notre territoire viticole. Notre devoir est donc tout tracé, et les résultats déjà constatés nous permettent d'affirmer que nos viticulteurs n'y failliront pas.
D'aucuns cependant, que la lumière des résultats n'éclaire point ou mal, prétendent que la voie est insuffisamment dessinée ; ils passent leur temps en gens auxquels il coûte peu à tout critiquer et à démolir sans rien mettre à la place, s'attardant à la recherche d'un cépage qui répondra à tous les désidératas de la viticulture et sera pour eux comme une façon de pierre philosophale. Laissons ces puristes à leurs méditations et demandons aux faits acquis tout ce qu'ils peuvent nous donner de bon dans l'attente du mieux.
Parlerons-nous de la querelle des porte-greffes et des producteurs directs, bien que celle-ci ait perdu déjà et perde de jour en jour le peu d'intérêt qui lui reste, par la retraite précipitée des partisans de la reconstitution sans le concours du greffage ? Il le faut bien, car il a semblé à la Commission qu'elle devait donner son avis dans une question qui a été remarquablement éclairée par les faits enregistrés durant ces dernières années, ne fût-ce que pour mettre ces faits plus complètement en relief et lever tous les doutes, en cette matière, des derniers viticulteurs hésitants.
Que l'on ait, au début de l'introduction des vignes américaines en France, cherché à s'affranchir de la pratique du greffage pour reconstituer le vignoble détruit par le phylloxéra, cela est tout naturel ; car il y avait là un supplément de travail, une pratique nouvelle à laquelle il fallait initier les vignerons, et enfin on n'était point absolument fix sur le sort que le greffage réserverait aux vignes appelées à le subir.
L'utilisation des hybrides américains susceptibles de nous donner du vin en les cultivant francs de pied, et que l'on désigne sous le nom général de "producteurs directs", était tout indiquée, et on se mit à les cultiver. Mais bientôt une double question se pose : ces hybrides, quels vins donneront-ils et résisteront-ils au phylloxéra.
La lumière a été lente à se faire ; mais enfin elle est faite, surabondamment faite. Les hybrides, qu'on peut désigner sous le nom d'anciens producteurs directs", par rapport aux hybridations plus récentes tentées par des viticulteurs français, donnent de mauvais vins et ne résistent pas ou mal au phylloxéra. Aussi la plupart des viticulteurs qui les avaient plantés les ont-ils arrachés aujourd'hui pour l'une et souvent l'autre de ces causes.
Deux de ces cépages cependant avaient pu conserver leur réputation relative, basée surtout que la constance et l'abondance de leur production : ce sont l'Othello et le Noah en blanc.
La Commission ne nie pas que, sous ce rapport, ces croisements américains aient quelques avantages, surtout l'Othello ; mais pour produire il faut vivre, et l'Othello pas plus que le Noah et tous les autres producteurs plus ou moins défunts, ne tient devant le puceron/ Jusqu'en 1891 inclus, on espérait, dans le monde de leurs partisans, pouvoir les conserver pour répondre aux premiers besoins et qu'ils résisteraient assez longtemps pour indemnise ceux qui consentiraient à la planter. Eh bien, aujourd'hui il faut en rabattre énormément de ces espérances : après ce que nous venons de voir durant ces deux dernières années de chaleur et de sécheresse prolongée, l'Othello et le Noah sont dévorés par la phylloxéra, presque aussi rapidement que nos vignes françaises et il convient désormais de se rendre à l'évidence et d'abandonner totalement leur culture, à moins que ceux qui sont partisans de leurs vins selon nous peu intéressants ne consentent d'abord à les faire vivre par le greffage, en leur prêtant la résistance des porte-greffes américains ; c'est la seule ressource restant aux défenseurs quand même et bien disséminés de ces cépages qui succombent partout en Indre-et-Loire aux piqûres du redoutable puceron.
Les hybrides producteurs, qu'on a cherché à produire en France depuis un certain nombre d'années, ne semblent pas avoir donné de grands résultats jusqu'ici : si quelques-uns produisent, il est vrai, une quantité passable de raisins, la qualité des vins qui en résultent les rend néanmoins pour le moment insuffisants. Quant à leur résistance, on n'est pas encore bien fixés ; mais il est permis de craindre que, dans ces mariages, la non-résistance de l'européen ne l'emporte sur le conjoint américain, comme l'a dans bien des cas emportés sur la nature sauvage et presque stérile de ce dernier, l'aptitude à produire du fruit de la vigne indigène. Il convient donc d'attendre ou, plutôt de n'agir ici qu'avec prudence en s'en tenant aux essais.
Les porte-greffes américains peuvent être issus d'espèces sauvages pures résistantes comme Riparia, ou bien de l'hybridation entre deux types purs également résistants, comme le Riparia x Rupestris ou inversement, enfin du croisement entre des types purs et résistants avec des hybrides américains plus ou moins résistants comme le Clinton par exemple, ou des mêmes types purs et résistants américains avec des vignes d'Europe.
La Commission pense qu'il convient de prendre de préférence les porte-greffes afin de pouvoir compter tout d'abord sur leur résistance au phylloxéra, soit parmi les espèces sauvages pures et résistantes, telles que le Riparia, le Rupestris, le Berlandieri, en s'attachant aux formes les plus vigoureuses, à grandes feuilles et à gros bois, soit parmi les produits obtenus de leurs hybridations réciproques de façon à ce que la résistance des sujets ne soit point affaiblie, ou le moins possible. En ce qui concerne les hybrides nouveaux obtenus par MM. Couderc, de Grasset, Millardet et Ganzin avec la fécondation des variétés françaises par les types sauvages américains, ou inversement, il convient d'en poursuivre l'étude avec l'espérance de la voir aboutir, mais sans qu'il soit possible dès à présent de pronostiquer sûrement à leur sujet. Plusieurs de ces nouveaux cépages sont des plus intéressants et vont probablement constituer pour la viticulture de précieuses recrues : mais, encore une fois, leur résistance au phylloxéra n'a pas paru se soutenir avec une telle uniformité pour qu'on les accueille aujourd’hui encore sans réserve.
Au surplus, il convient de reconnaître que la plupart de ces hybridations ont été faites surtout dans le but de poursuivre la recherche de cépages porte-greffes ou producteurs directs susceptible de résister à la chlorose dans les terrains calcaires et qu'on a, par contre, dans les expériences entreprises, trop oublié l'aptitude à la résistance au puceron. Ce serait là tout le secret de certains insuccès autour desquels on a fait beaucoup de bruit dernièrement ; insuccès qui était à prévoir, car il n'était pas excessif d'admettre qu'en certains cas, le défaut de non-résistance du cépage français dominant les qualités contraires de l'américain, on obtiendrait des sujets d'une résistance douteuse d'abord et insuffisante dans la suite.
Quoi qu'il en soit, saluons donc, Messieurs, les hommes d'initiative, les chercheurs que n'ont point rebutés les difficultés du problème à résoudre ; expérimentons leurs élèves en y apportant le soin consciencieux et la méthode qu'exigent de semblables expériences ; c'est notre intérêt particulier qui nous y convie et ensuite l'intérêt supérieur du pays tout entier.
Mais ces recherches ne doivent pas nous faire oublier le côté pratique immédiatement réalisable de la situation critique dans laquelle se place notre viticulture du fait des progrès récents et considérables de l'invasion phylloxérique en Indre-et-Loire. L'enquête sur les vignes américaines es aujourd'hui assez complète et assez prolongée pour qu'il soit possible de faire quelque chose sans courir le hasard de perdre son temps et son argent.
Sans doute, l'étage crayeux est représenté chez nous par 61 000 ha, soit 1/10 de la superficie totale du département, et sur ces 61 000 ha environ 10 000, plus particulièrement concentrés dans les cantons de Sainte-Maure, de l'Ile-Bouchard et Richelieu, étaient, au début de l'invasion, consacrés à la culture de la vigne. Depuis, des surfaces importantes ont été contaminées, puis détruites dans ces trois cantons, certainement les plus maltraités par le puceron, et on ne peut pas nier que la reconstitution y sera particulièrement difficile et que jusqu'ici on ne semble pas avoir mis la main sur le porte-greffe qui permettra la replantation du vignoble en ces sortes de terrains, où la proportion de carbonate de chaux semble varier de 30 à 80 %.
Sans doute aussi les terrains d’origine lacustre sont représentés chez nous par 150 000 ha et l'on y trouve de nombreuses vignes en même temps que des terrains calcaires et argilo-calcaires, pour lesquels des difficultés aussi existent, quoique bien moins grandes que dans les craies. Mais ces deux groupes réunis ne forment que le 1/3 de la superficie du département, et partout ailleurs nous rencontrons des argiles et des sables sur lesquels, on peut le dire sans crainte de se tromper, le problème es résolu. Ii y a donc les 2/3 restants, comme aussi dans les sables et argiles des terrains d'eau douce, possibilité de replanter là où la vigne a été détruite par le phylloxéra et d'utiliser pour cet usage des surfaces importantes jusqu'ici vierges de vignes. Nous avons là de quoi nous occuper et réparer nos blessures, et les porte-greffes américains sauvages et purs, aussi bien que les variétés obtenues de leurs hybridations respectives, nous en donnent le moyen. C'est donc aux types Riparia et Rupestris, plus particulièrement, puis aux Monticola, Cordifolia, qu'il faut s'adresser ici pour atteindre le but qu'on recherchera dans les calcaires crayeux surtout avec l'emploi du Berlandieri et de ses hybrides.
Ces sentiments sont partagés, la Commission a acquis la preuve, par ceux des viticulteurs d'Indre-et-Loire qui se placent au premier rang pour la reconstitution de leur vignoble. Les hommes d'initiative et de progrès qui ont bien voulu répondre à l'Appel de la Société d'Agriculture, et dont nous avons visité les cultures, nous ont fait très vivement éprouver, quoique à des degrés divers, la bien douce satisfaction de le constater et, en outre, toucher du doigt, pour ainsi dire, les très importants et très encourageants résultats qu'ils ont déjà obtenus. C'est donc à la description de ce que nous avons vu, en même temps qu'à la proclamation des mérites de nos divers concurrents, que le rapporteur doit maintenant s'employer, s'excusant de vous avoir retenu si longtemps avec ce que je permettrai d'appeler l'introduction au récit de nos visites qui va suivre.

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Messieurs, à côté des mérites que la Commission vient de proclamer, il en est, croyez-le bien; beaucoup d'autres qui eussent pu se mettre très honorablement sur les rangs dans le Concours viticole ouvert par la Société d'agriculture.
Excès de modestie pour quelques-uns sans doute, et pour d'autre un ajournement dû exclusivement à des débuts que leurs auteurs considèrent comme trop récents dans la voie de la viticulture nouvelle. C'est vous dire que nos lauréats ne sont pas un état-major sans troupes, et qu'il y a derrière eux une petite armée de braves gens qui vivent par la vigne du travail de la terre et dont les effectifs s'augmentent chaque jour du nombre de ceux qui n'hésitent pas lorsqu'ils ont pour forcer leur conviction les faits et le résultats acquis.
Le mouvement est donné, les incertitudes pour n'être pas complètement vaincues ont disparu pour un grand nombre de points de l'important problème à résoudre. C'est là l'œuvre de vingt années, représentant beaucoup de labeurs et combien tour à tour d'espérances et de désillusions.
Enfin, nous allons toucher le but, les intéressés l'ont compris, et il est juste que dans cette séance solennelle les laborieux qui vont tout à l'heure monter sur cette estrade reçoivent de notre Compagnie, en dehors du témoignage qui consacre leurs travaux, l'expression publique qu'il ont eux aussi et à l'instar des cités qui, comme la ville de Tours, ne sont point désintéressés de la reconstitution du vignoble, créateur de richesses par excellence, travaillé non seulement par eux, mais aussi par la prospérité et la grandeur de la Patrie.
Le Rapporteur de la Commission,
A. DUGUE

1893


Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 28-30
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président

Syndicat viticole de Nazelles (hors concours)
Notre règlement n'admettant pas dans les Concours de la Société la concurrence des collectivités, le Syndicat viticole de la commune de Nazelles se trouvait être exclu quant à l'attribution des récompenses portées au programme. Mais rien n'empêchait une visite hors concours : aussi la Commission fut-elle autorisée à visiter, dans ces conditions, la pépinière du Syndicat et à donner, le cas échéant, un témoignage de satisfaction à celui ou à ceux qui en ont la direction pratique.
C'est donc dans ces conditions particulières qu'a eu lieu notre visite à la pépinière viticole de Nazelles, qui a pour chef de culture M. Auguste Raveau.
Le Syndicat a été créé en 1890, en même temps et parallèlement au Syndicat viticole des autres communes du canton d'Amboise, moins Cangey. Il a commencé à fonctionner au printemps de 1891 par la création d'une pépinière de souches mères de différentes variétés, et un premier essai de greffes faites par les syndiqués. Il est administré par un bureau et il comprend des membres actifs et des membres honoraires, payant une cotisation et ayant tous les droits dans l'attribution des produits de la pépinière. Il renferme environ deux cents membres, tandis que les parts sont au nombre de trois cents parce qu'elles sont calculées sur l'importance des cotisations.
Tous les travaux sont exécutés par les syndiqués qui se libèrent ainsi vis-à-vis du Syndicat. Les greffes sont même faites en commun à l'atelier de la pépinière, où elles sont élevées pour être ensuite distribuées aux ayants droit proportionnellement aux parts qui leur reviennent.
Il y a là une forme d'association intéressante qui a trouvé en M. Ernest Mabille, maire de Nazelles, un collaborateur précieux, en ce sens qu'il a fait à l'Association les avances nécessaires à la réussite de l'entreprise.
La pépinière est établie dans la vallée de la Loire, à un kilomètre du bourg de Nazelles, sur la rive gauche de la Cisse. Son étendue est de 3,50 ha. Le sol est siliceux avec parties en terres de grève, sèches et maigres. Au centre se dresse le logement du chef de culture, avec l'atelier de greffages et un hangar pour le matériel.
La pépinière comprend deux parties : l'une, la plus importante, renferme les souches plantées au printemps 1891 et depuis, dont la destination consiste exclusivement à produire du bois, matière première des greffages ; l'autre est affectée à l'élevage des greffes faites sur table par les membres ouvriers de l'Association.
La pépinière de pieds mères renferme 2 000 Riparia, 2 000 Vialla, 800 Solonis, 1 000 Rupestris, 300 York, 300 Taylor. La plantation a été faite à 1,70 m en tous sens, distance bien juste suffisante pour les Riparia qui, comme tous les autres porte-greffes d'ailleurs, rampent à la surface du sol.
La pépinière de greffage comprend 160 000 greffes se répartissant en 60 000 gros Pineau sur Riparia, 40 000 du même sur Rupestris, 18 000 Grollot sur Riparia, 20 000 Cot sur Vialle, 14 000 Petit-Bouschet sur Riparia et 800 menu Pineau sur Solonis.
Ces greffes ont été plantées sans stratification, au fur et à mesure de la fabrication. Toutefois 4 000, à titre d'essai, ont été stratifiées avec de la mousse dans la serre de M. Mabille. Les résultats en sont très bons. Pour les autres, ils sont irréguliers, mais en général bons, et il est possible que la proportion de la reprise, grâce à de fréquents arrosages, aille ici jusqu'à 50 %. En tout cas, le chef de culture se plaint beaucoup des dégâts occasionnés par les vers blancs et la larve du taupin.
En raison de l'âge des souches destinées à porter du bois, la production de celui-ci a été jusqu'ici assez limitée ; aussi le Syndicat complète-t-il son approvisionnement par des achats.
Quant aux produites de la pépinière, ils ont été en 1892, de 150 000 greffes, qui ont été réparties en 300 parts ce qui a donné par unité 220 greffes de premier choix et 20 de deuxième choix.
La pépinière du Syndicat de Nazelles est bien tenue. M. Raveau, qui en a la direction, avons-nous dot, est un garçon intelligent et entendu aux choses du métier. Il a la surveillance et la direction de tous les ouvriers comme aussi des travaux, qui consistent avec les greffages en façons à la charrue et à la main.
L'œuvre du Syndicat est certainement appelée à développer le goût des vignes américaines parmi la population si viticole du canton de Nazelles, en même temps qu'à propager les bonnes méthodes pour la reconstitution du vignoble.
Les leçons de greffage organisées par le Syndicat, toujours avec le concours généreux du maire, ont formé de nombreux et excellents greffeurs dont l'Association recueille les premiers fruits.
La Commission, en présence de cette intelligente création, est heureuse d'adresser ses félicitations à ceux qui ont eu l'initiative, et elle tient à marquer sa satisfaction pour la bonne tenue de la pépinière, par l'attribution d'une Médaille d'argent, hors concours, à son chef de culture, M. Auguste Raveau.
 

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 30-31
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares

M. PERROCHON, propriétaire à Ingrandes canton de Langeais
M. Perrochon cultive à Ingrandes un vignoble de 4 ha, dont un arpent en Groslot et le reste en Breton. Ce vignoble, qui comprend plusieurs parcelles, est situé pour la majeure partie dans la vallée de la Loire près du coteau, dans un terrain formé de gros gravier avec sous-sol argileux ; et pour le reste, d'une pièce de vigne en terre calcaire à mi pente du coteau.
M. Perrochon est devenu propriétaire, par héritage, d'abord de 2 arpents en 1884, et du reste, moins de 15 ares dont il a fait l'acquisition en 1886. Ces vignes sont, pour la plupart, d'un âge très avancé ; les plus anciennes remonteraient même, d'après le concurrent, à trois siècles d'existence. Comme disposition, c'est la culture en foule sur les 2/3 de la superficie environ et telle qu'on la pratiquait anciennement ; le surplus a été transformé et mis en lignes avec échalas et fil de fer par le concurrent.
M. Perrochon cultive lui-même ses vignes, aidé, à certaines époques de l'année, d'un journalier. Le travail est compris et comme sait le faire un vigneron intelligent. Les façons sont bien conduites et en rapport avec les besoins. Les fumures ne sont pas négligées ; on emploie le fumier de ferme et les ajoncs pour une somme à l'hectare de 270 à 300 francs qui se renouvelle tous les trois ans ; la dépense avec les engrais chimiques ne s'élève qu'à 180 à 200 francs à l'hectare ; mais le plus souvent ceux-ci sont employés à titre de complément des premiers.
Le rendement moyen est de 30 à 35 hectolitres à l'hectare, du prix de 50 à 70 francs l'hectolitre.
Les vins d'Ingrandes sont bons, ils prennent place à côté des Bourgueil, avec lesquels ils ont beaucoup de rapports, étant constitués par le même cépage et produits par des sols assez semblables. Ils sont obtenus avec des raisins que l'on égrappe entièrement chez M. Perrochon, qui laisse en outre fermenter de 12 à 15 jours dans des cuves de 30 et de 70 hl.
L'organisation du chai et de la cave est bonne et montre chez le concurrent, pour les soins à donner à ses vins, un souci égal à celui qu'il met à bien cultiver ses vignes. M. Perrochon, cependant, et bien que le phylloxéra ait déjà envahi sa commune, ne s'est pas encore préoccupé des vignes américaines et d'une reconstitution qui peut lui échoir dans un temps plus ou moins rapproché ; c'est une lacune dans ses préoccupations de vigneron, et la Commission croit devoir lui donner le conseil de ne pas différer davantage les premiers essais. Elle lui décerne une Mention honorable.
 

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 31-32
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
Mme VIAU, propriétaire au Plessis, commune de Sainte-Maure.
Mme Viau cultive au Plessis, qu'elle habite, un vignoble de 2 ha qui, naguère encore, complanté en Breton, présentait, dans l'éclat de ses douze années, une végétation absolument remarquable. 
Depuis six ans, le phylloxéra a envahi ce petit vignoble, en déterminant rapidement la mort des ceps contaminés. Aujourd'hui les 2 ha sont phylloxérés ; une partie a dû être arrachée et reconstituée, et bientôt ce sera le tour de ce qui reste et qui déjà porte l'empreinte du terrible mal qui le dévore
Le sol est argilo-siliceux, froid, mais de bonne qualité. Les rangs de l'ancienne vigne étaient établis sur échalas et trois fils de fer, à 2,5 m l'un de l'autre et à 1 m sur le rang. Rien n'a été changé avec les replantations américaines qui se sont succédé au fur et à mesure de l'arrachage, qui suit immédiatement la mort des vignes françaises. Le bâti servant à l'ancien palissage a été conservé, ont creuse les aujoux dans les mêmes emplacements, et la plantation se fait à l'aide de Riparia Gloire de Touraine racinés. On plante sur bourrées places dans les fossés à raison de 3 500 à l’hectare, du prix moyen de 10 francs le cent, soit une dépense de 350 francs à laquelle il convient d'ajouter la façon des aujoux, soit encore 140 francs pour 4 000 mètres à 0,05 francs le mètre.
On greffe de côté, selon la méthode de Cadillac, après une ou deux années de plantation. Nous avons reconnu comme cépage : le Côt, le Breton, le Groslot, le Portugais Bleu, la Folle Blanche, le Pineau et le Castet. Toutes les greffes paraissent de belle venue et nous les avons trouvées chargées de raisins, mais avec un excès de bois pour les plus jeunes et que vigneron nous a dit provenir des craintes qu'on avait eues au moment de la taille des suites de la gelée d'hiver : on n'a pas eu ultérieurement, au débourrage, le courage de réduire les magnifiques promesses que donnait déjà la vigne.
Mme Viau a commencé il y a quatre ans [1890] la reconstitution de son petit vignoble, que nous avons trouvé bien tenu et bien cultivé ; ses plus anciennes greffes ont donc trois ans et elle et elle n'a point à regretter une entreprise qu'elle est bien décidée, au surplus à poursuivre jusqu'à complet achèvement.
Mme Viau est la voisine de M. Martineau, en tant que propriétaire, et c'est avec le concours de cet obligeant viticulteur et en s'inspirant de son exemple et de ses conseils qu'elle a entrepris de reconstituer ses vignes : elle a réussi ; la Commission l'en félicite et lui décerne une mention honorable.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 32-35
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. MOREAU-PICOU, propriétaire à Berthenay.
Le vignoble de M. Moreau-Picou est d'une étendue totale de 4,20 ha, qui se subdivisent en : 1° une parcelle de 36 ares, à Berthenay, près de la levée de la Loire ; 2° trois parcelles formant ensemble 84 ares dans l’arrière-côte de Savonnières, et enfin 3 ha à Druye. Le sol est sablonneux à Berthenay, sablonneux et perrucheux à Savonnières, et argilo-siliceux (Bournais) sur le plateau de Druye.
Toutes les vignes de M. Moreau-Picou ont été plantées par lui et sont constituées par des cépages français non greffés. Elles sont espacées à 1,75 m et 1,80 m entre les rangs, et 1 m sur le rang. Les cépages cultivés sont le Groslot, notamment, puis le Côt, Gros Noir, Pineau Blanc, Gamay, Folle Blanche, Alacantino.
L'originalité du système de M. Moreau-Picou, c'est que d'une façon générale il supprime l'accolage comme inutile et dispendieux, dit-il. Un hectare seulement en Côt et Teinturier,  planté à Druye, porte une armature de pieux et de fils de fer pour palissage et accolage, d'après les procédés habituels. Partout ailleurs, le propriétaire traite des vignes selon la méthode Trouillet, c'est-à-dire à pincements réitérés. Un premier pincement est pratiqué à une ou deux feuilles au-dessus de la grappe suivant la position de celle-ci sur le bourgeon principal. Ce pincement détermine bientôt la sortie, à l'essaille des feuilles, de nombreux bourgeons anticipés dont le pincement se résume en un rognage d'ensemble pratiqué à l'aide de cisailles, ce qui donne à la souche la forme arrondie d'un groseillier.
M. Moreau-Picou, se trouve bien de son système et se plaît à le vanter. Ce qu'on peut en dire, c'est qu'il est économique par le fait qu'il supprime les échalas et le fil de fer et qu'il semble répondre aux exigences du propriétaire quant à la production. Toutefois la Commission, sans nier ses mérites, trouve qu'il pousse au fouillis, à l'encombrement de la souche par la multiplication exceptionnelle des bourgeons, par suite à l'humidité et au manque d'air dans l'intérieur des ceps. Lorsque, comme à Berthenay, ceux-ci sont élevés au-dessus du sol, les inconvénients que nous venons de signaler s'atténuent sensiblement ; mais dans des vignes jeunes comme celles de Druye, qui ne sont âgées que de huit ans, avec des souches qu'on ne s'st point préoccupé de relever suffisamment, et étant donné le sol argilo-siliceux et froids dans lequel sont complantés les vignes de M. Moreau-Picou, la Commission a été frappée de l'encombrement produit par le mélange des feuilles et des grappes, comme aussi de l'obscurité dans laquelle se trouvaient les raisins et l'humidité qui en résultait. Ce sont là des conditions peu favorables à la maturité du fruit, mais en revanche très propices à la pourriture, et la Commission a pu constater que celle-ci, malgré une année de sécheresse exceptionnelle, n'était pas absente.
En somme, le système, s'il est favorable à la production, l'est aussi, toutes choses égales par ailleurs, à la production de vins de petite qualité.
Les vignes de M. Moreau-Picou sont très bien entretenues et, à la manière dont elles sont dirigées, on se rend bien compte que le propriétaire est un excellent vigneron, très épris de son métier.
Les façons sont nombreuses et données toutes les fois qu'il est nécessaire. Elles consistent en labours, travaux de herse. Le travail sur les rangs pour déchaussage et rechaussage se fait à la main ; et à ce propos la Commission a observé qu'au moment de sa visite M. Moreau-Picou faisait déchausser profondément ses rangs de vignes, en disposant le sol en pente de chaque côté comme dans les pratiques de Bourgueil Il y trouve, paraît-il un avantage au point de vue de la maturité du raisin : la Commission y a vu surtout celui de réduire la pourriture en atténuant le contact des raisin et du sol.
M. Moreau-Picou fume es vignes de Berthenay et de Savonnières, âgée d'une trentaine d'années, avec du fumier et des marcs de raisin. Celles de Druye, plantées en terre vierge, ne l'ont jamais été et la végétation est encore très suffisante. Il applique l'incision annulaire à son Côt taillé à verges. Mais, malgré cette opération, la récolte était presque entièrement à petits grains, ce qui est le fait de la plantation de ce cépage dans un terrain qui ne lui convient pax, beaucoup trop froid.
Malheureusement les 3 ha que possède M. Moreau-Picou à Druye sont actuellement, en plusieurs de leurs parties, aux prises avec le phylloxéra et il ne fait rien pour le combattre ni pour les reconstituer le cas échéant, en sorte que ces vignes sont appelées à disparaître dans un temps rapproché. Le propriétaire justifie cet abandon par l'état de sa santé, très ébranlée depuis quelque temps. Il ne sent plus le courage ni la force de défendre son œuvre ni de la reprendre avec les vignes du Nouveau Monde. Il a répondu à l'invasion phylloxérique par une plantation de pommiers et de poiriers à haute tige, d'ailleurs parfaitement réussie, faite tous les sept rangs et à 7 m sur les rangs.
M. Moreau-Picou nous a accusé comme rendement durant les trois dernières années pour ses 4,20 ha de vignes, 35 pièces en 1890, 94 en 1891 et 45 en 1892, comptées chacune à 250 l et au prix de 23 fr/hl. La récolte de 1893 s'annonçait comme très abondante.
L'installation vinaire de M. Moreau-Picou est intelligemment établie à Savonnières au pied du Coteau dont il a habilement utilisé les différences de niveau. Elle est due entièrement à lui. Elle comprend un pressoir et trois cuves de pierre tirant ensemble 150 hl. La décharge dans les cuves, comme dans le pressoir pour le vin blanc se fait de haut, la vendange étant amenée à pied d'œuvre à l'aide d'une rampe creusée dans la pente. La cave, dans le roc, est à proximité, ce qui donne un ensemble de grande commodité pour les diverses manipulations qu'exigent la vendange et le vin.
Si la Commission a le regret de voir que l'œuvre de M. Moreau-Picou; en tant que création de vignes, peut disparaître, elle n'en connaît pas moins tout le mérite du viticulteur ; elle rend hommage à son énergie et à ses efforts, et lui décerne le 5e prix, une Médaille de bronze grand module de la Société des Agriculteurs de France ; au vigneron Eugène Claveau, dont M. Moreau-Picou nous a dit le plus grand bien et qui a fait à peu près seul tous les travaux du vignoble, une Médaille de bronze.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 35-36
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. MOREAU Léon, à Sainte-Catherine de Fierbois
M. Moreau Léon, est menuisier de son état et, comme beaucoup de petits artisans, propriétaire de plusieurs lopins de terre dont l'ensemble, d'une étendue de 2 arpents, donnait asile à de vieilles vignes françaises. Le phylloxéra survint il y a quelques années et les vignes furent détruites comme bien d'autres dans la commune.
M. Moreau Léon, arracha les premières victimes du puceron il y a cinq ans et il commença immédiatement la reconstitution. Comme Mme Viau, il prit exemple et conseil de M. Martineau et commença par planter 600 greffes qu'il avait lui-même faites et élevées. L'arrachage continua avec les progrès du phylloxéra, puis successivement il planta 800 souches qui furent greffées en place cette année, puis 1 800 qui le seront l'année prochaine. Il compte en outre 300 souches de producteurs directs don il fait peu de cas et qu'il remplacera par des porte-greffes aussitôt que le phylloxéra le lui signifiera. Enfin, il possède 300 pieds mères.
M. Moreau Léon, fit également des semis de pépins américains dès qu'il se vit attaqué, mais il abandonna depuis tous les sujets obtenus pour le Riparia Gloire de Touraine, qu'il reconnaissait comme très supérieur à ses élèves, et c'est avec ce cépage qu'il compte poursuivre la reconstitution de son petit vignoble situé en terre argilo-siliceuse, de laquelle le Riparia s'accommode parfaitement.
Mais le menuisier de Sainte-Catherine est un esprit chercheur et, en homme intelligent qu'il est, nous lui avons vu mettre en pratique et tirer le meilleur parti d'un procédé d'élevage de greffes dont il reporte d'ailleurs le mérite à l'inventeur, qui est M. Martineau ; c'est ingénieux, séduisant, sans négliger le côté économique et tout à fait pratique. Voici en quoi il consiste : M. Moreau Léon, ouvre une jauge de 0,70 m de profondeur sur 0,50 m de large. Il a soin, de mettre de côté les 30 premiers centimètres de terre de déblai, qui serviront, aussitôt la fosse creusée, à la remplir sur 0,30 m, en sorte qu'elle se trouve en définitive réduite à 0,40 m de profondeur. Il ajoute 0,15 m de terreau et dispose ensuite les greffes dans les 0,25 m de déblai qui lui restent. Celles-ci sont élevées et soudées dans la mousse d'après le procédé de Sainte-Maure et, reconnaissons-le, avec un plein succès ; elles sont réunies par bottes de dix, liées et placées debout côte à côte sur deux rangs parallèles distants l'un de l'autre de 0,40 m. On remplit la fosse avec de la terre et l'on recouvre de mousse pour maintenir la fraîcheur. Ainsi disposées, les greffes sont à raison de 400 au mètre carré, ce qui donnait 9 200 greffes pour les 22 mètres de terrain qu'occupait la pépinière.
Les greffes de M. Moreau Léon, examinées avec soin par la Commission, ont été trouvées très belles de végétation et suffisamment racinées. Il y a là certainement une idée nouvelle du plus grand intérêt, et M. Moreau a été bien avisé d'en tenter l'essai, avec le succès que nous avons été heureux de constater. On pourrait peut-être discuter sur la profondeur de la fosse, les botte non déliées, mais, quoi qu'il en soit, le fait de grouper les greffes en masse pour les faire souder et raciner, constitue une économie sérieuse sur l'entretien et permet de lui donner des soins et de les mettre à l'abri des attaques de certains insectes, ce qui n'est pas toujours facile dans les conditions ordinaires qui servent à l'établissement des pépinières, surtout lorsque celles-ci sont de quelque importance.
La Commission, désireuse de récompenser dans M. Moreau Léon, l'initiative dont il fait preuve, le bon exemple qu'il a donné aux viticulteurs de la commune, ainsi que les résultats déjà acquis, lui décerne le 4e prix : une médaille de bronze grand module, de la Société des agriculteurs de France.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 36-37
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. BERTHAULT-LEPAGE, à Chanceaux-sur-Choisille
Le concurrent possède en trois parcelles, sur la commune de Chanceaux-sur-Choisille, et à des distances assez grandes l'une de l'autre, 2,5 ha de vignes qui se décomposent de la manière suivante : 0,33 ha vieille vigne Groslot en foule dont il a hérité de ses parents, 1,66 ha de vignes françaises créées par lui il y a une douzaine d'années, 0,50 ha de vignes américaines dont une partie est dès à présent greffée, le reste devant l'être l'année prochaine, 0,2 ha de greffes pieds mères Riparia. Le phylloxéra, hasard malheureux, a fait son apparition dans toutes les vignes du concurrent depuis plusieurs années ; les dégâts jusqu'ici n'ont pas été très considérables ; cependant en 1893 l'extension de la maladie est importante et d'assez nombreuses souches vont nécessiter un arrachage prochain. Mais du moins M. Berthault-Lepage pourra promptement cicatriser les blessures faites par l'ennemi, ses pépinières lui en donnent le moyen.
Les premières boutures américaines, nous a déclaré cet intelligent vigneron, ont été plantées dans le but de fournir du bois, il y a sept ans. Il a en outre fait des semis de pépins américains qu'il a depuis sélectionnés et qui lui ont donné en Riparia, des types dont la végétation est des plus satisfaisantes. Toutes les vignes créées par M. Berthault-Lepage sont établies en sol argilo-siliceux, frais et profond, et disposées en rangs distants de 1,50 m, les ceps à 1 m sur le rang ; trois rangs de fil de fer avec piquets de soutien tous les 5 m constituent le palissage. Leur tenue est excellente ; elles reçoivent chaque année deux façons de charrue, quatre d'extirpateur, trois binages dur les rangs, le prix de revient à l'hectare est d'environ 200 francs. Les cépages cultivés sont la Groslot pour la plus grande partie, le Gros Noir et un peu de Côt.
M. Berthault-Lepage n'a pas de cheval, il fait faire toutes les façons à traction animale par un entrepreneur, les façons à bras et la taille sont exécutées par lui et un petit domestique. Mme Berthault-Lepage se charge des accolages, du ramassage des sarments, etc.
Ces vignes dénotent chez les propriétaires [ayant] l'intelligence et l'amour du métier. Les résultats d'ailleurs sont des plus satisfaisants et se chiffrent par 105 pièces en 1891, vendues 50 francs l'une, et 15 pièces seulement, reste de l'effroyable gelée du 17 avril qu'on n'a pas oublié, vendues 75 francs en 1892. Lors de notre visite, la récolte promettait d'égaler, peut-être même de dépasse, celle de 1891.
L'installation vinaire de M. Berthault-Lepage est simple, mais bien comprise quoique ancienne. Nous y avons constaté notamment un pressoir à lanterne et trois cives qui tirent ensemble 16 hl.
Le concurrent est de ceux dont on peut dire qu'il vit, et vit bien, de son métier. Les mauvaises récoltes ne l'ont pas trop affecté, puisqu'il accuse durant ces dernières années, moins 1892, un rendement moyen de 75 hl/ha. Le vignoble, c'est la poule aux œufs d'or ; le ménage d'ailleurs le comprend fort bien, et on conçoit dès lors tout l'intérêt qu'il y avait pour le propriétaire à le maintenir à peu près dans son intégrité par la réparation immédiate des pertes dues au phylloxéra.
Sous tous les rapports, M. Berthault-Lepage et sa compagne donnent le meilleur exemple aux ménages de vignerons de leur contrée et tous ne peuvent que gagner à les imiter.
La Commission est heureuse de le proclamer et elle accorde à M. Berthault-Lepage, qui fut en son temps l'un des élèves les plus assidus de nos cours de greffage, le 3e prix ex-aequo : une Médaille d'argent.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 38-39
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. DALLAIRE Victor, propriétaire à Semblançay
M. Dallaire compte à bon droit parmi les meilleurs vignerons de la commune. C'est un esprit ouvert au progrès et aux bonnes méthodes ; aussi nous n'étonnerons personne en disant qu'il a été un des premiers à venir profiter des cours de greffage organisés à tours par la Société d'Agriculture dès 1887 et qu'il devint, par la suite, membre du jury chargé, dans les concours de la Société, de l'attribution des diplômes. C'est dire qu'il est américaniste convaincu et qu'il sait joindre la pratique à la théorie.
Le vignoble de M. Dallaire se compose de 2 ha de vignes françaises et de 0,20 ha de vignes américaines, les unes, parmi ces dernières, greffées, et les autres cultivées en porte-greffes, enfin de quelques producteurs directs. Les vignes françaises sont en plusieurs parcelles ; les unes sont jeunes encore et le fait des créations de M. Dallaire, les autres sont déjà anciennes et proviennent d'héritages.
Le sol est formé d'argile er de silice en proportions variables, le sous-sol est de même nature dans sa partie supérieure, qui repose sur une couche beaucoup plus dure constituant une roche calcaire avec une certaine proportion de silice dans la masse. Cette dernière est d'une façon générale assez éloignée de la surface pour permettre avantageusement la culture de la vigne : c’est ainsi que les choses se passent chez M. Dallaire.
Les cépages cultivés sont le Côt, le Groslot et le Teinturier pour la plus grande partie. Le concurrent façonne lui-même avec sa femme toutes ses vignes, chacun faisant les travaux qui lui incombent. Mme Dallaire est spécialement chargée des accolages, de l'ébourgeonnage, des pincements, des rognages, du virolage, etc.
Ces vignes sont en partie sur fil de fer, partie sur échalas, et plantées en général sur rangs à 0,90 m, les ceps à 1 m sur le rang.
Les façons comprennent trois opérations de bêche ou de labour, plus les hersages toutes les fois qu'il est nécessaire. M. Dallaire estime à 170 francs à l'hectare les diverses façons à donner aux vignes en labour, et 220 francs celles données aux autres.
La fumure est pratiquée avec des boues de la ville de Tours, à raison de 20 mètres cubes à l'hectare, du prix moyen de 7 francs le mètre cube rendu à destination.
L'entretien est très bon et témoigne s'un esprit soigneux et entendu dans les choses de la viticulture.
Le phylloxéra n'est pas inconnu à Semblançay et, s'il n'a pas jusqu'ici fait autant de mal qu'en certaines communes, c'est que sa présence y est plus récente. Dans tous les cas, les vignes de M. Dallaire ont été contaminées des premières et bien lui en a pris, dans cette préférence malheureuse que le puceron a eue pour son vignoble, de s'instruire, avant même d'avoir été frappé, des nécessités de la viticulture américaine.
Aussi, lorsque l'ennemi s'est présenté, notre homme était armé et bien armé, non pour lui disputer le meilleur de ce qui constituait son savoir, mais du moins pour le reconstituer. Il avait, avant son apparition dans la commune, créé une petite pépinière avec Riparia Gloire de Touraine, qui lui donne le bois dont il a besoin ; il savait faire les greffes et les élever, en sorte qu'à la première alerte il était prêt.
Les souches françaises furent remplacées au fur et à mesure de leur disparition par des racines américaines qui sont greffées en place avec un plein succès, suivant la méthode de Cadillac. Avec ces remplacements immédiats, on ne s'aperçoit guère de la présence du puceron et les vignes jeunes et vieilles, françaises et américaines, ont été trouvées chargées de raisin sauf sur quelques sujets phylloxérés qui doivent être arrachés cet hiver. En dehors de ces reconstitutions immédiates, M. Dallaire a planté et greffé pour l'utilisation de quelques ares de terre, les seuls qu'il eût de disponibles, quelques centaines de Riparias racinés : le succès ici encore ne laisse rien à désirer.
Quan à l'installation vinaire, quoique modeste, elle est bien comprise et suffisante pour répondre aux besoins ; nous y avons trouvé un pressoir, des cuves en pierre et en bois pour 100 hl.
La Commission est heureuse de témoigner à M. Dallaire toute sa satisfaction pour des travaux qui, faits sur une petite échelle, n'en sont pas moins intéressants et dignes d'être imités par les vignerons de Semblançay ; elle lui décerne, en conséquence le 3e prix ex-aequo : un Médaille d'argent, elle lui adresse, en outre, ses félicitations pour l'initiative qu'il a prise de créer à Semblançay un cours gratuit de greffage, au profit des concitoyens comme lui menacés et même déjà frappés par le phylloxéra.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 39-42
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. Louis FIOT, à Artannes
La Commission a encore rencontré en M. Louis Fiot un de ces vignerons modèles, modestes autant que laborieux, qu'on aime à visiter parce qu'on s'instruit toujours de leur exemple en même temps qu'on prend plaisir à leur conversation d'hommes sachant bien leur métier.
M. Louis Fiot avait créé à la Coquinière, plateau d'Erippe, commune d'Artannes, sur 1 hectare de mauvaise terre, mais cependant assez propice pour sa destination, une vigne française. Survint le phylloxéra, la vigne fut rapidement dévorée et le propriétaire, qui avait prévu le cas, l'arracha, défonça le terrain lui-même à 0,50 m de profondeur et replanta en cépages américains, successivement en 1890, 1891, 1892 et 1893, en sorte qu'actuellement il possède son hectare à peu près reconstitué en divers cépages français et notamment en Gamay et Groslot, greffés sur divers porte-greffes que nous eûmes autrefois à lui conseiller et qui jusqu'ici d'ailleurs lui donnent pleine satisfaction.
Le sol dont dispose M. Fiot était, nous devons l'avouer, quelque peu fait pour rebuter un homme moins énergique et moins résolu que lui, parce que nous savons des difficultés d'adaptation dans les calcaires.
Celui-ci est un argilo-calcaire, sec et maigre, qu'on désigne sous le nom d'Aubuis et qui appartient à la formation d'eau douce. Les cailloux, à base de carbonate de chaux mélangé de silice à laquelle ils empruntent leur dureté, y sont nombreux. Les choses sont ainsi jusqu'à environ 0,25 ou 0,30 m de profondeur. Quant au sous-sol, il est de même nature, mais les cailloux y sont plus abondants, plus durs aussi à ce qu'il semble, et la teinte, de gris qu'elle est en dessus, passe à un degré plus clair ; c'est le sous-sol maigre par excellence. M. Fiot n'a pas hésité à l'attaquer dans les défoncements qu'il a pratiqué à la main, mais il s'est bien gardé de le remonter. Dans ce milieu peu engageant que le concurrent a reconstitué la vigne disparue et non sans succès. La plantation est faite en rangs distants de 1,50 m et à 1 m sur le rang. Les espérances pour 1893 sont superbes avec une végétation qui ne laisse rien à désirer : les greffes de Portugais Bleu, de Gamay de Bouze, d'Alicante Henri Bouschet, de Côt sur Riparia, sont chargées de raisins du plus bel aspect ; quelques greffes âgées de sept ans et plantées dans la vieille vigne disparue se portent à merveille dans ce milieu chlorosant.
Les porte-greffes employés sont le Gamay Couderc, quelques Rupestris, le Solonis, les Riparia Martineau et Ramond, l'Aramon x Rupestris Ganzin. Ces trois derniers, ainsi que le Gamay Couderc sont remarquablement beaux.
On conçoit que dans un sol douteux comme le sien au point de vue américain, M. Fiot ne s'en soit pas rapporté à une seule variété du soin de lui refaire une vigne. On a planté les types qui semblaient présenter le plus de chances de réussite afin que la sélection se fasse toute seule. Jusqu'ici, nous l'avons dit, tous, quoique à des degrés divers, se comportent bien et nourrissent leurs greffes sans que rien ne laisse à désirer.
La proportion de calcaire est certainement importante chez M. Fiot, mais celui-ci s'y trouve mélangé, ainsi que nous l'avons dit, à de la silice déterminant un état de dureté qui lui enlève beaucoup de sa solubilité dans l'eau et le rend par suit beaucoup moins dangereux. L'expérience est aujourd'hui presque concluante et elle pourra servir en tout cas à ceux qui, disposant de semblables terrains, auraient des doutes trop absolus sur la possibilité d'une reconstitution durable. M. Fiot a donc non seulement travaillé pour lui en cette occurrence, mais encore dans l'intérêt général, en éclairant une question d'ordre collectif, de faits précis ayant une portée qu'on ne saurait méconnaître.
Naturellement et en bon expérimentateur qu'il est, le concurrent a planté quelques producteurs directs de diverses variétés. Nous n'en parlons, au surplus, que pour dire que nous les avons trouvés tous morts ou mourants du fait du phylloxéra. Ici encore l'épreuve est concluante.
Nous ajouterons encore que M. Fiot, encouragé par ce premier succès, s'est mis à la besogne pour défoncer un nouvel hectare, inculte cette fois et attenant au premier. Le sol est le même avec cette différence pourtant qu'il a moins de profondeur et qu'il est plus caillouteux ; le courageux vigneron espère néanmoins réussir et la Commission, en présence des résultats déjà acquis et après un examen attentif, ne l'en a pas dissuadé.
M. Fiot possède, en outre, d'assez nombreux pieds mères de Gloire de Touraine et de Riparia Ramond qui lui fournissent une partie du bois nécessaire pour l'établissement chaque année d'une pépinière de plants greffés. Celle-ci comportera en 1893, 40 000 sujets ayant donné une reprise très satisfaisante. Ces plants livrés au commerce sont pour le propriétaire une petite source de profit qui lui facilite ses reconstitutions et ses expériences de cépages.
Le concurrent est un de nos premiers élèves ; il a suivi, aussitôt qu'ils ont été créés, les cours de greffage de notre Société. Il a été diplômé, puis il est devenu moniteur de nos cours en 1893 et membre du jury des concours comme M. Dallaire. C'est un vigneron intelligent, un greffeur habile et consciencieux qui, comme Dallaire aussi, a créé dans sa commune un petit cours gratuit et pratique pour enseigner le greffage de la vigne à ses concitoyens. Il a enfin, chez plusieurs propriétaires du département, exécuté des greffages à la satisfaction générale. C'est donc un praticien de bon exemple, que les vignerons de sa contrée peuvent fréquenter avec la certitude d'en retirer profit. La Commission félicite en lui un collaborateur désintéressé de l'œuvre que la Société d'Agriculture a entreprise avec les cours de greffage, et elle lui décerne le 2e prix : une Médaille d'argent, offerte par la Société des Agriculteurs de France.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 42-44, et p. 54-56
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
PETITE CULTURE
Vignes au-dessous de 5 hectares
M. Charles BRESSOUD, propriétaire, à la Douzillère, commune de Joué-lès-Tours
Après avoir gagné une très honorable aisance dans le commerce parisien, M. Charles Bressoud vint se fixer à la Douzillère, qu'il acheta il y a dix-huit ans, A ce moment, la propriété se composait, en dehors de la maison d'habitation et de deux petites pièces terre et bois, de 2 ha de vignes françaises disparues aujourd'hui et remplacées par 3 h de vignes américaines greffées et quelques producteurs directs.
Ces 3 ha se subdivisent en deux clos bien distincts, dont l'un entourant la maison se subdivise à son tour en tris fractions séparées par des allées. Nous les verrons successivement.
M. Bressoud n'est pas à proprement parler un ouvrier de la première heure, non plus de la dernière : c'est la défense de son petit vignoble sur le point d'être attaqué, vers 1887, qui le fit s'intéresser aux nouveaux cépages et entrer en relations avec les américanistes faisant le commerce des sarments et dont quelques-uns étaient partisans résolus des producteurs directs. C'est ce qui explique que M. Charles Bressoud ait donné lui-même une si grande importance à ces derniers et particulièrement à l'Othello dans ses premières plantations. Aujourd'hui il est revenu de l'erreur dans laquelle on l'avait fait tomber, il abandonne ces cépages à résistance insuffisante, dont la plupart ont déjà été arrachés, et il s'en tient partout avec raison, dans ses nouvelles plantations, aux plants greffés.
Toutefois, et vu l'incertitude dans laquelle on était encore à l'égard des porte-greffes, bien que sous ce rapport cependant la question se fût singulièrement éclaircie pour le Midi de la France, M. Charles Bressoud n'entendit pas tout d'abord confier à un seul cépage le soin de refaire son vignoble, il pensa, en tout état de cause, qu'il serait intéressant pour lui et pour tout le monde de se livrer à une étude comparative à laquelle il entendait vouloir faire participer un assez grand nombre de variétés : de là l'origine d'un collection de 70 cépages greffés ou francs de pied, dans laquelle le Riparia tient la tête comme vigueur, tandis que les producteurs directs y sont actuellement, comme en pleine vigne, dévorés par le phylloxéra et ne tarderont pas de ce fait à disparaître.
Le terrain qui constitue la Douzillère appartient encore à la formation lacustre. Il est formé à la surface d'argile et de silice avec gros sable, et meulières au fond à partir de 0,50 m. La marne n'apparaît qu'à 2,50 m. Ce sont là des conditions favorables à la croissance du Riparia, du Rupestris et de leurs hybrides. L'arrachage et le défoncement ont été entrepris successivement et au fur et à mesure de la mort des vignes françaises. Ce dernier a été fait à la main, sur une profondeur de 0,50 m et à raison de 750 francs à l'hectare. M. Bressoud qui savait toute l'importance qu'il fallait attacher aux défoncements avec les replantations en cépages américains, n'avait garde d'y manquer et comme, d'autre part, il ne pouvait, suivant le puceron, opérer que par échelons et sur de petites étendues, il ne devait pas songer à l'emploi de la charrue avec ou sans treuil ; il dut se résigne au défoncement à la main, quoique sensiblement plus coûteux.
Le premier carré que la Commission est appelée à visiter comprend 0,15 ha de Noah franc de pied et de Portugais Bleu greffé, l'un et l'autre plantés en 1889 ; la végétation est bonne, mais le Noah commence à faiblir ; puis nous trouvons 0,10 ha de Groslot greffé, planté en 1892, une plantation de Castets greffés faite en 1893 pour achever l'ensemble d'un hectare que renferme cette première partie. Les greffes sont établies sur Riparia et la plantation, pour la totalité, a été faite en rangs distants de 4 pieds et à 1 m sur le rang entre les souches. Le palissage se compose de trois fils de fer soutenus tous les 5 m par des piquets. L'installation est bonne, la végétation satisfaisante et les Portugais Bleu de 1889 notamment, très beaux de fruits.
Le deuxième carré comporte 0,10 ha d'Othello planté en 1889, des Pineaux greffés plantés en 1890 et des Castets également greffés et plantés en 1892 et 1893.
La végétation est bonne pour les greffés, mais les Othello sont sérieusement maltraités.
Le troisième carré, planté en 1890, renferme 8 rangs de Portugais Bleu, dont deux sur Solonis et six sur Riparia ; pas de différence quant à la végétation, qui est très bonne ; mêmes dispositions que précédemment pour le palissage. Les Portugais Bleus toutefois sont taillés à coursons et semblent réclamer des verges du fait de leur exubérante végétation. Pour terminer la pièce, 0,3 ha de Gamay du Beaujolais greffé planté en 1891 et qui es très beau.
Le quatrième et dernier carré forme une pièce de 1,10 ha qui constitue un deuxième clos isolé du premier par un chemin bordé d'une haie d'aubépine.
Les rangs ont ici 160 m de long, la plantation reste la même que précédemment, mais les fils de fer sont remplacés par des échalas.
(A suive.)

p. 54-56
Nous y avons rencontré successivement, un rang d'Othello, cinq rangs de Gamay Fréau, planté en 1891, de végétation très belle. Ce cépage est très précoce et les raisins pouvaient déjà se goûter lors de notre visite ; c'est en oute un Teinturier remarquable et de grande production. C'est là une acquisition que M. Bressoud a tiré du Beaujolais et qui paraît avoir de l'avenir pour notre département en tant que cépage colorant d'abondante production.
Puis nous trouvons un rang d'Alicante-Bouschet, deux rangs d'Othello rongés par la phylloxéra et qui vont disparaître, huit rangs de Petit-Bouschet plantés en 1889, taillé à coursons, et très beau de végétation et de fruits ; quatre rangs de Gamay-Teinturier, cinq rangs de Pineau noir de Bourgogne, deux rangs de grand Noir de la Calmette avec une pointe d'Othello, enfin plusieurs rangs formés de Malvoisie, de Breton, Secretary, Cornucopia, Canada et Groslot, plantés en 1889.
La plupart des greffes sont établies sur Riparia qui se trouve bien adapté au terrain de M. Bressoud ; aussi les vignes sont-elles superbes de végétation et de fruits. Les producteurs directs, quelle que soit la variété, en disent assez pur que l'on soit fixé sur leur avenir. Le propriétaire, d'ailleurs ne s'en fait nul souci et n'attend plus que le moment de les remplacer.
Les vignes de la Douzillère sont remarquablement tenues et dénotent, chez le viticulteur qui les dirige, le souci constant de bien faire en même temps qu'une grande entente des choses de la viticulture américaine.
M. Bressoud fume en engrais chimiques exclusivement avec des formules d'engrais complet, de même qu'avec le 6 K. de Georges Ville qui lui a donné de bons résultats, ce qui tendrait à prouver que son terrain n'a pas grand besoin d'azote.
L'exemple de M. Bressoud portera certainement des fruits dans la commune de Joué, si importante au point de vue viticole, mais aussi peu avancée an ce qui concerne les entreprises de reconstitutions américaines. Le visiteur aura chez lui la démonstration de l'influence heureuse produite par le défoncement et de la possibilité d'arracher et de replanter immédiatement en soutenant la vigne de fumures appropriées. Par sa collection on se rendra compte des cépages qui sont le mieux en situation dans son terrain qu'on retrouve d'ailleurs fréquemment sur le territoire de la commune de Joué. La condamnation des producteurs directs ne ressortira pas moins énergiquement de cette visite, par suite de leur résistance tout à fait insuffisante aux attaques du phylloxéra et sans que la production intervienne comme compensation durant leur très courte existence dans les milieux contaminés.
Enfin, la collection de cépages français que M. Bressoud s'est plu à réunir, attachés à la racine résistante du Riparia qui fait chez lui un très bon porte-greffe, ne manque pas d'intérêt et comporte plus d'un enseignement dont un viticulteur attentif ne manquera pas non plus de faire son profit.
L'installation vinaire de la Douzillère est bien comprise, mais l'accroissement de la récolte va dès cette année la rendre insuffisante, ce qui est d'un heureux présage pour l'avenir. M. Bressoud compte, dès l'année prochaine, en entreprendre la transformation pour l'harmoniser avec les nouveaux besoins.
La Commission, appréciant l'importance des expériences entreprises par M. Bressoud; les services qu'il a rendus et rendra encore à sa commune, ainsi que les résultats obtenus, lui décerne le 1er prix : une Médaille de vermeil et une somme de 100 francs.
Elle accorde, en outre, une Médaille de bronze à Ouvrard-Bruzeau, vigneron depuis dix-huit ans au service de M. Bressoud, pour son intelligence et laborieuse collaboration.
 

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 56-57
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. PLOQUIN-CERISIER, à Artigny, commune de Souvigny canton d'Amboise
M. Ploquin-Cerisier cultive à Artigny 6 hectares de vignes disséminées en plusieurs parcelles situées à une petite distance du village.
Le sol est argilo-siliceux, avec sous-sol d'argile de bonne qualité.
A l'origine, le concurrent possédait 2 ha de vigne seulement ; le reste, soit 4 ha, a été planté par lui il y a une vingtaine d'années. Ces vignes ont toujours été bien cultivées, exclusivement par M. Ploquin qui dispose d'un cheval pour les travaux ; il est secondé par les membres de sa famille. Les résultats ont été des plus satisfaisants, car le propriétaire accuse une moyenne de 40 hl/ha avec un prix moyen de 30 francs/hl jusqu'en 1891, époque où les dégâts occasionnés par le phylloxéra sont devenus très inquiétants.
M. Plotin cultive le Côt, le Groslot, le Teinturier, le Pineau noir et la Bourgogne. Toutes ses vignes sont établies aujourd’hui sur fil de fer, en rangs placés à des distances variables et allant de 1,50 m à 4,00 m dans d'anciennes chaintres transformées. La taille à verge s'emploie pour tous les cépages, car avec l'excès de végétation que donne le sol on obtient la coulure. Deux verges sont laissées à chaque cep, qui n'en paraît pas fatigué, ce qui explique, malgré les distances de plantation, les hauts rendements annoncés par le propriétaire. Les façons consistent surtout en deux labours, en hersages suivant les besoins et travaux à la main sur le rang. Les soins d'accolage, de rognage, d'ébourgeonnement sont régulièrement donnés.
Nous avons dit que le vignoble de M. Ploquin était attaqué par le phylloxéra. De ce chef 2 arpents, dont un était planté en chaintre, sont actuellement détruits. Dès l'apparition du mal, il y a quatre ans, des Othello furent plantés entre les rangs distants de 4 m ; ils sont mourants aujourd’hui sans avoir jamais donné de récolte : ce fait doit servir d'exemple à ceux qui seraient tentés d'imiter le concurrent.
M. Ploquin a créé il y a deux ans seulement une petite pépinière de cépages américains, insuffisante toutefois pour ses besoins. En esprit malavisé, il s'est laissé distancer par l'ennemi, retenu, pour aller de l'avant, par un sentiment de défiance contre les nouveaux cépages, tandis qu'il accordait sa confiance et perdait son temps à essayer, pour défendre ses vieilles vignes, un tas de préparations dont toute la vertu s'évaporait dans les prospectus-réclames distribués au public. M. Ploquin paraît à peu près revenu de ces turpitudes ; mais il a semblé à la Commission qu'il y mêlait quelque regret. Qu'il se hâte cependant, car le phylloxéra pourrait lui servir une de ces surprises dont un viticulteur laborieux comme lui ne perd jamais le souvenir.
L'installation vinaire comporte un pressoir Mabille et des cuves en pierre ; elle est bien entendue et suffit aux besoins.
La Commission a reconnu dans M. Ploquin un travailleur consciencieux, vigneron laborieux qui a tiré bon parti de sa petite propriété qui relève du seul travail de sa famille. Il est arrivé aux cépages américains moins vite qu'il eût été nécessaire, mais cependant l'un des premiers de la commune, et, dans l'espérance qu'il leur demandera sans nouvelle perte de temps la reconstitution d'un vignoble pour laquelle il n'y a pas de difficultés sérieuses, elle lui décerne le 4e prix : une Médaille de bronze, offerte par la Société des Agriculteurs de France.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 57-60
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. PENET-VILLERONDE, propriétaire à Ingrandes.
M. Penet-Villeronde possède à Ingrandes un vignoble qui était de 4 ha à la prise de possession, il y a une dizaine d'années, et qui aujourd'hui, à la suite de plantations successives, a été porté à 7,5 ha, avec une extension future de 1 ha environ. Le sol se divise par 1/3 sensiblement, en calcaire rocheux, graviers et sables calcaires. Les cépages cultivés sont d'abord le Breton ou plant de Bourgueil [Cabernet] pour la plus grande partie, et le Groslot pour le reste. Le vignoble se partage en plusieurs parcelles qui se rayonnent à une petite distance autour de l'habitation, placée à 500 m du chef-lieu de la commune qui s'élève dans les premiers contreforts du coteau. Les vignes sont conduites d'après le système en usage dans tout le vignoble de la contrée et qui comporte des souches relativement élevées, l'âge aidant, et traitées quant à la taille d'après le système du Dr Jules Guyot : Verge de 0,40 à 0,50 m de long et coursons.
Le vignoble de M. Penet-Villeronde comprend d'abord une pièce de 2 ha en Breton, planté il y a 7 ans par le concurrent suivant une méthode autrefois très usitée dans le pays mais qui tend à disparaître, c'est-à-dire en disposant les rangs à 4 m l'un de l'autre, et les souches à 1 m. Mais le propriétaire, mieux avisé par la suite, doubla ses rangs, en sorte que ceux-ci se trouvent aujourd'hui espacés de 2 m sans préjudice pour la vigne et au grand avantage du récoltant.
Nous visitons ensuite une vigne âgée de 20 ans et provignée il y a 3 trois ans ; une vieille vigne, toujours en rangs, dans laquelle depuis quelques années on a remplacé les manquants par des racinés de Solonis et de Riparia, tous très beaux. Nous constatons aussi la présence de greffes d'un an élevées en pépinière, qui remplissent le même but. Evidemment, la plantation des racinés américains francs de pieds avec greffage en place est préférable comme moyen de remplacement.
Nous passons ensuite dans une vieille vigne de 70 ares et âgée de 150 ans environ, dans laquelle les mauvais plants sont marqués et destinés à être arrachés. Les vides sont comblés par des provins. C'est du reste à l'application de ce système, qu'il a généralisé dans toutes ses vignes, que M. Penet doit d'avoir très peu de non-valeur. Enfin, nous visitons une dernière parcelle d'un arpent, fort âgée, dans laquelle les grands espacements ont permis au propriétaire d'intercaler à tous les rangs deux lignes de souches. Toutes ces vignes sont établies sur fils de fer à deux ou trois rangs suivant les besoins de la végétation, ils sont supportés par de forts échalas tous le 10 m.
Les plantations sont établies chez M. Penet sur bourrés d'ajoncs et fumier de ferme. On donne 1 000 bourrées à l'hectare. Quant aux fumures d'entretien, elles sont données avec du fumier dans lequel l'ajonc joue le rôle de litière, et cela tous les quatre ans. Deux ans après la première application, on fait suivre d'engrais chimique qui comporte la formule suivante : 180 kg de nitrate de soude, 500 kg superphosphate d'os, 250 kg chlorure de potassium et 350 kg de plâtre. Il manque à cette composition de 300 à 400 kg de sulfate de fer qui remplacerait avantageusement le plâtre dans les terrains calcaires.
Le prix de revient des fumures s'élève, pour le fumier de ferme, à 450 francs et à 180 francs avec les engrais chimiques et par hectare. Le rendement moyen est de 35 à 40 hl du prix de 50 fr/hl.
M. Penet, en vigneron modèle qu'il est, taille toutes ses vignes et ne leur ménage ni ses soins personnels ni ses peines. Il ne possède qu'un domestique à gages pour les travaux de labour ; des journaliers interviennent seulement durant les 200 jours par an pour aider aux travaux de fumure et de vendanges.
Les opérations de soufrage sont exécutées très régulièrement à l'aide de la torpille Vermorel ; aussi avons-nous trouvé toutes les vignes exempte d'oïdium, tandis qu'il était fréquent chez les voisins ne faisant pas usage du soufre.
Les travaux d'ébourgeonnement sont l'objet de toute la sollicitude de de M. Penet, qui maintient ses vignes rognées à 1,50 m.
Dans l'ensemble, il est impossible d'imaginer un vignoble mieux tenu et d'un plus superbe aspect. La végétation est exubérante et les souches littéralement chargées de raisins d'un volume presque anormal pour un Breton. Pas une herbe ne vient rompre l'harmonie d'une propreté pour ainsi dire absolue. C'est de tous points remarquable. Mais, hâtons-nous de le dire, M. Penet-Villeronde est un vigneron comme on aimerait à en trouver beaucoup, d'une intelligence professionnelle remarquable et d'une activité qui suffit à lui donner sinon comme étendue, du moins comme conduite et entretien, l'un des plus beaux vignobles de la contrée : c'est en somme un praticien consommé.
Le phylloxéra n'a pas encore envahi, vraisemblablement, les vignes du concurrent ; mais l'ennemi s'étant manifesté en plusieurs points de la commune, one ne peut su se tenir en défiance contre son apparition plus ou moins prochaine. M. Penet a songé à cette éventualité, mais peut-être pas aussi sérieusement qu'il eût été nécessaire. Quoiqu'il en soit, nous avons vu qu'il avait effectué une partie de ses remplacements avec des racinés de Solonis et de Riparia, capable aujourd'hui de lui donner des sarments pour greffage, et qu'il avait commencé à planter quelques greffés-soudés. Ces premiers essais ne peuvent que l'engager à continuer, et c'est d'ailleurs ce qu'il se propose de faire.
Quant à l'installation vinaire, elle est neuve et répond à la tenue parfaite du vignoble. Elle comporte un pressoir système Dovale, deux cuves en bois, ensemble 150 hl, et deux cuves en pierre d'une capacité totale de 120 hl.
Le vin, que la Commission a pu déguster, a été trouvé très bon ; il se rapproche beaucoup de celui de M. Perrochon, qui est d'ailleurs parent et voisin de M. Penet-Villeronde.
Combien ces excellents produits de la région de Bourgueil, où le Breton est di bien en situation, consolent des désagréables liquides que donnent les producteurs directs américains ! Aussi conservera-t-on religieusement le Breton, là-bas, avec le concours de la greffe, et il y aura pour tos honneur et profit.
La Commission, désireuse de témoigner à M. Penet-Villeronde toute sa satisfaction pour sa culture irréprochable de vignes françaises et les résultats obtenus, lui décerne le 3e prix ex-aequi : une Médaille d'argent grand module.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 60-62
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. BENJAMIN D'AUXERRE, propriétaire à Ferrière-Larçon, canton de Ligueil
Ferrière-Larçon avait autrefois une certaine réputation pour la qualité de ses vins rouges qu'on récoltait pour la plus grande partie dans les coteaux calcaires au milieu desquels coule le Larçon ; certains même de ces vins, récoltés dans de très vieilles vignes complantées de fins cépages, ne le cédaient en rien à nos meilleurs vins de Touraine, aussi bien sous le rapport du bouquet que sous celui de la conservation. Depuis, le phylloxéra a passé par là et les vignes françaises, rapidement détruites, n'ont pas encore été reconstituées.
Toutefois, dès 1886, l'un des grands propriétaires de la contrée, M. d'Auxerre, maire de Ferrière-Larçon et ancien président du Comice agricole de Loches, avait songé quoique n'étant plus jeune [69 ans], à refaire son vignoble qui donnait jadis certainement le meilleur vin de la contrée. Et il fut amené à ce résultat par la connaissance qu'il fit à cette époque d'un viticulteur distingué de la Dordogne, M. Ramond, qui lui vanta les qualités d'un porte-greffe que le hasard lui avait fait rencontrer dans un lot de boutures de Clinton venant directement d'Amérique.
Clinton ! On avait alors quelque raison - c'était vers 1876 - de croire à sa résistance au phylloxéra. Malheureusement les faits vinrent rapidement anéantir ces espérances, le Clinton fut dévoré et seules tinrent tête à l'ennemi une soixantaine de souches qui furent alors reconnues comme provenant d'hybridation entre Riparia et Rupestris. Le propriétaire importateur donna son nom au nouveau cépage, et c'est ainsi que nous avons été dotés du Riparia Ramond, dont les qualités comme porte-greffe ne se sont jamais démenties.
M. d'Auxerre reçut de M. Ramond 12 500 boutures qui furent plantées à demeure à 2 m en tous sens au printemps de 1887, dans un terrain argilo-calcaire situé en bordure de la route qui conduit de Ferrière à Paulmy, à l'étage supérieur de l'un des coteaux auxquels nous faisions allusion tout à l'heure. La reprise fut excellente et les premiers greffages furent exécutés sur une partie seulement du plantier, en 1889, les jeunes sujets ayant alors deux ans de plantation. Le greffage fut continué en 1890, 1891 et 1892, toujours en fente simple et, quel qu'ait été l'âge des sujets, il a toujours été bien réussi. On est arrivé parfois jusqu'à 95 % de reprise et jamais au-dessous de 80 %, ce qui dénote chez le Riparia Ramond une aptitude très grande à prendre la greffe comme aussi à se raciner.
Actuellement, sur la plantation de 1887, 4,60 ha ont été greffés successivement comme nous l'avons vu, sur des sujets âgés de deux, trois, quatre et cinq ans.
Lors de notre visite, la Commission a surtout remarqué les greffes de 1892 dont la végétation était sans conteste supérieure à celle de toutes les autres. M. d'Auxerre nous fait observer que la vigueur des greffes, dans sa pratique personnelle est en raison de l'âge des sujets, et il pense dès lors, qu'il ne faut pas se presser de greffer ; il estime que l'on peut avantageusement attendre jusqu'à quatre ans après la plantation, sans nuire pour cela au pour cent de la reprise et à la qualité de la soudure.
Tout en tenant pour fondées les affirmations de M. d'Auxerre en ce qui concerne sa pratique particulière, la Commission pense qu'il n'y a pas, d'une manière générale, intérêt à trop retarder le greffage et elle croit qu'il y aura rarement avantage à le retarder plus de deux ans, exceptionnellement trois ans dans les terres de mauvaise qualité et d'enracinement difficile. Elle pense aussi qu’une trop grande différence de diamètres entre le sujet et le greffon est, toutes choses égales par ailleurs, préjudiciable à la qualité de la soudure si elle n'influe pas sérieusement sur le nombre de reprises.
Les vignes de M. d'Auxerre ont pourtant eu à souffrir du ver blanc, un certain nombre de souches même ont succombé et ont été remplacées par des racinés de deux ans, greffés depuis également avec un plein succès.
Les cépages greffés sont le Blanc Meunier, le Groslot et le Gamay avec un plein succès.
Ces vignes sont bien tenues : le palissage a lieu sur échalas et la taille est faite à coursons ; elles reçoivent trois façons de charrue et deux à trois sur le rang à la main, plus des hersages toutes les fois qu'il est nécessaire. La terre qui leur a donné asile était vierge de vignes lors de la plantation ; aussi n'ont-elles encore jamais reçu d'engrais, mais le propriétaire a l'intention de leur donner une fumure chimique l'année prochaine ; elles ont été plantées sur labour ordinaire et paraissent s'être bien accommodées de ce régime, jusqu'ici du moins.
L'exemple de M. d'Auxerre a fait des prosélytes. Depuis plusieurs années déjà, dans la commune, nombre de petits cultivateurs lui ont emprunté son Riparia, ont planté à demeure, greffé les racinés lorsqu'ils ont été suffisamment développés et ont, comme lui, obtenu les résultats les plus satisfaisants ; aussi y a-t-il lieu de penser que Ferrière-Larçon reverra un jour, grâce au Riparia Ramond, la plus grande partie de ses coteaux, aujourd'hui dénudés, repeuplés de vignes à la grande satisfaction des habitants.
La Commission a donc voulu récompenser M. d'Auxerre pour le double mérite qu'à ses yeux il a eu : celui d'abord de donner le bon exemple aux viticulteurs de la commune qu'il a doté d'un porte-greffe plein de mérites reconnus, et ensuite pour les résultats remarquables qu'il a obtenus dans ses greffages en place, et c'est pour cela qu'elle lui décerne le 3e prix, ex-aequo : une Médaille d'argent grand module, et greffeur François Michaut : une Médaille de bronze pour son intelligente collaboration.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 62-64
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. LABATU, Propriétaire à la Gagnerie, commune de Mettray
Après avoir commercé aux colonies avec succès ; M. Labatu revint en France avec sa famille et se fixa  la Gagnerie qu'il acheta en 1885. La propriété n'est pas très importante ; elle rentre plutôt avec sa belle habitation, son jardin, les servitudes et le petit parc qui entoure le tout dans ce qu'on appelle une propriété d'agrément - et l'ancien négociant avait bien trouvé là la propriété de repos qu'il semblait chercher. Cependant, avec quelques terres livrées à la culture, la Gagnerie comprenait 4 ha de vieilles vignes françaises, en foule et d'assez mauvais aspect, pour lesquelles le nouvel acquéreur fut bientôt pris d'une certaine sollicitude : on arracha les plus mauvaises parties et le reste fut fumé copieusement, ce qui n'était pas arrivé sans doute depuis longtemps.
Mais M. Labatu, en homme actif qu'il est encore, pensa ensuite à agrandir son domaine viticole. Une importante pièce de terre se trouvait libre à une petite distance de l'exploitation et, par sa nature argilo-siliceuse de bonne qualité, semblait devoir se prêter dans des conditions satisfaisantes à la culture de la vigne. Le propriétaire résolut de la planter et, bien qu'il eût certaines connaissances de l'invasion phylloxérique et de l'insecte qui la provoque, il s'arrêta, pour commencer, aux vignes françaises.
En 1888 et 1889, 2,5 ha furent plantés tant en Groslot qu'en Petit-Bouschet, en lignes distantes de 1,40 m et palissage à l'aide de deux rangs de fil de fer soutenus tous les 5 m par des piquets.
La réussite parfaite de cette plantation mit M. Labatu en goût pour continuer l'opération jusqu'à concurrence de l'occupation totale de sa pièce de terre.
Mais pendant ce temps, le phylloxéra faisait de plus en plus le sujet des préoccupations des viticulteurs, et le propriétaire de la Gannerie inquiet sur l'avenir de ses récentes créations de vignes françaises, résolut de ne continuer désormais ses plantations qu'avec des cépages américains. Avant toutefois de s'engager dans la nouvelle voie, il voulut s'entourer de renseignements et n'hésita pas à visiter plusieurs départements de la région méridionale, notamment l'Hérault, pour y juger de visu la question de la reconstitution du vignoble par les cépages américains.
Il revint convaincu, et dès 1890, sur défoncement de 0,50 m fait à la main, il planta à la suite de ses jeunes vignes françaises, un rang de Vialla, six rangs de Gloire de Touraine et seize rangs d'Othello. Ces vignes sont établies comme les précédentes, c'est-à-dire sur deux fils de fer et charniers de soutien, les rangs uniformément de 150 m de longueur, à 1,40 m de distance.
Les porte-greffes ont été greffés depuis avec de l'œillade, du Durif, du Portugais Bleu, etc., et présentaient une très belle végétation et une fructification des plus satisfaisantes lors de notre visite.
Les Othello se tiennent bien et il se peut qu'ils résistent à l'ennemi, quelque temps, étant donnés les travaux de défoncement effectués et les bons soins dont ils sont entourés ; toutefois, ce n'est là qu'une hypothèse en présence des faits récents et peu encourageants que notre visite nous a révélés sur ce cépage.
Puis successivement, M. Labatu planta, en 1891, six rangs de Gamay du Beaujolais, un rang de Petit-Bouschet, un rang d'Alicante Henri-Bouschet, sept rangs de Groslot, le tout greffé sur Ripariia Gloire de Touraine et deux rangs de Côt sur Riparia Ramond, sujets greffés l'année dernière en place sur racinés plantés en 1891.
Nous trouvons ensuite seize rangs de Groslot greffés de côté [méthode Cadillac], en juillet 1892, sur racinés de Riparia plantés au printemps de la même année, très belle végétation ; puis quatre rangs de Riparia plantés en 1892, greffés de côté avec Groslot en 1893 ; deux rangs de Groslot sur Riparia plantés en 1892 ; enfin 75 ares plantés en 1893 avec marcottes de Gloire de Touraine et de Riparia Ramond, ce qui porte à 7,5 ha la superficie des vigne de la Gagnerie, parmi lesquelles 4,80 ha (dont 2,30 ha de vignes américaines), créées par le propriétaire, le reste en vieilles vignes du pays.
Les vignes sur américains ont toutes été créées sur défoncement à la main de 0,50 m et fumure de fumier de ferme ou boues de ville à raison de 150 mètres cubes à l'hectare. Le fumier revient à 7 francs le mètre et les boues à 5 francs.
Dans ces conditions, on s'explique la superbe végétation qu'il nous a été donné d'admirer chez M. Labatu. Les vignes sont taillées à une et deux verges, chargées de raisins et cela ne suffit pas encore pour avoir raison de ce prodigieux et exubérant développement.
La tenue du vignoble est d'autre part irréprochable.
Nous avons encore rencontré à la Gagnerie une pépinière de racinés américains et de plants greffés, bien racinés les uns et les autres, ainsi qu'une pépinière de souches mères pour produire du bois, parmi lesquelles le Riparia Gloire de Touraine montre sa supériorité incontestable sur toutes les autres variétés cultivées.
Au surplus, M. Labatu a eu d'autant plus raison de continuer ses plantations à l'aide de cépages américains résistants, que les cépages français plantés en 1888 et 1889, par lesquels il a commencé, sont actuellement attaqués par le phylloxéra ; c'est à peine s'ils auront eu le temps d'arriver à la production et par suite de permettre au propriétaire de rentrer dans ses avances. Il y a là un fait qui a son importance et qui montre combien il est imprudent par ces temps d'extension phylloxérique à outrance, de confier à nos vignes françaises franches de pied le soin de refaire un vignoble.
En résumé, M. Labatu a créé 2,30 ha de vignes américaines greffées pour la plupart dans des conditions qui n'ont rien laissé désirer pour atteindre un bon résultat, et il a complètement réussi. Par ses défoncements, la fumure qui leur a fait suite, ses plantations de greffés-soudés, ses greffages en place d'après diverses méthodes, l'emploi parallèle de trois porte-greffes des plus estimés, comme aussi le choix pour greffage de nos principales variétés locales en rouge et l'introduction qu'il a faite de variétés réputées en d'autres régions et susceptibles de s'acclimater en Touraine, il a poursuivi l'étude d'un nombre de problèmes dont la solution importe à la bonne reconstitution du vignoble tourangeau comme à la prospérité générale de notre viticulture ; M. Labatu a donc non seulement créé un vignoble qui, à ne considérer que les résultats, lui a donné toute satisfaction, mais encore par l'intérêt qu'il présente est appelé à servir de guide dans sa contrée : c'est là œuvre doublement utile et la Commission non seulement l'en félicite, mais encore lui décerne le 2e prix : une médaille de vermeil, tandis qu'elle accorde une Médaille de bronze de collaborateur, à son greffeur, Guillet-Silvain.

1893

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXIV, 1894
p. 65-71
Rapport sur le concours départemental viticole de viticulture en 1893
Par M. DUGUE, vice-président
GRANDE CULTURE
Vignobles de 5 hectares et au-dessus
M. MARTINEAU, propriétaire à Sainte-Maure
Le phylloxéra a été découvert à Sainte-Maure en 1882, sur le plateau du Plessis où nous avons déjà visité les vignes de Mme Viau.
A une portée de fusil environ du premier foyer que nous eûmes à reconnaître à cette époque, M. Martineau, aujourd'hui notre collègue, possédait une petite vigne d'un hectare environ, âgée de huit ans.
Le concurrent était alors entrepreneur de routes et occupait à ce titre, de six à huit ouvriers La viticulture n’était pour lui à cette époque qu'un accessoire, mais cependant, comme elle augmentait un peu les ressources du ménage et fournissait la boisson journalière, on donnait au petit vignoble tous les soins nécessaires, et la végétation comme la production étaient satisfaisantes.
M. Martineau s’émut aussitôt à la pensée que sa vigne pourrait être très rapidement envahie et qu'il pouvait en résulter pour lui une perte assez sensible. Il résolut donc, dans l'impossibilité où l'on était d'introduire dans le département des sarments de vignes américaines que l'on préconisait déjà sérieusement pour la reconstitution du vignoble, de demander au semis les cépages que la loi prohibait. Il s'adressa dans ce but à la maison Vilmorin, qui lui envoya un petit lot de pépins de diverses variétés qui furent confiés à la terre au printemps de 1883.
La levée laissa fort à désirer pour le plus grand nombre des variétés, mais pourtant elle fut satisfaisante avec les Riparias, et c'est dans ces derniers qu'il devait trouver la possibilité de refaire sa vigne, dévorée par le puceron un peu plus tard, et de l'accroître dans d'importantes proportions.
En 1884, les sujets de la petite pépinière grandissent et, bien qu'ils présentent entre eux des différences de vigueur notables, le propriétaire y prête peu d'attention ; il continue sa construction de chemins et la vigne ne reçoit que le superflu du temps laissé disponible. Toutefois, les sarments des nouveaux venus ont pris assez de développement pour permettre de faire des boutures que l'on met à raciner.
Avec 1885, c'est la manifestation certaine de la présence du phylloxéra dans la vigne. Les souches fléchissent rapidement en plusieurs points, et il faut déjà, l'hiver venu, procéder à l'arrachage des plus malades et à leur remplacement à l'aide des racinés américains d'un an, au printemps 1886.
L'opération se fait très simplement : on se contente, pour la plantation, du trou fait pour l'arrachage des souches phylloxérées et il n'est question à ce moment d'aucune disposition particulière et pas davantage de fumure ; de plus, les éléments du précédent palissage sont conservés.
C'est en cette année 1886 que l'attention du propriétaire fut particulièrement portée, parmi les sujets issus de la pépinière et directement du semis, sur une souche unique, ayant tous les caractères du Riparia, mais se distinguant entre tous les autres plants, par une vigueur exceptionnelle. Les sarments de cette souche furent mis de côté, multipliés en vue de produire du bois à leur tour, et c'est ainsi que s'est révélé le Riparia Martineau dit Gloire de Touraine.
A partir de l'année 1886, le phylloxéra s'étendait rapidement dans le petit vignoble ; aussi l'arrachage et la reconstitution immédiate allèrent-ils bon train. En 1889, la substitution était complète.
Aussitôt qu'il put disposer d'une certaine quantité de bois américain, M. Martineau fit du racinage et bientôt il étendait ses plantations sur des terrains achetés, mais en allant lentement faute de pouvoir faire autrement.
C'est par ces terrains que la Commission a commencé sa visite. Ils se composent, pour la plus grande partie, d'un sable calcaire, de travail facile, qui sert à l'élevage des greffes sur une superficie d'un hectare environ, puis d'une partie plus calcaire avec cailloux et qui fut, pour bon nombre de variétés américaines, le champ du repos : la chlorose en a eu rapidement raison. C'est là que M. Martineau avait accumulé au début, pêle-mêle, tous les sujets américains qu'il avait pu se procurer au dehors, et nous devons dire que tous y ont succombé, sauf la Gloire de Touraine dont la végétation y est véritablement splendide et sans aucune trace de chlorose. Depuis, on a rempli les vides avec de Gloires de Touraine, dont la vigueur ne se dément pas, puis avec des Gamay Couderc et l'Aramon x Rupestris Ganzin, dont la végétation ne laisse pour l'instant rien à désirer. Tous ces plants ne sont pas greffés et produisent du bois.
Enfin, cette même pièce de terre comprend une troisième partie où ma terre végétale, essentiellement calcaire, a environ 0,40 m d'épaisseur ; le reste est constitué par une marne blanche et friable, vrai tombeau des vignes américaines. Cette partie d'environ 0,50 ha a fait l'objet d'une acquisition plus récente et elle était autrefois plantée de vieilles vignes de Pineau dont le phylloxéra a eu assez facilement raison. M. Martineau fit arracher les souches mortes, construire des aujoux dans lesquels il fit apporter des terres Bournais pour faciliter la reprise, et c'est là qu'il s'efforce, comme étude, de réunir tous les cépages américains que l'on a préconisés depuis quelque temps pour les calcaires. La sélection y est déjà très accusée et bien des sujets ont dit ici leur dernier mot. Nous n'avons guère rencontré, faisant bonne contenance parmi tous ces plants actuellement âgés de deux ans, que la Gloire de Touraine qui rient encore la tête, puis l'Aramon x Rupestris Ganzin et le Gamay Couderc.
Ainsi donc, ce premier champ de vigne, à l'exception des surfaces occupées par les pépinières de greffes, a été consacré, vu sa composition calcaire, à la recherche de la résistance à la chlorose. Les faits ont parlé haut et montré que, parmi les anciens porte-greffes il y avait peu d'espoir ; reste la question des nouveaux plants hybrides, actuellement à l'étude et sur lesquels il n'est pas encore permis de se prononcer d'une manière définitive, cependant nous en avions assez vu pour dire que s'il y a beaucoup d'appelés, il y aura peu d'élus.
En résumé, voici en partie résolue, ou du moins un peu élucidée, pour les terrains calcaires si nombreux dans le canton de Sainte-Maure et les cantons voisins de L'Ile-Bouchard et de Richelieu, la question de la reconstitution du vignoble ; les difficultés paraissent devoir être considérables, du moins avec les éléments actuellement à notre disposition.
En quittant ce premier clos qui, en réalité, est un champ d'expériences et qui a vivement intéressé la Commission, celle-ci s'est transportée dans l'ancien vignoble reconstitué dont nous parlions tout à l'heure et où M. Martineau a fait ses premiers essais de viticulture américaine. Il est aujourd'hui entièrement replanté et, qu'on le remarque bien, il l'a été successivement au fur et à mesure de la mort puis de l'arrachage des vignes françaises. La vigne est plantée à rangs distants de 2,30 m, les ceps à 1 m sur le rang comme les vignes françaises ayant précédé. Les greffages ont tous été faits en place, de côté, suivant la méthode Cadillac. La réussite est parfaite et la végétation splendide. Quant aux raisins, il est impossible d'imaginer plus de quantité et plus de beauté dans le fruit. C'est vraiment merveilleux et bien fait pour tenter le visiteur, qui serait encore dans l'indécision de reconstituer son vignoble.
On trouve là, greffés sur divers Riparia provenant du semis initial de 1883, un grand nombre de variétés de raisins, et notamment du Groslot, du Breton précoce, du Portugais Bleu, de la Joie d'Octobre, du Précoce de Malingre, plusieurs hybrides Teinturier de Bouschet, du Côt, etc., et partout même vigueur, même fructification, même perfection de soudure.
Nous avons dit que la greffe employée avait été celle de Cadillac, qui donne à M. Martineau l'assurance d'une reprise certaine et une récolte de bois américain l'année du greffage, absolument comme si celui-ci n'avait pas été pratiqué. Ce n'est que l'année suivante qu'on supprime la tête de l'américain en ménageant un chicot provisoire de 4 à 5 cm pour ne pas altérer la greffe. Celle-ci, dont le développement est toujours peu considérable en raison de la gêne qui résulte pour elle de la conservation de la tête de l'américain et de tous les sarments qu'elle porte, est presque toujours maintenue entière lors de la première taille, et dans l'année, abondamment alimentée, elle se couvre de raisins superbes, ce qui ne nuit en rien au développement du bois.
Nous avons vu aussi comment a été faite la plantation, par simple substitution ; depuis, M. Martineau a fait creuser tous les deux rangs, sur 0,50 m de profondeur, des fossés dans lesquels on a mis des bourrées bout à bout, donnant du même coup la fumure et l'assainissement.
A côté et touchant cette première vigne reconstituée et dans laquelle se trouve les greffes âgées de neuf ans, M. Martineau a planté un terrain d'un hectare, dont il a fait depuis l'acquisition. La plantation a eu lieu sur aujoux chargés de fagots d'ajoncs et de bruyères. Le greffage a été fait par les procédés habituels en place et de côté. La réussite a été complète et les résultats sont non moins beaux que dans la vigne voisine et reconstituée précédemment.
Ces vignes se trouvent à la naissance du plateau argileux placé à l'est de Sainte-Maure et qui s'étend dans la direction de Bossée et de Sepmes. Le sol est compact, froid avec mélange de cailloux, peu abondants toutefois, et repose sur un sous-sol d'argile veinée de blanc et peu perméable. Cette composition du terrain se continue très sensiblement dans les autres parties du vignoble de M. Martineau, dans lesquelles la Commission s'est ensuite transportée.
Nous visitons d'abord un premier hectare où les vignes sont aujourd'hui âgées de sept ans et ont été plantées en terre vierge, jusqu'ici consacrée, ainsi que tous les autres terrains plantés en vignes par M. Martineau et dont il a fait successivement l'acquisition, à la cuture céréale. Ici nous trouvons un mélange de Gloire de Touraine, dont le but unique est de fournir du bois, avec le même cépage greffé tant dans les variétés françaises qu'avec des producteurs directs américains ; il y en a là toute une collection et des plus intéressantes. M. Martineau a trouvé dans le greffage sur racine résistante, le seul moyen logique de faire vivre les producteurs directs, et ceux qui voudront quand même persister à les cultiver après ce que nous savons sur eux, n'auront qu'à l'imiter.
Nous trouvons ensuite une collection de quarante variétés de porte-greffes dont les types appartiennent aux meilleures formes découvertes et décrites par nos grands hybrideurs. L'espace qu'elle occupe est d'environ 1,30 ha. Toutes ces variétés sont mises en parallèle avec la Gloire de Touraine et, par leur tenue extrêmement variée, constituent encore un champ d'expériences qui n'est pas sans intérêt.
Nous visitons encore et successivement une pièce de 0,60 ha en Othello non greffé, et une autre pièce de 4,50 ha en Riparia Gloire de Touraine âgé de trois à cinq ans qui produit du bois momentanément et sera greffé dans l'avenir ; enfin nous parcourons plusieurs autres pièces de Riparia Gloire, greffé de côté au printemps dernier.
Ces vignes sont plantées à 3 m entre les rangs et 1,30 m sur le rang ; elles donnent pour la plupart provisoirement du bois et seront greffées successivement à mesure que les sarments iront en diminuant.
En résumé, M. Martineau a reconstitué l'hectare de vigne qu'il possédait lors de l'invasion phylloxérique et qui fut détruit, nous l'avons vu, dès la première heure, puis il a planté 9 ha en terres achetées successivement et vierges de vignes pour la plupart sans compter 2 ha de pépinières. Sur les 9 ha, cinq sont actuellement greffé : c'est là un travail considérable, étant donné les faibles ressources dont le concurrent disposait au début.
Les créations de M. Martineau ont ceci de particulier qu'elles sont dominées, partout et toujours, par l'esprit de recherche qui l'anime. Au point de vue financier, rien ne pouvait mieux le servir que de s'en tenir, comme porte-greffe, à sa Gloire de Touraine, véritable trouvaille dont nos viticulteurs n'ont pas jusqu'ici apprécié tous les mérites et qui partout, chez M. Martineau comme ailleurs en Touraine, se montre réellement supérieure à toutes les autres variétés américaines dans les terrains dits à Riparia.
I a ainsi fait de son vignoble un vaste champ d'expériences et de démonstration, à la lumière duquel bien des viticulteurs se sont dirigés dans les reconstitutions qu’ils avaient à entreprendre. Ils ont toujours trouvé, en outre, chez le vigneron du Plessis le plus louable empressement à leur être utile.
Les vignes de M. Martineau sont toutes établies, du moins celles qui sont à fruit en ce moment, sur trois fils de fer soutenus par de forts piquets distancés de 5 m. Quant aux façons, elles sont données à la charrue, à l'extirpateur et à la herse ; les bras n'interviennent que sur les rangs. Tous ces travaux sont effectués par des domestiques à gages et M. Martineau les estime à 150 francs par hectare, tandis que la fumure à l'aide de fagots et la construction des fossés reviendrait à 400 francs. 
Les récoltes ont été de 50 pièces en 1891, de 30 en 1892, et de 150 en 1893, pour une superficie en rapport de 5 ha. La pauvreté du rendement en 1892 est due non seulement à la désastreuse gelée du 17 avril, mais encore à un ouragan de grêle qui a ravagé tout le vignoble dans le courant de juillet.
M. Martineau a annexé à sa culture proprement dite le commerce des bois et des greffes sur américains. Les bois sont extraits des vignes que nous avons visitées, plantées à cet effet ; ils consistent principalement en Riparia. M. Marineau a condamné depuis longtemps les producteurs directs ; il conserve ceux qu'il a pour satisfaire aux quelques demandes qui se produisent de ce côté et il pense bien avant peu s'en débarrasser complètement à l'aide de surgreffages.
M. Martineau est un greffeur d’une habileté peu commune et la Commission est heureuse de rappeler, en cette circonstance, qu'il s'est mis avec ses greffeurs obligeamment à la disposition de notre Société pour servir de moniteur, il y a cinq ans ; lorsqu'ont été fondés nos cours de greffage ; et, de ce côté encore, il a acquis des droits à la reconnaissance de nos vignerons de Touraine.
Nous aurons terminé lorsque nous aurons rappelé que le viticulteur de Sainte-Maure s'est taillé avec ses greffes dans la mousse une réelle réputation de pépiniériste. Cette année 800 000 greffes ont été ainsi stratifiées et mises en place après soudure. Les résultats sont satisfaisants malgré la sécheresse et la presque impossibilité d'arrose dans laquelle s'est trouvé M. Martineau, malgré aussi les dégâts occasionnés par les larves du hanneton et du taupin ; qui seront désormais combattues par des sulfurages à haute dose pratiqués préventivement dans le sol des pépinières.
Messieurs, il a semblé à la Commission qu'après ce qu'elle avait vu chez M. Martineau, après avoir été témoin de l'intelligence, de l'esprit d'initiative et, disons-le, du désintéressement du vigneron de Sainte-Maure ; étant donné, d'autre part, que M. Martineau a su concilier heureusement ses intérêts avec les services qu'il a rendu à la viticulture de Touraine, la Commission, disons-nous, a pensé qu'elle avait bien devant elle le lauréat le plus méritant du Concours et, en le donnant en exemple aux vignerons d'Indre-et-Loire, elle lui décerne le 1er prix : un objet d'art. La Commission décerne, en outre, une Médaille de bronze de collaborateur, à Héneau, Jean, chef vigneron, dix ans de service.

1894

GARRIER Gilbert, Le phylloxéra, une guerre de trente ans 1870-1900, Ed. Albin Michel, 1989. 196 p.
p. 35
1894 L'INVASION TOTALE ET LA RECONSTITUTION GÉNÉRALISÉE
[L’Indre-et-Loire est touché depuis 1882]

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 18-20
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
La Commission de parcours nommée par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, à l'occasion du Concours de viticulture de 1895, se composait de MM. : 
Dugué, vice-président de la Société, professeur départemental ;
Chauvigné, secrétaire perpétuel de la Société,
Ch. Bacon, professeur spécial d'agriculture, à Amboise.
La Société, en réservant particulièrement son concours aux vignoble reconstitués, a voulu ainsi rechercher, dans le département d'Indre-et-Loire, la solution du plus important problème qui préoccupe à juste titre nos populations viticoles actuelles ? Les visites que, à cette occasion, la Commission a dû faire dans les différentes régions de la Touraine, ont été particulièrement intéressantes. Elles ont démontré, d'une façon éclatante, les progrès accomplis dans la voie de la reconstitution américaine, la seule permettant d'assurer la conservation de notre vignoble.
Certains centres importants du département, comme Bourgueil, ne semblent guère souffrir des attaques du phylloxéra ; cela tient surtout à la constitution physique du sol dont la mobilité offre un obstacle au cheminement de l'insecte. Aussi, malgré quelques taches réparties çà et là, le vignoble de Bourgueil conserve encore son aspect vénérable avec ses souches élevées de breton [cabernet].
Mais à côté de ces vestiges encore debout de l'ancien régime, combien de ruines accumulées par l'insecte envahisseur ! Que de désastres, accomplis souterrainement, nous trouvent impuissants à nous défendre, toutes nos armes s'émoussent sur l'armure de l'adversaire.
La plupart des vignerons que vous interrogez sur l'état cultural du pays vous répondent invariablement : "Oui, Monsieur, tous ces coteaux que vous voyez là en blés, avoines, betteraves étaient, il y a dix ans, couverts de vignes ; hier c'était l'aisance et la richesse ; aujourd'hui c'est la ruine et son cortège obligé, la pauvreté et la misère." Et, en vous désignant l'endroit le mieux exposé du coteau, le brave homme ne manque jamais d'ajouter : "c'est là que le phylloxéra est apparu pour la première fois, et c'est là aussi que l'on faisait le meilleur vin du pays."
Mais, à côté de ces sombres tableaux, que, pour respecter la vérité, il nous a fallu décrire, voici les verdoyants paysages de vignobles reconstitués. L'espoir et l'avenir sont là : et ceux qui ont vu ce que le travail et l'opiniâtreté peuvent obtenir, ont dû, comme nous, être émerveillés du spectacle.
Aucune description ne saurait le dépeindre ; aussi, les hommes qui se sont mis hardiment à la tête du mouvement, tout en recueillant, les premiers, les fruits de leurs travaux, de leurs sacrifices et de leurs peines, auront acquis des droits à la reconnaissance de tous par l'exemple qu'ils auront donné.
Nous parlions de Bourgueil tout à l'heure, voici maintenant Vouvray, autre joyau de l'écrin tourangeau, dont les splendides coteaux, hier dénudés, commencent à se couvrir aujourd'hui d'un feuillage touffu et de grappes vermeilles. Ces résultats, dus à l'initiative d'hommes de progrès, sont bien faits pour déterminer les plus hésitants à suivre la voie désormais tracée.
Mais arrêtons-nous dans l'exposition de ces idées générales, nous ne voulons pas abuser de la bienveillante attention de l'auditoire ni de l'impatience bien légitime des lauréats qui seront appelés tout à l'heure.
Nous pénétrons immédiatement dans le détail des vignobles que nous avons visités.

[…]
p. 84-85 
Nous touchons à la fin de cette longue énumération. Nous nous sommes transportés ainsi dans presque tous les coins du département et partout nous avons constaté le même élan chez tous les viticulteurs d'avant-garde soucieux de leurs intérêts. Tous, par des moyens différents, inhérents aux besoins locaux, visent au même but : assurer la conservation du vignoble source de richesse et de prospérité du pays.
A des degrés différents et en cherchant bien, il n'est certes pas une commune où un homme de progrès ne se soit mis résolument à l'œuvre. S'il y a quelques exceptions, elles ne tarderont pas à s'effacer devant l'évidence des faits qu'aucun critique sincère ne saurait contester.
La voir de l'avenir est largement tracée et nous espérons que les hésitants et même les réfractaires ne tarderont pas à s'y engager. Et bientôt la Touraine aura repris un des premiers rangs parmi les régions viticoles les plus perfectionnées de la France.
CH. BACON
Rapporteur.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 20
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectares
M. Jules DESCHATRES, propriétaire au Bordage commune de Perrusson (Loches)
Lorsqu'on parcourt le chemin qui conduit de Loches au Bordage, le spectacle qui se déroule sous les yeux est des plus tristes ; non seulement de vieilles vignes mais encore de jeunes plantations de cinq ou six ans disparaissent abandonnées à leur triste sort et aux herbes adventices qui les couvrent entièrement. Cet état, malgré l'opinion générale du Lochois, il était de première nécessité de démontrer combien il était préjudiciable aux intérêts de tous, et que le courage et l'énergie devaient triompher des obstacles.
M. Deschâtres, quoique n'étant pas du métier, n'a pas voulu partager cette manière de voir ; il a fait l'acquisition d'un vieux vignoble perdu qu'il a fait arracher, puis défoncer deux fois à la main et à la charrue. Puis des greffés soudés de Gamay, de Précoce de Malingre, de Meunier ont été plantés. Les Riparia, Rupestris Monticola, Gamay-Couderc et Aramon x Rupestris ont été employés comme porte-greffes. Ces essais, quoique datant de 1892, sont encourageants dans ces terres froides silico-argileuses.
Quoique cette étendue d'un hectare ne soit pas en production, la Commission a vu, dans la tentative de M. Deschâtres, un exemple à encourager, et lui a décerné une Mention honorable.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 20
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectares
M. MOREAU, Léon, à Sainte-Catherine-de-Fierbois
M. Moreau se distingue surtout par sa pépinière contenant 32 000 greffes parfaitement entretenues.
A l'aide de deux lattes en bois réunies entre elles, les greffes sont accolées de façon à faciliter les travaux de désaffranchissement.
Nous voyons une cinquantaine de chaînées de vignes sur Riparia gloire de Touraine. La vendange est belle ; mais l'Alicante est un cépage très séduisant dès l'abord, qui périclite malheureusement en peu de temps. D'un autre côté, le Groslot, dans ces terrains, coule facilement, ce qui assure la parfaite réussite du virolage.
La Commission accorde à M. Moreau le 16e prix et un rappel de Médaille de bronze Grand Module.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 39
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. BESSÉ-GIBERT, à La Roche, commune de Dierre
Les diverses parcelles de la propriété forment environ 1,75 ha de vignes âgées de 1 à 5 ans, et constituées en Côt, Groslot, Petit-Bouschet, Alicante et Gamay, greffés sur Riparia et Solonis. M. Bessé a fait une expérience intéressante sur la productivité de trois porte-greffes bien connus. Une plantation de 5 ans de Gamay Freau a été divisée en trois parcelles.
1° Greffée sur Vialla d'une vigueur de pousse telle que, malgré les nombreuses branches à fruit, la production jusqu'ici a été nulle.
2° Greffée sur Solonis, la pousse est moins vigoureuse, mais fructification abondante.
3° Greffée sur Riparia, pousse extrêmement vigoureuse et fructification superbe.
Ces essais indiquent nettement la supériorité du Riparia comme résistance et production dans ces terres argilo siliceuses fertiles.
La Commission, tout en constatant que l'entretien des terres laissait à désirer, a accordé à M. Bessé le 15e prix, et une médaille de bronze grand module.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 39-40
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. DUMOULIN-TESSIER, à la Croix-de-Bléré
Le vignoble de M. Dumoulin est réparti sur trois communes : Civray, Dierre et La Croix, et comprend 2,80 ha de vignes, dont les plus âgées, greffées sur Riparia, Côt, Merlot, Portugais bleu, Cabernet, Alicante, ont 4, 5 et 6 ans.
Avec une vigueur remarquable ces greffes, fort bien entretenues, portent une très belle vendange. Nous devons signaler en particulier le Portugais bleu et l'Alicante, absolument couverts de raisins.
Jusqu'à l'âge de 3 ans, M. Dumoulin nous a assuré que l'installation de son vignoble entier lui revenait à 8 000 francs.
Tous les ans une dépense de 300 francs est faite, se répartissant en 200 francs de façons, et 100 francs de fumure.
En 1894, sur 60 ares en production, il a été récolté 35 hl de vin, vendu en moyenne à 22,50 fr./hl, soit 787,50 fr.
De plus, un morceau de 5 ares planté en Gamay du Beaujolais, a donné en 1894, à l'âge de 4 ans, une barrique de vin.
La Commission, reconnaissant les sacrifices faits par M. Dumoulin, lui accorde le 14e prix et une médaille de bronze grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 40
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. BOUILLOT, Jules, à Rochecorbon
Au lieudit La Coulée, une vieille vigne de 1,13 ha, détruite par le phylloxéra, fut d'abord plantée en producteurs directs Noah, Othello, Saint-Sauveur. Dès la quatrième année, tous ces cépages disparurent en partie et furent remplacés par des Riparia sélectionnés greffés ensuite sur place.
Pour un propriétaire travaillant lui-même et pouvant accorder à la plantation tous les soins nécessaires, le greffage sur place se recommande particulièrement, car les résultats qu'il donne sont parfaits.
De plus, M. Bouillot provigne ses Riparias quoique greffés et obtient des plants racinés vigoureux, constituant des sujets de premier choix.
Il est fait selon nous une trop large part au Petit-Bouschet et à l'Alicante ; nous ne saurions trop recommander à M. Bouillot de s'en tenir au Pinot [Chenin] qui donne au vin du pays sa réputation si légitime. 
Si la vendange est assez claire, il faut en faire remonter la cause au violent orage du 18 mai 1894, qui a causé des ravages considérables.
La Commission, reconnaissant en M. Bouillot un viticulteur d'une réelle valeur, lui accorde le 13e prix et une médaille de bronze grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France.
M. Bouillot est intelligemment aidé dans ses travaux viticoles par son fils, qui a exécuté d'un façon parfaite une partie des greffes sur place ; aussi la Commission lui accorde-t-elle une médaille de bronze à titre de collaborateur.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 40-41
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. ARNAULT Joseph à Bonchamp (près Ligueil)
Le vignoble se compose de 2 parcelles : l'une de 75 ares l'autre de 30. La parcelle la plus âgée prend sa septième feuille, et comprend des Groslot, Petit-Bouschet, Alicante, Castets et Folle-Blanche, greffés en fente sur place, sur Riparia-Gloire après défoncement à 0,40 m.
Il est probable que la greffe de côté ou de Cadillac serait à préférer, en permettant au sujet de ne pas être totalement décapité.
Le terrain, fortement argilo-siliceux, repose sur un fond d'argile jaune où le Riparia pousse vigoureusement.
M. Arnault a remarqué que plus on greffe et plante tard dans ces terrains, plus la réussite est certaine. Les greffes faites en mai sont de beaucoup les plus belles.
M. Arnault est aidé par son fils ; jeune homme de quinze ans, qui fait très adroitement toutes les greffes. Sa pépinière actuelle, destinée à la vente, n'en comporte pas moins de 40 000 d'une parfaite réussite.
La Commission n'a pas été sans remarquer la funeste habitude du pays, qui consiste à effeuiller les vignes dès les premiers jours d'août, dans le but de hâter la maturité. Si l'effeuillage est quelque fois à conseiller ce n'est du moins que dans l'arrière-saison. Mais en août le végétal et les grappes ont absolument besoin des feuilles du voisinage ; qui sont pour elles des réservoirs où les principes utiles, puisés dans l'air, sont concentrés à l'état de sucre dans les raisins.
La Commission, après observations faites et satisfaite de l'entretien général de la culture, accorde à M. Arnault le 12e prix, une médaille de bronze grand modules offerte par la Société des Agriculteurs de France.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 41-42
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. Achille CHEVREAU, à Brizay (Ile-Bouchard)
Les ravages occasionnés par le ver blanc ont été tels que cette jeune plantation, avec quelques greffes respectées de 3 et 2 ans, comprend surtout des plants de l'année. Le cépage cultivé presque exclusivement chez M. Chevreau est la Folle-Blanche sur Riparia ; ce dernier s'accommode très bien de cette terre argilo-siliceuse contenant des cailloux rougeâtres dont le nombre augmente avec la profondeur du sol.
Le défoncement a eu lieu au Brabant à 0,40 m, et la plantation à 1,50 m sur &,20 m avec échalas.
Quelques greffes ont été faites sur place et d'autres achetées toutes soudées ; les premières sont de beaucoup le plus belles et ont le grand avantage d'assurer au propriétaire l'authenticité absolue de leur origine.
A part quelques souches de trois ans en production, la majeure partie est encore jeune ; mais la tenue du vignoble est bonne, et les façons exécutées avec tout le soin nécessaire. Sans nul doute, dès que les désastres déterminés par la larve du hanneton se seront effacés, le vignoble reconstitué de Brizay se distinguera parmi les meilleurs de la région. La Commission a voulu récompenser ces premiers essais, en accordant à M. Chevreau le 11e prix et une médaille de bronze offerte par la Société Nationale d'encouragement à l'agriculture.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 42-43
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. GODEAU-PERCEREAU, au Prieuré (Dierre)
M. Godeau possède 1,5 ha de vignes greffées dont les plus anciennes remontent à 1889.
Voici le détail des travaux de reconstitution par années et parcelles.
1889. La Boiselle, plantation de Groslot sur Riparia, greffé en 1888 et qui en est à sa septième feuille.
1890. Plantation de 50 Alicante-Bouschet, sur Riparia, pour remplacer les manquants, sixième feuille.
1891. Quatre ares, au Verdois, où ont été plantés 200 Gamay-Fréau et Beaujolais sur Riparia et Solonis, après défoncement à 0,35 m en laissant le sous-sol en place. La récolte a été de 2 hl de vin (3 ares).
Trois ares à Saint-Julien, où ont été plantés 170 Gamay-Mourot sur Solonis ayant donné, en 1894, 1 hl de vin.
1892. Quatre ares 60, à Taille-Pavillon, 150 Côts sur Riparia et Vialla, conduits système Mesrouze et mis en cordons et fils de fer cette année.
Quatre ares, à la Gabignonne, 90 Petit-Bouschet et Gros Noir système Mesrouze. Le premier est aujourd'hui couvert de vendange alors que le Gros Noir est resté languissant et se chlorose. Il a été laissé à la taille ordinaire qui seule lui convient.
1893. Cinq ares 30, à Imbaudière, 350 Côts sur Riparia avec défoncement à 0,45 m à la main.
Sept ares, à la Manière, de 300 Gamay de Bouze et Groslot sur Riparia et Vialla.
Six ares, à la pente de Coquiau, 250 Côts et Merlot sur Jacquez vigoureux, sur défoncement à 0,45 m.
Vingt-deux ares, à la Perruche, 2 125 Gamay-Fréau sur Riparia.
Sept ares, au Buisson-Mahay, 700 Gamay-Bouze.
Enfin, en 1895 il a été planté des Côts, Pinots et Groslots sur Riparia et Rupestris.
Toutes ces greffes ont un aspect général très encourageant.
M. Godeau, avec une belle pépinière de 30 000 greffes faites cette année, possède une plantation de pieds-mères américains de Riparia-Gloire, Ramond, Riparia et Rupestris 3306 et 3309, Monticola, Gamay-Couderc, Solonis, Aramon et Rupestris, destinés à la production de bois de greffage.
M. Godeau-Percereau a pour lui le mérite d'avoir commencé le premier, à Dierre, les essais sur la reconstitution. Président du Syndicat de Dierre, il a organisé en 1892 une délégation devant visiter les magnifiques plantations de M. Mesrouze et du Bordelais. En 1893 il visitait lui-même les vignobles reconstitués du Chalonnais.
De ces visites intéressantes, M. Godeau a rapporté les meilleurs principes viticoles sur lesquels i s'est appuyé avec succès pour ses plantations particulières aussi bien que pour la création de la pépinière syndicale. Aussi la Commission lui accorde-t-elle le 10e prix et une médaille de bronze grand module offerte par la Société Nationale d'encouragement à l'agriculture.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 43-44
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. PLANCHON, à Antogny (Sainte-Maure)
Le vignoble, d'une étendue de 1,40 ha en rapport, a été planté en 1890 et 1891.
Les travaux ont été effectués par M. Malagu, fermier de M. Planchon, et ont commencé sur une vieille vigne phylloxérée par un défoncement à la charrue à 0,30 m et formation d'aujous comblés en partie de fumier de ferme.
Le terrain argilo-caillouteux, contenant quelques cailloux calcaires compacts, repose sur un sous-sol argileux. En certains endroits le calcaire affleure et il devient suffisamment friable pour déterminer la chlorose sur la Folle-Blanche greffée sur Riparia-Martineau, le seul porte-greffe employé. Dans les endroits calcaires le Monticola se montrerait notablement supérieur comme résistance à la chlorose.
M. Planchon a voulu, et avec raison, faire du vin de qualité et pour cela il s'est adressé à des cépages fins, comme le Breton, qui se présentent dans d'excellentes conditions.
Comme il y a quelques manquants, M. Malagu les remplace par des greffés soudés qui viennent mal au milieu des autres. Il serait, croyons-nous, préférable de planter quelques bons porte-greffes et venir les greffer de côté l'année suivante.
Entre M. Planchon, le propriétaire, et M. Malagu, le fermier, il existe une association très heureuse, que nous voudrions voir plus communément employée dans les pays vignobles. Il est de toute importance, pour assurer la prospérité de la plantation, d'intéresser par les produits en nature l'ouvrier qui travaille.
Le contrat stipulé à Antogny est le suivant : M. Planchon donne à son fermier le plant greffé (payé 250 francs de 1 000) plus 150 francs par arpent l'année de la plantation, et 100 francs tous les ans par arpent jusqu'à la troisième année M. Malagu fait tout le travail, puis à la troisième année, le partage de la récolte a lieu par moitié.
Cette sorte de métayage ne peut que donner d'excellents résultats que la Commission a d'ailleurs pu apprécier. Aussi accorde-t-elle à M. Planchon une médaille de bronze grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France, et à son dévoué collaborateur, M. Malagu, une médaille de bronze.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 44-45
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
Mme veuve BLOT à la Grenadière (Saint-Cyr-sur-Loire)
Ce vignoble comprend 2 hectares divisés en un certain nombre de parcelles.
D'un seul coup d'œil, l'aspect général du vignoble est des plus favorables : l'on voit immédiatement que Mme Blot s'est imposé les plus grands sacrifices pour la création de ces vignes entretenues merveilleusement.
Le défoncement a été opéré sur une ancienne vigne française, à la main à 0,50 m de profondeur. Il a coûté 4,50 francs la chaînée, et dans le clos de Perrières il a été rencontré de tels blocs de pierre dure que la mine a dû être employée bien souvent et que le travail est revenu à 15 francs la chaînée.
Dans ce clos, le calcimètre accuse 34 % de calcaire, ce qui pourrait bien compromettre l'avenir des Riparias et Solonis qui y sont greffés. Le Monticola se montrera plus résistant à la chlorose.
Dans les autres endroits, la terre est d’une profondeur et d’une fertilité remarquables et les greffes de 2, 3, 4 et 5 ans y poussent si vigoureusement que des Côts en particulier étaient méconnaissables. Des Groslots, Pinots, Malvoisies, Nobles ou Meunier-Gamay sont en tous points remarquables.
Quelques producteurs directs, Noah, Triumph, Duchess, Canada, Huntingtdon, périclitent au milieu de l'exubérance générale.
Tout est aligné mathématiquement et d’une propreté rigoureuse. Ces soins peut être exagérés deviennent nuisibles en ce qui concerne les rognages pratiqués trop radicalement. Le système radiculaire d'une puissance extrême dans ce milieu fertile doit être toujours accompagné, pour que l'équilibre végétal soit maintenu, par un système aérien proportionnel.
Or, les amputations radicales exercées sur ce dernier pourraient être funestes à l'avenir du végétal.
La Commission a voulu reconnaître combien l'exemple donné à la Grenadière étaient heureux, et a accordé à Mme Blot le 8e prix et une médaille d'argent.
Depuis la transformation accomplie à la Grenadière, Mme Blot a à son service M. Guimier, Eugène, chef vigneron d'une réelle valeur, à qui il est accordé une médaille de bronze grand module à titre de collaborateur.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 60-61
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. BONNIGAL, à Fombèche (Saint-Martin-le-Beau)
L'ensemble de la propriété comprend 2,20 ha de vignes greffées, 0,66 ha de pieds-mères et un champ d'expériences de 30 variétés des meilleurs porte-greffes, de 1 an à 5 ans.
Le tout est complété par une pépinière de greffes destinées à la vente et se présentent dans de bonnes conditions.
Le clos de Bléré est planté en Côts sur Riparia et Solonis après défoncement à la main à 0,50 m. Ces greffes sont en bon état et plantées à 1,50 m sur 1,30 m.
Le clos de Bel-Air comprend des Pinots de 2, 3 et 5 ans, plantés sur défoncement à la vapeur à 0,60 m au moins. La vendange abondante et l'aspect vigoureux de l'ensemble assurent un grand avenir à la plantation qui, sans nul doute, maintiendra l'excellente réputation des vins de Saint-Martin-le-Beau.
Au clos Moulin, la végétation des greffes sur Riparia est encore plus belle ; cela tient au terrain argilo-siliceux reposant sur le fond argileux. Le long du chemin qui donne accès au champ, on remarque un amoindrissement notable dans la vigueur, ce qui s'explique par le changement absolu de la nature du sous-sol qui devient sableux et d'une profondeur de 3 mètres permettant l'extraction du sable de mine. Le Rupestris serait certainement le porte-greffe à préférer dans le cas qui nous occupe.
M. Bonnigal estime que l'installation complète d'un hectare coûte de 3 000 à 3 500 francs et que les travaux nécessités chaque année varient de 200 à 250 francs par hectare.
M. Bonnigal est certes un des premiers qui se soient occupés de la reconstitution à Saint-Martin-le-Beau. Les améliorations apportées dans son vignoble, plein d'avenir, ont démontré aussi l'utilité des défoncements surtout quand il s'agit de reconstituer une vieille vigne française détruite par le phylloxéra.
Le champ d'expériences établi dans un foyer phylloxérique a permis à M. Bonnigal de s'assurer, sur le terrain même, de la résistance des différents porte-greffes préconisés : aussi la Commission lui accorde-t-elle, pour les services rendus à la région, le 7e prix et une médaille d'argent offerte par M. Dugué, professeur départemental d'agriculture.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 61-62
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. MONJALON, à Rochecorbon
L'ensemble du vignoble comprend 2,80 ha de vignes âgées de 1 à 5 ans, dont les deux tiers en Pinot de la Loire [Chenin] et l'autre tiers en Gamay-Meunier et Groslot, le tout greffé sur Riparia et Rupestris.
Les premiers travaux ont commencé en 1890 par le défoncement à la main à 0,40 m et ,50 m, et fumé avant renversement à raison de de 3 mètres cubes de fumier de cheval pour 2 ares.
L'aspect général est des plus satisfaisants et les souches sont couvertes de belle vendange un peu altérée néanmoins par la journée si chaude du 25 juillet qui a déterminé le grillage.
Le lieudit les Vaux, après défoncement, a été utilisé pendant 3 ans par une prairie artificielle (luzerne), puis planté ensuite avec des greffés-soudés provenant de la pépinière de M. Chaloup, à Artannes.
Le mérite incontestable de M. Monjalon est d'avoir, un des premiers à Rochecorbon, jeté sans compter les premières bases de la reconstitution, alors que les vignerons du pays étaient désespérés d'assister tous les jours à la disparition de leur fortune.
Les résultats que M. Monjalon a obtenus sont bien faits pour démontrer clairement que, la voie étant désormais tracée, il ne reste plus qu'à résolument s'y engager.
Ces bienfaisants exemples, ce désintéressement absolu, sont de nos jours trop rares pour que nous laissions échapper l'occasion de les citer bien haut : aussi la Commission accorde-t-elle à M. Monjalon le 6e prix et une médaille d'argent, plus une médaille de bronze grand module à son dévoué collaborateur Louis Taschereau, qui, depuis seize ans, dirige les travaux culturaux avec un zèle et une compétence que chacun se plaît à reconnaître.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 62-63
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. CHALOUP, François, à Artannes
L'étendue totale du vignoble divisée en quatre parcelles est de 1,20 ha. Les premiers travaux furent commencés en 1890, par un défoncement à la main à à,50 m et plantation de greffes soudées provenant de la pépinière.
L'année dernière, M. Chaloup fit une tentative hardie. Frappé depuis quelques années de la profondeur et de la richesse de son terrain, ce qui contribue au maintien d'une fraîcheur constante, il planta directement en place des boutures sans passer par la stratification, ni la pépinière. Les résultats furent aussi encourageants que possible, avec fort peu de manquants. Le sol est d’une fertilité remarquable avec 0,70 m à 0,80 m de profondeur reposant sur un sous-sol argilo-siliceux.
Aussi est-ce une terre à Riparia par excellence où la végétation de ce dernier est des plus satisfaisantes.
Si on envisage ensuite les greffes de 4, 3, et 2 ans qu'il alimente l'on est immédiatement frappé par l'abondance de la vendange.
Le Pinot, la Folle, le Sceuillon, le Groslot, le Côt, sont en tous points remarquables.
M. Chaloup pratique avec le plus grand succès le virolage, et quant aux opérations de taille d'été, elles se réduisent à l'enlèvement des prompts-bourgeons inutiles et à un rognage restreint pour ne pas rompre l'équilibre indispensable à un enracinement aussi puissant. M. Chaloup estime que le rendement de sa vigne est de 33 % supérieur à celui obtenu autrefois ; sa jeune plantation lui a rapporté en effet 50 hl de vin vendu 40 francs / hl.
Enfin, une pépinière de 30 000 greffes de Côt, Groslot, Meunier destinés à la vente, a été créée en plein champ et plantée du 15 au 30 mai. Elles n'ont pas moins de 0,35 m à 0,40 m de hauteur sans avoir reçu aucun arrosage.
Si l'année et le terrain sont des facteurs qui doivent compter, l'intelligence et le travail de l'homme en sont les auxiliaires indispensables. M. Chaloup fait, en effet, tout par lui-même, depuis le premier coup de pioche, jusqu'à la vente des produits. Devant des enseignements aussi concluants, la Commission, a accordé à M. Chaloup le 5e prix et une médaille d'argent offerte par M. Dugué, professeur départemental.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 63
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. LAFFOND et M. RAGUIN, à Saint-Branchs
C'est sur terrain silico-argileux profond que M Laffond a exécuté la transformation de son vieux vignoble : le défoncement, fait à la main, a coûté 21,50 francs la chainée, plus l'abandon du bois provenant de l'arrachage des vieilles souches.
Le Riparia est le seul porte-greffe employé. Les greffes faites sur table sont ligaturées au bouchon avec grand succès, puis mises en pépinière.
Les rangs de vignes en production sont espacés de 1 m et, sur le rang les ceps sont disposés tous le 4 m. La plantation se fait dans des conditions réelles que le niveau de soudure se trouve un peu au-dessus du sol pour éviter l'affranchissement. Trois rangs de fil de fer sont dressés et les vignes conduites à cordon d'un seul membre allongé progressivement tous les ans, jusqu'à ce qu'il ait atteint la longueur de 4 m.
La hauteur du bras au-dessus du sol est de 0,50 m dans le but de se mettre à l'abri des gelées de printemps.
M. Raguin voisin de M. Laffond dispose sa plantation à 1,75 m sur 1m et conduit les ceps en cordons Royat à 0,50 m du sol et à deux bras.
Avec ce système particulier, en trois ans seulement, une vigne peut être établie. Ainsi en 1894 les gelées ayant détruit les bourgeons, un œil fut pris sur la souche, pincé à 0,50 m sur deux yeux latéraux qui ont constitué les deux bras. Sur chaque bras formés huit coursons toujours taillés à deux yeux.
M. Raguin pratique également la greffe sur table au bouchon et met directement en pépinière, sans passer par la stratification.
Ce système de conduite est d'autant plus particulier que, chez MM. Laffond et Raguin, il s'applique au Groslot surtout chez ces deux viticulteurs avec des résultats merveilleux.
Si, en effet, on envisage la récolte, l'on est conduit à ne pouvoir en souhaiter une plus abondante, puisqu'il est permis de compter sur plus de 100 hl/ha.
Enfin, la Commission n'a pas été sans reconnaître l'absolue propreté du terrain dont la fertilité, pour faire face à une fructification pareille, est entretenue par de copieuses fumures.
Aussi, vu les mérites incontestables des deux concurrents, accorde-t-elle à MM. Laffond et Raguin le 4e prix ex-aequo et à chacun une médaille d'argent grand module, offerte par la Société des Agriculteurs de France.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 64-65
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. QUENEAU, à Rilly
L'ensemble des nouvelles plantations de M. Quenau a une étendue de 2,50 ha divisés en trois parelles.
1° Moulin-à-Vent, greffes sur place de Folle, Pinot et Castets sur Riparia surtout. Plantés en 1890-1891.
2° Le Chêne-Vert, en greffes de Folle sur Riparia-Gloire et Ramond et Rupestris du Lot, en 1892.
3° Volivert, greffes de Pinot sur Riparia en 1894.
La greffe de Cadillac donne à M. Queneau des résultats parfaits ; mais l'absence des greffeurs dans la localité la lui a fait abandonner pour la greffe anglaise dont il a constitué une pépinière de 20 000 sujets bien réussis. Les greffes en production sont ; malgré leur jeune âge, couvertes de récolte et en particulier la Folle-Blanche, sur Monticola, est remarquable. Cela vient en contradiction avec l'opinion générale qui estime que le Monticola est peu fertile.
A côté de ce vignoble, où les soins nécessaires ne sont pas ménagés, M. Queneau a rapporté de son voyage dans les Charentes l'heureuse idée de s'assurer de la résistance à la chlorose de quelques sujets américains.
Le territoire de Rilly comporte, en effet, des affleurements nombreux de calcaire, où la reconstitution pourrait trouver un obstacle. Dans le but d'aider à le franchir, M. Queneau a établi, dans la partie la plus calcaire de son domaine, un véritable champ d'expériences où sont essayés les principaux porte-greffes connus.
Le dosage du terrain accuse de 25 à 70 % de carbonate de chaux.
La Commission a pu s'assurer que dans la quantité un grand nombre de cépages succombaient en peu de temps. Il est surprenant de voir par exemple quelques Berlandieris se chloroser fortement alors que d'autres sont d'une vigueur remarquable. Cela prouve encore une fois que parmi les cépages connus et résistants, s'il en est de bons, il en est d'autres qui, tout en portant botaniquement le même nom, n'ont pas été sélectionnés et n'ont aucune valeur.
Les plants qui paraissent, jusqu'ici, se mieux comporter dans ce milieu chlorosant sont par ordre de mérite :
Le Berlandieri sélectionné ; Riparia x Rupestris 3309 ; Rupestris Monticola ; Aramon x Rupestris Ganzin n°1 : Taylor de Narbonne ;
La Commission, après la visite de ces champs intéressants, a voulu récompenser M. Queneau le viticulteur habile et consciencieux en même temps que le chercheur opiniâtre dont les enseignements seront si précieux pour aider à la reconstitution de la commune de Rilly ; aussi elle lui accorde le 3e prix et une médaille d'argent grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 65-66
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
Mme Veuve MÉTAYER, aux Mesliers (Chambray)
Le vignoble des Mesliers comprend 2 ha réunis et plantés de greffes de quatre à cinq ans sur Riparia. Les cépages sont nombreux et choisis parmi les meilleurs dont l'ensemble puisse constituer un vin de bonne qualité tout en cherchant à obtenir un rendement élevé. Ce sont :
Gamay de Beaujolais, et Teinturier, Portugais bleu, Petit Bouschet, Alicante, Côt, Groslot, Meusnier, etc. Les travaux ont commencé en 1891 avec un défoncement à la main de 0,50 m et plantation de greffés-soudés en cassettes avec adjonction à chacune de 100 gr d'engrais composé.
Le voisinage d'un bois offre pour la fumure une précieuse ressource dont Mme Métayer a su tirer un excellent parti. Les feuilles des arbres sont récoltées à leur chute et entassées de façon à constituer par leur décomposition un terreau consommé d'une grande valeur. Le terrain est argilo-siliceux pierreux avec un fond d'argile où le Riparia pousse merveilleusement.
Dès les premiers moments, Mme Métayer a voulu tenter la gamme des producteurs directs, dont on disait grand bien à l'époque, tels le Canada, Cornucopia, Huntington, Secrétary-Sénesqua. Quoique n'ayant pas encore trop souffert du phylloxéra, ces cépages ont été, avec raison, délaissés bientôt, vu leur peu de valeur, pour planter ensuite les cépages français greffés d'une incontestable supériorité. Il est fait aux Mesliers une large place au Breton [Cabernet] hâtif qui mûrit parfaitement et produit abondamment un vin d'excellente qualité.
L'ensemble du vignoble est d'une tenue irréprochable ; les souches, conduites sur fil de fer 1,80 m sur 1,10 m portent une récolte extraordinaire tout en étant dans l'obligation d'arrêter par des rognages l'exubérance des sarments fructifères. Alors qu'aux Mesliers on s'est mis hardiment à la reconstitution, les environs offrent le triste contraste de vignes dévastées et improductives.
L'exemple est pourtant donné avec une grande valeur par Pierre Ansault, vigneron aux Mesliers, depuis cinq ans.
Mais l'honneur des beaux résultats obtenus revient tout entier à Mme Métayer qui, restée veuve il y a quelques années, s'est entièrement consacrée avec une rare compétence à la viticulture.
Les mérites contestables du vignoble des Mesliers ont amené la Commission à accorder à Mme Métayer le 2e prix et une médaille de vermeil offerte par la Société Nationale d'encouragement à l'Agriculture.
A son zélé et dévoué collaborateur Ansault la Commission accorde une médaille de bronze.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 66-67
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. LABATU, à la Gagnerie (Mettray)
L'ensemble du vignoble de la Gagnerie comprend 2,75 ha, parmi lesquels, les parcelles les plus âgées furent plantées en 1890, en Groslot, Gamay, Portugais bleu, Meusnier, greffés sur Riparia-Gloire, Solonis et Vialla, après défoncement du terrain à 0,50 m à la main.
Ce dernier est de nature argilo-siliceuse, à sous-sol composé d'un conglomérat siliceux à rognons compris dans un ciment ferrugineux, le tout d'une dureté extrême. Cet état particulier a nécessité, notamment dans une parcelle de 30 ares, une somme de 600 francs pour le défoncement.
Les deux hectares de vignes reconstituées et en rapport sont d'une vigueur remarquable ; et l'effet est d'autant plus saisissant qu'une jeune plantation de 1889 en plants français dépérit déjà au milieu de la végétation voisine.
Cette dernière se manifeste quelquefois, et particulièrement sur les Groslots, avec une telle intensité que la coulure s'en est suivie, réduisant notablement la récolte. La Commission a cru devoir conseiller à M. Labatu de tailler ce cépage à long bois, et d'avoir recours en même temps au virolage.
Ces deux conditions réalisées, nul doute que les résultats ne se manifestent par une augmentation considérable du rendement.
Dès que, sur l'ensemble, une dépression se déclare, soit parce qu'il s'agit de plants français, de producteurs directs ou de porte-greffes inférieurs, les manquants sont immédiatement remplacés par des racinés de Riparia qui sont greffés de côté, l'année suivante, avec un succès parfait.
Nulle part, que chez M. Labattu, cette greffe de Cadillac n'a donné la première année, des pousses aussi belles et vigoureuses. Cela tient, incontestablement, à la parfaite adaptation au sol du Riparia, à la perfection de la pratique du greffage, et aussi à la surveillance incessante qu'exerce M. Labattu sur l'important domaine qu'il a créé et qu'il dirige avec une rare compétence. Les viticulteurs de la région trouveraient à la Gagnerie de précieux éléments d'observation, dont ils ne manqueront pas de tirer profit dans leur plantations futures ; ils y verront ce que peuvent la ferme volonté de réussir, et la direction habile au milieu des premières difficultés inhérentes à toute initiative.
M. Labattu a déjà obtenu il y a deux ans, au dernier concours, un deuxième prix ; la Commission lui accorde, à l'unanimité, un Rappel de deuxième prix et de Médaille de Vermeil.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 67-68
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
PETITE CULTURE
Vignobles d'au moins 1 hectare
M. BRUÈRE, Armand, à Erippe (Artannes)
Le vignoble comprend 1,78 ha en un certain nombre de parcelles d'âges différents.
Les plus anciennes sont de six ans, puis les plantations se sont succédé jusqu'à aujourd'hui en Côt, Groslot, Merlot Pinot sur Riparia, qui fait merveille dans ces terres fertiles et profondes.
Les plantations faites d'abord sur aujous se font maintenant sur défoncement à la man à 0,50 m. M. Bruère accorde comme on le voit une large place aux cépages fins, ce qui lui permet de vendre son vin 70 francs la pièce.
Tout en reconstituant à l'aide de greffes-boutures mis en pépinière ou en greffant sur place des sujets sélectionnés avec soin, M. Bruère a fait cette année une plantation de 40 chaînées, directement en place sans passer par la pépinière. Le 12 mai dernier, deux greffes-boutures furent placées côte à côte pour augmenter les chances de réussite et à la distance ordinaire de 1,50 et 1,20 m. Au moment du passage de la Commission, ces greffes, dont la réussite n'était pas inférieure à 95 % ne mesuraient pas moins de 0,40 m de hauteur. Un propriétaire, qui comme M. Bruère, fait tout par lui-même, était seul capable de recourir à ce procédé aléatoire peut-être, mais dans le cas qui nous occupe, admirablement réussi. Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur la splendide vendange qui se prépare, on s'aperçoit de suite qu'elle est bien faite pour exciter l'envie des voisins et la fierté du propriétaire.
Il y aura bientôt sept ans que M. Bruère, vouant disparaître les anciennes vignes, se mis courageusement et silencieusement à l'œuvre.
Alors que les rires, les moqueries et les menaces même de ses voisins ne faisaient que stimuler son courage, la pioche exposait à l'action bienfaisante de l'air de larges et profondes bandes de terre.
Celui que la critique et l'envie avaient condamné à un désastre, courait à la fortune, et cette dernière semble aujourd'hui lui sourire comme le couronnement de tant d'efforts intelligents et incessants. Les rires ont cessé. Sans oser tout d'abord s'adresser à l'homme, on venait, à la chute du jour, s'assurer des magnifiques résultats qu’il obtenait ; ces visites crépusculaires se manifestaient par des pas nombreux empreints sur le sol ameubli, et que M. Bruère faisait, en silence, disparaitre le lendemain.
Aujourd'hui, l'élan est donné, grâce aux conseils désintéressés de celui qui avait détourné par ses essais les premiers obstacles ; la commune d'Artannes va se trouver à la tête de 30 arpents reconstitués.
Cette situation du travailleur modeste et infatigable méritait une récompense que la Commission s'est fait un devoir d'accorder à M. Bruère, sous la forme du premier prix de petite culture, une médaille de vermeil grand module et une somme de cent francs.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 70-80
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
GRANDE CULTURE
Vignoble de plus de 3 hectares
M. Charles d'ESPAIGNE château de Pont (Genillé)
L'ensemble du vignoble comprend 3 ha. La plus ancienne parcelle remonte à 1892.
Le terrain est profond, siliceux avec sous-sol glaiseux blanc, jaune et rougeâtre : c'est un coteau exposé au sud et ne gelant jamais.
Le défoncement a été fait à la main, et opéré difficilement car en certains endroits, d'énormes blocs siliceux de 2 000 à 3 000 kg ont dû être décapités par la mine. Dans les parties les plus déclives, le tuff affleure, et pourrait nécessiter l'emploi du Rupestris du Lot. Partout ailleurs le Riparia Gloire est le seul employé avec succès.
M. d'Espaigne possédait autrefois 18 ha de vignes françaises : après leur anéantissement successif, il a voulu conserver la réputation des vins de la région, et pour cela a fait appel aux cépages supérieurs. Gamay du Beaujolais, Pinot de la Loire et surtout le Riesling, originaire du Rhin, existant dans le pays depuis de longues années et le plus hâtif des cépages blancs après le Précoce de Malingre. Le vin qu'on en obtient est de qualité tout à fait supérieure.
La taille adoptée est le système Mesrouze à cordon unilatéral en lignes de 1,50 m.
Dans ces terrains assez pauvres, il est fait avec grand avantage usage des nitrates, phosphates, et sulfate de fer.
Une certaine quantité de pieds-mères fournit tout le bois greffable utilisé au château de Pont et a servi cette année à la constitution d’une pépinière de 17 000 greffes de belle venue.
En somme, le vignoble de Pont est sur une excellente voie et la compétence son propriétaire, M. d'Espaigne, lui assure certainement le plus bel avenir. Mais la plantation st encore trop jeune et non en production. La Commission a voulu néanmoins tenir compte des efforts intelligents de M. d'Espaigne et des difficultés qu'il a eues à vaincre, auusi lui accorde-t-elle le quatrième prix de grande culture et une médaille de bronze grand module. A son consciencieux collaborateur, M. Sylvain Bruneau, une médaille de bronze.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 80-81
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
GRANDE CULTURE
Vignoble de plus de 3 hectares
M. ARRAULT au château de la Vilaine (Esvres)
Le domaine se compose, au point de vue vignoble, de 5 ha d'un seul tenant, commencé en 1890 et comprenant : Côt, Groslot, Gros Noir, Portugais bleu, Pinots, Malvoisie, greffés sur Riparia, Solonis et Taylor. Ce dernier, malgré sa faible résistance, porte des greffes très vigoureuses pour le moment.
M. Arrault, dans un endroit, a réparti un certain nombre de Viallas, c'est une faute, car les vides qui, à la chute de ces derniers, ne manqueront pas de se produire, compromettront l'homogénéité de la plantation. Le mieux sera de les remplacer par de bons Riparias qui seront ensuite greffés de côté.
Des essais à l'aide de l'Etraire de l'Adhui et de la Mondeuse de la Savoie ont échoué pour l'excellente raison que ces cépages ne mûrissent pas dans notre pays.
Par contre, le Corbeau et le Duriff sont des plants très précieux comme rendement et qualités, et que M. Arrault se propose avec raison de préconiser dans la région.
Les 5 ha sont coupés par une vaste allée centrale plantée de pommiers à cidre perpendiculaire à une autre allée centrale. Les vignes sont en lignes distantes de 1,50 m et conduites sur fil de fer.
Tout l'ensemble est parfaitement agencé, les travaux et façons données en temps opportun, la taille rationnelle et modérée, assurent au domaine de la Vilaine un avenir qui ne se démentira pas. Il est certain que, sans être taxé d'exagération, on peut prévoir que les récoltes ultérieures seront très rémunératrices.
M. Arrault a commencé à reconstituer dans le pays et a avoué à la Commission que, après des hésitations, ses travaux ont été suivis attentivement par les vignerons des environs et que la plupart d'entre eux vont s'inspirer de ses conseils pour replanter.
En présence de cette heureuse initiative et de la belle création qu'elle vient de visiter, la Commission accorde à M. Arrault le troisième prix et une médaille d'argent grand module, offerte par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.
M. Arrault est intelligemment aidé dans ses travaux par son chef vigneron, M. Lesain, Joseph, et par M. Sylvain Freslon, attaché depuis 24 ans à la propriété. La Commission accorde à chacun de ces derniers une médaille de bronze grand module.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 81-82
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
GRANDE CULTURE
Vignoble de plus de 3 hectares
M. GUIBAUD, à Bourgueil
Le territoire de Bourgueil est, fort heureusement, encore peu attaqué du phylloxéra ; cela tient surtout à la nature des terres où l'insecte trouve un obstacle à son cheminement.
M. Guibaud, en dehors de ses 9 ha de vieilles vignes de Breton [Cabernet], encore en production, a voulu prouver par l'expérience directe que la reconstitution sur cépages américains pouvait se faire à Bourgueil comme dans les autres parties du département.
C'est une erreur commune et générale de croire que, par le greffage la qualité doit être amoindrie, les résultats sont là pour réfuter pareille assertion et les exemples de nos arbres fruitiers greffés l'ont démontré depuis longtemps.
Aussi M. Guibaud fit, en 1890, l'achat d'un terrain de 3 ha, au voisinage de la gare de Bourgueil, et n'ayant jamais porté de vignes. Le sol composé d'alluvion modernes sableuses repose à 0,60 m sur un mâchefer agglutiné dans le sable.
Le porte-greffe tout indiqué était le Riparia-Gloire qui fut greffé en Petit Bouschet et Gamay associé au Breton en 1891. Après défoncement à la charrue où cette dernière, pour augmenter la profondeur, repassa deux fois dans la même raie, la plantation eut lieu au piquet à l'aide de greffés-soudés achetés 200 francs le mille et placés en lignes distantes de 2 m et à 1 m sur la ligne.
La fumure a consisté l'année suivante en l'ouverture d'aujoux qui ont été remplis de fumier complété ensuite par des engrais chimiques, les années à venir.
M. Guibaud a donc su réunir toutes les conditions pour arriver au but cherché et nous devons dire immédiatement qu'il a pleinement réussi.
La végétation est absolument remarquable et sur les trois fils de fer qui les soutiennent les sarments portent une vendange qui ne laisse rien à désirer.
Les frais d'aménagement sont évalués de 12 à 1 500 francs à l'hectare et à 170 francs tous les ans pour frais de labours, façons, soufrage sulfatage, etc.
La Commission a pu remarquer le parfait état de propreté et d'ameublissement du terrain qui comporte 2 ha de vignes.
En 1893, la récolte a été de 12 barriques de 220 litres ; en 1894 de 43 ; en 1895 de 72 barriques.
Et ce vin de greffe s'est écoulé facilement au prix de 70 francs la barrique.
Sur la commune de Saint-Nicolas de Bourgueil M. Guibaud possède au clos de Beaupuits quelques plantations de greffés-soudés au milieu de vieilles vignes de Breton où quelques taches phylloxériques étaient apparues.
L'expérience est donc désormais faite : le vignoble pourra, comme les autres, dès que le moment en sera venu, se reconstituer avec succès sur américains. C'était ce qu'il était de toute nécessité de démontrer aux vignerons du pays. 
M. Guibaud, en entreprenant cette œuvre, a donc rendu de signalés services que la Commission a voulu récompense en lui attribuant le 2e prix de grande culture et une médaille de vermeil grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France.
Depuis 18 mois au service de M. Guibaud, le chef vigneron Bucher, s'est toujours signalé par son zèle et son intelligente initiative ; la Commission lui accorde une médaille de bronze grand module, ainsi qu'à son aide dévoué, M. Provins, Pierre, qui compte 24 ans de présence chez M. Guibaud.
 

1895

Annales de la Société d'agriculture sciences, arts et belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. Tome LXXX, année 1895, Tours 1895
p. 82-85
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1895 spécialement réservé aux vignes reconstituées.
GRANDE CULTURE
Vignoble de plus de 3 hectares
M. Charles VAVASSEUR, aux Bideaudières (Vouvray)
L'ensemble de l'important vignoble de M. Vavasseur se divise en trois parties :
1° Aux Bideaudières, 9 ha reconstitués en vignes américaines greffées de 1890 à 1895, comprenant une partie basse plantées en cépages rouges, Gamay, Côt, Groslot, Petit-Bouschet, et une partie haute, de beaucoup la plus importante planté en menu et gros Pinot de la Loire.
La disposition du terrain sur le coteau est curieuse. Il est coupé en une succession d'étages séparés par des murs servant au maintien des terres qui, sans cela, livrées à elles-mêmes, seraient bientôt entraînées et laisseraient les parties supérieures dénudées et sans valeur.
La pente au midi est en effet très accentuée et la présence de ces murs de soutien n'empêche pas d'ailleurs de pratiquer tous les ans l'opération de terrage.
2° Aux Caves-du-Bourg, 6 ha replantés en vignes américaines de 1891 à 1895 en Pinot. Situé au bourg même de Vouvray, près de l'église, ce sol qui produit un des premiers vins du pays repose sur un plateau silico-argileux profond où l'on a accès par un escalier creusé dans le roc à 10 ou 12 m de hauteur.
3° Le Gué-d'Amant, provenant d'un important achat de l'année dernière et comprenant de vieilles vignes plus ou moins phylloxérées, dont une partie a été traitée au CS2 pour en obtenir les dernières productions, et une autre de 3 ha a été défoncée à la vapeur et replantée en Pinot sur Riparia.
L'ensemble du vignoble reconstitué comprend donc aujourd'hui 18 ha de vignes âgée de 1, 2, 3 et 4 ans.
Les défoncements, partout où cela a été possible, ont été faits à la vapeur à 0,60 m, et c'était merveille de voir ce soc puissant de la charrue exposer à l'action bienfaisante de l'ait ces terres depuis si longtemps inertes.
Sur les coteaux aux Bideaudières il a fallu avoir recours au défoncement à la main à 0,40 ou 0,50. La profondeur varie d'ailleurs suivant la composition du terrain. Tantôt c'est une craie micacée plus ou moins compacte, tantôt c'est une argile forte et adhérente alternant avec une marne sableuse.
Le Riparia réussit fort bien sur tout l'ensemble ; seules quelques parties calcaires du coteau pourraient-elles ne pas lui convenir ; mais la nature compacte de ce calcaire rendra peu redoutable la chlorose qui pourrait se déclarer. D'ailleurs, M. Vavasseur a eu l'heureuse idée de créer dans la partie la plus ingrate un véritable champ d'essai où les cépages américains les plus connus ont été plantés, Monticola, Mourvèdre Rupestris, Bourrisquou Rupesptris 601, 603, Chasselas Berlandieri, 41, Gamay Couderc, etc., etc.
La sélection se fera ainsi tout naturellement et les victorieux seront des porte-greffes sur lesquels on pourra compter.
M. Vavasseur, pour s'assurer de la parfaite authenticité de ses plants, fait faire ses greffes et en constitue une pépinière. Cette année, 110 000 greffes-boutures témoignent, par leur aspect vigoureux, des soins incessants dont elles sont l'objet.
La plantation a lieu au pal à 1,50 m entre les lignes et 1m sur la ligne ; la conduite a lieu partout sur fil de fer.
Les fumures consistent en terreaux préparés à l'aide de toutes sortes de débris organiques et complétés par des engrais chimiques : nitrate de soude, superphosphates, sulfate de potasse et plâtre. De ses voyages dans le Bordelais, M. Vavasseur a rapporté et appliqué sur son domaine l'usage des engrais verts. Le lupin blanc, par sa végétation rapide et sa vigueur, fournit une fumure azotée organique produisant les plus heureux effets.
Si maintenant nous envisageons la vendange qui se prépare dans ce jeune vignoble, nous devons déclarer que nulle part la Commission n'a éprouvé une satisfaction plus grande.
A la vigueur de feuillage et l'abondance de la récolte ; à la propreté excessive des terres et les soins apportés aux tailles, viennent faire un malheureux contraste les pauvres ceps rabougris des vignes voisines.
La production pour 1894 s'est élevée à 18 pièces par ha et le vin obtenu a été vendu 110 francs la pièce, ce qui constitue un produit de 1908 francs don il faut déduire 250 francs de frais culturaux, 190 francs achats de futailles, 60 francs d'imposition, soit 1 832 francs de bénéfice net par hectare.
Certes, le propriétaire des Bideaudières est aidé avec dévouement par deux bons serviteurs, M. Bury maître-closier depuis 30 ans aux Caves-du-Bourg ; M. Morissot, closier depuis 9 ans aux Bideaudières. Mais il faut avouer que tout l'honneur d'une si merveilleuse transformation revient d'abord à M. Vavasseur père, qui, un des premiers, se consacra à ses chers vignobles avec une autorité que chacun se plaisait à reconnaître. Enlevé prématurément à l'affection des siens, M. Vavasseur laissait à son fils une reconstitution brillamment commencée et que ce dernier devait élever au niveau que nous avons pu apprécier. Le mérite de M. Charles Vavasseur est d'autant plus grand que, nullement préparé par des études spéciales à la grande œuvre qu'il devait continuer, en collaboration avec son beau-père, M. Hervé, viticulteur consommé, il s'est mis au travail avec un courage digne des plus grands éloges.
Le succès ne devait pas se faire attendre, et en constatant les résultats obtenus jusqu'ici et qui ne feront que s'accentuer dans l'avenir, M. Vavasseur a le droit d'être fier de son vignoble situé merveilleusement dans un des centres les plus justement réputés de la Touraine.
Aussi, la Commission a-t-elle accordé à M. Vavasseur le 1er prix de la grande culture et un objet d'art de 300 francs.
Il est aussi accordé à MM. Bury et Morissot le deux dévoués collaborateurs à chacun une médaille de bronze grand module.
 

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVII, 1897
par CH. VAVASSEUR.

p. 149-151
Rapport sur le concours départemental de viticulture en 1897
La Commission de parcours nommée par la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, pour la visite des vignobles en 1897, se composait de MM. :

Dugué, professeur départemental d'agriculture ;
Auguste Chauvigné, secrétaire perpétuel :
Vavasseur (Ch.), membre de la Société, viticulteur à Vouvray, [rapporteur].

Le Concours de 1895 avait été réservé aux vignobles reconstitués, la Société ayant voulu montrer tout l'intérêt et toute l'importance qu'elle attachait à la prompte réfection de notre vignoble au moyen de cépages américains greffés. Le remarquable rapport fourni par M. Bacon a bien fait ressortir que, si à l'heure actuelle, la surface replantée en vignes américaines était encore relativement peu importante, du moins on avait compris qu'elle était, à l'avenir, la voie à suivre. (De tous côtés on commençait à replanter, grands et petits vignerons s'étaient mis courageusement à l'œuvre.)
Cette année, la Société a pensé qu'il était bon de donner un nouvel encouragement, j'allais dire le dernier, à ceux qui essaient encore aujourd'hui de lutter contre le terrible puceron, qui a, d'une façon si rapide, décimé nos vignes naguère si prospères. Elle a voulu montrer qu'elle était loin de se désintéresser de ce combat acharné dans lequel quelques courageux maintiennent encore presque intacts quelques-uns des plus beaux joyaux de notre vignoble tourangeau. C'est ainsi, Messieurs, que, cette année, les vignes françaises ont été admises à concourir avec les vignes américaines.
Certes, avant d'entreprendre notre excursion viticole, nous nous attendions déjà à voir sur notre parcours le triste spectacle d’une campagne désolée. Mais, je dois le dire avec regret, ce que nous avons vu a dépassé toutes nos prévisions.
Rarement on a eu dans les annales agricoles à enregistrer pareille situation. Vous savez tous quelles déceptions ont été amenées cette année par la culture des céréales. Vous avez pu voir combien maigres ont été les rendements.
Peu ou pas de blé, de rares et maigres avoines, des seigles sui ont gelé et n'ont pas grainé, des pommes de terre qui, attaquées par le mildiou, on très mal réussi, du chanvre et des fourrages en assez grosse quantité, mais se vendent mal. Tel a été, cette année, le bilan de l'agriculture. Mais, quand on considère le vignoble, le tableau devient encore plus navrant.
La gelée, la grêle qui se sont abattues d'une si rude manière au début de la saison, ont jeté le désarroi parmi les vignerons.
Les rapides et foudroyantes attaques de mildiou les ont surpris, si bien que quelques-uns d'entre eux ont à peine essayé de lutter.
Rapidement envahis, ils se sont laissé aller, et c'est ainsi que nous avons traversé des contrées entières où le mildiou et l'oïdium avaient achevé l'œuvre néfaste commencée par les gelées.
Des côts ont été tout particulièrement maltraités. Maltraités au point que la récolte de l'année prochaine est déjà gravement compromise. Pas de feuilles, peu de bois, et encore du bois qui ne mûrira pas.
Les autres cépages rouges ont été moins atteints, sans pour cela être beaucoup plus brillants, car l'oïdium, qui s'est mis sur la grappe, a dévasté une partie de ce qui avait échappé à l'attaque de mildiou. Les blancs, plus beaux en général, auront peut-être un cinquième de récolte. Quant aux rouges, ils n'ont très certainement en moyenne générale qu'un dixième de récolte.
A côté de ce spectacle attristant, décourageant presque, nous avons eu la bonne fortune, çà et là, de tomber chez quelques propriétaires qui, grâce à leur énergie et leur savoir-faire, ont su, au milieu du désastre général, maintenir leur vignoble en quelque sorte indemne de toutes ces maladies cryptogamiques.
Si la déplorable année que nous venons de traverser a porté un coup terrible à beaucoup de nos vignobles tourangeaux, elle aura au moins eu le mérite de nous montrer que, dans aucun cas, on ne doit se décourager et que, même dans les attaques de mildiou et d'oïdium, les plus terribles et les plus promptes, on peut préserver un vignoble d'un désastre complet.
Beaucoup de personnes ont traité et n'ont pas réussi, et, sans tenir compte de la façon dont ells s'y sont prises, déclarent qu'il est impossible de lutter contre le mal ; elles oublient de dire qu'elles on traité trop tard, lorsque la maladie avait déjà fait de sérieux dommages, ne se rendant pas compte que les traitements doivent toujours être préventifs. Combien de vignerons ne voyons-nous pas qui attendent que le mildiou et l'oïdium aient élu domicile dans leurs vignes pour commence les sulfatages, considérant les traitements préventifs comme inutiles ! Grossière erreur qui leur aura coûté cher cette année.
Et puisque nous sommes sur cette question des sulfatages, qu'il nous soit permis de donner un conseil en passant à ceux qui veulent entreprendre la reconstitution du vignoble ; qu'il nous soit permis de leur dire qu'il ne s'agit pas à l'heure actuelle de faire, beaucoup, mais de très bien faire ; et nous entendons par très bien faire, donne aux vignes, à temps et à heure, les façons culturales qu'elles demandent : labourages, binages, hersages, sulfatages, soufrages et fumures.
Avant d'entreprendre votre tâche de réfection, demandez quelle étendue de vignes il vous sera possible de très bien défendre et de défendre facilement. Si vous ne pouvez en faire dans ces conditions qu'un hectare, faites-en moins, mais jamais plus. En faisant bien, vous aurez des produis rémunérateurs ; en faisant mal, vous n'aurez que des déceptions. Parmi es concurrents eux-mêmes, nous avons eu le regret de trouver quelques personnes qui, ayant des vignobles importants, fort intéressants au point de vue de la reconstitution, n'ont pas donné à leurs jeunes vignes les soins suffisants.
La Commission n'a pas cru devoir les classer, estimant que des vignes présentées à un Concours doivent être, avant tout, tenues d'une façon irréprochable.
Mais, si vous le voulez bien, nous allons passer à la description des intéressants vignobles parcourus.
(A suivre)

[...]

p. 102
Nous venons de passer en revue successivement un grand nombre d'exploitations. Chacune d'elles a apporté son contingent d'enseignements précieux ; si, çà et là, nous avons constaté quelques points faibles, quelques errements regrettables, il n'en est pas moins réconfortant de constater qu'au milieu d'un découragement presque général il s'est trouvé, sur tous les ponts du département, des viticulteurs expérimentés qui ont montré d'une façon indéniable que dans aucun cas on ne doit se laisser aller au découragement.
La reconstitution est partout en bonne voie, Il n'est guère de commune, à l'heure actuelle, où des essais sérieux et probants n'aient été faits. La route est désormais tracée, les plus timides ne vont pas tarder à s'engager résolument.
Nous espérons voir dans un avenir prochain nos coteaux se peupler à nouveaux de ces belles vignes qui ramèneront la prospérité dans notre Touraine si cruellement éprouvée. Les meilleures méthodes de culture et de vinification couramment appliquées placeront alors notre contrée au premier rang parmi les régions viticoles de notre beau pays de France.

CH. VAVASSEUR,
Rapporteur.
 

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 41
RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. BERTHAULT-LEPAGE, propriétaire à Chanceaux-sur-Choisille
Comme M. Dallaire, M. Berthault-Lepage est un pionnier de la première heure. Dès 1886, il plantait des boutures américaines pour pouvoir récolter du bois et reconstituer. Il a fait des semis nombreux de Riparia, qu'il a sélectionnés petit à petit et qui lui ont donné quelques beaux types.
En 1892, il a fait des semis de Berlandieris et il a obtenu deux variétés qui semblent devoir être intéressantes. Elles sont vigoureuses et, paraît-il, reprennent bien de boutures. Si cela était ce serait une véritable découverte qui aurait été faite par cet intelligent vigneron.
A l'heure actuelle, M. Berthault-Lepage possède sur la commune de Chanceaux-sur-Choisille 1,80 ha de vignes greffées d'un an à cinq ans ; malheureusement ce petit vignoble est divisé en plusieurs parcelles assez distantes les unes des autres.
La tenue du vignoble est excellente ; tous les ans, il est fait deux façons à la charrue, quatre à l'extirpateur et trois ou quatre binages, suivant les années. L'installation vinaire es bonne et bien comprise.
Les efforts de M. Berthault ont été jusqu'à ce jour bien récompensées ; il a toujours eu des récoltes qui l'ont indemnisé de son dur labeur. La Commission, appréciant l'effort continu du concurrent, lui accorde le 6e prix et un rappel de médaille d'argent.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 42
RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. GUIMIER-RACAULT, propriétaire à Saint-Etienne-de-Chigny
Le vignoble de M. Guimier de compose de différentes parcelles formant un total d'un peu plus d'un hectare, disséminés dans des terrains de natures très différentes. Un même cépage n'aurait certainement pas convenu à ces terres dissemblables. C'est ce qu'a compris M. Guimier-Racault, qui est de ces vignerons laborieux et intelligents qu'on a plaisir à rencontrer sur son chemin. Une de ses pièces de vignes située en terrain tuffeux et calcaire, dosant 30 % de carbonate de chaux, a été après défoncement à bras à 0,40 m de profondeur, planté en Rupestris Monticola et Aramon Rupestris Ganzin n°1.
Le parcelles non calcaires, caillouteuses, ont reçu des Rupestris Martin, des Riparias Gloire, etc.
En terre humide, nous avons vu quelques Solonis qui se trouvent bien. La plupart des parcelles, à part celles qui se trouvent sur l'affrontage du Rocher, sont non calcaires, formées d'argile blanche dite de Sainte-Maure.
Les vignes du concurrent ont d'un à quatre ans. Elles ont été plantées après défoncement à bras d'une profondeur de 0,40 m à 0,50 m avec des greffes faites à la main. Un essai de plantation avec des greffes stratifiées, mais non racinées, sans passage préalable à la pépinière, a donné un excellent résultat.
Mais ce procédé n'est pratique que pour un propriétaire qui n'a qu'une petite plantation à faire.
M. Guimier, qui a eu jusqu'à ce jour des résultats encourageants, a fait cette année 10 000 greffes qui sont bien réussies et qui promettent.
Nous avons vu peu de fruits dans les vignes, la gelée ayant également ravagé cette contrée. Nous avons constaté que quelques Rupestris Martin plantés près des Riparias se montraient plus beaux que ces derniers et avaient un peu de fruits alors que les Riparias greffés n'en avaient pour ainsi dire point.
Des Jacquez greffés dans le même endroit étaient chlorosés et demanderaient à être badigeonnés au sulfate de fer.
La Commission, appréciant l'intelligence de M. Guimier, lui décerne le 5e prix : une médaille d'argent grand module de la Société des Agriculteurs de France.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 42-43
RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. BÉRY, propriétaire à Fleuray par Limeray
M. Béry possède autour d'une petite maison d'habitation un vignoble for intéressant et surtout bien compris.
Attenants à la maison, il a un cellier et une cave aménagés, d'une façon pratique et intelligente. Au fur et à mesure que ses vignes françaises l'abandonnent, M. Béry, défonce la plante. A l'heure actuelle, il possède 2,80 ha de vignes reconstituées. Le travail de réfection du vignoble, commencé en 1892, se continue petit à petit. Les cépages employés sont : le Pinot Blanc de la Loire, le Groslot, le Côt, la Bourgogne, la Folle Blanche, le Précoce de Malingre et le Pinot Rouge. Le tout est greffé sur Riparias Gloire. La plus grosse partie du bois américain provient de la propriété. Ces bois sont bien sélectionnés et poussent d'une façon vigoureuse.
Des greffes faites sur place ont été bien réussies. Mais de quels soins minutieux ces greffes sont-elles entourées. Mme Béry, qui s'intéresse puissamment au travail de son mari, passe chaque jour dans les rangs arrachant gourmands, pinçant les Riparias don la greffe a réussi et entourant, en un mot, de soins minutieux ces plantes qui sont ses élèves.
Les soins culturaux sont excellents, les sulfatages et soufrages sont bien faits.
La pépinière de greffes sur table a fort bon aspect. Les sevrages ont été faits à temps et le tout est en bon état.
La Commission accorde à M. Béry le 4e prix de la petite Culture : une médaille d'argent grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.
 
p. 43-45
RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. BEDOUET, à Luynes
M. Bedouet a créé à Luynes un joli petit vignoble en terrains argileux et argilo-calcaire.
L'œuvre de reconstitution a été commencée il y a sept ans [1890]. On a débuté par faire les plantations sans défoncement, en creusant simplement des aujoux.
Mais on n'a pas tardé à s'apercevoir que ce mode de plantation était défectueux ; aussi ne plante-t-on maintenant qu'après un défoncement sérieux.
Les porte-greffes employés sont : les Riparias Gloire de Touraine, l'Aramon Rupestris Ganzin n°1, l'Aramon Rupestris Ganzin n°2 et le Rupestris Monticola. M. Bedouet est puissamment aidé dans son œuvre par son fils, dans lequel il a un précieux auxiliaire.
Ici, comme dans beaucoup d'endroits, on a eu le malheur de geler. Mais au lieu d'abandonner leurs vignes, MM. Bedouet père et fils ont redoublé de soins. Ils ont commencé par retailler et n'ont ménagé, par la suite, ni les binages, ni les sulfatages. Aussi la Commission a-t-elle pu constater avec plaisir que, dans les Bourgognes et les Groslots qui avaient été les plus détériorés, il y avait pour l'année prochaine une taille superbe et, ce qui ne gâte rien, pas mal de vendange, surtout dans les Bourgognes qui ont bien repiqué.
Le Groslot et les Bourgognes ne sont pas les deux seuls cépages employés. Le concurrent a également fait planter des Pinots de la Loire, des Côts, des Gamays et des Bretons.
M. Bedouet préfère dans les terrains non calcaires ou faiblement calcaires le Riparia au Rupestris, auquel il reproche d'être un peu coulard. Dans les terrains un peu plus calcaires, il met du Rupestris, du Loth [Rupestris du Lot]  et de l'Aramon Rupestris Ganzin n°1. Ce dernier se comporte mieux dans les terrains très calcaires. C'est ainsi que, dans une pièce de terre ayant 70 % de carbonate de chaux, les Rupestris Moniticola se chlorosent et meurent à la troisième feuille. On les a remplacés cette année par des Aramon Rupestris Granzin n°1, qui font jusqu'à présent bonne figure.
Les deux modes de greffage, sur place et sur table, ont été indifféremment employés, tous deux ont donné d'excellents résultats.
Le vignoble proprement dit a une étendue de 1,16 ha, qui se décompose ainsi :
Vignes de 6 ans... 0,12 ha
Vignes de 5 ans... 0,12 ha
Vignes de 4 ans... 0,30 ha
Vignes de 3 ans... 0,45 ha
Moins de 3 ans... 0,17 ha
Total... 1,16 ha
M. Bedouet a une pépinière de pieds mères de 1,42 ha. Elle est plantée en Riparia Gloire de Touraine, Armon Rupestris Ganzin n°1 et n°2 et Rupestris Monticola. Les plus vieilles souches ont six ans, et les plus jeunes deux ans.
A côté de l'exploitation des bois américains, M. Bedouet a voulu se créer une autre source de revenus : celle de la vente des greffes. Il en a fait cette année 175 000, plus 100 000 racinés.
La pépinière est bien réussie, les soins culturaux donnés à temps et avec tout l'attention nécessaire.
Notons en passant, que cette année le concurrent a employé deux modes de stratification ; la stratification dans la mousse sans ligature et la stratification dans le sable.
L'une et l'autre ont bien réussi ; mais cette dernière paraît être de beaucoup supérieure, car, d'une façon générale, les greffes provenant de la stratification dans le sable sont plus belles.
La Commission, appréciant le haut mérite de l'intelligent vigneron qu'est M. Bedouet, lui accorde le 3e prix : une médaille d'argent offerte par le Ministère de l'Agriculture.

1897


Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 45-47

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. AUGUSTE QUENEAU, à Rilly
M. Queneau possède un des vignobles les plus intéressants du département au point de vue de l''étude de l'adaptation des plants aux terrains calcaires. Tous les meilleurs hybrides connus y sont à l'essai et on commence déjà à pouvoir reconnaître ceux qui sont appelés à rendre de réels services.
La commune de Rilly, qui avait naguère des vignoble prospères, a été cruellement atteinte par le phylloxéra, et, sans M. Queneau, il n'y aurait plus à l'heure actuelle sur cette commune le moindre vestige des vignobles d'autrefois. L'on hésite à replanter, à juste raison, car les terrains y sont calcaires, très calcaires même. Le dosage du terrain accuse en maints endroits de 25 à 70 % de carbonate de chaux.
M. Queneau est un chercheur opiniâtre et les habitants de sa commune trouveront chez lui des renseignements précieux qui les aideront énormément dans l'œuvre de reconstitution. 
Il a créé dans la partie la plus calcaire de son vignoble de véritables champs d'expériences, où sont placés les porte-greffes les plus connus. Le premier de ces champs d'expériences est situé aux Grandières, où il y a de 35 % à 60 % de carbonate de chaux.
Les premiers essais de plantation remontent à 1895. Huit rangs ont été plantés :
Le premier, en Gamay Couderc ;
Le deuxième en Aramon Rupestris n° 1 ;
Le troisième, en Taylor de Narbonne ;
Le quatrième, en Canada Rupestris ;
Le cinquième, en Riparia Rupestris 3306 et 3309 ;
Le sixième, en Mourvèdre Rupestris 1202 ;
Le septième, en 601 Bourisquou Rupestris ;
Le huitième, en 603 Bourisquou Rupestris ;
Les deux derniers rangs sont morts de chlorose. En 1895, quatre nouveaux rangs ont été replantés.
Un premier, en Berlandiri Alazard n°s 1a, 2a, et 3 ; 41B non greffé et folle greffée sur 41B Belandieri Rességuier n° 1 ;
Un second, en Rupestris Martin ; 108 16 (Rupestris Riparia) ; 333 (Cabernet Berlandieri) :
Un troisième rang, en Rupestris Monticola non greffé ;
Un quatrième rang, en Folle sur Monticola.
La moitié des greffes de ce rang ont été badigeonnées au sulfate de fer et sont vertes. Celles qui n'ont pas été traitées meurent de la chlorose, comme d'ailleurs les Rupestris Martin, qui n'y sont pas à leur place.
Le champ d'expériences de Grandières s'est accru de nouvelles plantations en 1896 et 1897. Trente-sept nouveaux rangs ont été plantés de toutes sortes de cépages : Berlandieris de différentres provenances ; Riparia Rupestris ; Taylor de Narbonne, etc.
Mais ces plantations sont encore un peu jeunes pour pouvoir en tirer des conclusions. Parmi les plus beaux jusqu'à ce jour, il est bon de citer par ordre de mérite le 1202 Mourvèdre Rupestris, le 41B Chasselas Berlandieri, le Berlandieri Moniticola, le Seibel, l'Aramon Rupestris Ganzin. Le 1202 est le seul qui, sans badigeonnage, n'ai pas jauni cette année.
Ce champ d'expériences est d'autant plus intéressant qu'on suit de plus près les sujets qui le composent et qu'ils ont tous les ans une note de résistance. Cette note varie de 0 à 20. Le n° 1202, qui jusqu'à ce jour tient la corde, a la note 19 ; l'Aramon Rupestris Ganzin n°1 n'a que 14.
Aux Davières, où M. Queneau a un autre champ d'expériences moins calcaire que le précédent, des Cinéréas et de Cordifolias obtenus de semis, plantés en 1890, sont morts de Chlorose. La proportion de calcaire est 20 à 45 %. Les autres plantations remontent à 1892-1893. Les plus beaux parmi les hybrides sont le 3306, le 3309 et le 1202, qui, à la cinquième feuille, sont réellement remarquables.
Les Aramon Rupestris Ganzin n° 1 sont assez beaux et surpassent les Rupestris Monticola. Nous remarquons également quelques 101 14 qui jaunissent un peu côté du 108, qui paraît plus vigoureux.
Les Bourisquou Rupestris , qui la première année font piètre figure, reprennent ensuite le dessus. Mais ils sont inférieurs aux précédents. Dans une portion du champ d'expériences des Davières, où il y a 20 % de calcaire, le Riparia Gloire de Touraine est de toute beauté.
Les Berlandieri, qui ont été plantés un peu partout, font triste figure et se chlorosent fortement alors que d'autres plants restent plein de vigueur.
Malheureusement, on ne peut juger, cette année, de la fructification de ces différentes espèces, cette portion de la propriété ayant entièrement gelé.
M. Queneau plante à 1,60 m entre les rangs et à 1,20 m sur le rang.
En dehors de ses champs d'expériences, le concurrent possède au lieu dit la Moulin-à-Vent et au château vert de fort jolies vignes en terrains argileux non calcaires. La totalité du vignoble comprend 3 ha, dont 2,80 ha en rapport.
Il a débuté par planter aux Jouteux, en 1889, des racinés de Riparia Gloire. La plantation a été faite en aujoux. Le greffage fait en 1890 a assez bien réussi. Aujourd'hui, ce mode de plantation est abandonné et la greffe Cadillac est remplacée par la greffe anglaise, les greffes sur place ayant eu l'inconvénient de laisser très longtemps des brèches qu'il est difficile de faire disparaître.
Tous les soins culturaux sont donnés à temps et à heure. Les sulfatages et soufrages sont bien faits.
Cette année, comme toutes les années humides, on a virolé. Cette pratique excellente a toujours donné de bons résultats. Nous avons pu en apprécier les effets sur les quelques grappes que la gelée avait épargnées.
Les fumures consistent en terreaux composés de raclures de routes additionnées de scories et en engrais chimiques.
La formule employée est la suivante pour 1 ha :
Superphosphate à 16 %... 4 000 kg
Sulfate de potasse... 200 kg
Plâtre dans les terrains non calcaires... 400 kg
Nitrate de Soude... 150 kg
Appréciant le haut mérite di viticulteur de Rilly, la Commission lui adresse ses vives félicitations et lui accorde le 2e prix de la petite culture : une médaille de vermeil grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 83-84

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
PETITE CULTURE
M. MONJALLON, Rochecorbon
M. Monjallon possède à Rochecorbon un vignoble d'environ 3 ha, situé à Rochecorbon, dans une contée où jusqu'à présent on n'a tenté aucun effort ni pour maintenir les vignes françaises mourantes ni pour replanter en cépages américains.
Tout autour on ne voit que des vignes phylloxérées, qu'on n'arrache pas mais qu'on laisse en friches, pleines de chiendent et de chardons. Les vignes de M. Monjallon apparaissent au milieu de ce désolant spectacle comme une oasis dans le désert.
Là la gelée n'a pas fait les ravages que nous avons eu à enregistrer un peu partout. Aussi voyons-nous dans ces vignes si bien soignées une fructification et une végétation que nous n'avons retrouvées nulle part ailleurs. Les plus vieilles vignes ont six ans, les plus jeunes trois ans.
C'est donc un vignoble en plein rapport que la Commission a eu à juger. Il serait à souhaiter que les concurrents ne présentent à l'avenir que des vignobles dont au moins la moitié serait en pleine production. C'est à cette seule condition que les visites peuvent avoir un réel intérêt.
On peut dire que la tenue des vignes de M. Monjallon est absolument exemplaire, absolument irréprochable. Il est à regrette qu'un si bel exemple n'ait pas encore été suivi par les vignerons d'alentour, qui ont pourtant sous les yeux un beau modèle à suivre.
M. Monjallon a un dévoué et intelligent collaborateur dans la personne de M. Louis Taschereau, qui est à son service depuis une vingtaine d'années. C'est ce dernier qui s'occupe de tous les détails de plantation et de culture, et cela avec une compétence rare.
La végétation du vignoble est fort belle. Le mildiou ni l'oïdium n'ont eu aucune prise sur lui. Il a été fait 4 sulfatages et 3 soufrages. - Quelques raisins ont été grillés par le soufre, mais le dommage a été presque nul.
Les plants employés sont surtout le gros et le menu pinot sur Riparia Gloire.
Nous avons trouvé également là des pinots chardonnets égarés parmi les pinots de la Loire et qui donnent des vins d'un bouquet très agréable et d'une bonne finesse.
Grâce à des soins intelligents, quelques vignes françaises ont pu être conservées en bon état de production.
L'installation vinaire est bien comprise et elle est très suffisante pour l'exploitation. Elle se compose d'une cuve en ciment pouvant contenir 40 pièces et de 2 pressoirs à maie en bois.
La Commission félicite chaudement M. Monjallon de son intelligente initiative et lui accorde le premier prix de la petite culture, une médaille d'or de 100 francs ; à son dévoué collaborateur, M. Louis Taschereau, une médaille d'argent grand module et une somme de 50 francs.
Il n'est fait de vin rouge que le nécessaire pour la consommation de la maison. Comme rouge, on a planté du Groslot, du Portugais bleu et des Gamay.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.
p. 84-85

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
GRANDE CULTURE
Mme DELAIRE, à Saint-Avertin.
Le vignoble de Mme Delaire comprend 2,40 ha de vignes greffées sur Riparia et 0,66 ha de vignes françaises.
La première pièce que nous traversons a été gelée deux fois. Le mildiou, qui s'est abattu sur ce malheureux vignoble avec une rapidité effrayante y a fait des ravages terribles, malgré 5 sulfatages faits à la bouillie bordelaise de Pons à 2 %. Nous voyons des taches de mildiou toutes fraîches sur de feuilles couvertes de sulfate.
Peut-être a-t-on tardé à faire les premiers traitements. Les côts ont particulièrement souffert.
Il est regrettable que l'on n'ait pas retaillé après les gelées. Les pousses auraient été plus belles, et l'on aurait eu pour l'année prochaine une meilleure taille.
La végétation est médiocre même dans les vignes de quatre ans ; çà et là se présentent des brèches provenant de ceps qui n'ont pas bien réussi.
La plantation a été faite après un défonçage à bras suffisant. Il est regrettable que l'on n'ait pas partout fumé en faisant ces premières plantations ; on aurait très probablement eu une vigueur beaucoup plus grande dans l'ensemble du vignoble. Les parties qui ont été fumées poussent beaucoup mieux.
Les plants nobles, qui sont en assez grande quantité, n'ont pas tant souffert de la gelée, aussi sont-ils beaucoup plus beaux que les côts.
Les vignes les plus âgées ont six ans. On peut difficilement juger de la valeur du vignoble après les gelées successives qu'il a eu à essuyer.
Les premières greffes plantées ont été achetées chez MM. Delahaye et Dallières, actuellement elles se font à la propriété. Mme Delaire a cette année une pépinière qui permet de donner de beaux sujets pour la plantation d'automne.
L'installation vinaire est très complète. Elle comprend trois cuves de bois tirant 30 pièces, 16 pièces et 6 pièces, et un pressoir système Mabille.
Près de la cuverie se trouve un cellier très vaste et très aéré pour tenir plus de cent barriques sans être gerbées.
La Commission appréciant l'effort fait par Mme Delaire, lui accorde le 5e prix de Grande Culture, une médaille d'argent offerte par la Société d'Encouragement à l'Agriculture.
A son collaborateur Griveau, est décernée une médaille de bronze offerte par la même société et une somme de 25 francs.
 

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898

p. 85-86

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
GRANDE CULTURE
M. BIÉMONT  à Gizeux
Le vignoble de M. Biémont a une étendue de 4,53 ha de vignes françaises de 6 à 7 ans plantées dans un terrain sablonneux mélangé d'un peu d'argile.
La presque totalité est en Groslot, le reste en Gamay.
Les rangs ont 2 m de large, et les ceps sont plantés à 0,80 m sur le rang. Quand les vignes françaises fléchiront, M. Biémont à l'intention de faire un aujou entre les rangs et de planter en racinés greffés, afin de n'avoir pas d'interruption de récolte.
On s'est bien trouvé d'avoir retaillé après la gelée du 13 mai, et nous voyons dans les Groslots et les Gamay beaucoup de revenus. Quelques ceps, qui ont échappé à la gelée, sont couverts de fruits. Partout la végétation est belle et la taille promet d'être excellente. L'ensemble du vignoble a un bel aspect, il a été planté d'une façon fort intelligente. Des chemins larges permettent de desservir facilement le vignoble. Au centre se trouve la cuverie et le cellier, aménagés d'une façon fort pratique. La cuverie est composée d'un vaste hangard dans lequel sont installées 3 cuves, une pouvant contenir 50 barriques de 250 litres, une autre de 30 barriques enfin une de 26 barriques.
On passe la vendange dans le fouloir avant de la mettre à la cuve. La cuvaison se fait en vase clos ; les cuves sont fermées par un couvercle dont les joints sont bouchés avec du plâtre. Un siphon permet le dégagement de l'acide carbonique.
Un pressoir Mabille à maie en bois transportable et une pompe à vin complètent l'installation vinaire.
Le cellier se trouve en-dessous de la cuverie. Pour remonter les barriques pleines on a installé un palan différentiel qui rend l'opération très facile.
La Commission décerne à M. Biémont pour son excellente installation vinaire et la bonne tenue de son vignoble le 4e prix, une médaille d'argent offerte par le Ministère de l’Agriculture. Une médaille de bronze grand module à M. Moulinet David son chef vigneron, et une somme de 30 francs.

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898

p. 86-87

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897 (Suite)
GRANDE CULTURE
M. BONNIGAL, à Saint-Martin-le-Beau
M. Bonnigal a un vignoble qui comprend 2,90 ha de vignes de 2 à 6 ans, de 0,66 ha de vignes greffées sur place, enfin de 0,60 ha de vignes greffes plantées dans l'année. En tout 4,16 ha de vignes reconstituées, plus 2 ha de pieds-mères.
Nous visitons d'abord une pépinière de pieds-mères d'environ 0,50 ha, plantée en Riparia-Rupestris. On a laissé 2 mètres entre les rangs et &,50 m sur le rang.
L'espace laissé libre a été utilisé par une plantation de racinés de Riparia Gloire et de Rupestris Monticola. Il est à regretter que M. Bonnigal ait planté ces Riparis-Rupestris sans les bien connaître et sans s'assurer au préalable de leur valeur. La culture est assez bonne.
Nous passons ensuite dans une pièce de vigne de 0,35 ha. Le terrain est perucheux très caillouteux. Un rang de gros pinots sur Aramon-Rupestris-Ganzin n°1 ; 5 rangs sur Rupestris Monticola, les autres sur Riparia, quelques-uns sur Viala.
Le tout a 3 et 4 ans. La végétation en est moyenne, la fructification médiocre.
Peu de différences entre les différents plants, qu'ils soient sur Riparia ou Rupestris. Si ce n'est l'Aramon-Ruespestris-Ganzin n°1 qui semblerait être moins fructifère. Mais il est difficile de porter un jugement sérieux, les vignes ayant considérablement souffert de la gelée.
Les autres pièces que nous traversons diffèrent peu de la première. Les précoces Malingre que nous trouvons çà et là se montrent toujours moins fructifères que les gros pinots. Comme cépages rouges, M. Bonnigal a des Côts, des Gamays, des Groslots, des Cabernets, des Castets et des Merlots.
L'ensemble du vignoble de M. Bonnigal se présente très bien ; malgré un défaut de végétation que des fumures appropriées feraient disparaître facilement.
Les pépinières de pieds-mères sont belles et très sélectionnées.
En dehors du vignoble que nous avons visité, le concurrent possède une importante pépinière de greffes. Il a en outre planté à moitié fruit un vignoble sur la commune de Sargé.
La Commission appréciant le mérite de ce courageux viticulteur décerne à M. Bonnigal le 3e prix de la Grande Culture une médaille de vermeil offerte par la Société nationale d'encouragement à l'Agriculture. A son collaborateur Prioux Jules, une médaille de bronze du Ministère de l'agriculture et une somme de 30 francs.
 

 

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 87-89

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897
GRANDE CULTURE
Vignoble de M. PENET-VILLERONDE, à Ingrandes
Le vignoble de M. Penet-Villeronde est situé sur ls premiers contreforts d'un coteau à 500 m du petit bourg d'Ingrandes. La composition du sol est assez variable ; tantôt on trouve du calcaire rocheux, tantôt des graviers et des sables légèrement calcaires. Le tout est divisé en plusieurs parcelles placées, d'ailleurs, aux alentours de la maison d'habitation. L'étendue totale est de 8,65 ha, comprenant :
7 ha de Bretons ;
1 ha de Groslots ;
0,3 ha de Bretons, greffés sur Riparia ;
0,35 ha de Groslots et Gamay, greffés sur Riparia.
La partie du vignoble reconstituée n'offre pas encore un très grand intérêt. Les plantations étant trop récentes, le vignoble bien tenu de la Golotière n'a eu que peu à souffrir des attaques du phylloxéra. Aussi n'est-ce que l'année dernière que M. Penet a commencé à planter en greffes d'une façon sérieuse. Dès 1893, M. Penet avait commencé à planter cà-et-là à l'emplacement des ceps morts des racinés de Riparia et de Solonis, qui sont très bien venus. Aussi est-ce en connaissance de cause que l'habile viticulteur d'Ingrandes s'est lancé dans la voie de la reconstitution. Les plants employés à l'heure actuelle sont le Ripara Gloire et le Rupestris Monticola ; 11 000 greffes faites à la maison cette année vont permettre de boucher les brèches faites en certains endroits par le phylloxéra. On a également essayé quelques hybrides. Nous avons trouvé entre autres quelques Bourisquous ayant fort bonne mine. Malgré la gelée dont ils ont eu à souffrir, is avaient encore passablement de raisins. A citer également quelques Gamay Couderc se présentant bien. Les ceps sont plantés à 2 m entre les rangs et 1 m dans les rangs. Là où on a constaté un fléchissement sensible de la vigne française, on a planté dans l'intervalle des plants greffés sur Riparia. De cette façon on ‘n’aura pas d'interruption dans les récoltes. L'aujou creusé à cet effet avait 60 cm de large et 50 cm de profondeur. Le tout bien fumé a donné un excellent résultat.
Presque toutes les vignes que possède actuellement M. Penet ont été plantées par lui. Au début, il y a de cela une quinzaine d'années, il n'en avait à peine 4 ha.
C'est donc petit à petit et par des plantations successives qu'il est arrivé à constituer un beau vignoble que nous avons parcouru avec beaucoup d'intérêt.
Les vignes sont conduites sur fil de fer d'après un système en usage dans la contrée. Les souches sont relativement élevées. La taille adoptée est celle du pays qui consiste à laisser deux verges un peu courtes. On a fait des essais intéressants au point de vue de la taille dans une partie du vignoble plantée en Bretons, en laissant une verge longue avec cot de retour. Les fumures sont faites tous les deux ans, tantôt avec des ajoncs et des bruyères, tantôt avec des engrais chimiques, enfin avec des fumiers. Cette dernière fumure est employée 1 fois sur 3.
La formule adoptée lorsque l'on emploie les engrais chimiques est la suivante, pour 1 ha :
600 kg de superphosphate d'os ;
300 kg de chlorure de potasse ;
200 kg de nitrate ;
400 kg de plâtre.
Aussi les récoltes sont-elles généralement très rémunératrices. On a obtenu en grande moyenne jusqu'à ce jour dix barriques à 1 hectare d'un vi toujours excellent.
Cette année encore, malgré quelques déboires dus à la gelée et aux invasions cryptogamiques la récolte sera encore passable. Les sulfatages n'ont pas été partout suffisants malgré la dose relativement élevée de sulfate employé : 3,5 kg pour 100 l d'eau. Il aurait, à notre avis, été préférable de faire un sulfatage de plus, tout en employant un peu moins de sulfate. La dépense serait restée sensiblement la même et le résultat aurait été meilleur, 4 soufrages ont été insuffisants à préserver complètement le vignoble de l'oïdium.
Nous avons constaté en plusieurs endroits du Roth brun.
A citer quelques Jurançons qui donnent toujours d'une façon abondante. Chaque année on retire d'une petite pièce de 6 ares [0,06 ha], 4 barriques de vin. Cette fois encore, malgré la gelée, qui leur a fait grand mal, il a repoussé une quantité de raisins bien venus.
L'ensemble du vignoble est très beau, la végétation est luxuriante, la fructification suffisante pour l'année. Toutes les façons culturales sont faites d'une manière irréprochable. D'un seul coup d'œil en arrivant à la Garandière, on peut voir que l'on a affaire à un viticulteur consommé et à un habile praticien.
L'installation vinaire est suffisante et bien appropriée aux besoins du vignoble.
Elle comprend : deux cuves en bois et deux cuves en pierre pouvant contenir ensemble 300 hl de vin, plus un pressoir système Dorale. Les caves sont vastes et, par leur fraîcheur et leur aménagement, doivent fortement contribuer à la qualité et à la conservation des excellents produits de la Golotière.
La Commission adresse à M. Penet ses sincères félicitations sur la façon remarquable dont il conduit son entreprise et lui décerne le 2e prix de la Grande Culture, une médaille de Vermeil offerte par le Ministre de l'Agriculture.
 

1897

Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire, Tome LXXVIII, 1898
par CH. VAVASSEUR.

p. 100-102

RAPPORT SUR LE CONCOURS DEPARTEMENTAL DE VITICULTURE EN 1897
GRANDE CULTURE
Vignoble de Mme LOISELEUR, à Bourgueil.
Mme Loiseleur, avec une compétence et une énergie rares, a su tirer un admirable parti de la propriété dite du Grand-Clos. Elle en a en cela suivi les traditions de M. Loiseleur qui, en moins de trois années, avait complètement remis sur pied ce vignoble qu'un manque de soins avait légèrement compromis.
En viticulteur consommé elle dirige l'exploitation depuis 1890.
Le Grand-Clos, d'une étendue d'une quinzaine d'hectares, est pittoresquement situé à mi-côte non loin du petit bourg de Bourgueil. Les vignes s'élèvent en pente douce jusqu'à l'habitation. Nous avons rarement rencontré sur notre parcours une exploitation mieux dirigée. Grâce à des soins multiples et à des fumures appropriées, le vignoble, presque entièrement constitué de vignes françaises, a pu être conservé jusqu'à ce jour en pleine production. Le phylloxéra ne s'y est pas encore établi en maître.
Mais l'ennemi est déjà dans la place, i s'est manifesté sur un point ou deux. Aussi se tient-on en défiance sur son apparition plus ou moins prochaine, et on a déjà fait quelques essais de replantation en plants américains qui ont donné de bons résultats. Les premiers essais sont encourageants et ne peuvent que l'engager à persévérer dans cette voie. C'est d'ailleurs ce que l'on l'intention de faire, somme toute, jusqu'à présent. Maintenant on peut considérer l'ensemble comme indemne. Les pousses sont extrêmement vigoureuses, presque trop, car nous remarquons un peu de milleraudage [millerandage].
Les soins culturaux, labours, hersages et binages ne laissent rien à désirer. Les sulfatages et les soufrages ont été bien faits.
Malgré cela nous avons constaté çà et là quelques taches de Roth brun, quelques ceps ont été légèrement atteints par l'oïdium. Un soufrage supplémentaire les aurait probablement entièrement préservés. Les traitements au sulfate de cuivre sont faits les premiers, à la dose de 2 kg pour 100 l d'eau, et les autres à 2,5 kg. Nous avons également remarqué que dans les grappes bien fournies il y avait un commencement de pourriture ; la pourriture grise qui a dû faire quelques ravages. Mme Loiseleur emplie pour ses soufrages le soufre sublimé dont elle est très satisfaite.
Le Breton qui forme la base du vignoble de Bourgueil, a une résistance beaucoup plus grande que les autres au mildiou et la pourriture grise ; seul l'oïdium paraît lui être particulièrement funeste.
La conduite des vignes est à peu près la même que chez M. Penet et elles sont traitées, quant à la taille d'après le système Guyot. Les ceps ont 2 m entre les rangs et 1 m sur le rang, 3 fils de fer : le premier à 0,30 m du sol, le deuxième à 0,70 m et le troisième à 1,10 m.
Les terrains sont sableux et très propices à la culture de la vigne. Malgré la mauvaise année, la fructification est assez abondante. D'ailleurs Mme Loiseleur a été jusqu'à présent bien indemnisée de ses peines. Elle a eu comme production moyenne depuis 1890, bon an, mal an, 180 pièces de vin, ce qui, étant donné la qualité des vins, représente un produit rémunérateur.
En 1890..... 150 barriques
En 1891..... 130 barriques
En 1892.....   50 barriques (fortes gelées)
En 1893..... 325 barriques
En 1894..... 172 barriques
En 1895..... 166 barriques
En 1896..... 260 barriques
Il est fait tous les ans une sélection rigoureuse parmi les plants. Tous ceps qui laissentà désirer sont marqués en blanc et remplacés dans l'année par un provin. Les douteux sont marqués d'une couleur bleue et sont mis en observation.
Quant à l'installation vinaire elle es bonne et répond à la tenue parfaite du vignoble. Elle comporte 7 cuves en bois pouvant contenir en moyenne 28 pièces de 220 litres et deux pressoirs dont un Mabille.
On a le soi, d'égrapper la vendange sur des claies et on la passe dans un fouloir avant de la mettre dans les cuves.
En résumé, le Grand-Clos par sa tenue, par sa situation et par l'excellence de ses produits est appelé à occuper et occupe un des meilleures places dans notre vignoble tourangeau.
La Commission, estimant qu'elle avait en Mme Loiseleur le lauréat le plus méritant, lui décerne le premier prix du Concours : Un objet d'Art d'une valeur de 400 francs. A son collaborateur et chef de culture, M. Rouer, depuis onze ans à son service, elle donne une médaille d'argent offerte par la Société et une somme de 60 francs.

1899


Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE

p. 37-39
La Commission chargée de visiter les vignobles classés en grande culture, était composée de M. Labatut, propriétaire viticulteur à Mettray, président de la Commission ; Auguste Chauvigné, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture, et Laffond Joseph, propriétaire viticulteur à Saint-Branchs, lequel est chargé par ses collègues de faire le rapport relatant les travaux de la Commission.
Nos premières paroles seront pour remercier les membres du Bureau de la Société d'agriculture lesquels ont bien voulu nous confier la tâche difficile, et délicate, de décerner les récompenses aux candidats viticulteurs du département d'Indre-et-Loire. Nous pouvons affirmer que, à défaut d'autres mérites, nous y avons apporté toute notre conscience.
Par suite d'un grand nombre de candidats, et pour arriver à un classement de toute équité, la Commission décida de diviser les concurrents en trois catégories :
1° Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution est en rapport depuis 4 ans au moins ;
2° Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution n'est pas encore en rapport ;
3° Et enfin, vignobles dont la plus grande étendue est plantée en vignes françaises.
Nous avons la satisfaction de vous dire que nous avons trouvé chez le plus grand nombre des concurrents, des viticulteurs de réelle valeur et excessivement méritants.
Ayant parcouru le département en tous sens, nous avons constaté que partout la reconstitution marche à grands pas, et que le temps est peu éloigné où notre vignoble aura reconquis la surface qu'il occupait avant l'invasion phylloxérique.
Le mildiou n'a fait cette année que de très rares apparitions ; la sécheresse persistante qui vient de s'écouler était peu propice à sa propagation, et il faut dire, à la louange de nos viticulteurs, que les traitements préventifs avaient été faits en temps opportun.
Par contre nous avons une véritable invasion d'oïdium, mais celle-ci combattue à temps, n'a laissé que des traces insignifiantes, à part quelques vignobles qui n'ont pas reçu à temps les traitements nécessaires.
La récolte sera bonne dans les vignes reconstituées de quatre ans et au-dessus, à part le Côt dont les pousses trop vigoureuses ont occasionné la coulure ; heureux cependant ceux qui ont eu recours à l'incision annulaire, ils ont bien gagné leur temps.
La Commission a trouvé, chez les meilleurs viticulteurs, des partisans et adversaires du rognage de la vigne. Nous ne pouvons mieux faire en cette occurrence que de rapporter ici l'avis d'un distingué professeur d'agriculture qui a quitté notre département, il y a seulement quelques années.
Il disait : "Un vignoble non rogné, ou rogné légèrement, laissant ses pampres en tous sens, tout en étant moins séduisant à l'œil, est supérieur à celui trop radicalement taillé et où pas une feuille dépasse l'autre. C'est en se rapprochant le plus possible de la nature que l'on a le plus de chances de se rapprocher de la vérité."
La Commission a également constaté qu'un certain nombre de viticulteurs cherchaient à introduire dans leur vignoble des cépages étrangers à leur région ; que ceux-ci veuillent bien nous permettre de les conseiller de ne faire greffer, autant que possible, que des cépages produisant des vins de bonne qualité ; car il n'est pas douteux, continuant la reconstitution de nos vignes comme on le fait aujourd'hui de toutes parts, que tous les vins de cépages communs seront délaissés. Qu'ils choisissent donc chez eux les espèces qui y réussissent le mieux sous tous les rapports, et qu'ils ne fassent d'essais que prudemment et sur de petites surfaces avec ceux qui leur sont inconnus.
La réussite de la reconstitution dépendra du choix des bons cépages qu'ils auront fait, de la bonne méthode de taille et de conduite qu'ils auront adoptée pour leurs vignes, et enfin de l'emploi raisonné des engrais. Tels sont, à notre avis, les principaux éléments qui les conduiront au succès.
Ces constatations faites, la Commission passe au compte rendu de ses travaux, et à la description des propriétés qu'elle a visitées. Viennent en première ligne :
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Première catégorie
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution est en rapport depuis 4 ans au moins

p. 39-40
Premier prix ex-aequo : M. GOISNARD-SUTEAU, à la Métairie, commune de Saint-Patrice, et Mme VINCENDEAU, à Pocé.
M. GOISNARD-SUTEAU, à la Métairie, commune de Saint-Patrice
M. Goisnard possède en plusieurs parcelles environ 6 ha de vignes, partie française et partie reconstitution. Les principaux cépages sont : Groslot, Gamay-Teinturier, Breton et Pineau de la Loire.
Les terrains attenant à la maison d'habitation, autrefois marécageux et très inégaux avaient été nivelés pour faire la culture du chanvre, mais celle-ci étant devenue peu rémunératrice, M. Goisnard les planta en vignes. Il eut à subir la critique de ses voisins qui ne croyaient pas à la possibilité de pouvoir y planter le précieux arbuste mais bientôt force fut de s'incliner devant les résultats obtenus : on ne blâma plus et l'on suivit l'exemple donné.
Dans la vallée les porte-greffes employés sont le Riparia et le Riparia-Rupestris 3306, et sur les coteaux, le Ruspestris-Monticola et le Riparia-Rupestris 3309.
Les vignes sont conduites sur fil de fer, les rangs espacés à 1,50 m. Tous les travaux sont absolument merveilleux, partout une propreté extraordinaire et rien qui ne puisse permettre aucune critique.
Il a été fait trois sulfatages et trois soufrages. La récolte sera de 35 à 40 pièces à l'hectare. 
Il est semé tous les ans à l'hectare au moment du premier labour de printemps de 50 à 100 kg de nitrate suivant la végétation, 200 kg de superphosphate d'os, 100 kg de chlorure de potassium et 180 kg de plâtre. L'installation vinaire va subir une transformation, la cave qui est située dans le roc peut facilement contenir 250 barriques de vin, c'est M. Goisnard père qui en a fait à lui seul la plus grande partie. Dans les journées d'hiver et en attendant l'heure du déjeuner du matin, il venait, nous dit-il, piocher le roc ; cela lui servait d'apéritif. Comme celui-ci ne dilate pas l'estomac nous le recommandons aux viticulteurs tourangeaux.
M. Goisnard est bien secondé dans ses travaux par ses deux fils qui sont pour lui non seulement de précieux auxiliaires, mais encore d'excellents collaborateurs. A chacun sa part est réservée pour les travaux du vignoble ; en un mot c'est une famille modèle où règne l'union et la concorde et d'où découle par la suite la vie heureuse du foyer.
Aussi la Commission voulant les récompenser suivant leur mérite, décerne-t-elle à M. Goisnard père sa médaille d'or de 100 francs et 150 francs en espèce et à ses deux fils chacun une médaille d'argent.

p. 40-41
Mme VINCENDEAU, à Chauffour, par Pocé
Mme Vincendeau possède à Chauffour, commune de Pocé, un vignoble de 7 ha, vignes françaises et reconstitutions remontant à l'année 1894. Les cépages sont : Côt, Groslot, Pineau, Gamay et Gros noir greffés sur Riparia. A la végétation qui est luxuriante s'ajoute une fructification d'au moins 40 pièces à l'hectare.
Le virolage pratiqué sur les Côts depuis 1890 a toujours donné d'excellent résultats, aussi ceux-ci portent-ils les plus beaux fruits et les plus abondants que la Commission ait vus dans son parcours.
Les vignes sont conduites sur fil de fer et le mode de taille est la taille Guyot, simple ou double suivant la végétation.
Le sulfatage et le soufrage sont faits dans la propriété toujours avec le plus grand soin ; aussi ne voit-on aucune trace de maladie.
L'accolage et le rognage sont très bien faits et l'absence d'aucune mauvaise herbe dans le vignoble prouve bien que toutes les façons culturales ont été faites en temps voulu.
Il est semé tous les deux ans des engrais chimiques, 400 kg de potasse à l'hectare. Quoique la végétation du vignoble soit bonne, Mme Vincendeau compléterait avantageusement son engrais en y ajoutant de l'azote, sous forme de corne, sang desséché, ou nitrate.
Tous les bois servant à la reconstitution sont récoltés sur la propriété. Il existe une très belle pépinière de greffes destinée aux plantations futures.
L'installation vinaire est très complète, elle se compose d'un pressoir, cinq cuves en pierre et trois cuves en bois.
Tout le mérite de ce beau vignoble revient à M. Henri Pasqueron, le régisseur qui le dirige avec une rare compétence depuis 1890.
Vu ce bel ensemble de culture, la Commission accorde à l'unanimité à Mme Vincendeau un diplôme d'honneur et à M. Henri Pasqueron, une médaille de Vermeil offerte par le ministre de l'Agriculture et 100 francs en espèces.

p. 41
Deuxième prix : M. RAGUIN, à Saint-Branchs
M. Raguin possède 3,55 ha de vignes, les plus âgées ont neuf ans. Elles sont plantées dans un terrain frais et argileux, convenant admirablement bien au Riparia qui est le porte-greffe employé.
Les cépages sont : Groslots, Gamays, Petit-Bouschet, Gros-Noir et Othello.
Les façons de toutes sortes sont très bien faites. Le rognage est fait avec beaucoup de goût, pas une feuille de dépasse l'autre.
Les vignes conduites sur fil de fer sont taillées à cordons (système dit de Royat). Elles sont d'un grand rendement, la récolte de l'année dernière était, au dire du propriétaire, de 55 barriques à l'hectare.
Comme les vignes sont d'un grand revenu et que le terrain dans lequel elles sont plantées est susceptible à la gelée, le propriétaire n'hésita pas à faire l'acquisition de toiles et d'en couvrir environ 1 ha. Les résultats ont été des plus satisfaisants.
M. Raguin est une propriétaire cultivant très bien, possédant des connaissances viticoles très étendues et très raisonnées et c'est à ces différents titres que la Commission est unanime à lui décerner la médaille de vermeil offerte par la Société des Agriculteurs de France.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Première catégorie
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution est en rapport depuis 4 ans au moins

p. 41-43
Troisième prix : M. ROY Alexandre fermier à la Barbotinière, à Balesme
M. Roy Alexandre a créé dans des terrains qu'il a en location pour une durée de 20 années, un vignoble de 15 ha de vignes greffées. Les porte-greffes employés sont le Riparia, le Jacquez et le Rupestris. Les vignes les plus âgées ont atteint leur neuvième année. Les cépages sont : Groslots, Folle-Blanche, Gamays, Breton, Gros et Menu Pineau et Othello.
Les vignes sont dirigées sur fil de fer et sur charniers. Le mode de taille est la taille Guyot, simple ou double suivant la végétation.
Comme labour, il y a le déchaussage du printemps et le rechaussage d'hiver. Les vignes sont maintenues toute la saison dans un état parfait de guéret au moyen de la houe (système d'Abilly).
La récolte en perspective est très belle et peut-être évaluée de 20 à 25 pièces l'hectare. Cinq cents pieds d'Othello greffés sur Riparia, d'une végétation extraordinaire, donneront certainement de 8 à 10 barriques de vin.
Les Groslots âgé de de sept ans ont de pousses de 3 à 4 m de longueur ; ils ont été virolés, et une partie laissée à titre de témoins qui ne l'a pas été a subi les effets de la coulure.
Le candidat pratique le virolage sitôt l'apparition des premières fleurs, plus tôt ou plus tard, le résultat est bien inférieur.
Une parcelle de vigne âgée de sept ans, plantée sur un terrain dosant 65 % de calcaire fut atteint l'année dernière par la chlorose ; badigeonnée sitôt la taille avec une solution de 30 % de sulfate de fer, elle donna des résultats des plus satisfaisants, la végétation est très bonne, la vigne a repris sa belle nuance verte et la récolte est absolument abondante.
Le candidat est l'adversaire du rognage, toutefois il le pratique d'une façon légère à partir de la sixième ou septième feuille.
Tous les défoncements ont été faits avec une charrue Brabant, attelée de huit bœufs.
La végétation est maintenue par l'apport d'engrais chimiques, semés tous les deux ans à la volée au moment du premier labour de printemps. La formule est la suivante : 100 kg de sang desséché, 100 kg de nitrate, 400 kg de superphosphate 14/16 ; 150 kg carbonate de potasse et 500 kg plâtre demi-cuit. Tous les terrains plantés ayant été analysés, des modifications sont apportées à la formule ci-dessus, en rapport des éléments fertilisants se trouvant dans le sol.
La Commission a trouvé en M. Roy un viticulteur intelligent, qui est d'autant plus méritant qu'il a su créer un beau vignoble, dans des terrains de peu de valeur.
A l'expiration des vingt années de bail, les deux tiers de plus-value donnée aux terrains plantés en vignes, lui seront payés par le propriétaire. Il existe de véritables champs d'expériences, qui seront d'ici quelques années des plus intéressants à visiter.
En résumé, c'est une véritable culture pratique, donnant l'aisance et la richesse et où tout est fait méthodiquement et avec raisonnement.
Pour toutes ces considérations la Commission accorde à M. Roy une médaille d'argent grand module offerte par M. le ministre de l'Agriculture.

p. 43
Quartrième prix : M. BONNIGAL-RICHER de la vallée Chartier, commune de Vouvray
M. Bonnigal-Richer cultive par lui-même aidé d'un domestique et d'hommes de journées un vignoble en plusieurs parcelles d’une contenance de 5 ha ; reconstitué en Gros et Menu Pinots sur Riparia-Gloire. Environ 4 ha sont en rapport, les plus âgé prennent leur huitième feuille.
Ses façons culturales sont excellentes ; l'accolage, sur fil de fer est très bien, le rognage n'a lieu qu'à partir de la quatrième feuille, avant cette époque, les pousses sont couchées sur le fil supérieur dans le but de faire développer le système radiculaire.
Dans ce vignoble composé presque exclusivement de cépages blancs, il n'existe que peu ou pour ainsi dire pas d'oïdium ; il faut ajouter, à la louange du candidat, que les traitements au soufre n'ont pas été ménagés et qu’ils ont été fait en temps opportun.
Les pinots ayant peu épié, la récolte sera moyenne.
Le candidat fait subir aux pieux plantés à chaque bout des rangs de vignes et servant de supports, une opération que la Commission a jugé utile de relater dans ce rapport. Celle-ci consiste à passer d'abord au feu la partie des pieux rentrant en terre, de les tremper dans du coaltar, et sortant du bain, les rouler dans du sable de grèves. Cette dernière opération forme autour du pieux une sorte d'enduit qui devient mastic, lequel doit être d'une grande efficacité pour prolonger la conservation.
M. Bonnigal fait également œuvre d'intelligence et de progrès, en cherchant à réunir ou à échanger des petites parcelles, dans un pays où le morcellement est une ruine, et rend la culture de la vigne très onéreux.
Pour récompenser le candidat du fruit de ses travaux la Commission lui accorde une médaille d'argent offerte par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.

p. 44
Cinquième prix : M. AUTREUX-ROUX à Chauffour, commune de Fondettes
M. Autreux-Roux possède un vignoble de 8 ha. il en existe en rapport 4 ha, âgés de cinq à douze ans. Les cépages sont : Groslots, Petit-Bouschet, Bourgogne et Gamays greffés sur Riparia-Gloire.
Les plantations ont été faites par aujoux et toutes les greffes faites sur place. La réussite de celle-ci depuis dix ans n'a jamais été inférieure à 80 %.
Les vignes sont conduites sur fil de fer, très bien palissées, et l'absence d'aucun brin d'herbe prouve bien que les façons n'ont pas été négligées.
La récolte qui promettait bien 40 pièces à l'hectare a été presque totalement détruite par le terrible cyclone du 16 août. J'ai perdu, nous disait le propriétaire, plus de 100 barriques de vin, dans l'espace de 20 mn. C'est bien le cas de dire que le destin est quelquefois bien cruel, sans ce dommage M. Autreux aurait pu prétendre aux premiers prix. Le candidat a chez lui un petit matériel de maréchalerie, lui permettant de réparer tous les instruments de culture servant à son exploitation. Le matériel vinaire se compose d'un pressoir et de cinq cuves pouvant contenir 250 hl de vin.
La Commission invite M. Autreux à se représenter de nouveau devant elle, persuadée qu'elle est de le retrouver au premier rang des viticulteurs tourangeaux, et c'est dans cet espoir qu'elle lui accorde le cinquième prix consistant en une médaille d'argent.

p. 44-45
Sixième prix : M. LEFRANC Paul, de la Singerie, commune de Saint-Avertin
M. Lefranc Paul possède dans un enclos d'un seul tenant, un vignoble de 4,50 ha.
Les vignes sont âgées de deux, trois, quatre et sept ans. Elles sont greffées sur Riparia et sur Rupestris et plantées sur défoncement de 0,50 m.
Les espèces cultivées sont : côt, groslot, différentes sortes de gamays, pinots de la Loire, Portugais bleu, Plant meunier et Cabernet-Sauvignon.
L'espacement de la plantation est de 1,50 m en tous sens. Les vignes sont conduites sur fil de fer, elles sont dans un parfait état de culture, l'accolage et le rognage sont bien faits.
Ici les côts sur Rupestris-Métalica sont beaucoup plus beaux de fruits avec une différence très grande comme rendement en comparaison de ceux qui sont greffés sur Riparia. Remarquables aussi des gamay-Fréau, greffés sur Monticola, ayant des pousses de 4 m à leur deuxième feuille. A noter également des Carignan-Boucher greffés absolument chargés de raisins.
Une partie du vignoble, environ 130 ares, est conduite à cordon unilatéral, système Royat, dans celle-ci la production est de beaucoup supérieure à celles conduites autrement, taille Guyot et taille à coursons.
Toutes les façons de ce vignoble sont exécutées par le vigneron Codet, jeune homme très intelligent, connaissant parfaitement son affaire et auquel la Commission adresse ses sincères félicitations.
La Commission accorde à M. Lefranc, pour son vignoble, une médaille d'argent.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Première catégorie
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution est en rapport depuis 4 ans au moins

p. 45-46
Septième prix : M. DESCHAMPS Jules de la Mulotière, commune de Langeais
M. Deschamps Jules cultive lui-même 4,70 ha de vignes greffées. Les divers porte-greffes employés sont : le Riparia-Gloire, le Riparia-monticola, le Riparia-Rupestris 3306, le gamay-Couderc, et l'aramon-Rupestris.
Le commencement de la reconstitution remonte à l'année 1890. Tous les bois employés comme porte-greffes sont récoltés dans la propriété, le candidat ayant créé dès 1890, une pépinière de pieds-mères. Toutes les greffes ont été faites sur table et ont passé un an en pépinière.
Les plantations ont été faites à l'automne pour les terrains secs et arides et au printemps pour les terrains frais et humides, le tout planté en aujoux, d'une profondeur de 0,40 m avec une fumure de fumier de ferme à raison de 75 mètres [mètres cubes] à l'hectare. 
Il existe une pépinière de 15 000 greffes destinées aux plantations futures.
Le mode de taille est celui qui a toujours existé dans la contrée, c'est-à-dire la taille à coursons.
Les façons de labours, hersages et binages sont parfaitement faits. L'accolage fait sur charniers est sans reproche. Le rognage n'est pratiqué qu'à partir de la quatrième feuille.
Le candidat possède une très belle variété de gamays dont les fruits sont superbes.
La Commission a constaté dans ce vignoble, que sur Rupestris les raisins étaient moins gros, moins pleins et en moins grande quantité que sur Riparia.
M. Deschamps est un des premiers qui ait commencé la reconstitution dans la contrée ; on ne peut que le louer de son initiative ; et s'il dut subir la critique de ses voisins, il a aujourd'hui la satisfaction d'être récompensé de ses bons et utiles travaux, et c'est en le félicitant de ses courageux et intelligents efforts que la Commission lui décerne une médaille de bronze offerte par le ministre de l'Agriculture.

p. 46-47
Huitième prix : M. ARRAULT Edouard, propriétaire à la Villaine, commune d'Esvres
M. Arrault Edouard possède en un seul tenant, un vignoble de 6 ha, plantés de de 1888 à 1893, ils sont donc en plein rapport. Puis 3 ha qui sont en voie de reconstitution et le surplus est à l'étude.
Les trois quarts du vignoble ont été greffés sur Riparia-Gloire, et le reste sur Taylor, Solonis, Rupestris, Vialla, etc., à titre d'essais.
Les cépages utilisés sont : côt, groslot, Portugais bleu, plant Meunier, mesliers et pinot blanc, représentant les neuf dixièmes de la plantation. Pour le dixième en surplus, Duriffs, Corbeaux, gamays, etc.
Si au moment du passage de la Commission les travaux n'étaient pas encore complètement terminés, le retard ne doit pas être attribué au propriétaire, mais à un cyclone épouvantable qui avait passé quelque temps auparavant dans la contrée, renversant et culbutant tout sur son passage ; de sorte qu'il fallut relever les fils de fer et refaire entièrement l'accolage.
La récolte est belle et donnera toute satisfaction au propriétaire.
A l'époque où M. Arrault commença ses travaux de reconstitution, personne, dans la commune d'Esvres, n'avait encore étudié la question. N'ayant aucun exemple pratique pour se guider il fut obligé de suivre les indications résultant de ses études et des conseils de quelques amis du Midi et du Beaujolais. Aussi, malgré le peu d'empressement habituel des vignerons en général à adopter les nouveautés, les résultats obtenus entraînèrent des imitateurs, et depuis cette époque, dans le pays, la reconstitution marche à grands pas profitant de l'expérience acquise.
M. Arrault a réussi cette année à préserver son vignoble de la gelée, en répandant de grand matin, au moyen de quatre Poudreuses, des nuées de poudre de chaux hydrauliques, qui ont mis les jeunes bourgeons à l'abri de l'effet désastreux des rayons du soleil.
La Commission est unanime en adressant à M. Arrault ses félicitations, lui déclare qu'il n'a pas démérité depuis le dernier concours, et le lui prouve en lui décernant un rappel de médaille d'argent.

p. 47-48
Neuvième prix : M. DUMOULIN-TESSIER propriétaire viticulteur, à la Croix-de-Bléré
M. Dumoulin-Ressier possède en de nombreuses parcelles, situées sur trois communes, un vignoble de 7 ha ; les plus âgées ont dix ans, les plantations remontant à l'année 1889.
Les porte-greffes emplyés sont : le Riparia, le Rupestris, l'Aramon-Rupestris-Ganzin et le Riparia-Rupestris.
Les cépages greffés sont : le côt qui entre pour moitié dans la reconstitution, le groslot pour un cinquième, le gamay pour un dixième, et le surplus des Cabernets-Sauvignon, des Merlots, des Portugais-bleu, des Pinots et quelques gros noirs.
Chaque année le candidat reconstitue un hectare de vigne.
Toutes les greffes sont faites sur table mises en pépinière, et plantées parfaitement soudées. Les vignes sont conduites sur fil de fer et tous les travaux sont fait en temps voulu. La culture est ce qu'on peut appeler une bonne culture pratique, sans luxe, mais largement suffisante pour maintenir les vignes dans un état constant de propreté. Au moment du passage de la Commission, les façons étaient anciennes, il faut ajouter que le candidat n'aurait pu, par suite de la sécheresse, remuer la surface de la terre sans s'expose à brûler son vignoble.
Dans quelques parcelles il y avait des traces de chlorose, il sera bon d'appliquer dans celles-ci, sitôt la taille, un badigeonnage sur les souches avec une solution de 30 % de sulfate de fer.
Les vignes sont fumées alternativement au fumier et aux engrais chimiques. La composition pour ceux-ci est la formule suivante, 100 kg superphosphate 13/15 ou os, 100 kg plâtre, 100 kg sulfate de fer, 50 kg chlorure de potassium et 50 kg nitrate de soude.
Cet engrais est semé tous les deux ans à la volée, au moment du premier labour, à raison de 1 200 kg l'hectare.
Le matériel vinaire est suffisant pour l'exploitation, il se compose de trois pressoirs et dix cuves en bois contenant 400 hl de vin.
La réputation de M. Dumoulin, comme habile vigneron n'est plus à faire, c'est un excellent praticien et il est l'un des premiers ayant recommencé la reconstitution dans sa contrée.
La Commission lui adresse ses plus chaudes félicitations, et lui accorde un rappel de médaille de bronze.

p. 48
Dixième prix : M. PLOQUIN-CERISIER à Artigny, commune de Souvigny
M. Ploquin-Cerisier cultive, en collaboration avec son fils, un vignoble de 7 ha ; dont 2 ha de vignes françaises et 1 ha de pieds-mères et 4 ha de vignes greffées âgés d'un à six ans.
Les principaux porte-greffes sont : le Riparia-Gloire de Touraine et de Montpellier et le Rupestris-Monticola.
Les vignes françaises dont les façons sont très ordinaires, ont été pendant un certain nombre d'années, traitées au sulfure de carbone, et d'une composition dans laquelle entrait une certaine quantité d'acide nitrique. Comme résultat, une partie des vignes a disparu, et le surplus ne tardera pas. La Commission félicite le candidat de s'être lancé dans la voie de la reconstitution, d'avoir abandonné ces traitements insecticides dont les résultats ne donnaient aucune satisfaction et qui occasionnaient pour leur application des frais considérables.
Dans les vignes greffées, les façons de culture, d'accolages et de binages sont mieux faites. La plantation est de 1,50 m entre les rangs et de 1 m sur la ligne. Elles sont conduites sur fil de fer.
Les premières plantations ont été greffées sur place. Il existe dans celles-ci même, dans les vignes âgées de six ans, des vides nombreux par suite des non-reprises. De ce fait, M. Ploquin qui était autrefois un partisan de la greffe sur place, ne plante plus maintenant que des greffes bien soudées.
Il fit l'acquisition en 1894, d'un treuil de défoncement à manège, pour ses besoins personnels en même temps que pour faire des entreprises.
Il existe une pépinière de greffes, 80 000, destinée à la reconstitution et au commerce.
La Commission engage le candidat à persévérer dans la voie du progrès où il est entré, et tenant compte de ses efforts lui décerne un rappel de médaille de bronze.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Deuxième catégorie. 
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution n'est pas encore en rapport.

p. 49-50
Premier prix : M. René GOUPIL de BOUILLÉ, à Bourgueil
M. René Goupil de Bouillé, possède à Vau-Rozet, communes de Continvoir et Benais, un vignoble de 25 ha, dont 6 ha en plants greffés sur Riparia âgés d'un an à cinq ans. Une petite partie est greffée sur Rupestris du Lot.
Et un autre vignoble de 2 ha situé à Pavée, commune de Bourgueil exclusivement en Breton.
Le vignoble de Vau-Rozet est situé dans des terrains qui étaient autrefois en bruyères et en mauvais bois, d'une valeur de 500 francs l'hectare. Les premières vignes françaises y furent plantées en 1862. La reconstitution date de l'année 1893, époque à laquelle le phylloxéra commença d'envahir le vignoble.
Les défoncements ont été faits avec une charrue Brabant à double fouilleur (système Bajac), avec un attelage de dix bœufs et deux chevaux.
A la suite du défoncement le terrain a été hersé et relabouré de travers et a reçu, dans les terres vierges, 1 000 kg de scories à l'hectare, et, dans les sols anciennement plantés, le fumier de ferme n'a pas été ménagé.
La plantation a été faite par cassette avec une poignée de terreau par cep.
La végétation entretenue par de fréquents labours et binages a été surprenante, et, en 1898, à la troisième feuille, la récolte était de douze barriques à l'hectare.
Trois chevaux sont presque constamment occupés à l'entretien du vignoble.
Les travaux de taille sont faits à la journée ; les autres façons de bras au marchandage, les tâches se composent de 66 ares.
Comme façon les vignes reçoivent quatre labours et au moins autant de sarclages et hersages, deux bêchages, accolages et ébourgeonnages.
Depuis 1898 les engrais chimiques sont presque exclusivement employés comme fumure. La formule la plus avantageuse après essais a été la suivante, à l'hectare :
Scories 18°/20°.....300 kg
Kaïnite...................300 kg
Nitrate de soude....100 kg
Plâtre.....................200 kg
Total......................900 kg
représentant un valeur de 60 francs environ.
Il existe dans la propriété une pépinière de 30 000 greffes destinées aux plantations futures.
L'installation vinaire se compose de deux pressoirs et de neuf cuves pouvant tirer 400 pièces de vin.
Tous les travaux de ce beau vignoble sont sous la surveillance d'un garde actif et intelligent, le nommé Delugré qui en a la direction depuis dix-sept ans.
La Commission félicite M. Goupil de Bouillé de reconstituer le vignoble autrefois créé par son père, il rendra de ce fait le travail à son personnel, lequel ne lui ménagera pas son estime et sa reconnaissance.
La Commission, comme témoignage de sa satisfaction, décerne à M. Goupil de Bouillé le 1er prix de sa catégorie lequel consiste en une médaille d'argent grand module offerte par la Société des Agriculteurs de France et au garde Delugré une médaille de bronze.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Deuxième catégorie. 
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution n'est pas encore en rapport.

p. 50-51
Deuxième prix : M. de JOUVENCEL, à Saint-Règle
M. de Jouvencel possède un vignoble reconstitué de 17 ha dont 3 ha en Pinot rouge, âgé de cinq ans et 14 ha en Pinot blancs et cépages mélangés prenant leur deuxième feuille.
Il a été planté, à titre d'essai en 1889, 1 ha de Canada, hybride Couderc et hybride Franc, celui-ci qui a été soufré comme les autres cépages a eu ses feuilles complètement brûlées : 1 ha de Noah, d'une végétation splendide et dans lequel la récolte peut être évaluée à 20 pièces. Ces 2 ha ont été plantés par aujoux dans lesquels il a été mis 30 000 bourrées d'ajoncs.
Pour enlever au vin Noah son goût foxé, le vin est muté sitôt entonner et subit plusieurs soutirages avant la fermentation.
Toutes ces vignes sont conduites sur fil de fer, toutes les façons sont parfaites. Le rognage n'est pas pratiqué les premières années, les pousses sont allongées sur le fil de fer supérieur.
À noter environ 0,60 ha de Duriff greffé sur Riparia ; ceux-ci à la cinquième feuille sont remarquables par leur production.
Ce vignoble est parfaitement réussi comme plantation, pas un cep à remplacer et avec cela une végétation très régulière. Ce sera d'ici quelques années un des beaux vignobles de Touraine.
La direction est confiée à M. Godeau, régisseur, lequel est à la hauteur de remplir le mandat qui lui est confié. C'est pour récompense une culture aussi soignée qu'intelligemment conduite que la Commission accorde au propriétaire, M. de Jouvencel, une médaille d'argent petit module, au régisseur Godeau, une médaille de bronze.

p. 51
Troisième prix : M. DELAROCHE Émile à Bléré
M. Delaroche Emile possède, en différentes parcelles, un vignoble de 4 ha, les plus âgées ont sept ans.
Il fut dans sa contrée, l'un des premiers à se lancer dans la voie de la reconstitution, ses premières plantations datent de 1892. Il prêcha la bonne parole, donna l'exemple ; on peut dire de lui qu'il fut bon apôtre. En 1886, il adressait à tous les viticulteurs de sa région une circulaire exhortant à combattre le mildiou, et leur faisait connaître dans celle-ci le mode de préparation de la Bouillie bordelaise.
En même temps qu'il est excellent viticulteur, M. Delaroche est également négociant en vins, et c'est surtout à ce titre que, désireux de maintenir à son pays une bonne réputation de son vin de côt, il accorda à ce cépage la plus large place dans sa reconstitution. Les autres espèces sont : les groslots, gros-noir, et Pineau de la Loire.
Toutes les greffes sont faites à la propriété par un employé qui est à sa vingtième année de service. Les greffes de cette année, sur place, ont des pousses de 1,50 m avec une réussite de 90 %.
Les vignes sont conduites sur fil de fer, taille Guyot. Les façons telles que labours, hersages et binages sont absolument bien faites. Les sulfatages ont été faits en temps opportun.
C'est en raison de ces divers mérites que la Commission, tout en adressant à M. Delaroche ses éloges les plus mérités, lui accorde une médaille de bronze offerte par le ministre de l'Agriculture.

p. 52-52
Quatrième prix : M. COUBARD Eugène, propriétaire à Joué-lès-Tours
M. Coubard Eugène possède un vignoble de 43 ha environ prenant sa deuxième feuille. Les défoncements et la plantation du vignoble ont été faits l'année dernière sans l'espace de trois mois. Cinq machines à défoncer marchaient à la fois.
Les porte-greffes sont des Riparias et des Rupestris du Lot. Les cépages greffés sont : Pinots, Malvoisie, gris-Meunier, groslot, et, comme producteur direct, l'hybride franc.
L'espacement des rangs est de 1,90 met, sur la ligne 1 m. 
Les façons de labour, hersage et binages, sont exécutées dans la perfection, pas le moindre brin d'herbe, partout une propreté extraordinaire.
Il a été fait cette année de multiples essais de fumure dont les résultats ne sont pas appréciables quant à présent, mais comme ces fumures se répéteront chaque année, il sera facile d'être fixé dès l'année prochaine sur la valeur de chacun de ces engrais.
La plantation a été faite partie en greffes soudées et partie en racinés, ceux-ci ont été greffés et écussonnés cette année.
La greffe Cadillac a été pratiquée du 1er mai au 24 juin, la réussite est de 90 %.
La greffe en écusson a commencé le 24 juin et va se continuer jusqu'au 1er septembre. Celle-ci est faite à œil poussant jusqu'au 20 août, passé cette époque elle est faite à œil dormant, pour cette raison que le bois n'atteindrait pas sa maturité avant les gelées de l'hiver.
Au moment de sa visite, la Commission a pu constater des pousses de 1,50 m sur des greffes à écusson qui n'avaient qu'un mois de date.
Il faut ajouter que ces greffes sont admirablement bien faites par M. Massipe de la maison Alazard de Montauban.
Tous les travaux de cet important vignoble sont confiés à Célestin Thibaut, chef de culture, lequel a, par son intelligence et ses capacités viticoles secondé le propriétaire dans la lourde tâche qu'il s'était imposée, de défoncer et planter 43 ha en trois mois.
Il n'existe pas d'installation vinaire celle-ci sera commencée cet hiver.
Le vignoble de M. Goubard, par suite de son jeune âge (deuxième feuille), ne peut recevoir une plus haute récompense que celle que la Commission lui accorde. Néanmoins elle invite le candidat à se présenter dans quelques années, persuadée qu'elle est de le retrouver parmi les meilleurs viticulteurs de notre département.
C'est dans cet espoir que tout en adressant à M. Goubard ses sincères félicitations, la Commission lui accorde une médaille de bronze offerte par la Société des Agriculteurs de France, et à M. Thibaut, chef de culture, également une médaille de bronze.

p. 53-54
Cinquième prix : Mme veuve BLAIN, à Saint-Epain
Mme veuve Blain a le mérite de continuer l'œuvre entreprise par son défunt mari. Le but de celui-ci était de reconstituer un vieux vignoble français de 12 ha, situé dans sa belle ferme du château de Crissay.
Ce vieux vignoble était cultivé moitié fruits par le fermier Savatier. Le phylloxéra ayant envahi le vignoble, M. Blain, homme d'initiative et de progrès, s'engagea aussitôt dans la voie de la reconstitution. Comme les vignes étaient données par bail à moitié fruits et que le fermier ne pouvait pour sa part contribuer à une si grande dépense, le propriétaire résolut de prendre à sa charge tous les frais de reconstitution.
Il fit à cet effet l'acquisition d'une charrue défonceuse, fournit l'avoine nécessaire aux huit chevaux employés, prit à sa charge tous les frais de plantation, achat de greffes, des charniers, et pendant trois ans, fournit au fermier un homme à l'année pour élever les plantations. Le fermier fut également pendant ses trois ans indemnisé de ses frais de culture.
L'année prochaine, les vignes prenant leur quatrième feuille, les frais de culture seront à la charge du fermier, et le produit de la récolte sera partagé par moitié.
L'idée préconçue de M. Blain était des plus louables et des plus recommandables. Bien des propriétaires disposant de capitaux souvent placés à la merci du vent, pourraient les employer plus utilement dans leurs propriétés ; ils en augmenteraient la valeur en même temps que le revenu, et de ce fait y trouveraient en même temps que du profit, la considération publique.
Les vignes de Mme Blain sont en terrains argileux, la culture est pratique, sans luxe. Les façons de labours, hersages et binages sont bien faites. Le mode de taille est la taille Guyot.
L'espacement des rangs est de 2,30 m. Ceci fut adopté afin de pouvoir y répandre au moyen d'un tonneau d'arrosage, le purin d'une grande porcherie, qui est actuellement de 150 porcs. Aussi la végétation est-elle luxuriante, et la récolte, quoique les vignes soient à leur troisième feuille, sera des plus satisfaisantes.
Il existe encore dans la propriété, un arpent de vieilles vignes françaises, qui ont été l'année dernière traitées contre le phylloxéra, suivant le système préconisé par M. l'abbé Bodin de Cravant : les frais de main-d’œuvre ont été considérables et les résultats ont été absolument nuls.
La Commission est unanime à féliciter Mme Blain, dont les grandes préoccupations occasionnées par les deux importantes laiteries qu'elle dirige, ne l'empêchent pas de prendre une part active aux travaux de son vignoble.
Aussi la Commission la juge-t-elle digne de la médaille de bronze offertes par la Société nationale d'encouragement à l'agriculture.

p. 54
Sixième prix : M. BESSON Claudius propriétaire à Vaudour, commune de Sainte-Radegonde
M. Besson Claudius possède, en un seul tenant, un vignoble de 4 ha. Les premières plantations datent de l'année 1892. Les cépages sont : côt, groslot, menu-pinot, grand noir de la Calmette, Malvoisie, plant Meunier et Noah.
Ces cépages sont greffés sur Solonis, Riparia, Rupesris et Riparia-Rupestris.
Dans les vignes en rapport la récolte sera moins abondante qu'il y aurait eu lieu de l'espérer, par suite des effets de la gelée en bourre.
Toutes les vignes sont à charniers, elles ont une très belle végétation, les façons culturales sont très bien faites et l'accolage est parfait. Dans son ensemble le vignoble a un aspect très flatteur à l'œil.
L'installation vinaire se compose d'un pressoir et quatre cuves, tirant cinquante pièces, suffisant en ce moment pour l'exploitation.
En résumé, c'est un vignoble bien jeune et qui ne peut pour cette raison recevoir une récompense en rapport des soins assidus qui lui sont donnés. Mais comme la jeunesse est un défaut qui se guérit tous les jours, la Commission invite le candidat à se représenter d'ici quelques années.
Pour l'instant elle le juge digne de la récompense qu'elle lui accorde, une médaille de bronze offerte par la Société des Agriculteurs de France.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Deuxième catégorie. 
Vignobles dont la plus grande étendue en reconstitution n'est pas encore en rapport.

p. 55
Septième prix : M. VERNON-BESNARD, propriétaire viticulteur à Mosnes
M. Vernon-Besnard possède une reconstitution d'environ 7 ha, dont la plus grande partie, 5 ha, se trouve dans la commune de Monteaux (Loir-et-Cher). Ce vignoble étant hors du département, ne peut pour cette raison entrer en ligne de concours.
Il reste donc 3 ha seulement en différentes parcelles et situées dans la commune de Mosnes.
Les vignes sont très soignées, les façons culturales qui ne sont pas ménagées sont au(dessus de toute critique.
Mais, comme chez le candidat précédant, c'est encore un vignoble trop jeune, et qui ne peut, malgré tous les mérites à son propriétaire, entrer en ligne de concours. Sans l’élimination de son vignoble Monteaux, M. Vernon serait sans aucun doute arrivé dans un meilleur classement. Dans celui-ci les vignes étant de beaucoup plus âgées, la Commission aurait pu apprécier le mode de taille et de conduite de la vigne, ainsi que l'état de la récolte.
Néanmoins la Commission a la satisfaction de dire à M. Vernon qu'il n'a pas démérité et dans l'espoir de le retrouver plus tard lui accorde une mention honorable.

p. 55-56
Huitième prix : M. DUZEA Joannès au château des Mazeraies, commune de Savonnières
M. Duzéa Joannès possède en deux parcelles, un vignoble de 4 ha plantés en 1898. Elles sont donc en ce moment à leur deuxième feuille.
Les porte-greffes sont : le Rupestris et le Riparia-Gloire, sur lesquels ont été greffés, pinots, Mesliers, groslots, Gris-Meunier, côt et différentes sortes de gamays.
Les défoncements ont été faits à la vapeur à une profondeur de 0,50 à 0,60 m. La plantation est de 1,50 m en tous sens, et les vignes sont dressées sur trois rangs de fil de fer.
Le terrain a été analysé, aussi la plantation a-t-elle été faite d'une façon toute méthodique et suivant des plans qui permettaient de reconnaître dans chaque partie la nature du sol, celui-ci différent de composition dans des espaces très rapprochés. Le calcaire dans certains endroits a atteint 40 %.
En un mot c'est une plantation à laquelle il a été apporté tous les soins, témoin la végétation qui est très belle pour la deuxième feuille ; il faut ajouter que celle-ci est entretenue par de fréquents labours, hersages et binages, et que le sol a été complètement nettoyé des mauvaises herbes dont il était infesté.
Comme chez les précédents concurrents la reconstitution est trop récente pour pouvoir concourir avantageusement. Cela n'empêche pas la Commission de tenir compte du bon état de culture du vignoble et des efforts faits par le propriétaire pour arriver à un aussi bon résultat.
Comme témoignage de sa vive sympathie, la Commission accorde à M. Duzéa une mention honorable.

p. 56
Neuvième prix : M. GEORGET Louis, de Barrou
M. Georget Louis possède, en différents endroits et parcelles, un vignoble d’une contenance de 15 ha, âgé d’un à dix ans.
Les porte-greffes employés, sont : le Riparia, le Rupestris, le gamay-Couderc et le jacquez, sur lesquels sont greffés les cépages les plus recommandés. Également une certaine quantité de producteurs directs.
Tous les terrains où sont plantées les vignes sont de nature silico-argileuses excessivement pauvres et ne renfermant, suivant l'analyse, aucun élément fertilisant.
Les plantes de un à trois ans, ont une apparence vraiment lamentable et chlorosée. Au dire du propriétaire cet aspect disparaît à la quatrième ou cinquième feuille, et à mesure que la vigne prend possession su sol.
La Commission a cependant constaté des traces de chlorose dans des vignes de sept à huit ans.
Ces vignes sont dans un bon état de culture et conduites sur fil de fer.
Le mode de taille est la taille Guyot, les pousses de la branche à fruit sont pincées à hauteur du deuxième fil de fer, et les pousses de taille enroulées sur le troisième fil de fer.
La Commission a trouvé en M. Georget, qui est un ancien élève de Grandjouan un viticulteur doué d'un bon sens pratique, ayant des connaissances viticoles très étendues et elle pense qu'il pourra obtenir par l'emploi raisonné des engrais, des résultats aussi satisfaisants que possible.
Pour le récompenser du fruit de ses travaux, la Commission lui accorde une mention honorable.

p. 57
Dixième prix : M. GUIET Eugène de La Roche, commune de Cheillé
M. Guiet Eugène possède dans un ensemble un vignoble de 8 ha d'âges différents variant d’un à six ans.
Les porte-greffes sont : le Riparia-Gloire et le Rupesteris Monticola. Sur ceux-ci sont greffés côt, groslots, gamays divers, alicante, gros et menu pinots, et un certain cépage dénommé la Parisienne lequel fait un vin remarquable.
Le but poursuivi par le propriétaire était d'obtenir, par le mélange de ces cépages, des vins de bonne qualité, tout en conservant ceux à grand rendement, en vue d'une récolte rémunératrice.
Le terrain très inégal a été nivelé ; le travail a été long et coûteux. Le résultat obtenu tant au point de vue de l'aspect du vignoble, que pour l'écoulement des eaux, répond bien à cette dépense.
C'est le vignoble que dans tout son parcours, la Commission a trouvé le plus envahi par l'oïdium. Une certaine partie de celui-ci, ne pourra certainement pas être vendangé. Malgré les traitements successifs le mal n'a pu être enrayé.
La nature du sol est très variable, elle change pour ainsi dire à chaque instant ; dans certaines parties la végétation est extraordinaire et dans d'autres la vigne semble péricliter.
Les façons sont très ordinaires et l'accolage laisse beaucoup à désirer. Dans certaine partie où la végétation est supérieure on se croirait dans une forêt vierge, et c'est avec difficulté que l'on passerait d'un rang à l'autre.
La Commission accorde à M. Guiet une mention honorable.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Troisième catégorie
Vignes françaises et reconstitution

p. 57-58
Premier prix : M. RUÈCHE Hubert propriétaire viticulteur, à Restigné
M. Ruèche Hubert cultive un vignoble de 5 ha de vignes françaises dont la presque totalité est du breton, et un commencement de reconstitution de 2 ha âgés d'un à trois ans.
La végétation des vignes françaises est soutenue par de fortes fumures au fumier et par des engrais chimiques semés tous les ans au moment du premier labour de printemps.
Les vignes ont reçu cinq soufrages ; aussi sont-elles indemnes d'oïdium.
Les façons culturales sont excessivement bien faites et l'absence d'aucune d'herbe prouve bien que toutes les façons on été faites en temps voulu.
Il a été remarqué chez le propriétaire un cépage blanc nommé Bicane, qui donne des raisins d'un grosseur phénoménale en même temps qu'en grande quantité. Le vin est peu alcoolique mais il est agréable au goût.
La Commission adresse à M. Ruèche ses meilleures éloges et lui décerne le 1er prix de sa catégorie, lequel consiste en une médaille d'argent.

p. 58
Deuxième prix : M. BIÉMONT fils, Émile, à Gizeux.
M. Biémont fils, Émile, possède un vignoble de 5 ha exclusivement composé de cépages français le tout d'un seul tenant avec le matériel vinaire au centre du vignoble.
La végétation est très régulière, c'est à peine si l'on constate quelques points faibles, lesquels sont dus, sans aucun doute aux attaques de phylloxéra.
Par l'emploi des engrais, le candidat pourra soutenir quelques années encore son vignoble, qui vraiment mérite bien les sacrifices qui lui sont accordés.
Les vignes conduites sur fil de fer sont très bien palissées.
Les façons de toute nature ont été très bien exécutées, ainsi qu'on peut le constater par la propreté qui règne dans le vignoble.
Le matériel vinaire, très bien agencé, est suffisant pour la propriété.
M. Biémont a l'amour de la viticulture et c'est pour s'y consacrer entièrement qu'il ne veut prendre la suite d'affaires et l'industrie de ses parents.
Pour la récompense de ses travaux la Commission accorde à M. Biémont un rappel de médaille d'argent.

p. 58-59
Troisième prix : M. DURAND Théophile, à Richelieu.
M. Durand Théophile a créé, dans ses terres en location, un vignoble de 34 ha dont la presque totalité est plantée en folle-blanche franche de pied, et environ 4 ha plantés également en folle-blanche, mais greffée sur Riparia, et le surplus en divers cépages greffés sur porte-greffes différents.
Les terrains sur lesquels est établi le vignoble étaient plantés en taillis de bois de chêne, sapins, ajoncs et bruyère ; ils ont été défoncés à la main, à une profondeur de 0,60 m en enfouissant avec soin les ajoncs, les bruyères et les genets, et en enlevant toutes les racines de chêne.
Ces terrains sont loués à leurs propriétaires, pour une durée de 18 années à raison de 60 francs de l'hectare. A l'expiration du bail, les propriétaires rentreront en possession de leur sol.
La nature de ces terrains est un vrai sable de dunes, comme il en existe sur les bords de la mer. Le candidat pense que la vigne y résistera longtemps, sinon toujours aux attaques du phylloxéra.
Le mode de taille est un poussier et une verge, celle-ci la pointe piquée en terre pour lui faire faire l'arçon. Comme il n'y a ni charniers, ni fils de fer, il n'est donc pas fait d'accolage.
Les façons se composent de deux labours et de deux hersages, lesquels sont terminés au plus tard le 24 juin.
Toutes les façons, sans exception, sont faites au marchandage.
Une partie des vignes greffées est conduite sur cinq rangs de fil de fer. Le deuxième et le troisième rang sont doubles, au fur et à mesure de la végétation, les pousses sont passées entre les fils de fer et s'y maintiennent parfaitement sans aucune attache.
La Commission félicite M. Durand de son entreprise hardie, lui souhaite que le phylloxéra ne fasse son apparition que dans un temps le plus éloigné possible et lui décerne, en récompense de ses travaux, la médaille de bronze offerte par la Société des agriculteurs de France.
 

1899

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Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
GRANDE CULTURE
Troisième catégorie
Vignes françaises et reconstitution


p. 50
COLLABORATEURS
Médaille d'argent :
M. Goisnard, fils aîné, de Saint-Patrice
M. Goisnard, fils jeune, de Saint-Patrice
Médaille de bronze :
M. Delugré, Joseph, chez M. Goupil de Bouillé.
M. Godeau, chez M. de Jouvencel.
M. Codet Séraphin, chez M. Lefranc.
M. Thibaut, chez M. Conard, à Joué.
M. Bourgognon, chez M. Arrault.

p. 60
CONCLUSIONS
Pour nous résumer nous adressons un chaleureux appel au vigneron tourangeau, pour l'engager à persévérer dans la voie de la reconstitution. Il a devant lui des exemples acquis et n'a plus besoin de marcher dans la voie des tâtonnements.
Nous dirons également à ceux qui disposent de capitaux : "Venez en aide à ce vigneron, travailleur intelligent et laborieux, en le secondant dans ses efforts, vous aurez mérité la reconnaissance publique. Vous rendrez le travail à toute une population ouvrière qui se ressent si cruellement de la disparition momentanée de notre vignoble. Et comme couronnement de l'œuvre, nous verrons reparaître ces belles vignes qui rendront à notre beau département la richesse qu'elles lui prodiguaient naguère à pleines mains."
Tels sont Messieurs, les vœux que nous vous exprimons, vous y trouverez tous, soyez-en certains, honneur et profit.
Saint-Branchs, 25 septembre 1899.
Le rapporteur de la Commission,
J. LAFFOND.

1899

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Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
PETITE CULTURE

p. 72-73
La Commission, composée de MM. Bressoud Charles, Huard Ernest et Pinguet Henri, que vous avez honorée de la mission de visiter les vignobles de la petite culture, s'est réunie et a commencé ses opérations le 8 août.
Je dois vous dire, Mesdames, Messieurs, pour simplifier ce long et aride rapport, où nous seront obligés souvent de nous répéter, que toutes les vignes, qui ont été soumises à notre appréciation, ont été plantées sur des terrains défoncés, soit à la charrue, soit à la main, à des profondeurs variant de 0,40 m à 0,60 m suivant les sols ; que les rangs sont espacés de 1,50 à 2 m et que les ceps dans le rang sont à 1 m les uns des autres ; qu'elles sont conduites sur fil de fer, à part deux exceptions ; qu'elles ont toutes reçu les façons de culture désirables et que les traitements ont été faits partout avec efficacité contre le mildew et dans la plus grande partie contre l'oïdium.
A part quelques petits défauts dans la taille que la Commission s'est permise de signaler sur place aux intéressés, les viticulteurs, qui ont eu le cœur de se livrer à cette lutte pacifique, ont rivalisé de travail et de talent, dans la présentation de leur culture, et c'est avec une réelle satisfaction que la Commission vous prie de les récompenser dans l'ordre suivant :
 

1899

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Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
PETITE CULTURE
2e Catégorie
Vignes françaises

p. 73-74
M. BLANCHARD Victor, château de Beauvais à Saint-Étienne-de-Chigny
M. Victor Blanchard, propriétaire de la terre et du château de Beauvais commune de Saint-Étienne de Chigny, s'intéresse à toutes les questions qui touchent à la production du sol ; une culture aussi intéressante que celle de la vigne ne devait pas le laisser indifférent. Ainsi c'est-il en viticulteur distingué qu'il nous a présenté 2,95 ha de vignes d'u seul tenant, sur un plateau légèrement incliné vers l'ouest et encadré de bois.
Le sol est composé d'argile compacte et de silex.
Un hect. 51 ares [1,51 ha] est planté en greffes de groslot et de gamay et âgés de quatre ans.
La culture en est bien faite, l'accolage mérite une mention spéciale, il est fait avec un véritable talent et contribue à la beauté du fruit et au bon équilibre du cep.
La récolte de cette jeune vigne est belle relativement à son jeune âge.
Mais la partie la plus intéressante du vignoble de M. Blanchard, est assurément 1,44 ha de vignes françaises plantées la plus grande partie en groslot.
La belle végétation de ces vieilles vignes et l'énorme quantité de raisins qui s'y trouve (on peut estimer la récolte à 50 pièces de 250 litres chacune à l'hectare) sont vraiment surprenantes.
Cette belle conservation est due aux bons soins de M. Blanchard qui a commencé à traiter ses vieilles vignes en 1892 au moment où elles paraissaient disposées à finir comme toutes celles qui les environnaient.
Dès le début, le carbonate de potasse, le nitrate de soude, le sulfate d’ammoniaque ont été employés alternativement en mélange avec le superphosphate, à la dose de 200 grammes par cep.
Depuis qu'elles sont remises en état, elles sont alimentées chaque année par du superphosphate étendu à l'automne, des compostes de terre mélangée de feuillages et de détritus de ferme sont conduits tous les hivers dans les vignes et contribuent à soutenir la végétation.
Ce traitement qui a si bien réussi chez M. Blanchard aurait pu être appliqué par beaucoup de viticulteurs et nous aurions peut-être pu conserver plus longtemps notre vieux vignoble.
Dans tous les cas l'exemple de M. Blanchard mérite d'être signalé.
Les appareils de vinification sont à Beauvais au complet, tous réunis dans une vaste grange qui ne sert qu'à la fabrication du vin. Nous trouvons un cylindre Mabille qui sert à aplatir le raisin avant d'arriver dans les cuves, qui, elles-mêmes sont desservies par un pressoir à corbeille. Les moûts sont dirigés dans les vases vinaires au moyen d'une pompe et de tuyaux. Toute l'installation est pratique et ne peut donner que de bons résultats.
La Commission très satisfaite de tout ce qui a été présenté adresse ses félicitations à M. Blanchard et lui décerne un prix spécial pour la bonne conservation de son vieux vignoble, une médaille de bronze de M. le ministre de l'Agriculture et accorde à Taveau Eugène son collaborateur une médaille de bronze.
 

1899

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Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
PETITE CULTURE
1ère Catégorie
Vignobles dont la plus grande étendue est en rapport.

p. 74-75
M. CHAIZÉ Henri, à Restigné
M. Henri Chaizé viticulteur à la Rue-Basse, commune de Restigné, se distingue par la culture de producteurs directs. Terras n°20, Seibel n°1, Hybride Franc, Bourrisquou-Rupestris 3907, et autres sont réunis et cultivés avec beaucoup de soins. Malgré que la Commission soit loin d'encourager la plantation de ces cépages en grand vignoble, elle reconnaît qu'il peut être possible, dans certains terrains, bas-fonds par exemple, où les greffes auraient de trop fortes et trop fréquentes gelées à redouter, que ces plants, vu leur vigueur et leur fécondité, puissent rendre service.
Je vous signale, en passant, que les Terras non sulfatés sont indemnes de mildew et aussi verts que ceux qui ont reçu deux traitements. L'Hybride Franc est complètement dégarni de feuilles et son fruit aura beaucoup de peine à mûrir ; l'Auxerrois également ; le Bourriquou-Rupestris 3907 est couvert de raisons.
En dehors de ces principaux plants on trouve encore chez M. Chaizé différents cépages, tous producteurs directs, tel : le Capla à grande feuille.
La culture de tous ces plants est bien faite et la récolte à la deuxième année en fait présager de bonnes pour l'avenir.
En attendant que tous ces cépages puissent être jugés en dernier ressort, la Commission accorde une mention honorable à M. Chaizé pour sa culture spéciale de producteurs directs.

p. 75
M. BAUDOUIN Antoine, Champigny-sur-Veude
M. Baudouin Antoine cultive, à Champigny-sur-Veude, deux pièces de vignes de 0,80 ha chacune. La Folle-blanche et le groslot ont remplacé le côt et le breton qui étaient cultivés autrefois comme vignes françaises ; si la qualité est moindre, la quantité a bien augmenté, car dans une de ces pièces, dite du cimetière, M. Baudouin estime à 30 pièces la récolte, la Commission reconnaît cette estimation comme vraie et accorde une mention honorable à M. Baudouin pour sa culture de vignes à grand rendement.

p. 75-76
M. BRUZON, à Boisdenier, Tours
M. Albert Bruzon, le sympathique maire de Saint-Cyr, le grand industriel de Portillon est encore un ami de la vigne à laquelle il a consacré, dans sa propriété de Boisdenier, 3, quai Saint-Symphorien un terrain de 81 ares planté de blanc-Meunier et de pinot fin. Cette seule intention; Messieurs, mériterait une récompense, car la vigne, sur ce coteau qui joint la ville de Tours, occupe véritablement une place d'honneur que beaucoup de propriétaires, moins soucieux de donner l'exemple des choses pratiques et utiles que M. Bruzon, auraient sacrifié à la plantation d'arbustes d'ornements, qui, la Commission se plaît à le reconnaître, ne font pas défaut dans la propriété.
Sur ce beau coteau qui voit la Loire couler à ses pieds, mûrissent de très bonne heure les deux cépages qui y sont cultivés et dont le vin est très fin et très délicat.
La reconstitution a été commencée en 1891, ce qui prouve que M. Bruzon fut des premiers à donner l'élan.
Pour ce bon exemple, la Commission lui décerne le 12e prix, une médaille de bronze.

p. 76
M. AUBRUN, à Loches
M. Aubrun Dupuy, possède à Loches un vignoble de 2 ha âgé de trois à six ans.
La plantation a été faite en greffes de pépinière et en greffes sur place ; les deux sortes sont réunies et ont une belle végétation.
La Commission a remarqué dans la pièce de la route, dix rangs de gros pinot et deux rangs d'alicante-Bouschet qui donneront un gros rendement ; les autres plants sont également beaux.
L'installation vinaire de M. Aubrun est bonne et suffisante pour son vignoble. Pour cet ensemble, la Commission lui décerne le 11e prix, un rappel de médaille de bronze.

p. 76
M. PESCHER-GIROLLET, à Bléré
M. Pescher-Girollet cultive, à Bléré, 3 ha de vignes de un à cinq ans greffés sur Riparia, Ruspestris-Monticola et Vialla.
Les plantations d’un et deux ans sont ben prises et ont reçu les soins culturaux nécessaires ; une partie a été drainée.
Une pièce de côts de quatre ans manque de récolte.
Une pépinière de 28 000 greffes en pinot, côt et groslot est bien tenue et servira avantageusement à la reconstitution.
Pour ces différentes cultures, la Commission accorde le 10e prix, rappel de médaille de bronze à M. Pescher.

p. 76-77
M. LOUAULT-BURON, à Chédigny
M. Louault-Buron, propriétaire à Chédigny, possède et cultive 2 ha de vignes greffées, âgées d’un à sept ans. Le sol argilo-siliceux est très propice à la culture de la vigne.
Les cépages sont le côt, le groslot, le gros-noir et le Cabernet-Sauvignon ; ce dernier donnera une bonne récolte. Tous ces cépages sont greffés sur Riparia et mis en pépinière par les soins de M. Louault et de son fils.
Le soufrage fait a trois fois différentes a préservé les vignes de l'oïdium et assuré une récolte satisfaisante dans plusieurs parcelles de vignes qui nous sont présentées et pour lesquelles M. Louault reçoit le 9e prix, une médaille de bronze par la Société de Agriculteurs de France.

p. 77
M. JUETTE-SOURDAIS, à Cravant
Le vignoble de M. Juette-Sourdais, situé en vallée de la Vienne, sur la commune de Cravant est composé de dix parcelles de vignes, d'une contenance de 3 ha. M. Juette a tenu à conserver les cépages qui ont fait la renommée des vins de cette contrée du Chinonais que nous aimons tous à déguster ; aussi le bon breton et le Cabernet-Sauvignon sont les seuls greffés sur Riparia pour les terres argileuses et sur Rupestris du Lot pour les terrains secs st caillouteux.
Les façons culturales sont faites convenablement et s'une manière pratique ; les vignes accolées sur fil de fer sont garnies d'abondants raisins qui feront un bon vin ; seul l'ébourgeonnage mériterait une plus grande attention.
Une pépinière pour les besoins de la reconstitution du vignoble est entretenue par les soins du fils, M. Juette Georges, greffeur diplômé, qui tient également un registre où toutes les opérations se rattachant aux plantations, à la nature du sol, aux dépenses, à la culture et à la production, sont consignées avec soin.
La Commission lui adresse ses sincères félicitations et le donne comme exemple à beaucoup de jeunes gens qui se désintéressent souvent trop des principes d'ordre et de comptabilité qui sont en culture, comme en tout commerce, la base d'une bonne exploitation.
L'installation pour la fabrication du vin est économique et bien comprise ; tous les appareils sont en bon état. Tout indique chez M. Juette, un viticulteur intelligent auquel la Commission décerne le 8e prix, une médaille de bronze offerte par la Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture.

p. 77-78
M. COLLIN-GAUTHIER, à Limeray
M. Collin-Gauthier possède à Limeray un petit vignoble de 2 ha. Les vignes ont d’un à cinq ans, greffées sur Riparia et Rupestris. Les plus âgées, plantées en Petit-Bouschet, gamay et alicante sont taillées en treille et portent une abondante récolte.
Huit are [0,8 ha] de côts virolés sont également chargés de raisins, quand les mêmes, qui n'ont pas reçu de virolage, sont complètement coulés.
Toutes les vignes de M. Collin sont sur fil de fer, bien accolées ; les binages, soufrages et sulfatages sont bien faits.
M. Collin étant charron de son métier, s'est monté un tonneau à sulfater très pratique.
Le pressoir et les cuves sont bien tenus ; tout marque l'homme soigneux et intelligent à qui la Commission décerne le 7e prix, une médaille de bronze, offerte par M. le ministre de l'Agriculture.

p. 78
M. BEDOUET-LEDUC, à Luynes
M. Bedouet-Leduc, propriétaire à Luynes, est bien connu de tous comme bon viticulteur. Malheureusement, cette année, quelques jours avant que nous visitions son vignoble, une affreuse nuée d'eau et de grêle est venue dévaster ses cultures, et, c'est sous le coup de cette désolation, que nous avons vu anéanties des vignes qui, quelques jours auparavant, montraient les plus belles espérances.
La Commission, confiante dans le courage et l'énergie de M. Bedouet, qui assurément ne se laissera pas abattre par cette calamité, lui décerne un rappel de médaille d'argent, 6e prix de la petite culture.

p. 78-79
M. DELAIRE, au Petit-Bois, à Saint-Avertin
M. Delaire est possesseur de la propriété du Petit-Bois, commune de Saint-Avertin ; près de 3 ha de vignes y sont cultivées.
La première plantation, située aux Grands-Champs, d'une contenance de 90 ares, date de 1891, moitié portugais-bleu et moitié groslot. La culture en est bien faite et la récolte sera abondante.
Avec l'expérience, M. Delaire a reconnu qu'il était préférable à Saint-Avertin, de faire comme autrefois du bon vin de côt ; aussi, depuis 1892, ce cépage, avec le gros-pinot pour le vin blanc, ont seuls été plantés dans la propriété du Petit-Bois.
Toutes les façons culturales sont soigneusement faites. Le côt, si sujet au mildew, est complètement indemne et sa superbe végétation permettrait au vigneron de M. Delaire d'allonger un peu la taille, ce qui assurerait une meilleure récolte.
M. et Mme Delaire, qui s'intéressent beaucoup à la viticulture, ont tenu à nous conduire à travers leur vignoble et à nous en donner les explications. Un carré de greffes de pinot destinés à être plantés dans la propriété ne laissent rien à désirer.
La Commission remercie M. et Mme Delaire du bon accueil qu'elle a reçu et regrette de ne pas avoir trouvé plus de fruits dans les côts ; néanmoins le vignoble présenté mérite le 5e prix, un rappel de médaille d'argent.

p. 79
M. PAILLAULT Claude, à Francueil
M. Paillault Claude, propriétaire et cultivateur à Francueil, a l'avantage de se trouver dans un pays où les vignes françaises ont été épargnées du terrible puceron.
En viticulteur intelligent, il donna l'exemple et commença, voilà huit ans, à planter des Riparias qui furent greffés sur place, en côt, groslot, pinot, gamay et gros-noir.
Tous ces cépages taillés à long bois ont une belle végétation et une abondante récolte.
Les binages, soufrages, sulfatages ont été faits à temps. Aussi l'aspect de ces 2 ha de vignes greffées, au milieu de vieilles vignes françaises, est-il frappant, et la supériorité de ce carré ne pourra échapper à tous les vignerons qui sont autour.
Sous la demeure très confortable de M. Paillault se trouve le pressoir en pierre et trois cuves en bois, contenant chacune 62 hl ; à côté, deux cuves voûtées pouvant contenir 80 tonnes. Cette installation ne laisse rien à désirer. Pour cet ensemble, M. Paillault reçoit le 4e prix de la petite culture, une médaille d'argent, et Sylvain Boileau attaché à son service depuis onze ans, une médaille de bronze et 10 francs.
 

1899

Annales de la Société d'Agriculture Sciences et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire, 139e année, Tome LXXX, Tours 1900
Rapport sur le concours départemental de viticulture de 1899
PETITE CULTURE
1ère Catégorie
Vignobles dont la plus grande étendue est en rapport.

p. 79-80
M. GODEAU Pierre, à Dierre
M. Godeau Pierre possède, dans la commune de Dierre, 2,5 ha de vignes greffées sur Riparia, Solonis, Vialla, Rupestris du Lot et Aramon-Rupestris, Ganzin n°1.
Les cépages cultivés sont le côt, le gamay, le gros et menu pinot.
Les greffes sont faites par les soins de M. Godeau et mises en pépinière ?
Le vignoble très morcelé est dans un sous-sol argilo-caillouteux, presque tout en pente et difficile à cultiver.
Les soufrages répétés à quatre fois n'ont pas empêché l'oïdium de faire des ravages surtout dans le pinot.
La Commission a remarqué de très beaux gamay-Fréau, ainsi que 15 ares de côt sur Riparia qui ont coulé quoique virolés.
La vigne reçoit chez ce bon viticulteur tous les soins qu'elle mérite, et, comme elle est plantée sur l'emplacement de vignes françaises centenaires, M. Godeau, pour entretenir la végétation, lui donne à l'hectare :
Sulfate de potasse.....100 kg
Corne.....100 kg
Nitrate de soude.....100 kg
Superphosphate 14/16.....300 kg
Plâtre.....300 kg
Ces engrais lui donnent de bons résultats.
On trouve également chez M. Godeau une pépinière de pieds-mère d'une contenance de 40 ares, dans laquelle il cultive le Riparia-Gloire de Touraine et Montpellier, le Rupestris du Lot, le Riparia-Ramond, les 3306, 3309, 41B, Colorado et l'Aramon-Rupestris-Ganzin n°1.
Les cultures présentées par M. Godeau sont de celles qui peuvent être citées, aussi la Commission lui décerne-t-elle le 3e prix, une médaille d'argent, offerte par la Société des Agriculteurs de France.

p. 80-81
M. GODEAU Constant, à Dierre
M. Godeau Constant, propriétaire à Dierre, est un de ces vignerons qui peuvent être donnés comme modèle, se trouvant dans un pays où la propriété est très morcelée, il a pu, par sa sagesse et son désintéressement, échanger et réunir un bon nombre de morceaux, qui, aujourd'hui, lui font des pièces, et dans lesquelles la culture est bien plus facile et beaucoup moins coûteuse.
Cet exemple devrait être suivi plus souvent dans nos campagnes où la division de la propriété est un écueil à tout progrès.
M. Godeau Constant, en outre de cette bonne idée, nous présente un vignoble irréprochable, toutes les façons culturales sont parfaites, les plants qui servent à la multiplication sont sélectionnés rigoureusement ; il nous montre un carré de côt sur Riparia dans lequel il peut y avoir une récolte de 30 barriques de vin à l'hectare.
Tout cet ensemble décide la Commission à décerner à M. Godeau Constant le 2e prix de la petite culture, une médaille d'argent par M. le ministre de l'Agriculture.

p, 81
M. OUVRARD-BRUZEAU, à Joué-lès-Tours
M. Ouvrard-Bruzeau, propriétaire à Joué-lès-Tours, est un viticulteur travailleur et intelligent, qui a compris de suite l'avantage de la reconstitution du vignoble par la greffe.
Nous avons trouvé chez lui un vignoble d'une tenue parfaite qui va largement le récompenser de tous les sacrifices qu'il s'est imposé ; une charrue à vapeur et tout le matériel nécessaire aux défoncements. Une superbe pépinière de plusieurs centaines de mille greffes vient compléter une organisation qui mérite tous les éloges.
Chez M. Ouvrard la taille (Système Guyot sans pincement) est pratiquée sur trois cépages et donne de très bons résultats : certains ceps de côt, mais principalement de pinot, écrasent sous le poids du fruit. A voir ses vignes on croirait que la végétation est en rapport avec la longueur de la taille ; aucun cep n'a l'air de souffrir de l'abondante récolte dont il est chargé.
La Commission heureuse de constater les efforts et la réussite de ce bon cultivateur lui décerne le 1er prix ex-aequo de la petite culture, une médaille de vermeil offerte par la Société Nationale d'Encouragement à l'Agriculture et 50 francs.

p. 81-82
M. LEDUC-BODINEAU, à Fondettes
M. Leduc-Bodineau possède le vignoble du Grand-Breuil commune de Fondettes, d'une contenance de 3 ha.
Cette propriété plantée par lui en vignes françaises en 1886, fut en partie détruite par le phylloxéra en 1890. M. Leduc ne se découragea pas : dès 1891 il planta des pieds-mère de Riparia qui devaient lui servir à la reconstitution de son vignoble ; en 1893 il ne restait plus trace de vignes françaises ; immédiatement les terres furent défoncées et replantées en Riparia greffés l'année suivant sur place l'année suivante ; d'autres parties du vignoble étaient plantées en greffes de pépinières ; tous les moyens étaient employés pour faire vite et bien. Pour cette entreprise délicate, M. Leduc avait dû s'adjoindre un vigneron très capable, M. Brunet, connaissant la greffe par principe et aimant la vigne comme ses enfants.
Les greffes sur place sont faites par ce dernier à raison de 40 francs le mille, garantie de reprise.
Les greffes de pépinière faites de moitié par le propriétaire et le vigneron revenaient à 100 francs le mille environ.
Tous ses travaux étaient faits avec intelligence, ce qui assurait la réussite et qui nous procure la satisfaction de voir aujourd'hui le plus beau vignoble portant la plus belle récolte que l'on puisse rêver.
Dès le début les jeunes ceps recevaient toute l'attention du vigneron : à mesure qu’ils s’élevaient on les établissait sur fil de fer et à la troisième année étaient taillés en treille, ce qui nous permet d'admirer une véritable guirlande de raisins d'un bout à l'autre du rang.
La Commission a constaté que tous les cépages cultivés au Grand-Breuil, groslot, Petit-Bouschet, précoce de Malingre et Bourgogne s’accommodaient aussi bien les uns des autres de la taille en treille et que la vigne ne le cédait en rien comme végétation ; au contraire, celle-ci était remarquable at aucun cep ne paraissait faiblir.
D'aucuns nous ont dit qu'avec cette taille le vin ne serait pas bon ; ce que je peux vous certifier, c'est que M. Leduc touchera du bon argent et beaucoup, car la récolte vendue aujourd'hui ne produira pas moins de 10 000 francs, quand le foncier estimé avant la plantation n'atteignait pas 4 500 francs.
Je crois, Messieurs, que le but que nous cherchons tous, en plantant des vignes, est celui-ci : obtenir le plus possible en dépensant moins. Je suis certain que ce but a été atteint par M. Leduc et qu'il peut servir d'exemple à beaucoup de viticulteurs. La Commission, heureuse de le constater, lui décerne, avec ses chaudes félicitations, le 1er prix de la petite culture, une médaille de vermeil de la Société d'Agriculture Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire el une somme de 50 francs à Brunet Louis, son dévoué collaborateur depuis quatorze ans, une médaille de bronze et 20 francs.
En terminant sa tâche, la Commission peut vous donner l'assurance, Mesdames et Messieurs, que notre belle et chère Touraine reverra d'ici peu tous ses coteaux et une partie de ses plaines couvertes de vignes comme autrefois et que cette gaieté qu'elle engendrait renaîtra pour la joie et le bonheur de nos enfants.
Le rapporteur :
H. PINGUET
 

1897

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 231

En 1897, le professeur Dugué estimant que le nombre de personnes capables de pratique la greffe est suffisant, décide d'arrêter les cours : le département compte alors 566 greffeurs diplômés, auxquels il faut ajouter 1 500 vignerons capables de pratiquer la greffe.

 

1906

DESBONS Pierre, La première chaire départementale d'agriculture d'Indre-et-Loire (1880-1903), Bulletin de la Société archéologique de Touraine - Tome LXI, 2015. p. 225-231

p. 231

En 1906, 45 000 ha de vignes sont reconstituées avec des plants greffés. 

1907


Département d'Indre-et-Loire. Rapport du Préfet et procès-verbaux des séances et délibérations du Conseil général. Session d'août 1907. Tours, Impr. E. Arrault et Cie, 6, rue de la Préfecture, 1907. [1907b]
Extrait, p. 230


Situation phylloxérique
Comme les années précédentes, M. le professeur départemental d'agriculture m'a fait parvenir une copie du rapport qu'il a adressé à la fin de l'année 1906 à M. l'Inspecteur général de la viticulture concernant la situation phylloxérique en Indre-et-Loire ; vous trouverez ce rapport également inséré à la fin du présent volume.
 

1913

LE VIGNOBLE DE TOURAINE
par Auguste CHAUVIGNÉ
Membre non résidant du Comité de Travaux Historiques et Scientifiques
Secrétaire Perpétuel de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres d'Indre-et-Loire
Président Honoraire de la Société de Géographie de Tours
Extrait de la Revue de Viticulture
Paris, Bureaux de la "Revue de Viticulture", 35, Boulevard Saint-Michel
1913
35 p.
Bibliothèque municipale et centrale de Tours, section patrimoine, Cote TG1415

vers 1950

Source : Archives départementales d'Indre-et-Loire, cote 8BH°722
Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra.
Par J.-B. MARTIN
Ingénieur agronome
Directeur honoraire des Services Agricoles
Correspondant de l'Académie d'Agriculture
Edité par "L'Action Agricole de Touraine" 
Année [vers 1945-1950]


Le phylloxéra, venu d'Amérique, a été observé pour la première fois, en France, dans le Midi, en 1864 que quelques ceps du Gard. Ses ravages se firent sensibles à partie de 1870, dans les départements du Gard, de l'Hérault, et l'Aude. Les progrès de l'invasion furent très rapides. En moins de dix ans, tout le vignoble méridional fut atteint, et le fléau gagna de proche en proche les régions du Centre.
En 1877, vingt-huit départements étaient atteints ; en 1880, quarante-cinq départements ; en 1883, cinquante-trois départements.
A côté de l'Indre-et-Loire, en 1885, dans la Vienne dont le vignoble était de 55 000 hectares, 10 500 hectares étaient endommagés, et 2 700 hectares détruits.


Sa marche en Touraine
L'apparition du phylloxéra en Touraine fut signalée en 1882 à Vallères et sur quelques parcelles de vignes à Noizay, où avaient été introduits des plants venant de régions phylloxérées.
A cette époque, la surface du vignoble d'Indre-et-Loire était de 54 000 hectares dont 51 000 en pleine production. Il était constitué par des cépages bien adaptés aux diverses régions du département : le Pineau (ou Chenin) occupait les coteaux de Vouvray, Montlouis et Azay-le-Rideau ; le Breton (Cabernet franc), la région de Bourgueil, Ingrandes et le Chinonais ; le Groslot, la contrée de Cinq-Mars ; le Côt et le Gamay, la côte du Cher ; la Folle-Blanche, le Richelais, et le Noble-Joué [Pineau noir] et le Meunier [Pinot Meunier], la contrée de Joué et Saint-Avertin.
Le fléau s'étendit très rapidement.
En 1882 des foyers étaient constatés à Vallères, Noizay, Cangey et sur diverses parcelles, dans treize communes, particulièrement à Nazelles et dans le Richelais.
L'année suivante 1883, l'invasion portait sur près de 200 hectares dans vingt-quatre communes.
En 1884, 350 hectares sont atteints, répartis dans trente-quatre communes, parmi lesquelles Noizay, Cangey ; Vouvray (la Vallée Chartier) 2 hectares ; Vernou (les Quarts) ; Chançay (le Vaux) 2 hectares ; Saint-Avertin, 2 hectares ; Artannes (Erippe) 3 hectares ; Vallères ; Sainte-Maure, (Le Plessis), 11 hectares, et de nombreuses communes du Richelais : Pouzay, Theneuil, Brizay, Lémeré (La Noblaie), Chezelle, La Tour-Saint-Gélin, Antogny, Chaveigne, Courcoué (5 hectares), Bray-sous-Faye (Beauregard) 7 hectares...
La maladie s'étend aussi sur Yzeures, Bossay, Le Grand-Pressigny, Ciran, Ligueil, Tauxigny, Faye-la-Vineuse...
Le 15 décembre 1884, le ministre de l’Agriculture prit un arrêté aux termes duquel les taches phylloxériques constatées dans les communes de Vallères, Pouzay, Antogny, Braslou, Bossay, ainsi que la zone de protection, seraient traitées par le sulfure de carbone aux frais de l'Etat. Il était décidé en outre, que les surfaces phylloxérées recevraient comme complément, un badigeonnage contre l'œuf d'hiver.
En 1885, le fléau gagne en intensité dans les anciens foyers, et s'étend sur vingt-cinq communes, notamment à Saint-Martin-le-Beau, Limeray, Azay-sur-Cher, Crouzilles, Trogues, Saint-Epain, Reignac, Boussay, Preuilly, Saint-Bauld, Loches. A la fin de ladite années, le vignoble d'Indre-et-Loire était gravement atteint sur soixante-deux communes :

16 dans l'arrondissement de Tours sur 224 ha approximativement
26 dans l'arrondissement de Chinon sur 410 ha approximativement
20 dans l'arrondissement de Loches sur 200 ha approximativement soit environ 830 hectares.

On peut admettre que ces foyers réellement constatés ne représentaient qu'une faible partie du vignoble atteint.
Un an après 1886, malgré les efforts faits pour le combattre, ce fléau s'étend sur plus de 1 200 hectares dont 150 à 200 ha étaient complètement détruits.
Le vignoble était menacé de disparition complète, sauf dans la région de Bourgueil et d'Ingrandes où la vigne trouvait, dans les terrains siliceux, frais et riches, le moyen de résister.
En 1887, quatre-vingt-dix-huit communes sont atteintes sur plus de 2 000 hectares, et 300 hectares détruits complètement.
En 1888, la surface du vignoble était de 57 350 hectares ; 105 communes sont atteintes, 2 600 hectares sont phylloxérés et 400 détruits ;
En 1889, 3 200 ha atteints et 700 détruits ;
En 1890, 6 500 ha atteints et 1 350 détruits ;
En 1891, 7 650 ha atteints et 2 000 détruits ;
En 1892, 9 250 ha attaqués et 2 200 détruits ;
En 1893, 10 500 ha contaminés et 5 800 détruits ;
En 1894, la surface du vignoble est 54 000 ha, 12 600 sont contaminés et 9 500 détruits.
Encore quelques années à cette cadence qu'allait-il rester du vignoble tourangeau ?
Dès 1889, des mesures sérieuses s'imposaient.

Mesures de défense
Les premières attaques ne surprirent pas les vignerons tourangeaux, car le Midi était déjà atteint depuis plusieurs années, et l'ennemi était installé à la porte de la Touraine, dans la Vienne.
Les vignerons méridionaux, après avoir essayé différents procédés de protection, avaient fini par arracher leurs vignes, et les reconstituer par le greffage sur plants américains.
Mais les Tourangeaux réfractaires à l'arrachage, tentèrent à leur tour d'enrayer le fléau par des traitements destinés à tuer l'insecte.
Des syndicats de défense furent organisés dès 1883 à Amboise, Montbazon, Saint-Avertin. 
Les vignerons de Vouvray, quoique moins atteints, (car le phylloxéra ne sévit sérieusement dans cette commune qu'à partie de 1886) formèrent aussi un Syndicat les groupant avec les communes voisines phylloxérées.
On eut recours au sulfocarbonate de potasse ; mais il fallut y renoncer en raison de son prix élevé. On le remplaça par du sulfure de carbone appliqué à raison de 100 grammes par cep à l'aide du pal injecteur, et, dans la suite, au moyen d'un injecteur à traction ou charrue sulfureuse.
Les ceps étaient préalablement décortiqués et badigeonnés avec le mélange Balbiani (huile lourde et naphtaline). Le prix du traitement par hectare était de 250 à 300 francs au pal ordinaire, et de moitié environ avec la charrue.
Mais un grand nombre de vignes étaient soumises à l'ancienne taille sur ceps mal rangés [en foule], ce qui rendait cette opération difficile, et dans la plupart des cas, impossible.
Le sulfure de carbone valait, à cette époque, 140 francs le 100 kg rendu à Tours ; la charrue sulfureuse équipée, environ 500 francs, le pal injecteur ordinaire, 50 francs.
Les premiers traitements furent effectués à Vallères en 1883 et, en 1884, sur différentes parcelles, par les Syndicats de Vouvray et Saint-Avertin. Mais devant la résistance de la grande masse des vignerons, l'Administration joignit son action à celle ses Syndicats. La Préfecture ordonnait d'office les traitements sur les nouveaux foyers déclarés, pensant arrêter l'extension. 
Quoique faits aux frais de l'Etat, les traitements administratifs furent en général mal accueillis. Dans certaines communes, à Cangey, par exemple, pour vaincre la résistance, il fallut recourir à la Gendarmerie et à la police correctionnelle.
Malgré les efforts des Syndicats et de l'Administration, ces traitements s'avéraient de plus en plus impuissants, ainsi que l'indique la marche ci-dessus du fléau.
Il fallait trouver mieux : l'exemple du Midi était là. Après avoir essayé divers moyens de défense, submersions, traitements divers, il avait été reconnu que le seul moyen de maintenir le vignoble, était de le reconstituer par le greffage sur des plants américains résistants aux piqûres de l'insecte.
Mais le vigneron tourangeau tenait à conserver ses anciennes pratiques, et craignait que la vigne américaine ne résiste pas longtemps, et que le greffage nuise à la qualité de son vin.
En outre, certains vignerons encore peu atteints, étaient hostiles à l'introduction des vignes américaines auprès de leurs vignes indemnes.
Mais nécessité fait loi. Timidement, avec appréhension, il fallut se soumettre. Quelques essais de ceps américains, producteurs directs avaient été faits : Othello, Jacquez, Herbemont, Noah, furent introduits, mais n'eurent aucun crédit en raison du goût foxé de leurs vins.

Le salut était dans le greffage !
Une pépinière de porte-greffes obtenue par semis fut créée à Mettray. Tous les plants obtenus furent atteints par l'oïdium, sauf Riparia que l'on multiplia. Dans la suite on y adjoignit le Rupestris, le Solonis, le Vialla [hybride de Clinton et d'Isabelle]... que l'on essaya dans différentes natures de sols, et dont la faculté d'adaptation avait déjà été étudiée et reconnue dans le midi.
Malgré tout, la masse des vignerons restait hostile à l'introduction des boutures américaines dans leurs vignes. Il fallait d'ailleurs y être autorisé. Ce n'est qu'en 1886, après l'extension rapides des foyers à Cangey, Vallères, Saint-Avertin, Vernou, Saint-Martin-le-Beau..., où les traitements étaient impuissants à enrayer le fléau, que l'introduction de ces boutures fut autorisée. Les Services administratifs continuaient vainement la lutte par le sulfure.
Un fait singulier est à noter : les traitements administratifs étaient le plus souvent imposés aux récalcitrants et payés par la Préfecture, alors que les frais de traitements faits par les Syndicats étaient supportés par leurs adhérents.
Or, quoique gratuits, ces traitements administratifs mécontentaient tout le monde, et furent peu à peu abandonnés.
Les Syndicats se multiplièrent, mais ils devaient peu à peu reconnaître leur impuissance.
A partir de 1889, ils disparurent peu à peu ; bon gré mal gré, devant la marche de l'invasion et l'étendue du désastre, la vigne américaine s'imposait. Avant le phylloxéra, la vigne valait 3 500 à 4 000 francs l'hectare. En 1889, elle a perdu la moitié de sa valeur, et trouve peu d'acquéreurs.
Les communes de Noizay, Tauxigny, Pouzay, Paye-la-Vineuse, avaient déjà obtenu l'autorisation d'introduire sur leur territoire des boutures américaine. La pépinière de Mettray fut étendue ; d'autres furent créées, notamment celle de Loches dans les jardins de l'Ecole Normale. Le Riparia importé d'Amérique donnait satisfaction comme porte-greffes, par sa résistance au phylloxéra et au mildiou.
Un vigneron de Sainte-Maure, M. Martineau, obtenait d'un semi le Riparia-Martineau [Gloire de Touraine] d'une très grande puissance de végétation, qui fut très en faveur pendant quelques années. Jusqu'en 1893, ce fut à peu près le seul porte-greffe employé.
Il avait été jusque-là reconstitué à peine 1 800 hectares dont une centaine de producteurs directs, Othello principalement, dont la plupart étaient phylloxérés. Le vignoble était réduit à 52 000 hectares, dont 40 000 indemnes et 12 000 atteints et résistant encore.

Cours de greffage
A partir de 1894 le greffage sur plants américains prit une grande ampleur. Au Riparia-Martineau, on adjoignit le Rupestris pour les sols secs un peu calcaires. Des cours de greffage furent créés dans la plupart des communes, et subventionnés par l'Etat et le département. La greffe en fente en place, sur racinés, essayée tout d'abord ne tarda pas à être abandonnée. La greffe en fente anglaise sur boutures américaines fut seule pratiquée. Ces greffes liées en petites bottes, placées dans des caisses, dans un local un peu chaud pour hâter la soudure, étaient ensuite au début du printemps mises en pépinière.
Les cours de greffage avaient lieu pendant les mois de janvier er février. En 1896 il y en eut 360. Les frais, réduits le plus possible, comme il était de règle à l'époque pour toutes les dépenses administratives, s'élevèrent à 2 587,20 fr., supportés par moitié par l'Etat et par le département.
En 1897, les cours fonctionnaient dans soixante-quatorze communes de l'arrondissement de Tours, dans quarante-cinq de l'arrondissement de Chinon, et dans quarante-trois de l'arrondissement de Loches.
Les Écoles de greffage créées avaient formé des moniteurs et professionnels qui, dans ces diverses communes viticoles, établirent une vingtaine de pépinières de plants greffés.
A Savonnières, un viticulteur, Lothion-Lecomte, faisait de 1901 à 1905 une moyenne annuelle de 1 million et demi de greffes. A Sainte-Maure, Martineau en faisait 600 à 700 000, Pinguet-Houdet à Tours, 500 000, Blondeau à Huismes et Chartier à Azay-le-Rideau, 150 000, etc...
En 1903 et 1904, il fut fait dans le département au cours de ces deux années, environ trente millions de greffes par les pépiniéristes, et une dizaine de millions par les vignerons.

Défonçage
Des entreprises de défonçage avaient surgi dans tous les centres viticoles.
En Indre-et-Loire, vingt-sept matériels de défoncement à vapeur travaillaient chacun 20 à 25 hectares par an : mais la plupart des défoncements étaient faits à la main, ou surtout avec treuils ou charrues tirées par des chevaux.

Période active
1901 à 1905 fut la grande période active de la reconstitution. Il fallait rattraper le temps perdu dans l'obstination à défendre et maintenir le vignoble par les traitements anti-phylloxériques.
Des progrès sérieux étaient en cours dans le choix des porte-greffes et leur adaptation aux diverses natures du sol. A la pépinière-étude de Mettray et à celle de l'Ecole Normale de Loches, étaient venues s'ajouter d'autres pépinières importantes, notamment celle de la Ville de Tours à Grammont, qui réunissait une collection très importante de porte-greffes, susceptibles de donner satisfaction aux besoins si divers des différents coins du département et des cépages producteurs directs.
Les porte-greffes les plus recommandés étaient :

1° pour terrains fertiles frais : Riparia-Gloire [Riparia Gloire de Montepellier] et Riparia-Martineau, puis Riparia x Rupestris 3306 et 101-14 ; Mourvèdre x Rupestris 1202 ;
2° pour terrains secs : Rupestris du Lot ou phénomène et Bourrisquou-Rupestris 601 ;
3° pour terrains moyennement calcaires : Riparia x Rupestris 3306-3309 ;
4° pour sols plus calcaires : Berlandieri-Riparia ; Chasselas x Berlandieri 41 B.

Les producteurs directs dispensant du greffage avaient de chauds partisans. Les essais fait avec Othello, Herbemont hybrides Francs, et les premières créations de Couderc de Seibel, n'avaient pas donné de très bons résultats, mais dans la suite, des vignerons finirent par trouver dans les collections sans fin des hybrideurs des numéros qui leur donnèrent satisfaction, et notamment les hybrides rouges Seibel 54.55, 10 20-7 053 ; 87-45, remplacés dans la suite par de nouveaux plants plus satisfaisants.
Pour les blancs, à par le Noah qui, malgré sa vigueur et sa grande productivité ne fut jamais en faveur en Touraine à cause du goût foxé de son vin, il n'y avait pas d'hybrides pour concurrencer le Pineau [Chenin].
Les premières plantations de plants greffés ne furent pas très heureuses : les porte-greffes employés laissaient à désirer quant à leur adaptation, à leur résistance et à leur influence sur la fructification. Mais on mit à profit les renseignements, indications ou exemples fournis par les plantations déjà âgées du Midi qui ouvraient une voie sûre.
Aussi, à partir de 1895, les arrachages et les replantations furent accélérées, et se firent à la cadence annuelle de 2 500 à 3 000 hectares jusqu'en 1906 ; date à laquelle le vignoble tourangeau put être considéré comme reconstitué.
Cette reconstitution fut dirigée par le Professeur d'Agriculture Dugué, qui s'y employa avec un rare dévouement jusqu'à sa mort en 1902, puis pas son successeur, auteur de ces lignes.
Elle aurait pu être réalisée plus rapidement si, profitant des leçons de l'expérience du Midi, on avait accordé un peu moins confiance aux traitements anti-phylloxériques, et un peu plus au greffage.

Modification du vignoble
La reconstitution di vignoble ne s'est pas opérée sans en modifier la nature et la composition.
Sa surface qui était de 51 000 hectares, se trouva réduite en 1906 à 45 000 hectares, dont la presque totalité en vignes greffées ou en producteurs directs. Seule la région de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Ingrandes, grâce à son sol siliceux et frais, avait résisté au phylloxéra, et conservé en grande partie ses vieux ceps de Breton, qu'elle a renouvelés dans la suite par des plants greffés de même nature mais plus vigoureux.
Partout ailleurs le greffage s'est imposé pour le maintien des cépages Pineau, Breton, Côt, Gamay et Groslot.
Mais l'apparition d'hybrides producteurs directs, vigoureux, résistants au phylloxéra et dans une certaine mesure aux maladies cryptogamiques, allait modifie l'encépagement du vignoble. Le vin de ces hybrides n'était certes pas apprécié, mais il y avait la quantité, et l'on était dispensé du greffage. C'était bien tentant !
Le bon sens des vieux vignerons fiers de la réputation de leurs bons crus, et la campagne menée par le Professeur départemental d'Agriculture dans ses conférences ou dans la Presse locale, opposa un barrage aux hybrides dans les régions de crus. Voici un aperçu de la campagne de presse sur cette question :

RECONSTITUTION DU VIGNOBLE
Sans être alarmiste on peut avouer que la situation viticole actuelle n'est pas de nature à stimuler le zèle des propriétaires qui ont encore des vignobles à reconstituer.
Nous voici, cette année, avec une récolte de plus de 63 millions d'hectolitres, non compris la Corse et l'Algérie, alors que notre consommation annuelle n'a jamais dépassé 52 millions d'hectolitres.
J'entends bien que c'est là une année exceptionnelle à placer du côté de 1900 avec 67 millions d'hectolitres ; de 1875 avec 83 millions d'hectolitres et de 1869 avec 71 millions d'hectolitres.
Mais s'il est permis, dans une certaine mesure, de ne pas s'arrêter à des exceptions, les moyennes suivantes s'imposent à notre méditation :
De 1890 à 1894, la production moyenne a été de 35 millions d'hectolites ; de 1895 à 1899, elle a été de 37 millions d'hectolitres ; et de 1899 à 1903, elle a été de 55 millions d'hectolitres.
De l'examen de ces chiffres qui montrent le mouvement ascensionnel de la production, il ressort que nous sommes arrivés à répondre et au-delà aux besoins de la consommation et que si l'on ne cherche pas à étendre nous débouchés à l'étranger et à prendre des mesures fermes pour empêcher le mouillage et la fabrication de vins artificiels le grand problème que le viticulteur aura à résoudre sera de plus en plus celui-ci : J'ai produit 150 hectolitres de vin à l'hectare, comment me débarrasser de ma récolte ?
Je pose cette question aux viticulteurs, - il s'en trouve beaucoup - qui pensent encore qu'en présence des bas prix pratiqués sur les vins courants, il n'est de solution que dans l'abaissement des prix de revient par l'accroissement du rendement ou par l'emploi des hybrides réduisant (?) les frais de reconstitution et dispensant (?) des traitements anticryptogamiques.
Jusque-là, le viticulteur qui récoltait 120 hectolitres à l'hectare, tenait le bon bout, et pouvait dire, se frottant les mains : "je produis 120 hectolitres de Groslot, je vends 15 francs, soit 1 800 fr. par hectare. Si je cultivais du Côt j'obtiendrais 35 hectolitres, et je vendrais 25 fr., soit 875 fr. par hectare. Avec Groslot c'est la fortune avec le Côt ce serait la misère !"
Le raisonnement était juste. Ça "collait" parfaitement, comme on dit en argot étudiant. Et ça collerait toujours si les amateurs des grands rendements étaient restés l'infime exception. Ils auraient ainsi bénéficié dans l'ensemble du vignoble français d'une situation vraiment enviable. Mais des imitateurs ont surgi de toutes parts. Et maintenant les beaux calculs s'arrêtent aux portes du chai. Il faut vendre !
Dans ces conditions, doit-on continuer à planter ? That is the question.
Certes, s'il s’agissait d'étendre le vignoble dans les vallées - où il n'aurait pas dû descendre - la réponse serait facile : mieux vaudrait laisse les terres aux autres cultures.
Mais sur les coteaux de la Touraine, de l'Anjou, de la Sologne et du Blésois (pour ne parler que de notre région) il reste au moins 35 000 hectares à reconstituer. Et ces 35 000 hectares de coteaux secs, de terrains calcaires et maigres sont peu propres à d'autres cultures. Reconstitués dans de bonnes conditions ils donneraient d'excellents vins et amélioreraient dans son ensemble notre vignoble. Il y a donc lieu d'y poursuivre la reconstitution d'autant que la Touraine a pour l'écoulement de ses vins des avantages que pourrait à bon droit lui envier le Midi : située presque à la limite de la culture de la vigne, elle trouve dans son voisinage des débouchés pour une grande partie de sa récolte.
Nous pouvons donc planter encore, mais de grâce plantons de manière à faire du bon vin ; ne plantons que des cépages capables seuls, sans le secours de la betterave et du pharmacien, de nous donner un vin bien constitué, solide, agréable et sain.
Et quels cépages ?
La question se corse. Si vous tournez l'oreille du côté des hybrideurs ou des marchands d'hybrides, votre affaire sera claire : "La greffe est coûteuse vous diront-ils, elle fait varier la vigne et le vin, elle diminue la résistance aux maladies cryptogamiques, elle ne peut être qu'un moyen provisoire. Déjà vous pouvez vous affranchir de cette pratique ennuyeuse, coûteuse... fâcheuse en plantant nos meilleurs hybrides ; ils ne craignent pas - ou si peu ! - les maladies cryptogamiques, ils résistent victorieusement - presque ! - au phylloxéra ils sont d'un bon rapport, donnent un vin corsé, agréable et que vous pouvez déguster à l'hôtel du Lapin doré..."
Je ne voudrais pas contrister les hybrideurs parmi lesquels se trouvent de gens très compétents et d'un très grand mérite.
Mais si, dans le millier de plants hybrides que la trompette de la réclame a annoncés au monde entier, je vois des Batard, des Rubis, des Pardes, des Panaches, des Bayard aîné et Bayard jeunes, des Oiseaux bleu et autres oiseaux de passage, plus modestes, mais tout aussi méritants, je ne distingue pas très bien l'Oiseau rare - le rara avis - qui peut nous affranchir de la greffe et achever de reconstituer notre vignoble tourangeau.
"Dans les pays où la vigne est une culture tout à fait accessoire où, par suite de ses autres travaux, l'agriculteur se trouve dans l'impossibilité de prodiguer aux vignes indigènes greffées les soins, les traitements anticryptogamiques qui leur seraient indispensables, où il ne vise rien d'autre, pour ainsi dire, que de récolter la boisson nécessaire aux besoins de la famille de sa ferme - dans ceux aussi peut-être, où, sans être accessoire, la culture de la vigne cède le pas à des cultures plus importantes, céréales, prairies, etc., avec cette circonstance aggravante que la moisson, la fenaison y coïncident avec l'époque des sulfatages, des soufrages, etc., les producteurs directs pourraient être souvent utilisés avec avantage."
C'est ainsi que s'exprimait, en 1897, M. Prosper Gervais, le distingué secrétaire général de la Société des Viticulteurs de France.
Malgré les réclames faites autour de certains hybrides obtenus depuis cette époque, je ne pense pas que le champ réservé alors aux producteurs directs par l'honorable M. Gervais doive être élargi au contraire !
En tout cas, ce n'est pas sur les 35 000 hectares à planter dans notre région que je conseillerais de les introduire.
Là nous devons placer, sur de bons porte-greffes nos meilleurs cépages, ceux capables de donner le meilleur vin. Et chacun doit rester dans son aire géographique : le Breton dans le Chinonais, les côts sur les côtes du Cher et sur les coteaux calcaires, les Pinots de Loire et surtout le menu Pinot à Vouvray, à Montlouis et autres localités où ils donnent de bons résultats.

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Ainsi, sauf dans quelques grands crus (à Vouvray particulièrement), ce serait folie de ne pas garder intacte la liqueur d'or de Rabelais et de Courier, le Sauvignon jaune de Sauternes est appelé à améliorer les Pinots de la Loire. Nous réclamons pour lui une petite place dans les futures plantations.
J.-B. MARTIN
(Chronique agricole de "La Dépêche" (15 février 1905)

Les Pineau et Breton conservèrent leur position dans ces régions : mais le Côt perdit du terrain sur la Côte du Cher, ainsi que dans les Centres de Joué-lès-Tours, Ballan, Chambray, Saint-Avertin ; le Noble-Joué disparut aussi en grande partie de ces communes. Le Breton céda également la place dans les communes de Ligré, La Roche-Clermault et Lerné. Il en fut de même de la Folle-Blanche dans le Richelais.
Après sa reconstitution, l'encépagement du vignoble tourangeau s'est donc présenté ainsi :

A. - communes à vins fins ou de grands crus.

Vin blanc
Anciens cépages : Pineau (Chenin)
Grands crus : Vouvray, Rochecorbon, Vernou, Sainte-Radegonde, Montlouis, Saint-Martin-le-Beau, Lussault.
Vins fins : Noizay, Chançay, Saché, Neuillé-le-Lierre; Azay-le-Rideau, Limeray, Nazelles, Cheillé, Artannes, Monts.

Vin rouge
Ancien cépage : Breton
Grands vins : Bourgueil, Saint-Nicolas, Restigné, Ingrandes, Benais, Chinon, Cravant, Ligré, Beaumont-en-Véron, Avoine, Saint-Patrice.

Outre les communes à vocation de grands crus ou vins fins réputés, plusieurs autres dans la région d'Amboise, Joué-lès-Tours et Saint-Avertin, ont conservé leurs bons vieux cépages : Pineau, Breton, Côt, Gamay, et continuent de produire des vins fins renommés.
Citons notamment : Nazelles, Chargé, Pocé-sur-Cisse, Cangey, Négron, Mosnes, Saint-Avertin, Joué...
La région de Cinq-Mars-la-Pile est restée fidèle à son Groslot. Dans le Richelais on trouve encore quelques îlots de Folle-Blanche avec d'autres vieux cépages français.
Partout ailleurs les producteurs directs ont pris place et s'imposent de plus en plus.

Conduite de la vigne
Autrefois, la vigne était conduite sur échalas, et renouvelée par provignage. Les nouvelles plantations ont été faites en rangs conduits sur fil de fer.
Les ceps sont placés en général à 1 mètre l'un de l'autre sur le rang, et les rangs à 1,50 m. Les sarments sont soutenus par tris rangs de fil de fer ; le deuxième rang est à double fils pour l'accolage.
Cette disposition facilite les travaux intercalaires du sol, et les traitements anti-cryptogamiques.

Assiette du vignoble
L'assiette du vignoble s'est, elle aussi, trouvée assez sérieusement modifiée. Certains coteaux en pente au bord des vallées autrefois en vignes, n'ont pas été replantés. Mais la vigne a pris des terres plus faciles à travailler et plus fertiles. Les hybrides ont fait leur apparition dans diverses exploitations où ils permettent d'avoir du vin pour la consommation de la ferme.

Qualité
Malgré ces perturbations, le vignoble tourangeau a conservé ses crus et leur qualité que les appellations contrôlées sont venues protéger et confirmer.
Les grands vins blancs des coteaux de Vouvray et Montlouis voient leur réputation s'affirmer, de même que celle des vins de Saché, Noizay... Les grands vins rouges de Chinon et de Bourgueil se montrent toujours dignes de se recommander de Rabelais.
Mais dans les autres contrées, les hybrides producteurs directs ont modifié fortement la production au double point de vue, qualité et quantité ; il a été lancé un très grand nombre de variétés de producteurs directs, tous au dire des obtenteurs, plus méritants les uns que les autres. La plupart n'ont pas résisté à l'essai, et ceux qui sont encore en faveur, que seront-ils dans dix ou quinze ans ? Il faut de longues années de culture pour juger des mérites d'un cépage. Tel qui est vigoureux ou productif dans ses premières années, dépérit ou s'épuise très rapidement avec l'âge.
Ce sont les moines, dans les vignobles des Abbayes qui, par leur patientes recherches et observations, ont doté les diverses régions de la France de leurs bobs vieux cépages. 
Le Chenin de Touraine - le Pineau - n'est-il pas un enfant de l'Abbaye du Mont-Chenin (Cormery) ?
La Touraine a déjà usé beaucoup d'hybrides. Et il en surgit chaque année de nouveaux. Il faut espérer qu'il s'en trouvera qui résisteront à l'épreuve du temps, et qui ne feront pas trop regretter les vieux cépages français.

Superficie
Le désastre phylloxérique n'a pas eu, comme on pourrait le supposer, une influence aussi marquée sur la superficie du vignoble.
En 1882, le phylloxéra surprit le vigneron tourangeau dans un vignoble de 51 000 hectares. En 1907, après reconstitution, le vignoble s'étendait encore sur 46 000 hectares. Depuis cette époque, nous le voyons décroître graduellement (tableau 1).

Production
En revanche, malgré la diminution graduelle de la superficie, la production s'est trouvée en progression, surtout de 1900 à 1924.
De 1876 à 1900, la production s'est tenue aux environs de 700 000 à 800 000 hectolitres ; de 1900 à 1925, elle a plafonné autour de 1 200 000 hectolitres ; et depuis 1926, elle a baissé, et se tient aux environs de
900 000 hectolitres (tableau 2).
L'augmentation de la production, surtout pendant la période optimum (1900-1925) est due à diverses causes : rajeunissement des plantations, introduction des hybrides producteurs directs, tailles plus généreuses, emploi des engrais, etc...
Mais il est à craindre que cette production de 900 000 hectolitres pour un vignoble en régression sensible et constante, ne puisse se maintenir et finisse par suivre la marche décroissante de la superficie.
 

vers 1950

Source : Archives départementales d'Indre-et-Loire, cote 8BH°722
Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra.
Par J.-B. MARTIN
Ingénieur agronome
Directeur honoraire des Services Agricoles
Correspondant de l'Académie d'Agriculture
Edité par "L'Action Agricole de Touraine" 
Année [vers 1945-1950]

TABLEAU 1

Année    Surface (ha)    Rendement par ha (hl)    Production totale (hl)
1876        45 986               18,36                                 844 155
1877        47 948               32,68                              1 567 158
1878        48 375               26,44                            1 279 035
1879        49 347                 5,51                               271 847
1880        49 176                 4,74                               233 090
1881        51 131               19,10                               976 423
1882        51 018                 8,53                               435 268
1883        50 272                 9,93                               499 256
1884        55 500               16,29                               904 000
1885        56 304               18,35                            1 033 244
1886        54 125                 9,41                               509 289
1887        56 073               10,50                               589 033
1888        57 350               10,83                               620 830
1889        57 892                7,20                                416 620
1890        57 265                7,66                                438 497
1891        57 730              15,04                                868 000
1892        54 538                8,37                                456 735
1893        56 670              24,97                             1 415 138
1894        54 020              14,95                                807 600
1895        51 525              13,91                                716 677
1896        48 999              19,71                                965 568
1897        48 760                3,55                                173 100
1898        46 816              10,21                                477 952
1899        46 816              14,67                                686 915
1900        49 850              29,07                             1 449 185
1901        50 175              31,99                             1 605 145
1902        46 920              20,80                                975 895
1903        47 500              17,35                                824 300
1904        46 500              44,09                             2 050 000
1905        45 321              31,99                             1 449 728
1906        44 777              42,67                             1 910 600
1907        46 145              16,90                                780 000
1908        45 911              12,00                                550 932
1909        45 700              33,45                             1 528 470
1910        42 500                8,50                                361 250
1911        41 745              32,00                             1 335 840
1912        42 255              48,00                             2 028 240
1913        41 300              11,50                                475 000
1914        39 600              44,10                             1 746 360
1915        39 500                9,00                                355 500
1916        38 950              22,41                                872 855
1917        37 830              29,15                             1 102 744
1918        37 850              34,20                             1 294 470
1919        38 305              57,99                             2 221 169
1920        38 500              38,67                             1 488 760
1921        38 200              10,00                                382 000
1922        37 480              70,02                             2 624 340
1923        37 500              42,02                             1 575 600
1924        37 285              45,00                             1 677 810
1925        37 650              27,47                             1 034 275
1926        37 200              12,50                                465 000
1927        35 990              13,00                                467 870
1928        35 250              16,84                                593 600
1929        36 800              40,60                             1 494 000
1930        34 360              12,45                                427 780
1931        33 045              21,20                                700 550
1932        32 260              30,86                                995 420
1933        31 340              33,21                             1 040 890
1934        30 640              54,00                             1 654 560
1935        30 120              35,00                             1 054 200
1936        29 650              15,00                                444 750
1937        29 400              22,99                                676 000
1938        29 800              43,00                             1 281 400
1939        29 230              26,00                                760 000
1940        27 615              27,00                                745 600
 

vers 1950

Source : Archives départementales d'Indre-et-Loire, cote 8BH°722
Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra.
Par J.-B. MARTIN
Ingénieur agronome
Directeur honoraire des Services Agricoles
Correspondant de l'Académie d'Agriculture
Edité par "L'Action Agricole de Touraine" 
Année [vers 1945-1950]

TABLEAU 2
Moyennes quinquennales
1876 à 1939

 

Années               Superficie Ha.            Production, Hl.
1876-1879              47 914                          990 600
1880-1884              51 419                          609 600
1885-1889              56 349                          633 800
1890-1894              51 045                          797 400
1895-1899              48 583                          604 000
1900-1904              48 189                       1 381 000
1905-1909              45 571                       1 244 000
1910-1914              41 480                       1 190 000
1915-1919              38 487                       1 169 000
1920-1924              37 793                       1 550 000
1925-1929              36 578                          811 000
1930-1934              32 329                          966 000
1935-1939              29 640                          843 270
 

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Sources aux ADIL

Archives départementales d'Indre-et-Loire, cotes 7M 205-219 
Phylloxéra 1871-1919

205-209 Contrôle de la maladie et organisation des mesures sanitaires : instructions, circulaires, correspondance, enquêtes, rapports, procès-verbaux des séances des commissions et comités d'études et de vigilance, cartes, affiches, prospectus, brochures (1871-1913)

205 1871-1881
206 1882
207 1883-1885
208 1886-1888
209 1889-1913

210 Commission de contrôle du service général du phylloxéra : procès-verbaux (1886-1889)

211-216 Associations et syndicats anti-phylloxéra, création, organisation et fonctionnement : correspondance, statuts, liste des adhérents, avis de nomination des membres du bureau, procès-verbaux des réunions, demande et octroi des subventions, comptes de gestion, arrêtés du conseil de préfecture (1882-1904)

211-212 Syndicat du canton d'Amboise
211 1883-1889
212 1890-1904
213 Syndicats d'Azay-sur-Cher (1882-1888), de Barrou-La Guerche (1885-1889), de Larçay (1885-1891)
214 Syndicat de Montbazon (1884-1897)
215 Syndicats de Neuillé-Pont-Pierre (1886-1891), de Noizay (1899-1900), de Saint-Avertin (1884-1891)
216 Syndicat du canton de Vouvray (1882-1892)

217 Création et organisation d'une pépinière départementale (destinée à reconstituer les vignobles détruits par le phylloxéra, la pépinière départementale a été créée à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray) de vignes américaines : correspondance, demande et octroi de subventions, rapports, états de dépenses, factures, états des plantations, demandes et avis de mises à disposition de plants américains aux viticulteurs par la pépinière, brochures (1882-1889).

218 Liste des établissements, écoles, jardins horticoles ou botaniques, pépiniéristes établis conformément à la convention internationale phylloxérique de Berne (1886-1919) (Rendue exécutoire par décret du 15 mai 1882).

219 Organisation de pépinières communales ou privées et de cours de greffage : correspondance, instructions, avis de subventions, délibérations de conseils municipaux, demandes de plants par des viticulteurs et des pépinières communales et cantonales (1891-1897). Concerne le canton d'Amboise (1891-1895), les communes de Bléré (1891-1892), Bourgueil (1893), la Chapelle-aux-Naux (1891), Chédigny (1891), Chemillé-sur-Indrois (1895), Chinon (1895), Chisseaux (1894), Civray-sur-Cher (1893), Dierre (1892-1897), Loches (1891-1897), Nazelles (1891-1897), Noizay (1892-1896), Richelieu (1891), Tours (1891-1897), et Vernou (1891).

Bibliographie
GIRAUD (R.), Communes contaminées par le phylloxéra (1875-1890), cartes, ADIL 4°Bh235
MADELAIN (E.), Les parasites de la vigne en Touraine : phylloxéra et mildiou, Tours, Rouillé-Ladevèze, 1887, 48 p. ADIL 8°Bh260
MARTIN (J.-B.), Le vignoble tourangeau devant le phylloxéra, Tours, Action agricole de Touraine, sd, 12 p. ADIL_8°Bh722
 

2022

Effects of grape phylloxera leaf infestation on grapevine growth and yield parameters in commercial vineyards: a pilot study
Jurrian Wilmink, Michael Breuer, Astrid Forneck
Vol. 56 No. 1 (2022): OENO One
Received : 7 July 2021; Accepted : 22 February 2022; Published : 10 March 2022
DOI: https://doi.org/10.20870/oeno-one.2022.56.1.4803
https://oeno-one.eu/article/view/4803
 

Publié dans viticulture

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